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La Guerre : conceptions et évolutions

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Nous allons d’abord nous interroger sur ce qu’est la guerre, puis nous interroger sur la naissance de la guerre moderne et nous allons voir que la guerre est un phénomène qui va bien au-delà de la violence, mais qui est un principe régulateur de notre système international tel qu’il a été construit il y a plusieurs siècles en arrière. Ensuite, nous allons regarder les transformations actuelles, notamment nous interroger comment à l’époque du terrorisme et de la globalisation, est-ce que la guerre se transforme et est-ce que ses principes sont en train de changer. Enfin, nous allons nous poser la question de savoir si nous sommes à la fin de la guerre ou si elle continue.

Qu’est-ce que la guerre ?[modifier | modifier le wikicode]

Définition de la guerre[modifier | modifier le wikicode]

Nous allons nous demander ce qu’est la guerre et revenir sur des mises en garde ainsi que des idées reçues sur ce qu’est la guerre. Il y a de très nombreuses définitions sur ce qu’est la guerre, mais l’une des plus pertinentes est celle de Hedley Bull qui a notamment fondé l’école anglaise qui, dans son ouvrage The Anarchical Society: A Study of Order in World Politics publié en 1977, donne la définition suivante : « an organized violence carried on by political units against each other ».

Cette définition comporte de nombreux éléments importants. Le fait de dire que la guerre est de la violence organisée par des unités politiques entre elles est important. Alors que l’idée de guerre est chargée de prénotion et de violence, il faut faire attention parce que lorsqu’on parle de guerre, on ne parle pas de violence interpersonnelle. La violence interpersonnelle est la violence liée à la criminalité et aux agressions alors que la guerre est de la violence organisée impliquant d’avoir des unités politiques organisées qui vont se battre entre elles.

D’autre part, Hedley Bull ajoute que la guerre a un caractère officiel, c’est-à-dire qu’on fait cette guerre au nom de l’État contre une autre unité politique. C’est là où il établit une troisième distinction dans sa définition qui est celle de dire que même si on fait la guerre au nom de cette entité politique, elle doit être faite contre d’autres entités politiques qui en général sont à l’extérieur de l’État. Hedley Bull établit une distinction fondamentale lorsqu’on parle de violence organisée qui est celle avec la lutte contre le crime par exemple qui relève du travail policier.

La guerre est donc de la violence organisée entre des unités politiques entre elles, et le tout revêtant un caractère officiel dirigé en général à l’extérieur de ces unités politiques. Cette définition est assez complète et rend compte de comment s’est constituée la guerre moderne et surtout comment elle est entendue et comprise dans son étude auprès de la plupart des gens qui étudient la guerre que cela soit dans des académies militaires, cela recoupe à peu près tout ce qu’on entend par « guerre ».

Deux idées reçues[modifier | modifier le wikicode]

Nous allons partir sur deux idées reçues de la guerre. La guerre est une notion, un concept que l’on connait tous un peu intuitivement.

Frontispiece of Leviathan.

Pour Thomas Hobbes dans Le Léviathan publié en 1551, la guerre est « la guerre de tous contre tous ». Hobbes est à la base de la théorie de l’État et de la guerre, et son idée est que l’État s’est constitué parce qu’entre les individus règne l’anarchie, et il faut une entité pour réguler les relations interindividuelles. En d’autres termes, dans une approche plus sociologique, l’idée de guerre de tous contre tous est une idée qui a permis de développer d’autres concepts est que l’État est apparu pour réguler la jungle qui régnait au sein de la société, or la guerre de tous contre tous est une impossibilité empirique, car les hommes ne peuvent pas combattre en permanence de manière anarchique, les individus sont peu enclins à s’organiser et à se coordonner afin de mener une action violente offensive ou pour se protéger. Il peut y avoir des agressions individuelles, il y a de l’égoïsme qui peut mener à des rixes, mais les conflits armés relèvent d’autre chose. La guerre, selon Hobbes, est quelque chose qui relève avant tout de la nature humaine. Ici, l’idée de guerre de tous contre tous est à remettre en question parce qu’elle part de l’idée que c’est l’égoïsme de l’Homme qui génère la guerre alors qu’en fait, c’est bien la socialité de l’Homme parce qu’on nous oblige à vivre en société, parce qu’afin de pouvoir mener une guerre, il faut des structures qui permettent de le faire, à savoir une organisation. L’organisation humaine est le fruit d’une société humaine. Ce principe énoncé par Hobbes part du fait que l’homme est égoïste et mène la guerre en permanence, or c’est la société de l’homme qui crée la guerre puisqu’il faut bien une organisation pour faire la guerre, organisation qui ne peut apparaitre qu’à travers de la société. Plutôt qu’être un phénomène naturel et universel, la guerre est avant tout un phénomène social. C’est un raisonnement qui ne part pas de l’égoïsme de l’Homme, mais de sa socialité qui est le fait de vivre ensemble et d’avoir à vivre ensemble. Pour faire la guerre, il faut des organisations complexes dotées d’administrations bureaucratisées. Il faut des organisations efficaces permettant de faire la guerre d’où les conditions incontournables de l’organisation des sociétés humaines pour faire la guerre.

Nous venons de voir comment faire la guerre et la rendre possible, maintenant nous allons, avec la seconde idée reçue, nous intéresser au « quand ». La seconde idée reçue est celle de la guerre perpétuelle d’Héraclite qui postule que « La guerre est le père de toute chose, et de toute chose elle est roi ». Si on se par du principe que la guerre relève de la nature humaine alors elle a toujours existé, cela est faux. Si on a un regard un peu plus sociologique, on pourrait dire que la guerre est un phénomène relativement récent dans l’histoire humaine, c’est en tout cas une caractéristique qui n’est pas intemporelle. Il n’y a pas de preuves archéologiques d’une forme de violence organisée soutenue qui signifie que pour faire la guerre il faut un certain degré d’organisation. Avant la Révolution néolithique datant d’environ 7000 avant Jésus Christ, on ne peut pas vraiment parler de guerre. Si on part du principe que l’homme est apparu il y a 200000 ans, la guerre ne concernerait donc que 5% de notre histoire. Nous sommes loin d’un phénomène anhistorique et universel qui aurait toujours existé. Il est important d’éviter d’essentialiser la guerre comme quelque chose qui serait en nous. Si on regarde empiriquement, les faits, la guerre n’a pas toujours existée et elle est liée à une organisation sociale développée. Cette forme d’organisation sociale apparait à partir du néolithique et elle coïncide avec une spécialisation fonctionnelle, à savoir avec l’apparition des premières villes. La ville est un endroit où il faut se spécialiser à la différence de la campagne où chacun est plus dépendant. Dans une ville, on se divise les tâches afin d’être plus efficace. C’est une idée qui est assez fondamentale dans l’idée même de la construction de l’État et du développement de nos sociétés. L’idée de spécialisation est importante dans les sciences sociales ; par exemple, le policier est quelqu’un qui se spécialise dans la violence. L’idée sous-jacente est que, par exemple, pour labourer ses champs tranquillement, il faut quelqu’un qui s’occupe de la sécurité et dont cela est son métier et en échange, on va le nourrir. C’est comme cela qu’on crée une société plus spécialisée et nous sommes aujourd’hui dans des sociétés extrêmement spécialisées.

En d’autres termes, l’arrivée de la guerre coïncide avec la Révolution néolithique, la spécialisation fonctionnelle et l’apparition de villes. C’est à partir de l’an 5000 avant Jésus Christ que l’on voit apparaitre des guerres entre ces cités-États. Ensuite, à partir de ce moment, des sociétés de plus en plus complexes se développent.

La phalange : “père” des formes modernes de violence organisée ?[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu’on rentre dans l’Antiquité classique jusqu’à l’Empire romain, la guerre connait un saut qualitatif lié à un degré d’organisation plus élevé. Par « saut qualitatif », il faut des systèmes plus efficaces pour mener la guerre. Il y a une dimension technologique.

L’un des meilleurs exemples est celui de la Phalange qui sont des formations d’infanteries lourdement armées et bien organisé dont le but est de réduire et de battre l’ennemi au moment du choc. Cela a beaucoup été utilisé dans la Grèce antique notamment avec Alexandre le Grand. Cette façon de faire la guerre accompagne la complexification des sociétés. À partir de là, il y a un développement vers une façon de mener la guerre qui est technologiquement de plus en plus développée et efficace.

Phalange macédonienne.

Il y a une parenthèse avec le Moyen-âge. Avec la chute de l’Empire romain, on retourne sur des modes de guerres plus erratiques avec des guerres de pillage et des guerres moins organisées. Dès le XVème siècle, va émerger la conception moderne de la guerre qui est donc liée à une révolution technologique. Le développement de la guerre moderne est lié au développement de l’État moderne. Les deux sont indissociables.

Guerre et Modernité politique[modifier | modifier le wikicode]

La guerre n’est pas le père de toute chose et quelque chose d’universel et naturel, mais c’est un phénomène relativement récent à l’échelle de l’humanité, mais qui surtout est lié à un développement d’un haut degré d’organisation sociale qui commence en 5000 avant Jésus Christ et va jusqu’au XVIIème siècle. L’histoire de la guerre est aussi l’histoire de l’État.

Parler de la guerre par rapport à l’État est une articulation qui est rarement opérée, mais qui est fondamentale pour comprendre la forme de violence organisée qu’est la guerre et donc de voir la guerre comme un phénomène qui est éminemment lié à la modernité politique donc à l’avènement de l’État moderne. L’État n’est pas la seule forme d’organisation politique existant dans le monde et surtout pas dans l’histoire. Il y a eu des empires, des cités-États ou encore des colonies dans le sens où l’État est une forme d’organisation relativement récente dans l’histoire.

Arc-et-Senans - Plan de la saline royale.

Si on prend l’angle de la guerre comme étant quelque chose de fondamentalement lié à l’émergence de l’État, cela nous permet également de revenir sur une troisième idée reçue qui est l’idée que l’État est perçu avec une dimension assez positive. L’État c’est la loi et l’ordre, la base des relations internationales est une division du travail disciplinaire et à l’intérieur de l’État qui est policé et donc en paix, l’État garantit cela notamment à travers sa police et son système judiciaire ; au-delà de ses frontières, c’est l’anarchie, il n’y a pas de système international similaire à un gouvernement net et c’est pour cela qu’on se bat en dehors des frontières de l’État. C’est une division du travail et l’État fait régner la loi et l’ordre à l’intérieur de son territoire. Il y a une dimension positive liée à la paix.

L’État est aussi l’acteur qui va permettre la paix internationale notamment à travers sa participation des organisations internationales. Dans cette conception de la guerre et surtout dans le rapport à la violence de l’État, on a une dimension positive puisque l’État est ce qui permet de faire régner l’ordre, de ne pas sombrer dans le chaos et l’anarchie et donc la violence est perçue comme quelque chose de primitif et d’un autre âge. L’État, en s’imposant, a permis de ne pas être dans le chaos. Si on compare avec d’autres endroits dans le monde où règne une situation beaucoup plus dramatique en termes de violence, peut être expliquer par le fait qu’il n’y a pas un État efficace sur place permettant à tout le monde d’avoir une vie calme, ordonnée et en sécurité.

Il faut aussi un peu remettre en question cette idée parce que la modernité politique avec l’émergence de l’État voit également l’émergence de nouvelles formes de violences qui ont été développées et qui n’ont que peu à envier avec des formes de violence primitive. Ce sont des formes de violences liées à la modernité comme le génocide qui est un mode de violence éminemment lié au développement d’un État moderne et industriel. Afin d’organiser un massacre à grande échelle, il faut des grosses capacités. La guerre totale est également mode de guerre meurtrière avec les Première et Deuxième guerres mondiales. En fin de compte, cette modernité de l’État et cette conception de la modernité débouchent sur un XXème siècle qui a été le siècle le plus violent de tous les temps. Au XXème siècle, en termes de violence politique, on dénombre plus de 200 millions de morts, dont entre 130 et 140 millions directement liés à la guerre. La différence est que la violence politique peut être par exemple celle liée à un régime répressif à l’intérieur d’un État. Ces chiffres sont énormes, il y a ce paradoxe où l’État moderne est censé offrir la paix et la stabilité à l’intérieur de ses frontières, mais la période à débouché sur une période où il n’y a jamais eu autant de morts liés à la violence politique. C’est assez paradoxal.

La naissance de la guerre moderne[modifier | modifier le wikicode]

Une affaire d’État : War-Making/State-Making[modifier | modifier le wikicode]

Passage de la Seine par armee anglaise et pillage Vitry XIVe siecle.jpg

Pour étudier la guerre, il faut avant tout se focaliser sur les liens qu’elle entretien avec l’État moderne comme organisation politique. Nous allons voir comment la guerre est aujourd’hui au travers et par l’émergence de l’État moderne. Nous allons commencer par voir que la guerre est une affaire d’État. Afin d’introduire l’idée que la guerre est liée à la construction même de l’État et à l’émergence de l’État comme forme d’organisation politique en Europe à partir de la sortie du Moyen Âge, pour cela, le meilleur moyen et de le faire est comme amené par le sociohistorien Charles Tilly dans son article War Making and State Making as Organized Crime qui a développé l’idée de war making/state making : c’est en faisant la guerre que l’on a fait l’État, et vice-versa.

Tilly rend compte de la trajectoire occidentale de la construction des États. Quand on parle de l’État moderne et du rôle de la guerre, on parle vraiment de son émergence en Europe à partir de la sortie de la fin du Moyen Âge. C’est-à-dire qu’il y a d’autres formes d’entités politiques dans le monde qui suivent différentes trajectoires et si la trajectoire européenne parait aussi importante aujourd’hui, c’est qu’il est vrai que, notamment au travers de la colonisation, où aujourd’hui à travers la construction d’État ou le nation building, on essaie d’exporter le modèle européen parce qu’on part du principe que c’est le seul modèle qui pourrait être imposé aux autres. Cela crée quelques frictions certaines fois.

Au travers de l’idée de war making/state making, Tilly va traduire que c’est un processus qui prend plusieurs centaines d’années, mais qui n’est pas un processus intentionnel. Il décrit le processus de war making/state making à travers de deux opérations qui sont deux compétitions ou phénomènes qui sont reliés entre eux.

Einhard vita-karoli 13th-cent.jpg

Tout d’abord, l’époque de la sortie du Moyen Âge coïncide avec une compétition interne au sein des royaumes entre les seigneurs. Cela se passe à l’époque de la féodalité où il y avait un roi et différents seigneurs qui avaient leur fief ayant une forme d’allégeance avec le roi, mais qui étaient totalement autonomes dans la gestion de leurs affaires. Le seul lien qu’ils entrainaient avec la royauté était souvent au travers de la guerre. Le roi s’adressait à ces seigneurs féodaux afin de lever des hommes pour faire la guerre. Sur plusieurs siècles, selon Tilly, on observe une compétition de plus en plus grande entre ces seigneurs parce que chacun veut agrandir son territoire. Le Moyen Âge est comme un « état de guerre » généralisé où chacun va essayer d’agrandir son territoire ; à la fois à l’intérieur de ce qui commence à devenir un État et aussi à l’extérieur avec ces entités entre-elles.

France sous Louis XI.jpg

Reprenant l’idée de Norbert Elias, il parle de « lutte éliminatoire ». C’est-à-dire qu’à force de se battre il y en a de moins en moins. Avec l’exemple de la France sous Louis XI au XVème siècle, on voit bien cette logique qui se met en place où on voit en « bleu » les territoires qui appartiennent à l’État, donc appartenant au roi avec un processus de construction de l’État bien avancé qui commence déjà deux siècles auparavant où les territoires du roi de France étaient beaucoup plus réduits. De plus en plus, par des mariages, par des guerres, par des successions et la disparition de familles, il y a une tendance à avoir de moins en moins de territoire et de plus en plus un seul qui va s’imposer. À l’interne, les États ont émergé sous cette forme dans la plupart des pays européens. Souvent, les cas les plus emblématiques sont ceux de la France et de la Grande-Bretagne.

En plus de la compétition interne, il y a une compétition externe. Par exemple, à l’époque de Louis XI, il commence à mener de plus en plus de guerres à l’extérieur, et afin de pouvoir mener ces guerres, il a besoin de moyens, mais également de réunifier le monde chrétien. Étant donné que la papauté n’a pu réunifier le monde chrétien, ces États veulent chacun créer à ce qui ressemble à ces empires. Ces empires ne vont pas se créer parce qu’ils vont tous grandir et se rencontrer et ainsi créer un système qu’on appellera un système international. La guerre comme institution du « système interétatique »

Ce qu’il faut retenir de l’idée de War-Making/ State- Making est qu’afin de pouvoir mener ces guerres pour continuer à grandir comme entité, il faut beaucoup de ressources. Pour avoir les ressources, il faut avoir les moyens d’extraire ces ressources, et pour mener les guerres, il faut des armées. C’est là qu’on voit le lien entre l’extraction de ressources et le besoin de mener la guerre qui va permettre la construction des États par le même phénomène. C’est-à-dire que pour avoir une armée qui tienne la route, il faut du monde, recenser, pour entretenir l’armée, il faut de l’argent, pour avoir de l’argent, il faut lever des impôts, et pour cela, il faut que des personnes sachent qui habite où et convaincre les gens de leur légitimité pour qu’ils acceptent de payer sans qu’on ait besoin de les contraindre forcément par la violence de payer des impôts. On est de plus en plus dans la mise en place de bureaucraties efficaces qui permettent d’extraire des ressources du territoire afin de mener la guerre. Le fait de constamment devoir mener la guerre oblige à extraire de manière de plus en plus efficace des ressources d’un territoire. Cela a mis plusieurs centaines années, mais c’est à travers ce processus selon Tilly que l’État moderne né est au passage la guerre.

Dès la sortie du Moyen Âge, la guerre apparait comme une institution qui est à la base d’un système interétatique qui est à la base d’un grand impact sur notre quotidien. Cette idée vient de l’Europe à la sortie du Moyen Âge qui est le résultat de prétentions impériales et de compétitions entre différents États qui ont commencé des empires, certains ont essayé comme Napoléon qui voulait construire un territoire qui ne connaissait pas de frontières et qui était un territoire inclusif. Mais, il y a une sorte d’équilibre des forces qui s’est constitué entre toutes ces puissances à terme. À force de s’éliminer entre eux, entre toutes ces puissances, nous en sommes arrivés à l’émergence d’État dont la force se valait plus ou moins à terme, se stabilisant autour de frontières et se rencontrant autour de ces frontières. À partir de là, émerge l’idée de souveraineté, c’est-à-dire que l’idée d’autorité sur le territoire est divisée entre des espaces sur lesquels s’exercent des souverainetés qui sont exclusives entre elles. C’est vraiment cela le principe d'un système internationale divisé entre États souverains.

À terme, se développe autour du principe de souveraineté un universalisme de l’État-national qui n’est pas celui de l’Empire puisque le principe de souveraineté est reconnu par tous comme le principe organisateur du système international. C’est par exemple le principe des Nations Unies parce qu’on reconnait le principe de l’égalité entre tous les États souverains. L’idée des Nations Unies découle de l’idée du principe de souveraineté comme organisateur du système international. Ce système interétatique qui se met en place est organisé autour de l’idée qu’il y a une logique de l’équilibre interne où l’État administre un territoire, à savoir la « police » ; et externes où se sont les États entre eux qui règlent leurs affaires. C’est cette distinction de l’espace qui est fondamentale ici. Il y a un espace interne qui est l’affaire de l’État qui administre et qui administre les comptes de ses citoyens et l’externe où l’État à ce mandat afin de gérer le rapport avec les autres États.

Du moment où il y a tous ces États qui sont formés, ils doivent communiquer entre eux. Puisque chacun doit survivre en tant qu’État et qu’il y a d’autres États qui sont là, comment va-t-on communiquer ? Si on part du principe que la guerre est une institution, elle sert exactement à faire cela. Selon John Vasquez, la guerre est une modalité apprise de prise de décisions politiques par le biais de laquelle deux ou plusieurs unités politiques allouent des biens matériels ou de valeur symbolique sur la base d’une compétition violente. En d’autres termes, la guerre permet de régler une compétition ; on n’est pas d’accord, donc, on règle cela par la guerre. Nous nous éloignons de l’idée de la guerre comme quelque chose d’anarchique ou de violent, la guerre est quelque chose qui a été développé dans sa conception moderne afin de régler des différends entre États, c’est un mécanisme de résolution de conflits. Cela parait contre-intuitif.

La guerre est avant tout à comprendre comme quelque chose qui sert à régler des différends. C’est-à-dire que si nous ne sommes pas d’accord, on prend des ressources, à savoir ces armées, préparées en collectant des impôts envoyés à se battre les unes contre les autres et du moment où l’une a gagné, le différend est réglé au bénéfice de l’un ou de l’autre.

Scène de bataille au Musée Fesch d'Ajaccio par Antonio Tempesta.

La guerre est avant tout un mécanisme de résolution des conflits, c’est en tout cas une façon tout à faire pertinente de l’appréhender.la guerre peut être vue sous différents angles, que cela soit d’un point de vue humanitaire par les morts qu’elles causent ou sous l’angle juridique par rapport à sa régulation elle-même et quels sont les enjeux juridiques de la constitution des différents mécanises de gestion de la guerre. L’angle de ce cours est celui de la science politique pour voir d’où vient ce phénomène et à quoi cela sert. Nous ne nous intéressons pas ici à la dimension normative de la guerre.

Nous arrivons à l’idée que la guerre est un mécanisme de résolution de conflits et que donc, si la stratégie à une fin, la fin et le but de cette stratégie est la paix. Les deux sont liés ; nous sommes dans une conception où la paix est intimement liée à la guerre et surtout que la définition de la paix est intimement liée à la guerre. La paix est comprise comme l’absence de guerre. Il est intéressant de voir comment le but de la stratégie est de gagner et de retourner à un état de paix. C’est vraiment la guerre qui détermine cet état. Il y a une très forte dialectique entre les deux. Nous nous intéressons à la relation entre guerre et État, mais aussi entre guerre et paix. C’est une relation qui est fondamentale à laquelle nous n’allons pas nous intéresser aujourd’hui.

Nous parlons de paix, parce que ce qui est important est que dans la conception de la guerre qui se met en place avec l’émergence de ce système interétatique, c’est-à-dire avec des États qui se constituent à l’intérieur et qui entrent en compétition entre eux à l’extérieur, la guerre n’est pas un but en soit, le but n’est pas la conduite de la guerre elle-même, mais la paix ; on fait la guerre afin d’obtenir quelque chose. C’est la conception de Raymon Aron.

Pour s’arrêter sur la conception de la guerre comme un mécanisme de résolution des conflits qui permet de faire des choses, d’obtenir des choses, de "stratégiser" ses objectifs.

Carl von Clausewitz (1780 – 1832) : De la guerre[modifier | modifier le wikicode]

Carl von Clausewitz.

Si on parle de guerre, dans sa figure de la théorisation qui est la plus connue est Carl von Clausewitz qui est un officier prussien qui a exercé pendant les guerres napoléoniennes à écrit l’ouvrage De la Guerre. Clausewitz va, si ce n’est fixer, être considéré comme la référence dans la théorisation de la guerre. Il va poser une conception éminemment politique de la guerre qui encore aujourd’hui, reste une référence.

Clausewitz définit la guerre comme un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté. C’est un cadre très rationnel, ce n’est pas une logique de « fou de guerre ». La guerre est faite afin d’obtenir quelque chose. Selon Clausewitz, « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Imaginons un État qui est un gouvernement avec un objectif qui est par exemple celui d’étendre les terres fertiles, alors les terres du voisin ont devenir un objectif. Étant donné qu’il ne va pas les donner, la guerre va lui être déclarée, si l’État belliqueux gagne, il ferra un traité de paix et obtiendra les terres. C’est une conception éminemment politique de la guerre dans le sens où la guerre est subordonnée au politique. C’est le politique qui détermine ce qu’on peut obtenir à travers la guerre parce qu’on ne peut pas l’obtenir par d’autres moyens ; les autres moyens étant la diplomatie ou encore le commerce par exemple. Il y a un moment où on ne peut pas l’obtenir autrement donc on fait la guerre afin de l’obtenir. Cela implique de revenir après à la normale qui est un état de paix.

Le système westphalien[modifier | modifier le wikicode]

À partir du XVIIème siècle et la fin de la guerre de Trente Ans, se met en place ce qu’on appelle le système westphalien. En accompagnement de la construction de l’État moderne, il y a toute une pensée en théorie politique afin de penser la guerre, mais aussi pour la codifier. Un juriste néerlandais, Hugo de Groot dit Grotius qui dès le XVIIème siècle va codifier la guerre, en termes de ce qu’on peut faire avant la guerre, pendant la guerre et après la guerre qui va mener à la codification du droit, mais aussi des conventions de Genève. L’émergence de la guerre dans le système interétatique s’accompagne d’une volonté d’introduire des règles bien spécifiques afin de mener la guerre : la guerre doit être déclarée, la guerre est un moment de violence intense et extrêmement, mais qui est extrêmement bien encadré. Il faut avoir à l’esprit tous les efforts qui ont été faits à partir de ce moment-là on l’a régulé et fixé des règles qui permettent de mener la guerre et de l’utiliser dans ce but politique. C’est-à-dire que la guerre fait vraiment partie de ce système interétatique.

Banquet de la garde civile d'Amsterdam fêtant la paix de Münster (1648), exposé au Rijksmuseum, par Bartholomeus van der Helst.

Le Traité de Westphalie de 1648 comprend le traité d’Osnabrück et le traité de Münster. Ils marquent la fin de la guerre de Trente Ans durant de 1618 à 1648, cela renvoi à la guerre de religion sur le continent européen entre catholiques et protestants et à la fin de ces guerres, on arrive à un traité qui va consacrer l’existence et l’émergence de l’État comme étant à la base du système d’organisation entre les entités et les unités politiques du continent européen donnant naissance au système westphalien. Les premières mentions dans les documents officiels de la Suisse sont au Traité de Westphalie même si la Suisse en tant qu’État a mis encore un certain temps à émerger dans sa forme moderne. C’est le moment où on fixe l’État comme base de ce système et surtout on reconnait la souveraineté qui est le fait que chaque État exerce sur son territoire le principe organisateur de ce système. Nous ne sommes pas dans une logique impériale, mais dans une logique où chaque entité exerce une souveraineté sur un territoire donné. Chacun reconnait que chacun fait ce qu’il veut chez lui, ce qui n’empêche pas que lorsqu’il y a un différend, la guerre reste un moyen de le régler.

C’est important de comprendre cette distinction de l’espace entre un espace intérieur où les règles sont claires, où c’est l’État en tant que tel qui à la souveraineté d’exercer le pouvoir, qui est reconnu ; et il y a l’extérieur de l’État où il n’y a pas d’autorité qui ait la forme de la souveraineté. Encore aujourd’hui, il n’y a pas de gouvernement mondial, nous ne sommes pas dans un empire des États, les territoires de la planète étant divisés entre États où s’exercent de manière exclusive à peu près deux cents souverainetés. C’est un principe, il y a des États plus forts que d’autres qui imposent leur volonté, mais comme principe de droit et d’organisation du système, c’est à partir de là que tout se met en place et encore aujourd’hui, ils occupent une place extrêmement importante même si de nos jours on parle des acteurs non étatiques comme les sociétés multinationales ou les organisations non gouvernementales qui occupent une certaine importance et ont un rôle assez important. L’État est quand même à la base de ce qu’on appelle le « système international ».

On ne parle pas d’« études mondiales » ou d’ « études globales ». Le terme qui s’est imposé est celui de « relations internationales », qui signifie que penser le monde est penser au-delà de la frontière de l’État pour montrer à quel point le moment de la structuration de l’espace entre États est important.

Le Traité de Westphalie consacre l’égalité souveraine comme principe organisateur du système international et il consacre ce principe que chacun fait ce qu’il veut chez lui et lorsqu’un différend survient, la guerre est pratiquée.

Vers la guerre totale[modifier | modifier le wikicode]

À partir du XVIIème siècle, il y a en place un système qui s’accompagne et est accompagné de la constitution du rôle de l’État ; au même moment ces deux processus sont concomitants, se déroulent en même temps et s’influencent l’un et l’autre. À partir de là, à travers la structuration de ce système, avec des États de plus en plus puissants, qui s’industrialisent et arrivent à extraire de plus en plus de ressources, à devenir de plus en plus efficace permettant d’aller vers la guerre totale.

On entre dans ce paradoxe où des États de plus en plus efficaces dans leur gestion interne font diminuer la violence interpersonnelle, mais paradoxalement, il y a des guerres qui sont extrêmement meurtrières si ce n’est de plus en plus meurtrières. C’est-à-dire que si on fait faire une distinction dans l’évolution de la guerre, nous sommes passés d’une guerre au Moyen Âge où les choses sont moins claires au niveau du système international, où il y a une absence de discrimination entre civils et combattants, c’est-à-dire que lorsque la guerre va être codifiée, elle va clarifier le rôle des combattants et tenter d’exclure les civiles des conflits. Cela va en effet marcher parce qu’à partir du XVIIème siècle, il y aura de moins en moins de civils impliqués dans les guerres et cela ferra de moins en moins de victimes civiles dans les guerres, la majorité étant militaire, et cela est un phénomène qui va durer jusqu’à la fin de la Guerre froide où on a de nouveau une inversion de ce chiffre.

Il est important de parler de guerre en relation avec l’émergence de l’État parce qu’au Moyen Âge, cela sont plus des états de violence que des guerres où il y a différents types d’unités politiques avec des cités-États, la papauté, des seigneurs de guerre qui changent d’affiliation en fonction de leurs intérêts du moment, cela est beaucoup plus fluide, il y a différentes forces qui combattent puisque la guerre moderne est liée à l’émergence de l’État puisque les gens qui combattent dans la guerre moderne sont des soldats qui ont des uniformes et qui sont donc des représentants de l’État, qu’ils soient payés ou que ce soit une armée de conscription. Alors qu’au Moyen Âge, il y a un mélange, les statuts sont beaucoup moins clairs, il y a différents types d’acteurs, il n’y a pas seulement des agents de l’État qui se font la guerre entre eux.

Les guerres limitées/ institutionalisées/ trinitaires (du « premier type » selon Holsti) : 1648 –1789[modifier | modifier le wikicode]

À partir de la paix de Westphalie, où la guerre s’instaure comme un moyen de régulation de la violence entre toutes les entités qui composent le système westphalien, les guerres s’institutionnalisent.

À partir du Traité de Westphalie, les guerres s’institutionnalisent. Dans The State, War and the State of War publié en 2001, Holsti fait une distinction assez connue entre les différents types de guerre parlant souvent de guerre de premier type à la sortie du Moyen Âge. Entre 1648 et 1789, on parle de guerres qui sont relativement courtes, durant de un à deux ans, avec des séquençages assez clairs, donc avec une déclaration de guerre, un cessez-le-feu, un traité de paix ; la guerre est de plus en plus codifiée et tout le monde joue le jeu de plus en plus avec des objectifs limités, des intérêts limités étant dans une conception clausewitzienne.

C’est aussi une époque de codification où on il n’y a plus de rôles qui ne sont pas bien établit, il y a des uniformes, des codes de conduites qui se mettent en place, mais aussi une tradition militaire autour de la « noblesse d’épée » qui se met également en place, c’est là que naisse les armées des États occidentaux tels qu’on les connait encore aujourd’hui. Ce sont des guerres qui sont limitées dans le temps et dans l’espace, il y a des objectifs clairs et c’est une guerre de manœuvre plutôt que n’annihilation.

L’armée est utilisée afin d’obtenir des choses décidées à l’avance. Cela n’empêche pas qu’il y a énormément de guerres à l’époque. Nous ne parlons pas de paix ou de mise hors-la-loi de la guerre, mais c’est un effort de codification de cette guerre où les civiles sont un peu plus épargné et où le nombre de victimes est relativement limité.

La guerre symptomatique de l’époque et la guerre de succession d’Espagne où il y a une série de conflits brutaux sur le moment, mais limités dans le temps entre différents États européens. C’est donc une époque où on codifie les armées, les uniformes émergent, on se distingue notamment à travers les uniformes. Cette distinction est importante parce que les États se crient aussi sur le fait qu’on se différencie les uns les autres aussi en fonction des uniformes.

La guerre du deuxième type ou guerre totale : 1789 – 1815 et 1914 – 1945[modifier | modifier le wikicode]

Napoleon in Berlin (Meynier). After defeating Prussian forces at Jena, the French Army entered Berlin on 27 October 1806.

En restant sur la typologie de Holsti, on entre dans les guerres de deuxième type. À partir de 1789 et de la Révolution française, on entre dans des guerres révolutionnaires et la nouveauté, restant extrêmement lié à la construction de l’État, on entre dans des levées en masse avec le concept de « Nation en armes ».

Avec la Révolution française, les princes européens se coalisent afin d’envahir la France, et se met en place la réaction révolutionnaire avec la levée de masse et la mise en place d’une armée de conscription. Au-delà du côté poétique de la révolution, cela implique que c’est avant tout un État relativement moderne qui peut se permettre la conscription menant au service militaire qui est le fait qu’on puisse mobiliser énormément de gens rapidement, les armer, les entrainer et les envoyer au combat. En tant que tel, il faut un État beaucoup moins développé développer pour engager quelques centaines de mercenaires et les envoyer combattre. Monter une armée en entier est beaucoup plus compliqué que d’acheter simplement un service. Le développement de ces armées de conscription a permis de lever des armées énormes en termes d’hommes, de taille et d’efficacité. Les guerres de deuxième type sont les guerres révolutionnaires et napoléoniennes après où ce sont des armées nationalistes signifiant que ce ne sont plus des armées de métier comme c’était souvent le cas avant reposant sur le mercenariat. Le paradoxe avec la beauté de la cause révolutionnaire où c’est un peuple qui se soulève contre un ennemi qui attaque nos idéaux, mais, lorsqu’on mène une guerre révolutionnaire, le but n’est pas juste de gagner quelques kilomètres carrés, le but est d’annihiler l’ennemi parce qu’il remet en cause notre existence. On entre dans des logiques beaucoup plus meurtrières avec les guerres de deuxième type qui sont liées justement aux guerres révolutionnaires de l’époque. Les objectifs deviennent illimités, flous et ne sont pas concrets comme les concepts de « libération », de « démocratie », la « lutte des classes » et impliquent une capitulation sans conditions.

La Deuxième guerre mondiale est symptomatique de ce phénomène parce qu’avec la lutte contre le nazisme, nous ne sommes pas dans une logique de capitulation où chacun reste chez soi après ; lorsqu’on entre dans ce type de guerre, on entre dans une logique de capitulation sans conditions, l’objectif est d’annihiler son ennemi. C’est une transformation de la guerre, mais qui est éminemment lié à une construction de l’État. Afin d’arriver à quelque chose comme la Deuxième guerre mondiale avec une lutte contre le nazisme, afin que le nazisme émerge, il a fallu un État pour qu’il puisse se développer sinon il n’y aurait jamais eu une capacité sans les idéologies s’il n’y avait pas eu un État derrière qui permettait de menacer l’équilibre européen et mondial après à partir de là.

Dans ces guerres de deuxième type, la discrimination entre civiles et militaires n’a plus lieu d’être. Avec la Deuxième guerre mondiale, le nombre de victimes civil a été beaucoup plus grand que dans les guerres précédentes. On revient à l’État bien sûr, les moyens industriels au service de la guerre doivent être importants. Pour organiser un génocide, il faut des moyens industriels. Afin de pouvoir monter des armées aussi puissantes qui vont s’affronter dans la Première guerre mondiale par exemple, il faut de grandes capacités industrielles. La guerre permet de développer ces capacités industrielles. Il y a toujours ce lien entre les deux.

Il y a cette période à partir de 1789 où vont se développer ces guerres du deuxième type qui sont des guerres totales où toute la population est impliquée et qui touche toute la société. Sur la périodisation, il faut faire attention, parce qu’entre 1815 et 1914, il y a ce qu’on a appelé la « paix de cent ans ». Il y a une centaine d’années où il n’y a pas eu de conflit majeur sur le territoire européen. Autant il y a eu le Traité de Westphalie en 1648 après la guerre de Trente Ans, après les guerres napoléoniennes, il y a eu le Congrès de Vienne créant le « Concert des Nations ». Tous les gagnants de la coalition contre Napoléon ont défini des nouvelles règles qui concernaient ce système international qu’on appelait à partir de là le Concert des Nations commençant à mettre en place, si ce n’est un système de sécurité collective, de concertation pour la gestion des différends entre les États qui a fonctionné relativement bien dans la mesure où il y a eu moins de guerres parce qu'étant dans le logique de Concert des Nations.

Après 1945[modifier | modifier le wikicode]

Autant, il y a eu une Paix de cent ans entre 1815 et 1914, autant après 1945, le continent européen a connu une période extrêmement pacifiée. C’est assez paradoxal parce qu’il y avait la Guerre froide, il y avait une menace constante d’Armageddon nucléaire, mais il n’y a pas eu de guerre. C’est une période relativement calme, surtout que l’Europe sortait d’une très longue période extrêmement violente. Nous assistons après 1945 à la fin de la guerre entre les grandes puissances. Il y a une diminution de la guerre et se met en place une longue paix.

United Nations General Assembly hall.

Même si c’est une conception eurocentrée de la guerre, parce qu’autant la Guerre froide en Europe n’a pas donné lieu à de violence en termes de guerre, mais il y a beaucoup de guerres qui furent menées par proxy menant à de la violence. Cette conception européenne de la guerre a mené à la fin de confrontations directes entre les grandes puissances alors qu’avant, le problème était que les grandes puissances de l’époque se faisaient la guerre. Les grandes puissances ne se battent plus entre elles.

De plus en plus, on en vient à l’idée d’une mise hors-la-loi de la guerre. C’est une idée qui existe depuis un certain temps parce que dans l’idée de régulation de la guerre, il y a aussi l’idée que la guerre doit à terme disparaitre. L’idée pacifiste existe depuis longtemps notamment incarnée par le projet de « paix perpétuelle » de Emmanuel Kant qui propose un certain nombre d’étapes pour arriver à une certaine fédération du système où on n’aura plus besoin d’arriver à la guerre parce que les États vont devenir des régimes démocratiques parlementaires qui par définition ne se font pas la guerre entre eux. Mais surtout, après 1945, se met enfin en place des mécanismes de sécurité collective ; c‘est-à-dire que pour gérer les relations entre États de manière efficace et d’éviter la guerre.

C’est ainsi qu’est notamment venu l’idée de l’émergence de l’ONU qui, dans sa charte, ne prévoit que deux façons de faire la guerre, à savoir qu’elle interdit la guerre sauf en cas de légitime défense ou à moins qu’un État ne mette en danger la paix et la stabilité internationale et que donc, le Conseil de Sécurité de l’ONU via son chapitre VII autorise cette guerre. Il y a une tentative de réguler la guerre, mais en la mettant hors-la-loi, il y a une tentative de la faire disparaitre. À partir de 1945, ces tendances deviennent de plus en plus importantes.

Les transformations contemporaines de la guerre[modifier | modifier le wikicode]

L’émergence de la guerre moderne nous mène à 1989 qui est la fin de la Guerre froide. Autant, nous avons vu que jusqu’à maintenant, que l’émergence et la constitution de la guerre moderne était en rapport avec l’émergence de la constitution de l’État moderne, que les deux sont intimement liés, autant à partir de 1989, beaucoup de chercheurs ont l’impression que nous sommes face à une rupture ; qu’un système qui fut construit pendant un certain temps est en train de changer avec la fin de la Guerre froide. La guerre se transforme, toutes les règles qui furent mises en place ne seraient plus valables, on arriverait vers de nouvelles guerres et même des guerres postmodernes. Nous serions depuis plus d’une vingtaine d’années dans une transformation de la guerre. Nous allons voir où nous nous situons par rapport au fait que la guerre serait en train de se transformer.

Le nouveau (dés)ordre mondial ?![modifier | modifier le wikicode]

À partir de 1989, avec la Chute du mur de Berlin, la disparition de l’Empire soviétique et la fin du système bipolaire où les relations entre les blocs soviétique et américain étaient régulées par la peur d’une destruction mutuelle créant une certaine paix. Avec les années 1990, on entre dans une période intéressante où les cartes commencent à être redistribuées. Il y a à la fois l’idée qu’on entre dans un nouvel ordre mondial avec l’idée que les États-Unis sont la seule superpuissance, mais surtout qu’on arrive à une période pacifiée où l’ONU va enfin pouvoir jouer son rôle et permettre de mettre la guerre hors-la-loi puisque l’ONU visait à assurer la paix et la sécurité mondiale, donc, désormais cela va être possible de rentrer dans une période assez optimiste. C’est une époque où la plupart des problèmes pouvaient potentiellement être réglés par l’envoi de Casques bleus et à partir de là, on entrerait dans une aide positive récoltant les dividendes de la paix de la fin de la Guerre froide.

À la même époque, apparaissent aussi des éléments et un discours sur ce qui va être appelé le désordre mondial. La thèse la plus connue est celle de Samuel Huntington et son ouvrage le Choc des civilisations soutenant que nous ne serions plus dans une logique de blocs qui se battent entre eux, mais de civilisations. Ce fut extrêmement influant et beaucoup de personnes réfléchissent comme cela aujourd’hui ; mais c’est surtout que la fin de la bipolarité après 1989 donne une sensation qu’on entre dans un monde nouveau et notamment parce qu’il y a une démultiplication des guerres civiles. Jusque là, un des buts de la codification de la guerre et de la constitution des États est que la majorité des guerres étaient des guerres interétatiques entre États ; la guerre civile était un mode minoritaire de guerre parce que la violence organisée passait principalement par l’État.

À partir de 1989, la tendance s’est inversée avec les guerres civiles qui prennent le dessus. Il y a l’impression que les États ne sont plus les acteurs principaux de la guerre et qu’il y a un retour de la violence interétatique. Des acteurs tels que les terroristes, les milices les mafias ou encore les gangs reviennent sur le devant de la scène. Ces modes de violences avaient soi-disant était domestiqués par l’État. L’élément qui revient le plus est qu’autant la souveraineté a été importante afin de structurer le système interétatique, autant à partir de ce moment-là est remis en question la souveraineté et sa capacité à pouvoir réguler la violence. Toutes les guerres civiles qu’on voit principalement en Afrique à partir des années 1990 sont des guerres qui touchent à ce qu’on appelle des États faillis. Ce sont des États qui sont peut-être souverains, mais qui n’arrivent plus à exercer leur autorité sur leur territoire, et, étant donné que c’est le chaos sur leur territoire, cela devient des guerres et cela déstabilise tout.

À partir de ce moment-là, on regarde de plus en plus la souveraineté comme quelque chose de potentiellement négatif à travers la multiplication de ces conflits infraétatiques ou de guerres civiles.

Les nouvelles guerres[modifier | modifier le wikicode]

Une réflexion va se mettre en place sur la guerre et ses transformations, les nouvelles guerres selon Mary Kaldor dans son ouvrage New and Old Wars: Organised violence in a global era publié en 1999, se distinguent des anciennes guerres.

Kaldor soutient qu’à partir de 1989, on entre dans une nouvelle ère qu’il serait possible de définir de trois façons différentes. Selon elle, les identités ont remplacé les idées. Il y a avant tout beaucoup de conflits ethniques par exemple, on ne se bat plus pour des idées, mais pour une ethnie par exemple, ce qui à la différence nous place dans une position d’exclusion. Quand on se bat pour une finalité idéologique, on est dans une disposition beaucoup plus inclusive comme par exemple se battre pour le socialisme international, alors que désormais, se battre pour une identité ethnique signifie forcément exclure l’autre.

D’autre part, selon Kaldor, la guerre n’est plus pour le peuple, mais contre le peuple, c’est-à-dire que nous sommes de plus en plus face à des acteurs qui ne représentent pas l’État et qui n’aspirent même pas à être l’État. Il y a de plus en plus une guerre de bandits où l’objectif est d’extraire les ressources naturelles des pays pour l’enrichissement personnel de certains groupes. De plus, on entre dans une économie de guerre qui est soutenue par des réseaux transnationaux comme les mafias par exemple, signifiant qu’on entre dans des réseaux globaux qui alimentent ces guerres.

Members of Colonel Hugo Martínez's Search Bloc celebrate over Pablo Escobar's body on December 2, 1993. His death ended a fifteen-month search effort that cost hundreds of millions of dollars, and involved coordination between the U.S. Joint Special Operations Command, the Drug Enforcement Administration, Colombian Police, and the vigilante group Los Pepes.

Kaldor a une approche dépolitisante de la guerre. On a mis un certain temps à réfléchir à un système où la guerre était éminemment politique, à savoir au service du politique, dans la poursuite d’objectifs politiques, et, selon ce type d’approches ce n’est plus le cas. Nous sommes face à des États du sud issu de la décolonisation qui se sont mal construite, auxquels on n’a pas donné les outils pour bien se construire, et qui se délite, et qui en se délitant, libèrent une espèce de chaos général où des ethnies se battent entre elles, où des bandits profitent de tous et où rien ne va parce qu’il n’y a pas d’État afin de mettre de l’ordre.

Il y a des critères de cette approche proposée par Mary Kaldor disant qu’il n’y aurait plus de conflits politiques, mais c’est une thèse qui a eu un certain impacte parce qu’elle colle à l’idée de désordre global qui est une sensation qu’à partir du moment où il y a des États trop faibles, on perd tout contrôle. Du moment où l’État n’est pas là comme garant de la stabilité du territoire qu’il doit contrôler, cela libère toute une série de menaces et de choses dangereuses. Avec le désordre au Moyen-Orient, cela génère des angoisses typiquement liées au rapport à l’État. Comme on a l’impression qu’il plus personne ne contrôle plus rien, cela va libérer toute une série de menaces potentiellement dangereuses. Notre rapport au système international est clairement lié à l’État. Du moment où l’État s’effondre, on a peur qu’en ne contrôlant plus ce qui se passe à l’intérieur des États, cela pose un danger. Le fait qu’il y a un soutien à des dictatures dans certain pays, au-delà du fait que cela soit condamnable comme approche, cela veut surtout dire qu’on préfère un État qui contrôle ce qu’il y a dans un pays même s’il n’est pas démocratique alors qu’on se dit nous-mêmes être une démocratie. Il y a un attachement à l’État comme une structure qui nous permet de penser notre environnement même mondial.

Du moment où la guerre est dépolitisée, on entre dans une version postmoderne de la guerre. Nous avons parlé des nouvelles guerres dans les pays du Sud, même si les démocraties ne sont plus censées se faire la guerre entre elles, elles font quand même la guerre ; les pays du Nord continuent à faire la guerre.

La guerre postmoderne[modifier | modifier le wikicode]

MQ-9 Reaper taxiing.

Est-ce que ces guerres ont vraiment changé la façon dont elles sont menées par les pays occidentaux ? Nous serions entrés dans un « western way of war », il y a un retour à la technologie, des armées qui se professionnalisent de plus en plus parce que les populations occidentales sont de plus en plus allergiques au risque. Aujourd’hui, les populations sympathisent de moins en moins avec l’idée d’aller mourir à l’étranger. Il y a des moyens de mener de plus en plus une guerre technologique qui éloignent du terrain grâce aux développements technologiques liés à l’État en partie. C’est par exemple l’image du drone où l’on va donner la mort à distance, c’est-à-dire que la personne qui va donner la mort n’est plus dans un avion au-dessus du terrain, il se situe à plusieurs milliers de kilomètres. La question est de savoir si cette mise à distance change la nature de la guerre, est-ce que cela est une évolution, une révolution des affaires militaires avec le concept de guerre « zéro mort », doit-on dépasser Clausewitz lorsqu’on parle de Mary Kaldor par exemple. La guerre est-elle vraiment en train de se transformer, est-ce quelque chose qui se dépolitise de plus en plus dans les pays du Sud et qui est quelque chose en fin de compte d’éminemment technologique où il n’y a plus aucun rapport avec ce qui se passe sur le terrain, nous ne sommes plus touchés par la guerre et cela est quelque chose technique avec lequel on a pris une véritable distance. On parle de toutes ces guerres que nous voyons à travers les écrans avec par exemple la Guerre du Golf dans les années 1990 qui parait éloignées parce qu’on ne l’expérimente même plus au travers de nos familles ou de nos propres expériences.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]