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Al-Qaida ou la « géopolitique du terrorisme radical »

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Le concept de « Qaida » [القاعدة] est un référentiel qui renvoie à la notion de structure :

  • la base ;
  • la règle ;
  • la base et la norme.

Al Qâ’ida al sulba signifie « La base solide » qui désignerait la ville de Médine, base des troupes de Muhammad en vue de porter la guerre sainte en direction de La Mecque. Le concept de « Qaida » renvoie à un « encrage géographiquement délimité » selon les termes de Jean-Pierre Filiu. Cela renvoie à quelque chose qui structure un territoire qui est géographiquement délimité. Il y a une référence spécifique à la construction d’un territoire.

Al-Qaida est antérieure aux attentats du 11 septembre. Al-Qaida puise ses origines dans le creuset de la guerre en Afghanistan menée contre les troupes soviétiques venu soutenir le régime communiste du président Najibullah qui est contesté par les populations. Étant menacées, les troupes soviétiques viennent protéger le régime communiste. C’est le contexte local d’un conflit qui apparaît sur des populations qui s’appuient sur l’islam pour se fédérer et regrouper faisant de l’islam un élément de force politique et idéologique contre un régime jugé comme laïque et traitre puisqu’il a été obligé de demander l’aide aux soviétiques pour le protéger.

Al-Qaida est versée du côté « d’une guerre de libération nationale » de type guérilla. L’Afghanistan est un territoire compliqué, très montagneux, le pouvoir politique maitrise les plaines, mais ne maitrise pas la montagne. Ce qui va se passer est une opposition entre la plaine qui peut être contrôlée et les montagnes qui servent de refuges aux moudjahidines qui sont les combattants. L’Afghanistan devient un lieu de guerre civile qui va intéresser les grandes puissances étant placé sur un axe stratégique en matière de pipeline. C’est une zone importante en matière de gestion stratégique faisant que les pays occidentaux seront intéressés déjà à l’Afghanistan avant le 11 septembre. Certains mouvements auraient bénéficié de certains soutiens militaires pour lutter contre le régime marxiste afin de limiter la zone d’influence de l’Union soviétique.

Il y a un double héritage :

  • de la guerre de libération nationale du côté des guérillas et des guérilleros d’Amérique latine avec l’intégration de la lutte du faible contre un État fort ;
  • de la guerre sainte qui est l’idée de dire que l’islam est une force révolutionnaire contre la lutte de toutes les formes d’oppression. Le Coran explique que l’aide aux plus pauvres et une nécessité qui est l’un des fondements de l’islam. Il y a une vision anti-impérialiste assemblée avec l’islam comme une forme de combat.

C’est une histoire lointaine et proche qui s’enracine dans l’histoire de la violence politique au Moyen-Orient.

Le cas d’Abdallah Azzam est un savant religieux palestinien membre de la guérilla palestinienne de 1967 à 1969. Il étudie le droit musulman à l’Université d’Al Azhar au Caire qui est un haut lieu de l’islam sunnite. Il rejoint l’Afghanistan pour combattre le régime prosoviétique. En 1984, il en appelle à la défense des territoires musulmans qui prône le jihad individuel pour tout musulman du monde entier. Il est fondateur avec Ben Laden [1957 – 2011] du premier camp d’entrainement pour les « Arabes » en Afghanistan qui sont les internationalistes et non pas les afghans formant ceux qui sont déjà d’une internationalisation pour profiter de l’Afghanistan comme un lieu d’internationalisation de la révolution islamique.

Les origines d’Al-Qaida[modifier | modifier le wikicode]

Plusieurs types de luttes dans des contextes différentes vont former une suite de passage qui s’accumule créant un sens qui mène à Al-Qaida. C’est une lente histoire qui se joue en plusieurs actes et sur plusieurs théâtres d’opérations militaires.

Le creuset : le conflit afghan[modifier | modifier le wikicode]

L'armée rouge dans les montagnes afghane en 1983.

Les origines sont lointaines avec l’entrée de l’Armée Rouge en Afghanistan venue soutenir le régime politique marxiste du président Najibullah. Plein de pays vont pousser à la création de la résistance. L’Arabie Saoudite décide de combattre l’Union soviétique à travers l’Organisation de la Conférence Islamique [OCI] qui exige « le retrait immédiat et inconditionnel des troupes soviétiques ».

À la tête des Moudjahidines, on trouve membre de l’Union Islamique pour la Libération de l’Afghanistan qui est l’afghan Abdul Rasul Sayyaf [1946 – ] est un Uléma formé au Caire et en Arabie Saoudite. Il est auréolé de sa récente détention dans les prisons communistes et reçoit l’appui de Ryad en force de combattants volontaires. D’où la complexité des influences qui vont apparaitre dans le conflit afghan.

L’influence idéologique et religieuse : Wahhabisme - Doctrine sunnite de retour à un Islam purifié[modifier | modifier le wikicode]

Le wahhabisme puise ses origines et sa doctrine dans les écrits de Muhammad Ibn Al Wahhab [1703 – 1792] afin de purifier l’Islam de ses impuretés par l’interdiction :

  • du culte des saints ;
  • des monuments funéraires ;
  • des mosquées luxueuses ;
  • de toute autre source de législation que celle du Coran.

La complexité de ces influences se mobilise contre le régime communiste. Le dispositif de lutte est constitué dans les zones tribales pakistanaises avec l’arrivée de prédicateurs wahhabites en provenance d’Arabie Saoudite ainsi que l’endoctrinement, la mobilisation et l’entraînement de réfugiés afghans pour la guerre de libération nationale de l’Afghanistan. Ces zones tribales deviennent une zone tampon de préparation de la guerre de libération nationale contre le régime communiste de Najibullah.

Émerge l’idée du concept territorial d’un Islam régénéré. En 1981 est fondé par Sayyaf de l’Union Islamique pour la libération de l’Afghanistan. Il se lie avec Ben Laden durant le conflit avec l’Armée soviétique.

Le Jihad arabe en Afghanistan[modifier | modifier le wikicode]

Apparaît l’idée qu’il y a un djihad arabe à mener en Afghanistan qui est vue comme la potentialité de construire un khalîfa islamique.

Abdullah Yusuf Azzam/

Un deuxième personnage essentiel du dispositif est le palestinien Abdullah Azzam [1941 – 1989]. Né en Cisjordanie, il fait des études à Damas et au Caire. Il se lie avec la famille de Sayyid Qobt, idéologue des Frères Musulmans. Puis il s’installe à Damas et dirige la branche jordanienne des Frères Musulmans. Après 1980, il s’engage en faveur du jihad afghan contre l’occupation soviétique. Il fut désavoué par les Frères Musulmans jordaniens et rédige une fatwa prescrivant le jihad afghan comme obligation individuelle.

« Tout Arabe qui veut accomplir le jihad en Palestine peut commencer par là, mais celui qui ne le peut pas, qu’il aille en Afghanistan. Quant aux autres musulmans, je pense qu’ils doivent commencer leur jihad en Afghanistan. »

L’Afghanistan devient un lieu de transit ou un moyen de faire le djihad qu’on ne peut pas faire en Palestine. Il est impossible de se battre en Palestine déjà pour y parvenir, mais aussi parce que l’OLP y est déjà fortement implantée.

Les convictions d’Azzam séduisent Ben Laden, fils d’un richissime entrepreneur saoudien du bâtiment qui est un homme d’affaires qui a fait fortune dans la l’immobilier religieux. Ben Laden hérite d’une structure organisée sachant ce que c’est de financer un territoire. Dans l’héritage de Ben Landen, il y a la compréhension de la puissance économique au service de la construction d’un territoire.

Al-zawahiri-al-qaida.jpg

Azzam et Ben Laden ouvrent un « Bureau des services » à Peshawar destiné aux futurs Moudjahidines arabes. C’est une officine d’accueil des combattants arabes qui veulent passer en Afghanistan. Cela va provoquer l’arrivée progressive des combattants notamment d’extrémistes égyptiens emprisonnées sous Sadate.

Parmi eux arrive Ayman al Zawahiri, médecin égyptien, ancien membre des Frères Musulmans qui a été emprisonné trois ans et a séjourné en Afghanistan. Il arrive en Afghanistan sur la base des accusations les Frères Musulmans d’avoir abandonné la voie du jihad. Il va considérer l’Afghanistan comme une terre idéale de protection et de lutte. Azzam, Ben Laden et Zawahiri développent les maisons d’hôtes pour rassembler leurs partisans.

Avec l’aide de Sayyaf, ils obtiennent l’autorisation des autorités pakistanaises pour ouvrir des camps d’entraînement pour les combattants arabes. En 1985, Azzam prend la direction du Comité de coordination des organisations humanitaires islamiques de Peshawar et Ben Laden supervise les travaux d’infrastructures en zones tribales, s’installe en Afghanistan en 1986 et implante la tanière des partisans avec quelques dizaines de combattants.

La Qâ’ida 
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L’enjeu fondamental est d’ancrer territorialement la lutte par une avant-garde militante sur la base de la théorie d’Azzam. L’ancrage territorial est nécessaire pour amplifier la lutte et la transformer en un modèle général du combat. Le modèle de la Qâ’ida va être pensé de façon mimétique à la vie du prophète. L’expérience médinoise du Prophète va les pousser à se rassembler dans un lieu tiers, pour se réorganiser et lancer la lutte contre La Mecque. Médine est la Qaida nécessaire pour lancer le jihad et conquérir l’Arabie.

Les guerres Moudjahidines[modifier | modifier le wikicode]

En avril 1987 ont lieu les premiers combats des troupes de Ben Laden contre l’Armée Rouge. En avril 1988 est annoncé le retrait soviétique. Les troupes afghanes d’Al-Qaida participent à l’effort de renverser le régime communiste de Kaboul. La bataille de Jelalabad est un échec pour les troupes musulmanes. Un paradoxe intéressant est que le retrait soviétique d’Afghanistan brise l’élan du jihad. L’Afghanistan sombre dans des conflits de faction. Une période de conflits s’ouvre entre les différentes factions de la résistance afghane. En 1989, Azzam disparaît dans un attentat à la voiture piégée.

Abdul Rashid Dostom
Ahmad Shah Massoud

Entre 1989 et 1996 a lieu la guerre civile afghane. Sont mises en place des alliances et contre alliances entre les différentes factions menant en 1992 à la constitution de la République Islamique afghane qui est une fiction absolue en raison des conflits entre les différents protagonistes : le général ouzbek Rachid Dostom, le tadjik, le commandant Massoud qui est le chef de l’Alliance du Nord Afghane combattant le pouvoir des talibans de 1996 jusqu’à sa mort en 2001.

Entre 1992 et 1996, Kaboul subit quatre années de conflits menant à près de 40 000 morts Dans les zones tribales pakistanaises et afghanes émerge une nouvelle force politique, à savoir, les Talibans.

« Taleb c’est celui qui écrit », « Étudiants en religion » qui se regroupent sous la direction de leur chef Mohammed Omar, modeste mollah pachtoune d’un village de Kandahar. Le cœur de la problématique des talibans n’est pas la construction d’un État islamique, mais un retour aux mœurs purifiées avec le respect du Coran, de la loi divine et de la charia. Les talibans sont une présence de moralisation religieuse fondamentaliste. En d’autres termes, ce sont des néo-fondamentalistes qui prônent une réislamisation des mœurs et ne s’intéressent pas d’abord à la question de l’État islamique. Par la morale et la réislamisation des mœurs, se fera le respect de la loi divine qui doit conduire la société et les hommes et femmes.

1994 sont les premières victoires des talibans qui vont se battre contre la République Islamique d’Afghanistan. En 1996 a lieu une guerre des talibans contre la République Islamique d’Afghanistan qui vont contrôler de la moite du pays. Le 27 septembre 1996, Kaboul tombe aux mains des talibans. Le mollah Omar, chef des Talibans, devient l’autoproclamé nouveau chef d’État sous le titre de commandeur des croyants. Il recueille l’allégeance des notables tribaux et religieux rassemblés. Il devient émir [celui qui commande] et appel au jihad contre les infidèles. La jonction va pouvoir s’opérer avec Ben Laden afin de démultiplier leurs forces.

L’émirat terroriste[modifier | modifier le wikicode]

La parenthèse soudanaise
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Entre 1989 et 1990, Ben Laden rentre en Arabie Saoudite. Il est la référence morale et financière pour les vétérans. Il les aide à se réinstaller au pays et engage les « yéménites afghans » afin de lancer un jihad contre le régime marxiste d’Aden. La rupture arrive avec les autorités d’Arabie Saoudite avec l’invasion du Koweït par Saddam Hussein. Il exhorte le ministre de la Défense à mobiliser les « vétérans » pour défendre le Koweït, mais le principe de solidarité́ arabe mène à un refus de sa part.

Le point de discorde est l’accord donné au gouvernement saoudien aux États-Unis pour le protéger de Saddam Hussein en acceptant l’implantation de bases militaires américaines en Arabie Saoudite. Il est impossible de tolérer la présence de « soldats infidèles » sur les lieux Saints.

Le nouveau discours de Ben Laden[modifier | modifier le wikicode]

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Pour Ben Laden, le régime saoudien est compromis menaçant la sécurité et les intérêts de l’Islam. Ben Laden revient à Peshawar qu’il ne reconnaît plus et décide de s’exiler à Khartoum. Khartoum est un régime islamique du Soudan avec ses proches compagnons. Avec son entreprise, il s’engage dans d’importants projets de construction et de développement fabriquant du territoire. En même temps, il va continuer à se mobiliser sur les questions internationales finançant des combattants et s’engage dans le soutien de toutes les causes extrémistes. Ben Laden est une sorte de « parrain » d’un jihad international sans frontières.

Ben Laden sera mis en cause dans plusieurs attentats à l’international notamment à Ryad et à Islamabad. En 1994, il est déchu de sa nationalité saoudienne et doit quitter le Soudan où il ne se sent plus en sécurité. En 1996, après cinq années d’absence de la scène afghane, Ben Laden revient en Afghanistan.

Le rapprochement avec les Talibans[modifier | modifier le wikicode]

L’Afghanistan que Ben Laden découvre n’a plus rien à voir avec le pays qu’il a connu. Le pouvoir est aux mains du mollah Omar commandant des Croyants. Il se décide à rejoindre les montagnes afghanes pour reconstruire la Qaida et relancer le jihad.

Sa prise de position dans ce contexte particulier se fait par la déclaration de 1996 de Jihad contre les américains. Il va élaborer « une base [Qâ’ida] sûre nichée dans ces sommets sur lesquels s’est écrasée la plus grande puissance militaire athée du monde », réduire « le complot américain et de leurs alliés », combattre « cette propagande mensongère sur les droits de l’homme [qui] qui a cédé la place aux coups portés et aux massacres perpétrés contre les musulmans », repousser « l’occupant infidèle » du territoire saoudien. Il est de fait internationaliste.

C’est la première apparition publique d’Al-Qaida avec double concept de la base :

  • territoriale pour engager le jihad : il faut structurer des ressources, de l’argent, des camps d’entrainement.
  • de données informatiques [Qâ’ida al-m’lûmatä] des vétérans d’Afghanistan pour recruter.

Pendant ce temps-là, les Talibans entrent dans Kaboul, le Président Najibullah est exécuté et les Talibans poursuivent la guerre contre le commandant Massoud.

Tout sépare Ben Laden du Mollah Omar[modifier | modifier le wikicode]

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Entre Apatride et Pachtoune, Internationalistes et localiste, djihadiste planétaire et partisan d’une guerre afghane, tout sépare Ben Laden et le mollah Omar. Le seul point commun est l’Islam comme force politique et comme système de purification. De plus, chacun d’eux revendique un destin historique :

  • Ben Laden : le jihad planétaire et le gouvernement de l’Islam ;
  • Mollah Omar : le fait d’endosser le manteau du Prophète.

En 1996, l’alliance entre les deux hommes se noue. L’accord est conclu est l’aide de Ben Laden pour combattre Massoud et encourager le déploiement de l’Islam politique en Afghanistan. En réponse, le mollah Omar offre l’hospitalité à Ben Laden dans ses montages.

Le basculement de 1998[modifier | modifier le wikicode]

À partir de 1998, il y a un basculement. Les djihadistes arabes sont engagés par Ben Laden dans les opérations du Mollah Omar. Al-Zawahiri relance la série des attentats internationaux. En février 1998 est constitué le Front islamique mondial du jihad contre les Juifs et les Croisés. C’est un dispositif qui renvoie au Moyen-Âge dans une vision manichéenne.

Le concept de Croisé offre à Ben Laden une stature spécifique, celle de l’assimiler au combat même du Prophète. La libération des lieux Saints de Jérusalem et de la Mecque reste l’objectif principal. Il faut « Tuer les Américains et leurs alliés, qu’ils soient civils ou militaires, est un devoir qui s’impose à tout musulman qui le pourra dans le pays où il se trouvera ». La rupture est consommée avec la tradition prophétique du jihad et la pratique historique de l’Islam.

L'attentat à Nairobi en 1998 avait fait plus de 111 victimes. Photo : AFP
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En 1998 ont lieu deux attentats majeurs. Le 7 août, pour célébrer dans le sang le huitième anniversaire du déploiement des troupes américaines en Arabie Saoudite, sont effectués les deux attentats des ambassades américaines de Dar es-Salam et de Nairobi. La première riposte américaine avec le tir de 60 missiles de croisière sur les positions d’Al-Qaida sur la frontière afghano-pakistanaise. Les américains demandent la livraison de Ben Laden au mollah Omar qui refuse au nom du caractère sacré de l’hospitalité pachtoune menant à la constitution du Front islamique mondial du jihad. Dans la stratégie de Ben Laden et du mollah Omar, la terreur doit être portée au niveau international, mais l’Afghanistan sous le régime Taliban doit devenir un « djihadiste » inexpugnable, base de la subversion globale. D’où la nécessité de s’engager avec le mollah Omar contre le commandant Massoud qui réclame pour sa part le départ d’Afghanistan des combattants « Arabes ».

L’idée est que la libération de l’Afghanistan pour les talibans n’est plus une fin en soi, mais devient une plateforme du djihadiste. L’Afghanistan doit devenir un « jihadistan », c’est-à-dire un lieu qui doit exporter sa lutte. Cela explique le fait que le mollah Omar et Ben Laden commanditent l’assassinat du commandant Massoud. C’est le moment où est conceptualisé en 1999 le détournement d’avion de ligne sur des cibles.

Durant l’été 2000, les Talibans et Al-Qaida mobilisent leurs troupes pour étouffer l’Alliance du Nord. Massoud est contraint de regagner les montagnes. Le 12 0ctobre 2000 a lieu l’attentat d’Al-Qaida contre un destroyer américain en rade d’Aden. Un accord de Ben Laden et du mollah Omar est passé pour supprimer le commandant Massoud qui est obstacle de taille à la constitution d’un Afghanistan unifié sous pouvoir Taliban. La suppression du commandant Massoud a lieu quelques jours avant les attentats du 11 septembre 2001, assassiné par un groupe se présentant comme journaliste. La mort du commandant Massoud est le signe du déclenchement du 11 septembre.

La doctrine terroriste stratégique[modifier | modifier le wikicode]

Une doctrine politique de la « libération »[modifier | modifier le wikicode]

Il faut s’intéresser au contenu du texte d’Al Qaida qui est une doctrine qui se présente comme une doctrine de la libération partant sur une interprétation de l’oppression. Le discours d’Al Qaida est de dire que nous sommes opprimés par des puissances. L’oppression a d’autant plus augmenté que des bases américaines ont été implantées à 80 kilomètres de la Mecque. Le discours classique est : « L’ennemi nous opprime, nous sommes ses prisonniers. Il faut se libérer de nos chaînes ».

Les méthodes de libération sont non seulement de faire triompher la justice, mais de faire triompher la justice divine avec dieu qui est porteur d’équité, de justice d’égalité. Il y a une récupération de la tradition prophétique chez Ben Laden. C’est un système de représentation important. Le combat est de « s’insurger au nom de Dieu, lutter jusqu’à donner sa vie, se libérer pour engager la victoire de Dieu, de la justice, du bien et de la liberté ».

Le discours n’est pas celui de mener la guerre contre les autres religions monothéistes, mais contre une oppression qui regroupe des dimensions laïques de sociétés qui n’ont pas compris la mise en conformité de dieu et de traditions humaines, elle est à mener contre un asservissement qui implique les non-musulmans.

La stratégie revendiquée est celle d’une guerre contre les puissants donc c’est une guerre de subversion où il faut transformer et subvertir les mentalités pour faire adhérer à la cause et renverser. Les théories subversives prennent en compte le rapport asymétrique des moyens entre majorité et minorité. La guerre doit être menée par chacun dans une réflexion djihadiste personnelle. Ben Laden se présente d’abord comme un défenseur de la liberté suggérant une dimension charismatique, mais il se présente aussi comme le seul à pouvoir apporter la liberté qui se fait dans la communion avec de dieu et d’être en accord avec dieu. Autrement dit, Ben Laden se présente conformément à l’ordre de Dieu comme un défenseur de la liberté, un défenseur au service de Dieu et le vrai théoricien de la liberté. Il se définit comme libérateur et oppose à sa figure celle du Président des États-Unis comme seul et unique « terroriste ». Le renversement dialectique est intéressant parce qu’il se représente comme un libérateur qui lutte contre l’oppresseur étasunien et le terrorisme des puissances occidentales qui viennent définir sur son territoire les modes de vie. D’autre part, Ben Laden mène sa lutte humblement dans un rapport avec dieu qui est une liberté de la religion agissant dans le cadre du Coran qui donne les éléments du comportement éthique le faisant pour l’umma qui est la communauté des croyants dans le monde.

En tant que combattant de Dieu et pour Dieu, il rappelle les fondements de l’Islam selon lui :

  • l’Islam est un – n’est pas deux ou trois après le judaïsme et le christianisme ;
  • l’Islam est vérité : « Suprématie de la vérité et développement du bien vont ensemble » ;
  • l’unicité de Dieu crée le principe de liberté ;
  • la liberté est au-delà de la dichotomie bien et mal, mais la liberté n’est pas dans le « chacun fait ce qu’il lui plaît »
  • la liberté est dans la stricte application des principes religieux
  • la liberté n’est pas de l’ordre de la confiscation ou de la possession.
  • elle est au nom de Dieu et pour Dieu Commander le bien c’est interdire le mal : il faut donc lire le monde comme partage entre le bien et le mal

La production du Bien exige le jihad. Il faut que chaque musulman produise ce bien et le pouvoir appartient à la communauté d’Al Qaida. Sans Jihad, les musulmans ne pourront jouir de leurs droits en Occident « que comme des esclaves recueillant les miettes du repas du maître ».

Quels sont les premiers ennemis ? Les premiers ennemis ne sont pas les chrétiens et les juifs, mais les chiites qui ont contesté la succession des prophètes. Le chi’isme pour Al Zarquawi est une religion polythéiste qui n’a rien à voir avec l’Islam. Al Qaida reproduit la très grande conflictualité entre sunnites et chiites. Viennent ensuite les juifs qui les ont dépossédés et les chrétiens qui sont dans un dispositif. Il y a la reconstruction d’un imaginaire avec l’idéal de pureté est la volonté d’un retour à la pureté. C’est un jeu de référence et de manipulation de référence avec une forme de dénégation de la réalité.

Une doctrine du combat asymétrique
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Le combat asymétrique est un nouveau type de guerre après la chute du mur de Berlin lié à la fin d’un monde bipolaire. Les guerres sont plus dispersées sur la planète et ne sont plus celles du système westphalien, mais le principe de l’anarchie Hobbienne faite entre « partisans » ou entre « partisans » et États-nations fondés sur la dissymétrie des moyens et sur l’effet de surprise asymétrique. La surprise est la règle d’or. Il faut intégrer dans le combat l’asymétrie des combats, c’est un combat militaire, mais aussi d’ordre technologique afin de convaincre de façon phycologique de la validité de la lutte. Il y a une image composite avec des éléments militaires traditionnels et de l’extrême modernité. La domination technique ne suffit plus et les Moudjahidines prouvent leur supériorité dans les combats asymétriques. L’effet de surprise est la condition de toute réussite dans un conflit asymétrique.

Le nouveau combat n’est pas seulement militaire, mais aussi d’ordre psychologique :

« L’une des stratégies occidentales veut que le meilleur moyen de provoquer une défaite psychologique soit d’attaquer l’ennemi, là où l’ennemi se sent protégé et en sécurité. C’est exactement ce que les moudjahidin ont fait à New York. Il apparaît donc que ce déséquilibre entre l’Amérique et les moudjahidin est parfaitement approprié à l’affrontement avec la machine de guerre occidentale, en particulier la machine américaine. Les Américains et l’Occident comprennent la nature de ce nouveau défi et sont conscients de la difficulté de la tâche qui les attend.

Le moment est venu pour les mouvements islamiques faisant face à une offensive générale des Croisés de développer une pensée stratégique appropriée et s’affairer aux préparatifs militaires nécessaires. Ils doivent accroître l’intérêt pour le prosélytisme et s’octroyer le soutien public et politique des peuples. C’est non seulement un devoir religieux, mais aussi l’une des clefs du succès de la guerre. D’anciens stratèges tels que Von Clausewitz et Mao Tse Toung l’avaient noté. Le meilleur exemple est peut-être le phénomène de l’Intifada qui a balayé la supériorité de la puissance militaire sioniste sur le peuple palestinien musulman.

L’Amérique veut employer l’action militaire pour réduire à néant les succès psychologiques des moudjahidin ainsi que les résonances et les ramifications positives de leurs actes héroïques et qui attirent le soutien et la sympathie dans le monde islamique.

Nous prions Allah pour qu’il apporte à la nation islamique une nouvelle génération de prédicateurs et d’autorités religieuses, capables de relever les nouveaux défis de la nouvelle guerre. »

Cela se représente comme un dispositif qui va de l’acte militaire, jusqu’à la communication des actes de violence et la constitution d’une Qaida à l’échelle planétaire avec la formation d’autorités religieuses capables d’expliquer la guerre.

Vers la guerre de Quatrième génération[modifier | modifier le wikicode]

Abou Moussab al-Souri, de son vrai nom Mustafa Setmariam Nasar. © DR

Mustafa Setmariam Nasar alias Abu Musab Al-Suri est un djihadiste qui publie en 2004 une importante encyclopédie du djihadiste de plus de 1960 pages. L’appel à la résistance islamique globale se fait par la reprise à son compte les thèses du colonel du corps des Marines William Lind qui a écrit en 1989 un article sur La Guerre de Quatrième Génération[2]. La guerre de Quatrième génération est une nouvelle guerre asymétrique qui accorde une place importante à des phénomènes de conflits incontrôlables accordant une place de choix au terrorisme comme acte militaire. Cette nouvelle forme de guerre serait « non-linéaire » et « sans champ de bataille définissable ». Elle permet et autorise de frapper son ennemi partout, au-delà même des frontières qui se révèlent inutiles et incertaines.

L’invention d’internet est une technique qui permet de décentraliser les systèmes informationnels pour que les systèmes informationnels puissent continuer à fonctionner si même un hub est détruit. Internet est une pensée moderne qui produit des interconnexions ce qui fait que l’information va utiliser des systèmes de façon aléatoire afin d’assurer le cheminement d’un message. Ce qui est intéressant est que dans la reconfiguration d’internet, Al Qaida a intégré ces concepts avec la mise en place d’un jihad décentralisé. Il faut que l’action soit décentralisée en dissémination l’organisation, les champs de bataille et les décisions opérationnelles. Le modèle d’Al Qaida est extrêmement moderne. C’est un modèle de la multinationale. Que dit Abu Musab Al-Suri ? Si le jihad est globalisé, il doit être décentralisé. La décentralisation comprend l’action, mais aussi les décisions. La dissémination offre une multiplicité de choix et d’actions : elle est un aspect organisationnel essentiel. Elle renvoie à une dissémination du champ de bataille et à une dissémination des niveaux opérationnels.

Ce que traduit le concept de nébuleuse utilisé pour parler d’Al-Qaida est que chaque cellule possède un commandant et chaque cellule est autonome. Il n’y a pas de hiérarchie organisationnelle, les individus devant fonctionner de manière autonome. La logistique est décentralisée. Le sommet de l’organisation est assuré par Ben Laden et ses commandants et fonctionne par impulsions grâce aux communiqués, aux messagers et aux messages, à Internet, aux vidéos de propagande, aux prises de position ou encore aux revendications et aux communiqués divers. Sur le terrain. Le principe de non-linéarité offre la multidimensionnalité du conflit, la multiplicité des formes de conflits et la possibilité de frapper partout et à tout instant. L’autonomie et l’autosuffisance des cellules font la force en matière de recrutements de djihadistes, de financement des opérations terroristes et en matière d’entraînement et de conduite des opérations.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Le terrorisme d’Al-Qaida va être une forme de terrorisme bien adaptée du milieu des années 1990 au milieu des années 2000 qui sont les premières années du jihad planétaire notamment parce que la lutte antiterroriste va s’affirmer. Mais à terme, on constate une somme de contradictions et est soulevé la question de savoir si un jihad planétaire peut-il se passer d’une base matérielle avec une Qaida, en l’occurrence, ici, l’Afghanistan. D’où l’importance du conflit en Afghanistan. On peut aussi s’interroger sur le fait de savoir s’il n’y aurait pas à terme des conflits d’intérêts entre les Arabes et le jihad international et les mouvements islamiques de libération nationale comme avec les cas de la Tchétchénie ou encore de l’OLP et du Hamas en Palestine et dans la bande de Gaz. Il y a une contradiction avec un jihad universalisé est la réalité du terrain qui fait que les luttes sont sur des territoires précis avec des enjeux précis. Cela explique en partie la difficulté de l’implantation d’Al Qaida en Palestine.

La question du leadership et de la doctrine renvoie au fait de savoir si doit-on ne pas remettre en cause le jihad global et quelles leçons tirer aujourd’hui d’un jihad global privé de plus en plus de ses bases arrières ? Il ne faut pas sous-estimer non plus les capacités d’Al-Qaida de fédérer avec par exemple le cas d’Al-Qaida au Maghreb Islamique.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Articles[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Peter L. Bergen, Guerre sainte et multinationale, Paris, Gallimard, 2002 ;
  • Jean-Paul Charnay, L’Islam et la guerre, Paris, Fayard, 1986 ;
  • Dictionnaire mondial de l’islamisme, Paris, Plon, 2002 ;
  • Rik Coolsaet, Le mythe Al-Qaida, le terrorisme symptôme d’une société malade, Bruxelles, Editions Mols, 2004 ;
  • Bruno Etienne, L’islamisme radical, Paris, Hachette, 1987 ;
  • Bruno Etienne, Les combattants suicidaires suivi de les amants de l’apocalypse, L’Aube, 2005 ;
  • Jean-Pierre Filiu, Les frontières du jihad, Paris, Fayard, 2006 ;
  • Les neuf vies d’Al-Qaida, Paris, Fayard, 2009 ;
  • Jean Cyrille Godefroy, Frères Musulmans dans l’ombre d’Al Qaeda, Paris, 2005 ;
  • Nilüfer Gölr Interpénétrations. L’Islam et l’Europe, Paris, Galaade Editions, 2005. ;
  • Rohan Gunaratna, Al-Qaida, Au cœur du premier réseau terroriste mondial, Paris, Autrement, 2002 ;
  • Gilles Kepel, Le Prophète et Pharaon, Les mouvements islamistes dans l’Egypte contemporaine, Paris, La Découverte, 1984 ;
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  • Farhad Khosrokhavar, Les Nouveaux Martyrs d’Allah, Paris, Flammarion, 2002 ;
  • Michel Koutouzis, L’argent du djihad, Arte, Mille et une nuit, août 2002 ;
  • Loretta Napoleoni Qui finance le terrorisme international , Paris, Autrement, 2004 ;
  • Marc Sageman, Le vrai visage des terroristes. Psychologie et sociologie des acteurs du djihad, Paris, Denöel, 2005 ;
  • Dominique Thomas, Les hommes d’Al-Qaïda, Paris, Michalon, 2005 ;
  • Malet, David. Foreign Fighters: Transnational Identity in Civil Conflicts

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Page personnelle de Rémi Baudoui sur le site de l'Université de Genève
  2. William S. Lind, Colonel Keith Nightengale (USA), Captain John F. Schmitt (USMC), Colonel Joseph W. Sutton (USA), Lieutenant Colonel Gary I. Wilson (USMCR) (October 1989). "The Changing Face of War: Into the Fourth Generation". Marine Corps Gazette. url:https://www.mca-marines.org/files/The%20Changing%20Face%20of%20War%20-%20Into%20the%20Fourth%20Generation.pdf