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Le terrorisme ou les terrorismes ? De quelques considérations épistémologiques

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Nous allons réfléchir sur la place et l’évolution du terrorisme dans une perspective longue et plutôt historique ayant pour objet d’essayer d’expliquer la relation entre terrorisme et relations internationales. Ce cours étudie les impacts, les influences et les relations entre le terrorisme et les relations internationales en partant de l’hypothèse que l’action violente quelle qu’elle soit d’un point de vue historique influe sur l’évolution des relations internationales, il y a une interrelation.

L’enjeu est de s’interroger sur la manière dont le terrorisme va changer les relations internationales.

Le 11 Septembre 2001 a ouvert une boite de pandore. George Bush, avec la guerre contre le terrorisme, a fait un saut conceptuel en situant le rôle des États comme étant des acteurs de la lutte antiterroriste non pas seulement dans leur frontière, mais aussi au niveau global comme se présentait Al-Qaeda.

Ce cours présente l’évolution du terrorisme et ensuite voir quels sont les impacts de ces évolutions sur le domaine des relations internationales. Le terrorisme des années 1960 n’a rien à voir avec le terrorisme d’aujourd’hui, tandis que le terrorisme actuel n’a rien à voir avec le terrorisme d’Al-Qaeda lors du 11 Septembre 2001.

Les grandes puissances ont fait de la lutte antiterroriste une priorité politique et de plus en plus vont lutter contre le terrorisme en dehors des frontières mêmes de l’État-nation pour essayer de l’éradiquer à sa source.

La réflexion qu’il faut engager est sur la question du pluriel. Si on parle « des » terrorismes, on se situe dans une autre logique, un système beaucoup plus complexe, il y a plusieurs formes de terrorisme. En disant ce pluriel, on signifie qu’il y a des formes d’actions de violence très différentes des unes des autres, il faut comprendre la nature de ces formes pour comprendre la nature des actions. Comment les formes de terrorisme évoluent avec la structure de l’État-nation ?

Nous allons nous interroger sur les définitions, car la qualification de « terrorisme » est une qualification de très fortement négative. Le terme de « résistant » accrédite d’une légitimité, ce sont des gens qui défendent une cause, ils résistent. Le terrorisme est un mot de dévalorisation, on ne reconnait rien d’autre que de produire et de susciter de la violence. L’usage de la qualification est un frein.

Pendant la Deuxième guerre mondiale, les résistants qui s’engagent dans la lutte contre les allemands s’appellent « résistant, » défendant un idéal de résistance contre un pouvoir illégitime. Du côté de la puissance allemande on utilise le discours du terrorisme, car ils fonctionnent par la violence pour éviter au système de fonctionner.

Il y a un enjeu de qualification. L’enjeu est le pouvoir même des mots, ils dénigrent et valorisent.

Un problème de définition[edit | edit source]

Les premiers auteurs donnent l’impression d’une dimension compliquée :

« [Le]terrorisme est un concept fourre-tout »

— Alain Joxe

« [Le] terrorisme est un concept poubelle »

— Régis Debray

« Le mot est imprécis »

— Ignacio Ramonet

On est dans un usage de ce mot très compliqué. Au fond, la question qu’il faut se poser est sur une généalogie du mot. Si on fait des travaux scientifiques, on demande toujours d’expliciter la généalogie d’un mot. Lorsqu’on doit décrit une situation, on doit décrire l’usage du mot que l’on prend. Il faut effectivement revenir sur les fonds du débat avec la nécessité de construire une généalogie du mot.

À propos du mot Révolution, Raymon Aron disait : « Les querelles de mots réduites à elles-mêmes, n’ont qu’une signification médiocre, mais bien souvent, la discussion sur le mot révèle le fond du débat ». Pour comprendre la complexité, il faut retracer l’histoire du mot.

L’hypothèse est que le mot « terrorisme » possède une grande faiblesse de conceptualisation.

C’est un mot « fourre-tout », imprécis est qui n’a pas été conceptualisé. Si on dit qu’ « il fait beau aujourd’hui » on et dans l’appréciation d’une sensation, chacun ressent quelque chose et exprime son ressenti qui est émotionnel. Le concept signifie qu’on travail un objet est qu’on le conceptualise d’un point de vue scientifique et non plus émotionnel comme, par exemple, le concept d’État-nation.

La conceptualisation est un travail très important fait à différents moments de l’histoire pour venir qualifier une situation précise. Si le mot terrorisme possède une grande faiblesse de conceptualisation, c’est parce que ce n’est pas un concept, mais une appréciation.

L’émergence d’un nouveau mot, d’un nouveau vocabulaire ne signifie pas que le problème ne lui est pas antérieur. Il y un a moment donné dans l’histoire où le mot terrorisme va sortir, mais la violence de qualification terroriste est préalable à la définition du mot. C’est-à-dire qu’on regarde certains faits définis par d’autres mots que celui de terrorisme.

On peut qualifier aujourd’hui le mot de « terrorisme » des actions qui ne furent pas à leur époque qualifiées de « terrorisme ».

Le terrorisme est aussi vieux que l'humanité[edit | edit source]

Dans son ouvrage l’Histoire romaine de Tite-Live, Berchorius qui est un moine bénédictin, définit le terme « terrere » qui signifia faire trembler. On est dans l’ordre de l’émotionnel et de la sensation.

Portrait de Maximilien de Robespierre, peint par Adélaïde Labille-Guiard en 1791.

Dans l’acte terroriste, quel qu’il soit, il y a une volonté de produire une commotion, de produire un phénomène commotionnel. Faire trembler signifie bouger les bases et déstabiliser, c’est créer de la frayeur. Le 11 Septembre 2001 est un moment de « terrere » par l’incapacité des individus à comprendre ce qu’ils vivent.

Le tremblement se fait sur la question d’une intensité. À un moment donné il va y avoir une cristallisation d’incidents et de problématiques qui font exploser le cadre de référence. La question du tremblement se retrouve dans la terreur révolutionnaire.

« La Terreur n'est autre chose que la justice prompte et sévère, inflexible. Elle est une émanation de la vertu. »

— Maximilien Robespierre, Discours à la Convention du 5 février 1794.

À partir de 1794, Robespierre qui sent que la république risque d’être menacée par les royalistes engage la terreur. Il faut produire de la violence, une violence presque terroriste sur la base qu’il faut sauver la nation en mettant en place des tribunaux de salut public. C’est la même chose que Pol Pot au Cambodge où on entre dans la folie furieuse pour conserver une pureté de l’acte révolutionnaire.

Désormais, le mot terreur se décline[edit | edit source]

Portrait de Emmanuel Kant.

Le mot terrorisme doit se déduire de la question de la terreur. Au fond, le terrorisme va être l’acte de faire régner la terreur ou la « terrere », c’est l’acte volontaire qui va permettre de faire trembler un dispositif ou un édifice. On retrouve cette réflexion notamment à travers Kant qui a une vision hédoniste de l’humanité. Toutefois, une autre conception de l’histoire existe qui est la dimension terroriste qui est la dimension de faire trembler.

« Opposer la conception eudémoniste de l’histoire de l’humanité (bonheur) à la conception terroriste de l’histoire de l’humanité. »

— Emmanuel Kant, 1798.

Karl Marx.

Dans le cadre d’un projet de paix perpétuelle, Kant va essayer de construire son projet de paix perpétuelle, mais pour cela il doit s’interroger sur la terreur qui doit être dissolue.

L’adjectif de terroriste commence à apparaître en usage dans les grandes puissances comme en Angleterre, en Allemagne dans le monde hispanique, mais aussi en France avec l’Académie française qui en 1798 emploi le terme de « système de la terreur ».

C’est une dimension ambivalente. On retrouve cette dimension chez Marx pour qui l’acte de terreur est composé de deux dimensions :

  • l’action révolutionnaire.
  • la répression étatique contre-révolutionnaire.

Ce sont deux phases qui permettent encore de ne pas faire consensus. Ainsi, le mot « terrorisme » renvoie à une sorte de Janis composé de deux visages opposés.

Cas particulier de l'Islam[edit | edit source]

L'Islam s'est construit autour d'un vocabulaire de la guerre et du conflit dans lequel le mot « terrorisme » n'a pas originellement sa place, il n'existe pas dans l'arabe classique.

Le mot « terrorisme » n’existe pas dans toutes les cultures. L’islam combattant de Mahomet, pour se construire dans la péninsule arabique ensuite se développer dans l’espace méditerranéen a développé un vocabulaire de combat. Ce sont des mots pour situer des situations de conflictualité, mais il n’y a pas le concept de terrorisme :

  • Feda : le combat pour une cause sacrée
  • Qiçâs [قصاص‎] : la loi du Talion
  • Gitâl : le combat meurtrier
  • Harb : la guerre
  • Jihâd [جهاد] : triple acception :
    • la notion individuelle de l'effort par le dépassement de l'être
    • l'ascension spirituelle
    • l'entreprise guerrière légitime

L'Islam radical légitime le recours à la violence physique sur la base de la réactualisation du jihâd.

  • Ghuluw : Exagération, excès: décrit la violence extrême
  • Irhab [terrorisme] complété des mots tatarruf [extrémisme] et ightiyâl [assassiner].

Les définitions modernes du mot terrorisme[edit | edit source]

Boris Viktorovitch Savinkov.

Jusqu’au début du XXème siècle, il y a une ambivalence autour du mot « terrorisme ». La Russie fut marquée par un fort mouvement anarchiste, Boris Savinkov s’autoproclame « terroriste ». Pour employer le mot « terroriste », il faut que ce mot conserve une positivité.

À partir des années 1930, la dimension positive disparaît pour devenir purement négative. Celui qui accuse quelqu’un de terrorisme le qualifie de ne pas avoir la légitimité de sa lutte. Un terroriste fait de la terreur sans projet politique, il n’y a pas de légitimité de l’action de violence. C’est une action stigmatisante de l’ennemi intérieur soupçonné de servir avec plus ou moins de conscience les intérêts de l’ennemi intérieur : « ce sont des 
terroristes ».

Celui qui, à un moment donné, pouvait se qualifier de « terroriste » ne peut plus l’utiliser. Durant l’occupation allemande, les résistants sont des terroristes. Si ce sont des terroristes, dans l’image dévalorisante, ils échappent à toutes les lois et à toutes les règles. Le terroriste va être qualifié comme étant un combattant illégal. Généralement le traitement d’un combattant illégal va très vite…

L’usage du mot s’offre comme le moyen de nier aux acteurs de la violence toute légitimité. L’usage de la violence est totalement délégitimé justifiant une très forte répression comme l’utilisation de la torture. Pour assure la sécurité de l’État il faut autoriser la torture. Le mot « terrorisme » devient un discours de l’englobant.

Nécessité de construire un autre vocabulaire pour les acteurs de la violence[edit | edit source]

Los maquis de la sierra de Jaén.

Il va falloir créer un autre discours pour légitimer l’action des terroristes. « on nous appelait des terroristes », cela créé une sorte de distance. Dans les récits de combat, celui qui était potentiellement un terroriste va prendre un discours pour dire qu’il n’est pas terroriste.

Le terme « guérilleros » va apparaitre dans le cadre de mouvements en Amérique latine dans les années 1970. En Italie, les Brigades Rouge en 1973 vont utiliser le terme de résistant.

D’autres mots ont le même problème sémantique. L’histoire du mot « terrorisme » et sans doute à rapprocher à d’autres mots :

  • fondamentalisme : hérésie protestante.
  • intégrisme : dans l’Espagne catholique du XVIIIème siècle.
  • fanatisme : le lieu romain de l’oracle.

Ce sont des mots surdéterminés dans le contenu oubliant l’histoire comme, par exemple, avec le fondamentalisme.

Comment y voir plus clair[edit | edit source]

Le terrorisme en tant que concept relèverait d’une forme d’impensée des sciences sociales. Une impensé est le contraire de la pensée, c’est un objet scientifique qu’on ne peut pas conceptualiser. Le champ des sciences sociales est à la fois construit par des objets pensés et il y a des objets qui sont impensés qui empêchent.

Si on n’arrive pas à construire, c’est parce qu’il y a plusieurs raisons. Cela n’a pas été construit dans une conception noble, les sciences sociales, les chercheurs n’ont pas pu le saisir comme un objet scientifique. L’histoire structuraliste, la sociologie, la polémologie qui est une science de la guerre a travaillé sur les guerres des États-Nations.

Le terrorisme n'a donc pas été étudié. On peut parler d' « ostracisme scientifique » :

  • questionnement absent de l'Histoire structuraliste dans les années 1930-1950.
  • questionnement absent de la sociologie qui ne se saisit que de la question de la violence.
  • cas paradoxal de la polémologie qui cherche à produire une science de la guerre et de la violence.

Le terrorisme[edit | edit source]

La question du terrorisme est réinterprétée par les sciences en fonction du regard analytique, mais n’a jamais été regardée en tant que telle.

L’historien s’inscrit dans l‘histoire des violences humaines, le politologue relève exclusivement de l’espace du politique, le philosophe engage une réflexion sur l’usage du bien et du mal débouchant sur une question morale versus le mal radical comme Hannah Arendt, le psychologue et le psychanalyste situent le terrorisme du côté des pulsions renvoyant à un processus psychique et à l’impact du mal dans la nature humaine, pour l’anthropologue cela renvoie à la notion de violence et de sacré ainsi qu’au rite sacrificiel des sociétés primitives, pour le juriste cela renvoie à la nature des délits institués dans les faits.

Des définitions infinies[edit | edit source]

Il n’y a pas un champ social structuré sur ces questions. Si on est dans un champ de définition infinie il y a deux types d’approches :

  • l’intentionnalité [l’amont] : nous allons qualifier l’acte terroriste par l’intention de l’acte en lui-même. C’est l’un des premiers courants qui apparaît, on peut qualifier de terrorisme ce qui est pensé intentionnellement.
  • l’impact des actes [l’aval] : nous nous interrogeons non pas sur la nature de l’intention, mais sur la nature des faits produits. C’est une définition de l’efficacité, on va techniciser la définition dans le cadre d’une de politisation de l’acte.

La palette infinie des intentions et des formes d’actions conduit inévitablement à des définitions plurielles.

Du côté de l’amont [l’intentionatlité][edit | edit source]

Jean Baudrillard, Raoul Vaneigem, Raymond Aron et Annie Kriegel

« La terreur est l'étape ultime du système qui élimine la mort accidentelle pour la remplacer par la mort systématique et organisée. »

— Jean Baudrillard

« Les règles du terrorisme ce sont les flics, les juges, les patrons, les chefs, les défenseurs de la marchandise et de son système de mort qui les imposent et en multiplient la présentation. »

— Raoul Vaneigem, Vaneigem idéologise la définition du terrorisme, c’est ce que l’État organise en termes de violence.

« Est considérée comme acte terroriste, une action violente entreprise généralement par un individu ou un groupuscule non­ étatique, dans un but presque toujours politique, contre des cibles non discriminées, avec des moyens limités et dont la particularité est de produire un climat de terreur ou les effets psychologiques sont hors de proportion avec les résultats physiques qui découlent d'un tel acte. »

— Raymond Aron

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Aron élimine dans sa définition la définition du terrorisme étant comme un phénomène d’État. Dans le cas du régime de la Terreur, c’est un terrorisme d’État qui au nom de la défense de certaines formes de libertés va terroriser une petite portion de sa population et la Russie pour conserver le pouvoir. Aron élimine cette approche. Dans le cas du 11 septembre d’un côté Aron à raison, c’est un attentat terroriste « fait avec des cutteurs », mais en réalité, si on calcule le coût de la préparation du 11 septembre, le coût devient plus élevé, si à la fin on regarde les effets du 11 septembre, cela devient une crise mondiale.

« Même s'ils se complètent souvent et sont également répréhensibles, assassinats politiques et terrorisme sont deux choses différentes: le terrorisme est par nature aveugle et frappe des innocents pris en otage. L'assassinat politique abat des adversaires. »

— Annie Kriegel

Le filtre d’une définition cerne et cherche à qualifier l’acte en fonction de cette définition.

Du côté de l’aval [l’impact des actes][edit | edit source]

Il est impossible de déjouer le piège de la dépolitisation inscrite dans l'usage courant même du mot. Pour Jean-Luc Marret, « Le terrorisme » peut être pensé « comme une pratique, voire comme un métier ». En prenant une position aval, il va dépolitiser le terrorisme. Le terrorisme peut être un métier comme ce fut le cas de Carlos qui vendait sa compétence.

Apparaissent des sommes de définitions autant sujettes à caution : « Terrorisme politique »

Peut-il exister un terrorisme qui ne soit pas politique ? Où met-on la limite entre les deux ? Un mafieux ne pense pas le monde, il a une idéologie criminelle.

« Terrorisme du faible »

Peut-il exister un terrorisme du fort ?

« Terrorisme idéologique »

Peut-il exister un terrorisme non idéologique ?

« Terrorisme aveugle »

Comment caractériser le terrorisme non aveugle ?
Noam Chomsky

Toutes ces analyses typologiques faites notamment par Isabelle Sommier montrent l’émergence de typologies situées tant du côté des origines que des buts ou encore des moyens.

Une conclusion s’impose. Le mot « terrorisme » résiste à tout effort de simplification conceptuelle. Le terrorisme n’est pas une réalité extérieure à toute société humaine.

Après le 11 septembre 2001, Noam Chomsky dit « le terrorisme est ce que les dirigeants appellent ainsi ». Pour Chomsky, ne regardons pas le terrorisme, mais ce qu’il emploie. C’est une critique très forte de l’administration Bush.

Aperçu historique de l’histoire du terrorisme[edit | edit source]

L’histoire du terrorisme ne peut que reposer sur une vision englobante et minimaliste du terrorisme qui définit le terrorisme sur la base du plus petit dénominateur commun soit l'acte de violence en tant que tel.

La Mort de César par Karl von Piloty
« Métellus lui découvrit le haut de l’épaule ; c’était le signal. Casca le frappa le premier de son épée » (Plutarque)

Une liste possible, mais non exhaustive :

  • Forme initiale : le tyrannicide antique énoncé par Platon et Aristote pour qui le tyrannicide est un devoir et considéré normal.
  • Meurtre de Jules César.
  • Les Zélotes juifs : Sicarius, qui tue avec une dague.
  • La secte des Haschishins [Assassins] entre 1090-1272 : Al-Qaeda est considérée comme étant sur le même modèle.
  • L'Inquisition espagnole du XIII au XVIème siècle.
  • Les guerres de religion.
  • La guerre de Trente Ans, 1618 – 1648.
  • La Révolution Française et la naissance de la Terreur révolutionnaire instaurée par Robespierre.
  • « II faut gouverner par le fer ceux qui ne peuvent l'être par la justice : il faut opprimer les tyrans » Saint-Just.
  • Tentative d'assassinat de Napoléon en décembre 1800 qui est le premier acte terroriste décrit ainsi a posteriori.
  • La « Terreur blanche » des royalistes en France, 1815-1916.
  • La lutte révolutionnaire prônée par Michel Bakounine (1814-1876).
  • L'anarchisme espagnol, 1878-1893.
  • L'anarchisme en Europe (Italie, France, ...).
  • Assassinat de l'Impératrice Élisabeth d'Autriche sur les quais de Genève par Luigi Lucheni le 10 septembre 1898.
  • Les théories du communisme anarchiste et la théorie de la « propagande par les faits»
  • Ravachol en France.
  • La Russie prérévolutionnaire de Pierre Kropotkin.
  • Le catéchisme révolutionnaire.
  • L'Assassinat des Tsars.
  • La Révolution russe de 1917 et le « nouveau terrorisme».

La propagande par le fait est le fait même de tuer ou de faire acte de violence qui fait fonction de propagande. La violence terroriste n’existe que par le fait parce qu’il y a publicité. Il y a dans la dimension terroriste que parce que ce qui se joue est la publicité de l’acte, ce qui explique très bien pourquoi le terrorisme est en ville parce qu’e c’est le lieu où il y a la production de la valeur et de la richesse. Il n’y a pas d’acte terroriste là où il n’y a pas de publicisation de l’acte.

À partir du XIXème siècle émergent des actes individuels ou collectifs qualifiés de « terroriste ». Dans la Russie tsariste, la lutte mêle des anarchistes qui considèrent qu’il y a une légitimité de la lutte révolutionnaire par la violence. Ils vont allègrement essayer de tuer et tout l’anarchisme en Europe va se construire dessus où l’assassinat politique devient un élément normal de la résistance politique.

La vague la plus importante de terrorisme est la Russie prérévolutionnaire. Souvent la violence étant quelque chose d’extrême, cela justifie la construction d’un discours et d’une rhétorique, il n’y a pas de mouvement terroriste sans production d’un discours idéologique avec la production de beaucoup de papiers qui justifient l’action. La lutte antiterroriste s’appuie sur l’analyse d’un discours. En Russie, il y avait notamment un catéchisme révolutionnaire.

Autour de la Première guerre mondiale : 1914 - 1918[edit | edit source]

Apparaissent des formes un peu plus contemporaines détachées de toutes références religieuses et/ou purement spirituelles. Tout ce qui est révolutionnaire est lié à la création d’un sentiment national avec la création des États-Nations et les nations opprimées qui s’engagent dans la lutte révolutionnaire pour lutter contre l’oppresseur.

Dans le cas de la lutte irlandaise contre l’occupation anglaise est créé en 1858 l’Irish Republic Brotherhood [IRB] puis en 1918 L’Irish Citizen Army [ICA] ainsi que la l’Irish Republican Army [IRA]. En 1890 est aussi créée la Fédération Révolutionnaire Arménienne [FRA]. L’Organisation révolutionnaire pour l’Indépendance de la Macédoine est fondée [ORI] est fondée en 1893. En 1919 ce sont les Fasci italiani di combattimento, en 1922 les Freikorps qui est un système d’intimidation et de violence qui va porter Hitler au pouvoir, en 1927 est fondé la Société des Frères Musulmans afin de lutter contre l’oppression anglaise, enfin en 1934 a lieu la Longue Marche de Mao qui peut être considérée comme un mouvement révolutionnaire.

Le 21 mai 1941 est assassiné Alfons Moser qui est un soldat allemand choisi au hasard, tué par deux balles dans la tête à la station de métro Barbés à Paris. Il faut radicaliser les positions pour créer un mouvement de résistance à l’oppression. Le 24 décembre est assassiné l’Amiral Darlan à Alger par la Résistance qui multiplie les commandos et attaques des infrastructures stratégiques allemandes en France occupée.

Le terrorisme se poursuit après 1945 dans les luttes de la décolonisation comme à Hô-Chi Minh avec la lutte révolutionnaire en Indochine ou encore le 1er novembre 1954 avec les attentats d'Alger et la création du Front de Libération Nationale [FLN]. La « bataille d'Alger» est le moment ou fut créée l'Organisation de l'Armée Secrète [OAS].

Les années 1960 et les années 1970[edit | edit source]

Il faut distinguer « terrorisme international » de « terrorisme global ». Le terrorisme international est le terrorisme des années 1960 et 1979 qui va commencer à s‘internationaliser. Toutefois, même si les revendications commencent à s’internationaliser, elles restent circonscrites aux États-Nations. C’est une dimension internationale du terrorisme où les revendications sont internationalistes, mais peuvent rester aussi dans l’État-Nations alors que pour Al-Qaeda on parle de terrorisme globalisé.

L’OLP est dans le cadre d’un terrorisme international souhaitant la création d’un État palestinien. Afin d’avoir de la puissance, l’OLP décide d’exporter la lutte sur le plan international notamment avec des détournements d’avions. L’ETA a toujours combattu pour libérer le Pays basque de la tutelle espagnole.

La poudrière du Moyen-Orient[edit | edit source]

Les tours du World Trade Center en feu après les impacts des vols AA11 et UA175.

À partir des années 1972 est la poudrière du Moyen-Orient. Les motivations et les logiques de ces attentats sont très différentes les unes des autres. Les attentats aux Jeux Olympique de Munich sont différents de la motivation d’Al-Qaeda du 11 septembre.

Rien ne permet donc d'imaginer que le terrorisme puisse être éradiqué et disparaître de la planète. Les habitants de ce nouveau siècle devront vivre avec lui dans l'insécurité que ses nouvelles menaces laissent planer sur chacun d'entre nous.

Nous sommes dans une forme d’insécurité, mais qui peut être aujourd’hui plane directement sur nous alors qu’elle ne planait pas directement sur nous il y a 30 ou 40 ans, période dans laquelle on était dans une forme de terrorisme ciblé. On ne touchait pas aux civils parce que l’on considérait que c’était se mettre la population à dos parce qu’on a besoin d’eux dans la lutte.

Le 11 septembre est un changement de paradigme. Avec la fatwa de Ben Laden, les innocents n’existent pas. Le statut d’innocent n’existe pas dans le discours d’Al-Qaeda. Au contraire, il n’y a que des responsables. Lorsqu’ils envisagent de mettre plus de bombes aux États-Unis, ils demandent aux musulmans de sortir des États-Unis.

Les définitions institutionnelles[edit | edit source]

Il n’y a pas de définition consensuelle mas il n’y a pas non plus de définition institutionnelle du terrorisme. Il y a y une impossibilité immédiate de parvenir à une définition universelle du terrorisme. La seule définition du mot est par la négative.

Le terrorisme des uns et les résistances pour les autres. Il y a un problème sémantique parce que cherche à disqualifier la lutte de celui qui la mène puisqu’on est dans du conflictuel très fort. C’est-à-dire qu’i y a une ambivalence des sentiments possibles avec du rejet, de l’antipathie, de l’empathie, de la sympathie ou encore de l’indulgence.

Le droit à la recherche d’une définition englobante universelle selon le droit positif cherche à qualifier selon un principe de rationalité juridique. Le droit n’est aussi que la production d’un rapport de force dans un temps donné. Le droit est obligé de s’adapter à l’évolution de la société, parfois il s’adapte mal, mais il régule. Le droit cherche toujours à fabriquer une rationalité générale et universelle pour résoudre toutes les situations.

À partir des années 1930 et de la troisième Confédération pour l’Unification du droit pénal, on cherche à définir le terrorisme qui sera défini comme « l’emploi intentionnel de tous les moyens capables de faire courir un danger commun ».

L’extension du droit va même aller jusqu’à la Société des Nations qui recherche une définition commune suite à l’assassinat d’Alexandre Ier de Serbie à Marseille en 1934. À la suite, deux définitions issues de deux conventions internationales sont ratifiées par 25 États sauf les États-Unis et l’Italie en 1937 :

  • « Faits criminels dirigés contre un État et dont le but ou la nature est de provoquer la terreur chez des personnalités déterminées, des groupes de personnes ou dans le public ». Seul donc l'État-nation est responsable de la lutte contre le terrorisme
  • « Faits dirigés tant contre la vie de chefs d'États, que la destruction de biens publics ou destinés à une utilisation publique ».

Il n’y a pas de définition précise, le terrorisme pose un problème manifeste qui est qu’on ne peut se satisfaire d’une définition du terrorisme puisqu’elle n’est pas suffisamment précise, les États-Nations ne veulent pas se dessaisir de leur souveraineté. C’est la responsabilité de l’État-nation sur la question de sécurité.

Toute définition précise pourrait indisposer certains pays dans leur politique intérieure et extérieure. Tout système d’échange d’information se heurte à la logique d’État-Nations, la sécurisé propre de l’État est gardée par l’État-nation.

Déjà sous la Société des Nations on ne peut arriver à une définition universelle. La Société des Nations abandonnera toute recherche de définition, l’ONU ne s’engagera pas dans une telle réflexion.

Comment se définit le terrorisme dans les conventions internationales entre les années 1960 et les années 1980 ?[edit | edit source]

Les conventions internationales à caractère universel ne peuvent prendre en considération que le terrorisme dans l’acte et non pas dans la revendication. On voit réapparaitre le mot « terrorisme » qui décrit des situations notamment pour prévenir les actes contre les aéronefs qui eurent lieu dans les années 1970. Entre 1963 et 1979, 12 conventions furent ratifiées.

En 1987, l’ONU prévoit sans succès d’organiser une conférence sur la définition du terrorisme international. Refus de nombreux pays. Le mot terrorisme surgit néanmoins dans le droit conventionnel au début des années 1990. Le mot « terrorisme » apparait dans la convention de 1997 pour la répression des attentats à l’explosif.

L’ONU commence à s’organiser sur la nature des termes, mais il faut attendre 1999 pour produire une convention internationale sur le financement du terrorisme.

Les conventions sont sur la distinction entre « terrorisme » est « conflit militaire ». Le terrorisme n’est pas un acte militaire, un acte militaire est entre États-Nations. Toutes les conventions internationales avant le 11 septembre distinguent la guerre du terrorisme.

« Tout acte destiné à causer la mort ou des dommages corporels graves à toute personne civile ou à toute autre personne qui ne participe pas directement aux hostilités dans une situation de conflit armé, lorsque par sa nature ou son contexte, cet acte est destiné à intimider une population ou à contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque. »

L’accent est donc mis sur la différence entre terrorisme et le conflit armé militaire comme conflit légal. Par sa résolution 1368 en date du 12 septembre 2001, le Conseil de Sécuristé des Nations-Unies condamne unanimement les attentats du 11 septembre sans chercher néanmoins à qualifier et définir le concept utilisé de « terrorisme planétaire ». La résolution 1373 du 28 septembre va suivre.

Les mêmes difficultés de définition apparaissent dans les approches par les législations nationales[edit | edit source]

Avec le 11 septembre 2001, il y a une rupture fondamentale avec George W. Bush pour qui le terrorisme est la guerre [« war against terrorism »]. Tout ce qui avait été pensé explose.

Toute définition du terrorisme est fonction de la manière dont la menace est perçue. En France selon la loi du 9 novembre 1986 le terrorisme est une « entreprises individuelles ou collectives ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Au États-Unis ce sont les « activités ayant pour but d’organiser, encourager ou participer à tout acte de violence gratuit ou indiscriminé́ avec une différence extrême au risque résultant de causer la mort ou des dommages corporels graves à des personnes ne prenant pas part aux hostilités » [USA, Public Law, 22 décembre 1987]. En Allemagne c’est une « associations ayant pour but de perpétrer diverses infractions qui sont visées et qualifiées de terroristes ». La convention allemande ne dit pas ce qu’est le terrorisme, mais ce que l’on peut qualifier de terrorisme.

Pour parvenir à une définition juridique internationale[edit | edit source]

Pour parvenir à une définition internationale, on ne peut se retrouver que sur un plus petit dénominateur commun. Toute définition minimale va pouvoir se faire marquant des divergences ne pouvant se faire que sur une dépolitisation de l’acte terroriste lui-même. Le 11 septembre ne parait pas de ce point de vue avoir fait évoluer cette réflexion.

Après le 11 septembre, une convention générale relative au terrorisme est mise à l’étude sans que les partenaires puissent s’accorder sur la nécessité de le qualifier.

Est-il nécessaire de définir et qualifier le terrorisme pour agir ?[edit | edit source]

Les implications sont importantes, en prenant le conflit israélo-palestinien, est-ce que les palestiniens sont des terroristes ou des résistants. Selon le camp, des positions différentes vont être défendues. La Ligue Arabe ne peut accepter que les actes de violence perpétrés dans la bande de Gaza sont des actes terroristes.

Le paradoxe dans lequel on se retrouve est le fait que c’est parce que le terrorisme n’est pas qualifié que les États vont pouvoir le traiter. Si on le qualifie, on risque d’être empêché d’agir. En ne le définissant pas, il est plus aisé d'être réactif et de ne pas dépendre des autres États pour traiter le problème.

Quels sont les inconvénients de ne pas parvenir à le définir sur le plan international ?[edit | edit source]

C’est d’abord à chaque État au nom de sa sécurité de traiter le problème. Néanmoins il y a de la coopération, mais personne ne veut répondre sur les façons d’opérer, d’agir sur les limites de l’État-nation.

Le terrorisme comme simple label permet aux États ce qu’on appelle les principes d’application de la raison d’État qui est l’autorisation de se doter de lois d’exception qui sont antidémocratiques pour régler le problème du terrorisme. Guantanamo est la situation la plus incroyable du point de vue juridique international.

Le terrorisme est un phénomène éternel, un phénomène qui évolua selon des phases, la nature des débats politiques. C’est quelque chose qui évolue dans la nature des moyens, mais c’est un objet dont les États-Nations gardent la prérogative d’une gestion. Il faut noter une forme de souplesse qui permet aux États-Nations de gérer selon sa propre conception sans rendre de compte à personne.

Annexes[edit | edit source]

Bibliographie[edit | edit source]

  • Rémi Baudouï, Les défis du terrorisme, Paris, Ellipses, février 2007 ;
  • Rémi Baudouï, Géopolitique du terrorisme, Paris, Armand Colin, 2009;
  • Gérard Chaliand, Arnaud Blin, Histoire du terrorisme, Paris, Bayard, 2004 ;
  • Laurent Dispot, La machine à terreur, Paris, Grasset, 1978 ;
  • Eric Cobast, La terreur une passion moderne, Paris, Sirey, 2004 ;
  • Jean-Claude Frère, L’Ordre des Assassins, Paris, Grasset, 1973 ; Roland Gaucher, Les terroristes, Albin Michel, 1965 ;
  • Jean- François Gayraud et David Sénat, Le terrorisme, Paris, Que sais-je ?, 2002 ;
  • Anna Geifman, La mort sera votre Dieu. Du nihilisme russe au terrorisme islamiste, Paris, La Table Ronde, 2005 ; Daniel Guérin, L’anarchisme, Paris, Idées-Gallimard, 1965 ;
  • J. de Hammer, Histoire de l’ordre des assassins, Paris, Le Club du Livre, 1961 ;
  • Karl Kautsky, Terrorisme et communisme. Contribution à l’histoire des révolutions, Paris, 1925 ;
  • Bernard Lewis, Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’Islam médiéval, Paris, Berger-Levrault, 1982 ;
  • Isabelle Sommier, Le terrorisme, Paris Flammarion, 2000 ;
  • Charles Townshend, Terrorism, a very short Introduction, New York, Oxford University Press, 2002 ;
  • Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, Paris, Gallimard, 1964 ;
  • Karl Marx, La lutte des partisans, Paris, 10/18, 1973 ; André Salmon, La terreur noire, Paris, 10/18 ;
  • Léon Trostsky, Terrorisme et communisme, Paris, 1963.

Références[edit | edit source]