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La transformation des pratiques contemporaines de sécurité : entre guerre et police globale ?

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Jusqu’à maintenant, nous avons principalement étudié et approfondi des concepts afin de voir ce qu’ils nous disaient sur certains phénomènes notamment à travers le processus d’accumulation que Charles Tilly appelle le « war making – state making ».

Nous allons désormais faire le contraire : en partant de pratiques, nous allons voir comment elles s’articulent avec divers concepts influencés par différents phénomènes, rationalités et enjeux. Nous ne nous intéresserons pas tant aux pratiques en tant que telles, qu’aux logiques qui les sous-tendent. Certaines tâches relèvent de la sécurité intérieure étant la prérogative de la police et certaines tâches relèvent de la sécurité extérieure qui est la prérogative des militaires. On va assister à une forme d’hybridation.

Les distinctions traditionnelles entre la force militaire et les forces de l’ordre (« police »)[edit | edit source]

Nous allons principalement nous intéresser à la logique de l’usage de la force. L’usage de la force n’est pas seulement les militaires, mais aussi la police dans des conditions diverses. Nous sommes principalement intéressés par une trajectoire occidentale. On est face à des bureaucraties qui fonctionnent autour de règles d’efficacité et de spécialisation et qui au cours d’un processus de centaines d’années ont divisé le travail entre elles. Dans les pays occidentaux, on retrouve une différenciation entre interne et externe, mais cela ne s’applique pas forcément dans le reste du monde où l’armée peut avoir des pratiques dans le cadre de l’intérieur. On parle d’un processus historique européen.

Nous parlerons principalement d’idéaux types et de principes tels que généralement compris en tant que spécificité des pratiques militaires d’un côté et policières de l’autre. L’objectif est de dépasser la distinction géographique entre la sécurité intérieure (domestique) et extérieure afin de s’intéresser à différentes pratiques. L’internationalisme a été enfermé disciplinairement par rapport aux questions qui relevaient de l’interne et de l’externe et il est temps de casser ces barrières disciplinaires pour voir comment les pratiques évoluent en fonction de la remise en question d’une ligne tracée et qui n’est pas complètement imaginaire.

La force militaire[edit | edit source]

Carl von Clausewitz (1780 – 1831) a défini, dans De la guerre publié en 1832, les trois caractéristiques de l’usage de la force militaire sur le champ de bataille. On va essayer d’entrer dans les univers sociaux de certains pays et se mettre à la place des militaires pour qui le champ de bataille est fondamental. Les lois de la guerre découlent des lois structurelles des conflits armés et de la guerre absolue.

Les trois principes selon Clausewitz sont :

  1. concentration de l’usage maximal de la force sur les centres de gravité de l’ennemi.
  2. économie de la force : maximiser les effets avec des ressources limitées.
  3. supériorité de l’initiative : l’initiative est supérieure à la réaction.
Stratégie bataille Gettysburg 1.png

Par exemple, comme champ de bataille, il y a la bataille de Gettysburg de 1863. On dit, en général, que c’est le tournant de la Guerre de Sécession qui a permis à l’Union de reprendre le dessus et de la mener à la victoire. La Charge de Pickett, général confédéré, a essayé de concentrer ces troupes sur un point précis, mais cette charge n’a pas fonctionné. C’est sur le champ de bataille que s’est réglé le destin des États-Unis. Sur le champ de bataille, tout en respectant les lois de la guerre, le général Pickett n’a pas vaincu.

Manœuvres durant la bataille de Cannes. Situation initiale en bas, destruction de l'armée romaine en haut.

Lors de la bataille de Canne entre l’armée romaine et celle d’Hannibal, on voit que Hannibal était en infériorité numérique. Il a attendu que les Romains attaquent la ligne d’infanterie carthaginoise, les cavaliers ont attaqué par les flancs et l’armée romaine a été défaite. Il y a comme une invariance des règles qui étaient d’actualité il y a 2200 ans le sont toujours aujourd’hui.

Basil H. Liddell Hart a édicté de nombreuses doctrines militaires dont celle de l’approche indirecte en opposition à l’approche clausewitzienne en évitant les attaques frontales donc en étant plus défensif. On va attaquer les lignes logistiques de l’ennemi, contenir les forces ennemies et donner la priorité au harcèlement plutôt qu’à la destruction totale. Oui, mais Clausewitz s’intéresse principalement aux champs de bataille.

Il y aurait un continuum qui fait qu’il y a différentes façons de réagir comme la Charge de Pickett qui est l’usage de la force offensive et maximum, mais il y a aussi le cas de la ligne Maginot qui est une approche défensive. En fonction des mouvements tactiques que l’on fait comme c’est le cas de la bataille de Canne, on peut l’emporter.

Stratégies multiple 1.png

Le maintien de l’ordre[edit | edit source]

En général, lorsqu’on parle de police, on remonte au Moyen-Âge avec la police comme étant lié à l’émergence des villes. Lorsqu’on pense à Elias, au processus de civilisation et où le processus de différenciation est important, tant qu’il n’y a pas de processus de concentration, il n’y a pas forcément besoin de police. Par exemple, dans le canton de Genève, il y a une police cantonale et chaque commune peut avoir une police communale. La concentration de population et le « besoin » en policiers fait que l’émergence de la police est liée à la construction de l’État.

Pour Egon Bittner, la police est comme « un mécanisme de distribution d’une force coercitive non négociable, mis au service d’une compréhension intuitive des exigences d’une situation ». C’est une approche fonctionnelle et réactive de ce qu’est la police. Pour Michel Foucault, la police est « l’ensemble des moyens par lesquels on peut faire croître les forces de l’État tout en maintenant le bon ordre de cet État ». Foucault voit dans la naissance de la police et des pratiques de police que ces pratiques s’accompagnent et sont constitutives de la construction de l’État. La croissance de la police a accompagné le processus de croissance de l’État. La police a un rôle constitutif dans la construction de l’État.

Tableau synthétique des différentes fonctions policières 1.png

On fait une distinction entre trois missions, à savoir la défense de l’ordre politique, la tranquillité publique et la lutte contre la criminalité. Différentes forces de police vont émerger. Il y a une police ordinaire et une haute police. La police véhicule plein d’images, mais est représentative de ce qu’est l’État. D’un côté l’État assure les conditions de vie de citoyens, mais de l’autre, l’État est répressif pour rester en place. Il y a une tension dans l’État qui se retrouve dans la constitution même des forces de police. La protection de l‘État est inhérente à la naissance de l’État.


On distingue trois caractéristiques de l’usage de la force par la police :

1) vise des individus plutôt que des groupes (à la différence des militaires) : on va essayer de viser les personnes qui troublent l’ordre public ou sont des menaces pour l’État. La logique policière pense en termes d’individu, il est important d’identifier, de localiser et de classer. C’est une logique de quadrillage, une logique policière doit connaître son territoire.

Oakland-crime-map.jpg

La distribution du temps et de l’espace est différente du champ de bataille. La logique policière est distribuée et dispersée dans le temps et l’espace plutôt que sur un champ de bataille avec une ligne de front ou l’usage de la force est localisé (mais tout de même une continuité du dispositif de surveillance). Même si la ligne de front a une continuité en termes de ligne, le territoire d’un point de vue policier se doit d’être quadrillé sur la force d’une surveillance pour pouvoir intervenir de manière ponctuelle sur les individus. Sur le champ de bataille, la violence atteint son paroxysme alors que dans l’espace policé, la violence intervient de manière plus diffuse.

2) usage minimal de la force : c’est l’opposé de l’usage maximum des militaires. C’est un usage proportionnel de la force et une logique discriminée parce que visant les individus qui ont commis un délit. L’usage minimal de la force se fait en dernier recours avec une intensité la plus basse possible et seulement sous certaines conditions strictes à savoir en cas de légitime défense et de protection de la vie et de la propriété.

3) supériorité symbolique : plutôt que combat entre adversaires légitimement égaux, la police ne se présente pas le protagoniste d’un conflit entre égaux. La police a une supériorité symbolique, morale et juridique sur le criminel. Elle est perçue socialement comment l’agent qui applique la loi et assure la paix civile et l’ordre. La police est là pour restaurer un ordre préexistant alors que la logique militaire va faire émerger un nouvel ordre. Son adversaire n’est pas perdu comme un « ennemi légitime », mais un « criminel ». C’est une approche différente de l’altérité du rapport à l’autre.

On distingue deux types des rapports de l’usage de la force entre le policier et le militaire. Ce n’est pas la même chose par rapport au processus de construction de l’État tel qu’en occident. Ce processus de différenciation, de bureaucratisation et d’accumulation de ressources a débouché sur un rapport différencié d’un usage de la force avec d’un côté un usage de la force limité en interne et maximal en externe.

Les transformations contemporaines de la guerre et de la police globale[edit | edit source]

Il y a « toujours » eu une compétition autour de l’établissement de la ligne entre terrains d’action de l’armée et de la police. Il faut faire la distinction entre la réalité et des affirmations qui permet de remettre en question des lectures fonctionnelles et fonctionnalistes. Cela est plus complexe parce qu‘il y a toujours eu une compétition pour l’établissement de la ligne entre le terrain d’action qui relève de l’armée et de la police.

La ligne n’a jamais été clairement établie, souvent ces lignes ont été délimitées de façon disciplinaire. Le « policing imperial » dans les colonies était une affaire militaire prise en charge par les soldats. Il y a la question des forces de gendarmerie (forces de police avec un statut militaire). Il faut se méfier des lignes clairement établies. Il y a une tension permanente dans le cadre de ces processus. Même si on a établi un idéal de distinction entre police et militaire, il a tout d’abord été clairement établi qu’en effet, aujourd’hui, elle est plus remise en question que jamais. Cependant, la tendance actuelle semble avoir exacerbé cette compétition. On est dans une lutte bureaucratique entre des agents qui prétendent faire la même chose. Cette distinction n’a jamais été autant remise en question.

La redéfinition de la guerre et de l’usage de la force armée[edit | edit source]

Un des changements se retrouve dans une « civilianisation » du militaire. Ce terme a été utilisé pour traiter du maintien de la paix dans le contexte post Guerre froide qui se distingue de l’usage de la force militaire maximale. Dans le maintien de la paix, on est dans un usage minimum de la force. Cela nécessite de se réinventer. À partir des années 1990, les doctrines militaires se déploient autour des questions de maintien de la paix avec un usage minimum, domestiqué et civilisé de l’usage de la force.

Un autre changement se retrouve dans la judiciarisation des conflits armés en opposition à la « supériorité de l’initiative ». Désormais, les militaires agissent dans des cadres militaires beaucoup plus précis comme c’est le cas des conventions de Genève. Ce principe de la judiciarisation est croissant dans les questions militaires.

En même temps qu’il y a judiciarisation, on assiste à une criminalisation de l’ennemi. On voit que commencent à s’opérer des rapprochements. La façon dont on perçoit l’ennemi de plus en plus de façon criminelle établit un pont avec la logique policière. On passe à une période beaucoup plus criminelle de l’ennemi dans les conflits actuels. Autour du même théâtre d’opérations, quelque chose d’intéressant se passe avec la Première guerre du golf, avec la Deuxième guerre du golf, on a criminalisé l’ennemi qui a mené à sa dissolution et à son jugement avec une logique de rapport criminelle de l’ennemi. Avec la guerre contre le terrorisme, on est dans une forme de criminalisation de l’ennemi où l’ennemi n’est plus perçu comme un adversaire ou comme un égal. À Nuremberg, des militaires vont essayer de minimiser le rôle de certains officiers allemands en disant qu’ils se sont bien comportés sur le champ de bataille. D’un côté, on est dans un jugement de crime et d’un autre côté, des militaires défendent des officiers parce qu’ils se sont battus « à la régulière » sur le champ de bataille.

Le lieu dans les affaires militaires où il y a le plus grand mélange des genres est la guerre de contrinsurrection. On parle de « gagner le cœur et les esprits ». C’est une pratique militaire qui a une coloration policière. À la fois, cette pratique existe de puis longtemps et est remise au goût du jour montrant qu’on est face à des transformations en ce qui concerne les pratiques militaires et policières. La contre-insurrection est un savoir-faire colonial, on dit que les fondateurs sont les français d’abord avec la guerre de pacification en Algérie et en Indochine. Ce type de savoir-faire s’est ensuite propagé comme avec les États-Unis dans le cadre de la guerre du Vietnam et dans le contexte des dictatures d’Amérique latine avec le Plan Condor qui prévoyait une large collaboration sur une mode contre-insurrectionnelle.

Désormais, dans les académies militaires, est mis l’accent sur les questions de contre-insurrection. La contre-insurrection brouille les pistes entre savoir-faire et colonie. La contre-insurrection est centrée sur la question de l’identification et de la localisation en opposition au ciblage d’acteurs collectifs. On se retrouve dans quelque chose de plus « policier », on n’est pas en train de se battre contre une armée, mais contre une insurrection. La contre-insurrection se développe dans le cadre de guerres révolutionnaires. Pendant la Guerre froide, il y avait le besoin de combattre des révolutionnaires. On est dans le ciblage d’acteurs individuels. La contre-insurrection n’a pas de ligne de front ou de champ de bataille, on est dans des « espaces de bataille » qui fait qu’on doit réfléchir à une utilisation de la force dans un contexte spatial différent.

Si on compare la carte des opérations des forces spéciales en Afghanistan et la carte du crime d’Oakland, on voit qu’il n’y a plus de ligne de front définie, mais qu’il y a une dispersion des opérations. On va intervenir dans les lieux les plus pertinents que l’on doit identifier notamment à travers un quadrillage et un maillage du territoire qui permet de savoir où et quand il est le plus efficace d’intervenir.

Dans une logique contre-insurrectionnelle, on est dans un mélange des genres avec le savoir-faire policier où la frontière n’est plus la même qui change les perceptions et les usages de la force. La doctrine contemporaine de contre-insurrection est un produit du « policing militaire » dans les colonies : « pacification », « policing imperial » et « small wars » au début du XXème siècle. Le savoir contre-insurrectionnel était la principale exception, et ce savoir-faire devient central notamment dans les armées américaines, britanniques et françaises. Cela est intéressant, car selon la distinction traditionnelle entre police et armée, la principale exception était les colonies où les militaires étaient engagés dans le « policing ».

Dans la contre-insurrection, il y a différents aspects avec une forte dimension civilo-militaire à laquelle on va ajouter une forte dimension de renseignement et une dimension de guerre psychologique, car on est à la fois dans un rapport répressif, mais aussi dans l’objectif d’entretenir de bons rapports avec la population. La dimension psychologique est importante que cela soit pour mettre de la pression ou obtenir des choses en échange. Dans le rapport à l’espace, il y a l’importance du quadrillage du territoire qui est avoir des moyens pour pouvoir surveiller, quadriller et mailler un territoire. La contre-insurrection n’est pas un phénomène nouveau, mais est devenue quelque chose de plus en plus important. Les gens spécialisés dans ce domaine se sont trouvés valorisés après le 11 Septembre et dans le cadre de la Guerre contre le terrorisme.

L’internationalisation de la police[edit | edit source]

Il faut regarder la façon dont le travail de police s’internationalise. De nouveau, comme pour les militaires, l’usage de la force est plus ciblé, moins intense et symboliquement un rapport différent à l’ennemi qui est un rapport criminel, mais les questions d’internationalisation de la police ne sont pas quelque chose forcement de nouveau, ce sont des logiques qui existaient déjà. Certains aspects du métier sont mis sur le devant de la scène en fonction d’opportunités liées à un changement de contexte.

La mission de la police est limitée par les frontières physiques et juridiques de l’État. Au niveau fonctionnel, les forces de police ont parfois repris des missions qui relevaient précédemment du militaire. Il existe des missions de l’ONU appelées « CivPol » sont des missions d’opération de maintien de la paix par l’envoie de policiers. Les policiers sont plus difficiles à être engagés que les militaires. Il y a une différence de culture, les policiers sont des gens qui vivent en général dans la société où le fait de partir en mission est beaucoup plus difficile à envisager. Les opérations militaires extérieures de gestion des foules renvoient au cas de l’ex-Yougoslavie avec l’envoi de gendarmes français déployés au Kosovo pour faire de la gestion des foules. Une force civile de gestion des foules serait quelque chose de plus efficace dans ce genre de missions, car les policiers auraient un meilleur rapport dans l’usage de la violence. Au niveau fonctionnel, on assiste au fait que des policiers se retrouvent de plus en plus à mener des missions qui étaient autrefois des missions militaires.

Au niveau géographique, dire que la police n’est plus confinée au domaine domestique délimité par les frontières externes de l’État est limitatif. Même si les métiers de police sont nés au sein de différents États et surtout dans les villes, assez tôt, on s’est posé la question de que faire lorsque le crime franchit une frontière. Depuis longtemps, la question de la coopération policière est une question qui fait partie des problématiques policières. Dans Policing the Globe. Criminalization and Crime Control in International Relations de Andreas et Nadelmann publié en 2008, on voit que la question de la coopération policière est née dans la lutte contre des éléments révolutionnaires et anarchistes en Europe au XIXème siècle, et les polices politiques qui étaient les plus efficaces pour mener ce type de mission étaient les polices austro-hongroise, italienne et russe qui avaient intérêt à savoir ce que faisaient les éléments révolutionnaires de chez eux dans d’autres pays. Par exemple, la Suisse accueillait de nombreux révolutionnaires et il y avait une forte demande policière pour savoir ce que faisaient ces éléments en Suisse et notamment pour savoir s’ils fomentaient des troubles dans un autre pays. Il y a avait la volonté de coopération internationale comme à travers le détachement d’officiers de liaison pour aller coopérer avec la police d’autres pays.

La dimension transnationale de la police est inhérente à la constitution de la frontière parce qu’en prenant le cas notamment de l’Autriche-Hongrie, du moment où l’empire est dissous est qu’on crée de nouvelles frontières, les nouvelles polices veulent accéder au niveau de Vienne. Vont se développer des liens internationaux. C’est la constitution des frontières qui va générer la coopération internationale des affaires de police. La frontière européenne est un cas assez fascinant puisque la libre circulation au sein de l’Union européenne a généré une nouvelle problématique de la frontière extérieure de l‘Union. Aujourd’hui, lorsqu’on parle autant des questions de migrations en méditerranée, on à l’impression qu’on est face à un raz de marré humain de gens venant du Sud et se déversant sur les côtes de la Méditerranée. Jusqu’à il y a une vingtaine d’années, les règles en matière d’immigration étaient plus flexibles. Du moment où on va créer la catégorie de l’« immigrant clandestin », on va automatiquement le criminaliser donc générer de la coopération transfrontalière afin de gérer ce phénomène. La question des migrations est assez intéressante aujourd’hui parce qu’il y a une grande convergence des problématiques policières en matière de coopération internationale parce qu’il y a de grandes migrations et ces flux migratoires permettent au crime organisé de se développer.

Le crime organisé est un élément assez intéressant si on veut parler de l’internationalisation de la police. Au-delà de la question des polices politiques, le crime organisé transnational est une catégorie intéressante. La première fois où la notion de « crime organisé » a été utilisée est dans le cadre de la Prohibition dans les années 1920 quand naissaient des cartels d’affinité culturelle et ethnique afin de mener des activités criminelles qui se trouvaient éparpillées dans différents domaines. C’est une logique de « mafia » où on retrouve des groupes dans le cadre de filières. Le crime organisé est devenu transnational dans une logique américaine est dans le cadre de Guerre contre la drogue. Dans le cadre du trafic contre la drogue, on a mis l’accent sur les cartels latino-américains qui s’occupaient de la production et de l’exportation vers les États-Unis de la drogue au travers de réseaux clandestins. L’idée était de la combattre sur le terrain à travers de la coopération. On a commencé à parler de « narcoterrorisme ». On est parti du principe que certains groupes de trafiquants allaient utiliser les ressources tirées de leur trafic pour financer des groupes terroristes comme c’est le cas des FARC en Colombie. On retrouve l’idée que les migrations, la voie suivie pour l’immigration se superposent à la notion de crime organisé. La logique d’internationalisation de la police s’inscrit dans un phénomène très ancien qui a en tout cas plus d’un siècle.

Des agents qui sont l’exemple de cette internationalisation de la coopération policière est INTERPOL, mais aussi EUROPOL. Ce groupe des polices est minoritaire, mais dont le métier est celui de la coopération transnationale policière. Comme vu du point de vue des militaires avec une convergence des savoir-faire avec les policiers, du point de vue des policiers, il y a un phénomène similaire dans la mesure où certains policiers vont faire des missions qui relevaient des affaires militaires avant, mais aussi du au fait d’une internationalisation croissante de la police. Aujourd’hui, même si INTERPOL et EUROPOL représentent une minorité des policiers, leur activité est sur le devant de la scène. Dans l’Union européenne, du moment où on crée de la coopération, on enlève des frontières, on en crée de nouvelles et la coopération devient plus importante. Le crime est transnational, il y a un lien à creuser entre trafic de drogue, terrorisme, criminalité transfrontalière et mafia. Les militaires font de plus en plus des choses qui ressemblent à ce que faisait les policiers, et les polices font de plus en plus de choses qui relevaient du métier des militaires en tant qu’acteur des relations internationales.

Pratiques contre-terroristes[edit | edit source]

Avec les pratiques contre-terroristes, la figure du terrorisme est à la fois un criminel et un ennemi. Au niveau des pratiques, le contre-terrorisme a à la fois des aspects policiers et militaires, car la figure du terrorisme se retrouve à cheval entre ces deux logiques. Le terrorisme occupe une place beaucoup plus grande dans les tâches de sécurité des forces occidentales.

Au cœur du contre-terrorisme se situe la question de l’identification et de la localisation. Le mélange des genres continus. À partir du 11 Septembre, la nouveauté est celle qu’on va encore plus collaborer. L’un des effets de cette collaboration accrue est que la guerre contre le terrorisme va être fortement militarisée. Les catégories de l’ennemi et du criminel deviennent beaucoup plus floues. Le cas de Guantanamo est un mélange des genres complets qui est une base américaine sur un territoire cubain interrogeant le statut des gens qui vont être arrêté catégorisée de « combattants illégaux ». A été inventé un nouveau statut pour ne pas être lié par un cadre juridique. Dans la lutte contre le terrorisme, on retrouve un mélange des genres avec des pratiques qui deviennent de plus en plus importantes.

Au niveau organisationnel, on retrouve une étroite collaboration entre police, renseignement et armée. On assiste à des réorganisations de la part des services. Par exemple, l’Union européen a mis en place une structure de renseignent qui s’appelle INTCEN qui mélange le renseignement militaire et policier. Si d’un point de vue policier, on estime que la migration entretient un certain lien avec le crime organisé et avec le terrorisme, qu’on se retrouve avec des bases de données militaires et qu’on met en contact l’ensemble, cela va appuyer la thèse qu’il y a un lien systématique entre terrorisme, criminalité, immigration, etc.

Les phénomènes existent de matière ponctuelle, mais c’est la façon dont on les systématise qui va mener à des interprétations simplistes. On finit par la mise en place d’un outil technologique à accréditer une thèse qui relève d’un point de vue.

Conclusion[edit | edit source]

Le terme de de-différenciation a beaucoup été utilisé par Didier Bigot qui parle d’émergence de guildes transnationales de professionnels de la sécurité remettant en cause la distinction entre l’interne et l’externe, on pourrait parler dans ce cas la de dédifférenciation et vont se remettre à faire des choses similaires où la ligne n’est pas vraiment structurante.

On parle aussi de re-différenciation regardant comment ces pratiques dans une perspective historique ne se sont jamais vraiment différenciées et en différenciant on est dans la remise en question de la différenciation où la distinction de la différenciation était à la base déjà artificielle parce que de tout temps comme avec la coopération policière transnationale. On peut utiliser le terme d’hybridation mélangeant les genres.

Bibliographie[edit | edit source]

Références[edit | edit source]