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Les bases culturelles du comportement politique

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Les bases culturelles relèvent toujours de la théorie des clivages. Lorsqu’on parle de culture, ce qui nous vient à l’esprit, dans un premier temps, sont les valeurs. Il faut avant tout essayer de définir ce qu’on entend par culture. On obtient généralement plusieurs définitions différentes. Puis nous allons aborder l’idée de culture politique en abordant toute une série d’approches qui essaient de montrer le rôle de la culture politique et des valeurs et notamment des valeurs politiques dans l’explication des différentes formes de comportement politique.

Culture politique : Almond et Verba[edit | edit source]

Lorsqu’on parle de culture politique, il y a un ouvrage clef écrit en 1963 intitulé The Civic Culture par Almond et Verba. Ces deux auteurs ont rédigé cet ouvrage qui reste un ouvrage de référence en ce qui concerne le rôle de la culture politique. Ces auteurs ont une approche assez particulière de ce qu’est la culture politique et son rôle dans l’étude des comportements politiques. Il est possible d’avancer que ces deux auteurs s’appuient sur l’approche behavioriste et mettent l’accent sur le rôle des attitudes politique comme étant à la base de ou des cultures politiques.

Ces deux auteurs ont mené une étude empirique. Ce fut une innovation à l’époque. Ils analysent l’impact de la culture politique et plus précisément l’impact de la culture civique sur les comportements politiques. Pour cela, ils ont élaboré une analyse comparative de cinq pays, à savoir les États-Unis à la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et le Mexique. C’est une analyse empirique menée sur la base de données individuelles qui sont des données issues de sondages. La question centrale était de savoir comment la culture politique peut contribuer au maintien et à la stabilité des systèmes démocratiques. C’est une approche largement fonctionnaliste et même un peu conservateur parce qu’elle présuppose qu’un système politique a une certaine stabilité et un certain équilibre. Les années 1950 et 1960 aux États-Unis étaient une période dominée par la pensée fonctionnaliste qui présupposait que la société doit avoir un certain équilibre et il doit y a voir tout un tas de phénomènes qui créent des déséquilibres comme le processus de mondialisation et ensuite le système trouve d’une manière ou d’une autre un moyen de se rééquilibrer. Ils ont tenté d’expliquer les différences dans la gouvernance démocratique dans le fonctionnement des systèmes politiques. Ils ont essayé d’expliquer les différents fonctionnements démocratiques de ces cinq pays à travers les attitudes et les orientations politiques ainsi que les valeurs politiques des citoyens qui composent et forment ce système politique. L’idée est de partir de l’analyse des individus afin de remonter à une idée de stabilité. En d’autres termes, c’est l’idée de changement micro – macro. Il faut passer par les attitudes politiques individuelles afin d’expliquer quelque chose au niveau macro-politique qui est la culture politique ou la culture civique qui caractérise une nation ou une unité supérieure. Ils ont mis l’accent sur l’apprentissage des orientations politiques par rapport à la politique et ils ont mis l’accent sur l’expérience que les citoyens ont du système politique.

Pour résumer leur approche, ils ont postulé une congruence entre la culture politique et la structure d’un régime démocratique. Cette culture politique qui est à l’origine de la stabilité et du bon fonctionnent d’un système politique découle de quelque chose qui caractérise les individus, à savoir les attitudes politiques. On postule une intériorisation des attitudes politiques à travers la socialisation. Cette culture politique est le produit d’une agrégation des données micropolitiques, à savoir les attitudes politiques. L’idée de base est qu’il y a un certain type de culture politique qui est plus propice à la démocratie et à son bon fonctionnement.

Culture civique : Almond et Verba[edit | edit source]

La culture civique est entendue comme une culture politique qui se caractérise par son pluralisme s’appuyant sur la communication et la persuasion ainsi que la culture de consensus et de la diversité. C’est une culture qui permet le changement, mais qui le modère. C’est à travers cela qu’étaient expliquées les bonnes performances gouvernementales des démocraties. Il y un seuil de correspondances qui était fait entre culture civique et démocratie.

L’approche behaviouriste est quelque chose qui résulte de l’agrégation des caractéristiques individuelles et notamment des attitudes politiques individuelles de chacun.

Opinions, attitudes et valeurs[edit | edit source]

Ce sont trois notions qui sont souvent utilisées de manière interchangeable à la fois dans le langage courant autant que dans le langage scientifique. Ce sont trois notions clefs afin d’étudier le comportement politique et dans les sciences sociales. Il y a souvent la confusion entre attitude et opinion, mais aussi une confusion entre attitude et valeur. C’est surtout cette deuxième confusion qu’on retrouve parfois dans les travaux scientifiques ou certains auteurs parlent d’attitudes et d’autres de valeurs et vice-versa :

  • on peut expliquer les opinions comme étant les expressions de la pensée sur un objet ou une situation donnée.
  • les attitudes sont le concept central parce que l’attitude est des prédispositions acquises, plus ou moins stables, à se comporter d’une manière plus ou moins spécifique à l’égard d’un objet donné ou dans une situation donnée. L’attitude est toujours par référence à un objet donné. L’identification partisane qui est l’une des attitudes dans le modèle de Michigan, cela est par rapport à quelque chose, c’est une identification avec un parti. La confiance institutionnelle ou politique est toujours par rapport à quelque chose.
  • les valeurs ne se définissent pas par rapport à un objet spécifique, mais c’est par rapport à quelque chose de beaucoup plus général. Ce sont des conceptions non directement observables du désirable, utilisées dans le discours moral, avec une importance particulière pour le comportement.

Les trois caractéristiques des valeurs[edit | edit source]

Dans The Impact of Values, Deth et Scarbrough définissent les valeurs par trois caractéristiques. Il faut qu’il y ait ces trois caractéristiques afin qu’il y ait des valeurs :

  • les valeurs ne peuvent pas être observées directement ;
  • les valeurs engagent des considérations d’ordre moral ;
  • les valeurs sont des conceptions du désirable.

C’est un dénominateur commun à toutes ces définitions. Les valeurs sont cruciales afin d’expliquer les comportements politiques. Les valeurs posent le cadre de référence et orientent l’action. On parle toujours d’une configuration de valeurs. Cette configuration d’attitudes et de valeurs est ce qui est capturé par la notion d’orientation de valeurs. Inglehart, dans sa théorie du postmatérialisme, parle justement de « value orientations » ; c’est un ensemble cohérent de valeurs. On parle aussi de système de valeurs. Un système évoque l’idée qu’il y a plusieurs éléments qui sont reliés entre eux de manière cohérente. Il y a également l’idée que les valeurs découlent ou sont le produit d’une configuration cohérente d’attitudes politiques.

Valeurs politiques[edit | edit source]

Ce qui nous intéresse sont les valeurs politiques qui découlent d’une configuration cohérente d’attitudes politiques. Les valeurs politiques concernent la sphère politique et sont le fondement des comportements politiques. Les valeurs politiques orientent les comportements politiques, ce sont des orientations envers des objets politiques. D’autre part, ce sont des perceptions de l’ordre désirable et qui permettent de donner des jugements politiques. Il y a un socle d’antécédence entre ces trois concepts, à savoir le concept le plus lointain qui sont les valeurs qui ensuite structurent ou influencent des attitudes et qui influence les opinions.

Trois orientations de valeurs centrales pour le changement politique[edit | edit source]

Ces sont trois orientations de valeurs abordées dans la littérature et importantes afin d’expliquer le changement politique, mais aussi le changement social. On est toujours dans l’optique de l’analyse des clivages regardant la composante subjective des clivages dit aussi identitaire. Il s’agit à chaque fois d’une opposition de deux systèmes de valeurs. Les trois aspects suivant sont souvent traités dans l’étude du comportement politique que cela soit l’étude du comportement électoral ou encore de l’engagement dans les mouvements sociaux. On peut voir ces trois orientations par rapport à la théorie des clivages de Rokkan avec le fait que les sociétés européennes, durant les cinq derniers siècles, ont été caractérisées par un certain nombre d’oppositions et de divisions sociales qui, à un certain moment, sont devenus des clivages politiques. Deux de ces clivages de Rokkan, sont le clivage religieux et le clivage de classe. Dans une perspective historique, il est possible de voir chacune de ces oppositions comme caractérisant un type de société. Par exemple, le clivage religieux – séculaire caractériserait les sociétés dites traditionnelles, le clivage gauche – droite serait le clivage typique de la société moderne, fruit de la modernisation et des grandes transformations qui ont caractérisées cette modernisation avec notamment la création de l’État-Nations et l’avènement du capitalisme, et le clivage matérialiste – post-matérialiste qui caractériserait la société postindustrielle ou la société industrielle avancée. Il est possible de regarder ces orientations de valeur comme caractérisant ces sociétés d’un point de vue historique. Ce qui nous intéresse est qu’aujourd’hui, ces différentes orientations de valeurs coexistent notamment au sein d’un électorat.

Effets liés à la relation entre temps, âge et changement social[edit | edit source]

Comment les systèmes de valeurs évoluent, changent dans le temps et peuvent ensuite produire un changement politique et social ? Lorsqu’on parle du changement social, il y a différents types d’effets qu’il faut connaître et identifier. C’est quelque chose de compliqué lorsqu’on veut le faire sur des données empiriques, mais c’est quelque chose de relativement simple. Il faut être conscient que, lorsqu’on étudie le changement social, culturel ou des valeurs ou encore le changement politique, il faut savoir que ce changement peut être le résultat de trois types d’effets différents :

  • effets de cycle de vie : se réfèrent aux caractéristiques biopsychologiques liées à l’âge qui correspondent à chacun des stades du cycle de vie qui peuvent influencer les attitudes et le comportement politique. C’est un niveau micro.
  • effets de cohorte : groupe de personnes nées au cours d’un même intervalle de temps, qui partagent des besoins, des intérêts et des expériences sociales similaires et qui vieillissent ensemble. On parle aussi de génération politique qui est un groupe de personnes ayant partagé une expérience à un moment donné. C’est un niveau mésosociologique.
  • effets de période : événements et grands courants appartenant au temps historique qui influencent le cycle de vie des individus et le comportement d’un groupe d’âge. C’est un effet qui affecte l’ensemble de la population. Ce n’est pas lié au temps individuel de la maturation, ni quelque chose lié à l’expérience d’une classe d’âge, mais plutôt un niveau macro à savoir des effets qui affectent l’ensemble des différentes cohortes, des individus et de la population.

Ces trois effets sont liés entre eux, linéairement indépendant des uns des autres. Il faut ternir compte de ces trois effets, étant à la fois une maturation individuelle de personnes, d’un remplacement des cohortes avec des valeurs différentes, et cela peut être aussi l’effet de période avec un ou des évènements importants qui ont affecté l’ensemble de la population. Selon Inglehart, l’effet de cohorte est particulièrement important, c’est celui qui reprend particulièrement le changement social puisque l’effet de période est vu comme quelque chose qui n’a pas un effet durable. L’effet de cohorte est quelque chose qui, par le remplacement de différentes cohortes, reste plutôt dans le temps.

Exemple[edit | edit source]

Effet de cohorte[edit | edit source]

Comportement politique effet de cohorte 1.png

Il y a une manière très simple grâce à un tableau à doubles entrées de détecter des effets de cohorte ou des effets de périodes. On garde constant l’effet de cycle de vie. Dans ce tableau, ce sont des données de sondages qui portent sur le taux d’électeurs qui votent pour un parti et on croise trois cohortes. On croise ces cohortes avec trois périodes. Il est possible de constater qu’il y a une différence entre cohortes qui reste systématiquement. On voit une différence entre les lignes, mais pas entre les colonnes, ce qui veut dire qu’il y a un effet de cohorte et non pas un effet de période parce que si c’était un effet de période, il y aurait une différence systématique entre deux périodes, c’est-à-dire que chaque cohorte se ressemble.

Effet de période[edit | edit source]

Comportement politique effet de période 1.png

Un évènement en 1974 fait augmenter la participation politique. Cette augmentation touche les trois cohortes d’une manière transversale restant semblable, mais à un niveau supérieur. Il y l’idée d’effet de période de courte durée. C’est en comparant les différences entre les colonnes qui permet de dire qu’on à un effet de période. Il est possible de combiner les deux et d’avoir à la fois un effet de cohorte et un effet de période. Il y a une différence entre les cohortes, mais en même temps, il y a un effet de période. À travers l’observation entre les lignes et les colonnes, on peut dire qu’on a à faire à un phénomène de cohorte et de période.

Effet de cycle de vie[edit | edit source]

Comportement politique effet de cycle de vie 1.png

L’effet de cycle de vie est le plus difficile à étudier. Entre 1964 et 1974, on pourrait très bien dire que cette augmentation est due à un effet de cycle de vie et on ne pourrait pas savoir si c’est un effet de période ou si c’est un effet de cycle de vie. Une manière simple de savoir est de dire qu’on constate plus tard que cette augmentation reste stable dans le temps et quand cela diminue, c’est un effet temporaire et donc un effet de période. L’effet de cycle de vie n’est pas nécessairement linéaire.

Lorsqu’on étudie le changement social, culturel ou politique, il faut tenir compte de trois types d’effets qui peuvent être derrière ce changement, à savoir des effets de cycle de vie, des effets de cohorte et les effets de période. L’étude de ces trois types d’effets n’est pas simple d’un point de vue méthodologique même si on peut les détecter.

Orientation de valeurs religieux – séculaire[edit | edit source]

Il s’agit de considérer l’importance de la religion en politique que cela soit pour expliquer le vote ou pour expliquer la participation dans les mouvements sociaux. Dans les études existantes, le rôle de la religion est systématiquement tenu en considération lorsqu’on étudie le comportement électoral. Dans n’importe quel sondage fait pour expliquer le vote et la participation électorale, il y aura toujours une variable « religion ». Par contre, lorsqu’on étudie la participation non-électorale, cela est fait moins fréquemment.

En ce qui concerne la société traditionnelle, il s’agit de conflits religieux, le mode d’expression renvoie à l’opposition de valeurs religieuses et séculaires et les enjeux centraux sont l’instruction publique et rôle de la religion.

Théories de la sécularisation[edit | edit source]

Lorsqu’on parle du rôle de la religion en politique, il y a tout un tas d’études qui ont montrées qu’il y a une perte importante de la force explicative de la religion sur les comportements électoraux en particulier, mais aussi non-électorale. Au niveau macro, cette observation d’une perte de force de la religion s’appuie sur la théorie de la sécularisation postulant qu’il y a une sécularisation de nos sociétés contemporaines, c’est-à-dire que les institutions et symboles religieux ne dominent plus tous les secteurs de la société. Au niveau micro, la religion n’interfère pas avec les comportements sur des questions non-religieuses. Enfin, la modernisation réduit le besoin et l’importance de la religion avec la création d’un État-Nation et la rationnalisation de la société.

Religion et comportement électoral[edit | edit source]

Dans quelle mesure la sécularisation, postulée par cette théorie, permet de prédire le comportement électoral ? Il y a deux aspects qui sont étudiés. D’une part, il y a des études qui tentent de regarder quels sont les choix électoraux faits par des électeurs de confession différente. C’est un groupe d’étude minoritaire. Là où il y a le plus de travaux et avec ceux qui essayent de voir la corrélation entre la religiosité et le comportement électoral. En ce qui concerne la corrélation entre la religiosité et le comportement électoral, il faut affiner le concept de religiosité.

Composantes de la religion[edit | edit source]

Les études existantes font la différence entre trois composantes de la religion :

  • appartenance religieuse – belonging : c’est le fait d’appartenir ou d’avoir le sentiment d’appartenir à une religion ;
  • croyance religieuse – believing : cela renvoi à la foi religieuse ;
  • pratique religieuse – behaving.

On parle des trois « B ». Il faut considérer ces trois dimensions afin d’avoir un tableau plus général de ces effets.

Religiosité[edit | edit source]

Dalton, R.J. et H.-D. Klingemann, éds. (2007). The Oxford Handbook of Political Behavior. Oxford: Oxford University Press.

Ce tableau montre, à partir de différents indicateurs, comment les trois « B » ont changés. On constate que sur tous les indicateurs, il y a eu une diminution de la religiosité des citoyens des pays concernés. Ce serait quelque chose qui donnerait des supports aux théories de la sécularisation. On peut voir des variations internationales très importantes. On peut constater que la saillance des clivages religieux varie beaucoup. L’étude de l’impact de la religiosité sur les comportements politiques ne peut pas faire l’impasse sur une étude comparative par pays sinon on risque de confondre des niveaux de religiosité très différents.

Orientation de valeurs gauche – droite[edit | edit source]

Le clivage gauche – droite caractérise la société industrielle avec le conflit de classes. Le mode d’expression est l’opposition de valeurs de gauche et de droite et les enjeux centraux sont les inégalités économiques, la propriété des moyens de production et l’économie de marché. Ce qui nous intéresse ici sont les valeurs.

Espace politique selon Kitschelt[edit | edit source]

Kitschelt, H. (1994). The Transformation of European Social Democracy. Cambridge: Cambridge University Press.

En ce qui concerne l’opposition gauche – droite, Kitschelt a apporté une modification importante à l’idée traditionnelle de l’opposition entre la gauche et la droite sur un espace unidimensionnel. Kitschelt a travaillé en particulier sur la social-démocratie et également sur la nouvelle droite radicale. Selon Kitschelt, cette idée traditionnelle d’une distinction sur une seule dimension qui oppose des électeurs de gauche à des électeurs de droite ne reflète plus la distribution des électeurs et les différentes configurations de valeurs dans les sociétés contemporaines. Il va proposer d’ajouter un axe vertical à l’axe horizontal. Il y a à cette dimension économique, une dimension qui se superpose qui est plutôt sociale et culturelle qu’il va appeler l’opposition entre des valeurs libertaires et des valeurs autoritaires.

Kitschelt a utilisé une autre terminologie de ce graphique avec les notions de self-organized community et paternalism and corporatism. En croisant de ces deux axes, il donne des formes de valeurs sociales.

Kitschelt, H. (1994). The Transformation of European Social Democracy. Cambridge: Cambridge University Press.

Kitschelt va aussi essayer d’étudier comment les différentes classes sociales et donc l’électorat se distribuent dans cette nouvelle configuration qui est un nouvel espace politique. C’est un terme qu’on retrouve dans le cadre des théories spatiales du vote. Il oppose les deux axes de la politique sociale et capitaliste. Autrement dit, il y a un axe qui représente une dimension économique entre une économie planifiée et une économie spontanée, et un deuxième axe qui est celui de l’auto-organisation ou du paternalisme par rapport au valeur. Dans cette perspective, il y a une sorte d’axe transversale qui se crée puisqu’il y a des groupes d’électeurs qui se situent entre deux pôles.

Kitschelt, H. (1994). The Transformation of European Social Democracy. Cambridge: Cambridge University Press.

Avec ce graphique apparait la même idée. Ce que Kitschelt postule est qu’il y a eu un déplacement de l’axe de la compétition partisane en Europe et ce déplacement est représenté par le passage de l’axe traditionnel gauche – droite. Ce déplacement est représenté par le passage de l‘axe traditionnel gauche – droite, cela serait la distribution des électeurs. Apparaît la nouvelle distribution des électeurs sur un axe qui oppose une politique de libertaire de gauche et une politique qu’il qualifie d’autoritaire de droite.

Selon Kitschelt, il y a eu ce déplacement de la compétition entre partis. Il part du présupposé que les partis politiques doivent entrer dans une compétition pour un électorat et donc pour avoir des voix, ils doivent aller chercher les électeurs où ils sont. Des partis politiques doivent se positionner dans un espace politique afin d’aller chercher les électeurs où ils sont. Dans cet esprit, il y a eu l’émergence de valeurs de libertaire de gauche avec une idée libertaire d’émancipation par rapport aux grands organes de contrôle, y compris de l’État, mais sur le plan culturel. Apparait l’électorat traditionnel du parti socialiste qui s’est déplacé. La nouvelle opposition aux valeurs n’est plus une opposition gauche et droite sur des enjeux typiquement de redistribution des ressources, mais c’est une opposition qui combine en fait l’idée de la redistribution des ressources avec l’idée de comment la société doit-elle être organisée. Cette opposition peut aussi se voir comme expliquant le clivage entre ouverture et fermeture.

Kitschelt a beaucoup étudié les électorats et les comportements politiques sur ces deux pôles. Il a notamment essayé de montrer comment toute la nouvelle gauche se situe, comment le parti socialiste a du s’adapter au déplacement de l’axe de la compétition partisane. Kitschelt a également étudié les nouveaux mouvements sociaux qui s’insèrent ou correspondent au système de valeurs libertarien de gauche. Les nouveaux mouvements sociaux véhiculent ce type de valeurs. Par contre, les partis de la nouvelle droite radicale vont chercher un électorat potentiel qui a changé de positionnement. L’idée que ces partis combinent une position contre l’immigration comme l’UDC en Suisse, prône l’idée de politique autoritaire, mais cette idée socioculturelle est combinée avec l’idée traditionnelle de capitalisme pour la dimension économique. Les partis libéraux traditionnels ont beaucoup perdu au bénéfice des partis de la droite radicale. Kitschelt parle de « formule magique » qui est l’idée de combiner une politique autoritaire avec une idée de capitalisme. Par rapport à cette orientation de valeur gauche – droite, il faut tenir compte de l’idée de Kitschelt qui est qu’il n’y a pas seulement une dimension socio-économique de redistribution des ressources, mais qu’il y a aussi une dimension culturelle. C’est la combinaison des deux qui permet ensuite d’expliquer les comportements électoraux. Dans les sondages, aujourd’hui il y a des mesures left libertarian par rapport à right authoritarian.

Orientation de valeurs matérialiste – postmatérialiste[edit | edit source]

Ce troisième type de valeur est censé expliquer les comportements politiques. Cette théorie a été proposée par Inglehart qui a publié en 1977 l'ouvrage The Silent Revolution. Cette théorie postule qu’il y a eu un grand changement de valeurs dans les sociétés européennes, mais également sur d’autres pays comme l’Inde. L’idée était d’avoir une théorie universalisable. Il y avait un grand changement de valeurs avec des valeurs qu’il qualifie de matérialiste qui sont des valeurs qui mettent en avant plutôt la sécurité physique et matérielle. Inglehart s’appui notamment sur la pyramide de Malsow qui postule que les individus ont d’abord la nécessité de satisfaire de besoins basiques de subsistance afin de survivre, et ensuite, une fois que ces besoins sont satisfaits, ils peuvent passer à des besoins d’ordre supérieur dont la reconnaissance sociale de sa personne, l’épanouissement personnel ou encore l’émancipation. Il y a deux grands ordres de besoins repris par Inglehart disant que cela correspond à deux grands types de valeurs, il parle aussi d’orientation de valeurs qui est un ensemble cohérent d’attitudes par rapport à certains objets. Il y a les valeurs matérialistes avec l’accent mis sur les besoins matériels physiques et les valeurs de type post-matérialiste avec l’accent qui est mis sur le désir de réalisation de soi. Inglehart postule qu’il y a eu un grand changement de ces valeurs matérialistes aux valeurs post-matérialistes à partir de la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Théorie du postmatérialisme de Inglehart[edit | edit source]

La théorie du post-matérialisme de Inglehart s’appuie sur deux hypothèses de base :

  • hypothèse de pénurie : des personnes ont tendance à valoriser des ressources et des biens qui sont rares.
  • hypothèse de socialisation : les valeurs d’une personne reflètent largement les conditions qui étaient celles qui prévalaient pendant les années de l’adolescence. Il faut ajouter que Inglehart, s’appui sur l’idée de socialisation primaire qui est tout ce qui se passe de la naissance jusqu’à la fin de l’adolescence, qui sont les années de formation de notre propre système de valeurs, influencent ce que nous allons faire au long de notre vie.

Inglehart a travaillé sur l’idée de remplacement des cohortes. Pour lui, ces changements de système de valeurs matérialistes à un système de valeurs postmatérialistes est du au remplacement des cohortes et en particulier au remplacement de cohortes de l’avant-guerre par les cohortes qui sont nées après la Deuxième guerre mondiale. Après la Deuxième guerre mondiale suit les Trente glorieuses marquées par le développement de l’État providence et la croissance économique. C’est donc une grande phase de l’extension économique et de l’État providence. C’est justement ces cohortes qui ont été socialisées pendant cette période qui ont développés ces valeurs cpostmatérialistes mettant en avant le besoin de reconnaissance de soi et d‘épanouissement personnel parce que c’était justement une période où la sécurité économique donc les besoins matériels étaient garantis. Ces individus appartenant à ces cohortes ont pu mettre la priorité sur d’autres besoins en termes de psychologie de Maslow, ou de valeurs en termes de la sociologie de Inglehart. Donc, ils ont été socialisés dans une période de non-pénurie leur permettant de développer ce système de valeur. Par la suite, ces cohortes ont continuées leur vie remplaçant les anciennes cohortes. Les cohortes avec des valeurs postmatérialistes ont petit à petit remplacées les anciennes cohortes qui étaient nées dans des périodes de guerre ou d’avant-guerre qui étaient des périodes beaucoup moins riches et de pénuries. À travers le replacement des cohortes, il y a eu une révolution silencieuse où on a révolutionné les systèmes de valeurs des européens.

Au fond, Inglehart postule deux types d’effets, à savoir un effet de cohorte et un effet de période. Il est possible d’observer à un certain moment une diminution des valeurs postmatérialistes parce qu’il y a des effets de période comme en est l’exemple la crise pétrolière de 1973. C’est un effet qui aurait touché l’ensemble des cohortes. On devrait constater sur cette théorie des effets de période.

Postmatérialisme[edit | edit source]

Dalton, R.J. et H.-D. Klingemann, éds. (2007). The Oxford Handbook of Political Behavior. Oxford: Oxford University Press.

Ce graphique montre le pourcentage de personnes « postmatérialistes » moins le pourcentage de personnes qui ont des valeurs « matérialistes ». Il y a toujours un certain pourcentage de matérialistes, une grande partie de postmatérialistes, mais également une grande partie de « mixtes » qui sont des personnes qui sont à la fois matérialistes et postmatérialistes. De 1970 jusqu’à 2000, ce sont différentes cohortes qui sont des classes d’âges de 10 ans. Des cohortes successives sont de plus en plus matérialistes. On voit que les différentes cohortes sont de plus en plus matérialistes et quel degré de valeur matérialiste et que les cohortes gardent les valeurs qu’ils ont développés à l’âge de l’adolescent. Ensuite, lorsqu’on remplace les cohortes, les matérialistes disparaissent remplacés par les postmatérialistes. Dans ces théories, si on avait constaté une continuation du développement économique et de l’État social après 1973, on aurait peut être continué dans le remplacement des nouvelles cohortes. Ce n’est pas le cas parce qu’il y a les effets de période. On voit à la fois l’effet de cohorte et l’effet de période. On peut détecter des effets de cohorte, mais aussi des effets de périodes en comparant les colonnes et les lignes.

Une critique de la théorie de Inglehart serait relative au fait de dire que ce sont les cohortes nées après la Deuxième guerre mondiale qui auraient développées des valeurs postmatérialistes parce qu’il y avait déjà des cohortes postmatérialistes qui se sont développées avant cette phase. Il y a peut être un développement préalable expliquant ce qui a fait changer le système de valeurs. Ce qui reste important est l’idée de remplacement des cohortes qui explique le changement social et culturel. Ce graphique est une illustration de l’idée micro – macro renvoyant au schéma de Kolman, c’est-à-dire que pour expliquer un phénomène macrosociologique, il faut passer par des mesures au niveau microsociologique, à savoir au niveau des valeurs des personnes. Afin d’expliquer le lien entre deux facteurs au niveau macro, il faut passer par des valeurs au niveau microsociologique. Cela renvoie à l’individualisme méthodologique.

Dalton, R.J. et H.-D. Klingemann, éds. (2007). The Oxford Handbook of Political Behavior. Oxford: Oxford University Press.

Ce graphique montre le niveau de postmatérialisme à travers des données agrégées pour différents pays. Ce changement de valeurs matérialistes à des valeurs postmatérialistes est quelque chose qui affecte toutes les sociétés européennes. Beaucoup de travaux ont cherchés à montrer que ce changement a eu lieu surtout dans les sociétés du nord de l’Europe et moins dans les sociétés du sud aussi parce que dans certaines sociétés du sud de l’Europe le clivage religieux et plus important agissant comme frein. L’imbrication des différents clivages et orientations de valeurs est aussi important.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]