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Aux origines de la chute de la République de Weimar

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Aux origines de la chute de la République de Weimar
Description de cette image, également commentée ci-après

La délégation allemande lors des négociations du traité de Versailles.

Faculté Faculté des sciences de la société
Département Département de science politique et relations internationales
Professeur(s) Rémi Baudoui
Cours Introduction à la science politique

Lectures

L’expérience de démocratie qui a duré un peu plus de dix ans est caractérisée par des tensions sociales fortes et des instabilités politiques. Ce qui nous intéresse est de comprendre cette prise de pouvoir des nazis de manière pacifique ainsi que l’avènement du régime du IIIème Reich puisque Hitler va rapidement suspendre les libertés individuelles et politiques qui vont amener à l’extermination des juifs tout comme à la Seconde guerre mondiale.

C’est un moment charnière qui dans son incapacité à former des gouvernements stables a contribué à la légitimité de Hitler, à son programme et à sa folie.

Nous allons étudier ce thème sous la forme d’une grande question et sous une forme causale. Les institutionnalistes s’interrogent sur des « big questions », quant à la théorie du choix rationnel, elle choisit son objet en fonction de démarches méthodologiques rigoureuses.

Il y a différents courants qui estiment qu’on ne peut distinguer de relations de cause à effet en science sociale comme les constructivistes qui pensent qu’on ne peut rendre compte des conflictualités des rapports sociaux.

Dans la perspective marxiste, on se refuse à identifier les relations causales puisque cette méthodologie appréhende le monde par une dialectique historique où tout facteur peut influencer un résultat qui affecte dans le même temps la variable première.

La question traitée est : quels sont les facteurs qui peuvent expliquer la chute de la République parlementaire de Weimar et l’arrivée au pouvoir de Hitler ? Quels sont les facteurs qui expliquent ce phénomène ? La responsabilité individuelle ? Les facteurs économiques qui vont augmenter drastiquement le chômage ? Les institutions politiques dysfonctionnelles ? L’appelle du leader charismatique qu’est Adolph Hitler ?

C’est une période intrinsèquement intéressante située dans une période de révolution comme en Russie avec des enjeux de guerre, mais aussi des enjeux liés à l’industrialisation, à l’unification de l’Italie et à l’unification de l’Allemagne.

L’entre-deux-guerres est crucial en Allemagne avec en toile de fond la Deuxième guerre mondiale qui s’en suit de près.

Concernant la théorie de la démocratie, l’Allemagne va introduire une première expérience après la Première guerre mondiale. On y rencontre un nombre important de concepts comme ceux des systèmes électoraux, du rôle des institutions, des partis, des idéologies.

Décrire la République de Weimar[modifier | modifier le wikicode]

Qu’est-ce que la République de Weimar ?[modifier | modifier le wikicode]

La République de Weimar est le nom du régime politique allemand en place entre 1919 à 1933. Il fait suite à la défaite de la Première guerre mondiale ainsi qu’à la Révolution allemande de 1918 – 1919.

Cette révolution découle de nombreuses révoltes et actions communistes qui vont conduire à la chute de l’Empire allemand et de la monarchie « pseudo » parlementaire. Elle a démarré dans les ports de Kiel avec des mutineries de marins qui ont été suivies par un mouvement généralisé de la classe ouvrière qui se solidarise avec leurs insatisfactions.

Cependant, la classe ouvrière est divisée entre la Social-Démocratie indépendante avec une orientation socialiste qui a des leaders comme Rosa Luxembourg et Karl Lübeck et la Social-Démocratie qui veut introduire une démocratie à régime parlementaire.

Le groupe majoritaire de Friedrich Erbert (Social-Démocratie) qui est le dernier chancelier de l’Empire allemand va former un pacte avec les militaires qui vont s’engager à maintenir et restaurer la sécurité tout en protégeant un nouveau gouvernement démocratique tant qu’il ne s’attaquera pas aux privilèges et au statut de l’armée.

Une assemblée constituante nationale se réunit à Weimar dans le land de Thuringe. Va être rédigée la constitution de la République de Weimar adoptée en juillet 1919. C’est la naissance d’un régime démocratique parlementaire qui met fin à l’Empire allemand ainsi que la révolution allemande.

Cette démocratie est dirigée par un président élu par un suffrage universel direct cependant c’est le chancelier qui est en charge de l’exécutif, ce dernier étant élu par le gouvernement.

Cette expérience sera traversée par une grande instabilité politique avec vingt gouvernements différents entre 1919 et 1933.

La nomination de Adolph Hitler par Hindenburg et l’avènement du régime du IIIème Reich sont concomitants et simultanés puisque les nazis qui arrivent au pouvoir en 1933 vont suspendre les libertés fondamentales et introduire un régime autoritaire.

carte de la Prusse en 1871.
Map of the German Reich, (Republic of Weimar/Third Reich) 1919–1937.

Ce qui est important est la date de 1870 ou l’Allemagne s’unifie. Auparavant, il y avait au sud le royaume de la Prusse. La date de 1871 correspond à l’annexassions de l’Alsace-Lorraine.

Avant la Première guerre mondiale, la situation est similaire. À la sortie de la Première guerre mondiale, suite au traité de Versailles qui va régler les réparations économiques à payer, l’Allemagne va être de nouveau amputée de son territoire, à savoir une partie de la Pologne et de l’Alsace-Lorraine. Cependant, l’est de la Prusse est maintenu en territoire allemand.

Comment et quels sont les facteurs qui ont amené Hitler au pouvoir ?[modifier | modifier le wikicode]

D’une part, le transfert de pouvoir se fait de manière non violente et démocratique, d’autre part, on va démontrer que la consolidation du pouvoir par les nazis est extrêmement rapide à partir de 1933 ; donc la chute de la République de Weimar et l’ascension de Hitler coïncide avec janvier 1933 et les quelques semaines qui vont suivre.

Transfert et consolidation du pouvoir[modifier | modifier le wikicode]

La « coalition de Weimar » qui va gouverner pendant la République de Weimar se fait entre le parti social-démocrate et les classes moyennes. Elle reposait sur un double pacte : entre le gouvernement et les militaires puis entre l’industrie et la classe ouvrière qui consistait à ménager l’économie à travers un partenariat sociale plutôt qu’une lutte de classes. Cela va mener à une lutte de pouvoir entre les conservateurs et les progressistes.

Un processus va naitre de la progression de l’ordre démocratique. Il y a un début de cette fragilisation suite à la fin d’un accord entre les capitalistes et les travailleurs en juin 1933, puis il y aura des offensives des employeurs pour supprimer cette législation sociale durant la période de la « Grande Dépression » à partir de 1929. De plus, les militaires vont se sentir de plus en plus aliénés est marginalisés.

On constate un affaiblissement général des partenaires de la « coalition de Weimar » avec un retour des conservateurs. Ainsi ces pactes initiaux se défont au fur et à mesure.

La dissolution elle-même de la République de Weimar procède en étapes et s’initie au début des années 1930 avec la nomination de Brüning par décret présidentiel. Cette manière de nommer le chancelier va être de nouveau appliquée avec la nomination de Franz Von Papen et Herman Göring. Ce sont des mesures d’urgence prises par le président pour mettre en place un gouvernement.

En 1932, il est considéré qu’il n’y a pas d’alternative à Hitler comme homme fort à un nouveau régime.

Concernant le transfert du pouvoir, le président Hindenburg, qui penchait en faveur du camp autoritaire tout en n’étant pas prêt à suspendre la constitution, va nommer Hitler en pensant qu’il allait maintenir sa promesse de continuer à gouverner avec la majorité parlementaire.

Cependant, ce fut une erreur de jugement profonde et fatale de la part du président Hindenburg. Ainsi Hitler et le parti nazi ont pris le pouvoir à l’intérieur du cadre institutionnel.

La consolidation du pouvoir et la dérive totalitaire se produisent rapidement.

Reichstagsbrandverordnung du 28 février 1933.

À partir du 4 février 1933, une censure apparaît avec l’interdiction des journaux socialistes et communistes. Le 28 et 29 février a lieu l’incendie du Reichstag officiellement par un « chômeur communiste néerlandais ». Le lendemain est introduit des limites aux libertés individuelles notamment vis-à-vis de la liberté d’opinion approuvée par le président Hindenburg qui va avoir pour conséquence l’arrestation de militants communistes.

Le 5 mars à lieu des élections nationales qui seront les dernières élections de cette nouvelle ère dans un climat de terreur envers la gauche et d’insécurité publique généralise. Le parti nazi obtient 44% du suffrage avec les forces conservatrices qui obtiennent 8% est leur permet de former une majorité. Comme les communistes sont arrêtés et interdits, les nazis obtiennent une majorité de 51%.

Le 23 mars, une loi visant la suppression de la misère du peuple et du Reich suspend la constitution pour une durée de 4 ans et va concentrer le pouvoir entre les mains de Hitler. Seuls les socialistes s’opposent à cette nouvelle loi.

Dans un intervalle de sept semaines, Hitler accède au pouvoir par voie légale et orchestre la dérive autoritaire du régime politique.

La confiscation du pouvoir se poursuit durant les étés 1933 et 1934. En 1934, le parti nazi devient l’unique parti autorisé et en juillet 1934 lors de la mort de Hindenburg, Hitler s’octroie les pouvoirs de chancelier et de président devenant le « führer ».

Toute la société est dès lors mise au pas, le régime politique change foncièrement ; ce n’est plus la démocratie, mais le régime du IIIème Reich qui sera caractérisé par la suite comme régime totalitariste.

Potentiel démocratique de la République de Weimar[modifier | modifier le wikicode]

Le potentiel démocratique de la République de Weimar été limité et étroit. Il faut le comprendre comme la conception démocratique de l’ordre politique parmi les partis politiques. Est-ce une conception démocratique ? Autoritaire ? Socialiste ? Communiste ?

Ce potentiel démocratique peut être mesuré par le nombre ou le pourcentage de vote pour des partis qui soutiennent un ordre politique démocratique. Plus il y a de composantes politiques qui soutiennent les institutions démocratiques plus le potentiel démocratique est fort renforçant l’assise démocratique.

Un changement dans la distribution des forces de partis peut avoir des répercussions directes et immédiates sur la nature du régime politique en présence.

Durant la période de la République de Weimar, il est possible de dénombrer trois concepts politiques principaux :

  • démocratique : elle était appuyée et soutenue par la « coalition de Weimar » formée de la social-démocratie, du parti du centre (catholique) et du parti libéral de gauche. C’est donc bien cette coalisation qui a été le bloc de fer-de-lance de la démocratie en signant l’armistice, en introduisant les bases constitutionnelles et qui l’a âprement défendu à la fin des années 1920 et au début des années 1930.
  • autoritaire : ce sont les libéraux de droite ainsi que le parti conservateur qui sont principalement les nostalgiques de l’Empire et de la monarchie. Y adhère également une partie des classes moyennes anxieuses des réformes sociales et socialistes. Ce groupe a la conviction qu’il existe une trajectoire allemande vers la modernité et la démocratie différentes des autres pays européens. En 1919, la plupart des voisins européens comme la France et la Grande-Bretagne sont déjà des démocraties stables au contraire de l’Allemagne qui est en retard. Il y aura un chemin propre à l’Allemagne distincte qu’il faut suivre et poursuivre sans forcément prendre exemple sur les expériences démocratiques voisines. Certains des leitmotivs sont que le pouvoir devrait être détenu par une « élite » (vision élitiste), ils pensent que ces élites doivent être vertueuses et compétentes ne devant être des fonctionnaires émanent du peuple. Nait une conception antidémocratique et élitiste. Ils prônaient aussi un État fort vis-à-vis des groupes d’intérêts de la société civile. Si des conflits devaient émerger, c’était à l’État d’intervenir et de subordonner les intérêts particuliers aux biens de la société. Ils prônaient aussi une intégration sociale et politique par un sentiment d’appartenance forte. En somme, ils se méfiaient de la démocratie et de l’organisation plurielle des groupes sociaux en partageant une croyance forte en l’autorité des « élites » et de l’interventionnisme étatique afin de restaurer l’ordre, la sécurité et le bien commun.
  • communiste et socialistes indépendants : les socialistes ne cessent de se diviser avec la création du communisme spartakiste de Rosa Luxembourg et Karl Lübeck. Seuls les communistes et les socialistes soutiennent un ordre politique communiste sous la forme révolutionnaire afin d’introduire un ordre nouveau égalitaire.
National election in germany, 1907 - 33.png

En regardant ce tableau, on s’aperçoit qu’il y a en moyenne 45% de l’électorat qui soutient une conception démocratique et 35% qui soutiennent une conception plus autoritaire de l’ordre politique puis une minorité entre 10 et 20% qui soutient l’extrême gauche et la révolution. Il reste 10% de l’électorat indécis qui vote pour des partis plus « particularistes ». Ces 10% peuvent décider de la destinée d’un gouvernement et de l’ordre politique lui-même. Un changement de gouvernement pouvait amener en tout temps un changement de l’ordre politique comme en 1933 avec le retour des conservateurs et de libéraux de droite sous l’ère de Hitler.

En somme, il y a un potentiel démocratique étroit et stagnant ainsi qu’une grande fragilité des institutions démocratiques avec un grand nombre de gouvernements et de coalitions qui se forment et se défont.

Expliquer la chute de la République de Weimar[modifier | modifier le wikicode]

Système de partis[modifier | modifier le wikicode]

La caractéristique principale du système de parti allemand de l’époque est sa fragmentation et plus particulièrement sa fragmentation en quatre groupes majeurs.

Germany party structure in 1928.png

Ce graphe est une représentation des différents partis avec deux axes :

  • verticale : conception de l’ordre politique des différents partis en présence.Soutiennent-ils un ordre démocratique ou autoritaire ?
  • horizontale : conception du rapport avec l’économie. Sont-ils capitalistes ou socialistes ?

Les pourcentages se réfèrent au pourcentage de vote obtenu par chacun de ces partis aux élections parlementaires nationales de mai 1928.

Le premier bloc est la formation politique conservatrice (bas gauche) qui a sa base sociale dans la branche agraire (junkers) et protestante de la population dans le nord et l’est de l’Allemagne ainsi que dans l’extrême est de l’ancienne Prusse avec des valeurs autoritaires prémodernes.

Le groupe libéral est constitué de protestants urbains et agraires issus du monde rural. Il est divisé en deux courants : les libéraux de gauche (DDP) et les libéraux de droite (plus proches d’une conception autoritaire de l’ordre politique)

Le parti du centre qui fédère les populations catholiques agraires de la classe moyenne et des centres industriels que l’on trouve dans l’ouest et le sud du pays (Bavière, Bade-Württemberg, North-Westfale).

La social-démocratie intègre principalement les travailleurs de la classe ouvrière sécularisée qui est forte dans les grands centres urbains industriels.

Au fil du temps, cette fragmentation va s’accentuer avec la scission des communistes à partir de 1919, le parti nazi naissant et les divergences de la social-démocratie. Le camp catholique sera aussi fragmenté par une branche bavaroise qui s’autonomise (Bayerische Volkspartei), ainsi que des scissions chez les libéraux et les conservateurs.

Il faut rappeler que la formation de cette structure partisane a lieu dans la période 1870 – 1890 qui reflète des clivages sociaux multiples et anciens tels que le clivage entre ceux qui souhaitent un ordre marqué entre une religion d’État et des tendances séculaires. Mais aussi des clivages entre le monde urbain et rural (ville – campagne) ainsi que des clivages régionaux comme avec la Bavière qui souhaite avoir un parti qui porte ses intérêts propres au niveau national.

Avec l’industrialisation rapide de l’Allemagne à partir des années 1870, ce clivage résulte aussi de ceux qui veulent introduire une législation sociale plus importante afin de protéger l’ouvrier.

Ces multiples clivages sociaux vont structurer ce système de parti d’une manière qui fait que les anciens clivages ne peuvent être pacifiés créant des forces politiques multiples pesantes jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale.

Les conséquences sont qu’il n’émerge pas clairement deux blocs politiques opposés l’un à l’autre.

Cependant, deux coalitions gouvernementales vont se dégager durant la période de la République de Weimar avec le parti du centre. D’une part, on a la coalition démocratique (SD, libéraux de gauche, Zentrum und bayerischeVolkspartei) ; d’autre part la coalition bourgeoise avec le centre, les deux partis libéraux(gauches et droite) ainsi que les conservateurs. Cela a duré de 1919 à 1933.

La deuxième coalisation était principalement d’accord sur les questions économiques, mais était en désaccord sur l’organisation politique puisque les libéraux de gauches étaient encouragés par des valeurs démocratiques alors que les libéraux de droite étaient encouragés des valeurs plus autoritaires et conservatrices.

Dans cette situation, la cohérence et la stabilité gouvernementale étaient difficiles à atteindre. Ces deux coalitions on régnait respectivement pour 5 et 2 années sur l’ensemble de 14 ans qu’à durée l’expérience de la République de Weimar. Durant les sept autres années, aucune coalition ne put être établie, seulement avec des cabinets minoritaires en charge du gouvernement.

Entre 1919 et 1933, se sont succédé vingt coalitions gouvernementales dont de nombreuses mises sur pied pour résoudre des questions spécifiques et importantes dans une perspective de court terme pour résoudre et répondre à des crises immédiates.

Cette fragmentation fut génératrice d’instabilité politique et a surtout eu pour conséquence d'affaiblie la légitimité politique de la « coalition de Weimar ». Elle a porté principalement le projet de la République de Weimar et sera donc sanctionnée pour son échec à travers un vote de contestation.

Pour conclure, on peut citer Lepsius dans l'article From Fragmented Party Democracy to Government by Emergency Decree and National Socialist Takeover: Germany[1] publié en 1978 qui résume cette explication qui dit que « la crise du régime démocratique était étroitement associée avec la nature du système de partis, sa fragmentation ».

Système électoral[modifier | modifier le wikicode]

Le système électoral est la proportionnelle dans la République de Weimar. Il assure et vise une représentation qui est directement proportionnelle au suffrage obtenu par un parti, soit le nombre de sièges obtenus au Parlement.

Le but de ce système est de représenter et d’avoir un parlement qui reflète véritablement la société dans son ensemble en favorisant les petits partis et les minorités.

Dans tout système électoral de type proportionnel se pose la question de combien de votes sont nécessaire pour qu’un parti puisse obtenir une représentation minimale au parlement. C’est une question que chaque système électoral proportionnel doit définir : quel est le seuil minimal pour avoir le droit à une représentation parlementaire ?

C’est sur ce point que le système électoral proportionnel de la République de Weimar se distinguait puisqu’il avait un seuil de représentation relativement faible. Il tend à être « pur » puisqu’un faible nombre de voix permet d’obtenir des sièges au parlement.

La conséquence d’un système électoral proportionnel « pure » est que les petits partis sont pratiquement assurés d’obtenir des sièges au parlement. Cela va amener à une reproduction des clivages sociaux à l’intérieur du pouvoir législatif et donc reproduire une fragmentation politique au parlement. Ainsi, il va avoir lieu un éclatement politique et une plus grande difficulté de trouver des ententes stables et durables parmi les forces en présence.

Population Électeurs inscrits Suffrages exprimés Nombre de sièges
62 410 000 36 766 000 30 400 000 423
Parti Nombre de votes (en milliers) % Nombre de sièges
DNVP 4 382 19,5 95
NSDAP 810 2,6 12
BVP 946 3,1 16
DVP 2 680 8,7 45
Zentrum 3 712 12,1 62
DDP 1 506 4,9 25
SPD 9 153 29,8 153
KPD 3 265 10,6 54 source

Ce tableau montre le résultat électoral parti par parti. On voit d’une part le pourcentage de voix obtenue en comparaison avec l’élection précédant ainsi que l’équivalent en siège du nombre de voix obtenues. 800 représentants sur les 481 disponibles soit 16% sont élus sur des listes de parti ayant obtenu 4,5% ou moins du suffrage total exprimé. Si on prend les élus ayant obtenu moins de 5% de suffrage on obtient 21% de l’ensemble des parlementaires ce qui est très élevé. Ces petites formations ne sont bien évidemment pas celles qui vont négocier les coalitions, au contraire elles vont rendre difficile la création de coalitions de partis.

Pour conclure, bon nombre de chercheurs pensent que le système d’élection proportionnelle explique le dysfonctionnement de la démocratie parlementaire de la République de Weimar. Ainsi, on a réfléchi à des réformes dans l’après-guerre afin d’éviter un nouvel effritement politique. Après 1945, le régime allemand reste de type parlementaire, cependant on a effectué des réformes importantes sur le fonctionnement et le mécanisme de la proportionnelle, car on a introduit la règle du seuil de représentation de 5% minimal afin d’avoir une représentation parlementaire au niveau national.

Ainsi, avec ce système, 100 sièges auraient été redistribués vers les partis les plus forts, et auraient peut-être empêché l’accession de Hitler au pouvoir. Ce n’est pas que le système proportionnel a été la cause première de la chute de la République de Weimar, mais le système électoral proportionnel n’a fait que reproduire la fragmentation nationale dans l’enceinte parlementaire créant des difficultés pour négocier des coalitions stables.

Cadre constitutionnel[modifier | modifier le wikicode]

Une autre explication de type institutionnaliste concernant le cadre constitutionnel.

Dès 1930 s’opère un déplacement du pouvoir de la sphère du législatif vers la sphère de l’exécutif. Cela renvoie au transfert d’un régime de type parlementaire à un régime de type présidentiel.

Il faut avant tout s’intéresser aux prérogatives que la constitution de la République de Weimar octroyait au président.

La constitution prévoyait un système parlementaire. Le chancelier était élu par l’assemblée parlementaire et responsable devant cette assemblée. C’est une différence notoire avec l’Empire allemand puisque le chancelier était responsable devant le président. Elle prévoyait des droits spéciaux au président au nombre de trois :

  • possibilité de dissoudre le parlement ;
  • nomination du chancelier sauf si le parlement s’y oppose en votant une motion de censure afin de montrer qu’il désapprouve ce choix ;
  • émission et gouvernement par des ordonnances et des décrets d’urgence avec l’approbation du chancelier.

Dans l’ensemble, il se trouve que ces droits spéciaux permettaient au président de gouverner sans la consultation du parlement.

En mars 1930, Heinrich Brüning est élu chancelier. Il fut mis en place par le président Hindenburg sans consultation du parlement et donc déclaré non-parlementaire et constitutionnel, décision basée uniquement sur le pouvoir du président.

L'utilisation des décrets d’urgence s’intensifie et devient la manière courante de gouvernement jusqu’en 1933. Il substituait la législation formelle vidant le parlement de sa substance ainsi que la constitution.

Erosion of parliementary power.png

On constate que le nombre de lois baisse fortement tandis que les décrets présidentiels augmentent aussi fortement avec une baisse notoire des sessions parlementaires.

Le pouvoir présidentiel devient le principal instrument de l’autorité politique depuis 1930. Le gouvernement émane directement du président. Cela satisfaisait les conservateurs qui voulaient un gouvernement responsable uniquement envers le président et qui transcendaient les principes démocratiques de base. D’abord le gouvernement de Von Papen puis celui Von Schleicher donnait beaucoup de place aux intérêts militaires.

L’arrivée de Hitler au pouvoir suit la logique de nomination par le président. Il ne convaincra cependant pas le parlement. Deux jours après sa nomination, Hindenburg dissout l’assemblée.

Le déplacement d’un système parlementaire à un système présidentiel qui transfère le pouvoir entre les mains d’un seul homme va définir le cours des évènements durant ces années. La gouvernance par décret comme prévôt dans le cadre constitutionnel original de la République de Weimar fut une composante de la décomposition de la démocratie.

Stratégies et politiques partisanes[modifier | modifier le wikicode]

Nous allons nous concentrer sur les partis de gauche à savoir le parti communiste et le parti de la social-démocratie :

  • Communiste : entre 1924 et 1928, il entre dans une phase de radicalisation ou l’on purge les structures internes ; de plus il y a un renforcement de l’idéologie prônant une vision de la social-démocratie comme un ennemi et un concurrent afin de mobiliser et toucher la classe ouvrière. Cette radicalisation va créer une cohérence interne forte ainsi qu’une capacité intégrative forte. Cela va permettre de gagner, en partie,le vote protestataire des ouvriers suite à la crise économique de 1929. Son soutien populaire augmente durant cette période.
  • Social-démocratie : elle va se montrer loyale envers le projet original de la République de Weimar avec des difficultés à s’ouvrir à de nouveaux électeurs ne s’amendant pas pour courtiser des électeurs notamment ceux de la classe ouvrière. À partir de 1928 elle va renforcer ses liens avec les syndicats afin de rapprocher de la classe ouvrière tout en contrant la menace communiste.

Rétrospectivement, on peut affirmer que ces stratégies de renforcement et de repli ont été de graves erreurs stratégiques peut être rationnels sur le court-terme comme pour les communistes afin d’engranger des petites victoires électorales, cependant cela sous-entendait qu’on allait basculer sous un régime socialiste. Les apports de forces faisaient que cela était utopiste avec en réalité une probabilité d’un renversement sur la droite beaucoup plus forte.

La gauche a été la grande perdante de l’avènement du IIIème Reich. Ainsi, leur stratégie de court terme aurait été préférable si elle ne s’était portée que sur l’ouverture.

Nous pouvons nous interroger sur les raisons du repli de la social-démocratie et pourquoi elle ne parvient pas à renforcer la base sociale prodémocratique de la République de Weimar ?

Idéologie[modifier | modifier le wikicode]

Nous allons discuter de la dimension idéologique du parti social-démocrate dont un pan de son idéologie l’empêchait de s’ouvrir notamment en direction de la paysannerie.

Dans The Social Democratic Moment: Ideas and Politics in the Making of interwar Europe publié en 1998[2], Berman propose une étude se focalisant sur les cas allemand et suédois. Elle avance que les partis sociaux-démocrates font face à des problèmes très similaires :

  • quelle relation la social-démocratie doit entretenir avec la démocratie bourgeoise ?
  • sous quelles conditions envisager des alliances avec des partis au-delà de la tradition sociale ?
  • faut-il se définir comme un parti de travailleurs avec une base sociale clairement définie (ouvriers, travailleurs salariés, etc.) ou s’ouvrir et devenir un parti du peuple qui irait recruter des électeurs dans toutes les couches sociales ?
  • quelles sont spécifiquement les réponses de politique économique à apporter dans les crises du système capitaliste ?

Selon Berman, l’idéologie de ces partis ainsi que l’héritage traditionnel qui forme l’identité des partis va montrer qu’elles ne sont pas similaires expliquant ainsi les trajectoires différentes de la social-démocratie allemande et suédoise. Elle explique l’incapacité en Allemagne de la social-démocratie à démocratiser le pays, au contraire dans le cas suédois elle va démocratiser le régime politique. Notamment en Suède, l’après-Deuxième guerre mondiale sera caractérisée par une hégémonie de la social-démocratie.

Elle ajoute que ces caractéristiques se cristallisent dans les structures déjà avant la Première guerre mondiale que nous pouvons distinguer :

  • vision orthodoxe et inflexible du marxisme : d’après cette vision le socialisme est le résultat de lois économiques inéluctable ; plus les forces de production vont se développer et plus les conflits vont s’intensifier jusqu’à mener au communisme. On constate un déterminisme économique à l’œuvre. Cependant, elle néglige le socialisme comme le résultat de l’action individuelle ou de classes sociales; c’est un déni du rôle des acteurs dans la trame historique.
  • rejet du réformisme : bien que la social-démocratie allemande pratiqua le réformisme, elle ne le connut jamais comme le but de la transformation en profondeur de la société. Elle a contribué à réformer la législation sociale, mais cela n’amenait que difficilement la libération individuelle des travailleurs. La social-démocratie suédoise adhérera au réformisme social.
  • Conception aiguë de la lutte des classes : en Allemagne, la social-démocratie reste attachée à l’idée que le groupe prolétaire est une simple masse réactionnaire. Donc, cette posture rend la formation de coalition avec des autres « groupes non sociaux »comme la paysannerie difficile, voire impossible. En Suède où la social-démocratie était habituée à une vision plus douce de la lutte des classes, elle a forgé une alliance avec les paysans.

Exemple 1: Déjà avant la Première guerre mondiale la social-démocratie est incapable de formuler un programme de réformes agraires de par son adhésion à une vision rigide de la lutte des classes. Il ne lui a pas été possible d’altérer le court des évènements vers la fin de la République de Weimar lorsque l’insatiabilité politique augmente, elle n’a pas été capable de former des coalisations avec les paysans.

Exemple 2: Dans les années 1930 – 1933 la social-démocratie n’arrive pas à développer un programme réformiste comme des réformes de type keynésiennes proposées en 1932. La social-démocratie est divisée en interne, à savoir s’il faut appuyer ou non ce projet qui avait émané des syndicats en janvier 1932. Ce programme visait à créer 1 million d’emplois par le financement de constructions publiques en allant à l’encontre du cycle vicieux. Face aux propositions de syndicats, la social-démocratie n’est pas convaincue que c’est la voie à suivre en favorisant ce type de politique.

L’identité de la social-démocratie, à savoir son idéologie et sa vision telle que pensée, a limité la démocratisation du régime politique dans l’entre-deux-guerres et a contribué à l’émergence d’un terrain fertile pour un pouvoir autocratique.

Culture politique[modifier | modifier le wikicode]

Il convient d’effecteur un détour par Alexis de Tocqueville qui est le précurseur de la théorie de la société civile et du rôle de la vie associative dans le fonctionnement et les dysfonctionnements de la démocratie.

De Tocqueville est un homme politique français qui est parti aux États-Unis afin d’effectuer un rapport sur les établissements pénitenciers américains.

Dans son ouvrage De la Démocratie en Amérique publié en 1850, il dit :

« Les Américains de tous âges, de toutes les conditions, de tous les esprits, s’unissent sans cesse. Non seulement ils ont des associations commerciales et industrielles auxquelles tous prennent part ; mais ils en ont encore de mille autres espèces : de religieuses, de morales, de graves, de futiles, de fort générales et de très particulières, d’immenses et de fort petites. […] Il n’y a rien, selon moi, qui mérite plus d’attirer nos regards que les associations intellectuelles et morales de l’Amérique. »

— De la Démocratie en Amérique, Vol. II, Livre 2, ch. V

« Pour que les hommes restent civilisés ou le deviennent, il faut que parmi eux l’art de s’associer se développe et se perfectionne dans le même rapport que l’égalité des conditions s’accroît. »

— De la Démocratie en Amérique, Vol. II, Livre 2, ch. V

L’idée est qu’une société civile foisonnante est une vertu, plus particulièrement un associationnisme vibrant serait une condition et un indicateur du bon fonctionnement de la démocratie. En d’autres termes, il y a un renforcement mutuel entre associations démocratiques et une société civile vigoureuse.

Cette thèse va à l’encontre de celle de Arendt (1906 – 1975). Pour elle, l’échec de la démocratie et la montée des totalitarismes sont principalement dus à la désintégration des associations intermédiaires dans les pays européens de l’entre-deux-guerres. De plus, elle insiste sur le rôle du progrès technique très intense et de la société de masse qui engendre une aliénation et un déracinement des individus. Le tissu social est en transformation ce qui va constituer un vivier pour le recrutement pour les partis extrémistes. Donc, la République de Weimar est un archétype de la société de masse où réside une anomie liée au progrès industriel et technique ; la société civile est absente, inerte.

Berman montre dans Civil Society and the Collapse of the Weimar Republic, World Politics publié en 1997[3] :

« ore voluntary associations attracted more members and did so in a more active fashion than ever before.Just as retailers, bakers, and commercial employees had organized into economic interest groups, so also did gymnasts, folklorists, singers and churchgoersgather into clubs, rally new members, schedule meetings, and plan a full assortment of conferences and tournaments »

Berman propose la thèse qu’une société civile vigoureuse a contribué à s’aborder l’expérience démocratique au lieu de la renforcer comme Tocqueville le prônait. L’associationnisme élevé a contribué à affaiblir l’expérience démocratique.

En l’absence d’un gouvernement national et d’institutions politiques réceptives aux griefs de la société, l’associationnisme a amené à une fragmentation de la cohésion sociale.

Dans l’entre-deux-guerres, les allemands rentrent dans toutes sortes de clubs pour exprimer leur frustration envers les échecs politiques. C’est un moyen de tourner le dos au monde politique en rentrant dans des organisations issues de la société civile.

De plus, il faut souligner que les nazis vont profiter de l’associationnisme élevé. Une vie associative élevée permet un apprentissage de compétences comme celle de leadership au sein de la société civile. D’autre part, les associations vont servir de base de recrutement pour les nazis ; ils vont pratiquer une politique d’infiltration des associations puis les purger afin d’en prendre le contrôle et de les tourner en sympathisants nazis.

Durant l’entre-deux-guerres, les paysans participaient à des associations diverses. Ils tendaient initialement à voter pour les libéraux et les conservateurs. Dans les années 1920, ils se retirent du monde politique et n’ont plus de représentant.Les nazis s’aperçoivent de ce manque et vont recruter parmi les paysans. Cela se fait par la prise de contrôle des associations paysannes comme le Reichslandbund avec 6,5 millions de membres. Ils vont conquérir poste par poste en commençant par la hiérarchie inférieure. Dès 1931, les nazis arrivent à placer l’un des leurs parmi les dirigeants ; en 1932, le Reichslandbund apporte officiellement son soutien au parti nazi.

En ces termes, les associations de la société civile permirent de faciliter l’accession de Hitler au pouvoir.

On peut rejeter la théorie de Hannah Arendt ; au contraire une société civile plus faible n’aurait probablement peut-être pas facilité la capture des associations par les partisans nazis. Les arguments de Berman prônent un renforcement des institutions politiques, en leur absente cela contribue à affaiblir le régime politique en place.

L’associationnisme fort est quelque chose qui est transmis dans la sphère familiale relevant d’une certaine culture démocratique et politique qui induit une certaine participation et un intérêt pour le politique.

Économie[modifier | modifier le wikicode]

Facteurs externes[modifier | modifier le wikicode]

L’impact de la crise du début des années 1930 sur la décomposition de l’ordre démocratique et politique ne peut être sous-estimé. Le déclic de la crise économique mondiale est le krach de 1929. Il est admis que sans ce choc le système politique n’aurait pas connu la crise qu’il a connue ainsi que la montée du nazisme.

Une,ployment rate and vote for the nation socialist party (weimar).png

Ce graphe montre la courbe du taux de chômage ainsi que le vote en faveur des nazis. On ne voit pas de relation causale, mais une corrélation relevant d’une association.

National income 1929 - 1932.png

Après les États-Unis, l’Allemagne a été le second pays le plus touché par la crise. Ce tableau conforte cette affirmation, on constate que la baisse la plus dramatique est en Allemagne et aux États-Unis.

Unemployment rate 1929 1933.png

Environ 6 millions de personnes étaient au chômage soit plus de 40% de la population entre 1932 et 1933.

Facteurs internes[modifier | modifier le wikicode]

Dans les années 1930 et 1932, Brüning mena une politique d’austérité qui s’est avérée contre-productive. Au niveau de la politique fiscale, il va imposer par voie de décrets d’urgence, en contournant le parlement, des coupes drastiques dans les dépenses publiques notamment dans les indemnités chômage. Il va aussi forcer les salaires à la baisse, car il était partisan de la déflation salariale. D’un point de vue de la politique monétaire il va mener une politique restrictive par peur de l’inflation au lieu de faciliter les crédits pour relancer l’économie.

L’austérité enfonce l’Allemagne dans la dépression, c’est une grande leçon, car l’austérité appliquée en dépit d’une crise économique et financière ne peut mener qu’à la dépression. Ce plan a été contre-productif et n’a pas réussi à enrayer le chômage.

Dans la situation actuelle, un parallèle a été fait, beaucoup de chercheurs pensent qu’il est éclairant à plus d’un titre. Paul Krugman (prix Nobel d’économie 2008) a été critique sur les consolidations budgétaires mises en place à partir de 2010. Il est partisan d’une stimulation de l’économie qui va permettre à terme de réduire les déficits ainsi que la dette.

Culture antisémite[modifier | modifier le wikicode]

L’antisémite est aussi un argument de culture politique.

Goldhagen dans Hitler’s Willing Executioners[4] prône la thèse que l’existence d’un sentiment antisémite de type éliminationiste était répandue avant la guerre. Cette thèse antisémitisme aurait motivée les bourreaux durant leur passage à l’acte.

C’est un livre de culture politique, car il amène à penser ce que l’éducation apporte dans les manières de concevoir le monde.

Les bourreaux croyaient qu’il était « juste » d’exterminer les juifs, car une grande majorité des allemands étaient persuadés que les juifs étaient nocifs et qu’il fallait les retirer du corps social. Les bourreaux n’avaient pas à faire face aux scrupules, car la morale disait qu’il était « juste » d’exterminer les juifs. Le rôle des nazis n’aurait été que d’encourager ce sentiment.

Que ce soit durant l’Empire ou avant, aucun acteur n’a tenté de contrer l’antisémitisme dominant. Tous les partis ont un rôle dans la stigmatisation des juifs, cependant seule la social-démocratie acceptait de recruter des cadres de confession juive.

Le lien avec la chute de la République de Weimar réside dans la prise de pouvoir des nazis. En janvier 1933, les nazis avaient déjà thématisé l’antisémitisme dans leur discours.

Ces schémas culturels se mettent en place durant de nombreuses décennies. Ce modèle reposait sur trois idées :

  • les juifs étaient différents des allemands ;
  • les juifs s’opposaient point par point aux allemands ;
  • ces différences n’étaient pas bénignes, les juifs étaient « maléfiques », on les qualifiait de « forces mal veillantes ».

L’idée finie par prévaloir que les juifs étaient liés aux déboires de l’Allemagne. Cette vision prévalait dans toute l’Allemagne.

Responsabilités individuelles[modifier | modifier le wikicode]

Des facteurs structurels ont peut-être été nécessaires, mais ne sont pas non plus suffisants. Ils peuvent contribuer à expliquer pourquoi le IIIème Reich fut une possibilité, mais pas entièrement sa conception en tant que réalité.

La nomination de Hitler a été prise par des individus au sommet de l’État allemand de l’époque. En janvier 1933, les intentions belliqueuses et autoritaristes étaient connues. Le manifeste Mein Kampf prônait déjà des solutions autoritaires pour résorber les problèmes de la société allemande dont l’issue inéluctable était la guerre. Les nazis montraient déjà leur mépris de la loi et leur exacerbation, mais aussi la velléité dictatoriale ainsi que leur antisémitisme.

Il convient d’abord de noter qu’il y a une responsabilité collective dans l’ignorance de la nature du nazisme. Il aurait été attendu qu’ils portent une plus grande attention envers la nature du nazisme et de ses dirigeants. Des indications historiques apportent que ces personnages n’ont pas commandité de rapports d’experts afin de saisir pleinement la nature du phénomène nazi.

  • Von Hindenburg :
    Hitler et Hindenburg, le 1er mai 1933.
    il a la responsabilité suprême, car il était de sa prérogative de nommer un chancelier en janvier 1933. Contrairement à l’image publique d’homme d’État fort et sage, il s’est montré faible durant l’épisode de 1933. Ayant d’abord intronisé Von Schleicher il l’a révoqué en raison d’une aversion aiguisée par la machination mise sur pied de Von Papen contre Von Schleicher. Il a fait partir une fausse rumeur comme quoi un putsch militaire était imminent convaincant Hindenburg contre la personne de Von Schleicher. Hindenburg créa ainsi une crise dont il n’avait pas la solution. Il s’en remit aux conseils de Von Papen qui se retira en faveur de Hitler. Il ne fit pas confiance en sa méfiance envers Hitler et céda à Von Papen et à son fils Oskar Hindenburg.L’entourage a donc influencé le choix de Hitler en tant que chancelier. Entre janvier 1933 et juin 1934, les actions prises par Hindenburg tendirent à légitimer la tyrannie nazie plutôt que de s’y opposer.
  • Von Papen : son comportement était fortement dicté par son désir de vengeance envers Von Schleicher et sa volonté de retourner au pouvoir. Il fut insouciant quant au danger nazi, jamais il ne le rejoindra, mais il le soutenu en tant que vice-chancelier puis comme ambassadeur en Autriche puis en Turquie.
  • Von Schleicher : en tant que militaire, il cherchait le réarmement des militaires et espérait enrôler les sympathisants SA (Sturmabteilung ; « Section d’assaut ») c’est-à-dire les sympathisants nazis dans l’appareil militaire. Sa responsabilité historique tient au fait d’avoir dans les années 1920 d’avoir fait sortir Von Papen de l’ombre. Son conflit personnel avec Von Papen a facilité l’arrivée de Hitler au pouvoir. De décembre 1932 à janvier 1933, en tant que chancelier, il a montré une clémence envers les nazis. Son influence sur le président Von Hindenburg était faible, voire nulle.

Trois individus ont une responsabilité moindre :

  • Oskar Von Hindenburg : il a fini par convaincre son père de favoriser Hitler.
  • Meissner : il partage une responsabilité moindre, il était le secrétaire particulier de Hindenburg. Il était opportuniste et par calcul politique sentant la fin de Schleicher a déplacé sa loyauté envers l’homme fort en devenir qu’était Hitler.
  • Hünenberg : il était le chef du parti conservateur entre 1928 et 1933. Il devient ministre de l’agriculture et de l’économie à partir de janvier 1933. Il peut être décrit comme un opportuniste agissant de façon intéressée, car sa carrière politique était marquée par la frustration et l’échec.

Les jugements et les décisions des hommes politiques peuvent faire une différence majeure. De hautes responsabilités politiques et morales reposent sur un petit nombre d’individus qui concentrent le pouvoir dans les États modernes. Ce type d’argument est un argument qui prône une lecture de l’histoire des sociétés par le rôle des grands hommes politiques ; l’histoire est écrite à travers le prisme des grands hommes politiques et de leurs décisions.

Classifier les explications[modifier | modifier le wikicode]

Explications[modifier | modifier le wikicode]

Dans la liste des explications que nous avons étudiées, si on ne s’intéresse qu’à une seule, celle du système électoral est plutôt une cause probabiliste qui pourrait expliquer la chute de la République de Weimar. La présence de cette variable va augmenter la probabilité d’instabilité du régime politique.

En fait, ces neuf explications sont de type probabiliste et vont provoquer de l’instabilité dans la République de Weimar.

Beaucoup de chercheurs s’intéressent à une relation particulière comme la relation causale entre le système électoral et la chute de la République de Weimar. Ils ont ensuite posé la relation, mais à un autre cas. Il y a des personnes qui cherchent à expliquer de manière partielle comme les spécialistes des systèmes électoraux et d’autres chercheurs qui s’intéressent à la totalité du résultat en mobilisant l’ensemble des explications.

  • système de partis
  • système électoral
  • cadre constitutionnel
  • stratégies et politiques partisanes
  • idéologie de la social-démocratie
  • culture politique
  • l’économie
  • l’antisémitisme
  • responsabilité individuelle

Divers autres facteurs[modifier | modifier le wikicode]

  • niveau d‘analyses (micro/macro)
    • micro : regroupe l’aspect individuel
    • méso : c’est l’analyse d’un groupe infranational
    • macro : c’est un élément constant à travers les nations, la nation ou encore les régions
  • facture externe vs interne

Cette distinction est dépendante du fait que le monde est divisé en États-nations.

    • dynamique interne : l’autorité politique réside dans l’État-nation (ex- politiques partisanes, le cadre constitutionnel de la République de Weimar, le système électoral, l’antisémitisme déterminé par le niveau de l’éducation nationale en Allemagne à cette période)
    • dynamique externe : des éléments externes permettent d’influencer les choix politiques
  • structure – agent

Sont-ce plutôt les individus qui font leur histoire ou les structures ?

    • structure : ce sont les institutions comme le cadre constitutionnel qui détermine l’action des individus
    • agent : ce sont les décisions à l’échelle d’une unité fonctionnelle du système
  • facteurs économiques, politiques, sociaux, culturels
    • facteur politique : forme institutionnelle
    • facteur économique : crise économique
    • facteurs culturels : culture politique
  • intérêts vs institutions vs idées-idéologies

Pour ordonner la littérature, il est important de faire cet exercice. Si on ne s’intéresse qu’aux relations spécifiques, les autres explications ne seront qu’alternatives et concurrentielles. Il faut regrouper et ordonner les arguments afin de clarifier les contrastes entre les arguments. Une des fonctions de la revue de littérature est identificationnelle.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Lepsius, M. Ranier. "From Fragmented Party Democracy to Government by Emergency Decree and National Socialist Takeover: Germany." In The Breakdown of Democratic Regimes: Europe, by Juan J. Linz and Alfred Stepan. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1978, pp. 34-79.
  2. Berman, Sheri. The Social Democratic Moment: Ideas and Politics in the Making of Interwar Europe. Cambridge, Ma.: Harvard UP, 1998.
  3. Berman, Sheri. Civil Society and the Collapse of the Weimar Republic. Baltimore: Johns Hopkins UP, 1997.
  4. Hitler’s Willing Executioners by Daniel Jonah Goldhagen, ISBN-10: 0679772685, ISBN-13: 978-0679772682