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Empire de la liberté ou République impériale (1890 – 1939) ?

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Nous allons traiter de la question de la place de la démocratie dans la politique étrangère américaine. La première séquence chronologique porte sur les années 1890 jusqu’à la fin de l’entre-deux-guerres, la deuxième de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la fin des années 1980 et la troisième sur la période post Guerre froide jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi la décennie 1890 comme borne chronologique du début ? Du point de la politique étrangère et de la projection internationale des États-Unis, la décennie 1890 est capitale parce que c’est une période marquée par un processus d’expansion extrêmement important. Cette expansion à un caractère original qui est la projection internationale des États-Unis, de la politique étrangère des États-Unis et de la politique de puissance des États-Unis. Cette originalité tient en plusieurs points :

  • le fait qu’elle se caractérise assez peu par des conquêtes de type territorial ;
  • il y a l’idée de l’expansion, de la diffusion de la démocratie américaine, c’est-à-dire un régime politique que les États-Unis jugent supérieur à celui des autres et leur conception de la démocratie est une certitude d’avoir réalisé une synthèse politique parfaite dès la fin du XVIIIème siècle. Cet élément est au cœur de la politique étrangère américaine ;
  • il y a l’aspect fondamental de la conquête des marchés extérieurs. La dimension économique est intiment liée à la dimension politique.

Il s’agit de voir la question du rôle de la démocratie dans la politique étrangère américaine. Il ne s’agit ici pas du tout d’adopter une perspective agéographiqe, il ne s’agit pas non plus d’une perspective émancipatrice en disant que le discours sur la démocratie est un paravent pour cacher la politique impérialiste américaine. Il faut prendre les choses au pied de la lettre. C’est la question du régime démocratique et de son installation internationale comme un but historique de la politique étrangère américaine. Il y a la question de la démocratie, à quoi ressemble-t-elle, comment se déroule cette politique étrangère et quelles sont ses mesures. L’idée est de comprendre que la promotion de la démocratie est un fil conducteur de la politique étrangère américaine avec l’idée fondamentale de promouvoir la démocratie est absolument indissociable de promouvoir les intérêts nationaux américains. La diffusion de la démocratie fait partie intégrante de la politique de sécurité recherchée par les États-Unis, car depuis la fin du XVIIIème siècle, l’idée est que si on promeut la démocratie, on va renforcer la sécurité nationale, car on va créer des régimes amis. Il y a une indissociabilité entre la promotion d’un type de régime politique et la promotion des intérêts américains.

Lorsqu’on regarde ce qu’il se passe au XIXe siècle, après l’échec des révolutions de 1848 et de la réaction conservatiste qui a eu lieu dans les années 1850 et 1860, la question démocratique est devenue un enjeu national à l’intérieur de chaque pays. Ce qui est intéressant avec les États-Unis est que la démocratie redevient un enjeu international et les États-Unis le conçoivent comme un enjeu idéologique et de relations internationales. À partir de la fin du XIXème siècle, il y a une montée de la puissance américaine, et avec la Révolution russe de 1917, le thème de la démocratie s’installe progressivement au cœur de la politique internationale. La Révolution russe est effectivement à la fois le fait de renverser le régime tsariste, mais aussi un défi à la conception européenne de la démocratie contre laquelle elle se positionne. L’un des fils conducteurs de la politique étrangère américaine va, dès 1917, être de proposer une réponse. Il y a deux systèmes déjà face à face avant même la Guerre froide de 1947.

Contents

Les débuts de l’empire américain[edit | edit source]

Les années 1890 sont un moment fondateur extrêmement important.

L’impérialisme en débat[edit | edit source]

Scène à la signature de la Constitution des États-Unis, par Howard Chandler Christy. Ce tableau représente les 33 délégués qui signèrent la Constitution.

La question de l’impérialisme fait débat au sein de la classe politique américaine et de la société américaine à partir des années 1890 lorsque l’unification du territoire est finalisée et beaucoup se posent la question de savoir s’il faut repousser la frontière au-delà des limites du continent américain. Il y a un débat important concernant la question de savoir s’il faut conquérir un empire ou arrêter l’expansion territoriale. C’est un débat qui va occuper de la fin des années 1880 jusqu’au début du XXème siècle. Les pro-impérialistes et les anti-impérialistes vont s’affronter. À la fin du XXème siècle, les États-Unis sont les seuls qui n’ont pas encore d’empire.

Les anti-impérialistes soulèvent toute une série de raisons :

  • argument économique : un empire doit être conquis, doit être entretenu, cela coûte cher. Les États-Unis en tant que pays suffisamment riche n’en ont pas besoin ;
  • argument politique : si les États-Unis se mettent à conquérir un empire, cela va se faire en contradiction des principes fondateurs de la démocratie américaine et elle va sombrer dans l’impérialisme ;
  • argument racial : si jamais les États-Unis conquièrent un empire colonial, cela va enclencher des migrations ce qui va entrainer une dilution de la race blanche du fait de ces migrations consécutives à une annexion. Un empire colonial importerait toute une série d’autres « races » qui affaibliraient la race blanche. Les élites américaines développent le discours de l’Amérique WASP à ce moment de l’histoire. C’est une question intéressante en termes d’histoire transnationale. Il y a une coïncidence chronologique entre le débat sur l’impérialisme aux États-Unis et la mise en place des lois sur la ségrégation. D’une certaine façon, on peut se demander si la mise en place de la ségrégation a-t-elle freiné l’impérialisme territorial ?

Les impérialistes soutiennent qu’il faut que les États-Unis conquièrent leur empire, aillent « jouer » avec les autres puissances européennes :

  • argument économique : les colonies sont un gage de richesses économiques notamment avec les ressources naturelles qu’on peut mettre en valeur, mais ce sont aussi des points d’appui et des relais vers de nouveaux marchés. Dans un contexte où les entreprises américaines croissent et cherchent de nouveaux débouchés, l’argument économique est manié d’une façon importante ;
  • argument stratégique : la conquête des colonies et de comptoirs permet de construire des bases navales. La puissance militaire se mesure à la marine, c‘est pourquoi il faut conquérir des ports et maîtriser leur arrière-pays ;
  • argument racial : c’est l’idée qu’en mettant en place un processus de colonisation, on va apporter la civilisation et assumer le « white man’s burden ».

C’est un débat qui fait rage dans la société notamment les médias et les milieux politiques, mais qui va se clore à partir du moment où les États-Unis vont commencer à mettre en place un empire. Il va y avoir un processus de conquête d’un empire à la fin des années 1890, mais cela va être relativement écourté. Dès le début du XXème siècle, les États-Unis sous la présidence du président Roosevelt vont théoriser un nouveau type d’expansionniste qui n’est pas la conquête.

La conquête d’un empire[edit | edit source]

À partir du moment où les États-Unis sont unifiés, certains considèrent qu’il faut étendre le territoire américain et se lancer dans une politique impérialiste au sens de construire un empire, étendre la domination au-delà de ses frontières et pas forcement dans le sens territorial puisque cet impérialiste est un impérialisme non-territorial.

Il est question de savoir si l’impérialisme américain est un accident. Le gouvernement américain a peut-être poussé par des pressions et accepté des situations de fait, mais le processus d’expansion américain n’a rien d’accidentel, c’est le résultat d’un processus.

Finalement, le processus d’expansion commence dans les années 1870 et se poursuit dans les années 1890. Si on prend le cas de l’archipel de Samoa, cela commence par un simple comptoir commercial en 1872. Le Pacifique est une zone énorme et où les inimitiés impérialistes sont fortes. Dans toute cette zone, il y a des heurts importants entre français, anglais, néerlandais pour la possession de ces comptoirs commerciaux et ces lieux de ressources naturels. À partir de la fin des années 1870, les États-Unis commencent à négocier, discuter avec les anglais, les allemands et les français concernant la région du Pacifique et en particulier avec les allemands et les anglais qui va dans les années 1880 – 1890 voir l’établissement d’un condominium jusqu’à venir à l’annexion de la partie est en 1899 de l’archipel par les États-Unis. Pour les îles Hawaï, a lieu le même processus qui était un simple comptoir commercial, en 1875 les États-Unis installent une base à Pearl Harbour jusqu’à ce que l’annexion soit mise en place en août 1898. Le rapport de force est extrêmement déséquilibré. Le processus d’appropriation est fait sur une quinzaine d’années. Pour Hawaï, c’est une île stratégique et il est hors de question de laisser des concurrents s’y installer.

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La charnière majeure dans la mise en place de l’empire colonial est la guerre contre l’Espagne en 1898 qui se traduit par un changement de souveraineté de Cuba, Porto Rico, Guam et les Philippines. Les Philippines sont d’abord prises à l’Espagne, mais une rébellion se traduit par une guerre entre 1899 et 1902 qui va permettre aux États-Unis de s’installer durablement jusque dans les années 1930. Au même moment, la région du Panama qui faisait partie de la Grande Colombie va connaître une rébellion en 1903 contre le pouvoir colombien soutenu par les États-Unis qui vont garantir l’indépendance du Panama en échange d’une forte présence américaine.

Pendant qu’on débat sur le fait de savoir s’il faut ou non un empire colonial, à la fin des années 1890, de facto, existe un petit empire colonial. Dans les années 1890, la colonisation devient une question politique.

Empire de la liberté ?[edit | edit source]

Soldats américains en mouvement près de Manille, 1899.

Quelles sont les caractéristiques de cet empire, quelle est son originalité. Se pose la question de l’Empire de la liberté posé par Jefferson. Les États-Unis promouvraient un impérialisme différent. Lorsqu’on regarde la pratique de l’impérialisme, d’un côté les États-Unis conquièrent un empire comme n’importe quelle puissance coloniale par la conquête militaire. Les guerres coloniales américaines sont aussi violentes que les guerres coloniales européennes se faisant avec le même préjugé racial dans un contexte de mise en place de la ségrégation. La coïncidence de ces deux éléments est significative. Si on prend le cas de la guerre des Philippines en 1899 – 1902, c’est un conflit colonial à la lettre du terme avec 200000 soldats américains sur place avec la dimension raciale extrêmement présente.

Finalement, les États-Unis vont assez rapidement procéder autrement commençant par annexer les territoires dont on a parlé et assez rapidement ils vont trouver des solutions juridiques différentes parce que l’annexion pose des problèmes. Annexer un territoire signifie les intégrer aux États-Unis et faire des coloniaux des citoyens américains et comme ce sont des races inférieures, ils vont immigrer et contribuer à la diminution et à l’affaiblissement de la race blanche. Les États-Unis ont trouvé une manière différente de coloniser et de faire vivre leur impérialisme avec une floraison de statuts juridiques qui vont trouver des statuts afin d’annexer sans annexer.

Page une de l'amendement Platt.

Par exemple, Guam et Porto Rico sont d’abord annexé, mais on va changer de statut en inventant des statuts spécifiques. Avec le Foraker Act de 1900, Porto Rico n’est plus annexé, mais devient un « unincorporated Territory », c’est-à-dire que c’est un territoire où on étend la citoyenneté américaine aux portoricains mais ils ne peuvent pas en profiter. La nationalité sera donnée à Porto Rico en 1917 sans donner le droit aux portoricains d’élire le président américain. Depuis 1900 c’est un territoire qui a un statut de territoire non-incorporé, avec une citoyenneté limitée. Aujourd’hui, Porto Rico est toujours un État libre associé avec un statut particulier. Cela va être pareil pour Guam qui va devenir un territoire non-incorporé, Cuba et les Philippines vont d’abord être annexés puis devenir des protectorats. À Panama, il va y avoir un statut de « souveraineté titulaire » établie par les États-Unis sur la zone du territoire le long du canal. Panama est un territoire indépendant garanti par les États-Unis, mais sur la zone du canal, les États-Unis disposent d’une souveraineté titulaire. Précisément, lorsqu’on parle d’Empire de la liberté, à partir du moment où les États-Unis son installé dans les différents territoires, il va y avoir une présence physique et économique, mais aussi une volonté de remodeler le paysage politique local avec les premières expériences de « nation building ». On voit bien notamment à Cuba avec l’amendement Platt de 1901 et aux Philippine où les américains vont essayer de reproduire le modèle américain sur place en réformant les institutions politiques avec l’abolition complète de la législation espagnole et la mise en place d’un système politique calqué sur leur modèle avec un régime bicaméral, un système fédéral, une Cour suprême, un code civil, un système électif censitaire, des universités et des écoles de droit afin de former des élites politiques et de renforcer les oligarchies locales. C’est l’idée de créer de toute pièce une démocratie à l’image américaine dans ces territoires notamment avec l’américanisation du système politique philippin.

William Howard Taft en 1909.

Le premier gouverneur des Philippines américaine est William H. Taft qui va devenir président des États-Unis nous interrogeant sur la dimension transnationale parce que des choses sont expérimentées dans les empires coloniaux avant même qu’ils soient appliqués aux États-Unis. Les colonies peuvent être un laboratoire politique pour les États-Unis. Dans l’entreprise de colonisation, il y a la volonté de créer des régimes démocratiques à l’image des États-Unis qui est caractéristique de la politique américaine ce qui n’existe pas du tout dans l’entreprise coloniale européenne.

Le corollaire Roosevelt[edit | edit source]

The letter in which Roosevelt first used his now famous phrase
William Allen Rogers's 1904 cartoon recreates an episode in Gulliver's Travels

Autant la doctrine Monroe était une déclaration d’intention de séparation radicale des affaires de latino-américaines des affaires de l’Europe, ce qui fait le corolaire Roosevelt en 1904 à la doctrine Monroe est que Roosevelt dont la devise est « speak softly and carry a big stick, you will go far », se réserve le droit d’intervenir en Amérique latine.

On passe d’un stade la doctrine Monroe où il y a séparation radicale des affaires européennes à un stade au début du XXème siècle où les États-Unis vont théoriser leur droit d’intervention dans ces zones à partir du moment où leurs intérêts économiques et politiques sont menacés. À ce moment-là, l’Amérique latine et centrale puis l’Amérique du Sud va devenir une arrière-cours étatsunienne avec des interventions au Panama en 1903, à Cuba notamment en 1906 qui connaît des troubles et dans l’île de Saint Domingue entre 1905 et 1941 qui va connaître un protectorat à la suite de troubles politiques et de problèmes économiques. Dans le cas de Saint Domingue, on voit comment cette installation se fait aussi afin d’éjecter les puissances européennes de ces régions. L’ile de Saint Domingue était extrêmement endettée vis-à-vis de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne et les États-Unis vont prendre le contrôle des douanes et du commerce dominicain. Il n’y a pas de prise en main politique, mais les secteurs stratégiques sont pris en main par les américains qui mettent en place un protectorat un peu différent de Cuba. Le contrôle de l’ile est entre mains américaines. Le protectorat sur Saint Domingue et dans la quasi-totalité des autres est non pas établi par un « traité », mais par un « executive agreement » permettant au président de passer par dessus l’approbation du Sénat. On voit comment la politique impérialiste menée par les États-Unis à ce moment-là se fait dans le cadre d’une opposition assez forte entre le président et le Congrès et les accords de protectorats font parti de l’affirmation de la prérogative présidentielle par rapport au Sénat qui est souvent sur des positions plus malthusiennes du point de vue de l’expansion territoriale.

Le corolaire Roosevelt est un moment où les États-Unis théorisent leur droit d’intervention en dehors du territoire américain et en particulier en Amérique latine et en Amérique centrale. C’est à la fois la formation d’un empire stricto sensu parce que les États-Unis conquirent un empire de façon semblable aux européens mais en même temps, il y a une construction juridique qui est mise en place. Finalement, c’est un type de domination différente dans la mesure où la présence est moins forte, se fait sur la base de contrats même s’il est forcé et avec la volonté d’y importer des régimes démocratiques qui n’est pas le fait des colonisateurs européens.

La naissance de l’impérialisme moral[edit | edit source]

Nous allons voir l’originalité du processus d’expansion se mettre en place. La naissance de l’« impérialisme morale » signe l’originalité du processus impérialiste américain.

Droit international et mission civilisatrice[edit | edit source]

Un aspect qui est important à comprendre dans la compréhension de la spécificité de l’expansion américaine est le rôle du droit qui est indissociable de la certitude de la mission civilisatrice des États-Unis. Dès la fin du XIXème siècle, se développe aux États-Unis comme en Europe le mouvement des International Arbitration. Il y a tout un courant qui est une mouvance du mouvement pacifiste considérant que les relations internationales doivent être régulées par le droit, par le contrat et non pas par la force et par la guerre. Il va y avoir énormément d’organisations qui vont s’investir dans la mise en place du droit international qui n’existe pas. Le droit se construit historiquement sur des bases nationales.

Avec l’idée que les relations internationales doivent être régulées par le droit, il y a à partir de la fin du XIXème siècle toute une série d’organisations qui se créent comme avec la Lake Mohonk Conference on international Arbitration en 1895, l’American Society for Judicial Settlement of International Disputes et la Carnegie Endowment for International Peace en 1910 qui est à la fois un think tank et promeut des recherches sur le droit international. Ces organisations sont animées par des juristes et des avocats qui pour beaucoup feront des carrières politiques comme Taft qui est le fondateur de l’American Society for Judicial Settlement of International Disputes et qui deviendra président des États-Unis.

Ce sont des organisations à la charnière entre privé et public avec et une profusion d’organisations qui vont travailler sur ce qu’est le droit international qui vont théoriser ce qu’est le droit international ainsi que théoriser la position des États-Unis sur la scène internationale fondée non pas seulement sur la base militaire, mais aussi sur le droit. Il y a l’idée que les États-Unis doivent s’imposer sur la scène internationale par d’autres manières que la force militaire.

Précisément, lorsqu’on regarde la structuration de la ligne politique américaine à ce moment, on s’aperçoit qu’il y a énormément d’avocats, ce sont les lawyers qui font des carrières politiques arrivant à un très haut niveau que cela soit du côté républicain ou du côté démocrate. Une grande partie des ténors politiques de la fin du XIXème siècle et du début XXème siècle se retrouvent aux postes clef de l’appareil d’État.

Chez les républicains :

  • Elihu Root, Secrétaire d’État 1905 - 1909
  • William H. Taft, président des US 1909 - 1913
  • Frank Kellog, Secrétaire d’État 1925 - 1929
  • Henry Stimson, Secrétaire d’État 1929 - 1933

Chez les démocrates :

  • Woodrow Wilson, président 1913 - 1921
  • William Jennings Bryan, Secrétaire d’État 1913 - 1915
  • Robert Lansing, Secrétaire d’État 1915 - 1920
  • Brainbridge Colby, Secrétaire d’État 1920 - 1921

Ce sont des gens dont l’activité de juriste international est indissociable de leur activité dans l‘appareil politique américain. On voit comment l’établissement du droit international fait partie d’une stratégie des États-Unis. Les États-Unis vont jouer un rôle majeur dans l’établissement d’un droit international dont les règles correspondent le plus possible aux règles en vigueur aux États-Unis. Le droit a une importance dans la stratégie de la montée en puissance des États-Unis.

Woodrow Wilson : un personnage complexe[edit | edit source]

Il y a une charnière chronologique liée à un personnage majeur de la politique américaine dans l’affirmation de l’impérialisme moral qui est la période des deux présidences Wilson de 1912 à 1920. Wilson est une personne capitale dans l’affirmation de l’impérialisme moral. Il synthétise toute une série d’éléments qui se manifestent de façon très claire à partir de la décennie 1910 dans la stratégie expansionniste américaine. On voit comme arrive à maturité l’impérialisme moral qui est la spécificité de l’expansionnisme américain avec plusieurs caractéristiques :

  • la force du droit et de la démocratie : c’est l’idée que le droit et la démocratie doivent être des principes fondateurs et organisateurs des relations internationales. Dans la conception et dans le discours, la force du droit doit être l’un des aspects majeurs dans l’émergence de nouvelles relations internationales ;
  • la providence divine : il y a une dimension religieuse avec la mission des États-Unis au sens divin avec le discours de la Destiny Manifest ;
  • la supériorité du modèle américain : c’est la certitude d’une supériorité du modèle américain ;
  • une vision mondiale : c’est un impérialisme mondial, car les puissances européennes ont des visions en termes de bloc alors que les États-Unis vont penser un seul monde à l’échelle globale.
Le président Wilson demandant au Congrès de déclarer la guerre à l'Allemagne, le 2 avril 1917.

L’impérialisme moral et la montée en puissance des États-Unis sur la scène internationale est indissociable de la montée en puissance de Wilson lui-même et à travers lui de la figure présidentielle dans le système politique américain. La perspective transnationale est très importante parce qu’on voit comment les aspects extérieurs sont en interaction avec les aspects intérieurs. Le Sénat et toujours le Congrès d’une manière générale est toujours sur une ligne moins expansionniste que le président. Les périodes d’expansions correspondent souvent à des affirmations de la fonction présidentielle. Il y a une connexion entre aspect intérieur et extérieur important. La présidence de Wilson est une charnière importante dans ce processus.

Dans les relations internationales, on limite souvent Wilson à la Première guerre mondiale et aux Quatorze points. Concrètement, l’impérialisme moral se cristallise à ce moment parce qu’il y a la Première guerre mondiale, mais aussi toute une série de révolutions en Russie, en Chine, mais aussi au Mexique. Ces révolutions se font sur le mode d’une contestation de la démocratie européenne. L’impérialisme moral wilsonien est une réponse à ces révolutions avec la promotion de la démocratie américaine à l’échelle mondiale. Dans l’impérialisme moral, il y a l’idée de réponse à ces différentes révolutions. Les Quatorze points de Wilson sont avant tout une réponse aux différentes révolutions, mais avant tout une réponse aux intimes convictions de Lénine.

Wilson est un personnage complexe parce qu’il y a le paradoxe d’un personnage qui est le chantre de la démocratie théorisant la démocratie comme une solution mondiale pour mener les relations internationales vers une nouvelle ère notamment avec le droit international, mais n’hésite pas à utiliser la force en Amérique latine lorsqu’il estime que cela est nécessaire au moment même où il théorise la Société des Nations. La présidence de Wilson est un moment absolument majeur dans la cristallisation de l’impérialisme « à l’américaine » qui est un impérialisme de la liberté, un impérialisme non-territorial, un impérialisme moral.

L’Amérique latine : laboratoire de la diplomatie wilsonienne[edit | edit source]

Il y a l’idée de voir Wilson du point de vue global. Avant de voir Wilson en Europe, il faut le voir en Amérique latine. Le laboratoire de la politique extérieure wilsonienne est l’Amérique latine. L’idée que la démocratie doit s’imposer d’elle-même sans intervention militaire est remise en question factuellement. C’est une thèse impossible entre l‘idée que les pays soient démocratiques et qu’il faut que l’ordre règne à l’intérieur. Il faut « apprendre aux sud-Américains comment élire de bons dirigeants », Wilson ne va pas hésiter à intervenir :

Carte-amerique-centrale-1024x769.png
  • Nicaragua, 1912 - 1925, 1926 - 1934
  • Mexique, 1914
  • Haïti, 1915 - 1934
  • République dominicaine, 1916 - 1925
  • Cuba, 1917
  • Panama, 1918

On voit comment dans toute cette partie de l’Amérique latine, la politique wilsonienne va manier à la fois la rhétorique de la démocratisation et l’intervention militaire au prétexte. Wilson se situe dans ce point de vue dans la continuité du corolaire Roosevelt. Du point de vue des conceptions de la politique étrangère, les démocrates étaient très isolationnistes et Wilson est le premier président démocrate qui affirme des vues expansionnistes dans la lignée des présidents américains et en particulier Théodore Roosevelt. L’Amérique latine est le laboratoire de la diplomatie wilsonienne.

La Première guerre mondiale et la mondialisation du projet wilsonien[edit | edit source]

La Première guerre mondiale est un moment majeur pour la mondialisation du projet wilsonien. Jusqu’en 1917, la politique wilsonienne ne se limitait qu’au continent américain, mais la Première guerre mondiale voit les États-Unis entrer sur la scène mondiale. Au départ, les États-Unis sont neutres, mais suite à un retournement de l’opinion, ils s’engagent dans le conflit de 1917 à 1918 aboutissants aux Quatorze points.

Les Quatorze points sont la réponse à la Révolution russe qui dénonce l’impérialisme des puissances européennes. À travers ces Quatorze points, Wilson affirme le rôle des États-Unis sur la scène internationale. Le discours des Quatorze points est prononcé le 8 janvier 1918, la date anniversaire du premier discours de George Washington à la nation américaine qui est l’ancêtre du discours sur l’état de l’Union sauf qu’il est destiné au Congrès. C’est un symbole sur l’idée de la mission mondiale des États-Unis. C’est l’affirmation du rôle des États-Unis dans les relations internationales. Cela permet de déterminer un cadre nouveau des relations internationales avec l’établissement d’un droit international comme cadre normal. À travers l’idée de réponse à la Révolution russe, se dessine une opposition entre un modèle américain et un modèle soviétique.

Wilson propose à travers les Quatorze points :

  • fin de la diplomatie secrète : la volonté de mettre fin à la diplomatie secrète qui est considérée parmi les responsables de la déclaration de la Première guerre mondiale ;
  • « The day of conquest and aggrandizement is gone » : Wilson promeut une paix sans annexion territoriale ;
  • droit des peuples à s’autogouverner : pour ceux qui sont capables de le faire ;
  • désarmement mondial ;
  • création de la Société des Nations.

On voit bien comment d’un côté il y avait la vieille conception wilsonienne et de l’autre les conceptions léninistes qui promeuvent deux systèmes politiques antinomiques à savoir l’extension des principes de la démocratie américaine à l’ensemble du monde et la révolution prolétarienne mondiale et l’émancipation des peuples dominés.

À la conférence de la paix de 1919, Wilson impose son agenda, mais connaît mal la situation européenne. Cette méconnaissance de la situation européenne l’isole. De ce point de vue, Wilson ne va pas imposer ses solutions, mais ce qui l’intéresse est l’image globale d’une société fonctionnant sur les principes du droit avec la Société des Nations. Il va refuser de discuter les détails des situations et accepter la création du système des mandats.

L’entre-deux-guerres : fin du messianisme démocratique ?[edit | edit source]

L’entre-deux-guerres voit le messianisme démocratique revu à la baisse. D’abord parce que le traité de Versailles qui devait signer le triomphe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est pas le cas. L’acceptation du système des mandats est perçue comme un recul de Wilson par les pays colonisés. C’est pourquoi une partie des mouvements indépendantistes vont se tourner du côté soviétique qui lui affirmer sans ambiguïté le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes alors que Wilson est contraint par son compagnonnage avec les puissances européennes. Aux yeux des partis indépendantistes, l’URSS devient plus crédible que le modèle américain.

La déception du repli américain va se confirmer dans les années 1930 lorsque la situation politique s’aggrave en Europe. Les États-Unis vont rentrer entre 1935 et 1939 dans un système politique isolationniste avec les trois lois de neutralité qui désengagent les États-Unis des affaires européennes. La première loi de neutralité est le Neutrality Act en 1935 lorsque l’Italie envahie la Libye, puis va être renouvelé en 1936 avec la guerre d’Espagne, en 1937 est voté la loi Cash and Carry qui engage les États-Unis a ne pas vendre des armes à un pays en guerre sauf s’il paie cash et vient les chercher.

Le repli du messianisme démocratique est un repli relatif. Pendant l’entre-deux-guerres c’est un repli complet, toutefois le wilsonisme survie au sein des acteurs non-gouvernementaux et en particulier dans le cadre des fondations privées comme la League of Nations Association fondée en 1922, des fondations philanthropiques comme les fondations Rockefeller et Carnegie ou encore à travers les syndicats tels que l’AFL-CIO et Samuel Gompers au BIT.

La Deuxième guerre mondiale[edit | edit source]

La Deuxième guerre mondiale est une charnière importante au niveau mondial et au niveau de l’histoire américaine dans la mesure où la Deuxième guerre mondiale poursuit le processus d’engagement des États-Unis dans les affaires internationales qui avait commencé pendant la Première guerre mondiale qui fut mise en « stand-by » dans l’entre-deux-guerres. À partir de la Deuxième guerre mondiale, on peut parler d’engagement irréversible des États-Unis dans les affaires internationales.

Il y a un paradoxe au cœur de la politique américaine qui à la fois affirme des principes démocratiques universels avec l’idée d’appliquer à l’ensemble du monde des choses qui ont réussi à la nation américaine, de l’autre côté, la tentation d’une politique de puissance qui s’assied sur ces principes. Il y a un balancement dans la politique américaine entre l’affirmation de ces principes et la pratique. Ce qui est important est de considérer qu’il n’y a pas l’un ou l’autre, mais les deux en même temps.

Nous allons voir la question de la diffusion du modèle américain avec l’importance de la construction de la démocratie dans la politique extérieure américaine. C’est une politique qui connaît des résultats extrêmement inégaux.

L’entrée en guerre[edit | edit source]

Avec l’entrée en guerre des États-Unis, on retrouve un certain nombre de thèmes. L’entrée en guerre des États-Unis n’est pas un phénomène automatique dans la mesure où elle fait l’objet de discussions, de négociations à l’intérieur même de la machinerie étatique et administrative américaine et en particulier entre le président et son administration et plus précisément entre le président et le Département de la guerre. En période de crise, le président est souvent plus interventionniste que son administration, et par ailleurs, les périodes de crise sont des moments d’affirmation du pouvoir présidentiel par rapport à celui du Congrès. L’éclatement de la Deuxième guerre mondiale n’échappe pas à la règle, il y a un conflit entre Roosevelt et son administration qui tourne à l’avantage de Roosevelt. Les États-Unis vont entrer en guerre à l’issue d’un processus assez long.

À partir de 1937, il y a un certain nombre d’éléments qui font que l’opinion publique américaine, la classe politique américaine et le président vont progressivement se retourner et être en faveur d’une intervention aux côtés des puissances européennes. L’année 1937 est l’année où la Deuxième guerre mondiale éclate quelque par suite à l’invasion de la Chine par le Japon qui est l’affirmation des ambitions japonaises qui se montrent de façon claire.

Hitler et ses officiers, avec la Tour Eiffel en arrière-plan

1938 est important puisqu’en Europe il y a les persécutions antisémites, notamment en Allemagne ce sont des violences sans précédent avec en particulier la Nuit de cristal. L’immigration juive devient importante, portant à la connaissance de l’opinion publique américaine la réalité du régime nazi. En septembre 1939 éclate la guerre avec l’invasion de la Pologne.

Comme en 1914, en 1939, se pose la question de savoir si les États-Unis doivent rester neutres. Cela donne un grand débat entre Roosevelt et son Sénat. C’est la question de savoir si les États-Unis doivent se déclarer en faveur ou non des démocraties européennes. Il y a tout un moment où on est dans l’expectative. Ce qui va vraiment lancer la machine de l’engagement américain est l’invasion de la France et la chute de la France.

La chute de la France en mai 1940 est symboliquement importante, car c’est l’une des nations qui a gagné la Première guerre mondiale réputée avoir la première année du monde. C’est un vrai traumatisme pour les français mais aussi pour Roosevelt dans la mesure où l’opinion américaine et Roosevelt, entre autres, comprennent que la France n’est plus une grande puissance. Cela va jouer un rôle important dans la volonté de Roosevelt de s’engager du côté des démocraties contre le nazisme.

À partir de 1940, une machine se met en place même si la déclaration de guerre n’est pas à l’ordre du jour. Il y a un processus de préparation en particulier avec l’organisation de la conscription en septembre 1940. Surtout, la loi Prêts-Bails de 1941 qui est une loi qui renverse la loi Cash and Carry de 1937, est une loi qui permet aux États-Unis de vendre ou de prêter éventuellement tout le matériel possible dont pourraient avoir besoin les démocraties. Cela concerne en particulier la Grande-Bretagne en mars 1941 puisqu’il n’y a pratiquement plus qu’elle qui est hors de la domination nazie en Europe. C’est une façon de contribuer à l’effort de guerre européen sans entrer en guerre.

L’entrée en guerre est progressive, elle n’a rien de mécanique et se fait à travers un certain nombre de gradations à partir de la fin des années 1930 jusqu’à l’année 1941.

Les quatre libertés[edit | edit source]

{{#ev:youtube|5iHKtrirjlY|250|right|The Four Freedoms - Franklin D. Roosevelt.}}

Le contexte intellectuel et la justification de l’entrée en guerre est important dans la mesure où Roosevelt va engager les États-Unis dans la guerre, il le fait au nom d’un certain nombre de principes en particulier la défense la démocratie contre le totalitarisme qui va devenir un fil conducteur de son discours. Ce discours est tenu dès le mois de décembre 1940 où les États-Unis entrent progressivement dans l’organisation d’une économie de guerre alors même qu’il n’y sont pas encore. C’est la première fois où Roosevelt annonce que les États-Unis doivent être « l’arsenal des démocraties », c’est-à-dire, mettre leur appareil industriel au service de la lutte contre le nazisme quand bien même ils ne sont pas entrés en guerre. C’est aussi une manière de préparer l’opinion publique à ce qui pourrait être un jour l’entrée en guerre des États-Unis.

Le 6 janvier 1941 est la date du discours de l’État de l’Union qui est un bilan afin de savoir où en est l’Union à chaque début de l’année. Or, le 6 janvier 1941, non seulement Roosevelt fait un discours de l’Union du point de vue intérieur, mais prononce aussi son discours sur les Quatre libertés qui concerne le monde entier, la lutte contre le nazisme. Ce discours sur l’État de l’Union est aussi un discours sur l’état du monde. Dans le projet américain, la frontière entre ce qui se passe à l’intérieur des États-Unis et ce qui se passe à l’extérieur est extrêmement flou s’inscrivant dans l’idée que le monde est une prolongation des États-Unis.

Le discours prononce les fameuses quatre libertés qui sont quatre libertés nécessaires à savoir les libertés d’expression et la liberté de religions appliquées à l’ensemble du monde, mais issues de la constitution américaine laissant entrevoir la dimension potentiellement internationalisable de la synthèse politique américaine. Enfin, la liberté de vivre à l’abri du besoin non contenu dans la constitution américaine, mais qui est un acquis du New Deal puisque la liberté de vivre à l’abri du besoin fut formalisée dans le Social Security Act de 1935, c’est-à-dire la naissance d’un système de sécurité sociale qui permet de constituer un filet contre les aléas de la vie, de la crise et en particulier de la crise économique. La quatrième liberté est la liberté de vivre à l’abri de la peur avec une profession de foi politique qui est celle d’une lutte contre le totalitarisme est de placer le curseur avec une alternative simple entre démocratie et totalitarisme.

À travers le discours des Quatre libertés, il y a un projet global et mondial qui est affirmé alors même que les États-Unis ne sont pas entrés en guerre. Ce projet est précisé en peu plus en Août 1941 avec la Charte de l’Atlantique qui reprend le discours des Quatre libertés et place la lutte contre le nazisme et donc la construction ou la reconstruction de la démocratie au cœur des priorités internationales des États-Unis. On voit comment la Charte de l’Atlantique n’est qu’une reprise ou une extension du projet wilsonien et en particulier tel qu’il fut exprimé dans les Quatorze point de 1918. Il y a une continuité entre Wilson et Roosevelt. Il y a aussi l’affirmation du principe anticolonialiste qui est consubstantielle à la politique étrangère américaine et devient au centre d’un projet qui a une vocation internationale avec l’idée d’en faire un principe structurant de ce que sera la future organisation du monde lorsque la guerre sera finie. Dans la Charte de l’Atlantique, on a affirmé qui seront les futurs piliers de l’Organisation des Nations unies qui sont en grande partie d’origine américaine, à savoir la paix mondiale, la démocratie partout, l’économie de marché comme étant liés à la démocratie et la question de la sécurité sociale.

Le partage des zones d’influence[edit | edit source]

À la fin de la guerre et au moment où s’annonce le règlement du conflit, le point essentiel est le partage de zones d’influences entre ceux qui sont devenus les deux grands acteurs et puissances du conflit à savoir les États-Unis et l’URSS avec toute une série de conférences notamment à Téhéran entre novembre et décembre 1943, à Moscou en octobre 1944, à Yalta en février 1945, à San Francisco de mai à juin 1945, et enfin à Potsdam en juillet 1945. Le règlement des questions de l’après-guerre se fait en plusieurs années avec toute une série de grandes conférences au sommet abordant deux grands types de questions : des questions militaires et des questions politiques. Les questions militaires relèvent de stratégies à mettre en œuvre étant des problèmes immédiats du point de vue militaire les problèmes politiques concerne ce qui va se passer après la guerre. En 1944, l’enjeu n’est pas de savoir si la guerre sera gagnée, mais plutôt de savoir quand. Se met en place déjà une logique de système contre système, de conception contre conception. Ce sont deux idées extrêmement différentes de ce que doit être l’ordre géopolitique d’après 1945.

Les dirigeants alliés à la conférence. De gauche à droite : Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline.

C’est à Yalta ou cela est discuté plus en détail, les principes fondamentaux sont :

  • la destruction définitive du nazisme à savoir une reddition sans condition ;
  • affirmation que tous les peuples libérés devront pouvoir choisir le régime politique dont ils souhaitent se doter avec l’idée que des élections libres doivent être organisées partout ;
  • le fait que Staline entre en guerre contre le Japon une fois que l’Allemagne sera vaincue afin de prendre en tenaille le Japon ;
  • la reconstitution et le replacement de la Pologne vers l’ouest ;
  • élargissement du gouvernement provisoire polonais afin que le gouvernement polonais soit ouvert à des non-communistes. La Pologne est un élément central de la géopolitique de l’Est européen comme elle le fut d’ailleurs à l’issue de la Première guerre mondiale.

Yalta fut l’objet d’un grand marchandage. Roosevelt et Churchill sont prêts à faire de grandes concessions afin d’obtenir en particulier l’engagement militaire de Staline contre le Japon. À Yalta, celui qui tire son épingle du jeu est Staline qui obtient beaucoup de choses de la part de Churchill et Roosevelt faisant des promesses extrêmement vagues en ce qui concerne les élections en Europe de l’est et en Pologne en particulier.

Au cours de la période 1944 – 1945 il y a un partage de zones d’influences où finalement les projets politiques respectifs commencent à se confronter avec toute une série d’ambiguïtés non-formalisées mais qui vont se préciser au cours des semaines et des mois qui suivent.

L’entrée en Guerre froide : l’Europe[edit | edit source]

Dénazification et reconstruction démocratique[edit | edit source]

L’enjeu est la dénazification en Allemagne et en Autriche. En Allemagne se pose la reconstruction de la société et de la politique allemande. L’un des objectifs extrêmement importants des États-Unis est la reconstruction de la société allemande sur des bases démocratiques. On va voir se déployer le projet étatsunien de nation-building, l’Allemagne étant un des terrains d’expérimentations. L’idée est finalement d’extirper les germes du totalitarisme de la société allemande et de construire une société sur de nouvelles bases en particulier sur des bases démocratiques d’où le tribunal de Nuremberg. La dénazification passe par le fait de juger les coupables de crime de guerre. La notion de crime de guerre se construit à l’occasion du tribunal de Nuremberg au cours duquel sont jugés les dignitaires nazis.

Robert Jackson s'adressant à la cour.

Le tribunal de Nuremberg ne concerne que les plus grandes personnalités, mais l’objectif américain est de dénazifier la société allemande en profondeur. Un processus de questionnaire extrêmement détaillé est soumis aux personnes qui ont eu des responsabilités administratives à quelque niveau que ce soit dans l’État nazi. Finalement, il s’avère assez rapidement que cela est compliqué de mettre en œuvre le processus de dénazification puisqu’à des degrés divers ce sont des pans entiers de la société allemande qui ont plus ou moins participé de gré ou de force à l’entreprise totalitaire. L’ambition américaine de mettre en place une enquête à l’échelle de la société allemande tourne court assez rapidement parce que c’est difficile à mettre en œuvre, il est difficile de savoir le degré de responsabilité des uns et des autres, de savoir si cela fut volontaire ou pas. Par ailleurs, l’entreprise se heurte à une réalité concrète qui est que pour remettre en route la machine politique, économique, sociale allemande, il faut des cadres capables de faire fonctionner l’État, l’administration locale et nationale, les entreprises, etc. Le bilan est assez mitigé d’une part, et après quelque procès, dès 1948 et 1949, l’entreprise de dénazification est plus ou moins abandonnée. Le projet est beaucoup moins ambitieux que prévu.

À côté du processus en profondeur, il y a une restructuration des institutions politiques qui est importante et réelle puisque c’est l’ensemble du fonctionnement politique et administratif de l’Allemagne qui est refondu avec l’abrogation intégrale de toutes les lois nazies à partir de 1945 et la loi fondamentale du 8 mai 1949 qui est la constitution de ce qui va devenir la République fédérale d’Allemagne. Lorsqu’on regarde la loi fondamentale et la constitution américaine, il y a beaucoup de similitude et de fait, le système politique allemand est construit sur le modèle du système politique américain avec en particulier un État fédéral, un système bilatéral. Le modèle américain est tout à fait net, on a une manifestation concrète d’une stratégie visant à reconstruire un régime politique ex nihilo puisqu’il y a abrogation complète des lois nazies et la construction d’une constitution démocratique dans un pays qui n’a pas de tradition démocratique.

En Autriche, le processus est à peu près le même avec le même projet et les mêmes problèmes. Toutefois, l’Autriche est l’enjeu d’un objet géopolitique qui fait qu’elle ne sera pas ancrée à l’ouest, le traité d’État autrichien entérine la neutralisation de l’Autriche en 1955. D’une certaine manière, l’entreprise de reconstruction politique en Autriche a été beaucoup moins loin qu’en Allemagne.

La dénazification et reconstruction démocratique sont deux choses qui vont de pairs et qui malgré les larges ambitions initiales sont progressivement abandonnées.

L’URSS : la stratégie du glacis[edit | edit source]

D’un côté, les États-Unis mettent en place une stratégie mondiale, de l’autre, l’URSS est en position défensive mettant en place une stratégie du glacis à l’échelle continentale plus que mondiale. C’est une superpuissance comme les États-Unis, mais en position de faiblesse par rapport aux États-Unis étant moins développés économiquement.

L’URSS a payé le plus lourd tribut avec 20 millions de morts soit pratiquement la moitié du total des victimes de la Deuxième guerre mondiale, le pays est complètement traumatisé par les deux invasions successives de 1914 et de 1941 et dont l’objectif obsessionnel est d’assurer la sécurité contre une prochaine et éventuelle invasion d’où la stratégie du glacis afin de créer un certain nombre d’États tampons entre les puissances occidentales et l’URSS. Tous les régimes communistes mis en place en 1945 – 1946 et confirmés en 1947 – 1948 sont des régimes destinés à assurer la sécurité de l’URSS. La question qui se pose dans ce processus est de savoir si cette stratégie est une menace pour l’Europe de l’Ouest et quelles sont les intentions de Staline.

Dans la vision des américains, il y a l’idée que le communisme peut s’étendre en Europe et que le glacis peut aller de plus en plus loin vers l’ouest. Cela peut expliquer l’affirmation de la politique de Guerre froide en Europe à partir de 1946 – 1947.

La réponse américaine : le Containment[edit | edit source]

C’est en réponse à la menace potentielle qu’est mise en place la politique américaine de Guerre froide connue sous le nom de « containment ». Dans un premier temps il y a une attitude passive de Roosevelt qui est en fin de mandat et en fin de vie. Il était prêt à beaucoup de concessions afin d’obtenir de Staline toute une série de choses et en particulier l’engagement de Staline contre le Japon. C’est à partir de 1946 que le nouveau président Truman va progressivement réagir avec la mise en place d’une stratégie notamment avec le télégramme Kennan en février 1946 décrivant la stratégie soviétique et prônant le containment.

Entre le début 1946 et le début 1947, la stratégie de containment se met en place, dont la première manifestation concrète est mars 1947 avec l’aide aux gouvernements grec et turc qui est un premier déblocage de fonds afin de redresser la situation en particulier de la Grèce que les États-Unis considèrent comme potentiellement gagnable par l’URSS. Finalement, mars 1947 est le début du plan Marshall avant même le début du plan Marshall.

Ce qui est intéressant est de voir est comment la stratégie du containment se met en place. Il y a la fois des principes globalistes et en même temps l’entrée en Guerre froide n’est pas mécanique non plus. Entre 1945 et 1947 se met en place la logique de Guerre froide et la doctrine américaine du containment se précise s’appliquant à l’Europe devenant rapidement une doctrine globale et à l’échelle du monde.

La stratégie est globale parce qu’elle porte sur l’ensemble des domaines d’activités, elle est militaire d’abord renvoyant notamment à la question du National Security Act, c’est une stratégie économique se traduisant par la mise en place du plan Marshall, c’est aussi une stratégie politique avec l’idée de nation-building afin d’aider sur le plan financier et militaire un certain nombre de pays et de soutenir un certain nombre d’organisation dont les États-Unis estime qu’elles sont particulièrement important pour construire et solidifier une société.

L’affrontement sur le terrain[edit | edit source]

A 1962 nuclear explosion as seen through the periscope of a U.S. Navy submarine. The goal was to contain Communist expansion without a nuclear war.

Sur le terrain on est dans une logique d’affrontement très concret entre les deux. Entre les années 1947 et 1949, il y a toute une série d’événements très importants comme l’épisode du pont aérien de Berlin qui fait suite au blocus de la zone alliée de Berlin par les Soviétiques.

Avec la création du Pacte atlantique en avril 1949, il y a la création d’une alliance militaire entre les différents pays d’Europe et les États-Unis. La signification du Pacte atlantique est la mise sous parapluie militaire américain de toute l’Europe occidentale. C’est une logique d’affrontement avec la création du Pacte de Varsovie qui répondra au Pacte de l’Atlantique.

La crise grecque de 1949 est importante du point de la stratégie américaine puisqu’il y a d’un côté les États-Unis qui proclame le principe de diffusion universelle de la démocratie considérant la Grèce comme un pays absolument fondamental et clef prête à tombé du côté communiste. Dans la crise grecque, les États-Unis vont venir à soutenir un régime dictatorial qui s’impose à la fin des années 1940 pour éviter que le pays ne tombe sous domination communiste. On voit la contradiction ou le paradoxe en les principes et la stratégie globale et l’action sur le terrain où c’est la realpolitik qui l’emporte sur la mise en œuvre des principes fondamentaux.

Finalement, dans les années 1950, la stratégie américaine ne suit pas une ligne directrice bien claire, c’est une stratégie évolutive et hésitante entre une attitude ferme vis-à-vis de l’Union soviétique ou une attitude beaucoup plus souple visant à ménager l’adversaire.

La mondialisation du modèle américain ?[edit | edit source]

Le Japon[edit | edit source]

Le Japon est un endroit clef puisqu’il est occupé par les américains entre 1945 et 1952 administrés par le général Mac Arthur. L’un des objectifs de l’occupation militaire américaine est là aussi de reconstruire la société japonaise sur des bases démocrates pour extirper les bases du militarisme japonais. Comme l’Allemagne, l’objectif américain est de reconstruire une société sur des bases démocratiques sur la base du modèle américain. Les américains agissent sont tout seul alors qu’en Allemagne l’occupation américaine se fait avec les anglais et les français. Le processus de nation-building se met en place selon le même patron qu’en Allemagne avec l’abolition des lois votées sous le régime militaire, la mise en place de la liberté religieuse et de la liberté d’expression, mais aussi la mise en place d’un régime politique similaire à celui des États-Unis avec le pluralisme politique, un régime à deux chambres, la constitution de corps intermédiaires et en particulier de syndicats. C’est une régime politique démocratique même si du point de vue strictement juridique le Japon est une monarchie constitutionnelle, mais fonctionnant comme une démocratie.

La constitution japonaise de 1947 est une sorte de « copier-coller » de la constitution américaine, il y a une influence importante du système politique américain dans la reconstruction du système politique japonais. Il y a aussi une série de procès des criminels japonais. Son aussi mis en œuvre une reforme agraire pour déconcentrer la possession de la terre et un processus de décartellisation puisque l’économie japonaise était concentrée entre quelques groupes.

Il y a toute une série de processus assez similaire, au niveau global. Il y a le même processus qu’en Allemagne, et comme en Allemagne, le processus se heurte aux mêmes problèmes. Le processus de démilitarisation et de « detotalitarisation » de la société japonais se heurte aux mêmes problèmes qu’en Allemagne c’est-à-dire que si on juge tout le monde, il n’y a plus personne pour reconstruire le pays. À un moment donné le processus est stoppé et en particulier dans le domaine économique, la décartellisation est stoppée assez rapidement puisque les grands groupes industriels sont les seuls à pouvoir redresser l’économie rapidement.

À partir du moment où la logique de Guerre froide s’annonce et s’affirme, la dénazification en Allemagne et la démilitarisation au Japon passent au second rang derrière la lutte contre le communiste. Le projet politique de démocratisation devient secondaire derrière la realpolitik de rapport de force avec l’URSS. Il y a très vite un retour des élites traditionnelles y compris celles qui furent très impliquées dans l’entreprise expansionniste du Japon ne sont que très peu inquiétés. L’empereur lui-même est mis complètement hors de cause et n’est pas jugé, car les États-Unis ont besoin d’un symbole qui incarne l’unité du Japon. Toute discussion sur le rôle de l’empereur dans l’entreprise japonaise de déclaration de guerre est passée sous silence.

Il y a un processus de nation-building important avec un remodelage indéniable des institutions japonais mais c’est un processus qui reste largement inachevé pour des raisons à la fois intérieures et des raisons extérieures qui tiennent à la logique de Guerre froide.

La Chine[edit | edit source]

La Chine est un pays extrêmement important dans la stratégie de Roosevelt. Si Roosevelt tient a impliquer la Chine dans le Conseil de sécurité, à la fin des années 1930, c’est parce que le parti communiste était presque prêt à prendre le pouvoir. L’objectif premier de Roosevelt est d’éviter que la Chine tombe dans l’escarcelle communiste et en l’admettant dans l’intérieur du club des grandes puissances en 1945. L’idée est d’essayer de l’ancrer à l’ouest le plus possible et de lui donner la possibilité de faire une reconstruction démocratique.

C’est une stratégie qui va progressivement échouer du fait d’une opposition extrêmement forte entre les nationalistes et les communistes qui après avoir mis en place un modus vivendi durant la Deuxième guerre mondiale recommence à s’affronter menant l’installation de Mao en 1949 au pouvoir. On voit la limite de l’influence américaine dans le monde. La prise de pouvoir des communistes en 1949 est l’un des signes indéniables que le projet politique américain se heurte à un certain nombre de résistances. Le projet poursuivit était identique, mais fut stoppé par la prie de pouvoir des communistes.

La Corée[edit | edit source]

En Corée, on retrouve le même type de situation puisque le sud de la Corée a été occupé en 1945 par les États-Unis. À Yalta, à la fois, Staline, Roosevelt et Churchill se sont partagé des zones d’influences en Europe, mais aussi en Asie. Il fut prévu que la Corée du Nord serait sous influence soviétique et la Corée du Sud sous influence américaine.

Syngman Rhee, en mai 1951.

La Corée est occupée et l’occupation du pays est mal préparée. Les États-Unis connaissaient mal la région et il y a très peu d’interprètes qui parlent le coréen ne facilitant pas la communication avec la population. Finalement, les États-Unis ne savent pas trop quoi faire en Corée en comparaison avec l’Allemagne et le Japon. Il y a une tentative de reconstruction sur le modèle américain sans avoir bien préparé les choses. Les États-Unis vont essayer de susciter le développement d’une classe politique modérée qui partage les mêmes objectifs sans pour autant y arriver. Les dirigeants qu’ils vont trouver sont beaucoup plus conservateurs notamment avec Syngman Rhee porté au pouvoir suite aux élections de 1948 qui se révèle beaucoup moins démocrate que ce que les américains avaient imaginé. Les États-Unis vont s’en accommoder puisqu’à partir de 1947 – 1948 on est dans une logique de Guerre froide, et la stabilité est beaucoup plus importante que la démocratie.

Pendant que se met en place ce régime en Corée du Sud, le régime communiste se met aussi en place en Corée du Nord déclenchant en juin 1950 une offensive en Corée du Sud. Est suivie une contre-offensive américaine qui est elle-même suivie par l’entrée de la Chine dans la guerre de Corée par des militaires non-officiellement envoyés. Assez rapidement, on arrive à un statu quo entre les deux Corée entériné par l’armistice de 1953 qui coupe la Corée en deux et jusqu’à aujourd’hui. L’armistice entérine une division politique qui était plus une division de zones d’influences en 1945 – 1946 devenant une division claire.

Après l’armistice, les États-Unis vont continuer à soutenir la rémige de Syngman Rhee qui n’est pas un régime très démocratique et qui va être renversé en 1961 par un coup d’État militaire qui va maintenir une dictature assez féroce jusqu’au début des années 1980 étant aussi soutenu par les États-Unis. On note le même type de configuration entre l’objectif de démocratisation et puis la realpolitik ainsi que l’adaptation au contexte de Guerre froide avec l’idée de stabilité qui est plus important que la mise en place d’une démocratisation de la société locale.

Le Vietnam : entre Nation building et guerre à outrance[edit | edit source]

Au Vietnam, comme dans les autres pays et d’autres théâtres de la Guerre froide, les États-Unis ont essayés de mettre en place une politique de nation-building sur des patrons démocratiques afin d’ancrer le Vietnam à l’ouest. Il y a une concurrence entre deux régimes politiques. Ce processus de nations-building va aller de pair et entrer en contradiction violente avec un processus de guerre à outrance qui est mis en place par les États-Unis à partir des années 1960. Au départ, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, les États-Unis sont en faveur de l’indépendance du Vietnam en vertu de la posture anticolonialiste qu’ils prônaient, sauf que cette posture va rapidement être mise en berne en raison de l’ouverture de la Guerre froide en 1947.

Lorsque les français se réinstallent en Indochine en 1945 – 1946 après en avoir été chassés par les japonais ils ne sont pas les bienvenus, mais les États-Unis laissent faire puisque les français vont manier la rhétorique du containment. Après la fin de la guerre d’Indochine perdue par les français en 1954, les États-Unis vont prendre la suite des français et s’installer au Vietnam avec un programme interventionniste qui va atteindre un degré très important dans les années 1960.

La crise du modèle[edit | edit source]

À la fin des années 1940, durant toutes les années 1950 et au début des années 1960, c’est une situation d’opposition frontale entre les États-Unis et l’URSS avec un modèle américain qui a un prestige important et une image assez positive dans une bonne partie du monde. Pour une partie du monde, les États-Unis incarnent un modèle souvent plus attractif que l’URSS.

Ce modèle va entrer en crise à partir des années 1960 notamment pour des raisons intérieures et extérieures.

Les failles du modèle proposé au monde[edit | edit source]

Les raisons intérieures sont d’abord les failles de ce modèle proposé au monde. D’un côté, une superpuissance qui propose l’exportation de la démocratie, la libéralisation du marché, qui dénazifie ; à l’intérieur des États-Unis, la société n’est pas si démocratique qu’elle se voudrait. En particulier il y a le thème de la « démocratie imparfaite » ou de la « démocratie inachevée » puisque les États-Unis promeuvent la démocratie dans le monde :

  • la ségrégation raciale : c’est une société fondée sur la séparation stricte entre noirs et blancs jusqu’à 1954 avec l’arrêt Plessy v. Ferguson. C’est un élément qui s’invite en permanence dans le débat du rôle relatif des États-Unis dans le monde ;
  • les exclus de la société de consommation : l’un des éléments importants du projet de démocratie américaine est de lier démocratie et économie de marché. On devient citoyen par l’accès à l’économie de marché et à la consommation. Or, la société de consommation même si elle est plus large que dans des pays d’Europe au même moment, elle a de nombreux exclus.

Pendant toutes les années 1940, 1950 et 1960, non seulement dans les pays opposés aux États-Unis, mais aussi dans les pays qui sont dans l’orbite américain, les États-Unis sont extrêmement critiqués sur ces deux points. Les failles de ce modèle vont apparaître de façon encore plus importante dans les années 1960 avec le Civil Rights movement menant à de vives agitations aux États-Unis mêmes marquées par des luttes extrêmement violentes.

La question du discours d’une part et la question de l’action sur le terrain d’autre part renvoi à la question de la fin et des moyens. D’un côté, il y a une politique mondiale dont la démocratie est l’un des piliers et en même temps les États-Unis mettent en œuvre le National Security Act de 1947 la CIA qui est une sorte d’électron libre dans le labyrinthe administratif américain étant impliqué dans un certain nombre de coups d’État avec l’idée de démocratiser par la force soit de mettre en place des régimes qui sont davantage anticommuniste. Le rôle de la CIA est abondamment débattu un peu partout en Europe est c’est l’un des éléments où la contestation du modèle américain se fait sur le thème qu’on ne peut démocratiser par la force.

Ce débat prend de l‘ampleur à partir de la fin des années 1950 où l’on peut dresser un bilan de ce qu’a été la politique américaine en matière de démocratisation depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Il y a une bilan extrêmement mitigé parce que d’un côté il y a deux pays où il y a eu une restructuration relativement réussie des régimes politiques avec l’Allemagne et le Japon malgré quelques bémols, mais il y a aussi toute une série d’échecs en particulier la Corée et le Vietnam éclatant au milieu des années 1960.

Le milieu des années 1960 est le moment où à la fois il y a le mouvement des Droits civiques à l’intérieur des États-Unis qui commence à devenir extrêmement violent et à l’extérieur c’est le moment où les États-Unis deviennent très présents au Vietnam. Précisément, au Vietnam, la politique de nation-building entre en collision avec une guerre à outrance. Le principal échec des États-Unis au Vietnam est d’avoir mis en place les deux en même temps : avoir mis en place une politique de nation-building avec le financement d’organisations, d’infrastructures et la tentative de mise en place de cadres de la société civile parallèlement avec une logique d’engagement de guerre à outrance et le soutien du régime du Vietnam du Sud qui est un régime dictatorial faisant que leur politique devient illisible pour les populations locales les faisant détester encore plus. La guerre du Vietnam est la mise en œuvre de la stratégie de nation-building et de guerre à outrance.

Toute une série d’autres pays plus ou moins non-alignés va, à partir des années 1960, mettre en avant le fait que les États-Unis n’ont pas réussi à les rallier. À partir du milieu des années 1960, on entre progressivement dans une période de crise du modèle américain qui va monter jusqu’au début des années 1970.

La contestation intérieure[edit | edit source]

La contestation contre la guerre du Vietnam commence au sein même de la société américaine avec des débats extrêmement forts. La contestation contre la guerre du Vietnam commence dans les campus américains au début et au milieu des années 1960 pour la raison que les étudiants américains ne souhaitent pas partir combattre au Vietnam. Il ne faut pas penser que l’opposition à la guerre du Vietnam est uniquement extérieure, étant en débat à l’intérieur même de la société américaine.

Un élément est aussi important à prendre en compte qui est l’évolution de la gauche américaine et d’une partie de la classe politique par rapport au projet américain. Si on regarde sur le long terme, il y a la mise en place du messianisme démocratique américain qui est d’abord plutôt manié par les républicains avec Théodore Roosevelt, devenant par la suite un consensus dans le cadre de la classe politique puisque les démocrates vont s’approprier ce terme notamment avec Wilson. Jusqu’à la fin des années 1950, le messianisme démocratique fait l’objet d’un consensus au sein du parti républicain et du parti démocrate. Le messianisme démocratique va cesser de faire consensus et notamment au sein du parti démocrate où la contestation de la politique américaine et vis-à-vis de l’engagement américain au Vietnam commence à se développer. Johnson qui succède à Kennedy est un président démocrate, mais va avoir à faire à une opposition croissante à l’intérieur même de ses rangs contre son engagement au Vietnam. Toute une partie du parti démocrate et de la gauche d’obédience démocrate va, à partir de la fin des années 1960, critiquer le messianisme américain. Il y a une rupture de consensus politique et on voit comment un certain nombre de membres du parti démocrate se détachent de cette idée qui ne fait plus forcement consensus dans la politique américaine. La crise de ce modèle à des aspects extérieurs, mais aussi des aspects intérieurs. Le consensus se brise dans les années 1960.

La contestation extérieure : l’antiaméricanisme[edit | edit source]

Il y a une critique de plus en plus importante du modèle politique américain y compris dans les pays alliés. À partir des années 1960, l’antiaméricanisme, y compris en Europe de l’Ouest, est devenu extrêmement fort à l’occasion, en particulier, d’évènements comme la guerre du Vietnam qui est une charnière.

Le repli des années 1970[edit | edit source]

Les années 1970 sont marquées par un moment où les États-Unis mettent en berne la mission de diffusion universelle de la démocratie d’abord parce que le messianisme mondial marque un peu le pas, et puis parce que de ce fait, toute une série de pays du tiers-monde ne s’est pas rangée du côté du monde occidental marquant un échec des États-Unis. Les années 1970 sont un moment de reflue à un moment où le modèle soviétique remporte un certain nombre de succès :

  • 1970 : création de la République démocratique du Sud Yémen
  • 1974 : coup d’État en Éthiopie
  • 1975 : le MPLA prend le pouvoir en Angola
  • 1975 : création de la République populaire du Mozambique
  • 1975 : réunification du Vietnam
  • 1975 : prise de pouvoir des Khmers rouges au Cambodge
  • 1975 : création de la République démocratique populaire du Laos
  • 1978 : coup d’État communiste en Afghanistan.

Ce sont des pays où des régimes communistes prennent le pouvoir étant des défaites stratégiques pour les États-Unis. À partir du moment où les États-Unis se désengagent, le Vietnam du Nord va prendre le dessus sur le Vietnam du sud aboutissant à la réunification du Vietnam en 1975. Il y a la prise de pouvoirs de régimes communistes qui sont autant de points de gagnés par les soviétiques et de points de perdue par les États-Unis. Après 1973, les États-Unis connaissent une baisse d’influence en Amérique latine suite au coup d’État au Chili.

Les années 1970 sont marquées par une expansion du modèle soviétique qui est un modèle déjà complètement en crise du point de vue intérieur, mais qui du point de vue extérieur à un pouvoir d’attraction extrêmement fort lorsqu’on regarde les différents pays où ces régimes s’installent.

Le dernier symbole du reflux américain est la révolution iranienne de 1979 et la prise de pouvoir par l’Ayatollah Khomeiny se terminant par la crise des otages de l’ambassade américaine. Lorsqu’on regarde les décennies 1960 – 1970, il y a après une période faste du modèle américains après les premières années de Guerre froide, une période décennies assez forte faisant que le messianisme fondé sur la diffusion globale d’une démocratie à l’américaine marque le pas dans les années 1960 et 1970. À la fin des années 1970, on est arrivé à la fin d’un moment marqué par la révolution iranienne.

Les transformations de l’impérialisme moral[edit | edit source]

Il y a une mutation à la fois des bases idéologiques et des formes de l’interventionnisme américain à l’étranger dans la diffusion de la démocratie.

1980 à 2013 correspond à la sortie de Guerre froide, le processus de sortie de Guerre froide est relativement long. Un certain nombre de choses présentent dans les années 1990 ont déjà été mis en place dans les années 1980 et sous la présidence Reagan. Dans cette période, il y a une domination extrêmement forte des États-Unis sur la scène mondiale. À partir du délitement de l’URSS, il y a un déséquilibre extrêmement fort entre les États-Unis et les autres puissances. Cette période de la fin des années 1970 jusqu’à nos jours et marquée par un retour de l’unilatéralisme américain même si cela n’est pas valable pour toute la période, mais surtout valable pour la décennie des années 1990 à nos jours.

Le Parti démocrate et le déclin du messianisme démocratique[edit | edit source]

L’impérialisme moral est non seulement une spécificité américaine commençant à se forger au début du XXème siècle avec la présidence Wilson. L’impérialisme moral reste un élément de consensus dans la classe politique américaine jusqu’à la fin des années 1960 date à laquelle le consensus se fissure et se brise. L’impérialisme morale américain reste, mais il y a un certain nombre de transformations.

Le passage du messianisme moral se fait du parti démocrate au parti républicain puisqu’il y a un moment donné ou le messianisme américain largement formulé par les démocrates devient beaucoup plus un discours républicain avec d’autres attentes.

Portrait officiel de Jimmy Carter, en 1977.

La guerre du Vietnam est un moment absolument fondamental qui est une fissure du modèle soit le moment où le modèle américain apparaît de plus en plus douteux dans des parties du monde de plus en plus importantes. Cela est valable à la fois dans la classe politique américaine, dans l’opinion américaine et l’opinion mondiale. Il y a un moment où le consensus se fissure et on le voit bien dans les présidences suivantes et en particulier dans la présidence de Jimmy Carter qui est le premier président depuis Wilson qui est démocrate à mettre en berne le thème de la diffusion mondiale de la démocratie. C’est un moment où le modèle américain est en recul, il y a toute une série de succès du modèle soviétique. Il y a un recul du modèle américain et pendant la présidence Carter de 1976 à 1980 il y a une mise en berne de ce processus au profit d’un dialogue nord – sud. Les ambitions de la diffusion du modèle sont revenues à la baisse, d’autre part, il y a un assouplissement des relations et du dialogue avec l’URSS notamment à travers les accords de désarmement. Il est clair que la présidence Carter marque un changement dans la position des États-Unis d’un point due vue du messianisme démocratique.

Portrait officiel de Barack Obama, en 2012.

La présidence Clinton et la présidence Obama laissent émerger quelques éléments notamment un abandon du messianisme démocratique par les démocrates. Le discours est en apparence très wilsonien, mais finalement, sur le terrain, il y a une politique extérieure assez prudente virant assez vite vers un unilatéralisme. Lorsqu’on regarde les différents cadres d’intervention, notamment suite à la répression des émeutes de la place Tienanmen de 1989, il n’y a quasi aucune réaction sauf formelle du point de vue de la présidence américaine. Lorsqu’on regarde l’attitude par rapport aux troubles politiques en Haïti au début des années 1990, alors que Haïti est traditionnellement un terrain d’intervention américain et ce depuis le début du XXème siècle, il y a une politique relativement de prudence. En Somalie, l’intervention américaine essuie à quelque dégât, les États-Unis se repli rapidement. Le discours reste le même, mais cela va se caractériser notamment par le fait que les terrains d’interventions sont réduits et à partir de 1994, les États-Unis se désengagent des opérations de maintien de la paix de l’ONU. C’est un symbole fort sachant que les États-Unis furent très engagés dans la création de l’ONU. Dans la suite des années 1990, le désengagement va se confirmer étant la raison pour laquelle les États-Unis n’interviennent pas lors du génocide rwandais en 1994 tandis que leur intervention en ex-Yougoslavie est très limitée. Sous la présidence Clinton, la notion de messianisme morale et démocratique et maniée avec extrêmement de prudence. C’est paradoxal puisque les États-Unis ont un boulevard devant puisque le modèle soviétique s’est effondré offrant la possibilité aux États-Unis d’incarner le seul modèle offert. Depuis 2008, avec la présidence d’Obama, cette prudence se remarque notamment avec le retrait d’Irak et un statu quo en Afghanistan avec un retrait prévu en 2014.

Que cela soit Carter, Clinton ou Obama, la question qui peut se poser est de savoir si les démocrates peuvent encore rependre à leur compte le moralisme wilsonien. La réponse n’est pas univoque, mais elle serait plutôt négative.

Le mouvement néoconservateur[edit | edit source]

Il y a un changement extrêmement important dans la politique étrangère américaine depuis la fin des années 1970 marquées par l’essor du mouvement néoconservateur et de l’influence que va avoir ce mouvement sur la politique étrangère américaine n’ayant pas un impact immédiat, mais sur le long terme. Pour comprendre le mouvement, il faut remonter en avant dans la chronologie et notamment aux années 1960. Les origines du mouvement néoconservateur se situent en fait à l’intérieur du parti démocratique et d’une fraction d’une partie du parti démocrate qui n’est pas d’accord par la politique démocrate menée dans les années 1960. Ce sont des gens en désaccord avec la politique des droits civiques et d’affirmative action menée dans les années 1960 par Johnson. Une fraction est à la fois d’accord avec l’interventionnisme de Johnson au Viêtnam, mais est en désaccord avec ses prises de position intérieures. Il y a une fracture à l’intérieur du parti démocrate avec une fraction des démocrates qui vont se détacher progressivement du consensus de leur parti. Dans les années 1960, la rupture est encore peu visible. À partir du moment où la présidence se désengage du Vietnam, ce sont des gens qui vont se retrouver orphelins du parti démocrate et passer de l’autre côté. Les origines du mouvement conservateur se situent à l’intérieur du parti démocrate avec des influences de politique à la fois intérieure et extérieure.

Logo of the Committee on the Present Danger.

Dans l’immédiat, la chose est relativement peu visible parce qu’il y a un groupe relativement minoritaire au sein du parti démocrate, mais qui va progressivement faire passer ses thèses du côté républicain. Il y a un moment important qui la réactivation du Committee on Present Danger en 1976. Ce comité est un lobby mis en place en 1950 dont l’objectif était d’essayer de faire passer et de peser en faveur de la mise en place d’une politique plus agressive vis-à-vis de l’URSS appuyant la directive NSC-68 qui fixe les cadres de la politique américaine en matière d’endiguement du communisme et d’explosion des crédits militaires. À partir du moment où le NSC-68 est passé, c’est un comité pas formellement dissout, mais en sommeil. Ce comité va se réactiver au début des années 1970 à un moment où la politique étrangère américaine est en retrait à partir du moment où l’idée de messianisme démocratique et d’offensive dans le cadre de la Guerre froide est mise en sourdine.

C’est un organisme où se retrouvent avant tout des démocrates, mais il y a un certain nombre de républicains dont Ronald Reagan qui est se lance en politique devant président des États-Unis en 1981. Ce comité est un lieu de contact entre une fraction du parti démocrate et des républicains. C’est un lieu de passage du parti démocrate jusqu’au parti républicain où va se trouver plus d’écho. C’est un des laboratoires de la constitution de ce qui va devenir un corpus idéologique du parti républicain lors de la présidence Reagan.

Le Parti Républicain : un néo-wilsonisme ?[edit | edit source]

President Ronald Reagan and Vice President George H. W. Bush at the 1984 Republican National Convention in Dallas, Texas.

La question que l’on peut se poser est de savoir si le parti républicain, Reagan et les Bush pères et fils ont un corps de doctrine néowilsonien faisant de la diffusion de la démocratie leur cheval de bataille.

Sous les deux présidences Reagan de 1980 à 1988, le discours néoconservateur va avoir une influence importante et en particulier toute une partie du milieu universitaire américain et des politistes américains qui vont contribuer à l’élaboration du discours néowilsonien du parti républicain comme Francis Fukuyama qui travaille au RAND corporation et Robert Kagan qui travaille au Policy Planning Staff. Il y a un rapport entre la sphère d’expertise politique et la sphère de décision politique. Tous ces gens vont contribuer à la construction du corps de doctrine néoconservateur dans laquelle la croisade pour la démocratie joue un rôle fondamental.

Le corps de doctrine néoconservateur va se retrouver au sein de l’administration fédérale par le biais de personnes qui vont avoir des fonctions au sein de l’administration Reagan comme Paul Wolfowitz qui fait parti du principal private secretary [PPS], Casper Wainberger au Secretary of Defense. À tous les postes clefs se trouvent des néoconservateurs ou des gens qui en sont relativement proches.

Leur influence est capitale pour comprendre ce qui est un des fils conducteurs de la politique étrangère sous Reagan qui est la reprise de la Guerre froide. Avec l’arrivée de Reagan au pouvoir il y a une reprise frontale de la Guerre froide avec un soutien aux moudjahidin en Afghanistan contre les soviétiques, au Nicaragua il y a un soutien à l’opposition au régime sandiniste de Ortega. Alors que la situation c’était stabilisé dans les années 1970, il y a une reprise de l’offensive américaine dans tous les théâtres d’opérations avec l’idée des spécialistes et des néoconservateurs de renverser le régime soviétique et ceux qui leur appartiennent et leur sont apparentés et qu’il faut pousser dans ce sens. C’est une logique de reprise et de monter de la Guerre froide. Le projet de guerre des étoiles permet au budget militaire d’augmenter à nouveau.

La présidence Bush de 1988 à 1992 est compliquée à interpréter. Elle a des accents wilsonien, mais d’une manière générale, il déclenche la guerre en Irak et opte pour une politique prudente en Irak. Sous la présidence Bush père, les néoconservateurs ont eu moins d’influence que sous la présidence Reagan. Le fait majeur est la guerre d’Irak qui est la première guerre d’Irak afin de chasser l’Irak du Koweït et d’avoir laissé Saddam Hussein en place alors que les néoconservateurs voulaient le chasser d’Irak.

Dans le cadre des présidences de George W. Bush de 2000 à 2008, on parle de « wilsonisme botté » qui est un expression du politologue Pierre Hassner qui signifie une reprise du moralisme wilsonien avec un dimension militariste qui dans le corps de doctrine est fourni par les néoconservateurs. La politique étrangère mise en place s’appuie sur toute une production universitaire qui se développe juste après la chute du monde communiste. Francis Fukuyama parle de fin de l’histoire avec la chute de l’URSS puisqu’il n’y a plus qu’un modèle existant signifiant donc la fin de l’histoire. Il y a un discours selon lequel durant le XXème siècle, il y a eu l’affrontement entre plusieurs formes de régimes. Comme le nazisme et le communisme se sont effondrés, il ne reste plus que le modèle américain. C’est aussi la période des Democratic Peace Theory et Democratic Transition Theory qui réactualisent les théories de la modernisation des années 1950. Cette production cherche à mettre en œuvre une théorie la situation politique complètement nouvelle qui illustre la chute du monde communiste.

C’est à ce moment-là que le libéralisme institutionnaliste devient une véritable idéologie. C’est à partir de là qu’il y a la certitude que le modèle démocratique représente le seul modèle est qu’il est légitime de s’imposer y compris par tous les moyens dans le reste du monde. Il y a la constatation que le modèle soviétique s’est effondré et une légitimité d’exporter le modèle américain au reste du monde. Après que les néoconservateurs furent écartés des postes clefs pendant la présidence Bush et Clinton, ils reviennent au moment de la présidence de George W. Bush.

Une organisation fait office de lieu de rencontre qui est le Project for the New American Century où se retrouvent les ténors du mouvement néoconservateur avec notamment Fukuyama et Kagan. Ce projet est un think tank néoconservateur qui appelle le pouvoir américain à prendre ses responsabilités en termes de politique étrangère appelant à diffuser le modèle américain par tous les moyens possibles. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, c’est ce groupe qui a écrit une lettre ouverte au président George Bush pour soutenir une intervention en Afghanistan.

Ce corpus va être mis en pratique à partir du moment où le mouvement néoconservateur va reconquérir des places dans l’administration de George Bush. Le trio Cheney, Wolfowitz et Rumsfeld va jouer un rôle de concepteur des cadres de l’intervention américain en Afghanistan et en Irak en 2003. Le moment clef du mouvement néoconservateur est 2003 – 2004 au moment où il y a un consensus encore assez fort au niveau de l’opinion. À partir de 2004, le mouvement se fissure avec une augmentation de la contestation. Entre 2000 et 2004, les néoconservateurs ont été aux commandes de la politique extérieure américaine.

Le porte-parole du néoconservatisme et le parti républicain devenant à partir des années 1990 à un mouvement plus agressif avec l’intervention dans les cas afghan et irakien.

De l’ennemi communiste à l’ennemi islamiste[edit | edit source]

Il est intéressant de voir le passage de l’un à l’autre parce que cela révèle un certain nombre de choses concernant la constitution de la politique américaine.

La chute de l’URSS[edit | edit source]

Ce qui caractérise la présidence Reagan en matière de politique étrangère est la reprise de la Guerre froide avec l’idée de harceler au maximum l’URSS afin de hâter sa chute. D’autre part, il y a un débat consistant à savoir si l’effondrement du communisme était dû au harcèlement mené par les États-Unis en matière de politique étrangère ou simplement le résultat du délitement intérieur du régime lui-même. À travers ce débat, c’est toute la légitimation du néoconservatisme qui se joue. Si l’effondrement de l’URSS est la cause due au harcèlement des néoconservateurs, cela légitime leur discours pour continuer à aller dans cette direction ; si jamais c’est l’inverse, si l’effondrement du régime soviétique est dû à son délitement intérieur et aux réformes mises en place par Gorbatchev, le discours légitimateur est beaucoup moins important. C’est un débat qui a énormément agité les milieux intellectuels et politiques. De ce point de vue, la place des néoconservateurs on fait plus de bruits que les autres. L’idée était que si l’URSS s’était effondrée aussi vite, cela était dû à l’administration fédérale de la présidence Reagan.

Les années 1990 et la marche vers l’unilatéralisme[edit | edit source]

Il faut s’interroger sur ce qui se passe du point de vue global de la construction de la politique américaine. Il y a un retour clair des États-Unis dans une politique claire, globale beaucoup plus unilatérale. Au début des années 1990, il y a la guerre du golf qui est un épisode si ce n’est consensuel ou le droit international est respecté et légitimé par l’ONU. D’une certaine façon, la Première guerre du golf peut apparaitre comme un moment wilsonien où il y a une légitimation internationale et une mise en application des principes démocratiques dans le cadre d’une coalisation afin de faire respecter le droit international et faire sortir l’Irak du Koweït.

Lorsqu’on regarde ce qui se passe après, cela est finalement un retour assez rapide à l’unilatéralisme. C’est une politique prudente en matière extérieure, et le refus de l’interventionnisme est aussi et commence à être que si jamais il faut intervenir, les États-Unis le ferraient tout seul. C’est à ce moment-là qu’il y a un changement dans la politique étrangère américaine et où la cible essentielle n’est plus le communisme, mais le terrorisme international. C‘est à ce moment-là qu’apparait le terme des États voyous. Le terrorisme international devient l’un des focus importants de la politique étrangère américaine expliquant qu’il y a une multiplication des attentats contre les intérêts américains. Avec Clinton, il y a un discours très wilsonien, mais en même temps, se fait le virage des États-Unis vers une politique unilatérale. George W. Bush ne fait que continuer une politique unilatérale qui se fait sous Bill Clinton. La thématique des États voyous, la focalisation sur le terrorisme international a commencé sous Clinton. Le terrorisme devient l’un des aspects importants de la politique étrangère américaine, l’ennemi communiste et remplacé par l’ennemi islamiste.

Sous la présidence Clinton, on est dans un moment qui glisse vers l’unilatéralisme notamment avec deux lois qui manifestent assez bien l’extra-territorialisme des États-Unis témoignant de la volonté des États-Unis d’agir sur la scène internationale :

  • la loi Amato-Kennedy de 1996 établie des sanctions contre les entreprises américaines ou non-américaines qui vont investir dans des secteurs stratégiques en Iran ou en Libye. Ce sont des États considérés comme des Rogue states et allant investir dans le pétrole et dans le gaz. Les lois d’extraterritorialité en sont en cas tout à fait remarquable ;
  • la loi Helms-Burton de 1996 qui introduit des sanctions contre Cuba, impliquant des sanctions contre les entreprises américaines et non-américaines qui commercent avec Cuba.

C’est un virage dans la politique étrangère américaine vers un unilatéralisme important.

L’attitude des États-Unis vis-à-vis de la Cour pénale internationale est caractéristique de l’unilatéralisme puisque la Cour pénale internationale est créée en 1998 est les États-Unis n’y adhèrent pas. Après avoir été des promoteurs historiques du droit international, lorsque la Cour pénale internationale est créée a ce moment, ils n’y participent pas marquant que le virage de l’unilatéralisme a commencé dans les années 1990 sous la présidence Clinton et celle de Bush.

Diplomatie transformationnelle et guerre contre le terrorisme[edit | edit source]

Le virage vers l’unilatéralisme va progressivement se muer en une diplomatie transformationnelle de l’administration fédérale et déboucher sur la guerre contre le terrorisme à l’issue des attentats du 11 septembre. La guerre contre le terrorisme est le menace islamiste mis en œuvre par les États-Unis dans les années 2000 à un certain nombre de racines devant remonter à la révolution iranienne de 1979 qui est le moment où l’Islam apparait comme une menace géopolitique pour les États-Unis.

Pendant toute la Guerre froide, le Moyen-Orient est dans l’orbite américaine avec la Shah d’Iran et les monarchies pétrolières qui sont sous parapluie militaire américain. Le Moyen-Orient est sous contrôle ne faisant pas partie des inquiétudes américaines. Tout change avec la révolution iranienne de 1979 qui amène au pouvoir le régime de l’ayatollah Khomeiny qui est un objet politique nouveau est inconnu pour les États-Unis étant violemment antioccidental et antiaméricain.

La révolution iranienne de 1979, pour les États-Unis est la potentialité est la réalisation du Moyen-Orient en général de l’orbite américain vers autre chose. C’est une région que les États-Unis pensent sortir et cela est de fait de leur contrôle. L’Islam sous sa forme la plus radicale entre dans le radar de la politique étrangère américaine. Dans les années 1990, le cas du Pakistan se greffe en tant qu’objet d’inquiétude. Historiquement, le Pakistan est dans le pacte de Bagdad étant un allié et n’étant un problème particulier pour les États-Unis. En revanche, au moment de la guerre d’Afghanistan, cela devient un cas particulier puisque le Pakistan devient une base arrière pour les moudjahidine contre les communistes et antiaméricains. Le Pakistan va jouer un double jeu en soutenant les moudjahidines et en coopérant avec les États-Unis. Le Pakistan devient un allié non contrôlable et potentiellement un ennemi.

L’Arabie Saoudite devient un allié des États-Unis, sauf qu’à partir des années 1980 et 1990, l’Arabie Saoudite est un allié, mais et aussi le berceau du terrorisme et notamment de Oussama Ben Laden. Finalement, les États-Unis sont de moins en moins bien disposés vis-à-vis de l’Arabie Saoudite jouant un double jeu de même que le Pakistan.

Une série de changements se font dans la géopolitique du Moyen-Orient. L’islam en général devient un ennemi politique potentiel. À partir du moment où le régime soviétique va tomber en 1991, celui qui va devenir l’ennemi numéro Un dans les conceptions américaines des années 1990 va être l’islam radical. La notion de guerre contre le terrorisme mis en œuvre dans les années 2000 est l’aboutissement de ce mouvement.

Cela va se développer de façon dramatique pendant les années 1990 avec la Première guerre du golf, mais surtout ses suites et en particulier l’embargo imposé à la population irakienne sous l’égide de l’ONU, mais sous dominance américaine. L’embargo qui avait pour but de faire tomber Saddam Hussein ne marche pas, affamant la population irakienne et détériorant l’image américaine dans la région. La situation géopolitique du Moyen-Orient devient de plus en plus incontrôlable pendant cette décennie. Pendant la décennie 1990, l’opposition à l’occident et aux États-Unis va être de plus en plus forte dans cette région du monde se traduisant par une série d’attentats avec notamment le premier attentat contre le World Trade Center en 1993 et une série d’attentats contre les intérêts américains au Moyen-Orient et en Afrique.

Le 11 septembre n’est que l’attentat le plus dramatique d’une série d’attentats. Une littérature énorme a fait flores, mais ce n’est pas un moment si important parce que ce n’est pas une rupture géopolitique fondamentale. C’est un évènement symbolique pour les États-Unis, mais ce n’est pas un évènement fondateur. Le 11 septembre est un accélérateur plus qu’une rupture. Le passage de la politique américaine à une dimension plus unilatérale a commencé plus avant.

Le mouvement néoconservateur va pousser à une militarisation de l’intervention américaine. Le 11 septembre donne signale à la diplomatie transformationnelle de la présidence Bush qui consiste à remodeler le Moyen-Orient de la Mauritanie jusqu’au Pakistan. Le centre névralgique du Moyen-Orient et l’Irak, l’Iran, et l’Arabie saoudite. L’idée est de considérer que tous ces États qui sont non-démocratique ou islamiste sont des ennemis potentiels pour les États-Unis, ce n‘est qu’en démocratisant le Moyen-Orient qu’on peut sécuriser la zone. La diplomatie transformationnelle est l’idée de faire basculer le Moyen-Orient dans un environnement démocratique. Cette stratégie est d’abord mise en place en Afghanistan et en Irak. Le nom des opérations est symbolique de cette politique avec « Enduring Freedom » en Afghanistan en 2000 et « Iraqi Freedom » en Irak en 2003.

On voit comment le danger numéro Un dans la politique étrangère américaine n’est plus le communisme, mais l’islam.

Les constructeurs de démocratie[edit | edit source]

Nous allons voir comment cette stratégie se met en place sur le terrain et ses effets.

La diplomatie des droits de l’homme[edit | edit source]

Il faut d’abord montrer comment la politique étrangère américaine promeut la démocratie à l’étranger à partir des années 1970 et 1980 a progressivement intégré le discours sur les droits de l’homme.

Sous la présidence de Jimmy Carter, la politique étrangère est dans la ligne d’une politique assouplie vis-à-vis de l’URSS. Carter va mettre l’accent sur le soutien aux dissidents en particulier en Pologne. La notion des droits de l’homme apparaît dans la politique étrangère américaine à partir des années 1970. Cette notion des droits de l’homme va devenir l’un des points centraux et idéologiques dans la justification de la politique étrangère américaine le devant au mouvement des néoconservateurs.

Finalement, l’un des éléments de la construction idéologique que représente le conservatisme est d’avoir réinterprété la question des droits de l’homme. C’est-à-dire que lorsque le discours sur les droits de l’homme s’est imposé au niveau international avec la Déclaration des droits de le l’homme de 1948, les droits de l’homme sont conçus comme étant un élément si ce n’est partie intégrante du système international ou devant du moins être considéré comme une notion universelle. Précisément, le mouvement néoconservateur va utiliser la notion de droit de l’homme afin de la nationaliser, c’est-à-dire considérer que les droits de l’homme est un élément fondamental qui doit faire partie de la démocratisation des régimes qui sont sous domination communiste. Le mouvement néoconservateur va transformer les droits de l’homme de quelque chose d’universel vers quelque chose de national devant renforcer la démocratie dans un pays donné. Pour les néoconservateurs, les droits de l’homme ne sont pas un droit universel, mais protègent contre les pouvoirs discrétionnaires de l’État. La notion des droits de l’homme est pensée dans le cadre politique et dans le cadre de l’opposition entre démocratie et totalitarisme. Les droits de l’homme ne sont pas pensés comme étant universels, mais comme un élément qui doit protéger l’individu contre un empiétement de l’État sur les libertés individuelles.

Le concept de droit de l’homme est mobilisé par les néoconservateurs afin de mettre en avant l’idée de démocratisation à l’intérieur. Les droits de l’homme sont un élément de lutte contre le totalitarisme. Cela est important parce que l’idée de droit de l’homme va contre le pouvoir discrétionnaire de l‘État. Les droits de l’homme deviennent un élément de la démocratie fondamental devenant l’un des éléments qui doivent justifier l’universalisation du modèle démocratique américain. La notion de droit de l’homme devient un fil conducteur et une justification de l’idéologie néoconservatrice.

Par ailleurs, la notion de droit de l’homme est utilisée aussi contre les organisations internationales et le multilatéralisme qui est vu comme un empiétement sur les libertés individuelles. Le mouvement néoconservateur est un mouvement unilatéraliste. La façon dont la question des droits de l’homme est nationalisée par les néoconservateurs va être un élément important dans la construction de la politique de nation-building en particulier en Irak et en Afghanistan.

Le thème de la nationalisation des droits de l’homme va être décliné par toute une série d’organisations et en particulier par le National Endowment for Democracy créé en 1983 qui est un think tank regroupant des démocrates et des républicains et qui finalement va être un des lieux d‘élaboration de la politique de soutien et de renforcement de la démocratie mené par les États-Unis à partir des années 1980.

Cette organisation dispose de crédits importants d’origine publique. Cette organisation mène une campagne de lobbying à l’échelle américaine et internationale sur le thème de la démocratisation à la fois en publiant des revus et des livres, mais en soutenant tout un semble de mouvements comme les opposants au régime sandiniste au Nicaragua. Leur soutien s’inscrit dans le cadre de la politique globale de renforcement de la démocratie par les États-Unis. C’est une organisation un peu curieuse parce que d’une certaine façon elle reprend une partie des méthodes mise en place par la CIA. C’est une organisation qui est beaucoup plus qu’un simple lobby et qu’un simple think tank étant un laboratoire de la diffusion du discours de la démocratie, mais aussi un bras armé qui continue de la mettre en œuvre.

L’aide à l’Europe post-communiste[edit | edit source]

Pendant les années 1980 va se développer le corps de doctrine de l’idée de la diffusion de la démocratie. À partir de la chute du mur, un boulevard s’offre à la politique étrangère américaine. Finalement, très tôt après la chute du mur de Berlin, la politique étrangère américaine se met en branle avec le lancement d’un certain nombre de programmes destinés à appuyer le changement de régime en train de se mettre en place à l’est. Dès la fin 1989, il y a le lancement après le Congrès du Support for East European Democracy Act afin de soutenir la transformation démocratique dans les pays de l’est. À partir du moment où l’URSS tombe en 1991, est mis en place le même type de programme avec le Freedom Support Act au printemps 1992.

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Cette politique est lancée très tôt se caractérisant par les financements et une multiplicité d’acteurs présents sur place avec le gouvernement américain, les agences gouvernementales plus ou moins rattachés au gouvernement, mais avec une certaine dose d’autonomie comme l’USAID, il y a toute la machinerie de l’OTAN et toute une série de think tanks privés, publics, partisans ou bipartisans, il y aussi toute une série d’organisations privées dont la plus connue sont les fondations Soros dont sa réalisation la plus connue est l’Open Society Institute en 1982 et la Central European University en 1991. Une kyrielle d’acteurs mettent en place une action à partir de la chute du mur avec l’idée de pousser dans un sens de démocratisation de l’Europe de l’est et de l’ex-URSS.

Les avatars du Nation building[edit | edit source]

États en déliquescence d'après le Failed States Index 2012 de Foreign Policy[4]
  •      États en situation critique de défaillance
  •      États en danger de défaillance
  •      États en stabilisation
  •      États en situation stable
  •      États en situation très stable
  • Cela va se concrétiser dans les années 1990 et les 2000. La politique de nation-building va être l’un des éléments centraux de l’idéologie néoconservatrice. L’idée centrale qui commence à s’imposer dans les années 1990 est l’idée qu’il y a désormais un boulevard pour la politique américaine, que la démocratie représente la fin de l’histoire, et plus il y a de démocratie dans le monde plus on renforce la sécurité et l’hégémonie américaine. Ce discours est d’autant plus développé que c’est à ce moment que se développe la théorie des Rogue states et des Failed states qui est une création de la science politique américaine créant un terrain pour la politique de nation-building parce que l’idée est que les États faillis sont des terreaux pour le totalitarisme notamment le totalitarisme islamiste. On considère que les États en faillite sont des terreaux extrêmement favorables pour le totalitarisme et d’une manière générale pour le terrorisme. La politique américaine va cibler en particulier les Failed states et en faire des terrains pour son intervention.

    À partir de là, le nation-building devient extrêmement vaste, il s’agit de construire une société, un État, un régime politique. Il va s’agir de juger les personnes responsables politiques ou non impliquées dans des massacres ou des règlements de comptes et a plus long terme, l’objectif est de construire des institutions démocratiques sur le patron américain et sur le mode de l’Allemagne, du Japon et des Philippines. Cela va être aussi de démilitariser les vies politiques de ces différents pays. Il faut aussi construire ou reconstruire l’économie de ces pays, construire des infrastructures, instaurer un marché libre. La stratégie de nation-building est quelque chose d‘extrêmement vaste, d’ambitieux et à long terme devenant pour les responsables de la politique étrangère américaine l’un des objectifs absolument prioritaires d’un monde ou l’URSS s’est effondré et où à la place de l’URSS, il y a un chaos potentiel qu’il s’agit de résoudre en important la synthèse démocratique connue en particulier par les États-Unis.

    Loya jirga of Kabul on June 13, 2002.

    Sur la cas afghan, il y a l’objectif immédiat et la justification immédiate de l’intervention qui est la rétorsion contre les attentats du 11 septembre, mais à plus long terme il y a l’objectif de construire un État sur des bases démocratiques. Finalement, dans l’intervention américaine en Afghanistan, il y aune dimension militaire et une dimension politico-économique qui vise à construire une démocratie. On voit comment il y a dans la stratégie américaine des opérations militaires et un processus de réunion des élites locales. Notamment avec la réunion de Loya Jirga qui est une réunion des chefs de tribus et des chefs locaux afin de rédiger une constitution et des élections en 2004 qui vont voir élire Hamid Karzai il y a l’idée de former une armée afghane, d’unifier un pays et d’y développer une économie de marché en particulier au détriment de l’économie de la drogue.

    Il faut noter qu’en Afghanistan comme du reste au Vietnam dans les années 1960, la stratégie de nation-building et d’opérations militaires se fait en même temps et entrant en collision frontale l’une venant détruire l’autre. Les moyens matériels mis en œuvre sont relativement importants. La stratégie de nation-building en Afghanistan est d’un bilan contrasté à l’heure actuelle puisque la pacification du territoire n’a pas été obtenue et la construction d’un régime politique ne l’a pas été non plus. Il est possible de faire le même raisonnement pour l’Irak. On voit comment ces types de stratégie sont au centre de la politique américaine depuis la chute du mur et comment les résultats sont contrastés voire sont dans une contradiction directe avec les discours mis en place.

    Annexes[edit | edit source]

    • Cosmas, Graham A. An Army for Empire; the United States Army in the Spanish-American War. Columbia: U of Missouri, 1971. Print.
    • Steinmetz, George. Politiques Impérialistes Genèses Et Structures De L'état Colonial. Paris: Seuil, 2008.

    Références[edit | edit source]