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Le « homegrown jihadism » : comment prévenir la catastrophe terroriste ?

De Baripedia


Le homegrown jihadism est une nouvelle tendance qui apparait à partir des années 2005 et 2006 devenant l’enjeu central politique des luttes antiterroristes. On parle aussi de terrorisme de l’intérieur. C’est un mouvement très récent pour les États modernes. C’est une forme de terrorisme commis par des individus isolés au nom d’une théorie ou d’une doctrine internationale. C’est quelque chose de très compliqué à prendre en considération parce que cela signifie que ce nouveau mode d’action échappe à ce qu’on avait connu dans les années 2000 et le 11 Septembre compris avec un cosmopolitisme, mais pas d’agent national.

Dans les politiques publiques, il y une interprétation de l’action venant de l’extérieur qui revient à mettre en œuvre une gestion intérieure des menaces extérieures. Dès lors, il faut s’interroger sur comment les repérer soulevant la question de savoir ce qui se passe dans leur pays notamment les mouvements qui se passent dans les conflits est il y a le passage important à la frontière. À un moment donné, il n’y a plus les éléments de repère de qualification de ces risques de rapport de violence intérieur.

Il y a différentes appellations faisant référence au même phénomène. Aux États-Unis le terme utilisé est « homegrown terrorism », au Canada on parle de « terrorisme domestique », en Grande-Bretagne de « domestic terrorism » et en France de « terrorisme de l’intérieur ». Il y a l’idée qu’on serait dans un phénomène qui se généralise aujourd’hui étant des individus qui passent à l’acte non étrangers isolés en termes d’organisation et de logistique – pas en tant que groupe –. Cela soulève le problème que la logistique et le mode d’opération est différent. On va soit d’un individu qui va tout seul. C’est un processus universel qui s’étendrait et en même temps ce sont des organisations très locales. On peut se demander si le « homegrown terrorism » n’a t-il pas existé avant le « homegrown djihadisme », c’est-à-dire de savoir s’il n’y aurait pas des individus qui relèverait en du terrorisme intérieur sans être islamiste radical. Avec même le phénomène d’islam radical, comme aux États-Unis, il y a un mouvement libertarien d’extrême droite. Il y a déjà un terrorisme d’intérieur qui au départ était d’extrême droite et religieux. La RAND corporation avait publiée un rapport rapportant qu’entre le 11 septembre 2001 et fin 2009, 46 tentatives de passage à l’acte ont été empêchées.

L'hôtel Taj Mahal à Bombay lors des attentats du 29 novembre 2008 afp.com/Pal Pillai

Ce qui va permettre la prise en considération de ce concept sont les attentats de Madrid de 2004 et les attentats de Londres de 2005 qui sont les deux temps forts où pour la première fois se révèle que des jeunes nationaux se décident à poser des bombes dans le métro au nom de la présence de soldat britanniques en Irak ou en Afghanistan. Le homegrown djihadisme renvoi au homegrown terrorism soulèvent les questions de lutte antiterroriste. L‘efficacité est très forte parce qu’on a à faire à des individus au sein de la société. Avec le homegrown terrorism et le homegrown djihadisme , on a à faire à des locaux qui connaissent la ville et qui maitrisent leur environnement. Les acteurs de l’action violente ont une connaissance extraordinaire de la ville, ils ont une connaissance extrêmement poussée de la ville. Ils peuvent se déplacer dans l’espace parce qu’il ne sont pas repérables. En se déplaçant dans l’espace, ils ont plus de latitude à choisir des lieux stratégiques en toute impunité. Les lieux d’opération restent l’espace public parce qu’au lieu d’un acte isolé, l’acte de destruction de l’espace public est symboliquement plus important. Que cela soit dans le métro comme avec l’attaque au gaz sarin à Tokyo en mars 1995, les attentats des années 2000 de New York ou encore ceux de Londres, de Madrid et de Bombay, l’objectif est de montre la puissance de l’acte de revendication. Les attentats de Bombay relevait d’un organisation militaire soulevant des frontières opaques dans le cadre du homegrown djihadisme.

Les conflits entre les différentes factions sur le terrain © IDÉ

Pour la France, l’évènement déclencheur est l’affaire syrienne qui est devenue un lieu important de fabrication de ce djihadisme. En Syrie, il y a un regroupement des combattants, une polarisation telle que le souhaite Al-Qaïda. À partir du moment où quelque chose est failli, il y a un mouvement important en sa direction. Il y a toute une somme de combattants, comme des commandos tchétchènes, des brigades d’Al-Qaïda, des combattants du Hezbollah, mais aussi des salafistes et des combattants de l’État islamique en Irak et au Levant. Il y a une pléthore de combattants groupusculaires accueillant tous ceux qui sont prêts à aller se battre. Se reproduit aujourd’hui à l’échelle continentale, moyen-orientale et même en Afrique la question du recentrement des forces dans ce lieu de combat avec une internationalisation du conflit dans un lieu de concentration des djihadistes étrangers et européens.

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En France, environ 1600 européens sont partis aujourd’hui faire le djihad en Syrie. Sur ces 1600 djihadistes, 700 sont actuellement sur place. Cette carte montre comment ce mouvement s’est polarisé. En France, quatre villes sont principalement fournisseuses en djihad qui sont des villes de forte immigration afin de faire fonctionner son système productif et qui sont des lieux en crise, économique, sociale et identitaire. Il y a une logique de passage et de translation entre les lieux où les conditions de développement de l’identité et de la citoyenneté devient difficile en fonction des conditions économiques et la capacité à intégrer ces populations.

Il y une translation puisqu’il y a un combat qui s’internationalise étant donné que les mouvements disent que la Syrie est un enjeu fondamental dans la lutte pour un nouveau califat.

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Selon les sources officielles françaises, il y a 250 combattants français en Syrie sur 700 qui seraient passés. Sur ces 700 français partis, les analyses montrent qu’au départ, ce sont des jeunes plutôt adultes qui dans une conversion à l’islam radical opposent l’occident et l’orient décidant de se battre là-bas au nom des valeurs de l’islam. Le problème apparu récemment est qu’il y a de mineurs qui partent, mais aussi des filles qui échappent à la logique traditionnelle. Dans une dépêche du 19 janvier 2014 à 10:37, l’Agence France presse relate que « 250 français dont une douzaine de mineurs partis faire le jihad en Syrie, 21 français y sont morts ».

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C’est quelque chose de composite qui relève l’interrogation sur l’islam radical avec une évaluation d’une menace renouvelée du terrorisme radical. Lors d’un discours devant la commission des lois concernant le projet de loi datant du 14 novembre 2012, relatif à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme Manuel Valls évalue cette nouvelle menace comme « des individus, généralement habitants de quartiers populaires qui passent à l’acte à l’issue de parcours, de processus de radicalisation, plus ou moins longs où peuvent se mêler délinquance, antisémitisme virulent, instrumentalisation des conflits du Proche et du Moyen-Orient, passage en prison et séjours à l’étranger dans des camps d’entrainement... Ces individus, véritables ennemis de l’intérieur, représentent une menace diffuse qui demande donc un travail de surveillance lourd et méticuleux ».

Il y a un processus qui est un système processuel s’expliquant par des défiances et des failles sociétales, politiques et institutionnelles. L’islam en prison a longtemps était plus que toléré par les administrations pénitentiaires parce que c’est la fabrication d’une paix sociale. L’islam étant structurant, elle permet aux d’individus d’être encadré par la morale et le Coran aidant l’institution pénale parce que cela lui convient d’avoir une structure qui prend le pouvoir à l’intérieur afin d’éviter les conflits. L’institution en a joué. Le passage en prison de jeunes fait qu’ils se retrouvent dans un système délité, mais où ils trouvent un encadrement qui donne une forme de légitimation. Il y a un processus d’endoctrinement qui se construit dans lequel on va vendre un islam radical dénué de toute cohérence surdéterminant la lecture du Coran. D’autre part, cela fonctionne sur des jeunes acculturés n’ayant pas de repères culturels ni avec la société moderne ni avec leurs parents qui ont abandonné leur culture d’origine.

Le caractère spécifique du homegrown djihadisme n’est pas la menace du caractère des jeunes qui vont se battre, mais c’est le retour du combattant qui pose problème. Le combattant part sur des zones de combat, et s’il survit, rentre chez lui auréolé de ses combats. La menace qui pèse sur la France est produite par effet « retour » de théâtres de combats extérieurs.

Le homegrown jihadism français : caractères et évolutions[modifier | modifier le wikicode]

Logo d'E.T.A. à Altsasu (création de Félix Likiniano).
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On peut se demander si le terrorisme international peut être défini comme un homegrown terrorism. La définition la plus large est c’est de « nationaux » qui combattent le plus souvent depuis l’intérieur et dans les frontières de leur État-nation de nationalité. Il faut revenir sur les définitions pour comprendre les phénomènes en jeu, car la définition récente du homegrown terrorism ne recèle aucune novation dans le domaine de
la violence étant donné que les formes du terrorisme international des années 1970-1990 relèvent du homegrown terrorism.

La définition du homegrown jihadism introduit le facteur religieux, celui de l’Islam politique radical né avec l’Islam politique des années 1970 – 1980. D’une certaine façon , le homegrown jihadism a existé avant le 11 septembre pour des pays qui sur le plan international avait été mêlé avec les problématiques du Moyen-Orient. La définition récente du homegrown jihadism décrit donc une réalité ancienne bien antérieure au 11 septembre 2001 qui caractérise le passage d’un terrorisme laïc d’inspiration marxiste et internationaliste au terrorisme radical islamique fondé sur le jihad.

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Entre 1984 et 1986, la France a connu toute une série d’attentats à cause de sa politique libanaise. Les attentats du Hezbollah qui ont lieu à Paris à l’hôtel Claridge, chez Gibert Jeune, à la FNAC sport des Halles, dans le RER Saint-Michel, mais aussi au magasin Tati, sont des attentats conventionnels. L’affaire la plus connue sont les attentats commis entre juin et septembre 1995 par Khaled Kelkal qui fait parti du Groupe Islamique Armé [GIA]. Khaled Kelkal est franco-algérien semant la terreur en France sur le modèle d’un groupe islamiste armé revendiquant la constitution d’un état islamique en France.

Le gang de Roubaix est des jeunes français de « souche » convertis à l’islam ayant combattu en Ex-Yougoslavie notamment en Bosnie afin de défendre les populations musulmanes agressées par la Serbie dans son hypernational agressif et chrétien. Apparaissent des jeunes qui se décident à aller se battre là-bas devenant des promoteurs d’attentats en France à leur retour. Christophe Caze et Lionel Dumont sont deux Français de souche. Leur trajectoire à des points communs des parcours du homegrown jihadism. C’est un cheminement personnel religieux allant de l’endoctrinement à la conversion faisant de l’islam de complaisance, un islam de combat. Leur mobilisation et leur engagement les conduisent au Jihad militaire. Leur Logique d’action autonomisée est relayée par la consultation de sites jihadistes ou le suivi des prêches des mosquées radicales. Ils ont effacé des valeurs nationales au profit de valeurs religieuses surinterprétées dans le cadre d’une logique cumulative d’éléments de rupture avec le monde social réel comme le chômage structurel, la relégation sociale menant au sentiment d’échec de son existence. Cette marginalisation individuelle conduit à de l’incivilité ou des délits de droit commun. La découverte de la prison est concomitante à un endoctrinement par l’Islam des prisons procurant un sentiment de protection et une identité collective de refuge. C’est la constitution d’une famille avec un système social important à comprendre.

Khaled Kelkal © Zebar-Sipa

Dans un entretien effectué par le sociologue Dietmar Loch qui travaille sur la banlieue lyonnaise intitulé « Moi Khaled Kelkal » publié dans Le Monde du 7 octobre 1995, il montre une personne qui se décide à passer à la violence et qui l’explique.

« Cela montre la déficience de nos sociétés à prendre en considération le social, le politique et qui engendre des lieux de reconstitution confirmant des analyses précédentes dans le cas des jihadistes français partis se battre en Syrie. Le processus est composite et gradué avec un échec scolaire, des humiliations, une non-intégration par le travail, des larçins, une petite délinquance, une conversion dans les mosquées radicales et une sensation de gratification de soi menant à un engagement personnel et réfléchi pour la cause jihadiste. »

Deux demi-frères toulousains Nicolas âgé de 31 ans et Jean-Daniel âgé de 22 ans sont partis en Syrie pour rejoindre les Combattants de l’État islamique en Irak et au Levant et furent tués sur place à quelques mois d’intervalle. Après avoir annoncé à leurs familles partir en Vacances en Thaïlande, ils rejoignent Barcelone , prennent un avion pour Casablanca et Rejoignent Istanbul. Par un parcours qualifié de « nomadisme individuel » ils parviennent à pénétrer sans relais en Syrie. Il est intéressant que le cadre n’est pas nécessairement tout à fait le même d’avec les combattants de l’islam radical du 11 septembre qui étaient éduqués.

Le homegrown jihadism : un oublié de la lutte antiterroriste après le 11 Septembre[modifier | modifier le wikicode]

Vont apparaître des réformes ayant pour enjeu d’intégrer les questions du terrorisme de l’intérieur. En 2001, la lutte antiterroriste s’inscrit pleinement dans le cadre institutionnel de la sécurité définie par le cadre de la Seconde guerre mondiale et de la Guerre froide. La distinction majeure opérée est celle entre lutte intérieure et lutte extérieure. La Lutte intérieure est assurée par la Direction de la Surveillance du territoire [DST] et les Renseignements Généraux [RG] tandis que la lutte extérieure est assurée par le Service de Documentation extérieure et de Contre espionnage [SDECE]. La grande division administrative et institutionnelle était intérieur et extérieur, extérieur pour surveiller ce qui se passe et intérieur pour contrôler ce qui se passe. La spécificité française relève de la loi du 9 septembre 1986 qui est la création d’un pôle antiterroriste au parquet de Paris – 14ème section antiterroriste – avec une section purement antiterroriste qui ne s’occupe que des questions judiciaires en matière de terrorisme centralisant les poursuites judiciaires par la nomination de juges spéciaux et de cours spéciales de justice.

Le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière

Le dispositif français est jugé efficace notamment dans le cadre des événements de New York. La France a « prévenu » les américains de la menace du 11 septembre d’où la qualité du renseignement 
français qui se fait sur le renseignement humain et non pas comme les américains sur le renseignement technologique. Le jihad globalisé que revendique Al Qaida relève d’une gestion classique de la violence terroriste, de la gestion du rapport entre sécurité extérieure et sécurité intérieure. Le terrorisme de la lutte intérieur en France à été un oublié après le 11 septembre parce qu’elle a été efficace.

Source : ministère de la défense.

Aux États-Unis ont eu lieu d’importantes révisions sécuritaires avec la mise en place d’une nouvelle administrations de la sécurité qui est le Department of Homeland Security qui regroupe 22 agences fédérales ainsi que l’adoption du Patriot Act qui atteint aux libertés publiques. La satisfaction française s’exprime de rapports en rapports parlementaires et notamment dans le rapport du député Alain Marsaud, qui est un ancien magistrat et chef du service central de la lutte anti- terroriste au Parquet de Paris, de novembre 2005 sur Le Projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme : « La France n’a pas découvert le terrorisme avec les attentats de New York et de Washington lesquels ont confirmé le bien-fondé du dispositif mis en place à partir de 1986 ».

Entre 1982 et 2005, le dispositif de la lutte antiterroriste se structure de façon très lente afin d’avoir une meilleure coordination et de mieux traiter de façon judiciaire les problèmes. En 1982 est fondé le SDCECE qui est devenu la Direction Générale à la Sécurité Extérieure [DGSE], en 1984 est créé l’Unité de Coordination de la lutte antiterroriste [UCLAT] pour coordonner police générale et gendarmerie nationale, en 1986 est regroupé le traitement judiciaire des affaires terroristes dans le cadre du Parquet de Paris, enfin, en 1992 est créé une direction du Renseignement Militaire [DRM]. Les objectifs généraux de ces réformes sont de produire une meilleure coordination entre services de renseignements intérieurs et contre-espionnage, de pouvoir amplifier les mesures de sécurité et de mettre en place un traitement judiciaire efficace de l’instruction au jugement.

La recomposition de la lutte antiterroriste aux défis du homegrown jihadism, 2004 - 2015[modifier | modifier le wikicode]

Attentat terroriste le 11 mars 2004 à Madrid CHRISTOPHE SIMON AFP/ARCHIVES

La prise de conscience se fait entre 2004 et 2005. Le 11 mars 2004 a lieu l’attentat de Madrid avec l’explosion de 10 bombes dans quatre trains faisant 191 morts et plus de 1400 blessés. Le 7 juillet 2005 a lieu l’attentat de Londres avec l’explosion de 4 bombes dans les transports faisant 56 morts et 700 blessés.

Le constat est qu’en Espagne, les jihadistes sont marocains, mais des Espagnols ont fourni les explosifs. En Grande-Bretagne, les jihadistes sont quatre jeunes musulmans britanniques. Est soulevé la problématique qu’il va falloir s’intéresser à des populations qui sont d’apparence intégrée ne faisant pas part de ferveur religieuse, n’ayant de pas de casier judiciaire et ne se distinguant pas des autres jeunes. Il faut désormais surveiller autre chose qu’on n’avait pas l’habitude de surveiller. L’enjeu de la surveillance est de cibler des populations dont les conditions d’intégration semblent réelles. Des jeunes que plus rien ne distingue des autres jeunes de la société.

De nouvelles reformes de structure[modifier | modifier le wikicode]

Le grand débat qui s’ouvre et de savoir comment peut-on faire de la surveillance de proximité et comment repenser la surveillance de proximité. C’est la méthode du community policing inspiré de méthodes britanniques. La police est dans la société n’étant pas un corps extérieur. La question de la sécurité, puisque le terrorisme a changé, doit se faire avec la société. Il faut construire un dialogique avec la population pour que la population informe la police des menaces et des informations de terrains. C’est un concept de démocratie différent. La Suisse s’est construite sur le principe de sécurité sécuritaire. La délation est vécue dans le modèle suisse comme un modèle institutionnel.

Merah abattu au cours de l assaut 13467 hd.jpg

Depuis 2006, la doctrine de la lutte antiterroriste se fonde sur quatre principes :

  1. consolidation de la vigilance de tous et pour tous ;
  2. surveillance réaffirmée des minorités marginales et des jeunes hommes Musulmans de moins de quarante ans ;
  3. création d’une culture de sécurité civile s’appuyant sur la sensibilisation scolaire à la prévention ;
  4. construction d’une culture sécuritaire « proxémique » des individus garante de l’évaluation des conditions de « passage à l’acte ».

Le 1er juillet 2008 sont fusionnés la DST et les RG pour constituer ce que Nicolas Sarkozy appelle un « FBI à la française ». Est créée la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) pour assurer efficacement. Apparaissent des reconstructions d’organismes afin d’assurer le monopole de la connexion des informations de collecte et de l’analyse du renseignement sur le territoire national en relation avec la société. On s’interroge sur la pertinence de la séparation entre sécurité intérieure et la sécurité extérieure.

Les ratés du jeune toulousain Merah[modifier | modifier le wikicode]

L’affaire Merah est un raté absolu. Un jeune toulousain est surveillé par la police, convoqué par les renseignements généraux à plusieurs reprises. Il y a un paradoxe parce qu’il est repéré, mais la filature se relâche au moment le plus important. Il effectue des voyages en Syrie, en Afghanistan, en Turquie et au Pakistan qui n’éveillent aucun soupçon des services de renseignement malgré des enquêtes de circonstance. Merah était connu des services de renseignement depuis 2006, et il ne fit l’objet d’un suivi qu’entre 2009 et 2010.

L’Enquête effectuée à la demande de la DCRI par l’antenne locale met à jour son profil islamiste sans susciter la moindre réaction de la direction centrale. Le 11 mars 2012, débute les premiers meurtres alors qu’il n’est plus surveillé depuis deux mois. Cela a pour conséquence de mettre en évidence l’échec des mesures prises par la DCRI avec une surveillance inadaptée, un maillage territorial du renseignement faible, une absence de culture Commune entre acteurs. Est soulevé la nécessité de nouvelles réformes.

Une nouvelle architecture administrative de la lutte antiterroriste en 2013[modifier | modifier le wikicode]

On va essayer de renforcer sur le plan intérieur la sécurité et le renseignement territorial, on va chercher à combler les failles de la DCRI par la construction de systèmes de renseignement sur le terrain. On voit comment le homegrown djihadisme fait bouger les frontières du renseignement. La menace n’est plus une menace extérieure, mais c’est maintenant une menace intérieure que l’on peut saisir à travers la fabrication d’un nouveau type de renseignement intérieur qui doit aller plus loin puisqu’on ne peut pas s’appuyer sur des systèmes d’information classiques.

La réforme commence à partir de juin 2013 affectant les structures institutionnelles et le fonctionnement même des polices, car la gendarmerie nationale se voit aussi confiée une mission de renseignement intérieur. La primauté du renseignement territorial est consolidée par la capacité de la gendarmerie nationale à intégrer le renseignement intérieur. La DCRI est rebaptisée en Direction générale de la Sécurité intérieure [DGSI] pour être l’équivalent de la DGSE sur le plan intérieur. Si on a créé un espace de libre circulation intérieure avec Schengen, la naissance de nouvelles violences terroristes réinterroge cette espace de liberté.

Pour lutter directement contre le homegrown jihadism sont prises de nouvelles mesures. On voit un retour de la coopération entre États pour essayer de contrôler le flux de jeunes comme avec l’établissement d’une coopération avec la Turquie pour mieux repérer et appréhender les jeunes jihadistes français en partance pour la Syrie. Un jeune qui va combattre dans n’importe quel conflit civil est fautif aux yeux de la justice française. Ce modèle de violence restaure l’idée que les frontières fabriquent du contrôle. Ces mesures sont aussi un contrôle plus soutenu des frontières nationales pour empêcher les départs notamment des mineurs ou encore la mise en œuvre d’une politique de prévention à l’égard des personnes détectées pour leur permettre de sortir du « processus d’endoctrinement jihadiste ». Sur le modèle du programme Channel en Angleterre, est constitué un téléphone vert comme pour faire remonter du terrain toute information sur les agissements quotidiens suspects.

Le nouveau concept de sécurité fait un saut conceptuel très fort déplaçant le niveau conceptuel en disant que pour que la nouvelle sécurité antiterroriste fonctionne, il faut qu’il y ait la rencontre de deux types d’expertises c’est-à-dire l’expertise des services de sécurité doit rencontrer une expertise profane. En d’autres termes, la sécurité implique de ne plus dissocier l’expertise savante de l’expertise profane. La population possède une expertise profane parce qu’elle vit le quotidien permettant d’observer les choses. Cela justifie de ne plus considérer l’habitant ou le citadin comme un spectateur ou une victime de la violence, mais comme un acteur potentiel de la gestion de cette violence au même titre que les spécialistes de la sécurité.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

La prise de conscience du homegrown jihadism est récente. Les attentats de Londres et de Madrid ont réveillé les chancelleries européennes avec un évènement majeur qui fait rupture. Elle s’inscrit dans la continuité de la découverte du terrorisme globalisé d’Al-Qaida. Il est très difficile de se dire aujourd’hui su nous sommes dans quelque chose qui va monter en puissance ou si nous allons vers quelque chose qui va baisser. Pour certains, les reconfigurations alqaidienne comme avec AQMI font que le homegrown terrorism n’aurait pas de raison de ne pas continuer. La question sécuritaire est compliquée parce que l’évaluation permet de définir des moyens est engage l’enjeu de l’allocation des ressources et de leur pondération. Avec l’affaire Merah est mis en exergue qu’il y a de la structure, un système et de la complicité. Il faut évacuer l’idée romanesque que ce sont que des individus absolument tous seuls, mais qu’il faut appréhender le homegrown jihadism comme un dispositif et un complexe recentré sur des individus qui fonctionne bien. Même dans la théorie du homegrown jihadism, il faut se débarrasser de la théorie du loup solitaire pour redéfinir des critères qui participent au processus de radicalisation qui engage un processus de logique d’action.

On constate une remise en cause du paradigme sécurité intérieure – sécurité extérieure. On entre dans des mutations de systèmes policés à partir de l’intégration du community policing qui est le concept d’intelligence de terrain et de surveillance propre à comprendre les situations locales en un temps réel. Les armées ont investi la ville comme objet d’étude, l’armée française a élaboré un manuel pour savoir comment intervenir dans les « banlieues ». Ce qui est en jeu n’est pas de savoir comment faire intervenir l’armée dans les cités, mais au contraire de fabriquer de la compréhension de ce qui se passe. Il faut descendre au niveau des habitants afin de comprendre ce qui se passe réellement.

Le homegrown jihadism justifie un contrôle plus strict des frontières nationales et européennes. Pouvant affecter le concept de libre circulation des personnes contenu pour l’Europe dans les accords de Schengen. Il justifie le renforcement de la coopération internationale tant en matière de renseignement que d’entraide judiciaire comme une menace réelle et donne lieu dans l’État de droit à des premières réformes institutionnelles.

La France et l’Espagne ont signé en octobre 2013 un accord de coopération visant à promouvoir l’échange sans délai d’informations par la création d’équipes d’enquêtes conjointes en charge de la lutte contre le terrorisme. L’incrimination pénale d’actes terroristes commis à l’étranger par ses propres ressortissants sans devoir attendre une infraction de nature terroriste sur son sol national est posée à l’agenda des pays européens. La Lutte contre le homegrown jihadism semble bien devoir être à l’origine d’importantes mutations à venir dans le domaine de l’action publique et dans celui des architectures administratives de la lutte antiterroriste de l’État de droit.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

  • Malet, David. Foreign Fighters: Transnational Identity in Civil Conflicts

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. "Les Ados Djihadistes Français Sont-ils Des Criminels Ou Des Victimes?" Slate.fr. N.p., n.d. Web. 18 July 2014. <http://www.slate.fr/story/85219/les-ados-djihadistes-francais-sont-ils-des-criminels-ou-des-victimes>.
  2. Page personnelle de Rémi Baudoui sur le site de l'Université de Genève