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Guerre

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C’est une problématique assez large étant un phénomène important à la problématique des relations internationales et de la sécurité. Depuis une trentaine d’années, il y a une remise en question de la guerre en tant que forme de violence politique organisée.

La conception classique de la guerre[edit | edit source]

Carl von Clausewitz

La conception classique de la guerre renvoie à Carl von Clausewitz [1780 - 1832] qui était un officier prussien exerçant pendant les guerres napoléoniennes de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème. Il a publié son ouvrage De la guerre en 1832 restant la référence principale chez les praticiens de la guerre, mais également en sciences politiques et en relations internationales.

La définition de Clausewitz de la guerre est « un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté » comme « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Ces notions représentent le sens commun lorsqu’on parle de la guerre comme une entreprise politique de défense de ses intérêts. C’est une pratique rationnelle et nationale qui se résume à l’utilisation de la violence organisée dans un dessein politique. On est dans un continuum de la politique vers la guerre. La guerre est un moment où on sort du politique afin d’obtenir quelque chose.

Il existe d’autres conceptions telles que juridique, culturelle, eschatologique ou cataclysmique :

  • juridique : une des conceptions de la guerre explique que la guerre est un conflit politique entre deux unités armées. Dans la réalité et la pratique, c’est une définition pas très utile. Des États peuvent se déclarer la guerre sans être en conflit ouvert. Ce n’est pas parce qu’on est juridiquement en guerre qu’on est en état de guerre. Il est possible aussi d’arriver à un état de violence généralisé sans déclarer la guerre.
  • culturelle : la même pratique dans un même contexte peut mener à la guerre. C’est s’intéresser à partir de quel moment certaines pratiques relèvent de la guerre.
  • eschatologique – cataclysmique : par rapport à Clausewitz qui a une vision politique et rationnelle de la guerre, la vision eschatologique est que la guerre a pour vocation de détruire complètement l’humanité comme les deux guerres mondiales avec les guerres totales. Cela peut être par exemple le danger d’une guerre nucléaire.

Aujourd’hui, la conception clausewitzienne domine largement les débats en sciences politiques, relations internationales et philosophie politique. La guerre est aussi une conception liée au processus de construction de l’État.

Dans The Anarchical Society[9] publié en 1977, Bull fait une proposition de définition de la guerre : « organized violence carried on by political units against each other. Violence is not war unless it is carried out in the name of a political unit; what distinguishes killing in war from murder is its vicarious and official character, the symbolic responsibility of the unit whose agent is the killer. Equally, violence carried out in the name of a political unit is not war unless it is directed against another political unit; the violence employed by the state in the execution of criminals or the suppression of pirates does not qualify because it is directed against individuals ».

Bull précise que la violence n’est pas la guerre à moins qu’elle soit menée par une unité politique. Ce qui distingue le meurtre d’une guerre et son caractère officiel relevant d’une situation qui sort de l’ordinaire. La violence menée par une unité politique n’est pas une guerre tant qu’elle n’est pas menée contre une autre unité politique.

Guerre et relations internationales[edit | edit source]

L’idée est d’inscrire la guerre comme un meilleur entendement des enjeux d’une discipline. Dans la discipline des relations internationales, il y a une « division du travail » entre le réalisme libéralisme. La guerre reste un moyen de communication comme un moyen de recherche évident pour ces approches. Le réalisme et le néoréalisme vont s’intéresser à la guerre et le libéralisme va s’intéresse au pendant de la guerre qui est la paix. L’un ne va pas sans l’autre. Ils s’accommodent de cette division du travail en fonction de leurs conceptions de l’homme et du système international.

Les réalistes et néoréalistes[edit | edit source]

Les réalistes s’intéressent à la guerre dans le cadre d’approche anhistorique comme relevant de l’instinct avec des auteurs comme Carr ou encore Morgenthau. Pour les néoréalistes, la cause principale de la guerre n’est pas la nature de l’homme, mais la nature du système international lui-même. Les États sont en compétition pour la puissance, le système international va générer de la guerre comme Kenneth Waltz qui parle de la guerre comme quelque chose d’essentiellement lié au système international étant un équilibre de puissance dans un système anarchiste. Dès lors qu’on atteint un certain ordre d’équilibre, on ne va pas se battre. Pour les réalistes et les néoréalistes, la fin de la guerre n’est pas un objectif en soi. Selon cette logique, la paix ne s’atteint uniquement que par la neutralisation des adversaires. La dissuasion nucléaire été un système efficace pour ne pas être en guerre parce qu’on avait peur d’une assurance de destruction mutuelle qui est la théorie du MAD. L’approche néoréaliste est occidentalo-centré parce que le reste du monde a souffert des guerres « proxy ».

Les approches libérales[edit | edit source]

Il y a un accord avec les réalistes sur le fait que le système international est essentiellement anarchique, mais il y a la croyance qu’à travers la coopération, on peut améliorer le système en développant la coopération entre les différents acteurs du système international. Il y a deux arguments pour arriver à la fin de la guerre :

  • la paix par le commerce : le développement de relations commerciales poussées n’est pas dans l’intérêt puisqu’il y a trop à perdre économiquement. Cet argument a fortement influencé le libéralisme institutionnel comme avec les travaux de Keohane et Dahl.
  • théorie de la paix démocratique : les démocraties ne se font pas la guerre entre elles. C’est une thèse influente en relations internationales. En principe, jamais deux démocraties ne sont jamais entrées en guerre. Cette théorie se réclame de Kant et de son projet de paix perpétuelle largement repris par les tenants de la paix démocratique, mais encore par les auteurs de l’approche du cosmopolitisme comme David Held avec l’idée de démocratiser le monde pour ne plus avoir de guerre.

La conception clausewitzienne reste déterminante pour ce type d’approche où même si on veut transformer la rationalité de la guerre, les États font la guerre pour assouvir des intérêts politiques.

Les transformations de la guerre[edit | edit source]

Une série d’approches remettent en cause le canon de Clausewitz et s’interrogent de savoir si la guerre se transforme et de savoir si elle n’est pas conceptualisable comme en dehors d’une rationalité politique. Depuis maintenant plusieurs décennies, la guerre est avant tout une affaire intra-étatique alors que l’approche classique est que la guerre est interétatique. Depuis les années 1970, l’écrasante majorité des guerres sont des guerres civiles. Il y a une remise en question des pratiques de la guerre qui dépasse le cadre du ad bellum et du jus in bellum avec l’émergence de nouveaux acteurs qui mènent des guerres de guérillas, mais aussi avec de nouveaux acteurs comme les mercenaires.

La conception classique se réclame de Clausewitz qui a une conception avant tout politique de la guerre. La guerre est quelque chose de rationnel se passant entre acteurs politiques qui jouent le même jeu. Au sein de la discipline de l’étude de la guerre, il y a des remises en question de ce paradigme. L’avènement d’un nouvel ordre mondial représente souvent un moment clef dans cette remise en question. À la fin des années 1970, il y a une remise en question de ce paradigme est en particulier de la question de la « trinité qui est l’État, l’armée et le peuple. On va se mettre à parler de nouvelles guerres dans le contexte d’un détachement progressif de la logique politique de la guerre. L’approche des nouvelles guerres défendues avant tout par Eric Holder. Il y a un avènement d’une guerre post-moderne.

Guerre, technologie et sécurité[edit | edit source]

La technologie a un impact sur la façon de mener la guerre et de la conception de la sécurité. Le constat est que même si les démocraties ne se font plus la guerre entre elles, elles continuent de la faire ailleurs. Du moment que l’on part de ce constat, il est intéressant de s’interroger sur comment la guerre en occident s’est transformée ou pas ces dernières années.

La guerre postmoderne est ce qu’on qualifie de Western Way of War avec une révolution dans les affaires militaires [RAM] avec une le concept de « guerre zéro mort ». Dans cette remise en question survient l’idée de guerre comme spectacle sportif avec une virtualisation de la guerre et la création d’un discours techno-stratégique avec des effets concrets sur l’organisation de la violence politique dans le monde d’aujourd’hui. Ces différentes approches et différentes idées remettent en question la guerre comme étant avant tout un phénomène politique. La question est de savoir si nous avons affaire à une évolution ou à une révolution avec la guerre qui a changée de nature. Colin Gray a publié en 1999 un article provocateur intitulé Clausewitz rules, OK? The future is past-with GPS[10] qui postule que la guerre n’a pas changée faisant des guerres pour les mêmes raisons.

Pour les autres, on est dans une transformation fondamentale dans la manière de faire la guerre à cause d’un certain développement technologique dans le cadre de la révolution de l’information transformant la façon de mener la guerre et même la rationalité des acteurs dans la façon de mener la guerre.

Le Western Way of War est le fait d’avoir une transformation avec le passage d’une armée de conscription à une armée professionnelle donc avec beaucoup moins de soldat. Le modèle patriotique de faire la guerre est abandonné. L’autre aspect consiste à dire que la guerre s’appuie de plus en plus sur la technologie. D’autre part, on est face à des populations de moins en moins prêtes à accepter les coûts d’une guerre est d’élargir le risque.

Predator launching a Hellfire missile

La technologie a un impact à travers l’idée de la révolution des affaires militaires. C’est un terme développé avant tout par les militaires eux-mêmes et particulièrement par des militaires américains à la fin de la Guerre froide avec l’idée d’utiliser une logistique civile et militaire pour contrôler le terrain et limiter les pertes humaines. C’est par exemple l’utilisation des drones qui permettent de mener la guerre en préservant la vie d’un pilote. Ce sont aussi les munitions intelligentes, les technologies furtives, les armes électromagnétiques ou encore les GPS. La guerre pour être gagnée doit fonctionner avec des réseaux d’informations dans lesquels les informations circulent extrêmement rapidement afin d’échanger des informations de façon instantanée, c’est le Network centric warfare afin de gagner en efficacité.

Colin McInnes se pose la question de savoir si la guerre est-elle devenue un spectacle sportif. Du moment où l’enjeu de la guerre n’est plus la survie, il est beaucoup plus compliqué de devoir mener une guerre. Surtout, cela veut dire que du moment que les populations qui sont détachées de la guerre, l’idée est que comme un supporter, on sympathise, mais on ne souffre pas, on a de l’empathie, mais on ne l’expérimente pas. Cela dématérialise la guerre soulevant la question de l’absence de réalité de la guerre.

Le lien entre le citoyen et l’action militaire est désormais virtuel dans les pays occidentaux se démarquant d’une conception plus traditionnelle de la guerre. Du moment où s’est imposée l’idée de « guerre zéro mort », la guerre se virtualise de plus en plus du point de vue occidental. C’est une approche beaucoup plus postmoderne des relations internationales. C’est une approche critique.

Depuis une vingtaine d’années, James Der Darian postule que ces nouvelles guerres créent de nouvelles réalités non pas seulement pour les populations, mais pour les opérateurs eux-mêmes pouvant transformer le rapport à la mort. La Première Guerre où on a commencé à en parler était autour de la Guerre du golf en 1991. Le décalage entre la réalité sur le terrain et le fait que les pays qui ont envoyé ces troupes n’ont pas conscience de ce qui se passe dû au « brouillard de guerre » peut changer le rapport que l’on a à la guerre. En 1991, Jean Baudrillard a écrit que la Guerre du golf n’a pas eu lieu, l’idée étant de montrer le décalage dans la perception.

Du moment qu’on entre dans cette logique virtuelle, on est face à plusieurs conséquences :

  • on est dans une logique de simulation : on va être moins prêt à gérer de l’imprévu ou quelque chose qui sort de ce scénario. La simulation déshumanise la guerre puisqu’elle décide de ce qui va se passer.
  • il devient beaucoup plus facile de tuer : la virtualisation à une tendance à déshumaniser la logique de duel. Même s’il y a de la violence, il y a l’idée qu’on est dans une forme de contrat. Avec la virtualisation, le risque de la mort est disproportionné.

C’est la mise en place d’un discours techno-stratégique mettant l’accent sur le fait que la technologie est la meilleure façon de mener la guerre en ayant le moins de perte possible. Il y a une véritable fascination pour la technologie à travers l’esthétisation avec une banalisation de la violence. Une franche féministe des relations internationales avec des auteurs comme Cohn, a produit des études sur le rapport genré à la violence lié à la technologie. Ces féministes iront même jusqu’à critiquer Der Darian montrant comment ces auteurs contribuent à la fascination de ces analyses, en d’autres termes que la fascination pour la technologie au travers une esthétisation banalise la violence. La technologie est utilisée de plus en plus dans la manière occidentale de faire la guerre, de plus, la guerre est de plus en plus distanciée du terrain à travers la virtualisation déshumanisation la guerre et remettant en question l’approche classique de la guerre.

La fin de la guerre ?[edit | edit source]

Foucault propose une inversion de la maxime de Clausewitz proposant que la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens[11]. Selon cette logique, va s’établir dans les pratiques de la guerre une connexion entre la logique de sécurité et la logique de surveillance. Afin de mener la guerre contre le terrorisme, les populations vont être surveillées de plus en plus. Frédéric Gros pousse l’idée foucaldienne encore plus loin partant du principe que plutôt que de penser comment la guerre se transforme, n’assisterions-nous pas plutôt à la fin de la guerre puisque la guerre fonctionnait jusqu’alors dans un cadre que l’on reconnaissait. Du moment où ces logiques sont brisées, nous ne sommes plus dans une logique de guerre ou de paix, mais dans un état de violence.

La nouvelle distribution de la violence ne se réfléchit plus en fonction de la guerre et de la paix, mais en fonction de l’intervention et de la sécurité. Dans un monde globalisé, ce qui est important est que les flux circulent, les distances se sont rétrécies, les marchandises, les capitaux et les personnes doivent circuler librement. Cependant, la mondialisation a une face obscure avec ceux qui peuvent circuler librement et ceux qui la remettent en danger. L’enjeu aujourd’hui est la régulation de la globalisation. Il va y avoir des interventions afin d’augmenter la sécurité de la communauté des vivants afin de permettre une circulation plus efficace des différents flux qui constituent la globalisation et que les flux qui menacent sont les personnes en dehors de ce système. La guerre est une rupture, l’intervention est un retour à la normale.

Annexes[edit | edit source]

Cours[edit | edit source]

Bibliographie[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Page de Stephan Davidshofer sur Academia.edu
  2. Page personnelle de Stephan Davidshofer sur le site du Geneva Centre for Security Policy
  3. Compte Twitter de Stephan Davidshofer
  4. Page de Xavier Guillaume sur Academia.edu
  5. Page personnelle de Xavier Guillaume sur le site de l'Université de Édimbourg
  6. Page personnelle de Xavier Guillaume sur le site de Science Po Paris PSIA
  7. Page de Xavier Guillaume sur Academia.edu
  8. Page personnelle de Xavier Guillaume sur le site de l'Université de Groningen
  9. Bull, Hedley. The Anarchical Society: A Study of Order in World Politics. New York: Columbia UP, 1977.
  10. Gray, Colin. "Clausewitz Rules, OK? The Future Is the Past—with GPS." Review of International Studies 25.5 (1999): 161-82.
  11. Entretien avec Lévy, B.-H. L’imprévu, n° 1, 27 janvier, p. 16. Correspondance Dits et Ecrits : tome II, texte n° 148.