La frontière : un objet fétiche de la géographie politique, des formes et des effets fluctuants

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Borne frontière entre la France et la Suisse incrustée dans un trottoir à Saint-Gingolph.

Sur la frontière peut se cristalliser des réalités quotidiennes, parfois ce sont les tragédies qui s’y cristallisent. La frontière présente des formes et un certain nombre d’effets.

La frontière est un objet central de la géographie et même un objet fétiche de la géographie politique. La frontière présente de formes et un certain nombre d’effets liés à sa présence.

Quand on pense à la frontière, on pense généralement à la frontière de l’État moderne

La frontière est à la fois fixe et linéaire :

Nous pouvons voir une frontière fixe avec le mur de Berlin dans les années de guerre froide et la frontière de la Bordurie dans Tintin et l’affaire Tournesol. Dans le second cas, nous avons à faire une frontière qui se matérialise uniquement par une borne frontière qui est une ligne imaginaire non matérialisée par un dispositif.

Franchir la frontière, c’est passer dans un autre ordre juridique et pour un citoyen c’est quitter l’aire de sa nationalité devant un étranger ayant des conséquences importantes.

La frontière ce n’est pas qu’une ligne, la frontière internationale est aussi un plan. Peuvent être concerné, la surface terrestre, mais aussi les eaux, les surfaces maritimes, mais aussi les espaces aériennes.

Boundaries are not lines but planes.jpg

La frontière n’a pas toujours été fixe et linéaire, elle peut devenir mobile

Toute une série de réalités ne prend pas la forme d’une ligne fixe, car la frontière n’a pas toujours été fixe et linéaire. Pendant les périodes prémodernes (périodes antiques et médiévales), mais aussi durant la période moderne, on avait des frontières qui prenaient la forme de zones étendues. Pour délimiter l’espace de souveraineté, on parlait de « marches », mais on peut aussi parler de « confins » et de « zones tampons ». Dans d’autres cas, on pouvait aussi utiliser le terme de «front» afin de délimiter les aires de souverainetés, c’est-à-dire des zones en constantes mutations qui faisaient l’objet d’une appropriation progressive de la frontière progressant avec le front pionnier. Ainsi la frontière est la limite de l’espace qui fait l’appropriation d’une communauté.

La géographie administrative et contemporaine est héritière des modes de fonctionnement premier comme certaines enclaves parfois dans les découpages contemporains actuels basés sur des limites fixes dans le temps et dans l’espace des enclaves persistent.

Aujourd’hui, on a une mutation importante dans la matérialisation des frontières et dans l’exercice des fonctions liées à la frontière. Ces mutations font apparaitre la frontière comme étant mobiles. Il y a des frontières qui sont liées aux personnes c’est-à-dire que chaque individu peut emporter avec lui les éléments de la frontière, car il est susceptible d’être contrôlé un peu partout grâce à la traçabilité des données qu’il peut emporter avec lui qui permet de contrôler les personnes indépendantes du simple acte de franchissement de la frontière. Il existe aussi des personnes qui disposent de droits portables leur offrant la possibilité de s’affranchir de certaines contraintes liées au statut d’étranger qu’ils peuvent porter partout et qui leur permettent de franchir plus facilement des frontières.

Inversement, il a des contraintes qui peuvent été emporter par des personnes. L’idée même de contrôle à la frontière n’est plus forcément à l’ordre du jour. Parfois, les opérations de contrôle de frontière peuvent être projetées sur le lieu de départ. C’est une délocalisation de l’opération frontalière bien au-delà de la frontière à proprement dite. Il existe d’autres formes de frontières repoussées qui sont des périmètres de gestions partagées.

Two kinds of boundary regimes.jpg

On voit apparaitre de mode d’administration et de délimitation de la frontière :

  • Un mode classique de représentation qui fait qu’on appartient à une entité faisant de ce qui appartient à l’autre entité quelque chose de diffèrent et d’extérieur de l’entité à laquelle on appartient
  • Un mode d’espace partagé ou s’exerce une coopération et un partage de souveraineté. Ainsi la véritable frontière est repoussée au-delà ce qui fait un partage de souveraineté. Ce sont des formules qui se multiplient aujourd’hui que cela soit pour gérer des espaces de concentration humaine ainsi que pour en faciliter la gestion. Pour faciliter la gestion de ces espaces, on met en place une administration qui dispose de pouvoir pour planifier l’avenir d’une région sur un espace partagé (ex- Grande Genève)
Map of Southern African Peace Parks

Dans les confins ont été instaurés des réserves ou des parcs nationaux parce que ces régions sont peu peuplées. Pour ces différentes raisons, certaines régions frontalières sont peu peuplées et peuvent être dédiées à la protection de la nature et de l’environnement.

Parfois, on a des dispositifs de parcs nationaux qui sont des entités de même nature, mais de part et d’autre d’une frontière. Ce quo se développe aujourd’hui est une organisation de coopérations entre les organismes de gestions nationales voir des fusions pour créer une aire protégée transnationale.

En Afrique australe depuis le début des années 1990, une série d’opérations de ce type a été mise en place avec des « Peace Park » ne lieu et place de lieu qui ont été des zones d’affrontement.

L’idée est d’annuler la réalité frontalière en créant un seul grand parc au sein duquel la faune et les touristes peuvent circuler librement au contraire des populations africaines laissant montrer un certain nombre de limites. Cependant, la frontière devient un lieu de coopération en lieu et place d’un espace d’affrontement.

La frontière contemporaine a tendance à ne pas s’effacer totalement, mais la globalisation débouche sur une nouvelle hiérarchisation des frontières et de leurs significations repoussées au-delà de zones de coopération.

Il y aurait de bonnes et de mauvaises frontières

Idéologiquement, l’idée même de frontière internationale fait souvent l’objet de critiques philosophiques, car la frontière internationale serait une sorte de modalités temporelles de gestion d’une humanité séparée en différentes nationalités. La frontière serait une nécessité dont la vocation serait de disparaitre.

Pour d’autres, la fondrière est nécessaire, car la différentiation des identités permet de créer un équilibre relationnel. Ce sont des différenciations qui pourraient permettre d’échanger et de collaborer y compris de manière pacifique.

La frontière internationale fait l’objet d’appréciations qualitatives : on a l’habitude de penser que certaines frontières sont de bonnes frontières parce qu’établies sur des lignes qui ont du sens selon des principes rationnels au contraire on considère qu’il y a de mauvaises frontières parce qu’elles n’auraient pas été établies de manière arbitraire sur des lignes qui comprennent des discontinuités.

Derrière cette opposition, il y a la notion de frontière naturelle qui serait de bonnes frontières. Une partie de l’historiographie française a essayé de montrer que la constitution de royaume français puis de la République française correspond à une logique sur une longue durée d’affirmation d’un territoire national qui est progressivement arrivé à trouver ses bonnes frontières. Il y aurait une discontinuité physique (ligne de crête séparant deux versants de montagne, une cour d’eau qui sépare une rive gauche d’une rive droite) qui se caractérise dans le paysage. Toute l’idéologie de la frontière naturelle est d‘associer à ces limites physiques des vertus en termes culturelles et politiques. Ce serait des frontières qui s’appuient sur des discontinuités physiques et qui s’appuient sur des légitimités politique et culturelle puisqu’elles sépareraient deux nations de part et d’autre de cette frontière.

La frontière naturelle ne s’appuie pas seulement sur une discontinuité physique, c’est l’idée qu’il y aurait une bonne frontière qui à la fois s’appuie sur une discontinuité physique et en plus à la vertu de délimiter deux nations voisines, mais très différentes. Cette idée de frontière naturelle a été déconstruite, car cela faisait partie de la construction des mythes nationaux qui légitiment les nations. Ces mythes sont basés sur toute une série d’évènements pris dans l’histoire et la géographie.

La mauvaise frontière serait la frontière totalement arbitraire imposée de l’extérieur par une puissance étrangère, c’est notamment le cas des frontières coloniales qui ont été imposées dans le cadre des colonies de peuplement. Pour résumer, la bonne frontière serait la frontière naturelle et la mauvaise frontière serait la frontière rectiligne imposée. Face à ces discours, plusieurs choses doivent être rappelées.

Il est extrêmement rare que se recoupent des discontinuités de type physiques, de type culturel, politique et historique. Le mythe de la frontière parfaite où se superposent ces discontinuités est un mythe.

Cartoon by Sacrava (on the web at http://sacrava.blogspot.com)

Cette illustration pose le problème d’un élément du patrimoine culturel khmer et la frontière naturelle qui ne correspond pas à la même discontinuité. Selon que l’on revendique au nom de la discontinuité physique ou au nom de la discontinuité historique et culturelle peut mener à un conflit. La frontière se cale sur des prétextes qui peuvent être une microdiscontinuité physique qui va permettre de matérialiser le trait de frontière, mais qui n’a pas nécessairement un élément majeur. Cela dépend en fait d'un moment donné ou, l’état use de ses rapports de force et fait qu’on décide de choisir cette limite comme étant légitime.

Concernant la mauvaise frontière qui est arbitraire, il faut noter que l’imposition de la frontière depuis l’extérieur crée une coupure nette qui gêne les échanges qui peuvent exister au sein de cette communauté, mais gène aussi la volonté éventuelle d’avoir un pouvoir ou des modalités de gestion qui concernent la totalité de la communauté. Ces frontières arbitraires sont venues perturber de manière radicale des fonctionnements qui leur étaient antérieurs.

Le fait de critiquer dans la longue durée une frontière géométrique dite arbitraire renvoie à une certaine idéologie.

Concernant les frontières arbitraires coloniales, si on estime aujourd’hui qu’une bonne partie des problèmes africains sont liés à l’héritage colonial il faudrait redéfinir les frontières sur des frontières culturelles ou ethniques. Au contraire on peut estimer qu’une collectivité et une société nationale ont pour vocation de réunir des individus ou des groupes issus d’origines différentes plutôt que de réunir des ressortissants d‘une même communauté et donc de reposer sur un principe d’homogénéité d’ordre culturel ou ethnique.

Quand on critique la frontière arbitraire et le maintien d’une frontière complètent arbitraire, mais qui peut paraitre à partir d’un certain temps moins arbitraire parce que des structures se sont développées à partir de ce délimitée, cela renvoi à une approche qui va privilégier l’homogénéité ethnique comme fondement de la nationalité.

La frontière naturelle reste en Europe occidentale une figure de référence.

The world most dangerous border.jpg

Cette image montre comment certaines frontières internationales sont aussi des hot-spots géopolitiques, des lignes d’affrontement majeur qui continuent d’avoir une nette d’opposition nette entre États-nations.

L’effet frontière est multiforme

Une autre idée centrale en géographie tourne autour de « l’effet frontière" ; à partir du moment ou une frontière internationale est mise en place cela génère de nombreux effets qui se traduisent dans le paysage, mais aussi dans la société par des échanges et des mouvements ou au contraire une limitation des échanges et des mouvements.

L’introduction d’une frontière internationale se traduit par l’existence de différentiels : c’est une différence qui peut être exploitée.

Les différentiels permettent de mettre en place toute une activité basée sur son exploitation. En d’autres termes, quand on exploitable une différence, cette différence devient un différentiel. L’exploitation d’un différentiel génère des formes particulières avec des agglomérations qui vont plutôt se développer du côté d’une frontière que de l’autre, mais aussi des mouvements de capitaux qui vont jouer sur les différentiels.

L’effet de différentiel va être plus ou moins important selon leur nombre et leur importance. Il y a des frontières qui ont peu de différentiels au contraire d’autres frontières qui en génèrent de nombreux. Dès lors il est possible de hiérarchiser les frontières selon leur statut politique ou administratif :

  • frontières administratives infranationales comme les limites de municipalités qui sont inférieures au niveau administrativo-politique ;
  • limites cantonales qui sont infranationales, mais plus importantes que la frontière entre les municipalités ;
  • frontières internationales.
Supranational European Bodies.png

Cette figure montre comment à l’intérieur de la grande Europe on a des assemblages au niveau supranational à géométrie variable. Par exemple la Suisse fait partie de l’espace Schengen donc d’un noyau dur européen important avec un certain nombre d’États qui se sont associés pour faciliter la circulation des personnes au sein de l’espace Schengen tandis qu’ils se sont associés aussi inversement pour renforcer le contrôle des personnes en provenance de l’extérieur de l’espace Schengen ce qui se traduit par une facilitation de la frontière par les individus.

La frontière suisse se franchie aujourd’hui extrêmement facilement au titre du déplacement individuel, du déplacement des capitaux et des marchandises, cependant elle reste dure est importante qui génère des différentiels en terme par exemple de droit fiscal et en terme monétaire. Le différentiel monétaire va être exploité créant des différentiels en termes de loyer, de travail, de niveau de salaire.

On peut hiérarchiser les frontières avec des frontières internationales à l’intérieur dans le noyau central qui s’efface presque complètement, inversement quand on franchi la frontière qui correspond à un groupe qui a une politique commune on est alors sur une frontière plus importante qui génère des différentiels.  Pour illustrer la hiérarchie des frontières, cette image est la représentation du nombre de décès liés à la tentative de franchissement de la frontière liée à la tentative de franchissement de la frontière. Sont identifiés les sites les plus faciles pour tenter le franchissement qui renvoie à une réalité permanente.

1993-2004 , plus de 4 000 morts aux frontières[1]

Apparaissent des frontières dures, car aujourd’hui avec la mondialisation on n’est certainement pas dans une ère de disparition de la frontière, certaines frontières s’atténuent, mais d’autres se renforcent fonctionnant comme des interfaces avec d’autres parties du monde.

Concernant le franchissement de la frontière par des personnes, on a des frontières dures qui se renforcent matérialisées par la frontière Schengen.

Umr 8504 geographie-cité.jpg

Cette figure présente une hiérarchisation des frontières en fonction du niveau de développement.

Les auteurs ont essayé de voir qu’elles étaient les oppositions les plus importantes en termes de niveau de richesse dans cette partie du monde. On voit que la rupture majeure passe entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Ce sont des frontières ou il y a un niveau de différentiel important. Il y a un décalage entre l’interface du niveau de richesse et l’interface politique qui est constitué par les frontières de l’Union européenne et la frontière Schengen.

A Zimbabwaen refugee looks over the border fence from the South African side May 27, 2008 near Musina, South Africa. (Photo by John Moore/Getty Images)[2]

Au même moment de la mise en place des peace parks, on instaure une frontière dure où l’on tente d’empêcher et de limiter les possibilités de franchissement illégales en provenance du Mozambique, du Zimbabwe ou transitant par ces pays.

On peut très bien avoir un mouvement l‘effacement relatif des frontières, d’établissement de zones de souveraineté partagée et en même temps l’établissement de nouveaux murs qui visent à empêcher ou stopper des mouvements de population.

Border are thicker in developing regions.jpg

Ce planisphère présente les frontières internationales hiérarchisées selon leur effet barrière, ce sont des frontières qui limitent l’activité ou le mouvement.

Cette carte porte sur le franchissement de la frontière à des fins commerciales. Sur cette carte on voit que les frontières africaines et asiatiques apparaissent beaucoup plus dures à l’entrave au commerce que les frontières européennes, américaines et sud-américaines. Cette carte sous-entend que l’un est un frein au développent africain serait l’existence de barrières douanières, mais cela est discutable.

On peut hiérarchiser les frontières en fonction de leur effet en termes de différentiel, mais aussi en termes d’effet barrière qui entrave le mouvement.

Basics functions of borders.png
Fonctions combinées de la frontière.png

Ces deux tableaux montrent que la frontière peut avoir plusieurs fonctions et que ces différentes fonctions se réduisent par différents effets :

  • fonction de barrière : existence d’une délimitation sous la forme d’une frontière plus ou moins difficile à franchir
  • interface et mise en relation: se traduit par des contacts, delà coopération, des échanges des accords, de la méditation, etc.
  • différenciation de deux systèmes de part et d’autre de la frontière : existence de différences qui peuvent être traduite en tant que différentielles avec une asymétrie de part et d’autre et donc une inégalité
  • affirmation d’un projet commun : c’est le cas des aires transfrontalières s’affirmant sur la base d’une double réalité.

Ce sont quatre fonctions de bases qui se traduisent par des effets et des formes.

L’agglomération genevoise transfrontalière : une aire transfrontalière intégrée ?

L’agglomération de Genève est une agglomération de dimension importante qui n’en fait cependant pas une mégapole. Elle compte environ 1 million d’habitants en intégrant une dimension intercantonale et transnationale avec la France voisine. À l’échelle européenne, cette agglomération est une grande ville.

Cette agglomération transfrontalière s’est dotée d’institutions de coopération pour se gérer au-delà des divisions administratives. Auparavant cette agglomération s’appelait le projet d’agglomération Franco-Valdo-Genevois, aujourd’hui on l’appelle Le Grand Genève qui intègre le canton de Genève, la partie limitrophe du canton de Vaud et les départements français de l’Ain et de la Haute-Savoie.

Pouvons-nous parler d’une aire transfrontalière intégrée ?

Cette agglomération repose fonctionnellement sur l’exploitation d’un différentiel à savoir le niveau des salaires de part et d’autre de la frontière, mais aussi sur le différentiel de l’accès au logement.

Le coût du logement est beaucoup plus élevé côté Suisse que côté français, le jeu du marché a tendance à accroitre les prix du côté français et à atténuer le différentiel sans pour autant le résorber. Cela engendre un mouvement de personnes qui résident plus volontiers du côté ou l’accès au logement et plus faible et travaillent du côté ou la rémunération est la plus élevée. Pour les employeurs genevois, c’est la garantie d’avoir une main-d’œuvre relativement abondante attirée par les niveaux de salaires proposés faisant de Genève un pôle d’emploi important, car dans la décision des entrepreneurs de s’installer à Genève ce bassin de main-d’œuvre est un argument.

Fonctionnellement on peut comprendre la forme de l’agglomération genevoise et son mode de fonctionnent et les mouvements présents à l’intérieur de l’agglomération par les différentiels de niveau de salaire et d’accès au logement.

Ces différentiels sont exploités par des frontaliers que l’on appelle aussi des « naveters », ce sont des personnes qui travaillent au centre et habite la périphérie. Ce mouvement pendulaire se fait par la traversée d’une frontière internationale c’est pourquoi on les appelle des frontaliers: la majorité des frontaliers ont une nationalité différente de celle du cœur de l’agglomération. Il y a aussi des suisses frontaliers qui participent au mouvement pendulaire, car ils sont à la recherche d’un logement plus accessible que ce qu’ils pourraient trouver sur le canton de Genève.

Un des éléments qui est une caractéristique de cette agglomération est la pénurie de logements qui existe dans la partie centrale de l’agglomération.

Le schéma qui précède montre le différentiel entre les pendulaires qui se rendent dans la partie centrale de l’agglomération en comparaison a ceux qui font le chemin inverse. On constate que le nombre de frontaliers est en augmentation alors que le nombre de frontaliers en sens inverse est d’une part réduit et stagne.

Graphique border.jpg

Ce schéma est tiré d’un article scientifique qui compare certaines agglomérations européennes qui sont des agglomérations transfrontalières et qui disposent d’un projet d’aménagement transfrontalier. Sur l’axe horizontal apparait l’axe d’intégration fonctionnel c’est-à-dire que plus elle est intégrée sur le plan fonctionnel elle se situera sur la droite et inversement. Une agglomération peu intégrée serait une agglomération sur le plan fonctionnel qui ne serait pas vraiment une agglomération, mais une région frontalière ou on a deux agglomérations de part et d’autre de la frontière qui fonctionne de manière relativement autonome ; à l’opposé on a une agglomération qui repose sur l’existence de villes de part et d’autre de la frontière, mais regroupée dans une agglomération commune avec des échanges très importants notamment en matière de main-d’œuvre et avec des mouvements pendulaires.

Une hiérarchisation est aussi proposée en termes de hiérarchisation institutionnelle. Si l’agglomération est dotée d’une institution qui peut prendre un certain nombre de fonctions en termes de gestion de services ou de planification, on va considérer qu’on a une intégration fonctionnelle. Les auteurs ont situé Luxembourg à un niveau relativement faible avec un embryon d’intégration fonctionnelle, il y la grande région qui intègrent le Luxembourg et les régions voisines allemandes et françaises qui coopèrent, s’unissent et tentent d’harmoniser leurs politiques. Ainsi les auteurs considèrent que l’intégration institutionnelle est faible.

Lorsqu’on a une intégration institutionnelle importante, on se situe au sommet de la hiérarchie, c’est notamment le cas de Bâle et de Genève.

Bâle fait figure d’agglomération pionnière en matière d’intégration institutionnelle. La Reggio Basiliensis est une expérience de gestion intégrée transfrontalière d’un certain nombre de questions économiques assez précoce notamment pour la gestion de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, mais aussi afin d’harmoniser les politiques économiques et de logement de part et d’autre de la frontière.

Genève est aussi considérée comme une expérience aboutie d’intégration institutionnelle, car le Grand Genève dispose d’une structure administrative permanente et gérer avec de délégués qui sont envoyés par l’État de Genève et les départements français de l’Ain et de la Haute-Savoie ainsi que des autorités du Vaud.

C’est également une structure qui s’est lancée dans un exercice de prospective et de planification afin d’atteindre des objectifs ambitieux afin de résoudre les problèmes majeurs de la population qui sont les mouvements pendulaires qui génèrent des problèmes de transports et débouchent sur un déséquilibre net entre une partie centrale qui dispose de beaucoup de revenus et de services, et une partie périphérique qui est essentiellement une périphérie-dortoir.

Pour tenter de remédier à ce déséquilibre, le projet du Grand Genève s’est doté d’une planification d’objectifs en essayant de réduire le différentiel existant qui pose problème ; c’est-à-dire en essayant de stimuler la création d’emploi dans la périphérie et de logement dans la partie centrale.

Malgré l’annonce de ces objectifs, la tendance est toujours à plus de construction de logements côté français et d’emplois côté genevois. Le différentiel loin de se réduire continue à s’accroitre.

Deux questions se posent :

  • Est-ce que le périmètre inclut toute l’aire fonctionnelle de l’agglomération ?
  • Est-ce que l’agglomération transfrontalière reste divisée culturellement et politiquement ?

À l’échelle locale une ville suisse et sa banlieue française impliquée dans un projet commun, mais à l’échelle régionale une aire fonctionnelle toujours divisée

Nous d’abord nous focaliser sur deux aspects. Dans un premier temps nous allons voir le périmètre et la forme de l’agglomération de Genève, puis dans un second temps nous allons nous intéresser à certains aspects culturels et politiques avec notamment l’émergence d’un mouvement anti-frontalier.

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Cette image a été prise de GoogleEarth, c’est le périmètre approximatif de l’agglomération Franco-Valdo-Genevoise. On voit les principales banlieues françaises intégrées dans le projet d’agglomération et la quasi-totalité du canton de Genève.

Sce projet d'agglomération bis.png

Ces cartes permettent une reconstitution historique de la croissance de Genève.  Au XIXème siècle, il y a des agglomérations morphologiques réduites centrées sur Genève avec l’existence de micro agglomérations qui se situent essentiellement à l’intérieur du canton de Genève. La périphérie française fonctionne dans l’orbite genevoise avec l’existence d’une zone franche afin de faciliter le ravitaillement de Genève au-delà de la frontière cantonale avec la jonction de cette zone franche sur la France et la Savoie. En termes d’agglomération tout se passe sur le canton de Genève même s’il y a une polarisation des périphéries agricoles au-delà des frontières.

Au milieu du XXème siècle, l’agglomération genevoise s’est étendue à l’intérieur du canton, mais aussi dans les périphéries se trouvent d’autres agglomérations. En revanche on commence à voir apparaitre de petites agglomérations de l’autre côté de la frontière comme l’agglomération d’Annemasse.

Fin du XXème siècle – début du XIXème siècle, on voit que l’urbanisation a considérablement progressé. Une agglomération centrée sur Genève s’est développée et notamment le long d’un axe qui va jusqu’à la frontière française et qui intègre la partie d’Annemasse.

À l’intérieur du périmètre de projet d’agglomération, on voit une agglomération qui s’est développée allant jusqu’à Annemasse et des frontières internes qui sont au pied des différents massifs qui borde le bassin genevois.

Sce projet d'agglomération1.png

On voit que le périmètre du Grand Genève intègre une agglomération très étendue, mais n’intègre pas la totalité des petites villes qui fonctionnent dans l’orbite de Genève. La vallée de Cluse est hors périmètre de l’agglomération, mais a fait sujet d’urbanisation.  Le périmètre est dense, mais n’intègre pas la totalité des agglomérations qui fonctionnent dans l’orbite genevoise. À l’intérieur de l’agglomération on a un cœur d’agglomération s’étire jusqu’à Annemasse, mais il y a aussi des coupures qui ne sont pas dans la continuité exacte de l’agglomération morphologique de Genève. Autrement dit on a une agglomération qui comporte une coupure interne entre la partie centrale constituée de la ville centre et de ses banlieues et puis le périurbain et les villes périphériques qui sont coupées du centre par la zone tampon. C’est une particularité que l’on ne retrouve dans la forme urbaine des agglomérations en Europe.

On peut dire qu’il y a une forme de modèle, sur le périmètre du canton on a la ville et la banlieue qui s’est développée en auréole et le long de certains axes, puis une ceinture verte à savoir la zone agricole qui forme la zone tampon.

Si on regarde à l’échelle du périmètre du Grand Genève il faut rajouter la ceinture française qui est aussi constituée de banlieue, mais de banlieues qui formes des petites agglomérations ponctuelles qui est d’un habitat périurbain diffus puis de la campagne de l’autre côté de la frontière internationale, mais aussi des villes frontières qui se situe même au-delà du périmètre de l’agglomération.

En fait deux périmètres :

  • Périmètre du canton : centre, banlieue, ceinture verte
  • Périmètre du Grand Genève : il existe des banlieues en position de non-

continuité vis-à-vis du centre, de l’habitat diffus qui grignote la ceinture verte et puis des villes secondaires qui peuvent se situer au-delà du périmètre de l’agglomération.

Repartition des frontaliers en 2005.png

On trouve des titulaires de permis dans la toute première auréole, celle des banlieues françaises, et on en trouve de manière diffuse dans un très grand nombre de communes repartie sur tout le bassin genevois et d’autres qui se trouvent à l’extérieur du périmètre de l’agglomération du Grand Genève.

Google earth geoprahie a2.png

 En changeant de périmètre, si on veut vraiment intégrer des agglomérations ou on trouve un assez grand nombre de frontaliers on est obligée d’intégrer la vallée de Cluse et l’agglomération d’Annecy.

Le projet d’agglomération diffuse des chiffres, 75000 frontaliers français sont recensés officiellement dont le plus grand nombre vient de Haute-Savoie et dans une moindre mesure de l’Ain. En fait le mouvement des frontaliers va au-delà, car des frontaliers résident au-delà de la Haute-Savoie et de l’Ain, et surtout il y a les frontaliers suisses que l’on estime à près de 30000 voire plus. Ainsi le nombre de frontaliers globalement est supérieur à 100000.


C’est une étude européenne qui compare les agglomérations transfrontalières en termes de nombre de frontaliers qui se situent de part et d’autre des frontières. Genève se singularise parce que d’une part c’est une agglomération très concernée de par le phénomène des frontaliers, mais surtout Genève connait un mouvement unilatéral quasi exclusif alors que l’agglomération luxembourgeoise ou bâloise est caractérisée par un jeu de frontalier qui est multidirectionnel.

L’agglomération genevoise se singularise aussi par la forte croissance du nombre de frontaliers durant les années 2000. Autour de Malmö on a un phénomène plus important lié au développement d’infrastructures qui ont facilité le mouvement et dopé le phénomène de pendulaire.

Concernant les frontaliers il y a un autre phénomène intéressant, car il soulignait que les tensions qui peuvent exister avec les frontaliers reposent en fait d’une part sur la période de crise actuelle qui aboutit des crispations, mais aussi sur le fait que le phénomène des frontaliers à Genève est en train d’évoluer quantitativement ; mais également de manière qualitative avec d’une part le grand nombre de suisses allant habiter en France, mais aussi due au fait que les emplois créés sur Genève sont des emplois à haut niveau de qualification. Pendant longtemps on avait des emplois de niveau supérieur en assez grand nombre occupés par des populations suisses et des emplois subalternes occupés par des frontaliers. On avait une organisation du travail hiérarchisé entre résidents suisses et frontaliers. Il s’avère que la croissance de certains secteurs a généré des emplois hautement qualifiés pour lesquels les populations suisses ne sont pas suffisamment nombreuses. On a un nouveau type d’étranger qui occupe des emplois en suisse qui n’étaient pas nécessairement des populations venues par proximités, mais qui sont de cadres hautement qualifier qui peuvent venir de très loin, mais qui sont vécu comme des étrangers qui peuvent être assimilé au phénomène global des frontaliers. Ainsi le phénomène des frontaliers est de plus en plus disparate.

Un mouvement politique anti-frontalier dans la partie centrale et suisse de l’agglomération : est-ce une question de distance culturelle liée à la forme urbaine et à la zone tampon ?

C’est dans le conteste de l’évolution du nombre des frontaliers, mais aussi dans la nature de ces frontaliers qu’est advenu un évènement politique important à l’échelle cantonale qui a été en octobre 2009 la percée importante d’un mouvement politique qui a basé une bonne partie de sa campagne et de son discours de la stigmatisation des frontaliers.

Nombre de sièges au grand conseil.png

Sur la base d’une campagne de ce type a réussi une percée politique non négligeable.

On peut se poser la question de savoir pourquoi ce phénomène politique est advenu à ce moment-là. Si on fait une analyse du vote dans le cadre de la géographie électorale, le vote pour le MCG peut difficilement être corrélé avec une position plus ou moins proche de la frontière, ce n’est pas discriminant. On voit que le cœur de Genève a été peu sensible alors qu’un certain nombre de communes périphériques l’ont été sans forcément être frontalières.

Vote mcg1.png
Vote mcg2.png

On voit une corrélation assez nette avec la présence de populations considérées comme ouvrières. On peut en déduire que la question de l’emploi a été fondamentale pour expliquer la percée de ce mouvement. Il est possible d’estimer que c’est un vote de crise qui repose sur la crainte de voir une concurrence accrue sur les emplois et notamment les emplois de type ouvrier.

Grand genève ceva.png

Durant les toutes dernières années, la question de l’investissement dans des grands aménagements de type transfrontalier et devenu évident notamment avec le CEVA qui va faciliter la circulation au sein de l’agglomération genevoise et jusqu’à sa partie périphérique rejoignant les parties centrales à la périphérie et notamment à Annemasse. On peut estimer que la nécessité de réaliser de grandes infrastructures à cette échelle peut se traduire par des crispations et des résistances.

Une partie de l’argumentaire des anti-frontaliers se basait aussi sur le CEVA et sur cette infrastructure coûteuse, mais importante qui était présentée comme quelque chose de non nécessaire, voire dangereux. Un nouveau thème apparait qui est celui la sécurité donnant lieu à une crispation sécuritaire amenant une certaine crainte de voir les populations résidents d’en d’autres périphéries de venir à des fins inamicales.

La question sécuritaire a pu jouer et qui dans le cadre d’une agglomération comme Genève se traduit dans une relation centre - périphérie avec un centre, part de différentiel, qui fait l’objet d’une certaine délinquance en provenance de la périphérie. Cela peut-être un argument lie à la question sécuritaire reliant le centre l’agglomération à sa périphérie de l’autre côté de la frontière.

Genève, qui était une capitale régionale importante de par l’adoption de la Reforme, a transformé cette ville en un espace d’isolat qui a joué sur d’autres cartes que celui de chef-lieu de région. En adoptant la reforme en oppositionà son environnement immédiat a choisi de s’investir prioritairement dans les réseaux marchands internationaux. C’est une vocation qui continue à exister aujourd’hui, Genève étant une ville globale même si elle n’en a pas les dimensions d‘une mégapole et ne se situe pas dans une mégalopole. Genève cultive plutôt un positionnement en tant que capitale régionale qui participe à isoler la partie centrale de l’agglomération de son environnement régional.

Pour essayer de comprendre tout ce qui existe et met de la distance entre centre et périphérie, il faut faire appel à toute une série de facteurs qui fonctionnent à des échelles différentes.

On pourrait multiplier les illustrations sur le positionnement international de Genève plus que comme capitale régionale. Cela n’empêche pas un investissement dans le projet d’agglomération est une sorte de nécessité absolue, elle se vit d’abord et avant tout comme une ville globale, mais fonctionne dans le cadre d’une agglomération qui est devenue transfrontalière.

Mais avant Genève se présente comme un isolat en relation avec les grandes villes globales. Un ensemble de facteurs peuvent expliquer les tensions qui existent entre le centre et la périphérie.

La zone agricole est aujourd’hui au cœur de nombreuses discussions concernant le problème du logement. Elle se trouve à l’intérieur du canton de Genève et peut être vue comme fonctionnellement légitime avec un centre, une périphérie et au-delà une zone verte de loisir et de production agricole. C’est une succession aréolaire assez logique qui peut être légitimité par un discours qui porte sur les circuits cours avec la nécessité de s’alimenter avec une production d’origine globale et donc là aussi cela vient renforcer les arguments en faveur d’une zone agricole à proximité de l’agglomération. Elle a une existence légale qui est liée à la transcription qui est une règle fédérale qui est l‘obligation pour tous les cantons d’avoir une zone de production agricole importante.

L’idée de la capacité de produire une partie de la production agricole au niveau fédéral et au niveau cantonal est liée à l’idée de neutralité et d’avoir aussi une certaine capacité autarcique d’autonomie en cas de problèmes avec le voisinage. En d’autres termes pour accompagner le principe de neutralité il faut aussi se doter d’une certaine autonomie qui appelle une certaine capacité d’autarcie.

Cependant dans le cas de Genève on est dans un cas particulier, car c’est un canton qui est sous une forme de ville-canton. Le fait d’imposer un périmètre agricole au sein d’une ville canton cela va moins de soi que d’imposer une zone agricole dans un canton plus étendue. Ce principe repose sur des dispositions légales qui la protègent. L’argument du circuit court de la production locale est beaucoup plus récent et vient renforcer la vision de l’utilité d’une production de proximité.

Ceci dit tous ces arguments en faveur d’une zone agricole sont contestés par deux faits :

  • si on change d’échelle, à cause de cette zone agricole une partie de l’urbanisation est repoussée au-delà de la frontière, et puis ce qui génère de la consommation de terre agricole, et qui génère aussi un problème de transport puisque les populations résident d’autant plus du centre d’autant plus que la zone agricole crée une sorte de coupure entre une partie des périphéries et le centre ou se trouve les emplois. Une partie de l’urbanisation est repoussée au-delà de la de la zone agricole, ce n’est plus la couronne externe de l’agglomération, mais une zone intra agglomération qui parait moins logique et contestable parce qu’elle génère des problèmes d’urbanisme.
  • la pénurie de logements est un autre problème, car la production de logements sur la partie constructible de canton est tout à fait insuffisante pour essayer de résorber une partie de la crise du logement. Il y a tout un discours sur le fait que la crise du logement genevoise pourrait être résolue sans touche à la zone agricole. Il y a les tenants de densification du tissu existant, les tenants de la restructuration des zones villa. Ce sont des opérations complexes à mener qui s’effectuent de manière extrêmement lente, car il faut d’abord régler le problème du foncier ; c’est un élément de solution pour la résolution de la crise, mais il y a tout un débat autour de la question du déclassement de la zone agricole qui s’impose.
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On voit l’état de l’urbanisation sur le périmètre du projet d’agglomération, on voit aussi les zones de tension forte. En fait, il y a une coupure assez nette entre l’agglomération continue et une agglomération peu dense et puis qui fonctionne sur des habitats diffus et linéaire ; entre cette agglomération et ce système de périphérie de la zone agricole et la zone verte. Cela donne l’apparence étrange d’une agglomération qui a en son sein une zone tampon alors qu’elle connait de nombreux problèmes de déplacement de populations. 

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Dans l’agglomération d’Annemasse, on voit que côté suisse, il y a une zone agricole avec des villages et un ensemble de champs non bâtis alors que de l’autre côté de la frontière on a un tissu bâti quasi continu. C’est une illustration du phénomène de la zone agricole.

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On voit de vastes espaces imbriqués qui doivent faire l’objet d’un déclassement et de production de logement, mais qui se heurte à des oppositions multiples au nom de la protection agricole.

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Ici, la question de zones agricoles vient empêcher la mise aux normes d’équipements existants, l’école avait projeté de nouvelles annexes, mais qui a été rejeté. Ainsi, l’existence de la zone agricole paralyse le développent de l’agglomération de Genève. D’autre part, l’existence de la de zone tampon interne qui joue peut être un rôle dans la division de l’agglomération genevoise à l’échelle transfrontalière. 

Effort de construction de logements entre 2002 et 2007.png
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Ce schéma tente de donner du sens à plusieurs phénomènes qui sont des phénomènes étranges: la présence de la zone agricole à l’intérieur de l’agglomération et un mouvement isolationniste qui se traduit par des tensions politiques vis-à-vis des frontaliers. Voilà deux phénomènes, l’un qui a une traduction spéciale et l’autre non que l’on peut essayer de tenter d’expliquer dans le cadre du fonctionnement de l’agglomération transfrontalière assez complexe qui nécessite d’aller chercher des explications dans des registres différents.

La zone agricole trouve son origine dans l’idéologie et la mise en pratique de l’idéologie de la neutralité qui appelle une certaine capacité d’autarcie. Elle trouve aussi dans la promotion des circuits courts de productions de qualité, locale et régionale. Elle trouve peut-être aussi son origine dans le fait que la crise du logement que la zone agricole participe à entretenir procure une rentre locative pour un certain nombre d’acteurs qui peuvent être des acteurs individuels, privés, voire collectifs, voir même des organismes publics ou parapublics. On peut s’interroger sur le fait que la rente locative liée à la crise du logement ne constitue pas un facteur qui est un avantage de voir la zone agricole maintenue.

Un des effets produits par la zone agricole est de mettre à distance la périphérie qui se trouve de l’autre cote de la frontière. Cet effet joue peut être un rôle dans la diffusion culturelle qui se maintient par certains aspects à l’intérieur dans l’agglomération Franco-Valdo-Genevoise. Cette mise à distance de la périphérie peut-être contribue à entretenir une tension entre différentes catégories de populations selon leur origine et leur localisation.

Ce phénomène de tension vis-à-vis des frontaliers peut s’expliquer d’un point de vue conjoncturel par la crise économique et les craintes sur l’emploi et notamment l’emploi peu qualifié. Cependant, on est obligé de restituer ce type de mouvement politique dans le cadre de l’opposition qui existe sur la longue durée entre la cité de Genève et son environnement qui a été longtemps hostile à la cité et envers lequel la cité a du se défendre et a dû jouer la carte de la coopération externe au lieu du lien avec et son environnement.

De plus, derrière, il y a le différentiel de salaire et d’accès au logement qui est un puissant moteur à ce jeu d’échange de populations qui est à la recherche d’un emploi d’un côté et d’un logement de l’autre. Cela est une des explications qui fait que la périphérie française fonctionne avant tout comme une banlieue-dortoir et un espace résidentiel.

Avec ce schéma, on mobilise des facteurs de nature différente et qui peuvent aussi être utilisés pour essayer de comprendre des éléments plus spécifiques qui sont observables au sein de cette agglomération.

Annexes

Références

  1. Sources - carte 2006 : Olivier Clochard (Migrinter), Alain Morice (CNRS, Paris), United for Intercultural Action, Gibraltar : Association des familles de victimes de l’immigration clandestine (AFVIC), police aux frontières (PAF) des ports de Nantes et de la Rochelle, Jean Christophe Gay, Les discontinuités spatiales, Economica, Paris, 1995, Le Monde, AFP, Reuters, AP, Eleftherotypia (Athènes). url:http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/mortsauxfrontieres
  2. Xenophobia in South Africa; Boston.com. 2014. Xenophobia in South Africa. [online] Available at:http://www.boston.com/bigpicture/2008/06/xenophobia_in_south_africa.html [Accessed: 10 Apr 2014].