Actions

Frontières

From Baripedia


Qu’est-ce qu’une frontière ?[edit | edit source]

La Grande Muraille de Chine.

La vision « classique » de la frontière est celle d’une démarcation de l’État nation. Malcom Anderson définit la frontière comme étant liée au territoire et à la formation de l’État, aux limites physiques des autorités politiques et juridiques. La frontière peut être comprise comme les limites de l’État en tant que démarcation physique qui est une délimitation entre différentes autorités.

Lorsqu’on s’interroge sur ce qu’est une frontière, on se demande ce qu’on étudie quand on s’intéresse aux frontières. On s’intéresse à la question de l’autorité et de ses limites. Définir une frontière est une capacité donnée à une entité qui a le pouvoir de le faire qui est une autorité. L’État a un rôle central dans la délimitation des frontières qui suggère une autorité et de la légitimité.

Frontières et Relations internationales[edit | edit source]

Dans la discipline des relations internationales, traditionnellement, en Europe, les frontières ont principalement été perçues en termes militaires autour de la défense du territoire et de l’invasion. C’est une perspective en phase avec l’approche réaliste à comprendre dans son sens large avec des auteurs comme Gilpin, Waltz ou encore Mearscheimer.

Pour les réalistes, la frontière est un lieu militaire. Lorsqu’on parle frontière, on parle de territoire qui est lié à la poursuite des intérêts nationaux dans un contexte international anarchique où les États ont des intérêts qu’ils cherchent à maximiser. Les menaces sont militaires et à l’extérieur du territoire. Les frontières deviennent un lieu stratégique à défendre ou à percer.
La frontière à une fonction de dissuasion contre une attaque militaire. La Suisse a pendant longtemps investi dans la défense de ses frontières pour dissuader d’attaquer ses frontières militaires et s’enfermer dans un réduit national. Il est important que la conception militaire de la frontière à encore dominé jusqu’à récemment dans la perception de ce qu’est une frontière.

Pour Charles Tilly, la focale militaire est liée au long processus de formation de l’État moderne comme machine de guerre. C’est l’idée que l’État est une machine de guerre, sur plusieurs siècles, l’État moderne s’est construit sur la pratique de la guerre qui avait une valeur transformative. L’idée de frontière est clairement définie autour d’une affinité avec la conception militaire.

Depuis un certain temps, on commence à observer que les frontières sont de moins en moins un enjeu militaire. Il y a une diminution des conflits interétatiques qui est l’une des conséquences de la fin de la bipolarité. Apparaissent des enjeux transnationaux qui prennent une importance croissance du point de la vue de globalisation de plus en plus perméable entre eux puisque la globalisation est vue comme une série de flux qui traversent la frontière. Depuis le 11 septembre, on observe une remise en question de la division du travail interne – externe comme, par exemple, entre la police et les militaires.

Barrière États-Unis-Mexique à Tijuana.

Autant, il y avait une conception réaliste, désormais il y a une conception globaliste qui interroge sur la pertinence des frontières et de leur érosion. On retrouve des auteurs autour de la théorie de la globalisation comme Manuel Castells autour de la société en réseau et une convergence d’intérêts avec une approche libérale avec l’importance de la notion de commerce. Ces approches ont en commun de dire que les frontières sont en train de s’éroder. Il y a un retour de l’approche mondialiste qui fait perdre en pertinence l’État le vidant de sa substance.

Il y a d’autres approches notamment celle de Casttells pour qui les frontières ne sont plus des lignes, mais des points de transactions dans ses réseaux qui sont un dépassement de la pensée entre des lignes vers la pensée en réseau. Dans cette approche, les frontières sont désuètes. Omahe parle de monde sans frontières qui est de dire que dans un monde de flux, les frontières s’effacent parce qu’elles ont en tant que telle d’empêcher les flux de circuler.

Des thèses plus libérales remettent en question l’approche militaire de la frontière avec Rosencrance qui développe l’idée d’État marchand qui est qu’au fur et à mesure que le commerce devient important dans nos sociétés militarisées, les frontières empêchent le commerce de se développer d’autant plus que dans le concept de paix démocratique, le commerce est une condition pour arriver à une paix entre les États et entre les peuples et que les logiques commerciales dépassent les logiques militaires. Roseau qualifie ce processus de « debordering ». Depuis les années 1970, on observe ces flux internationaux comme une remise en question des logiques de flux traditionnels telles que les réalistes les perçoivent comme Keohane et Nye qui parlent d’interdépendances complexes. Il y a une remise en question « globaliste » de la définition militaire de la frontière. L’État perd de son importance et de son autorité face à de nouveaux acteurs et flux transnationaux. L’érosion de l’État est un peu sur quoi on tombe à chaque fois disant que l’État n’est pas suffisant pour gérer les affaires mondiales à un niveau supranational.

Souvent, lorsque l’on parle du 11 septembre, on parle d’un retour de l’État notamment dans le domaine de la sécurité. On voit ici un peu une remise en question partielle de cette perspective globaliste. Mais, il y a une importance croissante des flux économiques transnationaux et la diminution de la menace militaire n’équivaut pas forcément à des pratiques étatiques moins interventionnistes dans le domaine de la sécurité aux frontières. Les approches globalistes et réalistes sont dos à dos. Pour les réalistes, les frontières sont des lieux militaires comme avec l’ouvrage Back to the future de Mearsheimer. C’est une lecture ahistorique des relations internationales avec l’idée que la frontière va rester le lieu où des affaires militaires se jouent. Au contraire, pour les globalistes, les frontières sont dominées par des flux où les compétences des États sont en train de s’éroder. Dans la réalité ni l’un ni l’autre ne se passe.

En fin de compte, ces deux approches négligent peut-être une troisième dimension de la dimension de la frontière. Chacun est bloqué dans une certaine conception avec les réalistes bloqués dans une dimension militaire et les globalistes dans une dimension économique. Mais, de tout temps, la frontière a été un lieu de police que les anglais qualifient de « policing ». La notion de « policing » qui est une fonction de l’État qui a toujours existé est la capacité de dire qui est désirable ou indésirable sur son territoire. C’est une question d’autorité et de légitimité de l’État qui n’a pas disparu aujourd’hui.

Le « policing » des frontières[edit | edit source]

Dans Redrawing the Line. Borders and Security in the Twenty-first Century[9], Peter Andreas stipule qu’on a tendance à oublier que les logiques autour d’une frontière ont toujours impliqué des formes de contrôle touchant à la territorialité.

Ri2 policing frontières.png

Chaque type de frontière à différentes fonctions, formes et trajectoires historiques. Les approches traditionnelles ont tendance à faire référence aux deux premiers types de frontières militaires et économiques. Ces types de frontières ont décliné avec l’accélération de vitesse des échanges et le phénomène de globalisation et un déclin de la frontière militaire avec la quasi-disparition de l’idée d’une menace militaire directe qui est la quasi-disparition de la guerre interétatique et celle l’affirmation la paix démocratique. Du moment que ces fonctions perdent de l’importance, c’est la troisième fonction qui reprend de la l’importance qui est celle de la police des frontières qui est la capacité à exclure les indésirables qui sont les acteurs clandestins transnationaux. Ces transformations touchent principalement l’Europe et les États-Unis. Il est important de penser que ces notions ont toujours coexisté pour ne pas essentialiser la frontière comme étant quelque chose de militaire dans le sens où la frontière était hermétique avant. Les frontières n’ont jamais été hermétiques. C’est l’idée qu’on met l’accent sur un type de gestion de la frontière qui est celui de « policing ». L’objectif de la gestion policière des frontières est d’empêcher l’accès au territoire à des éléments indésirables comme dans le cas des clandestine transnational actors qui sont des criminels, immigrés clandestins ou encore des terroristes. Le rôle de l’État est de dire qui a légitimement accès au territoire de l’État.

Si on quitte les deux approches dont l’enjeu est de faire correspondre une réalité avec un cadre préconçu avec les globalistes qui disent que les frontières sont dans un phénomène qui va dans l’érosion de l’État, on se rend compte que l’État en question, si l’accent est autant mis sur le policing, il se retrouve au carrefour entre les deux logiques mises en avant par les réalistes et les globalistes. La frontière reste un lieu dangereux du point de vue de l’État qu’il faut garder contre les menaces, mais d’un autre côté, l’État a besoin de faciliter des flux économiques et la circulation de certaines personnes. L’enjeu est de gérer ces deux problématiques. Le rôle de l‘État aujourd’hui est une capacité de conjuguer les effets de la globalisation en termes d’importance de flux, mais en même temps de gérer des menaces. La modalité de policing devient un mode de contrôle du territoire.

Les frontières ne sont donc ni en train de s’éroder, ni n’évoluent pas, mais sont en train de se réarticuler autour de l’exclusion territoriale des indésirables tout en assurant un accès facilité à ceux qui ont le droit de circuler librement. La question est de savoir comment gérer la frontière dans un contexte globalisé du moment où la globalisation à une part qui est sombre. Du moment où les flux permettent la croissance, cela est une bonne chose, mais des personnes mal intentionnées peuvent aussi bénéficier de ces flux. La priorité du contrôle aux frontières est désormais centrée sur l’exclusion des indésirables dans un contexte de globalisation de l’insécurité. Toute une part des enjeux de la globalisation sont liés à la sécurité avec la question de savoir comment garantir la prérogative de protéger ses citoyens dans un monde où il y a un impératif de mobilité. L’enjeu est de savoir quel dispositif à mettre en place pour concilier les impératifs de sécurité et des flux de la globalisation.

Territorialité, autorité et sécurité[edit | edit source]

L’importance de la territorialité persiste. L’État garde avant tout l’autorité de pouvoir déterminer qui a et qui 
n’a pas accès au territoire. Les frontières restent tangibles pour beaucoup notamment pour les migrants clandestins. Une des transformations de la frontière et le contrôle de la frontière à distance comme avec la nécessité d’obtenir un visa avant de voyager. Le contrôle de la frontière a été externalisé que ça soit à la frontière ou dans le reste du monde. L’État garde l’autorité de pouvoir définir de ce qu’est la frontière.

La frontière n’a pas seulement une fonction de dissuasion puisqu’elle permet l’exercice de l’autorité de l’État, car c’est à la frontière qu’est décidé de qui est légitime ou illégitime, qui est de confiance, qui représente un risque, qui peut rentrer, qui est exclu. La frontière est un lieu qui crée de la normalité favorisant les amalgames. Au-delà de la fonction de la dissuasion, il y a un certain nombre de rituels qui affirment l’autorité de l’État tels que vérification des passeports, fouilles au corps, interrogatoires.

Au travers de ces pratiques de sécurité aux frontières, l’État (ré)affirme son autorité. La frontière devient un lieu où se redéfinit l’autorité et ses limites. L’État n’est absolument pas érodé pour ce qui est du contrôle de ses frontières. Au vu des nouvelles pratiques, l’enjeu pour les États est de concilier les aspects « positifs et négatifs » de la globalisation. La frontière est un lieu de plus en plus « policiarisé ». La frontière ne disparaît donc pas, c’est au contraire un lieu central de la détermination des enjeux politiques contemporains qui détermine la réorganisation des frontières. Dans la distinction entre « communautaire » et « extracommunautaire », c’est la définition de catégories du politique.

L’accroissement de l’importance du policing des frontières engendre un certain nombre de conséquences. L’État ne disparaît pas, mais se redéploie dans différentes modalités de l’exercice du contrôle. Sont mis en place de nouveaux dispositifs de surveillance et de contrôle au-delà des frontières de plus en plus sophistiques avec des filtres innovatifs qui mobilisent la technologie dans le sens où certaines formes de technologies sont devenus largement abordables et applicables. Du moment où l’enjeu n’est plus d’avoir une frontière hermétique, mais une frontière égalitaire, le filtre doit être efficace. Cela implique la mise en place de nouveaux dispositifs de contrôle et de surveillance pour déterminer qui est légitime et qui est illégitime. Apparaissent des problèmes d’ordre plus politique et éthique pour déterminer qui est dangereux ou pas à l’avance.

De plus en plus de pratiques d’ordre militaire et policières convergent et remettent en question la division du travail traditionnelle avec la police qui s’occupe de ce qui se passe à l’intérieur de l’État et l’armée ce qui se passe à l’extérieur. Cela rend plus floue la frontière. Il y a une augmentation de la coopération des offices autant policière, que migratoire ou douanière. On peut assister à un épaississement des frontières qui n’est plus une ligne. Par exemple, la politique européenne de voisinage est entretenue entre l’Union européenne et des pays du voisinage avec des pays qui n’ont pas à vocation de devenir membre. La frontière s’épaissit par la mise en place de dispositifs dans des pays de plus en plus large avec l’augmentation des contrôles à distances. Cela relève aussi d’enjeux relevant de la protection de la vie privée. Dans la construction européenne et avec la mise en place de système d’information, il n’y a pas de régime de check and balance. Il y a un danger autour de la vie privée, autour de l’accumulation de données. Pour Bigo, on se retrouve dans une logique où on procède ainsi afin d’assurer la sécurité des uns, mais cette sécurité des uns se fait aux dépens de la sécurité des autres.

Annexes[edit | edit source]

Articles[edit | edit source]

Cours[edit | edit source]

La frontière : un objet fétiche de la géographie politique, des formes et des effets fluctuants

Bibliographie[edit | edit source]

Références[edit | edit source]