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Altérité

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La question de l’altérité est la question de l’autre. La constitution des possibles est lorsqu’on réfléchit à des questions sur l’altérité, on réfléchit à comment peut-on rendre possible certaines actions. La façon dont on va représenter quelqu’un va définir la façon d’interagir. Comment dans les relations internationales, dans la discipline, on peut avoir différentes perspectives sur ce que signifie l’identité. Nous allons chercher à comprendre la valeur ajoutée des analyses dites « post ». La question de l’action est liée à la question de la représentation de ce qu’on peut qualifier ici de « limite ». Nous allons voir comment la production des limites est liée à la question de l’identité ouvrant deux perspectives qui sont la dimension de la politique et la dimension de l’éthique.

Constitution des possibles[edit | edit source]

Identités et Relations Internationales (constructivisme)[edit | edit source]

L’identité est un thème qui est vaste notamment traité par Brubaker et Cooper dans leur article Beyond identity[9]. Il faut se concentrer sur comment, dans la discipline des relations internationales, on a été mené à réfléchir à cette question.

On peut distinguer deux types d’identités qui se réfèrent à deux catégories spatiales centrales en relations internationales qui sont l’identité corporée et l’identité sociale. Ce sont des concepts spatiaux reproduisant la vision qu’il y a un intérieur et un extérieur. Avec l’identité nationale, il y a quelque chose d’intérieur qui permet de définir une nationalité. Un des éléments clef est qu’il y a une tendance à réifier quelque chose, c’est-à-dire que lorsqu’on parle de quelque chose on crée un objet. Il peut y avoir plusieurs considérations pour définir l’identité nationale.

Comme l’a montré Walker dans Inside/Outside: International Relations as Political Theory en 1993, il y a une certaine reproduction de ce qu’est l’État et l’établissement d’un espace international de relations entre États qui sont des structures auto-organisées définissant une entité comme distincte. Lorsqu’on pense les relations internationales, l’État devient l’unité de convention qui est une certaine limite qui définit un intérieur et un extérieur. Toutefois, il y a des procédures qui définissent l’État en dehors des frontières. Ainsi, on objectifie les États comme les unités conventionnelles d’un lieu.

Pour Wendt dans Social Theory of International Politics, l’identité corporée sont les significations qu’un acteur s’attribue par rapport à un autre. En termes de relations internationales, on ne va pas s’intéresser à la façon dont l’identité nationale est venue à devenir ce qu’elle est. Surtout, c’est affirmer qu’il n’y a pas d’influence externe sur ce qu’est l’identité nationale. Regarder l’identité de façon présociale est la protéger de toute influence interne ou externe. Les perspectives « post » sont là pour éclater cette idée.

Lorsqu’on parle d’identité sociale, pour Wendt dans Collective Identity Formation and the International State, ce sont les significations qu’un acteur s’attribue par rapport à un autre. C’est le type d’interaction, c’est-à-dire le rapport qu’on a vis-à-vis d’un autre comme se penser en termes de grande puissance en termes de relations sociales, cela est juste une identité que l’on va donner à laquelle un autre va répondre ou pas et cela constitué socialement à travers des interactions.

Conceptions présociale[edit | edit source]

Ri2 Conceptions présociale.png

Si on prend l’exemple de la paix démocratique, les démocraties ne se font pas la guerre entre elles, mais cela ne veut pas dire que les démocraties sont plus pacifistes. Parce que les démocraties ont une identité spécifique, alors la conséquence est que les types de relations qu’elles vont avoir vis-à-vis de l’autre est pacifique. La limite est forte et les interactions s’arrêtent à la limite de l’autre identité. On se base sur l’idée de qualité intrinsèque propre à un État. Les interactions n’ont pas d’influence dans la vision présociale.

Conception « sociale »[edit | edit source]

Ri2 Conceptions sociale.png

Avec le modèle constructiviste, on se retrouve un peu dans la même configuration ou l’identité corporée est protégée de ce qui se passe à l’extérieur, mais on se rend compte qu’il y a une certaine temporalité. Plus il va y avoir des types d’interactions, plus elles vont avoir une certaine forme, plus on va changer le rapport qu’on a avec un autre.

Si on part d’une première interaction où les identités sont ennemies, en situation d’anarchie le moment t0 est l’État de nature. Il y a un certain nombre d’interactions qui vont faire évoluer l’identité sociale faisant passer la situation à une situation de rivalité. Après une autre série d’interactions émerge une troisième situation qui peut être ami.

L’interaction sociale est les conditions de la possibilité d’action. L’évolution à travers le temps se fait à travers l’identité sociale. On peut faire deux grosses critiques par rapport à cette vision des choses menant à la production de l’altérité non seulement pour comprendre cette production en tant que telle, mais aussi comment cela peut nous amener à comprendre ce type d’action.

Il y a l’idée d’un temps t0. Souvent on prend comme exemple la découverte des Amériques qui va mettre en interaction les européens et les amérindiens. Ce temps t0 est possible parce qu’on part du principe que l’identité corporée est fixe. Des études montrent que les espagnols avaient une représentation de l’altérité les menant à agir basé sur la manière dont les espagnols ont représenté les juifs et les musulmans pendant reconquête de la péninsule ibérique. On protège l’idée que l’identité nationale serait une donnée. On se rend compte que cette idée est difficile à maintenir empiriquement, quelque chose d’autre se passe.

Westphalian deferral[edit | edit source]

Il y a un processus de représentation de l’altérité qui explique pourquoi nous avons été amenés à agir vis-à-vis de l’interne et vis-à-vis de l’externe.

Dans International Relations and the Problem of Difference, Inayatullah et Blaney définissent le Wesphantlian deferral comme « The bounded political community constructs (and is constructed by) others both within and beyond its boundaries. The other lurks as a perpetual threat in the form of other states, foreign groups, imported goods, and alien ideas, and as difference within, vitiating the presumed but rarely, if ever, achieved ‘sameness.’ Internal others are managed or governed by some combination of hierarchy, eradication by assimilation or expulsion, and tolerance. External others are left to suffer or prosper according to their own means, interdicted at border crossings, balanced and deterred, or, in appropriate cases, subjected to coercion or conquest. »

On change de perspective partant du principe qu’il y a quelque chose qui se passe à l’intérieur des États. Afin de comprendre l’identité corporée, il faut comprendre des phénomènes qui se passent à l’intérieur. Pour comprendre la constitution d’une identité interne, il faut comprendre la constitution du principe d’altérité.

Afin de pouvoir produire un État, l’idée naturelle que l’État est quelque chose de protégé de l’extérieur va être éteinte et on va se concentrer sur la production des menaces qui viennent de l’extérieur. On va toujours parler de l’intérieur comme étant homogène. On va partir du principe que ce qui se passe à l’intérieur est du domaine du même. L’altérité se passe en dehors, c’est le rapport avec ceux en dehors ne reconnaissant pas la production du soi à l’interne, mais surtout c’est de limiter le rapport à l’autre externe. C’est aussi le fait qu’on part du principe que le rapport à l'autre ne peut pas avoir un effet sur nous.

Il y a aussi l’idée de créer des hiérarchies. C’est la situation où ce qui se fait dans les relations internationales se situe à l’extérieur. C’est pour montrer à quel point les approches qui permettent d’aborder les relations internationales amènent à voir certains phénomènes comme étant liés aux relations internationales.

Au-delà du modèle constructiviste[edit | edit source]

Ri2 Au-delà du modèle constructiviste.png

La frontière entre l’interne et l’externe est maintenant poreuse, les phénomènes d’interaction qui se limitaient à la production des identités sociales va maintenir se dire qu’il faudrait peut être comprendre les effets à l’intérieur des États, mais surtout il faut comprendre qu’à l’intérieur de ces identités, il y des processus auxquels il faut prêter attention. C’est un modèle complexe qui dit que pour comprendre ces idées corporées, il faut comprendre à la fois comment ces articulations se positionnent ou sont en articulations avec des phénomènes extérieurs à elle.

On se rend compte qu’à travers le temps, il va y avoir une identité corporée qui va évoluer. Ce n’est pas seulement un lien temporel, il peut y avoir plusieurs articulations de plusieurs identités. C’est une réflexion où on essaye d’ouvrir la boite de pandore des relations internationales qui est la distinction entre interne et externe.

Il est difficile de rendre compte de la diversité des auteurs constructivistes, mais on peut poser certaines approches de façon euristique pour comprendre quelques positionnements théoriques.

Du constructivisme aux perspectives dites « post »[edit | edit source]

Les constructivistes prennent comme base l’État la plupart du temps partant du principe que l’État est une unité que l’on ne va pas vraiment questionner. Les perspectives « post » s’intéressent à la production de l’interne ce que ne font pas généralement les approches constructivistes. Les constructivistes ne s’intéressent pas à la question du comment, mais à l’identité sociale et à son changement qui se passe dans le cadre de relations internationales. Les perspectives « post » vont s’interroger à comprendre le pourquoi.

C’est ce que John Agnew a appelé la trappe territoriale dans The territorial trap : the geographical assumptions of international relations theory, c’est l’idée que les perspectives « post » vont territorialiser les identités nationales pouvant être des mouvements sociaux, un cas purement interne et domestique. C’est une perspective qui se veut anti-fondationnaliste ne partant pas du principe qu’il y a des entités naturelles fondant les relations internationales. Penser les relations internationales à travers les individus est tout aussi légitime que la penser à travers les États.

C’est la problématisation du non problématique. Des auteurs comme Friedman ne cherchent pas à problématiser. Les relations internationales comme discipline, leur grande force est justement de poser les choses sans vraiment les problématiser. Les perspectives « post » cherchent à comprendre par exemple l’émergence de l’État comme une articulation spécifique, ce que c’est la souveraineté. Souvent on présente ces constats sans y réfléchir.

Il y aussi une réinscription du politique. Par exemple, la normalité est une capacité à donner un sens à la réalité. Avec Doty dans Foreign Policy as Social Construction: a Post-Positivist Analysis of U.S. Counterinsurgency Policy in the Philippines, la performativité est l’idée qu’en disant quelque chose on crée la réalité sociale. Lorsqu’un certain nombre d’acteurs se définissent, ils créent une réalité.

Cox dans Social Forces, States and World Orders: Beyond International Relations Theory a identifié une tension entre problem solving theory et critical theory. Le problem solving prend le monde tel qu’il est cherchant à l’expliquer et à le comprendre. Il n’y a pas l’idée de comprendre pourquoi le monde est devenu tel ou un tel. D’autres approches montrent qu’il est tout aussi fondamental de comprendre comment ce monde est venu à devenir ce qu’il est. C’est aussi penser que le monde peut être différent. Si le monde est le reflet de nos discours et de nos pratiques, le monde peut changer. Dès lors, on entre dans une question éthique. Les perspectives se posent la question de la production de l’autre et des conditions éthiques que cela implique.

La question de la limite[edit | edit source]

En anglais limite se traduit par « border ». La première question est de savoir comment on produit la limite. Souvent la production des limites se produit à travers des discours d’ordre moral ou d’ordre politique. La limite inclut et exclut en même temps. Lorsqu’on inclut et exclu, on crée un ordre social qui articule certaines visions. Par exemple, le westphalian deferral est la création d’un ordre souverain. On va juger d’autres États vis-à-vis de cette dimension. Cela produit aussi des nuances. Les perspectives « post » cherchent à analyser le processus et comment les limites sont articulées afin de comprendre comment certaines actions sont possibles.

Devetak dans Postmodernism soulève plusieurs question comme savoir comment les limites sont-elles constituées, quels statuts moraux et politiques leur sont donnés, comment parvient-elles à simultanément inclure et exclure, comment produisent-elles simultanément l’ordre et la violence? Ces questions ont une force analytique.

Dans Foreign Policy as Social Construction: a Post-Positivist Analysis of U.S. Counterinsurgency Policy in the Philippines s'interroge sur « de quelle manière le sens est produit et rattaché à des sujets/ objets sociaux variés, constituants ainsi des dispositions interprétatives particulières créant ainsi certaines possibilités et en refermant d’autres » en affirmant que « le pouvoir est créateur de ‘modes [particuliers] de subjectivité et de dispositions interprétatives ». En représentant un objet ou autre, d’une certaine manière, on rend possible certaines actions vis-à-vis de cet objet ou de cette personne.

Il est fondamental de comprendre comment on produit le sens, si on dit des choses positives, négatives, comment on hiérarchise. C’est problématiser ce que généralement dans les autres approches des relations internationales on n’essaie pas de problématiser.

De la limite à la question de l'identité[edit | edit source]

Dans Postmodernism publié en 2005, Devetak pose quelques questions analytiques notamment en s’interrogeant sur comment, par quelles pratiques et représentations politiques, les limites sont-elles inscrites ?

Par exemple, on a tendance à penser la citoyenneté comme un statut formel créant un rapport vertical avec l’État. Si on s’intéresse à une façon classique non critique, tout est une question de statut, on est citoyen ou on ne l’est pas. La dimension internationale est qu’il y a des dimensions de circulation de savoirs, d’idées qui vont admettre que la citoyenneté n’est pas seulement un débat sur l’interne et l’externe.

Mais il faut voir aussi la citoyenneté au-delà d’une question institutionnelle soulevant la question de comment une conception de l’identité territorialement définie a-t-elle été construite en opposition d’un Autre menaçant ?

Le regard culturaliste va dire qu’on appartient à un État ou une nation par exemple Benedict Anderson parle d’une communauté imaginée. Pour comprendre les institutions internationales en tant que communauté imaginée, il faut se fondre dans un rapport à être un autre.

La dimension politique[edit | edit source]

Pour Chantal Mouffe dans On the Political, « Le politique est lié à des actes d’institution hégémonique. C’est en ce sens que nous pouvons différencier le social du politique. Le social est le lieu de pratiques sédimentées, c’est-à-dire de pratiques qui cachent les actes originaires de leur institution politique contingente et qui ne sont pas questionnées (taken for granted), tout comme si elles étaient fondées par elles-mêmes. [...] Les choses peuvent toujours être différentes et ainsi tout ordre est lié à l’exclusion d’autres possibles. C’est dans cette acception que cet ordre peut être appelé ‘politique’ car il s’agit de l’expression d’une structure particulière de relations de pouvoir ».

L’institution hégémonique veut dire qu’on dit simplement ce qui est qu’une institution a plus de poids que les autres. On ne se pose pas la question de l’émergence des normes, d’ou est-ce qu’elles viennent en terme politique, on cherche des lieux sociaux, des gens disent certaines choses. Lorsqu’on présente quelque chose, on exclut quelque chose d’autre, c’est exclure un possible dans le cadre des structures de pouvoir.

La dimension éthique[edit | edit source]

La dimension politique est liée à la question éthique. Lorsqu’on produit un autre, on se produit nous même. Si l’Autre est une partie constituante du soi, n’y a-t-il pas une question éthique qui émerge ?

Pour Der Derian dans Post-Theory: The Eternal Return of Ethics in International Relations, « L’éthique commence avec la reconnaissance du besoin de l’Autre, du besoin de la reconnaissance de l’autre. L’éthique procède donc d’une interdépendance entre le souci pour l’autre et la responsabilité́ envers l’autre; une interdépendance qui ne peut entre séparée du pluralisme et du relativisme d’identités Multiples ».

Avec la notion de « care », le souci de l’autre est qu’on va traiter l’autre comme une sorte d’alter-ego, il est autre, mais en même temps au même niveau. Si on n’est pas dans une situation de reconnaissance mutuelle, alors on n’est pas dans une construction éthique. En grande partie, les relations internationales sont la négation de la situation éthique. Les constructivistes en relations internationales, lorsqu’il parle de la construction des normes et de l’effet des normes, ne s’intéressent pas à l’autre. Comme le dit Mooth, les constructivistes ne s’intéressent qu’à la construction sociale, ils ne s’intéressent qu’à la mécanique des choses alors que les perspectives « post » s’intéressent aux conditions de la production de l’altérité.

Bilan[edit | edit source]

Les approches « post » vont problématiser le non-problématique et poser la question de la formation, transformation et maintien des identités. D’autre part, il y a un rejet de toute forme d'essentialisme, il y a juste une série de productions et d’articulations. Il y a une réinscription du politique afin de montrer ce qui « est » comme une résultante, les perspectives « post » vont montrer ces débats.

Politique étrangère, représentations de l’autre, regards sur soi[edit | edit source]

Il faut comprendre la logique du raisonnement derrière les perspectives « post » et la place de l’altérité dans ces perspectives.

Les relations de pouvoir[edit | edit source]

Les quatre formes de pouvoir est une distinction classique dans la littérature des sciences sociales :

  • « A possède du pouvoir vis-à-vis de B s’il peut faire faire à B quelque chose que B n’aurait pas fait autrement » [Dahl]
  • « A possède du pouvoir vis-à-vis de B s’il peut empêcher B de faire quelque chose que B aurait fait autrement » [Bachrach et Baratz]
  • « Si B agit à l’encontre de ses intérêts objectifs et réels, alors A possède du pouvoir sur B » Pour Lukes, il y a une fausse conscience
  • le pouvoir n'est pas une capacité envers un autre, mais une relation coconstitutive. Le pouvoir est une relation asymétrique. Lorsqu’on par le coconsitution ce n’est pas nécessaires une imposition, mais il y a des formes de réappropriation, d’invention.

Le pouvoir n'explique pas seulement les actions ou les croyances, mais la constitution de sujets. Les relations de pouvoir « co-constituent » les sujets et sont omniprésentes

Pour Connolly dans Identity\Difference. Democratic Negotiations of Political Paradox, « Une identité est établie en relation avec une série de différences qui sont devenues socialement reconnues. Ces différences sont essentielles pour l'existence de cette identité. Si elles n'existaient pas en tant que différences, l'identité́ ne pourrait exister dans sa spécificité et sa solidité [...] le maintien d'une identité́ [...] implique la conversion de certaines différences en un autre [otherness], en un mal, ou en l'un des ces multiples représentants. L'identité requiert la différence pour être et elle convertit la différence en un autre [otherness] afin de sécuriser sa propre certitude d'être [...] L'identité se situe dans une relation complexe et politique avec les différences qu'elle cherche à fixer ».

Il y a l’idée qu’afin de nous concevoir comme étant unis, homogènes, nécessaires, nous avons besoin de différences. C’est l’idée que nous sommes dans une dimension performative, c’est-à-dire qu’afin d’être soi, de se retrouver autour d’une communauté spécifique, il y aurait le besoin de produire la différence, mais de manière spécifique. Si on regarde les processus politiques, la production de soi se fait lorsqu’il y a un autre qui est l’inversion du soi. Que ce soit le soi ou l’autre, il n’y a pas d’essence. En disant quelque chose, on produit un autre, c’est la production du soi et de l’autre. Il n’y a pas d’identité qui a une certitude en elle-même.

La force du langage[edit | edit source]

La force du langage est produire quelque chose à travers le langage qui n’est pas seulement ce qui est dit, mais aussi ce qui est écrit ou visuel. Le langage n'est pas personnel ou privé, il peut évoluer sous l'effet d'autres individus si nous acceptons ces changements. Par exemple, des groupes subalternes peuvent se réapproprier le langage pour le réinventer. Le langage fait référence à toute une série de concepts et d’idées qui produisent des subjectivités qui ne sont pas simplement des formes d’impositions, mais peuvent aussi être des formes d’appropriation ou de réinterprétation.

Le langage ne reflète pas la réalité, mais la réalité qu’elle soit sociale ou politique est la résultante du langage. La distinction classique de Saussure est entre signifié, signifiant et le référent. Lorsqu’on parle de l’État, on peut s’interroger sur le référent car l’État n’a pas de réalité physique. Tous les concepts en sciences sociales sont des concepts où il n’y a pas de référent. Le langage crée une réalité. La réalité sociale et politique qui nous entoure est le reflet de la propriété performative du langage. John Austin parle du langage performatif avec l’idée de « speech act » c’est-à-dire que lorsqu’on dit quelque chose il y a un effet d’ailleurs. Le titre de son livre est How to do things with words. Dire quelque chose crée une situation. Si des gens ont la capacité de pouvoir dire quelque chose, ils peuvent créer certaines situations.

Le langage est donc le reflet d'une dynamique de pouvoir, il en est le vecteur, car se pose la question de qui possède la capacité de nommer quoi et comment.

Pour Bourdieu dans Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action publié en 1994[10], « en énonçant avec autorité ce qu'un être, chose ou personne, est en vérité (verdict), dans sa définition sociale légitime, c'est-à-dire ce qu'il est autorisé à être, ce qu'il est en droit d'être, l'être social qu'il est en droit de revendiquer, de professer, d'exercer (par opposition à l'exercice illégal), l'État exerce un véritable pouvoir créateur [...] l’État est [donc] en mesure d'imposer et d'inculquer de manière universelle, à l'échelle d'un certain ressort territorial, des structures cognitives et évaluatives [...] et qu'il est de ce fait le fondement [...] d'un accord tacite, préréflexif, immédiat, sur le sens du monde, qui est au principe de l'expérience du monde comme 'monde du sens commun [...] ».

Bourdieu énonce une certaine vérité. Ceux qui vont s’arroger, présenter les choses, être les énonciateurs d’un discours présentent une certaine vérité. Foucault va parler de « régime de vérité », c’est-à-dire créer des conceptions du monde auxquels d’autres vont se référer. L’État a la capacité de dire ce qu’est la norme, de reproduire le sens commun. L’idéologie, le discours est le sens commun.

Le discours[edit | edit source]

Affiche electorale udc.png

Un « discours » n'est pas limité à des dimensions textuelles ou orales, cela peut être des éléments visuels comme des images, des couleurs, la mode ou gestuels comme des postures, interactions corporelles.

Dans The discursive construction of national identity de Wodak, de Cillia, Reisigl, et Liebhart, la coconstitution est lorsqu’il y a une « relation entre les actes discursifs et les situations, institutions et structures sociales dans lesquelles ils sont insérés: les contextes situationnels, institutionnels et sociaux façonnent et influencent le discours et, à leur tour, les discours influencent la réalité sociale et politique ».

Un discours est toujours contextualisé. Il y a des structures qui amènent à réfléchir, nous sommes socialisés à réfléchir au monde d’une certaine manière, mais la façon dont nous réfléchissons agit sur les structures. Les actes discursifs sont socialement constitutifs d'une multitude de manières. Le discours est à la source de la production et la construction de « conditions sociales particulières » comme, par exemple, les relations de genre, de classe, de « race », etc. La construction du discours est représentative de la construction de significations et de représentations ayant des effets du réel.

Les actes discursifs contribuent à la « restauration, la légitimation ou la relativisation d'un statu quo (ante) social ». Par exemple le discours de la non-prolifération nucléaire vient légitimer quelque chose qui préexiste qui n’est pas objectif en soi, mais pour le renforcer. Les discours
 sont « employés pour maintenir et reproduire le statu quo ». Un autre exemple est celui du discours contre l’homoparentalité ou le « right to protect ». Les discours peuvent aussi amener à des transformations qui peuvent être « efficace pour transformer, démanteler voir même détruire le statu quo ». Lorsqu’on parle de discours, on parle de la dimension qui chapeaute l’ensemble de nos croyances, de nos valeurs, ce qui les formes, mais aussi ce n’est pas seulement une vision structurelle et structuraliste où on adopterait de façon aveugle ce que la société nous dit car les discours et les valeurs peuvent changer.

La représentation[edit | edit source]

Pour Campbell dans Writing Security. United States Foreign Policy and the Politics of Identity, « les états-nations [sont] de manière inévitable des entités paradoxales qui ne possèdent pas d'identités prédiscursives et stables. ... En d'autres termes, les états ne sont jamais des entités finies; la tension entre les demandes de l'identité et les pratiques qui la constituent ne peuvent jamais être résolues pleinement, car la nature performative de l'identité ne peut jamais être complètement révélée. Ce paradoxe inhérent à leur existence met les états dans un besoin permanent de reproduction ... Si un état devait mettre un terme à ses pratiques de représentation, cela exposerait l'absence de fondations prédiscursives; la stasis signifierait la mort ».

Il n’y a pas de référent. Le sens commun est quelque chose auquel on ne réfléchit pas. Pour être une identité, il y a besoin de l’autre, c’est le rapport de production continuel dans un autre. Ce n’est pas dire qu’il n’y a pas une instrumentalité, mais en termes de production de l’identité, on va toujours être dans un rapport de constitution. La production de sens peut être liée à des réalités existentielles très concrètes, mais la production d’un groupe ne se produit qu’à travers des pratiques liées à un discours. L’enjeu éthique est que ces pratiques ne prennent pas la forme d’un « othering ».

Dichotomies[edit | edit source]

Généralement, si on sort du modèle éthique, on se retrouve confronté à des dichotomies. L’analyse de discours permet de les mettre en exergue montrant qu’il y a une évolution du mode des discours :

  • civilisation/barbare
  • moderne/traditionnel
  • séculaire/religieux
  • développé/sous-développé
  • masculin/féminin
  • parent/enfant

De la Politique Étrangère à la politique étrangère[edit | edit source]

Campbell dans Writing Security. United States Foreign Policy and the Politics of Identity fait la distinction entre la « Politique Étrangère » et la « politique étrangère ».

La « Politique Étrangère » est entendue comme la politique des États envers les autres États. Les relations internationales ont été produites dans l’idée que l’État-Nation est au centre de ces choses là. C’est ce que Inalatuya et Neei expliquent, qu’une autre compréhension de l’internationale passe par l’effacement de la production du soi et de l’autre en le rendant naturel produisant simplement un interne et un externe et que la politique étrangère est une interface entre l’interne et l’externe. En d’autres termes, c’est le reflet de la politique d’États envers d’autres États, une instance privilégiée dans le contexte de l'État-Nation moderne du rapport entre soi et autre dans le contexte du « Westphalian deferral ». Cependant, du point de vue « post », il s’agit d’une instance, parmi d'autres, où la politique estrangère est articulée.

Pour Campbell, la « politique étrangère » est « toute pratique de différentiation ou modalité d'exclusion ... constituant des objets en 'étranger' dans leur rapport à eux. ... la 'politique estrangère' [déploie] des pratiques représentationnelles servant de ressources pour dessiner les modalités d'interprétation pour faire face à de nouveaux exemples d'ambiguïté́ et de contingence ». Si on prend l’origine du terme « politique étrangère » cela qualifie le rapport vis-à-vis d’un autre. C’est dans l’analyse en tant qu’État-Nation que la « Politique Étrangère » est devenue le sens commun en relations internationales. Les relations internationales sont des pratiques de production de l’altérité, ce sont des pratiques de dominations vis-à-vis des autres qui sont là afin de justifier un certain ordre social et politique international qui se cache derrière la « Politique Étrangère ».

La politique étrangère[edit | edit source]

Dans Writing Security. United States Foreign Policy and the Politics of Identity, Campbell dit « Notre compréhension de la politique étrangère se déplace d'une focalisation sur les relations entre états prenant place d'un côté ou de l'autre de [limites] a-historiques, figées et d'ores et déjà fournies à une focalisation sur l'établissement des [limites] qui constituent, de manière parallèle et simultanée, létat' et le 'système international'. ... En d'autres termes, la politique étrangère est une 'forme spécifique de performance politique produisant des [limites]’ ».

Ce qui intéresse ces perspectives est de comprendre comment ces limites sont produites, comment l’État-nation à commencé à s’être produit de façon économique, raciale ou encore genrée. Cela nous amène à savoir quelles sont les conditions de possibilité ou d’impossibilité d’être quelqu’un ou quelque chose produit au niveau international.

On passe de « politique étrangère » à « Politique Étrangère » dans un rapport de production à l’autre. C’est l’idée d’inclusion et d’exclusion. Pour Campbell la « politique étrangère » est la politique continue de constitution d’une certaine identité du soi qui n’est pas remis en cause pouvant passer par une dimension subtile. Le discours produit par la société dominante à des effets sur les populations subalternes.

Bilan[edit | edit source]

Nous avons mis en exergue des logiques de l'action à la logique de la représentation, d’autre part, le les dichotomies ont un poids sur les représentations que l’on peut avoir de l’autre. Ces dichotomies sont souvent très fortes et présentes. On a été mené à réfléchir au-delà̀ de la « trappe territoriale » même si le référent reste toujours l’État. La plupart des perspectives plus pertinentes sur la globalisation sont des perspectives où l’État est reconfiguré, il se transforme dans ses capacités. Il s’agit de réfléchir au-delà de l’internet et de l’externe. La production de significations sont des discours globaux.

Annexes[edit | edit source]

Bibliographie[edit | edit source]

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  • Wodak, R., de Cillia, R., Reisigl, M., & Liebhart, K. (2009). The discursive construction of national identity. 2nd ed. Edinburgh: Edinburgh University Press.

Références[edit | edit source]