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Taux de change à long-terme : l’approche monétaire

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Quels sont les déterminants du taux de change attendu ?

Qu'est-ce que la parité des pouvoirs d’achat (PPA) absolue et relative ?

Quelles sont les prédictions de l'approche monétaire sur l'évolution de long terme du taux de change ?

Qu’est-ce que le taux de change réel ?

Comment peut-on généraliser l'approche monétaire pour pouvoir tenir compte à la fois des chocs réels et monétaires dans la détermination du taux de change de long terme ?

Comme on a vu le taux de change à LT est influencé par les variations de l’offre de monnaie.

Il s’agit maintenant de développer un modèle du comportement du taux de change à long terme qui relie la politique monétaire et l’inflation au taux d’intérêt et au taux de change pour expliquer comment les anticipations sur les variations du taux de change se forment. Comme les mouvements à court terme dépendent des anticipations sur le long terme, ce modèle sera important également pour expliquer le comportement de à court terme.

En longue période:

  • le niveau général des prix est variable (de même que les prix relatifs)
  • il y a accumulation du stock de capital = on peut désormais parler de croissance du PIB ( n’est plus donné), en faisant abstraction des fluctuations conjoncturelles autour de cette tendance de long terme. Le taux de croissance du PIB reste exogène au modèle. Pour un PIB complètement endogène il faudra attendre au chapitre suivant.

Avant de développer un modèle de la détermination du taux de change dans le long terme nous allons tout d’abord définir la relation de parité des pouvoirs d'achat (PPA) absolue qui relie les mouvements des taux de change au mouvement des niveaux de prix. Par la suite nous définirons la PPA relative qui relie les variations de taux de change aux différentiels d’inflation.

On greffe en suite sur la PPA le modèle monétaire du chapitre précédent. Nous aurons alors une théorie (dite approche monétaire de longue période) pour expliquer les variations du taux de change nominal dans le long terme causées par des phénomènes monétaires ou par la croissance du PIB. NB: ce modèle décrit le comportement du taux de change à long terme et il ne peut pas être utilisé pour expliquer les fluctuations du change au jour le jour (même s'ils les influence par les anticipations des agents).

On critique enfin la PPA, en analysant les sources de sa non-vérification, qui sont tout autant de facteurs expliquant les fluctuations du taux de change réel. On en déduit un modèle général de l'équilibre de longue période.

La parité des pouvoirs d’achat (PPA)[edit | edit source]

La loi du prix unique et la PPA absolue[edit | edit source]

La PPA repose sur la « loi » du prix unique.

A) Loi du prix unique (LPU)

Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑝_𝑖 = 𝐸𝑝_𝑖^∗} [1]

, sont les prix du bien .

Le bien est échangeable => sujet à l'arbitrage entre les deux marchés. Hp: pas de barrières au commerce ou de coûts de transport.

B) Parité des pouvoirs d'achat (absolue)

Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃 = 𝐸𝑃^∗} [2a]

, sont des indices de prix (ex: IPC). Même concept de la LPU, mais sur un panier de biens.

Conditions de vérification de [2a]:

(i) Tous les biens sont échangeables.
(ii) LPU satisfaite pour chaque bien.
(iii) Paniers de consommation identiques (mêmes biens et mêmes poids).

PPA absolue[edit | edit source]

Historiquement : PPA = guide de décision pour la fixation du taux de change (ex: post WWI):

[2b]

Si, par exemple, , les biens étrangers sont relativement plus chers que les biens nationaux (disons de x%) et la monnaie étrangère est relativement chère (surévaluée de x% par rapport à la valeur donnée par la PPA).

Si, par exemple, , les biens étrangers sont relativement moins chers que les biens nationaux (disons de x%) et la monnaie étrangère est relativement peu chère (sous-évaluée de x% par rapport à la valeur donnée par la PPA).

Le taux de change défini par la PPA est une sorte de taux de change théorique, de long terme. Si le taux de change observé dans la réalité est plus élevé du taux indiqué par le ratio des indices de prix, on en déduit que la monnaie nationale est sous-évaluée.

Big Mac Index[edit | edit source]

Application : Big Mac Index[1]

Idée: considérer le big mac comme un panier de biens (mêmes ingrédients partout, échangés sur le marché mondiale => la LPU devrait être vérifiée), de prix et . Le rapport entre les deux prix donne le taux de change théorique :

reflète le taux de change d'équilibre de long terme.

L'écart relatif par rapport au taux de change courant, , permet d'établir la marge de surévaluation par rapport au dollar (* = EU) :

  • si  : on peut s'attendre à une dépréciation de la monnaie.
  • si  : on peut s'attendre à une appréciation de la monnaie.
Source: The Economist

Selon ce critère, à cette époque, le CHF était surévalu -> anticipations de dépréciation.

Est-ce que la PPA absolue est vérifiée ?[edit | edit source]

Pas de signe de convergence à Hong Kong... peut être en Irlande... ou en Angleterre vers la fin des années 80s.

Source: Pakko & Pollard.

En général, déviations durables par rapport à la relation théorique.

Parité des pouvoirs d'achat relative[edit | edit source]

Des déviations durables par rapport à la relation de PPA absolue étant constatées, il existe une version plus « soft » de la PPA, dite PPA relative, selon laquelle le taux de change Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝐸} est égal au rapport des prix Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle \frac {𝑃}{𝑃^∗}} à un facteur de déviation constant prêt i.e. Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝐸 = \frac{𝑃}{P^∗} \times 𝛾} avec Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝛾 ≠ 1} , Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝛾} constant. Cela implique que Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝐸} varie en proportion directe de Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃} et en proportion inverse de Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃^∗} . En d’autres termes, cela implique que :

Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle \hat {E} = \hat {P} - \hat {P}^* = π - π^*}

Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle \hat {x} \equiv \frac {\frac {∂x}{∂t}}{x}} est le taux de croissance de Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑥} , le taux de dépréciation de la monnaie nationale et Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝜋} et Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝜋^∗} les taux d’inflation en et .

La PPA relative établit donc l’égalité entre le taux de dépréciation de la monnaie nationale et le différentiel de taux d’inflation entre et . Elle est moins restrictive (plus générale) que la PPA absolue (i.e. si la PPA absolue est vérifiée, la PPA l’est aussi, mais l’inverse n’est pas vrai).

L’approche monétaire[edit | edit source]

« Building blocs »[edit | edit source]

La théorie monétaire développée dans le chapitre 12 nous montre que dans le long terme le niveau général des prix est déterminé par l’offre et la demande de monnaie :

Économie internationale building blocs 1.png

La théorie de la parité du pouvoir d’achat développée au début de ce chapitre nous montre que le niveau général des prix influence le taux de change :

Économie internationale building blocs 2.png

L'approche monétaire[edit | edit source]

Hypothèses:

  • Longue période: les prix et les salaires "s'ajustent instantanément", de sorte à maintenir les conditions de plein-emploi sur tous les marchés.
  • est fixe à son niveau de "plein-emploi", , reflétant les conditions de production, et il est insensible aux fluctuations conjoncturelles.
  • Seuls les facteurs monétaires (offre et demande de monnaie) interviennent dans la détermination du taux de change: le taux de change est expliqué par le rapport des prix dans les deux pays, et les prix s’ajustent de manière à que l’offre réelle de monnaie soit égale à la demande réelle de monnaie.

Détermination conjointe de , et par :

[2b]
[3]

L’offre et demande relative de monnaie déterminent les niveaux des prix qui a leur tour déterminent le taux de change à long terme.

Chocs[edit | edit source]

Statique comparative (chocs à l’équilibre)

1) Politique monétaire expansive en  :

↗ => [3] : ↗ => [2b] : ↗ (= dépréciation)

2) Croissance en  :

↗ => [3] : ↗ => ↘ => [2b] : ↘ (= appréciation)

3) Hausse de  :

↗ => [3] : ↘ => ↗ => [2b] : ↗ (= dépréciation!)

Les 3 changements affectent l’offre ou la demande de monnaie ce qui amène des changements dans les prix pour maintenir l’équilibre, ce qui provoque un ajustement du taux de change pour maintenir la PPA (saut immédiat dans toutes les variables).

Les prédictions 1) et 2) sont en ligne avec le modèle monétaire sans PPA (effets de longue période). Apparemment 3) pose problème, car ce résultat contredit les ch. 11 et 12 (où si ↗ => placements en CHF plus intéressants => ↘).

Le taux d'intérêt à court et à long terme[edit | edit source]

Cette contradiction apparente dérive du fait que les sources de fluctuation du taux d'intérêt (Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑅} ) ne sont pas les mêmes à court et à long terme, en raison du comportement différent du niveau général des prix, Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃} .

  • à court terme (chp. 11 et 12) Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃} est fixe => c’est Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑅} qui doit s’ajuster pour ré-équilibrer le marché monétaire lorsque Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑀} ou Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑌} change de niveau.
  • à long terme (chp. 13) Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃} est flexible => c’est Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑃} qui s’ajuste pour ré-équilibrer le marché monétaire lorsque Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑀} ou Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑌} change de niveau, sans que cela affecte la valeur de Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑅} .

Mais alors: de quoi dépend Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑅} à long terme ? Réponse : de l’égalisation des taux d’intérêt réels anticipés (relation de Fisher) :

Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle R - π^e = R^* - π^{e*}}

Problème : requiert de travailler sur la version dynamique du modèle monétaire.

Résumé : modèle monétaire[edit | edit source]

Économie internationale résumé modèle monétaire 1.png

Pourrait servir de base à la formation des anticipations de change () qui interviennent dans la parité des taux d'intérêt.

Problème : basé sur la PPA qui est mal vérifiée

Un modèle général de longue période: l’approche du taux de change réel[edit | edit source]

Taux de change et niveau général des prix[edit | edit source]

La PPA n’est pas vérifiée ni dans sa version absolue ni dans sa version relative.

Économie internationale taux de change et niveau général des prix 1.png

Principales sources de non-vérification de la PPA[edit | edit source]

On distingue trois sources principales de non-vérification de la PPA :

  1. Contrairement à ce qui dit la LPU, l'existence de coût de transport et de restrictions au commerce limite les échanges de certains biens et services.
  2. Les situations de monopole et de pouvoir de marché dans certains secteurs affaiblissent encore plus le lien entre les prix de biens identiques vendus dans différents pays.
  3. La structure de la consommation n'est pas la même dans tous les pays => les statistiques sur l'inflation se basent sur des paniers de biens différents => il n'y a aucune raison qui justifierait la vérification de la PPA, même en absence de barrières à l'échange.

Néanmoins le théorie selon laquelle le taux de change et le niveau général des prix sont liés dans le long terme est un point de départ simple et utile → généralisation du principe de la PPA par l'introduction du concept de taux de change réel.

Le taux de change réel[edit | edit source]

Le taux de change réel (TCR), noté , est défini comme suit :

[6]

Deux interprétations: 1) Déviations par rapport à la PPA:

  • Si PPA absolue est vérifiée, ⟺ toute valeur de Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle q ≠ 1} reflète une déviation par rapport à la PPA absolue.
  • Si PPA relative est vérifiée, est constant ⟺ toute fluctuation de reflète une déviation par rapport à la PPA relative.

2) Prix relatif des produits étrangers (par rapport aux produits nationaux) = Indicateur de compétitivité internationale des produits nationaux : plus le niveau général des prix étrangers est élevé relativement à l'économie domestique, plus les produits nationaux sont attractifs.

Dans la réalité, est différent de et fluctue = on observe des déviations durables et variables par rapport à la relation théorique.

Modèle général de longue période : le rôle du TCR[edit | edit source]

Idée : compléter le modèle monétaire en tenant compte des variations du taux de change réel = de la non-satisfaction de la PPA.

Problème : quels sont les déterminants de  ?

Solution retenue ici : reflète approximativement le prix relatif des produits étrangers par rapport aux produits nationaux. Dépréciation réelle (↗) -> le panier de biens produits à l’étranger est + cher (il faut + de biens nationaux pour la même quantité de biens étrangers). Appréciation réelle (↘) -> le panier de biens produits à l’étranger est – cher (vice versa).

Le niveau d'équilibre de ‘’ sera celui qui égalise la demande relative de produits nationaux () à l'offre relative de produits nationaux ().

Le TCR d’équilibre[edit | edit source]

Comme on est à l'équilibre de longue période, on supposera que l'offre relative, RS, est égale au rapport des niveaux de production de plein-emploi : .

La demande relative, RD, est une fonction positive du prix relatif des produits étrangers : , avec .

Le TCR d'équilibre est obtenu lorsque :

[7]
Économie internationale TCR équilibre 1.png

Statique comparative :

  • si demande pour les produits de ↗ => (excès de demande)
  • si offre de ↗ (croissance) => (excès d’offre)

Modèle général de longue période[edit | edit source]

Le modèle de longue période (où est déterminé dans [7]) devient :

[6]
[7]
[3]
[4]

Par rapport à l'approche monétaire (), seule la première équation change. Elle permet de décomposer les sources de fluctuations du change en chocs monétaires (Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle ∆𝑃} , Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle ∆𝑃^∗} ) et chocs réels (Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle ∆𝑞} ) et de tenir compte des facteurs non monétaires impliquant des déviations durables de la PPA.

Chocs[edit | edit source]

1. Politique monétaire expansive en  :

↗ => [3]: ↗ => [6] :  (idem au modèle monétaire)

2. Hausse de la demande relative pour les produits de  :

↘ (appréciation réelle) => [6] : ↘ (appréciation nominale)

3. Croissance en ()  2 effets:

↗ (dépréciation réelle) => [6]:
↗ => [4] : ↘ => [6]:

Toute perturbation d’ordre monétaire influence selon la PPA et toute perturbation d’ordre réel influence à travers . Lorsque les perturbations concernent le marché des biens l'évolution du taux de change ne vérifie pas la PPA, même à long terme.

Résumé : équilibre de longue période[edit | edit source]

Économie internationale résumé équilibre de longue période 1.png

[6] sert de base à la formation des anticipations de change () qui interviennent dans la parité des taux d'intérêt. Le modèle de taux de change à long terme développé dans ce chapitre permet d'éclaircir comment les anticipations (qui influencent le taux de change de court terme) se forment.

Dernier problème: variations de à court terme: chap.14

Références[edit | edit source]