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Internationalisation des luttes et émergence du terrorisme international

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Nous allons traiter du « terrorisme international » qui est une appellation très datée et historicisée. Le « terrorisme international » concerne généralement les années 1960 jusqu’aux années 1990. On oppose le « terrorisme international » au « terrorisme global ».

Dans un premier temps, nous allons essayer de qualifier le « terrorisme international » puis dans un second temps nous allons aborder les techniques du « terrorisme international » en montrant qu’il y a peut être un lien à traiter entre les définitions du terrorisme et le et les techniques. Il y a des luttes à partir des années 1960 qui s’internationalisent.

Le « terrorisme international » a fortement marqué les débats politiques dans les démocraties occidentales à partir des années 1970 jusqu’au début des années 2000. Les années 1970 sont liées à l’évolution de l’idéologie marxiste révolutionnaire, d’autre part, il va frapper au cœur des démocraties occidentales c’est une action violente revendiquée comme telle et efficace. Le « terrorisme international » va préparer les États modernes à la gestion de la violence et va anticiper le 11 septembre et l’après 11 septembre. Le 11 septembre va s’enraciner dans cette histoire préalablement avant que les démocraties occidentales vont construire des formes de contrôles administratifs très poussés dès les années 1970. On peut aussi se demander comment les formes d’actions violentes n’anticiperaient-elles pas le terrorisme du XXIème siècle.

Il est possible d'avancer trois raisons :

  • une part importante de notre histoire politique contemporaine ;
  • une évolution importante du terrorisme dans les démocraties occidentales ;
  • des formes de terrorisme et d’action violente qui anticipent le terrorisme du XXIème siècle.

Le terrorisme international[modifier | modifier le wikicode]

Il faut prendre en considération deux mots souvent accolés :

  • Terrorisme international

Ce terme désigne le mouvement d’internationalisation - dépassement des frontières de l’État-nation. Le mot « international » est un dépassement de l’État nation, c’est l’État-Nations qui doit assurer la sécurité des citoyens.

Il y a une relation importante entre le territoire politique et le territoire de l’action violente. L’internationalisation du terrorisme va dans le sens d’un dépassement poussif des frontières parce que la frontière qui définit un périmètre d’un État-Nation est un territoire très intéressant pour ceux qui veulent commettre une action de violence, car on se trouve dans un autre système de sécurité d’un autre État. Changer de frontière protège et garantit une protection si nous ne sommes pas dans un espace international de frontières ouvertes. C’est le cas de l’ETA qui commet des crimes en Espagne et se réfugie dans des bases arrière en France. La frontière devient un enjeu important participant à faire prospérer le terrorisme.

  • Terrorisme de la Guerre froide

Ce terme désigne seulement la période dans laquelle le terrorisme se développe dans le cadre des conflits d’intérêts entre grands blocs. La Guerre froide va geler avec l’armement nucléaire directement le conflit entre les deux. Dans la dissuasion nucléaire, il y a un outil paradoxal de maintien de la paix. Bien évidemment, la Guerre froide va fonctionner par toutes les marges des territoires et des empires, par tous les territoires qui peuvent être joué par une puissance contre un autre.

La Guerre froide va multiplier des aires de conflit et de puissance hors du territoire. Le terrorisme va être accaparé dans le registre d’opposition entre ouest et est. Certains pays avaient intérêt à développer des forces de violence politique en dehors de chez eux. L’Égypte de Nasser déçu des américains et qui se rapproche des régimes politiques dissidents va financer les régimes anticolonialistes contre la France. Le terrorisme international entre dans la relation de la complexité de la Guerre froide.

Lorsqu’on parle de « terrorisme international », on met trois types de mouvements ensemble. Autrement dit, il y a une périodisation et une désignation à nuancer puisque sous la rubrique « terrorisme international », se rangent trois ensembles de mouvements :

  1. les groupuscules palestiniens : sont liés directement à la création de l’État d’Israël naissant à partir des premières guerres israélo-arabes de 1949. Va se redynamiser à partir de 1956 avec la fondation du MLNP par Yasser Arafat. C’est une revendication territoriale de destin qui nécessite de lutter les armes à la main.
  2. la Rote Armee Fraktion ou « Bande à Baader » [République Fédérale d’Allemagne] : dans la crise de l’État providence et des démocraties occidentales qui doutent de leur efficacité, va émerger la Rote Armee Fraktion.
  3. les Brigade Rosse [Italie] : c’est un mouvement ouvriériste qui va chercher à lutter contre les grands propriétaires bourgeois.

Dans ce « terrorisme international », on met des choses relativement différentes.

Les trois mouvements du terrorisme international[modifier | modifier le wikicode]

Les groupuscules palestiniens[modifier | modifier le wikicode]

Le conflit israélo-palestinien va faire monter de nombreux mouvements qui vont par la suite susciter la dissidence. Il y a le besoin de fabriquer un discours de légitimité pour former la lutte et ensuite de s’opposer à l’autre.

Front populaire de libération de la Palestine (en arabe : الجبهة الشعبية لتحرير فلسطين (al-Jabhah al-Sha`biyyah li-Taḥrīr Filasṭīn), abrégé FPLP)

Le conflit né de la création de l’État d’Israël avec de nombreuses nébuleuses :

En 1956, Yasser Arafat et Salah Khalef fondent le MLNP [Mouvement de libération nationale de la Palestine] qui adopte en 1959 le nom de Fath puis de Fatha ou d’El Fatha [acronyme inversé de «harakat ut-tahrîr il-
wataniyy ul-falastîniyy» « Mouvement national palestinien de libération »]. Ces mouvements sont dans le refus de l’État israélien ayant même des appuis institutionnels focalisant un certain type de sympathisant. L’objet est de lutter au départ contre la spoliation des terres. Les palestiniens vont s’armer fabriquant tout un corps de sympathisants reconnus par les États voisins afin de projeter une dimension géopolitique. Le constat est très important, l’enjeu n’a rien à voir avec les autres enjeux, il y a l’idée de créer un État et de se faire identifier. Il y a la tentation de rassembler les palestiniens dans une direction commune.

Yasser Arafat

En 1964 est créé l’OLP [Organisation de la Palestine] qui intègre le Fatah en 1968. En 1967, Ahmed Jibril et Georges Habache fondent le FPLP
[Front Populaire de libération de la Palestine]
qui est une mouvement d’inspiration marxiste-léniniste accusant Israël d’être « un État impérial ». LE FPLP à l’OLP se rallient en 1969 – 1970 puis vont de scissions en scissions ; le FPLP se radicalise. C’est une lutte inespérée par l’idéologie marxiste pour se libérer d’une tutelle et dans ce discours Israël est un État impérial.

En provenance du Fatah, des membres créent Septembre Noir en 1970 pour engager la lutte armée organisant la lutte armée notamment en Jordanie. En 1974, Arafat condamne depuis la tribune de l’ONU les activités terroristes pour faire entrer l’OLP sur la scène internationale. Pour Arafat l’enjeu est de faire de la violence un moyen de la lutte. Il tente de faire reconnaître l’OLP comme un acteur international pour organiser la paix. Certains vont le considérer comme un grand homme politique et d’autres comme un traite.

La position d’Arafat engage d’importantes scissions avec la création du Fath conseil révolutionnaire [فتح المجلس الثوري] par Abou Nibal et la création du PLP. Il nous faut donc parler de « nébuleuse palestinienne ».

La Rote Armee Fraktion[modifier | modifier le wikicode]

Rote Armee Fraktion RAF, Baader-Meinhof-Bande.

La Rote Armee Fraktion [RAF] et les Brigades Rouges [BR] naissent dans un contexte sociopolitique bien diffèrent que celui des mouvements palestiniens qui est celui du destin de deux puissances industrielles enchevêtrées dans des contradictions politiques, économiques et culturelles. Ce sont des sociétés bloquées parce qu’elles n’ont pas été capables et n’ont pas pu réfléchir à leur propre histoire et à leur propre responsabilité dans la Seconde guerre mondiale. Beaucoup d’élites sont directement des élites qui proviennent de l’Allemagne nazie ou de l’Italie fasciste. L’après-guerre n’a pas permis une véritable révolution mentale, intervient une crise d’identité des jeunes.

Avec la deuxième école de Francfort qui est une école de philosophie avec des grands penseurs et le grand institut de recherche sociale vont être le cadre d’un débat un peu marxiste universitaire sur la lutte contre la technocratie, la lutte contre le consumérisme et la lutte contre la société de masse. Très rapidement le marxisme va avoir un effet mobilisateur important pour passer à autre chose qui pousse vers une lutte de gauche révolutionnaire.

La RAF critique la société allemande justifiant le fait qu’il faut se rebeller contre cette société, il n’est pas possible de le faire par une voie réformiste des partis de gauche.

Raf manifestation.png

La RAF est issue de la « nouvelle gauche » antiparlementaire des années 1960 qui s’oppose à la voie réformiste prise par les partis de gauche. La RAF et les Brigade Rouges se déterminent contre une « bonne » pensée de gauche, tout comme à Berlin avec Rudi Dutschle, marxiste qui rejette la société allemande et son passé trouble. De plus, cela entre dans l’écologie de la guerre du Vietnam qui ne serait qu’une forme supplémentaire d’impérialisme en Asie. Le modèle que l’on va promouvoir afin de porter cette révolution est le modèle latino-américain. La guérilla latino-américaine est un moment important de la prise de conscience par le peuple de la capacité à faire la révolution. Il y a une solidarité avec les guérillas d’Amérique latine avec un anti-impérialisme, un tiers-mondisme, et un anticapitalisme qui conduit la société de consommation de masse et a prorogé les élites nazies. La colonisation américaine se traduit aussi par un impérialisme américain en Allemagne à travers les bases américaines.

Ulrike Meinhof en compagnie de Gudrun Ensslin

Les premiers attentats vont commencer en 1968 et durer jusqu’en 1998. Le 2 avril 1968 est le premier passage à l’acte avec des attentats contre deux magasins de Francfort par Horst Sohlein, Thoward Proll, Andreas Baader et Gudrun Ensslin. Le 14 mars 1970, Andreas Baader est libéré de la bibliothèque de l’Institut des Sciences sociales de Dahlem à Berlin par un commando dirigé par Ulrike Meinhof. C’est alors que le sigle de la RAF apparaît. Le 18 mars 1998, les derniers membres du groupe annoncent depuis la clandestinité qu’ils cessent le combat et que leur lutte appartient à l’Histoire. L’histoire de la RAF aura duré 20 ans.

Les Brigades Rouges[modifier | modifier le wikicode]

Drapeau des Brigate Rosse.

Avec les Brigade Rouges, il y a la perception d’une société italienne bloquée où se forme un gros prolétariat avec un fort ressentiment face à l’impossibilité de partager les dividendes de la croissance économique. Dans les usines du Nord émergent des groupes autonomes clandestins liés au marxisme, maoïsme, trotskisme, opératisme et situationnisme. Leur idéal est de dire qu’il faut installer un communisme, mais qui soit un communisme révolutionnaire et qui part de la base. Dans l’idéologie des Brigades Rouges, il y a une idéologie de terrain. Le renversement dialectique revient à dire que les intellectuels doivent entrer dans les usines pour mener la lutte. La condamnation politique à la base est une condamnation de la politique de la Démocratie Chrétienne et du « compromis historique » du Parti communiste italien avec la première formation politique.

Milan 12 décembre 1969 : L’Attentat de Piazza Fontana, premier acte de la stratégie de la tension.

Ces mouvements apparaissent aussi parce que la contestation ne trouve plus sa place sur l’échiquier politique de la démocratie. Comme en RFA, la contestation ne trouve plus les débouchés démocratiques de son expression. C’est entre 1969 et 1970 que se constitue les Brigades Rouges favorable à l’usage de la « force révolutionnaire » afin changer la société, dénoncer la guerre du Viêtnam et la présence des bases de l’OTAN. Le 25 avril 1969 a lieu l’attentat de Milan faisant 21 blessés puis le 12 décembre 1969 a lieu les attentats de Rome tuant 16 personnes.

L’histoire de ces mouvements est complexe. Ces étudiants très mobilisés dans les années 1969, localisés dans les centres industriels vont aussi avoir des difficultés à pouvoir porter longtemps leur lutte notamment parce qu’ils sont très traqués et cherchés, de plus, une fragmentation idéologique apparaît. En 1981, les Brigades Rouges se fragmentent trois groupes:

  • BR-colonna Walter Alesia ;
  • BR-partito guerriglia ;
  • BR-partito communista combattente d’oû naissent en 1985, les BR-unione dei communisti combattenti.

En 1987 est voté la loi de dissociation qui permet aux anciens brigadistes de négocier leur rapatriement dans la société et en 1988, les fondateurs des Brigades Rouges annoncent la fin du mouvement. Mais, depuis quelques, années les Brigades Rouges réapparaissent. Les nouvelles générations de violence qui apparaissent en Italie s’appellent les Nouvelle Bridages Rouges. Le cigle « Brigade Rouge » serait en train de revenir, mais dans une légitimation qui est récusée par les fondateurs des Brigades Rouges.

Les convergences BR – RAF et divergences avec les mouvements palestiniens[modifier | modifier le wikicode]

Convergences[modifier | modifier le wikicode]

Il y a une simultanéité des formes d’actions violentes dans les mêmes années et plus particulièrement autour des années 1968. Ce qui caractérise cette interprétation est qu’elles se font également sur un aveuglement. Il y a la fabrication intéressante du modèle d’Amérique latine par ces jeunes acteurs avec la sensation que l’histoire et en marche et qu’il faut y être.

La lutte contre l’impérialisme est le trait d’union qui relie les mouvements de la guérilla palestinienne à ceux de la RAF et des BR. Il y a une idéologie anti-impériale qui va traverser tous ces mouvements notamment avec la guerre du Vietnam qui est un formidable mobilisateur d’une minorité active contre la guerre anti-impérialiste et donc marxiste. Le poids de la presse dans le conflit du Vietnam est éminemment important. Le poids des images a participé dans la fabrication de l’opinion publique.

Divergences[modifier | modifier le wikicode]

Il faut toutefois différencier la guérilla palestinienne des Brigades Rouges. Les palestiniens s’opposent à la réalité d’un État construit dans lequel ils ne sont pas. C’est quelque chose qui est peut-être plus dans l’imaginaire que dans la réalité. Il y a une « dopation » de l’imaginaire d’abord liée à une représentation, c’est la volonté de changer quelque chose. La politique d’opposition entre l’État d’Israël et les palestiniens déplacés explique la lutte politique et militaire palestinienne. Les Brigades Rouges et la Rote Armee Faktion vont construire un discours de l’oppression, le sentiment de souffrance relève peut-être plus de l’oppression de l’imaginaire que de la réalité d’un conflit militaire radical entre deux cultures et deux systèmes politiques. Ni la RAF ou les BR ne s’opposent à un État nation extérieur à eux-mêmes. Dans le contexte occidental, l’analyse des BR et de la RAF se focalise sur la représentation d’une spoliation en cours ou à venir par la constitution progressive d’un modèle impérialiste de domination libérale.

Dénominateurs communs entre les trois[modifier | modifier le wikicode]

Le dénominateur commun est une approche néomarxiste et tiers-mondiste. Le premier programme du Fath juge légitime le recours à la violence dans la mesure ou elle permet seule d’abolir « l’entité́ sioniste » pour lui substituer « la nation palestinienne ». En 1970, le Fath rappelle que l’objectif de la lutte de libération est une révolution destinée à construire la nouvelle Palestine démocratique, laïque et non confessionnelle. Il est possible de faire une analogie avec les mouvements de libération nationale des années 1960. Le FPLP de Georges Habache a une position plus radicale énumérant en 1969 au titre de ses ennemis « Israël, le sionisme, l’impérialisme mondial et la réaction arabe ». L’année suivante, il tente de réorienter la lutte en Jordanie sur la base de l’option révolutionnaire marxiste-léniniste.

L’anti-impérialisme et le marxisme révolutionnaire des BR et de la RFA se construit en opposition avec les partis communistes occidentaux jugés avoir trahi la cause du peuple. On en veut aux partis communistes de ne pas être capable de passer le cap de la Révolution, ils sont réformistes. Lorsqu’un dispositif politique n’a plus la capacité ou la potentialité que toutes les parties arrivent à s’exprimer, alors on produit de l’extrême.

Le marxisme se veut fondamental ou radical. À l’impossibilité d’assumer la mobilisation des forces révolutionnaires du peuple, BR et RFA en appellent à une pensée révolutionnaire bien loin du léninisme. L’inspiration est celle de la pensée libertaire, d’un freudo-marxisme et d’un marxisme subjectif en sortant de la doxa pure de Marx en allant faire un subjectivisme affectif. Cela devient composite avec une influence des notions de « guérilla urbaine » d’Amérique latine, de l’expérience du Che, de Marighella au Brésil et des Tupamaros en Uruguay et de la réussite maoïste en Chine.

Les divergences BR – RAF[modifier | modifier le wikicode]

La Rote Armee Faktion se présente comme internationaliste. C’est un noyau d’intellectuels. Leurs 
objectifs sont de participer à la promotion d’un mouvement révolutionnaire socialiste au-delà de la RFA. Le projet est de solliciter la classe ouvrière en bâtissant « une stratégie unificatrice de la classe ouvrière ». Le terrorisme est perçu comme un élément du processus mondial révolutionnaire. La violence est calculée quelque part. Les premiers attentas dans les grands magasins sont fait de nuit, car il y a un risque de braquer ceux qu’on veut solliciter. La RAF s’appuie donc sur l’Union soviétique comme soutien des luttes révolutionnaires. Pour eux, la République fédérale d’Allemagne est une pure création américaine.

Les Brigades Rouges envisagent de soutenir la lutte en Italie même avec pour objectif de rallier les masses pour prendre le pouvoir en Italie. L’Italie est le produit d’un développement capitaliste réalisé par le système impérialiste des multinationales et le dépérissement de l’État italien en est le résultat. Le Parti communiste italien par le « compromis historique » accompagne ce mouvement. Il y a une condamnation de tout révisionnisme marxiste tant en Italie qu’au-dehors. L’Union Soviétique n’est donc pas glorifiée, ce n’est pas un modèle marxiste soviétique. Elle n’est plus en demeure d’appliquer un schéma marxiste-léniniste dans le cadre d’une lutte révolutionnaire de la construction objective de la lutte. C’est une opposition au « subjectivisme » de la RAF. La RAF n’est pas dans un discours d’aller prendre le pouvoir dans l’usine.

Au départ, il y a une absence de solidarité effective entre RAF et BR. Les BR reprochent à la RAF de mythifier le rôle et la fonction de l’URSS. La RAF reproche au BR leur stratégie centrée sur l’Italie. Le seul point d’espace conjoint qui les rapproche est la lutte palestinienne, car c’est l’émergence quelque part d’une internationale révolutionnaire d’inspiration marxiste. On sait maintenant qu’il y a eu quelques contacts entre la RAF et les palestiniens soit sur des questions d’entraînement militaire et entre BR et palestiniens afin de fournir des armes.

Apparaît une certaine complexité de la situation qui montre qu’il est difficile d’aller trop loin dans l’amalgame. Une fois qu’il y a des différences, il y a une difficulté de négocier les uns avec les autres. Il y a un rapport à l’idéologie marxiste, mais aussi une hétérogénéité.

Les techniques du terrorisme international[modifier | modifier le wikicode]

Au-delà des convergences et des différences entre ces trois mouvements, peut-on dire qu’il y ait eu mimétisme dans les modalités d’action et d’opération ? Y a-t-il un mimétisme dans la façon de faire de la violence qui engage de la publicisation ? Le terrorisme a toujours besoin de la publicité. Le terrorisme n’existe que par les conséquences de son acte, pour réussir, il faut qu’il y ait des dégâts humains ou mobiliers.

Cette question interfère avec la question des solutions. Si on arrive à comprendre les modes d’action des actions violentes, on peut définir des modes de contrôles de ces actions. Qualifier le déroulement des actes de violence permet de définir des mesures de contrôle de ces actes. Il y a un lien avec la promotion de l’acte et ensuite ce que cet acte produit, et si on arrive à la qualifier comment lutter contre cet acte.

La piraterie aérienne[modifier | modifier le wikicode]

La grande invention de ces années est l’émergence de la piraterie aérienne qui est le fait de détourner un avion. Les premiers usages datent de 1945 – 1952 avec des détournements de citoyens de l’Est soucieux de passer à l’Ouest. Au départ ce n’est pas un objectif politique, mais des revendications d’êtres humains dans le cadre d’un héroïsme de la fuite.

Le grand novateur est le FPLP le 28 juillet 1968 qui détourne le vol d’El Al Rome – Tel-Aviv pour échanger de prisonniers contre 16 palestiniens détenus en Israël. L’objectif est de rendre visible la condition palestinienne. On entre dans un processus important qui est au fond que la piraterie aérienne va être le premier mode de publicisation du fait terrorisme. Pour George Habache [جورج حبش], la résistance palestinienne va s’épuiser contre Israël. Pour évoluer, il faut sortir la lutte de Palestine afin de mener la lutte sur un plan international. Un acte de piraterie aérienne a une portée médiatique très importante avec des images fortes sur le plan symbolique. Ainsi, la meilleure façon de communiquer la lutte palestinienne est de détourner des avions.

Leila Khaled
Jordanie septembre noir.jpg

En décembre 1968, le FPLP détourne un vol d’El Al sur l’aéroport d’Athènes et en février 1969 est détourné un vol d’El Al à Zurich. Le août 1969, Leila Khaled institutrice et membre du FPLP détourne le Boeing 707 Rome – Tel Aviv en direction de Damas. À l’arrivée, les 116 passagers sont évacués et l’avion dynamité. Apparaît une technique qui va se construire et paraître efficace comme revendication de la lutte. Ce sont des choses sur le plan symbolique qui renverse l’interprétation classique. On entre dans une logique tout à fait nouvelle où l’acte de piraterie aérienne devient important.

Le FPLP trouve dans le détournement d’avions un de ses modes d’action privilégiés. C’est la dimension publicitaire qui prime au service de la cause palestinienne. Le 6 septembre 1970, un Boeing 707 de la TWA et un DC 8 de la Swissair sont détournes vers la Jordanie et atterrissent sur l’aéroport désertique de Zarka, deux autres sur Le Caire. Les avions de ligne dont les passagers ont été libérés sont détruits sur place à Zarka. La crise dure 6 jours. En même temps en septembre 1970, a lieu une conférence de presse du FPLP en Jordanie lors du détournement d’avion des compagnies occidentales à l’aéroport de la révolution à Zarka. S’en suit que le 12 septembre 1970, l’armée jordanienne attaque les forces de l’OLP. Il y a une décennie de détournements d’avions dans les années 1970.

Les détournements vont commencer à diminuer à la fin des années 1970. Les détournements d’avions sont progressivement jugés contre-productifs Arafat souhaitent que cela diminue c’est pourquoi il y a une condamnation progressive de l’OLP. Ainsi, en 1971, le FPLP abandonne la tactique du détournement, bien que d'autres mouvements continuent à détourner des avions, le plus célèbre ayant pour résultat le raid d'Entebbe de 1976.

Un arsenal offensif[modifier | modifier le wikicode]

Il y a un profond écart entre les moyens utilisés par les mouvements palestiniens radicaux et les moyens utilisés par la RAF et les BR. Les techniques du terrorisme ne doivent rien à l’aléatoire, il n’y a rien de gratuit. L’hypothèse est qu’il existerait un lien entre l’objet politique de la lutte et les moyens tactiques de la défense de ses objectifs. Les techniques du terrorisme ne doivent rien à l’aléatoire.

Les Brigades Rouges[modifier | modifier le wikicode]

Les Brigades Rouges passent à l’acte avec l’incendie d’un véhicule d’un dirigeant de la SIT-Siemens. Souvent le passage à l’illégalité s’effectue progressivement. Ce sont des phases complexes, mais au fond ce sont des actes de structuration des Brigades Rouges ayant une valeur démonstrative et symbolique d’un engagement révolutionnaire. Le passage à l’illégalité́ s’effectue au gré́ des arrestations policières.

En janvier 1971 trois camions semi-remorques sont détruits aux usines Pirelli, puis en 1972, l’organisation passe aux holdups pour financer le mouvement. Plus le mouvement entre dans la clandestinité, plus il y a des problèmes de financement. Le 3 mars 1972 est la date de la séquestration de l’ingénieur Macchiarini. L’année suivante, en 1973, est mise en œuvre la politique de « séquestrations démonstratives ». Enfin, en avril 1974 ont lieu les premiers assassinats politiques. Il y a un crescendo très important.

La RAF[modifier | modifier le wikicode]

Le passage à l’acte se fait le 2 avril 1968 avec deux attentats dans les grands magasins de Francfort. Les bombes sont minutieusement minutées pour ne pas engager de dommages physiques. On voit comment les choses vont s’amplifier. La focalisation entre police et révolutionnaires va faire que le passage dans la clandestinité devient le seul moyen de passer dans la lutte.

Avis de recherche des années 1970 pour démanteler la RAF

Comme ce sont des intellectuels, il va y avoir une production de texte en reprenant notamment le modèle de la guérilla urbaine des Tupamaros d’Uruguay. Ils vont avoir une conception élaborée de la guérilla urbaine menant à une radicalisation de plus en plus forte.

L’apogée est en mai 1972 lorsque trois bombes au quartier général américain de Francfort tuent un officier et fait 40 blessés. Le 15 mai 1972, un juge d’instruction chargé de poursuivre des membres de la RAF est assassiné. Le 24 mai 1972, trois militaires sont tués dans le quartier général américain d’Heidelberg. Progressivement, on voit la radicalité se faire. Les objets sont plutôt les représentations de la lutte anti-impérialiste. La RAF est sur un discours de mobilisation très abstrait. L’objectif est de mobiliser la population.

Les assassinats politiques : une double référence des BR et RAF[modifier | modifier le wikicode]

Les assassinats politiques viennent comme la conclusion logique de ce processus. Le discours même de la mobilisation devient un discours radical de la violence symbolique à une violence sur les personnes. Il y a un discours de passage. Le terrorisme international est un terrorisme ciblé, on s’attaque aux gens qui incarnent une autorité et dont on conteste la légitimité.

Les BR[modifier | modifier le wikicode]

L'unita assassina aldo moro.png

À partir de 1974 est appliqué un marxisme-léninisme teinté de maoïsme qui fait de l’usage de la violence le seul moyen d’accéder à la révolution. Le 8 juin 1976, les BR abattent à Gênes le procureur général Francesco Coc et les deux carabiniers de son escorte. Vient l’enlèvement de l’industriel Pietro Costa pour une rançon de 1,5 milliard de lires, et les assassinats de juges, fonctionnaires, policiers....

Le 16 mars 1978 a lieu l’enlèvement d’Aldo Moro Président du Parti Démocrate-chrétiens. Faute de négociations, il est assassiné le 9 mai suivant. En tant que prisonnier, il a écrit ses mémoires, on voit un processus d’engrenage se construire. La dramaturgie de ces évènements est tellement forte qu’à un moment donné cela va le desservir.

La RAF[modifier | modifier le wikicode]

Le 10 novembre 1974, en réponse au décès d’Olgar Meins au 53ème jour de la grève de la faim à la prison de Wittlich, le président de la Cour suprême de Berlin-Ouest est abattu. Le 27 février 1975, le député CDU Peter Lorenz est enlevé́, puis le 25 avril 1975, l’’Ambassade d’Allemagne à Stockholm est assiégée faisant deux morts. Le 8 avril 1977, le commando Ulrike Meinhof abat le procureur fédéral Siegfried Bubak et les deux gardes du corps. Le 30 juillet de la même année, le Président de la Dresdner Bank est abattu, puis le 5 septembre 1977, le commando Siegfried Hauser prend en otage Hans Martin Schleyer président du syndicat des patrons ouest-allemands. Le 19 octobre suivant, il est retrouvé mort.

Quelque part, il y a des effets de convergence même sur les modalités de la lutte. On peut tirer des conclusions sur comment les individus se radicalisent, comment souvent dans des situations d’acte de violence relèvent d’un processus qui mature et se construit fabriquant des groupes d’individus dans l’isolement. Ces étapes se construisent par l’élaboration d’un discours spécifique qui justifie le passage à une étape suivante. Pour que cela se fasse, il faut un discours qui arrive à se légitimer permettant de comprendre le processus de radicalisation.

Au fond, il y a un lien entre l’objectif de la lutte et les moyens et il y a un lien entre les moyens et les façons de concevoir la lutte. Les gradations sont particulièrement intéressantes à comprendre et à étudier.

Quel bilan du terrorisme international peut-on dresser ?[modifier | modifier le wikicode]

Il y a une terminologie commune au « terrorisme international » qui postulerait par la dénomination même une sorte de complicité entre les mouvements au point de les rassembler dans une sorte de front commun. Cela est très faible, il y a le partage d’une grande idée commune, mais, dès qu’on commence à aller un peu plus loin, les choses sont un peu plus compliquées. Les idéologies de mouvements, leurs spécificités et leurs stratégies rendent difficile la globalisation de la lutte avec l’hypothèse d’une solidarité dans la logistique et interchangeabilité des commandos dans la conduite de la guérilla.

Il faut introduire une vision plus nuancée, car il y a des contacts très ténus entre RAF et BR au nom des luttes différentes. Les chefs des BR ont manifesté leur défiance pour une lutte dont ils n’approuvaient pas tous les fondements idéologiques. Par leur spécificité culturelle, les BR sont demeurées isolées sur le plan de l’internationalisation du terrorisme.

Ilich Ramirez Sanchez aka Carlos

Les relations plus importantes furent entre RAF et les palestiniens. Au cours de l’été 1970, la plupart des membres de la RAF se sont rendus en Palestine pour se former dans les camps d’entrainement. Cela n’a pas duré avec des divergences qui ont fait jour sur place. La seule coopération restée dans les annales du terrorisme est le commando dirigé par Carlos le 21 décembre 1975 contre les ministres de l’OPEP réunis à Vienne. On s’aperçoit que ce sont des contacts très intéressants parce qu’il y a des palestiniens, des membres de la RAF et Carlos qui se définit comme terroriste professionnel.

Le « terrorisme international » a-t-il produit une « internationale du terrorisme » ? On peut en douter, il n’y a pas d’international du terrorisme, il y a toujours des groupuscules qui de temps en temps peuvent se mettre en contact. Le « terrorisme international » est un mot intéressant qui décrit une internationalisation des mouvements, mais ne décrit par une internationalisation du terrorisme.

Il faut insister sur le fait de mettre en parallèle la morphologie du terrorisme de la morphologie de nos sociétés. Il y a un lien évident, ce sont des visions de structuration pyramidale. C’est très éloigné du modèle d’Al Qaeda qui et une idéologie formée par le haut, ce sont des structures très simples à comprendre qui sont des structures anciennes de la violence. Ce terrorisme ne peut pas produire une ouverture globale et une conjonction de toutes les luttes.

Cela signifie que souvent la mort du fondateur implique la disparition du mouvement. Si le leader disparaît, le mouvement s’étiole. Il disparait avec la mort de leurs fondateurs : des 1977 pour la RAF, au cours des années 1980 pour les BR, mais aujourd’hui réapparaissent de « nouvelles Brigades Rouges ».

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Heinz Abosch, L’Allemagne en mouvement, Paris, Julliard, 1967 ;
  • Roger Auque, Un otage à Beyrouth, Paris Filipacchi, 1988 ;
  • Jillian Becker, La bande à Baader, Paris, Fayard, 1977 ;
  • Peter Brückner, Ulrike Meinhof und die deutsche, Verhältnisse, Wagenbach, Berlin, 2001 ;
  • Camilla Cerdana, Andrea Barberi, Marco Fini, Omero Forti, La piste rouge. Italia 1972, UGE, 1973 ;
  • Renato Curcio, A visage découvert, Paris, Lieu Commun, 1993 ;
  • Abou Daoud, Palestine. De Jérusalem à Munich, Paris, Editions Anne Carrière, 1999 ;
  • (Dissidences), Révolution, lutte armée et terrorisme, Paris, L’Harmattan, 2005 ;
  • Rudi Dutschkhe, La révolte des étudiants allemands, Paris, nrf, Gallimard, 1968 ;
  • Rudi Dutschkhe, Ecrits politiques, Paris, Bourgeois, 1968 ;
  • El Fath, La révolution palestienne et les juifs, Paris, Les Editions de Minuit, 1970 ;
  • Antonio Elorza, ETA une histoire, Paris, Denoël,2002 ;
  • Carlo Feltrinelli, Senior service, Paris, Bourgeois, 2001 ;
  • François Furet, Antoine Liniers et Philippe Raynaud, Terrorisme et démocratie, Paris, Fayard, 1985 ;
  • Jean Genet (préface) et Klaus Croissant (introduction), Textes des prisonniers de la « fraction armée rouge » et dernières lettres d’Ulrike Meinhof, Paris, Maspero, 1977 ;
  • Hans-Joachim Klein, La mort mercenaire, Paris, Seuil, 1980 ;
  • Wolfgang Krausharr, Rudi Dutsche, Andreas Baader und die RAF, Hamburg, Hamburger Editions, 2005 ;
  • La bande à Baader ou la violence révolutionnaire, Paris, Editions Champ Libre, 1972 ;
  • Ulrike Meinhof, Die Würde des Menschen ist antastbar, Verlag Klaus Wagenbach, Berlin, 1980 ;
  • Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, Paris, Puf, 2002.
  • Paolo Persichetti et Oreste Sclazone, La révolution et l’Etat. Insurrections et « contre- insurrection » dans l’Italie de l’après-68, Editions Dagorno, 2000 ;
  • Michaël Prazan, Les fanatiques. Histoire de l’armée rouge japonaise, Paris, Seuil, 2002 ; Xavier Rauffer, La nébuleuse : le terrorisme du Moyen-Orient, Paris, Fayard, 1987 ;
  • « Terrorismes », Esprit, octobre-novembre 1984 ;
  • Anne Steiner et Loïc Debray, RAF, guérilla urbaine en Europe occidentale, Paris, 1987, Klincksieck, rééd. L’Echappée, 2006.

Références[modifier | modifier le wikicode]