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Dominations

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Nous allons approcher deux perspectives à savoir les perspectives genres et les perspectives postcoloniales.

Perspectives genres[edit | edit source]

Domination[edit | edit source]

Il faut faire une distinction entre oppression et domination. Pour Young dans Justice and the Politics of Difference[9], « l'oppression consiste dans des processus institutionnels systématiques empêchant certaines personnes à apprendre et employer des aptitudes [relationnelles, e.g. estime de soi/rapport aux autres; trad. de 'satisfying and expansive skills'] dans des environnements socialement reconnus, ou dans des processus sociaux institutionnalisés entravant la capacité des personnes d’interagir et de communiquer avec les autres ou d'exprimer leurs sentiments et perspectives sur la vie sociale dans des contextes où d'autres peuvent entendre »

L’oppression induit un système où des gens sont exploités. Il y a l’idée d’action directe commise à l’encontre de quelqu’un et qu’on l’empêche d’être ce qu’il veut être. Il ne peut y avoir d’oppression sans forme de domination et même sans oppression.

Pour Young, « la domination consiste dans des conditions institutionnelles qui entravent ou préviennent les personnes de participer dans la détermination de leurs actions ou des conditions de leurs actions. Les personnes vivent dans des structures de domination si d'autres personnes ou groupes peuvent déterminer sans réciprocité les conditions de leurs actions, soit directement ou en vertu des conséquences structurelles de leurs actions. La démocratie sociale et politique pleine (thorough) est l'opposé de la domination ».

Il y a une dimension où les gens ne peuvent se penser différents, on va créer des conditions dans lesquelles les gens se pensent. On est hors de la domination si on peut se produire et se penser sans contrainte. Une hétéronormativité pour les perspectives genres est une forme de domination parce qu’il amène à nous penser dans un système dichotomique où il y aurait une distinction naturelle entre être un homme ou être une femme.

Dans De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation publié en 2009, pour Boltanski, « la domination n'est pas directement observable et échappe en outre, le plus souvent, à la conscience des acteurs. La domination doit être dévoilée. Elle ne parle pas d'elle-même et se dissimule dans des dispositifs dont les formes patentes de pouvoir ne constituent que la dimension la plus superficielle. ... Tout se passe donc comme si les acteurs subissaient la domination qui s'exerce sur eux non seulement à leur insu, mais parfois même en contribuant à son exercice ».

Le but des approches critiques est de mettre en lumière les formes de dominations. Du point de vue l’hétéronormativité se retrouve dans la reproduction de nos pratiques quotidiennes. Les approches coloniales montrent que le colonisé s’est approprié les formes de dominations du colonisateur. Le rapport est compliqué. Lorsqu’on parle de système d’oppression, on est dans une logique qui va dans un sens. Lorsqu’on part de logique de domination, on se rend compte que le dominé et le dominant sont dans une logique symbiotique où ils reproduisent les deux.

féminisme|genre : plus qu'une question nominaliste[edit | edit source]

Le féminisme s'attache au savoir dominé par les hommes, sur la place des femmes en société comme objet du savoir et à leur invisibilité. C’est un naturalisme apparent des relations entre hommes et femmes.

Les études genre s'attachent à la construction sociale des rôles sociaux et à la construction sociale des hiérarchies, mais aussi à la déconstruction des représentations et à la construction sociale des identités (corps, identités collectives). Les études genres s’intéressent à l’idée de masculinité.

Du biologique au social ?[edit | edit source]

Souvent, la question qui est posée à travers cette distinction entre genre et féministe est la distinction entre le biologique et le social. C’est le passage de la naturalité du biologique (sexe) à la construction du social (genre). On part souvent du principe qu’il y a une distinction évidente entre un homme et une femme ayant des conséquences sociales et politiques. C’est une dichotomie assez ancrée dans notre société :

  • naturel – social
  • pré-culturel – culturel
  • pré-discursif — discursif

Le problème mis en avant par les perspectives genres et l’idée de savoir si ceci ne représente pas une dichotomie du monde qui nous entoure. L’enjeu des perspectives genre est de voir s’il y a des fluidités dans le sexe. Butler montre comment on remet en cause la norme d’hétéronormativité lorsqu’on parle de « trans » ou de « drag ». Le travestie est l’idée que n’importe qui peut jouer d’être un homme ou une femme sans être dupe. Par contre, le « drag » est quelqu’un qui remet en cause complètement la distinction faite entre le biologique et le social. C’est un homme ou une femme qui en se transformant remet en cause la norme. Butler remet en cause l’idée du drag parce qu’il y a une fluidité. L’idée est de montrer qu’on a tendance à vivre dans un rapport dichotomique de l’un ou l’autre.

Pour Butler dans Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity, « Le genre ne doit pas être simplement compris comme l'inscription culturelle du sens sur un sexe pré́— existant [...]; le genre doit également désigner le dispositif de production par lequel les sexes eux-mêmes sont établis. Au final, le genre n'est pas à la culture ce que le sexe est à la nature; le genre est également le moyen discursif/culturel par lequel la 'nature sexuée' ou le 'sexe naturel' est produit et établi comme 'pré-discursif', avant la culture, une surface politiquement neutre sur laquelle la culture agit »

L’idée fondamentale de la perspective genre est de montrer qu’il y a toujours une construction d’ordre politique, il y a toujours un rapport hiérarchique et hégémonique qui nous dicte comment doit-on être. Les gens à la marge de la norme le sont toujours rappelés.

(hyper)masculinité[edit | edit source]

Pour Hutchings, dans Cognitive short cuts publié en 2008, la notion de masculinité fait référence à deux choses dans la littérature féministe même si elles sont analytiquement distinctes sont généralement :

  • liés la masculinité en tant qu'essence expliquant ce qu'elle fait : on distingue des liens causaux ou constitutifs entre des qualités liées à la masculinité (agression, rationalité instrumentale, objectivité) et des pratiques dominantes en relations internationales ;
  • la masculinité en tant que pratique afin de déterminer ce qu'elle est : comment la masculinité, en dehors de qualités que l'on pourrait lui attribuer a priori, est un opérateur rhétorique valorisant, dénigrant ou excluant un Autre.

Hétéronormativité[edit | edit source]

Pour Carver dans Sex, gender and heteronormativity: Seeing “Some Like It Hot” as a heterosexual dystopia, l’hétéronormativité est « le pouvoir normatif et normalisant de l'hétérosexualité dans les représentations, la subjectivité, la légalité et la discipline ». C’est l’idée que l’hétéronormativité à des conséquences sur la façon dont on conçoit le monde et le rôle de l’homme et de la femme. C’est la conception que l’homme va essayer de protéger la femme, la femme est aussi un élément déstabilisateur.

Dans Bananas, Beaches and Bases. Making Feminist Sense of International Politics publié en 1989, Enloe dit, « Il est toujours bon de se demander 'Où sont les femmes ?' Répondre à cette question révèle la dépendance de la plupart des systèmes politiques et économiques non seulement aux femmes, mais à certains types de relations entre hommes et femmes ».

Il faut sauver la femme voilée...[edit | edit source]

En 2001, les États-Unis attaquent l’Afghanistan et l’une des justifications est de changer le gouvernement taliban parce que le régime taliban est un régime oppressif des femmes. C’est un processus de justification de l'intervention et de construction de la menace.

La victimisation des femmes et des filles afghanes se fait par leur caractère de victimes passives puisque les talibans imputaient leurs désirs et leurs volontés. L’idée de retirer burqa est de libérer les femmes du mal est un vieux discours notamment colonial. La modernisation est un discours que l’on retrouve dans les discours modélisateur nationaliste. Il y a un processus cohérent avec le discours impérialiste sur les femmes « étrangères ».

Un discours qui a eu lieu au XIXème siècle, ne se retrouve pas forcément dans les mêmes termes, mais dans les mêmes logiques. Pour Shepherd dans Veiled references: Constructions of gender in the Bush administration discourse on the attacks on Afghanistan post-9/11 publié en 2006, « Les femmes à l'étranger [abroad] sont reconnaissables au sein de ce discours comme des variations de ce que Mohanty (1991: 56) appelle la 'femme moyenne du tiers monde' qui 'poursuit une vie essentiellement tronquée en raison de son genre féminin (c'est-à-dire: sexuellement contraint) et de son être 'tiers monde' (c'est-à-dire: ignorante, pauvre, sans éducation, liée aux traditions, domestique, familiale, victimisée, etc.) ».

Une dimension lie la féminité à la sexualité. Le discours est de dire que les femmes dominées ne sont pas les femmes qui se dévoilent pas, mais les femmes qui sont contraintes jour après jour de suivre un certain nombre de normes liées au désir des autres. Ce qui est présenté comme souvent une forme d’émancipation serait liée au désir masculin. Les féministes non-occidentales montrent que l’utilisation du voile intégral est une façon de rejeter cette modification. Souvent le rapport homme – femme doit être lié à des considérations qui vont au-delà du genre. Il ne faut jamais penser ces choses-là en isolation. Souvent, la sexualité est vue comme le critère dans une normativité progressive occidentale comme étant un critère de liberté.

L’autre dimension est que l’on va rendre des objets passifs d’une structure patriarcale et oublier un certain nombre de réalités ou de pratiques sociales dans lesquelles les femmes ont du pouvoir, vont défendre l’éducation ou des savoirs pratiques pas pris en compte dans une vision occidentale. La construction de l‘autre est déjà une forme de représentation de quelqu’un.

Si on réfléchit à une construction de victimisation de la femme, il y a une dimension oppressive et une dimension protectrice. Pour Shepherd, « Les attaques en Afghanistan ont été articulées autour d'un discours genré se centrant sur les notions de protection appropriée et de soin [care] dû aux femmes [...] Ces constructions ont servi deux objectifs. Premièrement, la construction d'une femme-victime a marqué l'ennemi étranger comme un Barbare Irrationnel devant être corrigé par la Figure de l'Autorité. Deuxièmement, à travers la référence à des références acceptées sur le genre, cette construction de l'ennemi a facilité la division conceptuelle entre 'la nation' et ‘l'ennemi' ».

L’intervention en Afghanistan est justifiée parce qu’on redresse un tort. Vladimir Poutine en Crimée peut être analysé comme un redresseur de torts. En Afghanistan, il y a l’idée de redresser un tort en permettant aux femmes de s’émanciper. Lorsque les perspectives « post » pensent en termes de frontière, comprendre la façon dont a été justifié l’attaque en Afghanistan à travers un prisme « genre » permet de voir comment l’autre a été construit, comment l’autre est multiple, mais aussi, une des fonctions de la construction est la constitution de limites sur qui est le soi et qui est l’autre.

Il faut sauver le soldat Lynch...[edit | edit source]

Le soldat Jessica Lynch fut capturée en mars 2003 en Irak. Son convoi de ravitaillement serait tombé en embuscade et elle fut faite prisonnière.

Spike Peterson relate dans Gendered Identities, Ideologies, and Practices in the Context of War and Militarism publié en 2012 que « Bien que les reportages initiaux saluèrent son courage de soldat [soldiering] sous le feu de l'ennemi, ceux-ci furent rapidement noyés par la féminisation de sa situation critique: une femme blanche soumise supposément au viol par des hommes arabes devait être sauvée de façon spectaculaire. L'histoire [story] reproduisait les vertus et la vulnérabilité de la féminité (blanche), la démonisation des hommes irakiens, et les efforts héroïques des forces spéciales U.S. pour la 'sauver' de ces abus présumés ».

La couverture de cette histoire du moment de la capture au moment où elle a été sauvée, il y a une transition importe passant d’un discours actif à un discours de passivité. Très rapidement, on lui enlève ses capacités, on la reconstruit non pas comme un soldat avec des valeurs liées à la masculinité et on la rend comme victime passive. Il y a une forme de représentation où il faut sauver cette femme. Les dimensions d’hypermasculinité sont liées aux forces spéciales américaines. Ce qui est fascinant est de voir à quel point a enlevé à cette femme sa capacité à être quelqu’un, on lui a apposé un narratif qui entre dans une perspective genrée.

Il faut condamner le soldat Lynndie England[edit | edit source]

Il y a un contraste avec Abu Ghraib où des soldates américaines torturent des hommes arabes. D’un côté, le soldat Lynch représente des valeurs positives soit dans son action. Le soldat England a commis des actes atroces, des actes qui au demeurant dans n’importe quel système carcéral sont malheureusement habituel ce qui est intéressant est qu’on a enlevé au soldat England d’avoir sa capacité à avoir une histoire propre, on lui a imposé ce qu’elle n’est pas. On n’a pas essayé de la mettre dans un système de normalité.

Pour Spike Peterson, « Les détails de la vie personnelle d'England (divorce précoce, grossesse hors mariage, histoire d'amour avec un homme accusé de battre son épouse) la construisirent comme une femme 'inconvenante' semblant se complaire à faire des choses 'inconvenantes' [...] l'histoire d'England détourna complètement l'attention de la violence cultivée parmi les militaires au travers de normes hypermasculines–une violence pratiquée non seulement contre des ennemis externes, mais contre tous ceux qui sont féminisés, ce qui inclut les femmes soldats elles-mêmes ».

Le soldat England n’est pas ce qu’elle devrait être, être une femme, elle est hors normes faisant des choix négatifs en faisant le choix de la violence, elle ne fait pas le choix du « care ». On se retrouve dans une institution spécifique qui est celle de l’armée. L’institution militaire est une institution masculine qui reproduit des formes de domination, qui est hypermasculine. Les femmes dans l’institution militaire sont minoritaires et le réceptacle de multiples formes de harcèlement sexuel et de harcèlement plus classique en termes de relation de travail.

Madame est servie...[edit | edit source]

Des milliers d’hommes et de femmes quittent leur milieu familial pour aller à l’étranger ; il faut comprendre l’économie politique derrière ces migrations. Dans The gendering of Philippines international labor migration, Tyner décrit les modèles de migration genrés comme, par exemple, les domestiques des expatriés ou de familles bourgeoises en Europe, au Liban, à Hong Kong ou dans le golfe persique mettant en exergue l’existence d’une économie politique internationale du service.

Comme le souligne Pettman dans Women on the move: globalisation and labour migration from South and Southeast Asian states, la première idée est que travail féminin est représenté comme « bon marché ». L’économie internationale du service est soutenue par des instituts publics et privés révélant une institutionnalisation gouvernementale et privée de ce modèle genré comme aux Philippines.

Ainsi, apparaît une sociologie politique internationale des migrations et pour Tyner, « [...] les motifs et actions de participants non-migrants, comprenant les recruteurs, les employeurs étrangers, et les administrateurs étrangers, sont fondamentaux dans la production de modèles de migration genrés. Se basant sur une multitude de représentations–des gens, des lieux et des occupations–ces individus et institutions commercialisent et recrutent des travailleurs en usant du genre comme principe organisateur ».

Il faut comprendre la façon dont sont interprétés les flux migratoires, pour comprendre la place des femmes dans la société. Ainsi, Pettman dit souligne que « La demande croissante pour le travail des femmes reflète leur commodification comme travail bon marché [...] Rendre le travail bon marché dépend, en partie, des idéologies sur la féminité ».

Le travail des femmes est construit comme temporaire en tant que intermédiaire avant le mariage, de plus il y a la complémentaire au vrai pilier financier de la famille par des transferts d’argent. Pour les femmes il y a l’idée que leur travail n’est qu’un appui à la personne qui va amener l’argent pour nourrir la famille qui est l’homme. On va limiter la fonction des femmes dans l’économie politique en construisant l’idée que les femmes sont naturellement patientes, persévérantes, habiles de leurs mains afin de les disqualifier de certaines fonctions.

Il y a d’autres formes de prédispositions au travail en usines d’assemblage globalisées avec une homologie construit entre la domesticité́ et le travail comme, par exemple, la couture. Ce sont des schémas utilisés à la fois par le recruteur, mais aussi par la façon dont les gens eux-mêmes se perçoivent. C’est créer les conditions de la possibilité. Ce qui est fascinant est que le travail non qualifié peut être qualifié comme travail spécialisé pour un homme.

Pour Pettman, « La commodification du corps des femmes au sein de l'espace multinational et pour le travail multinational dans des usines d'assemblage globalisées n'est pas détachée des circuits transnationaux offrant des corps de femmes à travers les frontières étatiques pour du travail domestique ou sexuel. Dans les deux cas, ce n'est pas seulement les marqueurs de genre qui identifient les corps des femmes pour certains travaux, mais aussi des processus nationalisant et racialisant ces corps genrés [...] »

Bilan[edit | edit source]

Le discours qui produit la féminisation est synonyme de dépolitisation tentant d’identifier certaines catégories. Réfléchir aux genres permet de réfléchir à une économie politique internationale à travers le flux de migrants [invisibles], desquels de plus en plus de femmes font partie. L’économie politique internationale reflète des relations de pouvoir (domination) entre nord/sud, hommes/femmes.

Ces relations de pouvoir ne sont pas limitées à une dichotomie genre, par exemple, les femmes du nord et du sud 'bourgeoises' ou expatriées y participent également. Il faut déconstruire des représentations genrées et souligner leur centralité pour dépasser une conception fondationnaliste du monde et des sujets afin de concilier la performativité avec la possibilité du changement.

Perspectives postcoloniales[edit | edit source]

La postcolonialité est la continuité d’un modèle développementaliste sur le monde. Il y aurait certains niveaux où l’on devrait être et cela est présenté comme naturel ou nécessaire. La pensée postcoloniale est une distinction entre une problématisation et une chronologie. Certains qui vont parler de néocoloniale vont dire qu’il y aurait toujours de pratiques qui persisteraient au-delà du colonialisme. Une problématisation postcoloniale est réfléchir dans une complexité de production et de subjectivité ayant des effets sur le colonisateur.

Entre chronologie et problématisation[edit | edit source]

L’idée de post-colonialisme fait référence à une période historique précise dans le contexte d'États, de régions. Cela sous-entend un marqueur chronologique d’un avant et d’un après. La décolonisation est un vieux processus que l’on peut dater du XIXème siècle notamment avec Haïti allant jusqu’à l’après-Deuxième Guerre mondiale. Désormais, les États seraient plus égaux, mais certains auteurs analysent les anciennes colonies comme étant dans une situation de domination avec une marge interventionniste et de manipulation des anciennes métropoles. Mais dans ce cas on se limite à des relations de pouvoir.

Le post-colonialisme fait référence à une condition est dans The Intimate Enemy. Loss and Recovery of Self under Colonialism, Nandy fait référence à un « état d'esprit » : « le colonialisme est un processus indigène libéré par des forces externes ». Les forces externes sont produites par un phénomène spécifique à savoir le colonialisme qui a pris plusieurs formes. Pendant la modernité, essentiellement au XIXème siècle, né l’idée coloniale avec une réflexion morale, mais aussi religieuse sur l’ordre du monde. Ces processus sont ces forces externes dont parle Nansi, ce sont des courants de pratiques, d’idées et de discours qui ont des effets sur le colonisateur et le colonisé.

Ainsi, les Post-colonialisme regroupe des approches problématisant une condition historique particulière et postcoloniale. Dans Postcolonial Theory. A Critical Introduction, Leela Gandhi parle de « postcoloniality ».

La condition postcoloniale[edit | edit source]

Les approches postcoloniales s’intéressent à la continuité. Il ne s’agit pas comme les approches néocoloniales que les pratiques sont évidemment continues, mais on est dans l’idée qu’il y a une « discontinuité dans la continuité » comme le dit Foucault. On va voir comment des formes, des schémas de pensée permettent d’étudier, d’interroger et de dévoiler la continuité (post-)coloniale. Pour Nandy, « le colonialisme est un processus indigène libéré par des forces externes ». Nandy se pose la question dans quelle mesure l’ordre a été renversé, mais en reproduisant des cadres de penser. Il y a des cadres de pensée qui survivent à la dimension chronologique.

Il y a une dimension de la production de savoir comme, par exemple, l'anthropologie qui né aux Pays-Bas avec la production d’experts qui s’intéressaient aux indes néerlandaises dans un besoin de dominer l’autre. C’est aussi la production de cadre et de termes afin de faire sens d’une réalité différente. L’idée de « tribut » est un concept anthropologique développé afin de faire sens d’une réalité qui ne se reconnaît pas nécessairement dans ce terme. Lorsqu’on parle de reproduction de la continuité est qu’à terme, les colonisés eux-mêmes sont venus à utiliser ces termes afin de faire sens de cette réalité.

Pour Thomas, le sens des autres est une perte d’autonomie. Dans Colonialism's Culture Anthropology, Travel and Government publié en 1994, le savoir colonial est « pris souvent la forme d'une appropriation panoptique et encyclopédique des coutumes, histoires, reliques et statistiques indigènes ».

La production de subjectivité, notamment par les nationalismes, peuvent être des subjectivités coloniales tant chez le colonisateur que chez le colonisé. Dans The Other question..., Homi K. Bhabha reconsiders the stereotype and colonial discourse, Bhabha postule que « pour comprendre la productivité du pouvoir colonial, il est crucial de le construire comme un régime de ‘vérité' ». Il va y avoir des pratiques à travers les personnes qui vont faire remonter les choses dans l’espace colonial.

La relation symbiotique colonisateur-colonisé[edit | edit source]

Il faut penser le colonialisme dans sa complexité. Selon Nandy, il y a deux formes de colonialisme :

  • celui des bandits, des rapaces et du profit : forme d’exploitation qui renvoie aux premières formes de colonialisme ;
  • celui des libéraux, des rationalistes et des modernistes renvoyant à celui de la civilisation : le colonialisme a parfois été pensé de façon positive afin d’amener les gens quelque part étant donné qu’ils ne seraient pas prêts à se gouverner. Par rapport à des populations, il va y avoir des justifications. Il ne faut pas voir le colonialisme simplement.

Pour Nandy, « Ce colonialisme colonise les esprits en plus des corps et il libère des forces au sein des sociétés colonisées pour modifier leurs priorités culturelles une fois pour toutes. Dans le même temps, il aide à généraliser le concept de l'Ouest moderne d'une entité́ géographique et temporelle à une catégorie psychologique. L'Ouest est maintenant partout, au sein de l'Ouest et en dehors; dans les structures et dans les esprits ».

Il y a une dimension que l’on retrouve parfois dans les mouvements d’indépendances, mais aussi dans des mouvements réagissant à certaines situations. Une partie de la pensée postcoloniale montre que cela est une illusion, on ne peut échapper aux modes de pensée qui ont eu un effet depuis des centaines d’années. Le danger est la pensée de l’authentique en revenant à quelque chose qui n’a pas été « corrompu ». La pensée postcoloniale est toujours pertinente parce que nous sommes dans une situation où tout a été changé.

À un moment de l’histoire, l’ouest prend plusieurs formes. Le colonialisme en fait une catégorie universelle. En science sociale, lorsqu’on pense en terme comparatif, les catégories qui viennent en tête comme l’État et la citoyenneté, sont des modes de penser occidentaux présentés comme des modes universaux. Le colonialisme a eu un effet sur comment pensons-nous. C’est une production spécifique qui est devenue dominante dans les pays occidentaux, mais elle a eu un effet sur les manières de penser.

Dans Colonialism's Culture. Anthropology, Travel and Government, Thomas écrit : « Bien que nous soyons généralement sympathiques à la souffrance du colonisé, cette vision fréquemment exagère le pouvoir colonial, diminuant ainsi le degré et l'étendue de la résistance et de l'accommodation indigènes dans la formation des histoires coloniales. Dans de multiples cas ce qui peut apparaître comme l'exercice de l'hégémonie coloniale – l'imposition de la chrétienté par exemple – est en fait mieux compris comme l'appropriation d'institutions introduites, d'objets matériaux ou de discours pour des raisons stratégiques par les peuples colonisés ou par des groupes particuliers en leur sein ».

Lorsqu’on réfléchit au colonialisme, ce n’est pas forcément une imposition, cela peut être une instrumentalisation notamment des élites qui souhaitent améliorer ou prendre le pouvoir. Souvent on a tendance à penser que le colonisateur arrive et que tout se soumet. Romain Bertrand montre que l’historiographie en langue javanaise ne fait mention des Néerlandais qu’à partir du XIXème siècle alors que formellement les Indes néerlandaises n’existent que depuis le XVIIIème siècle.

Comment expliquer une disjonction entre productions de savoir et une réalité ? La naïveté vient du fait que l’on donne trop de puissance à l’un et qu’on rejette la capacité de puissance de l’autre. Les élites javanaises ont utilisé les Néerlandais dans leur recherche de pouvoir.

Dans The Intimate Enemy. Loss and Recovery of Self under Colonialism, Nandy montre qu’il y a aussi des effets sur le colonisateur notamment la production d’une hypermasculinité qui engage une délégitimation des constructions « féminine » dans la sphère publique. Ceci participe d’une construction qui n’est pas nécessairement propre à l’occident.

Le deuxième effet est qu’il y a faux sens d'homogénéité culturelle, c’est-à-dire se croire comme un ensemble homogène. Dans la pensée de Gândhî, l’un des premiers actes fut d’aller vers les classes ouvrières anglaises dont certaines étaient liées à la production de coton pour leur montrer qu’ils font aussi partie de ceux qui sont exploités par le système colonial. Les classes ouvrières britanniques se sont pensée comme faisant partie de cet empire alors qu’elles faisaient partie de ceux exploités par ce système.

Nandy souligne l’omniprésence de l'idéologie coloniale dans des sphères autres que politiques comme la religion et la morale. Dans la morale, on peut montrer des liens très forts sur la manière de concevoir les pauvres. La notion de développement est surtout pensée au niveau domestique et qui a été amené dans les populations coloniales, mais il y a un discours autour de la fonction du développement.

Thucydide souligne le goût du risque des Athéniens, Nandy met en exergue les faux sens d'omnipotence et de permanence. C’est une dimension où il y a un avant et un après et de pensée qu’on est dans le juste.

La persistance des cadres de référence et de compréhension coloniaux[edit | edit source]

La pensée postcoloniale met en avant l’idée persistante des hiérarchies coloniales de valeur et de savoir. Chakrabarty a publié en 2000 Provincializing Europe. Postcolonial Thought and Historical Difference montrant comment dans la pensée historiographique, l’Europe est le centre de tout : « Il semblerait que seule 'Europe' est théoriquement (c'est-à-dire au niveau des catégories fondamentales formant la pensée historique) connaissable; toutes les autres histoires sont des objets de recherche empirique donnant corps au squelette théorique qu'est substantiellement ‘Europe' ».

La plupart des penseurs postcoloniaux remettent en cause très largement la plupart des concepts et des catégories que nous utilisons. Au-delà des modes spécifiques d’exploitation en tant que tel, ou lorsqu’on parle de colonisation des esprits, c’est la façon dont nous pensons et en tant que chercheur, notre pensée est liée au colonialisme.

L’orientalisme[edit | edit source]

esclave.
Peinture orientaliste du XIXe siècle de Dominique Ingres.

L’orientalisme est réfléchir à comment on conçoit l’orient dans le cadre d’un effet miroir. L’orientalisme est une entreprise académique de recherche, une production de savoir, une production d’histoire. L’orientalisme a été un courant de pensée académique, mais aussi un courant littéraire.

Pour Said dans The Orientalism, « L'Orientalisme est un style de pensée basé sur la distinction ontologique et épistémologique faite entre 'l'Orient' et (pour la plupart du temps) ‘l'Occident' […] une institution collective pour s'occuper de l'Orient–s'en occuper en faisant des affirmations, des vues autorisées, des descriptions, des enseignements, des mises en ordre, des règles sur l'Orient: l'Orientalisme, en d'autres termes, est un style Occidental de domination, de restructuration, et d'autorité sur l’Orient ».

L’Orient n’existe pas en elle-même, c’est une production occidentale qui regroupe des réalités diverses, contradictoires, mais aussi en tension et on en parle comme ce qui est à l’Est de nous. Ceci est produit à travers des effets d’experts. C’est penser l’autre, mais aussi amener l’autre à se penser comme on le conçoit.

Pour Said, « [...] l'Orient n'est pas un fait inerte de la nature. Il n'est pas là, tout comme l'Occident lui-même n'est pas juste là également ». Il faut montrer comment il y a une constitution d’imaginaires et de représentations. Dans l’imaginaire, l’oriental est l’irrationnel, le sensuel.

L’Orient est regroupé autour d’un multiple. Toutefois, il ne s'agit pas de nier l'existence d'un ou plutôt d'une multitude de référents à l'Est. La problématisation qui intéresse Said « n'est pas celle de la correspondance entre l'Orientalisme et l'Orient, mais celle de la cohérence interne de l'Orientalisme et de ses idées à propos de l'Orient [...] malgré́ et au-delà̀ d'aucune correspondance avec un 'vrai' Orient ». Ce qui est intéressant est de chercher ce qui est derrière le comportement notamment de certains États ou bien dans le cadre du postcolonialisme comment l’orientalisme a été instrumentalisé. Pour comprendre certaines pratiques, il faut comprendre qu’elles participent d’un certain discours.

Ainsi, Said écrit que « [L'Orientalisme] est plutôt une distribution d'une attention géopolitique dans des textes esthétiques, académiques, économiques, sociologiques, historiques et philologiques; [...]. [L'Orientalisme] est, plus qu'il n'exprime, une certaine volonté́ ou intention de comprendre, dans certains cas de contrôler, manipuler, et même incorporer, ce qui est manifestement diffèrent (ou alternatif et nouveau); il s'agit par-dessus tout d'un discours qui n'est aucunement direct, une relation correspondante avec un pouvoir politique brut, mais plutôt d'un discours qui est produit et existe au travers d'un échange inégal au sein de différents pouvoirs [...] »

Souvent on va créer des catégories pour servir son pouvoir. Le discours de Said part d’une attention bégnine qui est celle de comprendre l’autre en essayant de comprendre leur langue, leur société, leur mode économique. Il ne faut pas tomber dans l’idée d’instrumentalisation de l’autre et de croire qu’un rapport de domination relève d’une instrumentalisation. La domination peut naître d’une volonté de comprendre l’autre et de le connaître. Il n’y a pas d’élément vraiment neutre, c’est l’idée d’une production de savoir. Il y a une inégalité dans la production des savoirs.

La production d’un savoir développementaliste relève d’une production inégale. Les développementaliste se rendent compte qu’ils sont dans un système inégal où ils viennent avec leur savoir. La perspective postcoloniale met en avant une contradiction qui nécessite de comprendre la subjectivité de l‘autre.

Dans une certaine mesure, il y a une contradiction postcoloniale qui met en exergue une tension entre d'un côté des phénomènes, structures, pratiques, discours qui dérivent politiquement et chronologiquement du colonialisme et de l'autre l'obligation culturelle d'être inventif et créatif comme le soutien Gandhi dans Postcolonial Theory. A Critical Introduction. La réflexion postcoloniale s’interroge sur la manière de pouvoir aller au-delà de cette continuité. D’un côté, la production postcoloniale met essentiellement l’accent sur la domination, pourtant, le discours normatif et positif va remettre en cause et aller au-delà des dominations.

Gilroy s’intéresse à l’Atlantique et au rapport avec l’Atlantique, dans The Black Atlantic. Modernity and Double Consciousness, il postule que « quelque soit leur affiliation à la droite, la gauche ou au centre, des groupes sont re-tombés dans l'idée d'un nationalisme culturel, dans celle de conceptions sur-intégrées de la culture présentant les différences ethniques immuables comme une cassure absolue dans les histoires et expériences entre 'blancs' et 'noirs'. Un autre choix est possible, une option plus difficile est possible: la pensée de la créolisation, du métissage, du mestizaje, de l’hybridité ».

Gilroy repense le commerce triangulaire à travers les échanges culturels. Lorsqu’on pense domination, il y a des effets plus émancipateurs qui permettent des façons de se repenser. Dans une certaine mesure, si on reste dans un schéma, on reste dans une critique superficielle. Lorsqu’on produit un soi, on a tendance à ne pas se regarder dans sa propre complexité et ses propres tensions. Le message positif de l’approche postcoloniale est de s’interroger dans quelle mesure on peut produire de l’hybridité. L’enjeu est d’être créatif par rapport à où nous sommes et vers où devons-nous aller.

Bilan[edit | edit source]

La prédominance des cadres de référence est euro-centré. Cette prédominance fait ce que Fabian appelle dans Time and the Other. How Anthropology makes its Object une négation de la coprésence temporelle et une persistance du « pas encore ». Il est important de prendre en compte la positionalité du producteur de savoir. Said parle d’omniprésence du discours Orientaliste dans The Orient qui est une illusion du discours non-politique, car le discours sur l'Orient serait académique, scientifique et impartial. L’analyse postcoloniale est une manière de se penser dans le contexte d’un discours miroir. Il faut faire attention au danger de penser l’authenticité.

Annexes[edit | edit source]

Bibliographie[edit | edit source]

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Références[edit | edit source]