Actions

Sécurité nationale et lutte antiterroriste : l’exemple de l’Amérique latine

From Baripedia


Nous allons aborder la question du terrorisme et de la lutte antiterroriste dans le cadre des années 1960 – 1970 en Amérique latine. C’est un continent qui va être frappé par de grandes violences politiques après la Deuxième guerre mondiale. Ce terrorisme évolue lui-même pendant une vingtaine d’années permettant d’engager une réflexion sur une première lutte antiterroriste, la violence politique dont est frappée l’Amérique latine qui va impliquer les États-Unis. C’est en Amérique latine qu’apparaissent les prémices de ce qui va devenir la lutte antiterroriste à l’échelle mondiale à partir de 2001.

Dans une première partie nous allons revenir sur les questions théoriques de guerre révolutionnaire et de guerres populaires prolongées guerre sont les guerres castro-marxiste et leur échec menant à un second modèle de guérilla, dans la deuxième partie nous allons voir comment l’Amérique latine reste une « chasse gardée » et un domaine d’intervention de la puissance américaine apparaissant la question même de l’organisation de la lutte antiterroriste.

Pourquoi s’interroger sur l’Amérique latine des années 1960 jusqu’à aujourd’hui ? Trois raisons apparaissent :

  1. une histoire moderne de la violence politique : c’est le fondement même d’une violence politique moderne entendant par moderne que cela va engager des efforts militaires, des moyens modernes, une volonté révolutionnaire de transformation des pays. Il y a une violence politique renouvelée sur des bases idéologiques extrêmement précises.
  2. le passage à l’action violente comme revendication politique : c’est le fait de faire changer les choses en passant par l’action violente qui pour ces groupuscules est légitime. Si on ne peut rien changer par voie démocratique ce qui est d’autant plus difficile dans le cadre de dictature, alors, il faut prendre les armes. L’action violente est revendiquée comme un élément fondateur de la lutte.
  3. l’Amérique latine – matrice du « terrorisme » et de la « lutte antiterroriste » ? : l’Amérique latine est un champ intéressant pour qualifier ce qu’on appelle le « terrorisme moderne ». Au fond, peut-être que l’Amérique latine a été le lieu d’organisation du terrorisme moderne et du modèle de la lutte antiterroriste. Dans l’après 11 septembre où les États-Unis cherchent à organiser la lutte antiterroriste au niveau mondial, on s’est retrouvé dans un modèle qui a fait penser à l’Amérique latine. Apparait une conceptualisation de l’antiterrorisme dans les années 1950 – 1960. Cette question de l’Amérique latine est intéressante à comprendre comme une matrice potentielle.

L’Amérique latine : de la guerre révolutionnaire à la guerre populaire prolongée[edit | edit source]

Le contexte de l’Amérique latine en 1950[edit | edit source]

Les décolonisations se sont produites au début du XIXème siècle entre 1810 et 1835. L’Amérique latine, à partir des années 1950, entre dans une phase d’instabilité liée à des régimes complexes notamment liés aux régimes paramilitaires qui sont des régimes politiques axés sur les forces militaires appuyées par des forces civilo-militaires réfractaires à un passage à la démocratie parce que ce sont des régimes autoritaires qui s’appuient sur l’armée afin de garder le pouvoir face au peuple. Ils adoptent des positions agressives à l’égard de leur population, la démocratie ne perce pas. La vie politique après 1945 semble marquée par une grande instabilité, par une difficile gestation de la démocratie et par une omniprésence de l’armée dans les affaires civiles.

Les États-Unis ont toujours considéré l’Amérique latine, le continent sud-américain et l’Amérique centrale comme leur « chasse gardée », comme leur propre territoire qui garantit le fonctionnement même de la démocratie américaine. L’Amérique latine est considérée comme une zone exclusive d’intérêts américains, il faut surveiller ce qui s’y passe et si possible y intervenir. Cette tradition malheureuse a duré jusqu’à récemment. La proximité et l’ingérence des États-Unis y sont prépondérantes. La doctrine Monroe, toujours appliquée, proclame en 1823 que toute l’Amérique latine est une zone exclusive d’intérêts américains.

Dans le contexte d’après-guerre, débute le contexte de la Guerre Froide et l’Amérique latine ne peut pas être exempte de savoir quel modèle politique promouvoir. Le modèle alternatif au modèle capitaliste – impérialiste est le modèle marxiste. Au fond, il n’y a pas le choix, pour se libérer de l’oppression des dictateurs, la seule alternative est de chercher le marxisme qui est une doctrine révolutionnaire donnant des arguments théoriques pour se battre. On fabrique les luttes révolutionnaires, on entre dans l’incorporation dans l’Amérique latine de la doctrine marxiste de lutte révolutionnaire. À partir des années 1950, les « luttes révolutionnaires » sont conduites aux quatre coins du continent.

On distingue deux périodes pour deux stratégies successives :

  • 1960-1975 – Les guérillas castro-guévaristes : il faut faire la révolution sur le modèle « Castro », car le grand modèle qui apparait à partir des années 1960 est la révolution réussie de Castro. Cuba va devenir un modèle. Ce modèle va guider l’ensemble de l’Amérique latine, c’est un modèle rural partant de négociations d’accords avec les paysans. Cette période aboutie aux alentours des années 1975 par un échec.
  • 1975-1990 – La seconde vague de guérillas : c’est l’hypothèse d’une guerre populaire prolongée. Le castrisme n’a pas échoué à Cuba, mais il a échoué en tant que force subversive pour l’ensemble du continent américain. On passe d’un modèle rural à une guérilla urbaine. Aujourd’hui dans le terrorisme prédomine la dimension urbaine.

Les guérillas castro-guévaristes, 1960-1975[edit | edit source]

Guérillas castro-guévaristes1.png

La guérilla castro-guévariste est la guérilla la plus importante qui va se faire autour des années 1959. Batista mis en place par les Américaines fonctionne sur l’armée et sur une petite partie de la population, progressivement se met en place dans la montagne des foyers révolutionnaires animés par Fidel Castro et le Che Guevara postulant qu’il faut faire une révolution et elle doit être au fond largement d’inspiration marxiste. Petit à petit, il y a la fabrication d’un cadre subversif afin de renverser un régime en le faisant à partir de l’organisation des forces militaires dans la montagne. C’est une guérilla rurale et pendant ce temps rien ne se passe du côté de Batista.

Guérillas castro-guévaristes2.png

Le modèle qui va apparaitre est un modèle marxiste insurrectionnel. La base du discours est de créer une zone incontrôlable par l’armée en s’équipant dans la montagne et lorsque la guérilla est suffisamment organisée, la conquête du pouvoir va être lancée. C’est la stratégie du foco : il faut créer de foyers insurrectionnels qui font partir la révolution. Pour Castro, il faut créer des Vietnams.

La référence est la lutte au Vietnam des communistes contre le régime proaméricain. Il y a une organisation révolutionnaire marxiste. L’idée est de créer des Vietnams dans une logique anti-impérialiste, car le États-Unis sont le « grand Satan » et les exploiteurs du tiers-monde. Il faut une lutte armée qui lutte contre la violence de l‘État par une autre violence ayant pour objet de se développer sur l’ensemble du continent américain à travers l’Organisation Latino-américaine de la solidarité [OLAS] fondée en juillet 1962 qui va décider la coordination de la révolution guévariste à l’échelle du continent. Il faut une révolution continentale des mouvements révolutionnaires pour faire basculer l’Amérique latine dans une révolution sociale, politique et économique.

Les concepts de guerre révolutionnaire selon Che Guevara : 1928 - 1967[edit | edit source]

Il y a des textes très importants qui définissent le socialisme par l’action et la violence qui se cristallise dans la guerre de guérilla qui est la lutte d’une minorité qui s’arme contre une majorité.

Guérillas castro-guévaristes che + castro.png

Guevara est une étudiant en médecine, révolutionnaire marxiste, bras droit de Fidel Castro, procureur du tribunal révolutionnaire à La Havane, ministre de Castro, chargé d’exporter la révolution cubaine d’abord. Avec Guevara, on trouve la définition sur des bases archaïques et fondées sur la violence d’un discours révolutionnaire. La guérilla depuis le XVIIème siècle a été théorisée même en Suisse, il faut jouer de la surprise pour pouvoir gagner sans affronter l’adversaire directement. Il faut utiliser la ruse afin de pouvoir gagner en cherchant à épuiser l’adversaire.

Ce concept est repris par Castro dans les années 1960. Il y a une nouvelle guerre à faire et pour cela il faut attiser des foyers révolutionnaires un peu partout, armer les mouvements et lorsque le grand jour arrive, ces forces révolutionnaires entrent directement en conflit avec l’armée. Mais pour cela, il faut que le peuple suive ce qui sera entre autres la grande raison de l’échec du Che en Bolivie. Dans ces cas, il n’y a pas de détail, la répression devient très violente.

Ce mouvement est un succès permettant l’installation d’un régime social-marxiste avec Fidel Castro. Guevara est chargé d’exporter la révolution cubaine. Le modèle efficace de la révolution cubaine doit être appliqué à d’autres pays.

Dans son ouvrage La Guerre des Guérillas publié en 1960, Guevara énonce quelques principes de la guerre révolutionnaire :

  • « frapper le talon d’Achille de l’impérialisme »
  • « Développer des foyers insurrectionnels [foco] pour transformer en profondeur la société »
  • « Travailler au milieu des paysans. Le guérillero comme Avant-garde armée du peuple » : le guérillero doit être l’avant-garde du peuple. Le peuple n’ayant pas les moyens de se révolter les guérilleros sont les fers de lance du mouvement.
  • « L’Armée populaire comme noyau du parti et non l’inverse »

De la théorie à la pratique : les guérillas rurales[edit | edit source]

Seconde Guerre des Boers soldats ruraux.png

Tous ces mouvements apparaissent environ au même moment. Les influences sont toutefois complexes avec des marxistes purs, mais il y a aussi des trotskistes, les procastristes qui ont réinterprété la révolution à Cuba et toute une série d’autres modèles. Apparaissent au Guatemala, au Venezuela et en Bolivie notamment des mouvements fondés sur la stratégie de la subversion.

Dans l’idée de la doctrine révolutionnaire, la violence est un passage obligé et plus il y a de violence et mieux cela est, on pense que la violence va attirer l’empathie des populations paysannes.

Le grand chantier est celui de la Bolivie, car dans l’analyse marxiste de Castro il faut faire basculer la révolution de Cuba qui a réussi à faire tanguer la puissance américaine en mettant le pied sur le continent par l’exportation du modèle. L’enjeu étant un enjeu marxiste et anti-impérialiste, il faut construire un camp. Les marxistes en tant que « combattant de liberté » doivent aller vers les autres. Pour des raisons historiques et politiques, le premier pays intéressant est la Bolivie, car c’est une dictature, mais sa géographie est escarpée avec des montagnes. Dans l’imaginaire castriste, il y a l’idée de mettre en place des focos. Castro va envoyer le Che pour organiser cette révolution. La Bolivie devait devenir le noyau dur de la résistance pour se répandre sur le continent sud-américain. Pour monter cette stratégie, on retrouve la stratégie du foco en envoyant des hommes au cœur de la forêt bolivienne commençant leur stratégie marxiste.

La Bolivie va être un gros échec puisque le dictateur en place avait depuis longtemps réussi à soudoyer les communautés indiennes ainsi que les paysannes. Dans l’affaire bolivienne apparait un décalage entre les projets politiques et les moyens de la lutte. Ce décalage apparait du fait que la situation fut très mal analysée du côté de Castro. Finalement il n’y a pas de support de la population paysanne qui se retire, au lieu d’une insurrection, les guérilleros ne trouvent pas d’appui parmi la population. La guérilla va être traquée et poursuivie par les militaires et ils doivent se cacher jusqu’à être encerclé, arrêté et fusillé en 1967. On retrouve ce témoignage dans les mémoires du Che.

Il y a l’échec d’une première forme de guérilla et le modèle castriste de lutte n’a pas marché. Il y a eu des forces révolutionnaires avec des trotskistes, léninistes, des maoïstes, mais cela complexifie le mouvement sans avoir une unité.

En 1960 au Guatemala les premières révoltes sont un échec. Toutefois elles mènent à la formation du M13 qui est un mouvement révolutionnaire trotskiste fondé un 13 décembre, mais aussi à la formation des Forces Armées Révolutionnaires [FAR] qui est un mouvement pro-castriste. Ces deux mouvements entrent en conflit rendant toute révolution improbable. C’est aussi en 1960 qu’au Venezuela que le Mouvement de la gauche révolutionnaire [MIR] proche du castrisme voit le jour, puis en 1963 ce sont les Forces Armées de libération nationale [FALN– pour la « libération du peuple vénézuélien ». La répression est sanglante menant à un échec des tentatives révolutionnaire en 1969. En 1970 au Mexique est fondée l’Action Civique Nationale Révolutionnaire [ANCR] qui prône une idéologie prochinoise en menant des attaques de banques, des destructions de bâtiments, des kidnappings. Toutefois, les opérations de contre-insurrection les éliminent. Enfin, en 1978, la Colombie connaît six foyers révolutionnaires avec notamment la création en 1966 des Forces Armées révolutionnaires de Colombie [FARC] proches du Parti communiste qui défraient encore la chronique. D’autres fronts possèdent une existence très courte, mais les conflits entre groupes vont mener à l’échec des tentatives révolutionnaires.

La guérilla a montré des faiblesses. Il est difficile de gagner une guerre face à une armée révolutionnaire. Il y a une prise de conscience que les paysans ne sont pas la force marxiste-léniniste espérée interrogeant sur le fait de savoir si la paysannerie est vraiment une force révolutionnaire. D’autre part, il y a eu une sous-estimation des forces de contre-espionnage américain, car les forces latino-américaines sont aidées par les États-Unis qui vont aussi aider à la formation des paramilitaires avec l’aide de l’Europe entre autres. Peut être que la non accroche sociale est aussi due au fait que ce sont des intellectuels qui portent les armes et il y a une difficulté de maitriser les populations indigènes. Il y a un problème de cohérence globale qui fait que ce modèle marxiste rural commence à disparaitre.

De la théorie à la pratique : les guérillas urbaines[edit | edit source]

Dans les années 1970 apparait la seconde vague de guérilla qui est urbaine changeant de nature et suggérant que la violence doit être gardée, mais aussi élargie en direction des villes parce que nous passons à des sociétés urbaines relevant des mutations socio-économiques faisant que le pouvoir politique et plus urbain que rural. Les dictateurs ont besoin des villes, car ce sont des lieux de concentration névralgique du pouvoir. Cette deuxième guérilla va assurer la transition de la guérilla rurale à la guérilla urbaine et c’est pourquoi il faut promouvoir la lutte en ville. C’est aussi là où il y a la représentation symbolique du pouvoir et des militaires.

Manifestation tupamaros.png

C’est le concept de jungle urbaine, car, au fond, la ville peut être le territoire le plus adéquat pour se cacher et combattre le pouvoir. Apparaissent à ce moment ces guérillas urbaines qui vont penser la tactique de la guérilla en ville.

Au Brésil, en 1964, est fondée l’Alliance de la libération nationale [ALN] par Carlos Marighella qui a théorisé la guerre urbaine. La guerre de transformation, révolutionnaire doit parce qu’elle passe en ville acquérir certaines caractéristiques spécifiques et notamment de mettre en place des caches d’armes, des lieux ou se cacher afin d’appuyer la situation violente en ville. En Argentine dans les années 1970 coexiste un ensemble de mouvements complexes notamment trotskistes, maoïstes, castro-guévaristes, anarchistes, péronistes [montoneros] qui vont s’engager dans l’action violente, mais vont souvent se perdre parce qu’ils sont en conflit les uns envers les autres affaiblissant leur capacité de résistance. En 1975 a eu lieu le démantèlement complet des montaneros. En Uruguay, les Tupamaros sont marqués par la révolution cubaine. Le gouvernement va mettre en place les « escadrons de la mort » à partir de 1971 engageant une lutte anti-insurrectionnelle pour les combattre avec efficacité. Tous ces mouvements apparaissent en réaction à l’échec du Che en Bolivie.

Faiblesses de la première vague de la guérilla[edit | edit source]

La guérilla est inexpérimentée avec de faibles effectifs et des faiblesses stratégiques tandis que les conflits et la parcellisation en chapelles de la guérilla rurale et de la guérilla urbaine engendrent une atomisation contre-productive. D’autre part, la guérilla a sous-évalué le rôle de l’armée dans la lutte antisubversive et a sous-évalué l’aide américaine apportée dans la coordination de la lutte antisubversive. À cela s’ajoute une mauvaise appréciation du rôle de la paysannerie dans un dilemme entre le soutien à la guérilla ou de subir la répression des dictatures en place expliquant en partie pourquoi il y a une difficulté à mobiliser la paysannerie.

La seconde vague de guérillas : 1975 – 1990[edit | edit source]

Révolution sandiniste nicaragua.png

En 1979 la relance de la guérilla s’explique par la victoire des sandinistes au Nicaragua en déclenchant la Revolución Popular Sandinista [Révolution populaire sandiniste]. C’est un moment où les États-Unis vont dénoncer l’ingérence de l’URSS dans les affaires nicaraguayennes. Les États-Unis s’alarment des révolutions marxistes-léninistes dans le cadre de la Guerre froide. Tous ces mouvements qui déstabilisent l’Amérique latine sont sous l’influence de l’Union Soviétique. La condamnation de l’ingérence de l’URSS dans les affaires nicaraguayenne permet d’intensifier les efforts américains de lutte antiterroriste en Amérique latine. Le discours est celui d’une entreprise de déstabilisation de l’Amérique latine dans une zone exclusive.

À cette époque le terrorisme est défini comme « des individus ou des groupes menacent de recourir ou recourent à la violence à des fins politiques, en s’opposant directement aux autorités gouvernementales, de telle sorte que les actions entreprises, chocs, coups, intimidations visent à atteindre un groupe plus large que les seules victimes ». Dans cette définition du terrorisme du Département d’État américain, il y a l’idée de subversion, de changer des régimes politiques. À partir du moment où l’on touche les intérêts vitaux des États-Unis, il va y avoir une réaction. À partir des années 1980 – 1990 vont être menées des guerres contre-insurrectionnelles en menant des opérations locales pour structurer la lutte antiterroriste.

En mars 1982 au Guatemala a lieu une guerre contre-insurrectionnelle qui permet au pouvoir militaire de reprendre le pouvoir. La stratégie militaire a consisté à isoler la guérilla physiquement sur la frontière mexicaine et socialement en la coupant des paysans. Entre 1979 et 1990 au Salvador, l’État militaire est opposé au FMLN [Front Farabundo Marti de Libération nationale] en menant des attaques insurrectionnelles contre contre-insurrections. De1980 à 1982, la Colombie connaît un épisode de guérilla en montagnes et m’occupation de Bogota par le M 13. Mais les attaques des FARC sont bloquées entament un passage à une violence protéiforme.

El miercoles 6 de noviembre de 1985, a las 11:40 de la manana, un comando del grupo Gurrillero M-19 irrumpui violentamente en el Palacio de Justicia de Colombia. Este es el inicio de uno de los mas crueles y violentos esposodios de la historia de Colombia, que culminaria 28 horas depues con mas de 100 muertos entre civiles, militares y guerrilleros, 12 desaparecidos y la casi completa destruccion de la sede principal de la justicia en Colombia.

Le Pérou entre 1970 et 1990 affronte la guérilla du Sentier Lumineux qui est un mouvement communiste marxiste-léniniste. Des guerres à partir de 1981 sont menées et à partir de 1987, le Sentier Lumineux s’enrichit du trafic de la coca. C’est ce qu’on appelle le « narco-terrorisme ». Certains groupes ont besoin d’une guerre longue pour construire une économie de guerre. Ces formes d’actions violentes pour continuer à garder le pouvoir sont obligées d’organiser économiquement des territoires afin de dégager des revenus notamment à travers le trafic de cocaïne et d’héroïne, mais aussi avec le raffinage de ces produits.

Le narco-terrorisme et intéressant à analyser parce qu’on voit une dérive révolutionnaire vers une dérive mafieuse. Le narco-terrorisme est un mélange de genres entre actions violentes dites « idéologique » et une action violente de production d’une valeur marchande.

L’Amérique latine : un domaine d’intervention réservé de l’empire américain[edit | edit source]

Il faut comprendre l’intérêt à regarder cette lutte pour s’interroger sur les moyens de la lutte antiterroriste.

Aux origines : la place de l’Amérique latine dans le modèle impérial : 1870 – 1920[edit | edit source]

Il faut insister sur la place de l‘Amérique dans le modèle impérial américain à partir de la doctrine Monroe du nom du président américain de l’époque définissant la politique américaine sur la base que les États-Unis étant une démocratie, ils se doivent se protéger de toutes ingérences sur le leur territoire de la vieille Europe et de ses régimes monarchiques. Cela va être un paradoxe. D’un côté on ne s’intéresse pas à l’Europe, dans l’histoire américaine il y a un rapport complexe à l’Europe, de l’autre côté, cette doctrine Monroe aboutie à une autre phénomène qui est de dire que d’une certaine façon il est hors de question que l’Europe s’ingère dans les affaires de l‘Amérique latine. Dès lors, l’Amérique latine relève de l’autorité étasunienne.

Autrement dit, la doctrine Monroe suggère de protéger la démocratie américaine de tous les régimes autocratiques européens. Elle présuppose l’extension du modèle de la démocratie américaine sur son continent. Et donc le contrôle des affaires du continent américain. C’est une logique d’interventions dans son aire d’influence.

Le President Theodore Roosevelt en 1904

La doctrine Monroe, à long terme, va engager la politique du containment, d’endiguement du communisme dans les années 1950. Les affaires de l’Amérique latine sont du ressort étasunien et personne n’a le droit de s’y immiscer. Sous le principe de « messianisme américain », il faut s’intéresser de près à ce qui se passe en Amérique latine.

Il est intéressant d’étudier la constitution de la théorie de l’impérialisme américain permettant de mettre en exergue que la sécurité du continent américain est de leur propre responsabilité. Dès le XIXème siècle, les étasuniens sont interventionnistes sur l’Amérique latine avec l’annexion d’Hawaï en 1898, en 1908 – 1909 la prise du contrôle du Panama arraché à la Colombie et l’idée d’un interventionnisme très actif.

« L’injustice chronique ou l’impuissance qui résultent d’un relâchement général des règles d’une société civilisée peuvent exiger, en fin de compte, en Amérique ou ailleurs – l’intervention d’une nation civilisée – et dans l’hémisphère occidental, l’adhésion des États-Unis à la doctrine Monroe peut forcer les États-Unis, bien qu’à contrecœur, dans des cas flagrants d’injustice ou d’impuissance, à exercer un pouvoir de police internationale. »

— Discours de Théodore Roosevelt, 1904

Va alors être mise en œuvre une forte politique interventionniste. Républicains et Démocrates protègent la nation et les intérêts par l’interventionnisme. C’est une gestion réaliste qui peut être des interventions politiques et économiques par la gestion des intérêts étasuniens sur le continent américain. En 1914, les États-Unis interviennent contre la dictature mexicaine pour protéger les firmes américaines. 1915 est l’année où les États-Unis vont entamer l’occupation militaire d’Haïti, puis en 1916 c’est l’occupation par les marines du Nicaragua tandis qu’en 1917 ils interviennent au Costa Rica. En 1919 des troupes débarquent au Honduras, enfin en 1920 ils interviennent au Guatemala. Il y a un mélange des genres qui explique le principe d’interventionnisme actif.

La contre-révolution américaine : de 1945 à 1990[edit | edit source]

Cela permet de comprendre les interventions des américaines dans l’aide aux dictateurs dans les années 1950 – 1960 comme une continuité. En 1947, la Guerre froide se profile. Déjà, en février 1945 lors de la conférence panaméricaine de Chapultepec, les États-Unis rappellent aux régimes d’Amérique Latine, que la lutte doit être menée contre le communisme. Cela va permettre à cette interdépendance militaire de se construire.

Entre 1948 et 1956 va être mise en place une aide américaine à la dictature paraguayenne du général Stroessner, en1951 est mis en place une assistance militaire avec le Panama tandis que la dictature de Batista à Cuba va recevoir une aide financière et économique qui va échouer. Après l’arrivée au pouvoir de Fidel 
Castro les américains les étasuniens vont entamer le blocus de Cuba. En 1965 a lieu l’intervention américaine à Saint-Domingue. C’est un continent dans lequel il n’est pas question de laisser faire quoi que ce soit qui puisse nuire aux intérêts américains.

L’opération Condor ou « l’Interpol des dictateurs » : objectifs[edit | edit source]

Que va-t-il se passer lorsque ces mouvements vont commencer à penser le fait qu’il va falloir renverser ces dictatures pour changer de régime politique et se libérer de l’impérialisme américain ? La libération des peuples ne peut se faire qu’en détruisant les intérêts impérialistes des grandes puissances dans la théorie marxiste.

Les États-Unis ont une tradition miliaire en Amérique latine. Au fond, la lutte contre le communisme va fournir aux États-Unis un argument supplémentaire d’intervention. En tout cas, il est clair qu’ils vont présenter le communiste à partir des années 1960 comme étant le grand risque du basculement du continent américain et pour le territoire étasunien lui-même en même temps qu’ils sont en plein guerre du Vietnam.

Au fond, face à la révolution marxiste révolutionnaire, il faut coordonner la politique antiterroriste. L’opération Condor est très intéressante. Des documents ont été récemment découverts révélant tout ce qui s’était passé dans le continent américain via la CIA.

Les États-Unis vont garantir leur sécurité nationale et pour lutter contre le communisme, ils vont, à partir des années 1970, organiser la lutte antiterroriste à l’échelle du continent américain. Afin de garantir la sécurité nationale des États-Unis, après la révolution cubaine, ils vont se donner les moyens de lutter contre le communisme à l’échelle continentale. Va être systématisée la lutte antiterroriste en favorisant la connexion des militaires entre eux.

En septembre 1973 a lieu la Xème conférence des Armées Américaines [CEA] avec pour objectif de « donner plus de force à l’échange d’informations avant de contrecarrer le terrorisme et contrôler les éléments subversifs dans chaque pays ». L’enjeu est le contrôle de l’information, c’est pourquoi il faut faire une internationale continentale du renseignement. Va être constitué un premier réseau intégré d’information à partir des attachés militaires qui sont ceux qui dans les ambassades ont une fonction d’évaluation des rapports de force. On va organiser sous la responsabilité de la CIA une bourse d’échange d’informations. C’est la construction d’une guerre sale où ou Nixon et de Kissinger vont élaborer un dispositif contre-révolutionnaire. Ce qui est très intéressant est que dans l’opération Condor a été découvert qu’il y avait des centres de formation à la lutte antisubversive dans lesquels l’État français été impliqué, car ils avaient acquis des compétences en la matière avec les conflits en Algérie et en Indochine.

La guerre antisubversive peut être qualifiée de guerre sale parce qu’on entre dans un « no man’s land » juridique où tout est permis notamment l’utilisation de la torture. Le 25 novembre 1975 est la date où est constitué formellement l’opération Condor à Santiago. Va apparaitre des éléments qu’on le retrouve après le 11 septembre avec l’organisation d’une centralisation des informations sur le modèle d’Interpole, la possibilité d’interroger des suspectes d’activismes dans un pays tiers et penser l’action antiterroriste de manière transnationale.

« Une troisième et la plus secrète phase de l’opération implique la formation d’équipes spéciales issues de pays membres, qui sont destinées à se déplacer n’importe où dans le monde, dans des pays non membres (de Condor) pour exécuter des sanctions allant jusqu’à l’assassinat, contre des terroristes ou des soutiens à des organisations terroristes des pays membres de Condor. »

— Attaché du FBI à Buenos Aires, le 28 septembre 1976

Ce système est au bénéfice des dictatures qui leur permet d’être maintenues en place et de fonctionner. Dans le cadre de l’opération vont être utilisés l’assassinat politique et la disparition des citoyens. La multiplication des tentatives d’assassinat contre des personnalistes politiques progressistes entraine une vague de terreur qui décapite progressivement les mouvements marxistes et révolutionnaires.

Le programme Condor disparait au cours des années 1980, car les États-Unis ont pris conscience que ces opérations pouvaient couter à leur image de marque. La fin de Condor est le succès de l’opération. Les mouvements marxistes révolutionnaires vont être décapités par l’efficacité de ce dispositif. La disparition de Condor est effective au début des années 1980 parce qu’il y a moins de risques, un retour des régimes plutôt parlementaires et la peur de la divulgation de ces procédés.

Démocratisation et lutte antidrogue : un tournant dans la politique des États-Unis en Amérique latine autour des années 1980[edit | edit source]

Il y a une Prise de distance des États-Unis avec le modèle Condor au nom du respect des valeurs démocratiques. Entre 1977 et 1981, le Président Jimmy Carter va jouer un rôle faveur d’une démocratisation de l’Amérique latine au nom des droits de l’homme et de la liberté politique. Au-delà de la lutte contre les sandinistes au Nicaragua, Ronald Reagan condamne les régimes politiques des dictatures pour les risques de déploiement du communisme et promeut des alternatives démocratiques qui puissent freiner la montée de régimes marxistes. Les États-Unis n’hésiteront pas à envahir le Panama en décembre 1989 pour chasser Noriega un dictateur menaçant accusé de complaisance avec le trafic de drogue.

En 1989 il y a un transfert d’opération de violence parce qu’il y a moins de soutien à l’idéologie marxiste avec un recentrement de la politique américaine sur l’Amérique latine plus pragmatique avec moins d’idéologie avec plus de respect de la légalité démocratique.

Grande évolution des États-Unis sur le plan des relations avec l’Amérique latine[edit | edit source]

Invasion panama usa patrouille.png
Marines saisi drogue.png

Sur le plan militaire, dans les années 1980, l’ennemi n’est plus le communisme, la guerre change de sens passant vers la lutte contre le trafic de drogue. C’est un contre-pouvoir qui peut épouser des pouvoirs politiques comme ce fut le cas de Pablo Escobar. Ce qui apparaît sur la scène politique est la « géopolitique de drogue ». Sur la scène internationale, le nouveau pouvoir qui se construit est un pouvoir de cartel à travers la drogue qui peut avoir des revendications politiques ou géostratégiques militaires. Le terrorisme se déplace sur la lutte antidrogue avec les grands cartels en Colombie. Les États-Unis vont engager la lutte contre la drogue et la cartellisation.

Il y a une perception que la guerre change de sens et que le nouvel ennemi n’est plus nécessairement les régimes militaires et les régimes communistes, mais d’abord les régimes qui s’appuient sur la drogue et le commerce international de la drogue. En 1990 une guerre sans précèdent est conduite contre le Cartel Medellín en Colombie. L’aide militaire des États-Unis est mise au service des pays pour lutter contre la production de la drogue et son économie dérivée.

Conclusion[edit | edit source]

L’Amérique latine est un bon exemple pour comprendre les grands paradigmes du terrorisme et du contre-terrorisme. C’est aussi une matrice à l’implantation du marxisme-léninisme, du trotskisme et du maoïsme qui ont produit de la violence politique. Pour la première fois, il y a la production d’une matière d’analyse de la pensée stratégique de la lutte armée avec des manuels modernes de la guérilla rurale et de la guérilla dans un système de logique asymétrique.

Il y a aussi la conceptualisation d’une violence politique comme acte « terroriste ». Le communisme est combattu sur un modèle antiterroriste avec tout l’arbitraire que cela engendre. La lutte antiterroriste fonctionne sur le secret et non pas sur la proclamation, ce sont des politiques publiques. Enfin, pour la première fois avec le modèle Condor, on a un modèle transnational de lutte contre le terrorisme. L’après 11 septembre qui va proposer des questions de coordination de la lutte antiterroriste, de définition du terrorisme va pouvoir s’appuyer sur l’expertise américaine en matière de lutte antiterroriste.

Annexes[edit | edit source]

Bibliographie[edit | edit source]

  • Raymond Aron, La société industrielle et la guerre, Paris, Plon, 1962 ;
  • Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1962 ;
  • Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, tomes 1 et 2, Paris, Gallimard, 1976 ;
  • Zbigniew Brzezinski, La révolution technétronique, Paris, Calman-Lévy, 1971 ;
  • Régis Debray, Révolution dans la révolution ? Lutte armée et lutte politique en Amérique latine, Paris, Maspero, 1967 ;
  • Régis Debray, La guérilla du Che, Paris, Le Seuil, 1974 ;
  • Ernest Che Guevara, Œuvres, du tome 1 au tome 6, Paris, Maspéro, 1961- 1972 ;
  • M.A. Kaplan, System and Process in International politics, New York, John Wiley and sons, 1957 ;
  • Samuel P. Huntington, Political Order in changing societies, Yale, Yale University, 1968 ;
  • Henry A. Kissinger, Pour une nouvelle politique étrangère américaine, Paris, 1970 ;
  • Les complots de la CIA, Pars, Stock, 1976 ;
  • Alain Labrousse, Les Tupamoros, guérilla urbaine en Uruguay, Paris, Editions du Seuil, 1971 ;
  • Roger Mucchielli, La subversion, Paris, CLC, 1976 ;
  • Nous les tupamaros, Paris, François Maspero, 1971 ;
  • Alain Rouquier, Guerre et paix en Amérique
  • Centrale, Paris, Le Seuil, 1992 ;
  • Carl Schmitt, Théorie du Partisan, 1962, Rééd.. Paris, Flammarion, 1992 ;
  • Alain Touraine, La parole et le sang, Politique et société en Amérique latine, Paris, Odile Jacob, 1989 ;
  • Pablo Torres, La contre-insurrection et la guerre révolutionnaire, Paris, L’Herne, 1971.

Références[edit | edit source]