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Ce cours sur la notion de norme va permettre de revenir sur le constructivisme, de discuter d’enjeux fondamentaux et de voir comment en partant de cette approche, il est possible de construire la réalité sociale. Les normes permettent de construire un cadre normatif. Dans International norm dynamics and political change de Finnemore et Sikkink, des normes seraient dans la nature et certaines deviendraient des normes internationales.

Nous allons revenir sur la tradition constructiviste avec diverses articulations d’accord pour dire que le monde social est construit étant le fruit d’interactions, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont la même conception de ce monde. D’après les constructivistes, les interactions relèvent d’un jeu.

Enjeux et concepts clefs[edit | edit source]

Pourquoi étudier les normes ?[edit | edit source]

Si on doit réfléchir à la nécessité de savoir pourquoi il y a un type d’approche prônée, ces approches cherchent à comprendre pourquoi les acteurs agissent dans certaines conditions et ce qui va influencer les États à agir. Une bonne façon d’aborder la théorie des relations internationales et de comment sont organisées ces théories entre elles est qu’il y a souvent un implicite avec des logiques de l’action.

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En 2002 dans Public-Private Partnerships : Effective and Legitimate Tools of International Governance ?, Risse s’interroge sur quelles sont les logiques de l’action par lesquelles nous pouvons expliquer et interpréter les actions des agents. Risse identifie deux logiques d’actions plus une autre qui en découle :

  • logique des conséquences : c’est une logique de type de choix rationnel.
  • logique de l’adéquation : des acteurs ne vont pas nécessairement agir en fonction de leurs intérêts pris de façon conséquentialiste, c’est-à-dire quels sont les intérêts nationaux. La logique de l’adéquation pose que des fois, des acteurs vont agir à « l’encontre de leurs intérêts », car ils agissent en fonction de leur identité. Les préférences de ces acteurs sont le reflet non pas d’un choix rationnel, mais simplement en se disant « je suis tel ou un tel donc ma préférence est celle-ci ». Cette logique permet d’analyser des comportements et des décisions liées à l’identité nationale.
  • logique de l’argument : une fois entré dans la logique des identités, la logique des arguments et de dire que comme nous sommes dans une interaction sociale, ce que fait l’autre va peut être avoir un impact sur qui nous sommes.

Ainsi, il est possible de distinguer des facteurs idéels et des facteurs matériels. Les facteurs matériels sont liés à la matérialité du monde comme la nature humaine, les ressources naturelles, la géographie, les forces de production, mais aussi les forces de destruction. Les facteurs idéels ne sont pas liés aux facteurs matériels, mais à des normes, ce sont des règles, des institutions comme la souveraineté qui est une série de normes et règles devenues l’idée de souveraineté, des identités et des pratiques.

La logique conséquentialiste[edit | edit source]

Les actions des agents sont le reflet d’un choix rationnel parmi une variété de possibilités, cette logique relève donc d’une rationalité instrumentale. Nous sommes dans le domaine de la rationalité, mais le problème est de savoir qu’on entend par « rationalité ». Cette dimension est souvent identifiée par la tradition réaliste et libérale. Il faut comprendre cette idée de choix rationnel par rapport à une multiplicité d’options. Lors de la crise de Cuba, les américains ont une gamme d’options avec des coûts et des conséquences différentes, mais le choix va être fait dans une logique d’un objectif défini par une politique. L’erreur fondamentale des États-Unis en Irak a été l’incapacité de comprendre que le pays ne voulait pas d’une présence américaine et que leurs ressources n’étaient pas en adéquation avec l’ampleur de l’action.

Avec le dilemme du prisonnier ont des dans une rationalité où les agents réfléchissent aux conséquences de leur action vis-à-vis de l’action des autres. C’est la capacité d’agir d’une façon à satisfaire leur intérêt, mais en prenant les actions des autres en compte.

La logique de l’adéquation[edit | edit source]

On ne parle pas d’irrationalité, mais que la façon dont les acteurs agissent peut être nourrie de différentes formes de rationalités. Cela signifie qu’on regarde le monde d’une façon différente que purement instrumentale. Les actions des agents sont le reflet de l’adéquation que les agents perçoivent entre leurs actions et des normes, des identités sociales, des règles. Cette logique relève donc d’une rationalité normative.

Au sortir de la Première guerre mondiale, il y a eu une réaction forte de la part des combattants, des populations et des gouvernements sur l’utilisation des armes chimiques. Il y a une dimension de comment faire la guerre créant une certaine identité de qu’est-ce qu’un État civilisé.

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Pourquoi des États vont respecter des normes de non-utilisation des armes chimiques et biologiques ? Les armes chimiques sont faciles à produire, mais avec une efficacité aléatoire, mais furent peu utilisées dans le cadre de la Deuxième guerre mondiale sur le front de l’Est, c’est parce que ces acteurs ont une certaine identité de qui ils sont.

Si des bombardiers américains attaquent les États-Unis deux logiques d’actions sont en tensions soit il y a aura 20 millions de personnes mortes soit 150 millions. Dans le réalisme classique, pour Morgenthau, lorsqu’on est un agent politique, on va faire de choses mal parce qu’il faut le faire, toutefois il faut choisir la solution qui cause le moins de mal. La solution morale la meilleure est d’éviter le pire, mais de causer du tort.

Qu'est-ce qu'une norme ?[edit | edit source]

Pour Finnemore dans Constructing Norms of International Intervention, une norme est une « attente partagée par une communauté d'agents relative à un comportement adéquat ». Cela explique la modification des intérêts et des préférences de l'État et de son action lorsqu’une explication rationaliste ne le permet pas. Une norme est là parce que même lorsqu’il y a une violation de cette norme, on s’y réfère.

Une préférence est le reflet d’un intérêt qui est le reflet d’une identité. Si on veut comprendre un intérêt, il faut comprendre comment un État se conçoit. L’Inde de Nehru est un État qui veut changer les formes d’oppressions dans le monde c’est pourquoi il a soutenu l’émancipation coloniale.

En filigrane, il y a l’idée de la formation, du maintien et de la transformation des identités collectives partant du principe qu’une identité est toujours le produit d’un rapport à un autre. Les interactions internationales peuvent avoir un effet sur la manière dont on se conçoit en interne.

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D’un point de vue critique, une norme c’est normaliser et créer un standard qui rendra « anormal » ceux qui n’y participent pas. Cela ouvre la question d’à qui profite la norme et de créer une forme de normalité et des critères normatifs. Dans le cadre du Japon dans la guerre russo-japonaise, la normalité était les grandes puissances occidentales qui posaient la norme. Pour être une puissance, il fallait respecter certaines règles et être civilisé.

Il existe différents types de normes :

  • régulatrices : par exemple, l’OMC édite des normes qui régulent les comportements.
  • constitutives : une norme peut donner lieu à l’émergence d’une identité. En Europe, on ne peut penser l’État moderne sans penser à l’idée de souveraineté. On ne peut comprendre l’émergence d’une entité spécifique que si on comprend que certaines normes donnent la possibilité de le faire.
  • évaluatives/prescriptives : que doit-on faire/devrait-on faire ? cela renvoie à une dimension morale et éthique.

Lorsqu’on parle de normes, on parle de choses différentes. Ces trois types de normes sont des contraintes normatives sur le comportement, des formes de légitimation de l’action comme, par exemple, la guerre juste ainsi que des formes d’autorité avec le concept de « bonne gouvernance » relevant d’un développement par certains États qui mettent en place un standard de gouvernance.

La tradition constructiviste en Relations Internationales[edit | edit source]

Une des essences du constructivisme est la dimension intersubjective. Le constructivisme n'est pas rattaché à une tradition de philosophie politique comme le sont les traditions réaliste, libérale ou critique, c’est une perspective ontologie de comment conçoit-on monde et une perspective épistémologique de comment approcher le monde informant la façon par laquelle nous devrions étudier les relations internationales.

Barkin dans son article The Tragedy of Realism: Morality, Power, and IR Theory[9], va justifier le constructivisme par le réalisme, car cela ne signifie pas que le constructivisme n’a pas de positions plus spécifiques par rapport au monde qui nous entoure. Pour Barkin le monde n’est pas réaliste en tant que tel, mais à travers les logiques dont il doit faire face, la résultante va faire que le réalisme permet de comprendre ce monde, mais le constructivisme présuppose de ce qui pourrait être différent.

Le „Leviathan“ – Le symbole de l'État moderne d'après Hobbes, ici d'après une gravure de Gustave Doré (1865) – aux yeux de Schmitt, anéanti par le pluralisme et les puissances indirectes.

Pour Adler qui est l’un des constructivistes les plus influents, dans Seizing the Middle Ground : Constructivism in World Politics[10], il s'agit d'une « théorie sociale sur laquelle se basent les théories constructivistes de la politique internationale – par exemple, sur la guerre, la coopération et la communauté internationale ». Des gens comme Fillemore et Sikking ont une vision libérale du monde.

Dans Anarchy is what States Make of it: The Social Construction of Power Politics[11], Wendt s’interroge sur l'anarchie pour qui la logique de l'anarchie n'est pas une constante, elle est le fruit d'un contexte normatif, lui-même le reflet des pratiques des États. Pour comprendre comment les États conçoivent leurs actions, il faut comprendre que les États sont en interactions.

En rapport avec l’interaction symbolique, Wendt va parler de trois formes archétypiques d'anarchie :

  • anarchie hobbesienne : l’absence de Léviathan va créer une situation de conflit potentiel et on ne peut pas faire confiance aux autres dans ses interactions. L’autre est un danger absolu.
  • anarchie lockéenne : au lieu d’être des ennemis dans les interactions, les acteurs sont des rivaux. On ne va pas simplement chercher à détruire l’autre.
  • anarchie kantienne : c’est une situation où il est difficile de penser que la France et l’Allemagne vont entrer en guerre, mais c’est toujours une situation d’anarchie.

Ces formes archétypiques peuvent coexister au sein du même système international. Pour les constructivistes, le type d’anarchie va dépendre des formes d’interactions entre les États d’autant plus que cette situation est évolutive.

La constitution du sens et de la réalité sociale[edit | edit source]

Pour Guzzini dans A Reconstruction of Constructivism in International Relations, le constructivisme se focalise sur la « construction sociale du sens (y compris de la connaissance), et [sur] la construction de la réalité sociale ». Pour Adler, « Le constructivisme est une perspective pour laquelle la manière par laquelle le monde matériel façonne et est façonné par les actions et interactions humaines dépend des dynamiques normatives et des interprétations épistémiques de ce monde matériel ».

L’aspect le plus fondamental des relations internationales est la nature et la structure de la distribution des idées ou de la connaissance. Les identités, les normes, les règles, les institutions sont les reflets de la nature ou de la structure de cette distribution. Les effets des facteurs matériels sont « secondaires » dans la mesure où ces derniers ne prennent leur signification qu'en fonction des acteurs sociaux.

Les enjeux conceptuels clef[edit | edit source]

Le monde matériel[edit | edit source]

Le monde matériel n'a pas de sens en soi et pour soi, la matérialité donne un sens. En tant qu'objet de connaissance, le monde matériel n'est pas indépendant de nos interprétations et de notre emploi du langage. Ce ne sont pas des perspectives subjectives sur le monde matériel et social. La Russie peut se percevoir comme une grande puissance, mais elle ne peut l’être que si les autres la perçoivent ainsi relevant d’une intersubjectivité.

Il n'y a pas de corrélation parfaite entre les objets de notre connaissance et ces objets « dans la réalité », il y a une médiatisation du langage. Tous les faits sont, in fine, sociaux et tous les faits sociaux résultent des interactions entre acteurs et structures dans leur constitution mutuelle.

Le monde social est la résultante des pratiques et des compréhensions des acteurs et donc le monde social est :

  • dynamique.
  • contingent : production d’une dimension normative.
  • idéel tout autant que matériel.

La construction sociale de la connaissance et la construction de la réalité sociale relèvent d’une importance des normes, des identités et des institutions. Pour comprendre les mécanismes par lesquels certaines structures émergent en relations internationales, le constructivisme est plus adapté avec un attachement à la « science ». Dans Constructing a New Orthodoxy? Wendt’s ‘Social Theory of International Politics’ and the Constructivist Challenge, Kratochwil a fait une critique du constructivisme amenant une nouvelle orthodoxie qui est une sophistication pas nécessairement différente des libéraux et réalistes posant la question d’un stato-centrisme et des relations de pouvoir.

Regards critiques[edit | edit source]

Un certain nombre d’auteurs comme Barnett, Sikkink, Price, Finnemore ont une position centrale dans le milieu universitaire américain. Ils viennent tous de l’université du Minnesota avec le même directeur de thèse, le professeur Raymond Duvall. Ces auteurs ont une vision libérale des relations internationales. Le constructivisme n’est pas un paradigme, mais l’idée que le monde social est construit. Il faut analyser le discours constructiviste.

Rappel[edit | edit source]

L’importance des structures normatives met en exergue que les normes ont une influence sur la manière dont on se comporte et ont un rôle sur les identités dans la constitution des intérêts ainsi que des actions des acteurs. La constitution mutuelle des agents et des structures nous interroge sur où se situe le pouvoir.

La « cycle de vie » des normes[edit | edit source]

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Dans The state and internationals relations, Hobson cherche à montrer comment cette constitution détermine les préférences et les intérêts des États arrivent. C’est une optique un peu naturaliste, les acteurs agissent selon des structures normatives inconscientes qui sont le reflet de ses actions. Les intérêts des États sont les reflets de la dynamique de coconstitution justifie l’idée de l’adéquation, c’est-à-dire que certains éléments et certains faits ne peuvent être interprétés selon la logique de conséquence. Dans certaines circonstances, elle n’est pas suffisante pour comprendre ou expliquer un certain nombre d’éléments.

Avec l’approche constructiviste, on entre dans l’idée de société internationale. Il y a un glissement, on est dans un système où il y a la structure des agents à l’idée où ils forment une société. Un système est une structure avec un système de feedbacks. Ce processus naturel nous amène à la société où il y a quelque chose de qualitatif, mais c’est surtout un lieu d’obligation et de coopération renvoyant à l’idée de hiérarchie.

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Où sont les entrepreneurs de normes ? Comment passe-t-on d’une norme internationale a une norme interne, à quel moment arrive-t-on au « tipping point » ? L’internationalisation est comment une norme adoptée au niveau international arrivant à être internalisé dans le domestique. Une norme internationale pour les constructivistes a aussi une influence sur les pays qui ne sont pas à la source de cette norme.

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Quels sont ces différents acteurs ? En termes d’acteurs, les entrepreneurs de normes sont des acteurs individuels, mais qui peuvent avoir une plateforme, ce n’est pas nécessairement un État qui va être à l’origine de la norme. La logique de cascade est le fait de la capacité à convaincre que cette norme est bonne et d’arriver à la diffuser. L’internalisation est l’institutionnalisation de la norme.

Les motifs sont qu’est-ce qui amène ces différents acteurs à agir vis-à-vis de cette norme. Pour les entrepreneurs de norme il y a l’altruisme, l’empathie et l’engagement idéel c’est un engagement libre est non pas définit par qui et dans quel contexte est produit la norme. Les motifs qui mènent les acteurs à diffuser la norme relèvent de la légitimité, de la réputation et de l’estime, la capacité à diffuser la norme ne relève pas d’une capacité de pouvoir. L’internationalisation est la recherche de la conformité à la norme relevant d’un processus naturel.

Les mécanismes sont de l’ordre de la persuasion. La diffusion relève d’un processus de socialisation, d’institutionnalisation et de démonstration.

Dans international norm dynamics and political change, Finnemore et Sikkink s’interrogent sur ce qui compte dans une norme :

  • légitimation

Dès États qui ont des tensions internes vont peut être adopter des normes internationales pas nécessairement parce qu’ils y adhèrent, mais de façon à créer une légitimité internationale. Adopter une norme internationale renforce la légitimité interne.

  • proéminence

La proéminence est la désirabilité et le succès de certains modèles comme le modèle occidental : « le fait que les normes occidentales sont plus promptes à être diffusée internationalement semble correspondre à cette observation ».

  • caractéristiques intrinsèques de la norme

Certaines caractéristiques intrinsèques des normes font que les gens vont l’adopter.

La norme de non-prolifération des armes nucléaires[edit | edit source]

Dans Nuclear Weapons and the Other in the Western Imagination, Gusterson analyse le discours occidental de non-prolifération :

  1. la possession d’armes nucléaires par les grandes puissances, et le fait que les pays dits du « tiers-monde » n’en possèdent ou ne doivent pas en posséder, est décrit comme normal, naturel et raisonnable ; le contraire est problématique. Le fait que certain on des armements et d’autres pas cela est normal. La norme de non-prolifération ne dit pas que ceux qui possèdent déjà devraient l’abandonner, mais ils ne doivent pas en avoir plus.
  2. la sécurité des puissances nucléaires est présentée comme la sécurité du monde entier. Plus il y a des armes nucléaires plus cela est dangereux, on pense au monde.
  3. le lien entre les manques socio-économiques des pays dits du « tiers-monde », les formes de dominations structurelles entre nord et sud, et l’enjeu de la non-prolifération est effacé !
  4. le monopole nucléaire des grandes puissances est légitimé parce qu’il y a une norme de non-prolifération.
artiste: Hans Lindstrom

Gusterson s’intéresse aussi dans cet article à l’articulation normative de la norme de non-prolifération :

  1. les pays du « tiers-monde » sont trop pauvres : seul les grandes puissances peuvent avoir des armes nucléaires parce qu’ils sont riches.
  2. la dissuasion nucléaire sera instable dans le « tiers-monde » : le jeu de dissuasion nucléaire parce qu’on a besoin d’acteurs rationnel
  3. les régimes du « tiers-monde » ne possèdent pas la maturité technologique pour posséder des armes nucléaires : argumentation de la légitimité.
  4. les régimes du « tiers-monde » ne possèdent pas la maturité politique pour posséder des armes nucléaires.

Selon ce discours orientaliste, l’Iran ne peut posséder l’arme nucléaire et comme l’Iran n’est pas légitime pour cela alors il faut prendre des mesures. C’est un discours de la normalité. C’est un discours de la normalité et des positionnements relatifs.

Le biais libéral et l'absence du politique[edit | edit source]

Il est possible de faire deux constats.

  1. Il y a un biais libéral qui n’est pas donné comme acquis. Il y a une dominance globale des principes libéraux de progrès et de rationalité dans le cadre d’un espace global libéral. Les acteurs libéraux sont situés dans une espace spécifique. Pour Adamson dans Global Liberalism Versus Political Islam: Competing Ideological Frameworks in International Politics, « il s'agit d'un espace peuplé d'individus souverains, égaux et rationnels engagés dans une 'recherche de la vérité' par le truchement de processus argumentatifs et d'interaction discursive plutôt que par la coercion ou la force ».
  2. Il y a une absence de lien entre « agents individuels » comme les entrepreneurs de norme et les « structures idéologiques globales ». Le discours que le constructivisme libéral produit est un discours asociologique. C’est presque un paradoxe. Ils ont des outils socialisants, mais ces structures sont neutres, elles existent dans un monde qui serait générique sans influence. Le rapport entre les structures libérales est les agents nés dans une structure politique. Certaines formes de normalités sont présentées comme la seule possible et non contestable. Pour l’essence du politique est la capacité de contester et dialoguer pour arriver à un bien commun.

Pour Adamson, cette absence de lien « a conduit à une conception plutôt apolitique des 'entrepreneurs de norme' comme étant essentiellement des agents moraux détachés, agissant à travers leur conscience individuelle, plutôt que des acteurs profondément imbriqués dans des configurations idéologiques et géopolitiques globales particulières ».

De la norme à la normalité[edit | edit source]

Dans Naissance de la biopolitique, Foucault dit que « la normalisation disciplinaire consiste à poser d'abord un modèle [...] et l'opération de normalisation disciplinaire consiste à essayer de rendre les gens, les gestes, les actes conformes à ce modèle, le normal étant précisément ce qui est capable de se conformer à cette norme et l'anormal, ce qui n'en est pas capable. En d'autres termes, ce qui est fondamental et premier dans la normalisation disciplinaire, ce n'est pas le normal et l'anormal, c'est la norme ».

L’anormal est quelqu’un qui ne veut pas et n’a pas la capacité à devenir ce qu’on est soit parce qu’il fait preuve de mauvaise volonté soit parce qu’il n’a pas la capacité. Cela interroge sur le sens de certains termes. Dans l’affirmation que la personne sans emploi menace la société, il y a un discours de la sécurité, car la qualité première est d’être un agent producteur, si on ne produit pas on est inutile à la société. Mais il faut s’interroger sur qui a institutionnalisé ce discours.

La dimension normative est que les visions sont des normes produites, mais qui commencent à être diffusées ailleurs. L’enjeu est que certaines choses sont présenté comme étant naturel « allant de soi ».

De la normalité à l'ordre international[edit | edit source]

Didier Fassin a publié en 2010 La raison humanitaire qui présente l’humanitaire comme une vision sociodicée occidentale. Si on regarde l’articulation de l’humanitaire on comprend qu’il y a une sociodicée c’est-à-dire comment l’occident arrive à justifier sa supériorité morale, mais sans que cela soit articulé en tant que tel.

« La raison humanitaire, en instituant l'équivalence des vies et l'équivalence des souffrances, nous permet de croire encore – contre l'évidence quotidienne des réalités auxquelles nous sommes confrontés – à ce concept même d'humanité qui suppose que tous les êtres humains se valent parce qu'ils appartiennent à un monde. Le gouvernement humanitaire a ainsi pour nous ce pouvoir rédimant parce qu'en sauvant des vies, il sauve quelque chose d'une idée de nous-mêmes, et parce qu'en allégeant des souffrances, il allège également le poids de cet ordre mondial inégal. »

La façon de voir le monde amène à un gouvernement qui dans la dimension de Foucault est une « conduite des conduites ». Cet extrait est la transition entre normalité et norme internationale.

L’enjeu pour Fassin est qu’il ne s'agit pas de prendre la raison humanitaire « comme le meilleur des gouvernements possibles ni comme une illusion qui nous abuserait », mais de « rendre plus intelligibles les logiques globales de la raison humanitaire ». La raison humanitaire est un puissant imaginaire social qui donne du sens aux pratiques.

Le point essentiel est que lorsqu’on commence à réfléchir à la sociodicée occidentale et la raison humanitaire on se rend compte qu’elle est reflet d'une « asymétrie politique » :

  • sociologiquement : « Ce n'est pas la condescendance éventuelle de l'aidant qui est en cause, pas plus que la signification de son acte d'aider, ce sont les conditions du rapport social liant les deux parties qui, au-delà de toute intention des agents, font de la compassion un sentiment moral sans réciprocité possible ».
  • politiquement : « il ne s'agit pas de critiquer la compassion pour la posture de supériorité qu'elle impliquerait, mais parce qu'elle suppose toujours une relation d'inégalité ».

La première chose est la hiérarchie des vies qui est présentée comme un choix technique, mais non pas politique. C’est un discours dépolitisé. Il y a aussi une hiérarchisation des acteurs de l'humanitaire, mais aussi une hiérarchie statutaire, contractuelle, financière et politique.

Annexes[edit | edit source]

  • Adamson, F. B. (2005). Global Liberalism Versus Political Islam: Competing Ideological Frameworks in International Politics. Mershon International Studies Review, 7(4), 547–569.
  • Adler, E. (1997). Seizing the Middle Ground: Constructivism in World Politics.European Journal of International Relations, 3(3), 319–363.
  • Fassin, D. (2010). La raison humanitaire. Une histoire morale du temps présent. Paris:Gallimard/Seuil.
  • Foucault, M. (2004). Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France, 1977-1978.Paris: Gallimard/Seuil.
  • Finnemore, M. (1996) National Interests in International Society. Ithaca: Cornell University Press.!
  • Finnemore, M. and Sikkink, K. (1998). International norm dynamics and political change.International Organization, 52(4), 887–917.
  • Gusterson, H. (1999). “Nuclear Weapons and the Other in the Western Imagination.”Cultural Anthropology 14 (1): 111–143.
  • Guzzini, S. (2000). A reconstruction of constructivism in international relations.European Journal of International Relations, 6(2), 147–182.
  • Hobson, J. M. (2000). The State and International Relations. Cambridge: Cambridge University Press.
  • Kratochwil, F. (2000). Constructing a new orthodoxy? Wendt's "Social Theory of International Politics" and the constructivist challenge. Millennium: Journal of International Studies, 29(1), 73–101.
  • Risse, T. (2000). « ’Let’s Argue!’: Communicative Action in World Politics »,International Organization, 54(1): 1-39.
  • Wendt, A. (1999). Social Theory of International Politics. Cambridge: Cambridge University Press.

Références[edit | edit source]

  1. Page de Stephan Davidshofer sur Academia.edu
  2. Page personnelle de Stephan Davidshofer sur le site du Geneva Centre for Security Policy
  3. Compte Twitter de Stephan Davidshofer
  4. Page de Xavier Guillaume sur Academia.edu
  5. Page personnelle de Xavier Guillaume sur le site de l'Université de Édimbourg
  6. Page personnelle de Xavier Guillaume sur le site de Science Po Paris PSIA
  7. Page de Xavier Guillaume sur Academia.edu
  8. Page personnelle de Xavier Guillaume sur le site de l'Université de Groningen
  9. Barkin, J. Samuel. "The Tragedy of Realism: Morality, Power, and IR Theory." International Studies Review 6.3 (2004): 508-09.
  10. Adler, E. "Seizing the Middle Ground:: Constructivism in World Politics." European Journal of International Relations 3.3 (1997): 319-63.
  11. Wendt, Alexander. "Anarchy Is What States Make of It: The Social Construction of Power Politics." International Organization 46.02 (1992): 391.