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En forme de conclusion au cours de relations internationales II

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Pourquoi un cours sur les approches critiques de l'international ?[edit | edit source]

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Les « relations internationales » ne sont pas un objet d'étude manifeste, indiscutable voir évident. C’est une approche parmi d’autres, le monde international est d’une telle complexité qu’il ne s’agit que d’un type de problème. La question de n’importe quel chercheur et de savoir quel problème est posé. Souvent, la question est plus importante que la réponse. Il est important de se poser les bonnes questions. Arriver à questionner le monde est un acte beaucoup plus important dans une certaine mesure, mais cela n’empêche pas qu’il y a un poids. Oublier de se poser des questions est peut-être la pire chose qu’il peut arriver. Un discours doctrinal est une réponse positive. Dans une certaine mesure, la réponse peut-être un déni de questionnement. Meyer montre que dans les sciences sociales positives, le danger est d’adopter des réponses qui effacent le monde social. Une réponse qui à des plausibilités peut avoir tendre à effacer d’autres questionnements sur la guerre ou sur la réponse elle-même.

La chose à comprendre que la question n’est pas de choisir une approche, mais il faut questionner les choses et les problématiser. Les approches critiques ne veulent pas dire qu’il y a les critiques et les autres, mais cela doit permettre d’insuffler n’importe quel type d’approche, c’est une forme d’humilité intellectuelle. Comme le dit Chris Brown dans Understanding International Relations[9] publié en 2005, ces différentes questions participent donc d'un « jeu constant entre le 'monde réel' et le monde du savoir ». En relations internationales, la vision dominante de ce jeu est naturalisante essentialisante dans la mesure où l’on va être ahistorique et asociologique par rapport aux unités, mais aussi par rapport aux processus que l’on va tenter d’expliquer.

La critique[edit | edit source]

Il y a différents types de possibles. Il faut comprendre les phénomènes comme étant une résultante spécifique et de comprendre pourquoi est-on arrivé à cette résultante et comment on peut arriver à d’autres résultantes. Calhoun montre que la critique est reconnaître que l'état du monde actuel n'épuise pas tous les possibles en vue d'une action sociale.

Pour Calhoun dans Critical Social Theory[10] publié en 1995, il faut offrir une «« lecture des conditions historiques et culturelles (tant sociales que personnelles) dont dépend l'activité intellectuelle d'un [chercheur] ». Les conseillers en sécurité aux États-Unis furent souvent des universitaires. Il faut comprendre la production du monde social à travers des acteurs qui sont des professionnels. Il faut aussi procéder à « un ré-examen continu des catégories constitutives et des cadres conceptuels par lesquels un [chercheur] comprend, en incluant une construction historique de ces cadres ». Une approche critique cherche à comprendre les outils pour faire du sens et de voir leurs contingences afin de les replacer dans leur origine et dans leurs constructions. Les concepts sont aussi des outils de pouvoir permettant d’agir sur les autres. Il s’agit aussi de faire « une ‘confrontation’ avec les présuppositions théoriques cachées et non- soutenues déterminant la façon de comprendre le monde ». Il y a une conception du monde qui ne se dit pas, mais qui est au centre de certaines pratiques et de certains discours.

Contre la réification[edit | edit source]

La réification est l’idée de rendre une chose une chose. Dans La réification. Petit traité de théorie critique publié en 2007, Honneth rapporte les propos de Lukács pour qui la réification est transformer « une relation entre personnes prend le caractère d'une chose ».

Du point de vue marxiste, le fétichisme est le fait d’entrer dans une relation sociale avec toutes les personnes qui ont contribué à la création, la production et la vente de l’objet. C’est l’idée d’entrer dans une relation sociale et d’y participer, mais aussi d’accepter un mode de fonctionnement. Acheter quelque chose n’est pas innocent. Dans Le Capital de Karl Marx publié en 1867, pour les producteurs, il apparaît que « les rapports de leurs travaux privés apparaissent ce qu'ils sont, c'est- à-dire non des rapports sociaux immédiats de personnes dans leurs travaux même, mais bien plutôt des rapports sociaux entre les choses ».

Un rapport critique est quelqu’un qui se rend compte de ce qu’il fait. Échanger est peut être acheter différent réfléchissant en termes de « ce que ceci représente ». Produire participe de la personne en tant que producteur. Il faut s’interroger sur la manière dont ont réifier l’objet.

Pour Robert Elias dans What is Sociology? publié en 1978, « beaucoup de noms utilisés en sciences sociales — et dans notre langage quotidien — sont formés et employés comme si ils faisaient référence à des choses matérielles, des objets visibles et tangibles dans le temps et l'espace, existant indépendamment des gens ». Un État est une construction sociale, un imaginaire une multitude d’organisme, d’organisation et de personnes qui le représentent. Le danger est de penser des concepts et de leur donner une vie qui efface la multiplicité des rapports sociaux.

Contre l'apparence de la nécessité[edit | edit source]

On ne peut penser les théories comme étant neutres, mais cela ne veut dire qu’elles ont un rapport à l’objectivité qui nous entour et un pouvoir de compression et d’explication du monde qui nous entour. Ce n’est pas parce qu’on a une vision dominante qu’elle est la plus pertinente et ce n’est pas qu’elle explique mieux. Les approches en relations internationales sont souvent eurocentrées.

Pour Cox dans Social Forces, States and World Orders: Beyond International Relations Theory publié en 1981, « theory is always for someone and for some purpose ». C’est-à-dire qu’il faut placer les concepts dans une sociologie de la connaissance. Cox différencie le « problem-solving » qui prend le monde tel qu’il semble être en fournissant des approches explicatives, d’avec les « critical theory ». Ainsi, il est important de distinguer les « discours que l’on porte sur » et les « processus » sociaux, politiques, économiques effectifs.

L'oppression et la domination[edit | edit source]

L’oppression n’est pas la domination. Elle n’en est qu’une dimension possible, mais pas nécessaire. C’est empêcher les gens de d’exprimer. Dans Justice and the Politics of Difference publié en 1990, Young met en exergue que l’oppression consiste en des actions et/ou des « processus institutionnels systématiques empêchant certaines personnes d'apprendre et d'employer des aptitudes [relationnelles, e.g. estime de soi/rapport aux autres ; trad. de 'satisfying and expansive skills'] dans des environnements socialement reconnus, ou des processus sociaux institutionnalisés entravant la capacité des personnes d’engager et communiquer avec les autres ou d'exprimer leurs sentiments et perspectives sur la vie sociale dans des contextes où d'autres peuvent entendre ». Young décrit la domination comme consistant en des « conditions institutionnelles qui entravent ou préviennent les personnes de participer dans la détermination de leurs actions ou des conditions de leurs actions. Les personnes vivent dans des structures de domination si d'autres personnes ou groupes peuvent déterminer sans réciprocité les conditions de leurs actions, soit directement ou en vertu des conséquences structurelles de leurs actions. La démocratie sociale et politique pleine (thorough) est l'opposé de la domination ».

L’idée centrale de domination est qu’il n’y a pas de réciprocité, on dit pour l’autre ce qu’il doit être, on structure l’autre dans ce qu’il doit penser et ce qu’il doit devenir. Ce n’est pas parce qu’une personne veut qu’elle peut changer les choses.

La domination[edit | edit source]

Lorsqu’on parle de domination, il y a deux éléments fondamentaux. Dans Sur l’État de Pierre Bourdieu publié en 2012 l’État « est l'instance légitimatrice par excellence, qui ratifie, solennise, enregistre les actes ou les personnes, en faisant apparaître comme allant de soi les divisions ou les classifications qu'il institue. [...] L'État n'est pas un simple instrument de coercition, mais un instrument de production et de reproduction du consensus, chargé de régulations morales [...] cet organe de la discipline morale [qu'est l'État] n'est pas au service de n'importe qui, mais sert plutôt les dominants ». L’État est dans une grande mesure le reflet de ces rapports de domination.

Dans De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation publié en 2009, Boltanski parle de la domination qui « n'est pas directement observable et échappe en outre, le plus souvent, à la conscience des acteurs. La domination doit être dévoilée. Elle ne parle pas d'elle-même et se dissimule dans des dispositifs dont les formes patentes de pouvoir ne constituent que la dimension la plus superficielle [...] Tout se passe donc comme si les acteurs subissaient la domination qui s'exercent sur eux non seulement à leur insu, mais parfois même en contribuant à son exercice ».

Une vision naïve du post-colonialisme est de penser que c’est simplement l’imposition d’une vision à un autre. Des études montrent comment le colonisé s’est accommodé d’une forme de pouvoir et de domination parce que des élites locales se sont alliées au colonisateur pour gérer un territoire. Nous sommes tous des acteurs de la domination.

Le danger de la doxa[edit | edit source]

Bourdieu parle des dangers de la doxa dans Sur l’État publié en 2012. Pour lui, « Les profanes sont aussi en danger de faire confiance. Si mon entreprise est réussie, ils doivent trouver tout ça très naturel et, parfois, se demander pourquoi je pose de manière si pathétique des problèmes qu'ils trouvent très simples, une fois que je les ai formulés [...] Ce danger est un effet, paradoxalement, du cela-va-de-soi. Ayant dit: je vais dénoncer [le fait] que cela va de soi, je produis un autre effet de cela-va-de-soi, un effet de naturel qui peut être accueilli à son tour comme une sorte de doxa. [...] Ce sentiment de déjà vu et de déjà connu, que je ne stigmatise pas, mais que j'explicite, est une protection contre l'effort de pensée qu'il faut faire dans toutes les sciences, et spécialement en sociologie, pour être à la hauteur de ce qu'on a déjà pensé ».

Faire des approches critiques est être dans un rapport de distanciation, de critique par rapport à soi et d’écoute par rapport à d’autres.

Annexes[edit | edit source]

Bibliographie[edit | edit source]

  • Boltanski, L. (2009) De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation. Paris: Gallimard.
  • Bourdieu, P. (2012) Sur l'État. Cours au Collège de France 1989-1992. Paris: Seuil.
  • Brown, C. with Kirsten Ainley (2005). Understanding International Relations. Houndmills: Palgrave Macmillan, 3rd ed. revised and updated.
  • Calhoun, C. (1995). Critical Social Theory. London: Blackwell Publishing.
  • Cox, R. W. (1981). Social Forces, States and World Orders: Beyond International Relations Theory. Millennium: Journal of International Studies, 10(2), 126–155.
  • Elias, N. (1978) What is Sociology? New York: Columbia University Press.
  • Honneth, A. (2007[2005]) La réification. Petit traité de théorie critique. Paris: Gallimard.
  • Marx, K. (1968[1867]) Le Capital. Livre 1. Paris: Gallimard.
  • Young, I. M. (1990) Justice and the Politics of Difference. Princeton: Princeton University Press.

Références[edit | edit source]