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Introduction au comportement politique

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L’étude du comportement politique n’est pas seulement l’étude du comportement en tant que tel, mais c’est aussi plus largement les opinions politiques, les attitudes politiques, les croyances et les valeurs, tout cela fait partie du comportement politique.

Le mot « comportement » est un peu erroné. On a un champ d’études qui est beaucoup plus vaste que le comportement en tant que tel. Ce champ s’étend aussi aux opinions, aux croyances et aux valeurs sans forcément que ces opinions se transforment en comportement. Ce n’est pas seulement le comportement et l’action, mais aussi les attitudes, les opinions, les croyances et les valeurs qui sont derrière.

Il y a deux grands champs d’études dans le comportement politique que l’on peut résumer en disant qu’il y a d’un côté le comportement politique conventionnel et de l’autre le comportement politique non conventionnel.

Le comportement politique conventionnel[edit | edit source]

Ce qu’on appelle le comportement politique conventionnel, on l’appelle aussi le comportement électoral. Il s’agit d’étudier le comportement des électeurs et électrices lorsqu’il y a des scrutins. D’abord, étudier la participation politique, c‘est-à-dire, qui participe et qui s’abstient pour quelle raison; et ensuite, qui vote, et comment.

Il est possible de simplifier ce champ du comportement politique en disant qu’il y a trois questions fondamentales: qui vote, comment et pourquoi.

On observe donc qui vote, ce que les gens votent, et ensuite on essaie d’expliquer pourquoi les gens votent et pourquoi ils ont voté pour tel ou tel parti.

Comme son nom l’indique, le comportement électoral fait référence aux élections donc on étudie le comportement aux élections, qui vote, qui vote, pour quel parti et pour quel candidat.

En Suisse, il faut élargir un peu la notion. En effet, il y a une importante démocratie directe qui fait qu’on ne vote pas seulement pour les élections, mais aussi sur des objets concrets, des politiques publiques, des propositions, des réformes politiques entre autres. Mais l'on peut aussi appliquer l’étude du comportement électoral au comportement en votation populaire, à savoir l’étude du comportement dans les votes de démocratie directe. Les questions que l’on se pose en comportement électoral, peuvent également se les poser lorsqu’on étudie le comportement de vote dans les votes de démocratie directe (en Suisse, les votations populaires).

Le comportement politique non-conventionnel[edit | edit source]

Le comportement politique non-conventionnel permet d’invoquer deux types d’actions collectives que sont la politique contestataire et les nouveaux mouvements sociaux qui appartiennent à ce champ.

L’action collective est le champ qui englobe le tout. L’action collective désigne la mobilisation collective afin de défendre des intérêts communs. Un groupe de citoyens et de citoyennes se mobilise pour défendre des intérêts communs. Ce champ du comportement politique étudie comment ces comportements se forment.

À l’intérieur de l’action collective, on peut définir un peu plus spécifiquement ce qu’on appelle la politique contestataire. La politique contestataire est un ensemble d'actions de groupes qui souhaitent porter une revendication et donc faire valoir des demandes auprès du gouvernement, du parlement ou d’autres types de décideurs. C’est donc un groupe qui souhaite porter une revendication et donc alerter des autorités.

La politique contestataire peut prendre différentes formes. Elle peut prendre la forme de mouvements sociaux, mais aussi de révolte, de guerre civile, de terrorisme ; tous les moyens qui visent à porter ces revendications et à les faire connaître du grand public et si possible à infléchir les politiques.

Un troisième niveau à l’intérieur de l’action politique et de la politique contestataire est ce qu’on appelle les nouveaux mouvements sociaux. On dit « nouveaux mouvements sociaux » par distinction avec les « mouvements sociaux classiques » comme les syndicats. Ces nouveaux mouvements sociaux sont par exemple le mouvement écologiste, le mouvement pacifiste, le mouvement gay, ce sont des mouvements qui se créent pour défendre les intérêts d’un segment spécifique de l’électorat ou pour défendre une cause comme l’environnement dans le cas du mouvement écologiste.

Cette mobilisation via les mouvements sociaux prend des formes non-conventionnelles et c’est pour cela qu’on l’a distingué du comportement politique conventionnel. Cela est par exemple la manifestation, la grève, le boycott, donc des formes d’action collective qui se différencie des canaux institutionnels que sont le vote, la récolte de signature pour lancer des référendums ou des initiatives.

Les canaux institutionnels vont conduire à des comportements politiques conventionnels comme signer des pétitions, signatures afin de lancer des initiatives ou des referendums. On distingue cela du comportement non-conventionnel comme les grèves, manifestations ou encore boycott.

Exemples de questions que l'on se pose[edit | edit source]

Pour savoir ce qu’on étudie, lorsque l’on couvre le comportement politique en Suisse est à l’étranger, voilà le type de questions que l’on se pose :

  • Dans quelle mesure l'âge influence-t-il la participation aux élections et aux votations ? Il y a tout un courant de la littérature qui s’intéresse à la participation politique est la variable « âge » est une variable clef pour expliquer la participation. L’effet de l’âge n’est pas seulement l’effet du vieillissement, mais c’est aussi l’effet du parcours de vie et c’est également l’effet générationnel, mais aussi le fait d’appartenir à une génération spécifique. Tout cela se conjugue, il y a cet effet d’âge sur la participation politique.
  • Pourquoi certaines personnes s'engagent-elles dans des mouvements sociaux, et d'autres pas ? En d’autres termes, est-ce qu’il y a des prédispositions individuelles qui font que les gens s’engagent plus ou moins volontiers dans l’action collective et dans les mouvements sociaux.
  • Quels sont les principaux déterminants individuels du comportement électoral ? Cette question est de savoir comment peut-on expliquer comment quel segment de l’électorat vote plutôt pour un tel parti, y-a-t-il des régularités que l’on arrive à identifier permettant de mieux comprendre pourquoi certains types de personnes en fonction de leur âge ou de leur classe sociale ou de leur valeur politique tendent plutôt pour un parti que pour un autre.
  • Comment peut-on expliquer la montée en puissance des partis de droite populiste en Europe ? C’est un très grand champ désormais dans la littérature. On essaie de comprendre, de trouver des régularités, des sortes de règles qui permettraient de décrypter le vote pour ces partis populistes de droite. Cela est par exemple de savoir comment des partis tels que l’UDC ont connu de tel succès et savoir si les explications que l’on a en Suisse valent aussi pour des partis similaires ailleurs en Europe, est-ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, y-a-t-il des régularités derrière l’ascension des mouvements populistes de droite en Europe qui est une question importante traitée dans le comportement politique.
  • Dans quelle mesure l'engagement associatif influence-t-il l'intégration des étrangers et des étrangères ? C’est une recherche que Marco Giugni et Matteo Gianni conduisent actuellement essaient de voir si l’engagement dans les associations de la part des étrangers résidents en Suisse ont une influence sur le type et le degré d’intégration des étrangers. La question est de savoir si on arrive à assurer un modèle d’intégration via l’insertion associative.
  • Quel est l'impact des modèles de citoyenneté sur la mobilisation des immigrés dans les pays européens ? C’est une recherche de dimension internationale, on se poserait la question parce qu’il y a différents modèles de citoyenneté, certains impliquent le droit du sol, d’autres le droit du sang, certains sont très libéraux dans l’intégration, d’autres sont très restrictifs, et on cherche à savoir si cela a des conséquences sur le degré de mobilisation des immigrés dans ces pays concernés.
  • Dans quelle mesure les campagnes électorales et les médias influencent-ils la formation des opinions avant une élection ou une votation ? C’est une perspective dynamique où on s’intéresse à la manière dont les citoyens et citoyennes forment leur opinion avant un vote ou une élection et donc à la manière dont cette formation de l’opinion est influencée par l’environnement et par la campagne électorale référendaire. L’idée est de savoir si les opinions étaient formées à l’avance et on savait à l’avance ce qu’ils allaient voter et la campagne n’a pas eu tellement d’effet ou, est-ce que les campagnes ont au contraire un rôle massif dans la formation des opinions.

Nous allons laisser de côté le comportement politique non-conventionnel et nous focaliser sur le comportement politique conventionnel.

Trois grands modèles d'explication du vote[edit | edit source]

La littérature dans le domaine comporte trois grandes écoles classiques d’explication du vote. Ces trois écoles datent du début du XXe siècle ou de la première moitié du XXe siècle ayant donc déjà tout plus de cinquante ans et c’est pourquoi on parle d’école classique d’explication du vote. Cependant, on a évolué vers d’autres modèles d’explication du vote. Mais il est important de commencer par ces grandes écoles qui restent de grand modèle d’explication du vote.

Le comportement politique est une discipline relativement jeune. C’est une discipline relativement jeune parce qu’elle est liée à la disponibilité des données. Les sondages d’opinion sont nés dans les années 1920, 1930 et 1940. Jusque-là, lorsqu’on voulait étudier le comportement politique, on devait le faire à partir de données agrégées, c’est-à-dire le résultat des élections ou de votations par canton ou par commune par exemple. On étudiait la distribution des résultats par commune. Mais cela est au niveau agrégé, c’est-à-dire qu’en général, pour une communauté on ne disposait pas pendant très longtemps de données de sondage qui permettent d’étudier le comportement politique au niveau individuel, à savoir chaque individu pris séparément. Cela explique pourquoi ce champ du comportement politique est relativement récent et s’est développé à partir des années 1945 et 1950.

École socio-structurelle[edit | edit source]

Article détaillé : Modèle sociologique.
Paul Lazarsfeld.

La première grande école d’explication du vote est aussi appelée l’École de Columbia parce qu’elle a été développée à l’université de Columbia par plusieurs chercheurs dont un chercher célèbre qui est Paul Lazarsfeld. Lazarsfeld a mené la première enquête d’opinion sérieuse non commerciale scientifique aux États-Unis. Il faut noter qu’il ne l’a pas faite pour tout le pays, en l’occurrence, il s’est concentré sur un comté dans l’État de l’Ohio. C’était une étude limitée dans son ampleur géographique, à savoir seulement un compté dans un État américain, mais qui était par contre très impressionnante au niveau de son design de recherche puisque Lazarsfeld a conduit une enquête panel en six vagues. Cela veut dire qu’il a interrogé les mêmes personnes à six reprises en quelques mois ou années. Cela s’appelle une enquête panel dite aussi « longitudinale ». Donc, pour la première fois, il y a eu des données que personne n’avait eues jusque-là en étudiant le comportement de vote et la formation des opinions au niveau individuel.

L’étude de Lazarsfeld portait sur élections présidentielles de 1940. Il a essayé de comprendre le pourquoi du vote, à savoir, pourquoi certains électeurs ont votés républicains et pourquoi certains électeurs ont voté démocrate. Ce qui l’intéressait été l’explication a posteriori du vote, il ne s’était pas intéressé à des prédictions. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de résultats d’enquête d’opinion, en tout cas dans les médias pour nous dire quelle sera l’issue du scrutin à venir, c’est-à-dire qu’on fait des pronostics qui sont des prédictions. Dans cette étude, comme dans de nombreuses autres études scientifiques, le but n’est pas de faire des pronostics, pas de faire des prédictions, mais d’essayer de comprendre après coup pourquoi les gens ont voté ceci ou cela.

Pour aller directement à l’essentiel de ses conclusions, les résultats de cette étude ont fondé le modèle sociostructurel, dit modèle de Columbia, qui comme son nom l’indique, cette école met l’accent sur le poids des facteurs sociostructurels dans l’explication du vote. L’une des conclusions clefs de cette étude est qu’ « une personne pense, politiquement, comme elle est socialement. Les caractéristiques sociales déterminent les préférences politiques ». Comme l’usage des mots l’indique, ce modèle d’explication du vote a un caractère très déterministe qui du type « dite moi qui vous êtes et je vous dirais comment voter ». Selon ce modèle, les individus savent bien avant le vote ce qu’ils vont voter. En plus, presque par définition, cette connaissance de ce que les gens vont voter est stable dans le temps parce que l’insertion d’un individu dans son contexte social est relativement stable et donc son vote l’est aussi. Il y a une grande stabilité du vote en raison de la stabilité de l’insertion.

Dans ce modèle, les déterminants du vote sont les caractéristiques sociodémographiques ou sociostructurelles comme le statut socioéconomique, à savoir le niveau d’éducation, le revenu ou encore la classe sociale ; la religion et le lieu de résidence.

Une fois que l’on connaît ces trois caractéristiques et pour peu qu’elles se complètent mutuellement, on sait pour qui plus ou moins les américains allaient voter à l’époque. Dans ce modèle, le vote est fortement très prédéterminé, il y a une prédisposition très grande du vote en fonction des caractéristiques du groupe auquel un individu appartient. Donc, il y a une préstructuration du vote en fonction des caractéristiques sociales, socioéconomiques du groupe auquel un individu appartient.

Il existe un lien entre ce modèle d’explication du vote et la littérature sur les clivages. L’idée est que si un clivage est saillant, si un individu s’identifie dans ce clivage comme dans un clivage religieux qui opposerait les catholiques et les protestants, alors, la simple connaissance des caractéristiques de l’individu sur cette dimension religieuse permet de savoir à peu près correctement l’individu va voter.

En Suisse, historiquement, dans les cantons catholiques, il y avait une opposition très forte entre les individus qui pratiquaient la religion, et ceux qui ne pratiquaient pas, à savoir les laïques. Tout le monde était catholique, à peu près tout le monde était croyant, mais par contre, pas tout le monde pratiquait assidûment et la distinction ne se pratiquait pas. Cette division se retrouvait politiquement dans l’opposition entre le parti démocrate chrétien et le parti libéral radical. Les pratiquants votaient facilement PDC et les laïques votaient facilement libéral radical. Cela n’était pas aussi caricaturé que cela, mais à peine. On pouvait assez facilement anticiper le vote en fonction des connaissances en termes de confession et de pratique religieuse. Dans les cantons non catholiques, la ligne de fracture était différente, elle était entre les catholiques et les protestants. Les catholiques votaient PDC et les protestants votaient radical ou peut être socialiste et plus récemment UDC.

École psychosociologique[edit | edit source]

Article détaillé : Modèle psychosociologique.

Le deuxième grand modèle qui a aussi suivi de manière temporelle le modèle de Columbia est ce qu’on a appelé le modèle de Michigan parce qu’il fut développé dans le cadre de l’Université de Michigan qui a elle conduit les premières enquêtes d’opinion américaines au niveau national. Lazarsfeld s’est concentré sur un compté qui est celui de l’Ohio, Michigan a conduit les premières enquêtes d’opinion scientifiques présidentielles au niveau national. Cela a donné lieu ensuite lieu au projet des études électorales américaines qui sont toujours pilotées depuis l’Université de Michigan.

Pour l’École de Michigan, les facteurs explicatifs clefs pour comprendre le comportement électoral ne sont pas les caractéristiques sociogéographiques comme le prétend l’École de Columbia, ce sont les facteurs qu’ils appellent « psychobiologiques ». Contrairement à l’École de Columbia qui mettait l’accent sur l’individu inséré dans son groupe, l’École de Michigan met l’accent sur l’individu en tant que tel avec ses orientations psychosociologiques. Plus précisément, la variable clef qui est au cœur du modèle de Michigan est l’identification partisane qui est le fait de s’identifier à un parti, de se sentir proche d’un parti politique.

L’identification est un attachement affectif psychologique a un parti. Dans la théorisation proposée par l’École de Michigan, on s’identifie à un parti très tôt dans la vie, dans l’adolescence via la socialisation politique au sein de la famille. Il y a une très grande transmission intergénérationnelle qui fait qu’un adolescent va être influencé par les préférences de ses parents et dans le cas de la socialisation politique au sein de la famille, il acquiert cette identification à un parti qui ne fait ensuite que de se renforcer avec l’âge selon ce modèle.

Comme dans le premier modèle, on met l’accent sur la stabilité des préférences, il y a une sorte de loyauté durable à un parti qui va en suite influencer le choix de ce parti lorsque l’électorat va s’exprimer.

Dans ce modèle, le déterminant principal du vote est sa loyauté à un parti qui est un trait affectif durable. L’idée est que cette identification partisane fonctionne comme une sorte de raccourci cognitif. Le monde est complexe, les citoyens lambda n’arrivent pas à bien maitriser l’ensemble de la complexité, à savoir quelles sont les bonnes solutions à donner à tous les problèmes qui existent, alors ils vont se fier à leur loyauté partisane. Ils vont faire appel à leur loyauté partisane pour simplifier leur représentation du monde et orienter leur choix électoral, lis vont voter en fonction du parti dont ils se sentent proches et dont ils pensent qu’il sera capable de résoudre les problèmes. En d’autres termes, le citoyen lambda s’appuie sur des raccourcis d’informations parce qu’on n’est pas forcément capable de s’informe soi-même de manière exhaustive, de bien maitriser tous les paramètres d’un problème alors on cherche à s’appuyer sur des raccourcis d‘information, on parle aussi d’euristique, qui nous aide à prendre une décision sans forcément entrer dans un mécanisme complexe sophistiqué de traitement de l’information et de prise de décision. S’identifier à un parti peut servir de raccourcir d’information plutôt que d’aller cherche soi-même toute l’information, comparer les programmes des partis, leurs tenants et leurs aboutissants. C’est l’idée de raccourci d’information que l’on applique également dans d’autres contextes.

Dans ce modèle, cette identification partisane est la variable clef, il y en a d’autres qui sont aussi intégrées dans le modèle, mais qui jouent un rôle beaucoup plus secondaire. On trouve dans le modèle de Michigan également la référence à d’autres types d’attitudes politiques comme les opinions sur les enjeux politiques de l’heure, mais également la sympathie pour les candidats. Autant, la loyauté à un parti est un facteur stable à long terme, autant, on comprend bien que les attitudes sur les enjeux, la sympathie sur les candidats sont des facteurs de court terme qui peuvent fluctuer aussi pendant une campagne électorale elle-même. Donc, l’idée de base de ce modèle est qu’en général, les préférences sont stables parce que le fait de s’identifier à un parti est un facteur stable, mais on admet que parfois, comme exception confirmant la règle, il peut y avoir des fluctuations au sien de l’électorat en raison des préférences sur les enjeux ou des préférences sur les candidats des partis qui peuvent-elles varier au court du temps dans une campagne électorale. C’est donc l’exception, la règle est la stabilité en raison de la loyauté stable aux partis.

École du choix rationnel[edit | edit source]

Article détaillé : L’acteur rationnel.

L’École du choix rationnel est liée à l’Université de Rochester parce que c’est là que Anthony Downs a étudié et a enseigné. Downs est l’auteur de référence pour toute la littérature sur le choix rationnel, c’est un peu le père fondateur de l’École du choix rationnel. Son livre An Economic Theory of Democracy publié en 1957 reste une référence. Cette école ne s’est pas seulement développée dans le domaine dû comportement politique, mais que l’on retrouve aussi dans d’autres secteurs de la politique.

On change de perspective. Les modèles de l’École de Columbia et de l’École de Michigan partaient de l’idée qu’il y a un lien fort entre le profil d’un votant et son vote, que cela soit le profil sociodémographique avec l’École de Columbia ou le profile psychosociologique avec l’École de Michigan. Les deux écoles se rejoignent sur l’idée que si on connaît ce profil, on sait à peu près pour qui la personne vote. Dans ce cas le, profil explique le vote.

Pour l’École du choix rationnel, on déplace un peu le curseur analytique et on met l’accent sur les mécanismes de prise de décision individuelle. Ce modèle a un caractère moins déterministe que les autres, on ne peut pas savoir à l’avance comment un individu va voter, il faut qu’on s’intéresse aux mécanismes qui conduisent à la prise de décision pour comprendre cette personne a votée. Les mécanismes sur lesquels l’École du choix rationnel met l’accent ce sont des calculs de coûts – bénéfices, approche dite « utilitariste » du vote. On pense que les individus se décident sur la base d’un calcul de type coût – bénéfice.

Quels sont les bénéfices, quels sont les coûts associés à une décision de vote ? que gagne-t-on à voter pour ce parti ou que perd-on à voter pour ce parti ? Les déterminants du vote dans ce modèle relèvent d’un calcul d’utilité. Cela est la même logique de l’homoéconomicus appliquée à l’homopoliticus. On postule ici que l’homopoliticus se comporte comme un être rationnel qui va essayer de faire des calculs coûts – bénéfices et voter en fonction de ces calculs coûts – bénéfices. Il va donc chercher à maximiser son utilité.

Il y a trois forts postulats dans ce modèle : les votants sont conscients de leurs préférences et ils font l’effort de réunir l’information nécessaire afin de pouvoir se livrer aux calculs coûts – bénéfices. Donc, ils vont chercher de l’information afin de pouvoir faire un choix rationnel.

  • les votants sont capables d’identifier exactement les coûts et les bénéfices associés à une décision de vote et ensuite sont capables de voter rationnellement donc de choisir le parti qui effectivement maximise leur utilité.
  • les votants ne sont pas influencés par leur environnement. Les votants sont au cœur de leur propre décision, ils vont chercher l’information, ils comparent et pondèrent les coûts et les bénéfices et ils font leur choix. Ils ne sont pas influencés par la propagande des partis, ils ne sont pas influencés par le contexte dans lequel ils vivent, ils ne sont pas influencés par leur famille, etc.

Lacunes des modèles classiques[edit | edit source]

Ces trois modèles ont plein de faiblesses et de défauts. Il y a eu une immense littérature pour les critiquer, les amender et les corriger. Si on parle de comportement politique, il faut repartir de ces trois modèles parce qu’ils sont la base à partir de laquelle on peut commencer à réfléchir un peu plus sérieusement et avec des modèles un peu plus récents.

Quelles sont les lacunes de ces modèles classiques ? Il y en a plusieurs et nous allons nous concentrer sur les principales.

Empiriquement, les études qui ont été faites dans les années 1970, 1980 et 1990 n’ont pas vraiment confirmé ce poids si fort des facteurs sociologiques et des facteurs psychosociologiques. Les thèses de l’École de Columbia et de l’École de Michigan selon lesquelles on pouvait vraiment bien expliquer le vote si on connaissait les caractéristiques sociales et la préférence partisane des individus, les études n’ont pas confirmé cela. Le pouvoir explicatif de ces modèles est faible. Il est possible d’expliquer quelque chose, mais peu.

Pourquoi ces modèles n’étaient pas si performants que cela et, pourquoi ils ont eu tendance à perdre en performance au fil des années et en décennies, cela est parce que ces facteurs explicatifs au cœur des modèles ont décliné au cours du temps. Il y a eu un déclin historique des facteurs lourd d’explication du vote tel que la classe sociale ou la religion ou tel que le fait de s’identifier à un parti comme le postule le modèle de Michigan.

Pourquoi y a-t-il eu ce déclin ? Cela est parce qu’il y a eu des changements dans la société qui ont amené ce déclin comme le changement dans la structure sociale. La société a fortement changé passant d’une société primaire dans laquelle le secteur primaire était très développé à une société dans lequel le secteur secondaire et surtout le secteur tertiaire a été fortement développés et cette modification du tissu social a eu de grandes conséquences d’un point de vue politique. La tertiarisation de l’économie a eu de grandes conséquences sur le vote. Le secteur primaire a rétréci, le secteur secondaire a rétrécie et les liens historiques entre la classe primaire ou la classe ouvrière, et un ou autre parti généralement de gauche, ces liens-là se sont fortement affaiblis. Il en va de même pour ce qui est de la mobilité géographique, il y a eu de grandes mobilités géographiques qui ont amené à des mixités sociales beaucoup plus grandes, à des mixités culturelles beaucoup plus grandes qui a aussi affaibli les liens traditionnels entre des groupes et des partis. Globalement, on a assisté à un déclin des loyautés de classe et de religions et on a aussi assisté à un déclin de l’identification partisane.

Le deuxième facteur qui a contribué au déclin des facteurs explicatifs lourds est le développement de l’éducation. C’est ce qu’on appelle parfois la révoduction qui est le fait que le niveau d’éducation est fortement augmenté dans les sociétés occidentales à conduit à augmenter l’indépendance des esprits, à l’autonomie de décision des votants et les a rendu moins captifs, moins prisonnier de leurs allégeances traditionnelles. Avec le niveau d’éducation qui augmente, les gens ont les moyens de se faire une opinion de manière plus indépendante et de manière plus autonome, ils sont moins sous l’influence des organisations, des groupes ou des partis. Il y a un électoral qui est plus indépendant, mais on a aussi un électorat qui est plus volatil. Là où précédemment, quand les grands modèles d’explication du vote expliquaient le vote avec un comportement assez stable d’une élection à l’autre avec des citoyens et citoyennes qui sont plus indépendants, plus autonomes, plus critiques, on a une volatilité plus grande, une instabilité plus grande dans le comportement électoral au niveau individuel. On change plus facilement qu’avant de parti d’une élection à l’autre.

Le troisième facteur essentiel est la montée en puissance des médias audiovisuels avec d’abord la télévision, mais maintenant aussi les médias électroniques, cette montée en puissance des médias audiovisuels et électroniques a aussi changé radicalement la donne pour ce qui est des campagnes électorales et des campagnes de votation. On a de nouveau comme résultat des individus qui sont moins captifs, moins influencés par les organisations comme, par exemple, les partis politiques et qui sont plus influencés par les médias et tout ce qui se fait dans les médias, par la couverture médiatique ou encore les publicités et qui influencent le comportement électoral beaucoup plus qu’avant. Globalement, il y a moins de poids des partis dans la communication politique et plus de poids des médias et des campagnes qui ont des effets à court terme. Là où, les modèles traditionnels, particulièrement le modèle de Columbia et de Michigan mettaient l’accent sur la stabilité et l’importance des facteurs explicatifs de long terme comme l’insertion sociale ou le fait de s’identifier à un parti, désormais, on sait que des facteurs de court terme sont beaucoup plus importants qu’avant. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’importance des facteurs de long terme, mais en court terme, clairement, on gagne en importance de manière relative.

Autre lacune de ces modèles classiques d’explication du vote est que ces modèles se basaient tous plus ou moins explicitement sur une conception simpliste de l’électorat. Simpliste parce qu’homogène, c’est-à-dire que ces modèles prenaient en compte les différences individuelles, mais surtout de l’ordre sociodémographique et éventuellement psychosociologique, mais on ne prenait pas en compte le fait que les individus se distinguent les uns des autres dans leur rapport à la politique. Les individus, les citoyens et citoyennes se distinguent les uns des autres dans leur rapport à la politique et en particulier l’intérêt pour la politique et la compétence politique. Les citoyens et citoyennes ne sont également pas tous intéressés par la politique, certains le sont beaucoup et même énormément s’engageant en politique est y faisant carrière tandis que d’autres ne s’intéressent pas du tout à la politique. D’autre part, certains citoyens ont une très bonne connaissance politique, comprennent les enjeux et maitrisent, s’informent, alors que d’autres pas du tout, ils n’ont pas de compétences cognitives et de motivations nécessaires pour s’informer et donc n’ont pas les connaissances nécessaires à une participation et un vote éclairé. Donc, l’intérêt pour la politique conditionne le degré d’attention à la politique et cela conditionne aussi la participation politique, à savoir si on est intéressé, on risque fort de participer, si on n’est pas intéressé on risque fort de s’abstenir. La motivation et l’intérêt pour la politique conditionnent l’attention accordée à la politique et au message politique conditionne aussi la participation politique. De son côté, la compétence politique conditionne la capacité à intégrer les messages délivrés dans l’espace public. Il peut y avoir une magnifique campagne d’information avec des positions à droite et des positions à gauche, de riches débats et si au niveau individuel, les personnes n’ont pas les compétences nécessaires pour comprendre, intérioriser et assimiler ces communications, cela ne va pas influencer leur opinion et contribuer à la formation de leur opinion. Des personnes un peu plus compétentes vont prendre cela en compte et de peser le pour et contre essayant de se faire une idée sur la base des informations délivrées dans l’espace public.

Ce qu’il faut retenir ici est que l’intérêt pour la politique et la compétence pour la politique, autrement dit, un facteur motivationnel et un facteur cognitif, à savoir un facteur lié à un intérêt et un facteur lié à la compétence, ces deux facteurs vont conditionner et jouer un rôle important dans le processus de la formation des opinions des individus. On essaie maintenant de prendre en compte l’hétérogénéité de l’électorat, on ne parie plus désormais sur un électorat homogène, on essaie de plus en plus de prendre en compte la diversité et l’hétérogénéité de l’électorat.

La dernière lacune des modèles classiques et surtout pour l’école du choix rationnel, il y a une focalisation énorme sur les individus. L’école du choix rationnel est le cas paradigmatique d’une focalisation sur l’individu puisque pour l’école du choix rationnel, l’individu fait son calcul coût – bénéfice indépendamment du contexte et indépendamment de toute forme d’influence extérieure, c’est lui qui est au centre, s’informer, voire quel est le parti qui lui rapporte le plus, celui qui lui coûte le plus et en fonction de cela faire son choix comme, par exemple, savoir quel est le parti plus proche de lui sur une échelle gauche – droite, et on va voter pour le parti qui est le proche de soi en fonction de ses intérêts, mais indépendamment du contexte. La critique qui est faite ici est une focalisation excessive sur les électeurs et leurs caractéristiques et une insuffisante prise en compte du contexte dans lequel les individus forment leur opinion.

Cette critique s’applique surtout à l’école du choix rationnel, mais elle s’applique aussi à l’École de Columbia et à l’École de Michigan. L’École de Columbia prévoit qu’un individu vote en fonction des caractéristiques du groupe auquel il appartient, mais même pour cette école, le groupe n’est pas pris en compte, il est pris en compte uniquement à travers les caractéristiques individuelles du votant, à savoir si c’est un ouvrier, s’il est catholique ou pas. L’insertion de ce votant n’est pas prise en compte ou par exemple le rôle des syndicats pour articuler les ouvriers. Même ce modèle qui est pourtant un modèle sociologique qui plante l’individu au cœur du groupe, même ce modèle de Columbia ne prenait pas sérieusement en compte le rôle du groupe. Ce qui est pris en compte est les caractéristiques sociales de l’individu et non pas du groupe en réalité. Or, les opinions individuelles ne se forment pas dans un vide politique, mais dans un contexte institutionnel et politique bien précis. Ce contexte institutionnel politique est bien précis est de nature à influencer la manière dont l’individu forme son opinion.

Il y a deux éléments du contexte qu’il faut citer ici qui sont :

  • offre politique : on parle d’offre politique pour désigner la compétition partisane. C’est donc une caractéristique des partis qui se présentent aux élections, des différences entre les partis, des caractéristiques des partis, des caractéristiques des candidats ; c’est ce qu’on appelle l’offre politique. La demande politique serait les caractéristiques des individus, les caractéristiques des votants sont les caractéristiques de la demande. L’individu demande en votant répondant à une offre que lui font les partis politiques en présentant des listes et des candidats. L’idée est que l’offre importe autant que la demande. Il ne faut pas comme le suggèrent les écoles classiques du vote se focaliser sur la demande, il faut aussi prendre en compte l’offre parce que l’offre va avoir une influence sur la demande, sur la rencontre entre demande et offre.
  • campagne électorale : de plus en plus on est convaincu, et les études le montrent, que les facteurs de court terme qui sont véhiculés dans une campagne électorale influencent le vote, le choix partisan et le choix des candidats. Nous sommes loin des écoles classiques qui postulaient des liens stables avec des individus qui votent à peu près pour le même parti d’une élection à l’autre. Les études récentes montrent au contraire que les allégeances traditionnelles, les loyautés traditionnelles avec les partis sont en déclin et s’affaiblissent et se sont au contraire les facteurs de court terme qui prennent de plus en plus de poids comme le rôle des campagnes des campagnes électorales.

Recherche électorale : développements récents[edit | edit source]

Dans la recherche électorale, on a essayé de corriger les lacunes, de remédier aux lacunes des modèles classiques sans forcément les abandonner complètement, on continue à prendre en compte le rôle de la classe sociale, de la religion ou d’autres facteurs individuels sur le vote, mais on essaie d’ajouter d’autres éléments d’explication.

Prise en compte du contexte[edit | edit source]

D’abord, on prend en compte le contexte qui va devenir plus systématique et rigoureusement pris en compte. Il y a d’abord le contexte institutionnel comme, par exemple, le système électoral ayant une influence sur le comportement de vote des électeurs, mais aussi sur le comportement en amont des partis lorsqu’ils présentent des listes, on essaie de prendre en compte dans la littérature récente en recherche électorale le rôle du système électoral comme, par exemple, le degré de proportionnalité du système. On sait que si le système est plus ou moins proportionnel, il y aura des conséquences en amont sur la manière dont les individus vont élaborer leurs stratégies de vote.

Le degré de polarisation du système de parti est dans quelle mesure on a des partis qui font des propositions qui se différencient les unes des autres et plus un système sera polarisé et plus les propositions qu’ils feront seront différentes parce que plus on a un système polarisé et plus les partis s’opposent sur certains enjeux et donc son de nature à proposer des solutions différentes aux problèmes qui se posent. Donc, plus un système est polarisé et plus l’offre sera variée et riche pour les électeurs. Par contre, plus un système est consensuel et moins il y aura de différence entre les partis et plus ce sera difficile pour les électeurs de faire la différence entre les partis. De même, on prend en compte à côté de la polarisation le degré de fragmentation du système de parti, à savoir combien de partis se présentent. On prend aussi en compte la campagne électorale est les médias essayant de voir comment la communication politique et la couverture médiatique a une influence sur la formation de l’opinion.

Prise en compte de l'hétérogénéité de l'électorat[edit | edit source]

La deuxième innovation est qu’on essaie de prendre en compte l’hétérogénéité de l’électorat. On part de l’idée que l’électorat n’est plus homogène comme avec les écoles classiques, mais qu’il s’agit au contraire d’un électorat hétérogène qui se différencie, qui est divers et varié avec des personnes intéressées et d’autres pas, des personnes compétentes et d’autres pas, et on essaie de modéliser et de voir en quoi ces différences d’intérêt pour la politique ou ces différences de compétence politique affectent les processus de formation des opinions et les processus de choix électoral.

C’est un courant qui s’insère dans la psychologie politique étant en plein essor aux États-Unis et en Europe. La psychologie politique met plus l’accent sur les mécanismes psychologiques qui sont derrière la formation des opinions et le choix.

Maintenant, on part de l’idée que le vote d’enjeu est beaucoup plus important qu’avant. Le vote d’enjeu n’est pas les grandes idéologies, mais quels sont les enjeux importants de l’heure, quelles sont les préférences des électeurs sur ces enjeux et quels partis sont perçus comme étant les plus compétents pour résoudre ces problèmes du point de vue des électeurs. Cela est un facteur puissant désormais de choix partisan. Avec la Suisse, on peut très bien montrer que le vote UDC est en partie un vote d’enjeu en raison de la thématique d’immigration qui est imposée à la Suisse et en raison de la réputation de l’UDC, réputation de compétence ou en tout cas réputation de s’occuper de ce problème de l’immigration. Beaucoup d’électeurs ont certainement attribué leurs voix à l’UDC parce que c’était le parti qui avait aux yeux des électeurs les meilleures solutions pour le plus important enjeu de l’heure. Ce sont des mécanismes de court terme qui tendent à devenir importants dans le comportement électoral.

Innovations méthodologiques[edit | edit source]

La dernière innovation est que la complexification des modèles a été rendu possible par des innovations méthodologiques et en particulier le recours aux modèles hiérarchique ou aux modèles explicatifs multiniveaux. En statistique, on développe des modèles qui prennent à la fois en compte les caractéristiques des individus et le contexte dans lequel ces individus votent. En d’autres termes, on prend en compte simultanément les facteurs individuels et les facteurs contextuels dans l’explication du vote et on prend en plus les interactions entre les facteurs individuels et les facteurs contextuels et on pense que c’est cette complexification avec la prise en compte simultanée des facteurs contextuels et individuels, mais en plus conjoints, c’est-à-dire la prise en compte des interactions entre facteurs contextuels et individuels et c’est cela qui permet le mieux d’expliquer un choix électoral. Par exemple, on essaie de montrer qu’être catholique n’a pas le même impact si l’on vit dans un canton catholique ou dans un canton religieusement mixte. Donc, il y a une interaction où le fait d’être catholique sera un facteur plus ou moins puissant du vote en fonction du contexte, c’est-à-dire entre cantons catholiques et cantons religieusement mixtes. L’idée est donc de prendre en compte à la fois les facteurs individuels et les facteurs contextuels.

Exemples[edit | edit source]

Exemple 1 : explication du vote UDC[edit | edit source]

Cette étude analyse la composition de l’électorat UDC et l’évolution de cette composition au cours du temps.

Source: Oesch et Rennwald 2010

Le graphique de gauche montre la composition de l’électorat du parti socialiste en 2007, résultats tirés d’une enquête d’opinion après les élections fédérales de 2007. Nous avons évoqué les études SELECT qui sont menées depuis 1995 après chaque élection fédérale où est menée une enquête d’opinion au niveau suisse permettant d’occuper le comportement individuel.

En 2007, le Parti socialiste avait réalisé environ 20% qui représentent aussi le score moyen du parti socialiste. Il y a aussi pour différentes catégories socioprofessionnelles la différence en moins ou en plus par rapport à cette moyenne permettant de se faire une idée de savoir quels sont les segments de la population qui votent le plus volontiers pour le Parti socialiste et quels sont les segments de la population qui votent au contraire le moins volontiers socialiste.

En commençant par la dernière ligne, on voit qu’il y a une catégorie socioprofessionnelle qui vote massivement pour le PS, c’est ce qu’on appelle les spécialistes socioculturelles ; alors que le PS a fait 20% en moyenne, il a fait 34%, soit plus quatorze points de pourcentage chez les spécialistes socioculturels. Les spécialistes socioculturels que l’on appelle parfois la nouvelle classe moyenne, ce sont les salariés qui sont actifs dans le domaine de la santé, du social, de l’éducation, de la culture, mais aussi des médias, donc une classe moyenne un peu supérieure, mais pas trop, qui a beaucoup grandie en nombre, ce qu’on pourrait appeler, de manière un peu triviale, les « bobo », à savoir les « bourgeois bohèmes ». Ce sont des gens qui sont d’un côté d’un point de vue des ressources relativement aisées, mais qui sont d’un point de vue des valeurs proches des valeurs redistributives de la gauche. Ce sont des gens qui s’ils voteraient égoïste comme le postule le modèle du choix rationnel, iraient plutôt du côté à droite en réalité parce que leur situation socioéconomique les amènerait en principe à soutenir des programmes libéraux. Cependant, ces gens votent facilement à gauche parce qu’ils sont solidaires de la société en général et ils sont par ailleurs attirés par les autres valeurs programmatiques de la gauche comme l’ouverture internationale ou encore la solidarité.

On voit que toutes les autres catégories sont en dessous du score moyen des socialistes, y compris pour ceux qu’on appelle ici les « travailleurs de la production », les « travailleurs des services » et les employés de bureau ». Ceux-là sont ceux qu’on appelait à l’époque les ouvriers. Les travailleurs de la production sont des gens qui sont actifs dans le domaine typiquement industriel avec des tâches répétitives qui ont peu d’autonomie dans leur travail. Ces gens-là votent moins socialistes que la moyenne.

S’agissant de l’UDC, pour les élections de 2007, l’UDC a fait 28% en 2007 avec de fortes variations d’une catégorie socioprofessionnelle à l’autre. Pour l’UDC en 2007, on pourrait dire que le modèle de Columbia dit encore des choses : l’insertion des individus dans la société, leur classe sociale continue de dire des choses sur le vote.

Qui vote UDC ? Les petits indépendants. Là où l’UDC a fait 28%, il a fait 44% chez les petits indépendants. Presque un petit indépendant sur deux a voté UDC. Ce sont des agriculteurs, des commerçants ou encore des artisans ou des indépendants qui ne sont pas à la tête d’une grande entreprise. C’est ce qu’on appelle dans le jargon l’« ancienne classe moyenne ». C’est l’un des deux bastions de l’UDC. Le deuxième bastion de l’UDC est les travailleurs de la production et des services. Là où l’UDC a fait 28%, elle a fait environ 40% parmi les travailleurs. Cela est quelque chose d’un peu plus surprenant sachant que l’UDC est un parti de droite d’un point de vue économique donc pas un parti qui défend les intérêts des travailleurs. Qu’est-ce qui fait qu’une proportionnée plus élevé que la moyenne des travailleurs vote pour l’UDC. Ce n’est peut être pas parce que l’UDC défend mieux les travailleurs que la gauche, parce que là il serait possible de discuter, car des syndicalistes diraient que l’UDC ne fait rien pour défendre les intérêts des travailleurs, ce n’est pas l’UDC qui protège les travailleurs contre la main-d’œuvre étrangère, ou alors indirectement en fermant les frontières faisant qu’il n’y a plus de concurrence. Si l’UDC a autant de succès auprès des travailleurs, ce n’est pas pour les valeurs économiques ou le programme économique que défend l’UDC, mais c’est pour le programme culturel que défend l’UDC, c’est-à-dire pour la volonté de fermeture des frontières en termes culturelles, à savoir la défense des traditions par la fermeture internationale non pas tellement mue par des considérations économiques, mais par des considérations culturelles et identitaires, mais aussi historiques. Dans l’espace bidimensionnel, on retrouve ici le résultat selon lequel si l’UDC progresse, cela est en bonne partie grâce à son programme sur l’axe ouverture – tradition et pas pour son programme sur l’axe économique. De ce point de vue là, il ne se distingue pas tellement du PLR, c’est le fameux clivage gagnant – perdant. Pour faire simple, on pourrait dire que ceux qui se sentent gagnant, dans leurs perceptions ce sont les spécialistes socioculturelles tandis que les perdants sont ceux qui craignent l’ouverture internationale et qui ont peur de cette concurrence qui n’est pas seulement économiques, mais aussi culturelles et identitaire. Ces groupes-là ce sont les petits indépendants d’un côté et les services et la production de l’autre. En revanche, c’est un peu un effet miroir par rapport au PS, l’UDC fait aussi un score beaucoup moins bon parmi les spécialistes ethniques et les spécialistes socioculturels.

Nous parlons de clivage de classe ici, mais nous disons que le clivage de classe joue toujours un rôle dans le comportement électoral en Suisse, mais ce rôle a changé. Le clivage de classe, traditionnellement, opposait les ouvriers au patronat. Cela était la reformulation des thèses de Marx sur le conflit entre travail et capital et pendant très longtemps, dans les États européens, il y a eu des différences marquées de vote entre les ouvriers d’un côté et le patronat de gauche, avec les ouvriers votant à gauche et le patronat votant à droite. Il y a eu en Suisse comme dans d’autres pays une reformulation du clivage de classe avec un nouveau clivage de classe. Il y a eu un phénomène de désalignement et de réalignement des électeurs par rapport aux partis. Plus concrètement, les électeurs des milieux populaires ont eu tendance à glisser de la gauche vers la droite populiste. Cela a été observé en Suisse, mais aussi dans d’autres pays comme en France ou en Autriche, les Pays-Bas ou encore les pays scandinaves. Dans tous ces pays, on peut montre qu’il y a eu ce mouvement de bascule durant les courants des années 1980 et 1990 de la part des ouvriers qui votaient pour la gauche et qui tendent maintenant à voter plutôt vers la droite population. Ils ne le font pas tous, mais une bonne partie d’entre eux. Par contre, à gauche, on a assisté à un renforcement des spécialistes socioculturels comme bastion de la gauche. C’est un résultat puissant qui vaut en Suisse comme dans d’autres pays.

Source: Oesch et Rennwald 2010

Ce graphique montre la même chose. En 1995, il y avait entre 15% et 20% des travailleurs des services, de la production et des employés de bureau qui votaient UDC et on voit comment cela a évolué au cours d’une dizaine d’années avec les scores qu’on a atteints avec des ouvriers qui votent de 35% à 40% pour l’UDC. Bien sûr, l’UDC a progressé partout au cours des vingt dernières années, mais elle a surtout progressé parmi l’électorat populaire d’où cette reformulation du clivage de classe.

Le clivage de classe importe toujours, mais il a changé de nature. Il a été reformulé en raison des changements, des désalignements et de réalignements entre les classes sociales et les partis. Lorsqu’on parle de désalignement, c’est par exemple le fait que les ouvriers se sont distancés progressivement du Parti socialiste ou de la gauche en général afin d’aller voter UDC qui est donc un réalignement. Avec ce processus de mouvement des allégeances partisanes selon les classes sociales, le contenu du clivage de classe a changé. On parle maintenant du « nouveau clivage de classe » qui opposerait d’un côté les gagnants de la globalisation comme les managers et la nouvelle classe moyenne, et de l’autre les perdants de la globalisation ou en tout cas ce qui se voit comme des perdants ou qui ont peur d’être des perdants, à savoir les classes populaires et l’ancienne classe moyenne des petits indépendants tels que les artisans, les agriculteurs ou les commerçants.

Le tableau ci-dessus illustre l’évolution des classes moyennes pour l’UDC. Trois segments des classes populaires avec le segment des employés de bureau en gris, le segment des employés de service en pointillés et le segment des travailleurs de la production en noir. Dans les trois cas, on observe une très forte augmentation de la part des travailleurs qui ont voté UDC. Bien sûr, l’UDC a progressé dans toutes les couches de la population, mais spécialement au sein des classes populaires.

Ce graphique est une simple disposition d’électeurs sur un espace à deux dimensions.

Source: Oesch et Rennwald 2010b: 276

Sur l’axe horizontal, il y a une dimension que l’on pourrait appeler « pour plus d’État ou pour plus de marché ». Cette dimension est construite avec deux questions posées dans les enquêtes d’opinion avec une question qui concerne les dépenses sociales, à savoir si les personnes qu’on interroge son favorable à une augmentation ou à une diminution des dépenses sociales de la confédération, et l’autre question est de savoir si les répondants sont favorables à une augmentation de la taxation de hauts revenus ou au contraire sont favorables à une diminution de la taxation sur les hauts revenus. Dans les deux cas, selon que l’on réponde « oui » ou « non », « favorable aux dépenses », « défavorable aux dépenses », « favorable à augmenter les impôts » ou « défavorable à augmenter les impôts », on peut interpréter cela comme des valeurs de gauche ou de droite sur l’axe économique relevant de « plus de redistribution » avec des dépenses sociales et l’augmentation des impôts, et « moins de redistribution sociales » avec la diminution de dépenses et des impôts.

L’axe vertical représente une première question qui est « êtes-vous favorable » à l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne » ou au contraire « êtes-vous favorable à une Suisse qui fait cavalier seul ». La deuxième question est de savoir si on est favorable à un Suisse qui donne les mêmes chances aux suisses ou aux étrangers ou au contraire savoir si on est favorable à une Suisse qui privilégie les suisses par rapport aux étrangers.

En suite, on calcule la position de chaque électeur sur ces deux dimensions. Dans ce graphique, on calcule la position moyenne des sous-segments de l’électorat de chaque parti. Par exemple, on peut observer la position moyenne des personnes qui appartiennent à la classe ou à la classe des spécialistes socioculturels et qui sont électeurs du PS par comparaison aux électeurs qui sont aussi spécialistes socioculturels, mais qui par contre ont voté UDC. Au milieu est la position moyenne par catégorie socioprofessionnelle. Si on prend la position moyenne, ils sont tous un peu vers le centre et il n’y a pas beaucoup de différence. Cela s’explique parce que parmi les managers par exemple, il y en a qui sont très à droite, d’autre moins à droite, d’autre en haut et d’autres en bas, et lorsqu’on prend la moyenne, cela les met assez au centre.

Tout d’abord, on constate que l’électorat UDC est relativement homogène où tous les sous-segments qui composent l’électorat UDC sont assez proches des uns des autres, ils sont tous relativement vers le pôle « défense des traditions », et un tout petit peu à droite du point de vue économique, mais en fait relativement centriste. Par comparaison, l’électorat du PS est nettement plus éclaté. D’autre part, on voit bien ici qu’il est possible d’être ouvrier de la production et avoir des valeurs très différentes. Les ouvriers de la production qui ont voté UDC sont très favorables à la fermeture et aux traditions et ils sont plutôt à droite économiquement. Les ouvriers qui ont votés PS sont neutre sur la dimension d’ouverture, mais ils sont plus favorables sur une politique redistributive.

La distance qu’il y a entre les socialistes socioculturels et les électeurs socialistes ouvriers de la production, sur la dimension verticale, ouverture – fermeture, il y a un monde différence entre les électeurs socioculturels socialistes et les électeurs ouvriers socialistes. C’est un peu le problème du PS en ce moment parce que le PS, en Suisse en tout cas, est un peu tenu à un grand écart entre son électorat populaire et l’électorat « nouvelle classe moyenne » spécialistes socioculturels. Les uns, les ouvriers, voudraient des politiques plus autoritaires, moins d’ouverture internationale, plus de sécurité, moins d’immigrés, de requérants d’asile, tandis que les socioculturels, eux, sont beaucoup plus ouverts, solidaire et favorable à une politique généreuse vis-à-vis d’une politique extérieure. C’est le grand dilemme du PS, parce que si le PS chercher à séduire son nouvel électorat de la nouvelle classe moyenne, il risque de s’aliéner son électorat populaire. Si le PD durcit ses positions et devient un peu plus ferme sur des questions internationales, rapport aux autres, aux immigrés et aux requérants d’asile, alors il va probablement plaire à son électorat populaire et déplaire à son électorat spécialiste socioculturel.

Il y a un vrai dilemme pour le PS qui est un dilemme que l’UDC n’a pas parce que son électorat est relativement homogène. On voit que l’électorat UDC est surtout caractérisé par des valeurs de fermeture, de défense des traditions de souveraineté de la Suisse. Le « corps business » de l’UDC n’est pas tellement son profil économique, c’est l’indépendance, la souveraineté la neutralité, le durcissement des politiques migratoire et d’asile. Cela plait à l’ensemble de son électorat qu’il soit ouvrier ou pas.

Comme on le voit, sur la dimension horizontale, le PS n’a pas trop de soucis parce que l’ensemble de son électorat est relativement homogène sur cette dimension, ils sont tous alignés sur -1 et -1.5 étant tous regroupés presque sur une verticale ce qui veut dire que sur les questions de redistribution, l’électorat PS est homogène. Les ouvriers parce qu’ils sont favorables à une politique redistributive qui sert leurs intérêts et les spécialistes socioculturelles parce qu’ils sont prêts à faire l’effort de solidarité à l’égard des classes moins favorisées.

Pour résumer cet exemple, tout d’abord, le clivage de classe a changé de signification, mais il reste important en tant que facteur explicatif du comportement électoral. Ce n’est plus le même clivage de classe, mais moyennant qu’on prenne en compte ces changements à l’intérieur du clivage, ces réalignements, le clivage de classe continue d’expliquer assez fortement le comportement électoral. D’autre part, les spécialistes socioculturels, à savoir ce qu’on appelle la classe moyenne salariée ou la nouvelle classe moyenne que sont les employés du secteur du social, de la santé, de l’éducation, de la culture et des médias, ces spécialistes socioculturels sont devenus le nouveau bastion de la gauche. De plus, les classes populaires et l’ancienne classe moyenne que sont les petits indépendants tels que les artisans, commerçant ou encore agriculteurs, sont devenues le bastion de l’UDC qui est la classe votant le plus fortement pour l’UDC. Il y a donc un renforcement du clivage en les gagnants ou supposés gagnants et les perdants ou les supposés perdants de la globalisation. Du point de vue normatif, ce clivage s’exprime par le conflit sur l’axe vertical entre ouverte et tradition que d’autres appellent intégration – démarcation, appelé parfois libertaire – autoritaire.

Exemple 2 : explication du succès de l'UDC[edit | edit source]

Il y a une explication alternative au vote au vote UDC qui ne fait plus spécifiquement référence à la position de classe et au vote qui va avec la position de classe, mais qui s’appuie plutôt sur ce qu’on appelle le vote d’enjeu. Le vote d’enjeu est l’idée que le comportement électoral est de plus en plus influencé par les grands enjeux politiques de l’heure et ceci indépendamment de la classe à laquelle on appartient. On prend les individus de toutes les catégories sociales et on essaie de voir quelles sont leurs préférences sur les enjeux, quels enjeux les électeurs considèrent importants, quelles sont leurs préférences et leurs positions par rapport à ces enjeux et peut-on, sur cette base, essayer de définir pour quel parti un électorat à voté. En fonction des préférences des électeurs sur les enjeux, la question est de savoir si on peut prédire ou comprendre pourquoi les électeurs votent pour tel ou tel parti.

Par « enjeu », on entend les grands problèmes politiques de l’heure comme la crise migratoire, l’écologie, le nucléaire ou encore le chômage. Ce sont des enjeux concrets qui se posent tous les jours et dont les citoyens et les citoyennes ont conscience les amenant à voter pour tel ou tel autre parti en fonction des propositions que font ces partis. L’idée ici est de dire qu’on doit se dégager un peu de ces explications structurelles de type « classe sociale » pour aller davantage vers des explications conjoncturelles à court terme étant des facteurs qui sont susceptibles d’influencer et de modifier le comportement électoral à court terme. On peut imaginer qu’une campagne électorale arrive à mettre un nouvel enjeu au centre de l’agenda politique et que le parti ou que les partis qui se positionnent par rapport à cet enjeu en tirent profit électoralement.

On sort un peu des allégeances, des loyautés durables et stables entre individus et parti afin d’aller chercher davantage à comprendre qu’est-ce qui fait et quels sont les facteurs qui ferraient à court terme faire modifier les préférences partisanes et donc le choix électoral des électeurs et des électrices.

Le vote d'enjeu[edit | edit source]

Il y a deux grands types d’explications liées aux enjeux.

La première explication est directement dérivée d’un modèle de choix rationnel avec l’électeur qui vote de manière rationnelle faisant un calcul coût – bénéfice. L’idée est que les électeurs vont voter pour le parti qui sont le plus proche d’eux en matière d’enjeu. Les partis qui ont les préférences les plus similaires avec les électeurs sont ceux pour lesquels les électeurs vont voter. SI par exemple, nous sommes favorables à une réduction de l’immigration, nous allons voter pour un parti favorable aux restrictions de l’immigration. Il est possible de calculer des modèles de distance demandant aux personnes interrogées de se positionner sur des échelles ainsi qu’à des partis de se positionner sur les mêmes échelles, et après, il est possible de calculer quelle sera la probabilité qu’un électeur vote pour quel parti en fonction de sa distance.

L’idée générale est celle du modèle de proximité avec toute une série de grands types. Avec le modèle de proximité, on essaie d’expliquer le comportement électoral en fonction de la distance ou de la proximité existant entre électeur et parti sur des enjeux importants.

La deuxième idée qui est très proche est que l’électeur va voter pour le parti qui possède l’enjeu jugé le plus important, c’est-à-dire le parti qui est réputé le plus actif et le plus compétent sur l’enjeu en question. Il y a un vote d’enjeu lié à un enjeu précis. Ce n’est pas la position des électeurs et des partis sur différents enjeux, c’est quel est l’enjeu principal actuellement dans le pays, quel est le parti qui possède cet enjeu et qui a développé avec les années une réputation d’un parti qui s’occupe de l’enjeu, qui est capable de gérer et de trouver des solutions à cet enjeu ; si l’enjeu devient saillant au sein de la population, ce parti pourra en bénéficier électoralement. C’est le courant qu’on appelle « issue ownership », du côté des partis, on essaie de développer des réputations de compétences sur des enjeux. Pour les Verts, cela va être de développer leur réputation de compétence sur les questions environnementales, pour les socialistes, cela va être leur compétence en matière de politique sociale et de redistribution, pour le PLR cela va être de doper la compétence en matière de politique économique, pour l’UDC, cela va être de développer des compétences en matière d’immigration, de sécurité et de politique européenne. Cela est assez stable parce que ce n’est pas facile pour un parti de modifier sa réputation de compétence, cela prend des mois et des années. Pour un peu que cet enjeu devient important, alors le parti qui le possède peut en gagner beaucoup électoralement. Par exemple, on considère que la victoire de l’UDC du 18 octobre 2015 est beaucoup liée à la crise migratoire et humanitaire liée au mouvement de réfugié notamment de la Syrie et l’UDC, sans rien faire quasiment, a eu l’actualité pour elle. La conjoncture a fait que c’est l’enjeu qui s’est imposé dans les médias durant toute la campagne électorale sans que l’UDC n’ait besoin de faire campagne. Comme l’UDC est réputé comme étant le parti compétent pour avoir les solutions simples, voire simplistes, sur la question, les électeurs s’appuient là-dessus pour ensuite voter.

Source: Nicolet and Sciarini (2010: 451)

Ce schéma est tiré d’une enquête postélectorale réalisée après les élections fédérales de 2007. On le fait assez systématiquement dans ces enquêtes, on pose d’abord une première question qui est une question ouverte qui consiste à dire au répondant qu’il y a différents problèmes auxquels la Suisse fait actuellement face et donc on demande quel est le problème le plus important aujourd’hui à la personne interrogée. C’est une question ouverte et en suite on regroupe les réponses en fonction de différentes catégories. Une fois qu’on a posé cette première question, on pose une deuxième question de relance qui est « selon-vous, quel parti est le plus compétent pour résoudre le problème X ? ». Séparément, ailleurs dans le questionnaire, a été demandé à cette personne pour quel parti a-t-elle votée lors des élections. Ce sont trois informations que l’on peut en suite mettre ensemble.

Ce schéma est l’entier des répondants et qui ont été interrogé soir 1716 personnes. Ce sont 1716 personnes qui ont participé aux élections et qui ont choisi un parti. Sur la première ligne, il y a la distribution pour la première question mentionnée qui est une question ouverte. Pour 35% des répondants, le problème le plus important était l’immigration, la sécurité et l’intégration des réfugier, pour 16% cela était l’environnement et pour 31%, une grande catégorie, la préoccupation était liée à l‘économie et à l’état social. Si on fait la somme, on n’arrive pas à 100% pour la simple raison qu’il y a encore d’autres enjeux qui ne sont pas pris en compte ici.

La deuxième ligne vise à répondre à la question de savoir quel est le parti le plus compétent pour résoudre ce problème. Il s’agit toujours de pourcentage net, soit des personnes qui ont répondu. Il y en a 27% sur le 35% qui ont répondu « immigration », une bonne partie a répondu soit UDC, soit PS. C’est-à-dire que 75% des personnes qui ont cité l’« immigration » comme problème estiment que l’UDC est le plus compétent. En suite, sur la dernière ligne, on a regardé ce que ces personnes-là ont voté. 17% des 1716 personnes on dit qu’ils ont voté UDC, étant le parti le plus compétent sur l’immigration qui est le problème principal pour eux. Cela ne veut pas dire que 17% des électeurs ont voté UDC à cause du fait que l’immigration est le problème le plus important et que le parti est le plus compétent. Nous n’allons pas jusqu’à établir un lien de causalité et de corrélation. En tout cas, c’est une indication de l’importance de l’enjeu « immigration » et de la compétence de l’UDC sur cet enjeu pour le vote UDC. Cela ne veut pas dire que tous ces gens-là ont voté UDC pour cette raison, mais il y a probablement quelque chose qui va dans cette direction-là.

La montée en puissance de l’UDC est le facteur spectaculaire de la politique suisse depuis maintenant vingt ans et donc il y a eu beaucoup de travaux sur ce thème.

Potentiel électoral et exploitation du potentiel[edit | edit source]

Pour expliquer le vote UDC, nous avons débuté par dire qu’il y a une explication liée à la position socioprofessionnelle qui est la position de classe qui peut déjà expliquer en partie pourquoi on vote UDC plutôt qu’un autre parti. Nous avons vu qu’il y a la question des enjeux notamment avec l’immigration qui joue un rôle structurel dans la politique suisse et qui fait que cela favorise le vote UDC. Un troisième type d’explication fait référence aux stratégies du parti et aux effets de ces stratégies en termes de mobilisation.

L’explication que nous allons avancer est que l’UDC doit son succès à sa formidable capacité de mobilisation de son électorat. Nous n’allons pas étudier ici comment l’UDC mobilise. Nous allons déjà montrer que l’on peut bien voir les effets de ces stratégies de mobilisation, elles sont tangibles dans les sondages. Nous n’analysons pas les stratégies UDC, ni la communication politique, nous analysons le résultat de cette communication et de ces messages. Pour ce faire, la question standard et la plus évidente lorsqu’on souhaite mesurer les choix électoraux dans une enquête est « pour quel parti avez-vous voté ». C’est la question clef, car sans cette information, on ne peut quasiment rien faire. On a essayé de développer d’autres mesures et indicateurs qui apportent aussi de l’information sur les préférences partisanes sans être limités au choix électoral.

Le problème du choix électoral est qu’une fois qu’une personne a dit qu’elle a voté UDC, nous n’avons aucune connaissance des préférences de cette personne sur les autres partis. Il se peut que la personne ait voté UDC, mais elle aurait peut-être pu aussi voter PLR. Ou une personne a voté pour les Vers, mais elle aurait très bien pu voter pour le parti socialiste, et une fois que la personne a dit qu’elle a voté pour les Verts, toute l’information est perdue pour le reste.

Ce qu’on fait est qu’on essaie d’appliquer des mesures qui posent la question sur tous les partis. Cette mesure est appelée la mesure de probabilité de vote. Dans l’enquête, on propose une échelle allant de 0 à 10 et qu’elles sont les chances pour qu’un jour, on vote pour tel parti. La même question est proposée pour les principaux partis politiques permettant d’avoir une vue comparative parce qu’on à l’information pas seulement pour le parti qu’on a choisi, mais aussi pour les autres que l’on n’a pas choisis. Cela permet de faire des comparaisons entre les partis de manière beaucoup plus fine que la question brute « choix électoral ».

Une fois que l’on a demandé à toutes les personnes dans l’enquête quelle probabilité elles ont de voter un jour pour les principaux partis existants dans le canton par exemple, il est possible de calculer sur cette base la probabilité moyenne de voter pour un parti. Cela n’est pas compliqué, cela consiste à faire la somme et la moyenne des probabilités. On cumule les scores de chaque répondant et on divise par le nombre de répondants. Cette probabilité moyenne de voter pour un parti du potentiel électoral. C’est une mesure du potentiel électoral de chaque parti. Il est possible de faire cela pour chaque parti séparément.

Après, sur cette base, il est possible de calculer le taux de concrétisation ou le taux d’exploitation du potentiel. On calcule un simple ratio, c’est-à-dire une division entre la force électorale effective du parti, à savoir quel pourcentage de voix le parti a obtenu, divisé par son potentiel tiré lui non pas des votes exprimés, mais de l’enquête qui est la probabilité moyenne de voter pour ce parti. Ce taux obtenu est une mesure de la capacité des partis à convertir le potentiel en soutien effectif.

Potentiel électoral des partis (probabilité moyenne de vote)[edit | edit source]

Commençons par le potentiel électoral mesuré dans les enquêtes, autrement dit la probabilité moyenne de voter pour l’un ou l’autre parti.

Source: Données Selects (mes calculs (M. Sciarini), N=4064-4261)

Ce graphique montre, pour des enquêtes qui ont été faites après les élections fédérales de 1995, 1999, 2003, 2007 et 2011, la probabilité moyenne de voter pour chacun des partis. Autrement dit, cela montre le potentiel électoral de chacun des partis. Pour tous les partis, le potentiel est bien plus élevé que leur force électorale réelle.

Si on prend le cas des Verts, ils ont un potentiel de 44%, autrement dit, en moyenne, sur l’ensemble de l’échantillon, la probabilité que quelqu’un vote Vert est 4,4/10. Traduit en termes de pourcentage, cela est 44%. Or, les Verts sont actuellement, fin 2015, à 7%, 8%. C’est l’exemple extrême de différence entre le potentiel et la force électorale effective. Il faut noter au passage qu’il y a cette telle différence entre le potentiel et le vote Vert est expliquée par deux raisons. La première est qu’il y a tout l’électorat qui répond dans ce graphique et y compris les gens qui n’ont pas voté, or parmi les gens qui n’ont pas voté, il y a beaucoup de jeunes qui aiment bien les Verts. La popularité des Verts auprès des jeunes augmente le potentiel des Verts, mais ne se traduit pas en termes de suffrages parce que les jeunes ne votent pas ou ne votent peu. La deuxième explication est la concurrence entre les Verts et le Parti socialiste. Les Verts et le PS se partagent en bonne partie le même électorat potentiel, mais au final on vote beaucoup plus souvent PS que Verts.

Le premier point est que le vote potentiel est beaucoup plus élevé que le vote effectif. Ceci dit, il y a une très grande relation entre les deux, il y a une corrélation de 0,8 voire 0,9 entre le potentiel et le vote au niveau individuel donc cela est très lié. Le deuxième point est que ce potentiel fluctue légèrement d’une enquête à l’autre, mais pas massivement, il y a quelques fluctuations, mais dans l’ensemble cela est relativement stable. Il y a eu une perte de potentiel pour les socialistes, mais ils ont un peu récupéré en 2011. Les deux partis de gauche ont, d’après ces mesures, le potentiel le plus élevé.

Le point principal que l’on peut dériver de ce graphique est le suivant et concerne la courbe de l’UDC. Comme on peut l’observer, ce potentiel est stable et est assez bas. Il n’a jamais dépassé 40%. Le potentiel électoral de l’UDC est relativement stable et relativement bas, c’est le plus bas de tous les partis considérés ici y compris les nouveaux partis comme le BBD et les Verts libéraux. Ce que l’on peut déjà dire ici est que le succès de l’UDC n’est pas dû à une augmentation de son potentiel, celui-ci est resté constant voire à même diminué en 2011 par rapport à 2007. Ce qu’il faut retenir est que le potentiel UDC n’augmente pas et il est relativement bas. Cela est quand même spectaculaire si on met cela en lien avec la courbe électorale de l’UDC qui affiche une pente positive impressionnante.

Taux de concrétisation/exploitation[edit | edit source]

Ce graphique illustre le taux de concrétisation du potentiel. Autrement dit, c’est le ratio entre la force électorale et le potentiel du parti.

*mes calculs = M. Sciarini

Ce que l’on voit ici est l’extrêmement forte augmentation du taux de concrétisation de l’UDC. En 1995, en 1999, en 2003, même en 2011 l’UDC a pu augmenter quasi systématiquement son taux de concrétisation. Autrement dit, l’UDC a pu augmenter quasi systématiquement sa capacité à mobiliser son électorat potentiel. C’est la grande explication du succès de l’UDC. Ce n’est pas une augmentation de sa popularité au sein de l’électorat, l’UDC reste à peu près aussi populaire qu’il y a vingt ans, c’est-à-dire pas très populaire, mais par contre, les gens qui s’imaginent voter UDC votent effectivement UDC beaucoup plus fortement que les autres partis. Le taux de concrétisation des autres partis dépasse à peine 40% et même moins de 20% pour les Vers ce qui est un très fort contraste avec ce que l’on observe pour l’UDC.

Donc, la montée en puissance de l’UDC au cours de vingt dernières années est essentiellement due à sa capacité croissante à mobiliser son électorat qui pourtant est resté relativement stable en termes de potentiel. C’est l’idée que l’UDC est le type de parti qui provoque des réactions très vives, soit on est « ami » soit on est « ennemi ». Si on est « ami », on vote pour le parti, si on est « ennemi » on ne votera jamais pour le parti. La capacité de l’UDC est d’avoir convaincu de plus en plus d’amis de voter. Il n’a pas plus d’amis qu’avant, mais ses amis votent plus fréquemment pour lui ou de plus en plus en grand nombre pour lui.

Ouverture comparative[edit | edit source]

La montée en puissance des partis populistes est un phénomène qui vaut dans beaucoup de pays européens.

Sciarini ouverture comparative élections au Parlement européen de 2014.png

Ce tableau cherche à montrer les analogies qu’il y a entre les familles de parti. Comme on peut le voir, si on prend des chiffres tirés au parlement européen en 2014, il y a plusieurs partis y compris dans des pays autres que la Suisse qui ont dépassé 20%. Le FN a fait 25%, le Parti de la liberté autrichien à fait 20%, le UKIP au Royaume-Uni a fait 28%, le Cinque Stelle en Italie à fait 21%, le Parti populaire au Danemark a fait 27%, le Parti pour la liberté aux Pays-Bas a fait 13% et même la Suède qui a pendant longtemps été épargnée par les partis populistes a vu un parti arriver à presque 10% qui est le Parti des démocrates de Suède. Ce phénomène décrit par l’UDC vaut également pour d’autres pays et dans la plupart des pays européens.

Sciarini 2015 ouverture comparative élections parlementaires nationale.png

Les résultats aux élections parlementaires nationales permettent de nous rendre attentifs aux différences que l’on peut avoir d’une élection à l’autre. Si on prend le cas du FN qui est le plus flagrant, il a fait 25% aux élections européennes, mais deux ans plus tôt, le FN avait fait seulement 9% aux élections législatives en France.

Il faut faire attention avec ces chiffres parce que les élections européennes sont souvent des élections intermédiaires que l’on appelle des élections de deuxième ordre, ce qui veut dire que ce sont des élections où les électeurs profitent de sanctionner le gouvernement en place, de donner un signal au gouvernement. Elles n’ont pas beaucoup d’importance donc on peut se permettre d’émettre un vote de mécontentement. Cela explique peut-être pourquoi les partis de mécontents sont aussi hauts. Ils sont plus généralement dans de nombreux pays qu’aux élections législatives, mais même là, il y a des partis comme le FPE en Autriche à plus de 20%, le Cinque Stelle plus de 25%, le Parti populaire au Danemark a plus de 21%. C’est quand même un phénomène réel, mais on prend en compte en même temps les différences qu’il peut y avoir entre deux élections en fonction de leur signification et de leur portée.

Exemple 3 : sexe, âge et participation[edit | edit source]

L’étude de la participation politique est un autre champ du comportement électoral. Séquentiellement, la participation vient avant le choix électoral, il faut d’abord comprendre pourquoi les électeurs et électrices se rendent aux urnes et participent avant d’essayer de comprendre ce qu’ils votent. Logiquement, on essaie d’abord de comprendre qui participe et qui ne participe pas et pourquoi avant de comprendre qui vote pour quel parti et pour quoi.

Analyse comparative[edit | edit source]

Sciarini 2015 taux de participation aux élections et votations fédérales 1.png

Ce premier graphique montre au niveau agrégé l’évolution du taux de participation en Suisse aux élections fédérales et aux votations fédérales depuis 1919, donc depuis la fin de la Première guerre mondiale. On a assisté dans les deux cas, pour les élections en rouge et pour les votations en noir à une forte diminution de la participation. On était à 80% pour les élections au sortir de la Première guerre mondiale et il y a eu un recul incessant jusqu’à attendre un point bas en 1995 avec moins de 45% de participation. Il y avait une participation plus basse et plus fluctuante pour les votations, mais on constate une tendance parallèle entre les années 1940 et les années 1970 pour atteindre un point bas pour les votations à la fin des années 1970 avec 40% en moyenne de participation pour les votations.

Pour les élections, le chiffre est le taux de participation pour les élections de l’année en cours. Pour les votations, il s’agit de la moyenne de participation sur toutes les votations qui ont eu lieu pendant quatre ans puisqu’on vote quatre fois par année en Suisse dans le cadre de votations fédérales. Si on veut avoir la participation pendant quatre ans, il faut calculer la moyenne de participation pendant quatre ans et après on peut ainsi comparer ces deux courbes.

Donc, il y a un déclin séculaire de la participation avec un point bas atteint dans les années 1990 pour les élections et puis une légère augmentation de la participation depuis 1995 avec une stabilité au cours des trois derniers scrutins. Le 18 octobre 2015, il y a eu environ 43 ,8% de participation, 44% en 2011 et à peu près pareils en 2007. Maintenant, au court terme des trois élections, on est une stabilité un peu en dessous de 48% de participation pour les élections et on est à peu près pareil au niveau de 43% pour les votations au court des trois derniers relevés.

L’image générale qui se dégage est une forte baisse de la participation et la question que l’on doit se poser est de savoir d’où vient cette forte baisse de la participation.

Nous allons nous concentrer sur deux facteurs qui peuvent nous aider à comprendre la participation politique qui sont deux facteurs qui permettent d’expliquer la participation et l’abstention, ce sont deux facteurs assez fondamentaux que sont le sexe et l’âge.

Sciarini 2015 taux de participation aux élections fédérales de 1995 à Genève.png

Ce sont des chiffres de l’évolution de la participation aux élections fédérales dans le canton de Genève. Les chiffres que l’on a sur ce graphique sont uniquement tirés du canton de Genève. L’intérêt de ces chiffres étant que ce sont des chiffres réels. Ce n’est pas la participation telle que mesurée dans les enquêtes d’opinion, cela est la participation réelle. Depuis 1995, le canton de Genève a eu la bonne idée de collecter et d’archiver sous format électronique les données sur la participation de tous les citoyens et citoyennes genevois ce qui permet de suivre l’évolution de la participation au cours du temps.

Ici, c’est un révélé pour les élections fédérales de 1995. C’est une courbe de participation qui est presque une courbe d’école, c’est comme cela qu’on se l’imaginait et c’est comme cela que la participation est en réalité au sein de la population.

Cette courbe est une courbe d’école. À l’âge de 18 ans, lorsque les jeunes électeurs et les jeunes électrices obtiennent leur droit de vote, il y a une participation qui est plus élevée que pour les 20 – 25 ans, parce qu’on a reçu un nouveau droit et donc il faut l’utiliser et on participe un peu plus que la catégorie suivante. Il y a un premier mouvement qui est un mouvement en « U ». Le point bas de la participation est entre les 20 – 29 ans et après, cela monte de manière quasiment linéaire avec l’âge jusqu’à 65 – 69 ans et en suite, cela redescend assez fortement dans le grand âge.

Sciarini 2015 taux de participation aux élections fédérales de 2015 à Genève.png

Si on reprend les mêmes chiffres pour 2015, on retrouve la même courbe avec la même inflexion après une chute qui est un peu moins abrupte, on descend moins bas que dans le graphique précédent où on descendait en dessous du niveau de participation des jeunes, mais cela est surtout dû au fait qu’il y des groupes d’âge jusqu’à 90 ans et plus, tandis que dans le graphique suivant on a regroupé toutes les personnes de 85 ans et plus. Cela a pour effet de remonter en moyenne le taux de participation.

L’autre chose qui est assez intéressante entre ces deux graphiques et qu’avant, le point haut de participation, le sommet a été atteint entre 65 ans et 75 ans pour les hommes ; en 2015, le point haut de participation concerne les 75 ans et 79 ans chez les hommes et les 70 ans et 74 ans chez les femmes. Donc, apparemment, il y a un mouvement ici qui fait que l’on vote de plus en plus tard ce qui serait assez logique avec l’allongement de l’espérance de vie pare qu’on est en meilleure santé et en meilleure forme pour être encore intégré et voter plus tard qu’avant.

Si on regarde la courbe des femmes et des hommes, dans les deux cas en 1995 comme en 2015, les jeunes femmes participent plus que les jeunes hommes. En suite, il y a un point identique pour les 20 – 24 ans dans les deux cas et après, progressivement, la différence de participation entre les hommes et les femmes tend à augmenter avec l’âge et est massive parmi les femmes et les hommes les plus âgés. Si on prend les 85 – 89 ans, il y a à peu près 40% de participation pour les femmes et plus de 30% de participation en moyenne chez les hommes. On retrouve cet écart pour les 85 et plus, 40% de participation chez les femmes et plus de 55% de participation chez les hommes. Il y a un effet d’âge puissant, mais à cet effet d’âge se double un effet de sexe en interaction avec l’âge. Il n’y a pas de différence homme – femme selon ces graphiques pour les jeunes, mais à mesure que le temps passe, que l’âge avance, il y a une proportion de plus en plus différente de femmes et d’hommes qui participe.

Nous allons maintenant essayer d’expliquer pourquoi il y a cette différence de participation en fonction de l’âge d’une part et en fonction du sexe d’autre part.

Facteur genre[edit | edit source]

Il y a d’abord des facteurs de type sociostructurel qui ont historiquement expliqué le différentiel de participation entre homme et femme.

Le premier facteur sociostructurel est la moindre intégration sociale et professionnelle de femmes. Le fait que les femmes étaient beaucoup moins intégrées dans le monde du travail, elle travaillait moins fréquemment que les hommes, restaient beaucoup plus en nombre pour s’occuper des enfants et donc restaient comme femme au foyer, ceci a fait que les femmes étaient moins intégrées socialement, moins intégrés professionnellement et cela a un impact direct sur l’engagement politique, sur la participation politique. Cela est vis-à-vis du modèle classique qui était que le fait que les femmes étaient moins intégrées socialement, professionnellement que les hommes conduit à leur moindre participation politique parce que l’intégration sociale et professionnelle et un facteur puissant d’engagement social et politique en général.

Le deuxième facteur sociostructurel est une surreprésentation des femmes parmi les états matrimoniaux favorisant l’isolement social. Si on regarde les statistiques, on constate qu’il y a beaucoup plus de femmes âgées que d’hommes âgés. Les femmes ont une espérance de vie plus longue que les hommes encore aujourd’hui même si cela tend à converger et surtout, on trouve beaucoup plus de femmes veuves que d’hommes veuf. En 2015, dans la catégorie des veufs, il y a 80% de femmes et 20% d’hommes. Dans la population, en général, il y a 51% de femmes et 49% d’hommes alors que dans le veuvage, il y a 80% de femmes et de 20% d’hommes. Cela explique en partie ce décrochage parce que le veuvage est un facteur puissant d’isolement social. Si on est veuf, on a tendance à être plus isolé, on n’a plus de conjoint, on a des enfants qui ont quitté la maison et cet isolement social contribue à un abstentionnisme politique. Comme il y a plus de femmes veuves que d’hommes veufs, cela contribue à baisser en moyenne le taux de participation chez les femmes âgées étant entendu qu’on a plus de chance d’être veuf dans le grand âge qu’avant. Il est possible de corriger faisant comme s’il y avait autant de veufs hommes que de veuves femmes, les courbes se resserrent singulièrement.

Autre explication des facteurs de type socioculturels et plus précisément la persistance des modèles traditionnels du rôle des femmes. Cela est presque indépendamment des facteurs sociostructurels qui est le fait qu’il y ait eu pendant très longtemps ce maintien du modèle classique de la vision de la femme dans la société et du rôle de la femme dans la société dans l’espace privé et dans l’espace public qui a eu pour effet de réduire le taux de participation des femmes par rapport aux hommes.

Le dernier facteur est propre à la suisse est un facteur institutionnel. Les femmes ont reçu le droit de vote très tardivement en Suisse. Les femmes ont reçu le droit de vote en Suisse au niveau fédéral en 1971, un peu plus tôt dans certains cantons, mais seulement en 1971 au niveau fédéral. Dans certains cantons conservateurs de la Suisse centrale ou orientale, il y a fallu attendre même plus tard que 1971 pour octroyer le droit de vote aux femmes au niveau cantonal. Le dernier canton qui a octroyé le droit de vote est le canton d’Appenzell Rhodes Extérieur, qui a octroyé le droit de vote aux femmes en 1991 à la suite d’un arrêt du tribunal fédéral. C’est le tribunal fédéral qui a imposé le droit de vote aux femmes en Appenzell Rhodes Extérieur parce que cette discrimination n’était pas conforme à l’égalité des droits entre hommes et femmes dans la constitution fédérale. Il y a même un canton en 1991 qui avait encore refusé jusque là le droit de vote aux femmes.

Quelles sont les conséquences de cet octroi tardif du droit de vote aux femmes et en quoi est-ce que cela a pu avoir une conséquence sur le taux de participation encore aujourd’hui ?

La raison est que les femmes parmi les plus âgées d’entre elles ont atteint l’âge de majorité sans avoir le droit de vote et elles ont dû attendre tard dans leur existence pour l’obtenir. Elles ont donc manqué une socialisation politique qui est celle que tout citoyen et citoyenne qui a le droit de vote dès 18 ans peut obtenir. Elles n’ont pas eu d’apprentissage de la politique parce qu’elles n’avaient pas le droit de voter. On considère que ce retard dans l’apprentissage de la socialisation politique produit encore aujourd’hui des effets parmi les femmes les plus âgées. On peut même imaginer que cet effet institutionnel se conjugue avec l’effet sociostructurel de la grande fréquence des femmes veuves. On peut imaginer que les femmes veuves se retirent d’autant plus volontiers de la politique et de la participation qu’elles avaient été entrainées à la participation via leurs liens maritaux. Elles ont voté parce que le mari le faisait aussi et parce qu’elle parlait de politique à la maison et peut être même, la femme votait comme le mari le lui disait, cela était quelque chose de répandu à l’époque, et une fois que le mari est décédé, ces femmes se retrouvent seule, elles n’ont pas été socialisées dans leur jeunesse à la politique et elle décroche d’autant plus facilement. Donc, il y a une conjonction de l’effet du veuvage et de l’octroi de vote tardif des femmes qui peut expliquer encore aujourd’hui pourquoi on a ce décrochement, cette sortie prématurée des femmes de la participation que l’on découvre encore ici et même en 2015 quand bien même cela est en train de se resserrer un tout petit peu.

Cela était vraiment l’image classique et nous devons aborder la thèse révisionniste qui prend un peu le contre-pied de ces facteurs explicatifs présenté et dit qu’il faut faire attention parce que ces facteurs explicatifs étaient bien pour expliquer comment les femmes participaient, mais elle n’est plus capable d’expliquer comment les femmes participent aujourd’hui.

L’idée est qu’il y aurait eu un effet de rattrapage ou de convergence. Il y aurait eu un effet de rattrapage dans le sens où les femmes se seraient mises à participer autant que les hommes et donc les courbes de participation seraient en train de se rapprocher au cours du temps. Les explications qui sont avancées pour ce possible effet de rattrapage est, en premier lieu, l’accroissement de l’intégration sociale et professionnelle des femmes. Les femmes ne sont plus confinées dans le ménage et dans le foyer, le taux d’activité professionnelle des femmes a fortement augmenté un peu partout dans le monde développé et donc avec cette intégration professionnelle et sociale accrue, les femmes participent aussi politiquement davantage que les hommes. Les femmes sont plus intégrées socialement et professionnellement qu’avant, elles sont donc aussi plus intégrées politiquement qu’elles ne l’étaient avant et elles finissent par rattraper les hommes.

Selon cette thèse révisionniste, le fossé du genre (« gender gap ») en termes de participation politique aurait disparu. De fait, il a disparu dans beaucoup de pays développés comme aux États-Unis, dans les pays scandinaves mêmes autour de la Suisse dans des pays comme la France ou l’Allemagne, il n’y a plus de différentiel de participation entre hommes et femmes. Pas en Suisse. Il y a encore en Suisse un petit différentiel de participation pour les élections. D’après les sondages, il n’y a plus de différentiel de participation pour les votations. Aux votations fédérales, les femmes participent autant que les hommes. Par contre, aux élections, on a toujours un petit différentiel entre hommes et femmes. En Suisse, l’effet de rattrapage et de convergence, même s’il y a eu lieu et même s’il n’est pas encore complet, l’effet de rattrapage est peut-être aussi dû au fait que ce facteur institutionnel est en train de perdre du poids avec les années parce que les femmes qui sont arrivées à l’âge adulte sans le droit de vote sont de moins en moins nombreuses. Les femmes qui sont concernées par l’absence de droit de vote à leur âge adulte sont en train de disparaitre et donc l’effet institutionnel va progressivement s’affaiblir et disparaître. Il y a encore des différences, à Genève, il n’y a quasiment plus de différence de participation entre hommes et femmes globalement. Il y a un différentiel, mais qui est vraiment très faible.

L’effet de l’âge[edit | edit source]

C’est un peu plus compliqué, parce que l’effet de l’âge est un effet multiforme, protéiforme, parce que derrière la variable « âge », il y a différents types de mécanismes.

Il y a trois principaux effets d’âge :

  • Effet du cycle de vie et l’effet de vieillissement biologique : l’âge des artères et simplement autre chose que l’âge du vieillissement, c’est ce que représente dans le parcours de vie d’une personne les différents âges, ce que signifie avoir 20 ans, 40 ans, 60 ans en termes de parcours de vie. En termes de parcours de vie, avoir 20 ans n’est pas pareil que d’avoir 40 ans. Avoir 20 ans c’est probablement être encore aux études, probablement ne pas être encore marié, probablement ne pas encore avoir d’enfant alors que 40 ans est quand même plus de chance d’être marié, d’avoir eu des enfants, d’avoir une profession. On sait bien que l’âge affecte la participation via l’intégration sociale et l’expérience politique. L’individu de 20 ans qui ne sera probablement pas marié, qui n’aura pas d’enfants et qui sera encore aux études ou qui commencera sa carrière professionnelle va être peu intégré socialement, c’est-à-dire peu intégré dans la société. Ce faible degré d’intégration aura pour corolaire un faible degré de participation politique. Par contre,le fait de se marier, d’avoir des enfants, de commencer à participer à des associations, aller aux rendez-vous des parents d’élèves par exemple à pour effet de tisser des liens sociaux qui vont en suite bénéficier à la participation politique. Plus on avance au niveau professionnel, de sa vie sociale et plus on s’intègre politiquement et on participe politiquement. Le deuxième mécanisme est l’expérience politique que l’on pourrait appeler la compétence politique ; élire, voter, suppose des connaissances, des compétences que l’on n’a pas forcément à 18 ans ou 20 ans, car il faut s’intéresser à la politique, beaucoup de jeunes ne s’y intéressent pas, l’intérêt vient avec l’apprentissage, plus on avance et plus on commence à comprendre de quoi il s’agit, à quoi cela sert, pourquoi cela est important et plus on s’informe et plus on a un stock d’information qui augmente avec l’âge et donc plus on est capable de voter. Avec ce double mécanisme d’intégration sociale et d’augmentation de l’intérêt et de la compétence politique, l’âge est un facteur puissant de participation. Dans le grand âge, on est surement beaucoup plus compétent à 70 ans qu’à 20 ans en termes de connaissance politique, par contre, on peut avoir des problèmes de santé, d’isolement social qui font qu’on va se retirer dans la sphère privée et se désengager du public et donc s’abstenir de participer d’où cette chute dans le grand âge.
  • Effet de cohorte ou l’'effet générationnel : ce qui est important ici est la date de naissance, à savoir quand est-on né. Ce n’est pas l’âge que l’on a qui importe, c’est dans quelle génération est-on né. Les effets de génération que l’on appelle aussi les « effets de cohorte » sont dépendant de la date de naissance, du moment où on est né et des évènements qui frappent une même génération. Tous les gens qui ont vécu mai 1968 par exemple, tous ces gens-là ont été frappés durablement dans leur socialisation politique. Il est possible que cet effet de génération se maintienne au cours de l’âge, les gens vieillissent, mais ils sont toujours marqués par l’évènement qui les a marqués peut-être lorsqu’ils avaient 20 ans. C’est comme cela par exemple que l’on peut probablement expliquer le recul de la participation au cours du temps. La baisse continue aux élections et aux votations au cours du temps est probablement l’effet générationnel en bonne partie, c’est-à-dire le recul du sens civique à mesure que les générations se renouvelaient. Le sens civique était beaucoup plus développé au début du XXème siècle qu’au début du XXIème siècle, cela était presque naturel de voter à l’époque, c’était un devoir, ce sens du devoir civique s’est progressivement perdu de génération en génération. Il est aussi possible que cette baisse soit due au vieillissement de la population. Il y a de plus en plus de personnes très âgées, mais du coup il y a de plus en plus de personnes qui sont sorites du circuit de la participation politique.
  • Effet de période : cet effet de période frappe tout le monde au même moment, peu importe que l’on soit né en 1920 ou en 1950 ou en 1980, s’il y a un évènement particulier, cela peut avoir un effet pour tout le monde en même temps. Probablement qu’il y a un exemple en ce moment d’effet de période. On a atteint un point bas de participations en 1995 en Suisse et après cela a un peu augmenté, on a eu pour toute cette période de 1995 jusqu’à aujourd’hui un effet de politisation. Il y a eu une plus grande politisation de la vie politique en Suisse qui a atteint tout le monde, qui a affecté tout le monde, on a tous participé un peu plus, quel que soit l’âge. En lien avec la polarisation de la politique suisse, cela est devenu plus compétitif et plus conflictuel.

Il faut comprendre que c’est très difficile d’étudier l’effet d’âge à cause du fait que ces trois mécanismes s’imbriquent et se conjuguent. C’est par exemple impossible sur la base d’une seule élection ou d’une seule enquête d’opinion de pouvoir désimbriquer les trois effets, cela est impossible parce qu’ils se mélangent. Si on veut arriver à identifier l’effet spécifique du vieillissement du cycle de vie, de l’effet de génération, de l’effet de période, on doit avoir des séries temporelles longues de façon à pouvoir contrôler si possible ces différents effets dans la durée et c’est seulement comme cela que l’on arrive à identifier l’effet spécifique de chacun des mécanismes.

Il y a toute une série d’étude qui porte sur la participation avec des modèles beaucoup plus complexes et des variables plus complexes. Néanmoins, il faut se sensibiliser aux effets de variables lourdes que sont l’âge et le sexe.

Annexes[edit | edit source]

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Références[edit | edit source]