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Les ruptures du 11 septembre 2001

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Le 11 septembre 2001 est un événement majeur du début du XXIème siècle, pensé dans une logique de rupture absolue au point que le 11/09 ou le 9/11 en anglais puisse être qualifié comme une événement consacrant la fin du XXème siècle ou encore un événement consacrant le début du XXIème siècle.

« La tragédie du 11 septembre marque la fin d'une période commencée en 1989 avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Empire Soviétique. Nous savions déjà que nos ennemis traditionnels étaient devenus des partenaires et que nos alliés s'étaient transformés en concurrents féroces. Nous sommes rentrés brutalement dans l'ère de la guerre terroriste et criminelle. »

— Daniel Martin, Conseiller spécial du Directeur exécutif de l’OCDE.

Ce sont des mots qui suggèrent la fermeture d’une parenthèse, à savoir la période entre la chute du mur de Berlin et le 11 septembre comme une période d’imagination d’une nouvelle ère internationale et d’un coup il y a la découverte que le XIXème siècle ne va pas être le siècle de paix attendu et peut être même comme un siècle de guerre à venir.

Les continuités du 11/09[edit | edit source]

Le World Trade Center comme cible[edit | edit source]

World Trade Center, New York City - aerial view (March 2001)

Les Twin Towers représentent une cible potentielle depuis les années 1980, car l’enjeu est de détruire les lieux mêmes de la puissance américaine. Il y a une dimension symbolique de la destruction forte, car le Wolrd Trade Center est le cœur du capitalisme mondial et des affaires internationales.

Dans toute l’histoire de la construction de Manhattan, l’histoire architecturale de Manhattan est celle de celui qui va construire toujours le plus. Les Twin Towers signifiaient le triomphalisme du modèle économique libéral américain. C’est une image iconique avec une somme de représentations véhiculées.

Time World Trade Center - 26 février 1993.png

A lieu un premier attentat le 26 février 1993 où un camion chargé de 680 kg d'explosif au nitrate se désintégra dans un parking souterrain de la tour Nord, faisant six morts et 1042 blessés. L'extension des dommages, un cratère de 30 x 60 mètres à travers 5 niveaux de sous-sol, et les incertitudes quant aux dommages subis par les colonnes porteuses centrales (mais une seule fut légèrement affectée) firent que les deux tours restèrent fermées pendant plusieurs mois. Selon l'architecte du World Trade Center, la tour se serait effondrée si le camion avait été placé plus près des fondations. Six extrémistes islamistes, dont Ramzi Yousef, furent condamnés à perpétuité.

Nidal Ayyad, militant islamiste, proclame lors de son procès aux États-Unis en 1993 que « le World Trade Center continuera d’être une de nos cibles aux États-Unis, si nos demandes ne sont pas satisfaites ».

Ramzi Yousef a envoyé une lettre au New York Times après le bombardement qui a exprimé son motif:

"We are, the fifth battalion in the Liberation Army, declare our responsibility for the explosion on the mentioned building. This action was done in response for the American political, economical, and military support to Israel, the state of terrorism, and to the rest of the dictator countries in the region.

    Our Demands Are:

    1 – Stop all military, economical, and political aid to Israel.

    2 – All diplomatic relations with Israel must stop.

    3 – Not to interfere with any of the Middle East countries interior affairs.

If our demands are not met, all of our functional groups in the army will continue to execute our missions against the military and civilian targets in and out the United States. For your own information, our army has more than hundred and fifty suicidal soldiers ready to go ahead. The terrorism that Israel practices (which is supported by America) must be faced with a similar one. The dictatorship and terrorism (also supported by America) that some countries are practicing against their own people must also be faced with terrorism.

The American people must know that their civilians who got killed are not better than those who are getting killed by the American weapons and support.

The American people are responsible for the actions of their government and they must question all of the crimes that their government is committing against other people. Or they — Americans — will be the targets of our operations that could diminish them."

Des attentats par des avions de ligne[edit | edit source]

Est déjà acté le fait de faire usage d’avions civils pour détruire. Le cas le plus connu est un projet de 1995 de Ramzi Youssef concepteur du premier attentat du World Trade Center avec pour objectif de faire exploser 11 avions de ligne appartenant aux compagnies américaines reliant l'Asie à la Californie. Le nombre prévisible de victimes était de 4000 en 48 heures.

L’utilisation des armes blanches pour détourner des avions de ligne était déjà connue notamment par l’Armée Rouge japonaise avec des sabres.

Avion détourné Paris-Alger, intervention GIGN. Décembre 1994. - © Thierry Orban/CORBIS SYGMA/Thierry Orban

Faire usage d’un avion civil pour détruire des populations civiles est mis en œuvre en décembre 1994 avec des moudjahidin du GIA qui détournent à Alger un Airbus d'Air France. Ils sont neutralisés à Marseille par le GIGN Objectif. Leur idée était de faire sauter l'avion au-dessus de la capitale ou le précipiter sur un monument symbolique.

Le diagnostic est que les attentats du 11/09 ne diffèrent en rien de toutes les formes de terrorisme analysées au cours de l’histoire. Ils prennent source dans une géopolitique et une géostratégie bien connue de la fin de la Guerre froide. Même s’ils ont révélé au grand public l’existence d’Al Qaida Al Sulbah, en aucune manière ils ne l’ont historiquement créé.

L’apport majeur des évènements du 11 septembre est la révélation d’Al Qaeda. Al Qaeda existe préalablement au 11 septembre, mais c’est un évènement tragique qui relève d’un coup la puissance d’une organisation alors que toute l’histoire du terrorisme était la pensée d’acte de violence globalement de faible intensité laissant apparaître une inversion.

Les ruptures du 11/09[edit | edit source]

La « guerre asymétrique »[edit | edit source]

Les attentats du 11/09 se sont déroulés dans un laps de temps extrêmement court. Entre l’impact initial sur la Tour Nord et son effondrement s’écoule 2 h. 08.

Boeing 767 d'American Airlines similaire à l'un des quatre avions détournés.

Quatre avions de lignes sont détournés simultanément par des commandos composés de 19 personnes :

  • 8 heures 46 : le vol 11 du Boeing 767 d’American Airlines détourné percute la section supérieure de la tour Nord du WTC. S’encastrant entre le 93ème et le 99ème étage, l’explosion du kérosène enflamme plusieurs étages inférieurs, dont le hall d’entrée West Street.
  • 9 heures 03 : le Boeing 767 détourné, vol 175 de United Airlines s’encastre entre le 77 ème et le 85 ème étage de la tour Sud. Quinze minutes plus tard, une épaisse fumée étouffante gagne le 90 ème étage et les étages supérieurs.
  • 9 heures 37 : le Boeing 757 d’American Airlines du vol 77 détourné s’écrase sur le mur ouest du Pentagone à Washington D.C. L’ordre d’évacuation complète de la zone d’impact est donné à 9 heures 55, trois minutes plus tard le bâtiment s’effondre.
  • 9 heures 58 : la Tour Sud du WTC s’effondre en dix secondes provoquant la mort instantanée de tous les employés et personnes de secours se trouvant à l’intérieur.
  • 10 heures : s’écrase un Boeing 757 d’United Airlines près de la ville de Pittsburgh en Pennsylvanie, suite à l’intervention des passagers contre le commando terroriste.
  • 10 heures 28 : la Tour Nord s’effondre également. Le nombre officiel de personnes tuées dans le World Trade Center est de 2985 : 265 passagers des quatre avions détournés, 125 civils et militaires au Pentagone, 343 pompiers de New York, 23 policiers. Le reste est principalement composé des employés et des visiteurs se trouvant dans les tours. Au total, ce sont les représentants de plus 62 nationalités qui trouvent la mort dans une action terroriste rigoureusement planifiée.

Le temps est extrêmement court avec une contraction de l‘histoire. Quelque chose émerge dans l’impensable avec le fait de chercher à comprendre le choc des questions politiques. La fiction devient réalité. Cela est très important pour comprendre la société américaine qui fonctionne véritablement sur l’image rendant l’image iconique et l’ayant sacralisée faisant que le virtuel a une dimension de réalité. Dans Amérique, Jean Baudrillard montre que la société américaine est une société qui fonctionne beaucoup sur l’image.

Le concept d’événement-monde[edit | edit source]

Les événements du 11 septembre ne peuvent se comprendre sans faire référence aux effets médiatiques. C’est un événement médiatique absolu parce qu’on a les premières images amateurs. Ce sont des images captées et qui vont être immédiatement diffusées suscitant de l’effroi. Les premières images des amateurs montrent l’encastrement des avions dans les tours et sont diffusées avec un très léger différé sur toutes les chaînes de télévision. Les médias sur les lieux saisissent les premiers rescapés surgissant au pied des tours et les mouvements et appels des bras de tous ceux qui se retrouvent bloqués par le feu dans les étages.

Plus encore que dans le cas des Jeux Olympique de Munich en 1972, qui furent un des premiers événements terroristes réellement médiatisé, c’est le spectacle de la mort en direct qui saisit d’effroi le téléspectateur. L’effet panique dépasse la rationalité.

Dans les minutes qui suivent, c’est l’effondrement rapproché des deux tours qui témoigne de la mort irrémédiable de milliers de victimes prisonnières des ruines alors que les caméras filment également la fuite éperdue des passants dans les rues adjacentes. La mort devient un spectacle avec tout le tragique et le pathos.

La couverture médiatique des attentats les propulse immédiatement au statut d’évènement mondial[edit | edit source]

L’évènement est observable sans bande-son ou plutôt avec comme bruit de fond avec des suppliques, des cris et des pleurs distinctement audibles. Avant, les sentiments de révolte et d’injustice, ce sont l’incompréhension, l’effroi, la stupeur et la terreur qui marquent les esprits. La forme de dénégation du « je ne peux y croire » est d’abord l’expression la plus évidente des New-Yorkais, mais aussi des spectateurs impuissants devant leur poste de télévision.

C’est un film catastrophe en grandeur nature. L’évènement entre en ligne avec la culture des films catastrophes des productions hollywoodiennes évoquant irrésistiblement la fiction en ce qu’il dépasse la réalité et notre imaginaire. Le « This is bigger than life » rend compte de ce cauchemar pourtant réel que chacun doit affronter et apprivoiser pour parvenir à continuer de vivre.

La procédure journalistique et télévisuelle est celle du passage en boucle. La répétition fabrique l’icône. Les images iconiques ont des fonctions sociales n’étant pas seulement complaisantes, mais peuvent être subversives. Passées en boucle de manière continue et obsessionnelle, ces images font directement référence à d’autres images-icônes de l’histoire tragique de la nation américaine qui comme elles ne renvoient qu’à de la pure émotion.

Les images remémorent celles de la tentative de fuite par les airs des derniers vietnamiens hissés sur le toit de l’ambassade américaine au moment de l’entrée des Vietminh dans Saïgon, celles de la petite fille nue brûlée au napalm qui court en fuyant la zone des combats, ou encore celles de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy diffusées également de manière compulsive sur les chaînes de télévision. L’entrée des deux avions dans les façades et les immenses explosions et vol de débris qui ont suivi ne sont pas sans rappeler le travelling de l’image-mouvement sur la limousine présidentielle.

L’individu écrasé par le poids de l’évènement[edit | edit source]

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L’irruption abrupte de la mort sans explication évidente écrase chacun de son évidence et rend plus amère la sensation pour reprendre l’expression d’Albert Camus de « l’absurdité de l’existence humaine ». L’évènement est incompréhensible sur le moment n’ayant aucun sens. Il n’y a personne qui peut expliquer que d’une part c’est du terrorisme et d’autre part que cela est l’œuvre d’Al Qaeda.

Les évènements du 11/09 pour reprendre Baudrillard renvoient à « l’évènement absolu, la mère des évènements, à l’évènement pur qui concentre en lui, tous les évènements qui n’ont jamais eu lieu ».

La dramaturgie de l’évènement s’est renforcée au fil du temps dans la mesure où la couverture a été sans précèdent évacuant de l’actualité toute autre nouvelle, elle occupe, comme l’illustre le cas de CNN tout l’espace médiatique en une sorte de pornographie visuelle qui exerce une sorte de fascination morbide par des images qui ne perdent jamais ni de leur fulgurance, ni de leur émotivité ni de leur violence. Pendant de longs mois, la presse écrite demeure à l’unisson de la télévision dans le traitement des évènements du 11/09.

À partir du moment où l’évènement ne peut pas être compris, il ne peut pas être traité. Dans les tours, le call center ne fut pas capable de gérer l’évènement. L’évènement dans sa couverture a une dimension tellement tragique qu’il a une dimension de traumatisme.

La déconstruction du concept de terrorisme[edit | edit source]

Les premiers sentiments d’horreur ont été exacerbés par les révisions déchirantes que les attentats du 11 septembre ont suscitées sur le champ dans le domaine de la perception usuelle du terrorisme et de l’acte terroriste en cette fin du XXème siècle.

Au fond, il va y avoir une déconstruction du concept de terrorisme. La première perte de sens est la question confortable du terrorisme comme un « acte de barbarie civilisée ». Il y a le concept d’innocent. Dans une fatwa de Ben Laden, il n’y a pas d’innocents. Les représentations élémentaires du terrorisme accréditent d’abord communément l’hypothèse que les victimes ne sont jamais réellement choisies au hasard. Dans les Justes, Albert Camus décrit un terrorisme qui d’autorité cherche à épargner les innocents.

Par certaines de ses actions ciblées et spectaculaires, les modes opératoires du terrorisme international des années 1970-1980 ont conforté cette interprétation. L’assassinat d’un juge antiterroriste, d’un policier, d’un garde du corps, d’un patron ou encore d’un haut- fonctionnaire renvoie à la notion d’élite et de sphère en haut de la hiérarchie sociale détentrice des normes et valeurs de la violence légitime.

Le terrorisme est alors renvoyé à un rapport de classe dont on s’exclut et se distancie par son appartenance à la classe moyenne. Selon les circonstances mêmes et les revendications idéologiques des groupes terroristes, tout point commun avec les terroristes aussi minimes soit-il – même religion, mêmes origines sociales et culturelles, de même que le partage d’une partie de leurs analyses jusqu’à l’expression d’une empathie à leur égard – concourt dans une logique du psychisme à se sentir écarté de la menace.

Si le terrorisme est sélectif, le terrorisme lui-même se conçoit comme empathique. Chaque individu peut constater des actes de violence, mais à défaut de sympathie, il y a un détachement. Dès lors que le terrorisme n’est plus sélectif, l’individu est directement concerné.

Le terrorisme : une affaire traditionnelle du « biais d’optimisme »[edit | edit source]

Dans les domaines de la menace, des risques et des catastrophes, les individus face au terrorisme font usage d’un « biais d’optimisme ». Nous sommes dans des sociétés technologiques, le « biais optimiste » est que l’individu doit gérer des situations dans lesquelles il n’a pas la compétence de gestion. Le biais d’optimiste est de faire confiance en une situation qu’on délègue assurant un biais qui permet de faire des choses. Celui-ci leur garantit les moyens d’agir en situation objective d’angoisse et crainte et de construire plus généralement leur existence en toute quiétude affective et sécurité psychique.

Ces représentations élémentaires du terrorisme laissent penser à chacun qu’il possède donc des capacités intellectuelles à contrôler et à éviter toute situation à risque au point de lui permettre d’échapper à toute forme de violence terroriste.

Cette représentation initiale justifie la seconde, celle qui consiste à croire que les terroristes eux- mêmes intègrent, de manière paradoxale cela s’entend, une sorte de code d’honneur : à l’image de la Mafia, il les enjoindrait de ne pas dépasser certaines limites et à proscrire certaines formes de violences comme le font dans les livres d’Épinal les bandits de grands chemins qui de surcroît protègent la veuve, le vieillard et l’orphelin. Les définitions communes du terrorisme des années 1970 ont colporté de manière implicite cet imaginaire.

Elles situent l’acte terroriste du côté d’une pure rationalité liée à des frustrations accumulées sur le plan psychique, économique, politique et culturel. Tout terrorisme qui adopte un brin de valeur et d’honneur situe le terrorisme du côté de la rationalité. La « démarche terroriste » n’impliquerait aucun nihilisme. Elle se situerait dans une gestion raisonnée de l’acte de destruction. Même si le terroriste risque la mort, elle n’est pas une fin en soi, car avec sa propre mort disparaît la capacité de nuisance et d’action.

Le 11 septembre renverse cette analyse. Des individus ont pensé l’acte de violence jusqu’au bout incluant la mort. Le nihilisme est extrêmement dérangeant pour la vision rassurée du terrorisme classique. Les notions consacrées d’ « asymétrie » ou encore d’ « armes du faible » ont conforté cette représentation d’une capacité limitée de nuire en tant que telle de l’action terroriste.

Le 09/11 : La remise en cause de tous les biais d’optimisme ? L’impensé de la violence terroriste en ville[edit | edit source]

L’Occident moderne depuis Descartes, a fait de la technique tant le moyen de domestiquer notre environnement immédiat que le mode en soit pour l’homme d’agir sur la matière et son univers au nom de son habileté et son intelligence propre. L'image de la ville que la Guerre froide a léguée à notre inconscient collectif jusqu’au 11/09 est celle d’un territoire sécurisé à la fois par un no man’s land de barbelés, de champs de mines et de missiles.

L’opinion publique des pays occidentaux s’est caractérisée par un refoulement de la ville comme territoire spécifique de menaces stratégiques. Le sentiment d’appartenir à un monde protégé parce que civilisé a justifié dans l’opinion publique la relégation du terrorisme au rang d’épiphénomène décrit comme la rançon nécessaire et obligée à la modernité.

Le territoire américain par les dispositifs consacre en matière de lutte antiterroriste ne pouvait que se vivre comme une île particulièrement protégée de tout acte terroriste majeur. Aux États-Unis, le sentiment de sécurité collectif était d’autant plus fort que depuis l’intervention du Royaume-Uni à Washington en 1812, les Américains n’avaient jamais été directement touchés sur le territoire continental.

La fin du statut de « l’innocence » face à une menace absolue[edit | edit source]

Les attentats du 11 septembre ont fait voler en éclats toutes les représentations qui nous rassuraient sur notre destin propre. Pour le philosophe Jacques Derrida, il s’agit d’un « événement majeur de l’histoire », car il est le premier signal de la terreur absolue dans laquelle est projeté le monde moderne par des
« forces anonymes, absolument imprévisibles et incalculables ». On est désormais tous projetés dans un monde d’insécurité relevant de la déconstruction du concept de terrorisme.

Le 11/09 procède de la déconstruction du concept de terrorisme que revendique le philosophe. Le nombre important de victimes scelle la révision de l’interprétation terroriste. Le 11/09 se hisse bien au-delà de Pearl Harbor dont les pertes humaines ont été trois fois moindres.

L’asymétrie des moyens n’est plus la garantie de dommages limités. La notion « d’armes du faible » n’est pas antinomique avec la notion de violence illimitée. Les victimes ne relèvent plus de la définition politique, elles peuvent être de tous bords, de tous âges, de toutes confessions et de tous milieux sociaux.

Ben Laden, dans l’interview accordée à la chaîne ABC en mai 1998 rappelle qu’il n’a pas en ce qui concerne les Américains à faire de différence entre militaire et civil dans la mesure où ils sont tous des cibles. Dans l’islam il y a une interdiction de tuer et notamment de musulman. Les appels par les lieutenants de Ben Laden aux populations musulmanes leur conseillant de quitter les centres des villes américaines pour ne pas s’exposer aux représailles d’Al-Qaida a rajouté au sentiment de menace permanente et globale.

De nouveaux concepts stratégiques[edit | edit source]

La guerre contre le terrorisme[edit | edit source]

La transformation du discours politique de Al-Qaeda et le 11 septembre est une véritable rupture. L’étude sémantique du vocabulaire désormais employé témoigne du séisme que représente le 11/09.

Depuis la base aérienne d’Offut sur laquelle s’est posé Air Force One, le président Georges W. Bush donne le ton en lançant dans sa conférence de presse de quinze heures le célèbre « nous sommes en guerre ». L’utilisation de ce terme est très dangereux parce que la guerre est régulée par des traités dans un système de relations internationales étant le privilège dévolu aux États-Nations depuis le traité de Westphalie. En disant « nous sommes en guerre », George Bush va fabriquer une rupture entre la vision du terrorisme et la guerre. Il met Ben Laden au niveau d’un partenaire militaire.

Cette affirmation estompe à jamais ce qui fondait la distinction théorique entre guerre et terrorisme. Depuis le XIXème siècle, le terrorisme a toujours été défini comme un substitut à la guerre, mais jamais comme un acte de guerre. La guerre par opposition au terrorisme n’existe, comme l’a signifié Clausewitz, que dans la relation et l’adéquation entre la fin politique [Der Zweck] et le but de la guerre [Das Ziel]. Elle est la continuation de la diplomatie et de la politique par d’autres moyens. Elle présuppose une intervention inscrite dans l'espace dans le temps déterminée du conflit et de la sortie de la guerre.

Sur le plan juridique, elle est codifiée par le droit international de la guerre et le droit humanitaire des conventions de Genève et de La Haye.

L’émergence d’un discours de la guerre[edit | edit source]

Le 12/09 Georges W. Bush déclare que « les attaques délibérées et meurtrières qui ont été menées hier contre notre pays étaient plus que des actes de terreur. Elles étaient des actes de guerre ». Bush déplace les frontières entre terrorisme et guerre. Il met à mal tant la définition usuelle de la guerre que celle du terrorisme. George Bush va engager l’État-Nation contre le terrorisme situant le terrorisme comme une affaire internationale consacrant Ben Laden comme un interlocuteur militaire.

Le paradoxe est ce qui fonde l’acte terroriste qui est une attaque-surprise sans déclaration de guerre à l’encontre de cibles majoritairement civiles devenant par la force des mots un acte militaire en forme de déclaration de guerre.

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Le 16/09, Bush évoque la « première guerre du XXIème siècle » L’emploi du mot « guerre » instaure Ben Laden comme l’adversaire et légitime paradoxalement le combat de Ben Laden même s’il incarne le Mal contre la lutte pour le Bien que doit engager la nation américaine dans la guerre contre le terrorisme. C’est une redéfinition de la politique américaine sur la guerre.

Ben Laden et Bush deviennent deux métonymies pour faire indifféremment référence à la guerre. La « stratégie Ben Laden » annonce donc une riposte d’ordre militaire.

C’est ce que confirme le secrétaire d’État Colin Powell lorsqu’il proclame dès le 13/09 que « dans certains cas, la guerre peut être une action militaire, mais elle peut aussi être une action économique, politique, diplomatique ou financière ». Le 11 septembre a renversé la donne géopolitique. Les États-Unis qui étaient dans une vision impériale autistique vont tout d’un coup redevenir une puissance agressive ou volontariste sur le plan des relations internationales et aussi en termes d’action. On va réutiliser les instruments mêmes de la puissance américaine.

La guerre n’existe que parce qu’elle va pouvoir s’arrêter. Elle s’inscrit dans le cadre des relations internationales. Faire la guerre est avoir conscience d’une certaine forme de force qui va pouvoir imposer à l’ennemi un retour à une certaine forme de relations diplomatiques. Ce qui est important lorsqu’on engage la guerre est de pouvoir sortir de la guerre. George Bush va effacer la frontière de la guerre. La déclaration de guerre va le projeter ailleurs que sur le territoire américain.

Un discours de la guerre repris in extenso par les médias[edit | edit source]

L’agression qualifiée de premier « Pearl Harbor terroriste » du XXIème siècle permet aux médias de signifier que par leur échelle de destruction, les attentats kamikazes ne peuvent plus être qualifiés d’actes terroristes, mais d’actes guerriers. Le célèbre « War on Terror » fleurit au bas des écrans de CNN.

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Pour Edward W. Saïd, l’absence de volonté de différenciation par la grande majorité de l’opinion a justifié la mobilisation patriotique sans discernement. Les médias vont intégrer les paroles de George Bush, mais sans pouvoir les contester.

En Allemagne, Jürgen Habermas s’est alarmé de la décision prise de déclarer la guerre au terrorisme dans la mesure où cela lui a donné de fait une légitimité politique. Il s’est inquièté de la possible perte de légitimité des gouvernements démocratiques en raison de la lutte menée contre un adversaire inconnu.

Les attentats du 11 septembre ont obligé à repenser la notion de terrorisme soulevant un paradoxe : ils ont facilité sa reconstruction, même si au demeurant sa redéfinition demeure toujours sujette à caution tant elle semble être déterminée par un ensemble de certitudes qui dénient la notion d’indétermination du risque pourtant consubstantielle à l’essence même du terrorisme. Il y a un recentrement de la question du terrorisme par la guerre qui ne nécessite plus les moyens de la lutte antiterroriste.

Une théorie du nouveau terrorisme[edit | edit source]

Le terrorisme international a définitivement disparu et nous serions entrés dans une nouvelle ère du terrorisme qui serait une ère globalisée parce que le discours de Al Qaeda est d’abord un discours d’une globalisation du terrorisme. Il y a un nouveau terrorisme qui nécessite des réponses militaires.

Le 11/09 a bousculé l’idée de la seule action groupusculaire circonscrite dans l’espace et dans le temps en raison de capacités limitées de nuisance et de l’enjeu territorial de la lutte à mener. Il s’agit d’interventions minutieusement préparées qui jouent du temps et de l’espace pour cibler des objectifs et frapper vigoureusement. L’asymétrie des moyens du terrorisme jusque-là vécue comme une faiblesse relève désormais de la force par sa capacité à déjouer par la ruse toutes les barrières dressées contre lui.

Les spécialistes du terrorisme ont consacré la notion de « Low Tech » par opposition au terrorisme « High Tech » pour caractériser le mode opératoire du 11/09. Le « Low Tech » recouvre également la « productivité » forte de ce type d’attentat à savoir un coût « d’investissement » faible en termes d’infrastructure et logistique, avoisinant les centaines de milliers de dollars pour un montant global de dommages estimé aujourd’hui à plus de sept milliards de dollars.

Un terrorisme qui se joue efficacement de la « société du spectacle »[edit | edit source]

Le situationnisme est un courant qui dit que le monde est entré dans une telle modernité qu’on ne peut le remettre en cause parce qu’on est rentré dans une société du spectacle[2][3].

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Al-Qaida joue de l’impact médiatique que sa terreur occasionne. Il a une maitrise des médias très maitrisée. Al Qaeda va très vite comprendre l’importance des médias dans la diffusion de ses idées et la diffusion de la terreur. Cela va permettre de tenir les médias. La stratégie est celle d’une communication par les médias. Ben Laden est présenté comme un héros qui le relie à la dimension prophétique de Mahomet. Il y a l‘émergence d’un pouvoir symbolique qui se construit contre l’occident et l’impérialisme américain.

La médiatisation est fondée sur une opposition sémantique. Il n’y a pas de revendication immédiate de Al Qaeda le 11 septembre. Il y a un vide qui rend les choses encore plus terribles parce qu’on ne comprend pas et progressivement Al Qaeda entre en scène. Un important glissement stratégique s’opère au détriment de l’acte purement militaire au profit de la destruction de cibles à forte dimension symbolique. Tout ce qui est au niveau des représentations faites sens et symbole de l’occidentalisation comme processus technique, social, culturel et politique peut être élevés au rang de cible la ville est devenue une bastille à occuper ou à frapper dans son organisation et sa production.

De nouvelles modalités de lutte[edit | edit source]

Selon les confessions [non confirmées] d’un combattant d’Al-Qaida capturé en Afghanistan, le détournement d’un avion civil pour le précipiter sur un réacteur nucléaire avait déjà été envisagé. Cela va obliger les États occidentaux à réfléchir à de nouvelles modalités de sécurisation des transports aériens.

D’autre part, ma fabrication à partir de déchets radioactifs d’une « bombe radiologique » appelée encore « bombe sale » est jugée de l’ordre du possible par les experts du domaine. Al-Qaida a déjà tenté de se procurer des données techniques quant à la fabrication des armes nucléaires et des armes chimiques. De nouvelles menaces apparaissent.

Une nouvelle organisation de l’action terroriste[edit | edit source]

La menace traumatique est qu’une forme de terrorisme nouveau est en train d’émerger prenant une forme structurelle nouvelle. La redéfinition du terrorisme à l’heure d’Al-Qaida intègre les formes inédites que ce dernier a bâties dans l’organisation de la terreur.

Les réseaux de résistance constitués par les français sous l’occupation allemande ou encore ceux du FLN, pendant la « guerre d’Algérie », se présentaient sous forme d’organisations pyramidales, hiérarchisées fonctionnant sur un modèle centre-périphérie destiné à couvrir tous les territoires potentiels d’actions coup de poing et de conflits potentiels. L’identification des membres de chaque cellule et des contacts entre les groupements, obtenue le plus souvent par l’usage régulier de la torture, permettait de remonter jusqu’aux responsables. L’arrestation des chefs militaires et politiques était définie comme une priorité́ pour mieux décapiter l’ensemble d’un réseau subversif.

Il y a un mimétisme de la modernité d’aujourd’hui par le terrorisme d’aujourd’hui. Le multinational vont créer des cellules autonomes sur leur territoire. Un système pyramidal est un système trop lourd et trop peu efficace. La multinational fonctionne sur un modèle d’horizontalité voulant avoir un point qui comprenne comment cela fonctionne et ensuite est rendu automne chaque cellule productive pour être adaptée au territoire qu’elle exploite. Il faut autonomiser la structure qui va s’insérer et s’adapter aux conditions de développement. Le système d’horizontalité fait qu’il y une fonctionnement autonome.

Le réseau Al-Qaida, de dimension internationale, bien que comprenant un centre névralgique – celui de ses chefs politiques et militaires – existe d’abord par un système d’a-centralité que confère la structuration des différentes branches divisées pour chacune d’entre elles en cellules autonomes nommées « anqud » [grappes de raisin]. Les contacts entre cellules et supérieurs sont strictement limités au point que personne ne peut appréhender l’espace entier de son réseau et de ses ramifications.

C’est la même chose pour la structure d’Al Qaeda qui a été pensé comme une structure très actuelle puisque c’est un système qui n’est pas central. Derrière, il y a une autonomisation absolue des cellules. Al Qaeda va se vendre comme une marque. Une structure émet des ordres, mais en même tant n’a pas prétention à structurer un champ de violence verticale absolue. Lorsqu’un groupe terroriste veut faire un attentat, il suffit qu’il se revendique d’Al Qaeda pour que ce soit Al Qaeda. Dans la lutte contre Al Qaeda, des difficultés nouvelles apparaissent. Ce sont des potentialité de violence qui peuvent apparaitre dans n’importe quel contexte, n’importe où, et dans d’importe quelles conditions. Dans Al Qaeda, il y a une dimension moderne de la structure qui renvoie à notre société occidentale.

Les acquis stratégiques de la nébuleuse[edit | edit source]

The Triangulum Emission Garren Nebula NGC 604.

La structure d’Al Qaeda est une conception en forme de nébuleuse. Opter pour l’expression de « nébuleuse » plutôt que de celle de « réseau » à propos d’Al-Qaida rend compte de la complexité des systèmes d’action, de décision et de financement. Au-delà d’une doctrine très générale fixée sous la forme des fatwas et des appels incessants au jihad, il n’existe donc pas de véritable chaîne organique de responsabilités ou d’autorités pour agir.

L’initiative d’action demeure décentrée, autonomisée et entremêlée à la fois par les motivations supérieures des fatwas et des enjeux géostratégiques plus locaux et contextualisés. Il n’y a plus d’espace de responsabilité hiérarchisé. Les choses sont très complexes, ce n’est pas simplement une violence globalisée, mais il y a des revendications globales qui peuvent rencontrer le concept de globalisation ou qui peuvent s’opposer. Des mouvements extrêmement violents vont réfuter Al Qaeda parce qu’Al Qaeda peut être dangereux pour eux-mêmes.

Les attentats de Madrid montrent qu’on est dans un nouveau schéma. Il n’y a pas de relation directe entre espace et temps de l’action. La préparation d’un attentat peut mobiliser des énergies très éloignées du théâtre réel des opérations. « Les opérationnels » peuvent être sur place ou venir également d’un territoire étranger. L’absence de revendication immédiate des actes terroristes par le mouvement surajoute à cette sensation d’insécurité perçue par un adversaire plus caché et enfoui que directement visible, reconnu et même accrédité.

La guerre préemptive[edit | edit source]

Comme on entre dans la guerre, des concepts militaires vont se constituer engageant une nouvelle guerre moderne. Cela consiste à dire qu’il faut étudier le djihad international et faire la guerre au terrorisme dans les pays porteurs du terrorisme. Cela va permettre l’émergence des guerres préemptives.

Continuatrice de la guerre en Afghanistan, l’opération Anaconda lance en 2002 l’attaque d’Al-Qaida et des Talibans dans une vallée, sans toutefois atteindre Ben Laden.

Par l’importance des destructions matérielles et du nombre des victimes, les attentats du 11/09 ont défié les représentations conventionnelles de l’action terroriste. Le combat présent du nouveau terrorisme comme celui des antiterroristes se décrit plus comme celui d’une véritable guerre moderne. Pour la puissance américaine, le combat sans merci à promouvoir contre les réseaux d’un jihad internationalisé justifie la lutte contre les bases arrières installées dans des États accommodants. Cela va permettre de redéfinir une géopolitique au Moyen-Orient pour contenir les Rogue State et les faire tomber.

La guerre contre le terrorisme peut s’appliquer contre des États soutenant le terrorisme, mais également contre ceux détenant des armes de destruction massive ou susceptible de transférer tout ou une partie de ces moyens à des groupuscules terroristes. La guerre préemptive est profondément ancrée dans l’idéologie individualiste et libertarienne de la démocratie américaine. C’est l’idée selon laquelle l’action préalable relève de la légitime défense en matière de conflit potentiel, marque l’histoire de la première puissance mondiale.

Le concept la légitime défense est posée comme un droit moral qui reposerait tout autant sur la défense des droits de l’homme que sur l’efficacité sociale et culturelle du modèle démocratique. Apparaît le concept de la capacité à intervenir qui appliquée à l’encontre des guerres de subversion ou de rébellion, elle a permis de justifier l’usage de la force militaire sur bien des continents, dans bien des aires régionales comme l’Amérique centrale, le Sud-Est asiatique ou encore l’Afrique centrale. Le bombardement des villes Libyennes en 1986 par les forces américaines a souligné la permanence de cette vision de la guerre préemptive. L’après 11/09 s’ouvre comme une ère de renouvellement de ce principe de guerre conforté par la suprématie militaire de l’hyperpuissance des États-Unis.

L’application de la guerre préemptive après le 11 septembre[edit | edit source]

Le contentieux avec l’Irak a offert au gouvernement américain, l’opportunité de consacrer la notion d’État-voyou, [Rogue States], soit une nation hors la loi qui par sa politique intérieure comme extérieure représente une réelle menace pour ses voisins et le reste du monde. Dans le cadre de la première guerre du golf, il s’agit de contraindre Saddam Hussein. Avec la deuxième guerre du golf, on décide de faire tomber le régime. La dénonciation d’armes de destructions massives comme les liens affirmés entre le régime baasiste de Saddam Hussein et le terrorisme international ont été les arguments utilisés pour justifier l’usage de la force militaire dans une guerre préemptive de légitime défense.

Le schéma de l’action diplomatique est inversé. Elle n’est plus un préalable nécessaire pour la recherche des solutions pacifiques. D’autre part, le recours à la force relève pour les États-Unis de sa légitimité et ne saurait souffrir d’aucune contestation au niveau des relations diplomatiques multilatérales. Il n’y a pas de diplomatie.

Un état de guerre permanente[edit | edit source]

La question à se poser est celle de savoir si ne nous serions pas rentré, avec ce modèle qui consiste à dire que le terrorisme est une guerre, dans une guerre permanente. Les évolutions du terrorisme contemporain et les bouleversements de ses modes opératoires rapportés aux évolutions géostratégiques de l’hyperpuissance américaine permettent de comprendre l’état de guerre permanent dans lequel le monde est aujourd’hui entré.

Du statut de l’exception la guerre antisubversive se perçoit comme un phénomène banal, ou pour le dire autrement s’apparente à un risque ordinaire de la modernité telle que le définit le sociologue Antony Giddens. Ce qui était exceptionnel devient de l’ordre de la normalité.

La notion de guerre post-moderne[edit | edit source]

Certains auteurs ont théorisé le concept de guerre post-moderne. Elle est moderne dans le sens que c’est un état de guerre qui s’efforce de rendre compte de ce changement de paradigme qui rassemble dans une même catégorie de pensée, d’une part, guerre et terrorisme ; et de l’autre « pacification démocratique » et redéploiement géoéconomiques. Ce sont des guerres paradoxales conduites au nom des droits de l’homme se présentant sous l’aspect d’un conflit éclair destiné à épargner les populations civiles et limiter les pertes humaines militaires.

La première guerre préemptive depuis les attentats du 11/09 est le conflit irakien qui confirme les évolutions opérées par la guerre post-moderne. La destruction systématique des réseaux de communication et des infrastructures techniques qui est un préalable obligé avant toute avancée des forces terrestres. C’est une guerre technologique qui consiste à détruire le système informationnel de l’ennemi. La « désorganisation du territoire » a pour objet de « fixer » l’adversaire sur des positions défensives pour mieux faciliter l’avancée rapide des troupes au sol. Cependant, les succès stratégiques immédiats ne peuvent masquer l’échec politique de l’entreprise. Depuis l’établissement de la pax americana, jamais la solution démocratique n’a semblé aussi éloignée. L’Irak est le théâtre d’un ensemble de guérillas qui revendiquent le pouvoir et dénoncent l’absence de légitimité des instances publiques et administrations mises en place par la coalition. Avec le temps, les troupes de libération sont perçues comme des troupes d’occupation.

L’usage de la force dans le cadre de la guerre préemptive a affaibli les règles internationales et diplomatiques instituées depuis la création de l’ONU. L’abandon des règles de gouvernance mondiale mises en œuvre dans le cadre du Conseil de Sécurité a ouvert la voie à la multiplication de conflits. Il y a un dispositif généralement d’affaiblissement des instruments de la gouvernance mondiale qui est inquiétant. Le premier XXIème siècle est le temps des guerres durables. Depuis le 11 septembre, nous vivons avec l’étrange sensation qu’il n’existe plus de véritable sanctuaire à l’abri de la barbarie humaine.

Annexes[edit | edit source]

  • Weinstein, N. (1989) Optimistic biases about personal risks. Science. [Online] 246 (4935), 1232–1233.
  • Weinstein, N. D. (1980) Unrealistic optimism about future life events. Journal of Personality and Social Psychology. [Online] 39 (5), 806–820.
  • ARTE. “Terrorisme, Raison D'État (1/2) | ARTE.” YouTube, Arte, 12 Mar. 2019, www.youtube.com/watch?v=r6F9DShho50.
  • ARTE. “Terrorisme, Raison D'État (2/2) | ARTE.” YouTube, YouTube, 12 Mar. 2019, www.youtube.com/watch?v=83fRNSkiIsA.

Bibliographie[edit | edit source]

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  • Pascal Boniface, Les leçons du 11 septembre, Paris, Puf, 2001
  • Jacques Derrida et Jürgen Habermas, Le « concept » du 11 septembre, Paris, Galilée, 2003
  • Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, New-York, The Free Press, 1992
  • Eric de La Maisonneuve, Jean Guellec (coordonné par), Un monde à repenser, 11 septembre 2001, Paris, Economica, 2001
  • Sous La direction de Sylvie Kaufmann), 11 septembre un an après, L’aube, Le Monde ;
  • Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? , Paris, Gallimard, 2002
  • Bernard Lewis, L’Islam en crise, Paris, Gallimard, 2003
  • Olivier Roy, L’échec de l’Islam politique, Paris, Seuil, 1992 ; L’Islam mondialisé, Paris, Seuil, 2002 ;
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Cours[edit | edit source]

Références[edit | edit source]