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La poursuite d’un ordre mondial

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Nous allons voir comment les États-Unis se positionnent vis-à-vis de l’ordre international et la quête d’un ordre mondial dont ils seraient parmi les principaux si ne serait les principaux organisateurs.

À partir du moment où les États-Unis émergent comme une grande puissance mondiale, la diplomatie américaine vise à chercher un ordre international mondial. La dimension de sauvegarde de la politique sécuritaire américaine et le messianisme ont deux notions qui s’articulent en permanence dans la politique étrangère américaine avec plus ou moins de difficultés selon les périodes. Les perspectives de long terme sont importantes. Les États-Unis sont l’un des acteurs majeurs du système mondial dès la Première guerre mondiale et encore plus à la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Il est intéressant de se demander si c’est un système autonome fonctionnant selon sa propre logique ou un relais de la politique étrangère américaine. Ainsi, il y a une oscillation permanente entre mondialisme et régionalisme dans la politique étrangère américaine.

Les hésitations du mondialisme américain [1890 – 1939][edit | edit source]

Le projet wilsonien et son échec[edit | edit source]

Le Conseil des Quatre à la conférence de paix : Lloyd George, Vittorio Orlando, Georges Clemenceau, et Woodrow Wilson.

Le projet wilsonien est fondamental, la présidence Wilson est le moment où les États-Unis formulent un projet d’organisation internationale. Les choses commencent avant Wilson. Le projet wilsonienne n’est que l’aboutissement d’un projet formalisé et formulé avant, en particulier avec toute une série de mouvements pacifistes et internationalistes aux États-Unis qui ont commencé à réfléchir avec l’idée de paix perpétuelle et d’ordre international. Il y a tout un acquis déjà mis en place. Si on s’intéresse à la sociologie de la décision, on oublie souvent qu’ils ne sont que des chambres d’échos de choses qui se sont passées avant et dont ils ne sont pas les inventeurs, mais qu’ils légitimisent. L’idée de ce projet est de propulser les États-Unis dans l’arène des grandes puissances internationales. Il y a une certaine pensée géopolitique dans la réflexion des organisations pacifistes internationalistes. Il n’y a pas que les gouvernements qui raisonnent en termes de puissance et notamment les acteurs privés.

Le projet étasunien se déploie avant tout sur l’échelle du territoire américain avec en particulier les conférences panaméricaines en 1880 et en 1890 se formalisant avec la création de l’Union panaméricaine en 1910 qui est une première tentative d’organisation internationale à l’échelle du continent américain c’est-à-dire à l’échelle de ce que les États-Unis envisagent de leur domaine d’intervention en 1910 soit le continent américain. Lorsque Wilson arrive au pouvoir en 1912, il pense pouvoir transformer l’Organisation panaméricaine en une organisation de sécurité régionale. La Société des Nations a des antécédents au niveau du continent sud-américain. De fait, l’Union panaméricaine en 1910 et pendant l’entre-deux-guerres va faire concurrence à la Société des Nations ne serait-ce envers le continent sud-américain. Ce qui est important est que les questions de réflexions sur l’organisation internationale et l’ordre international se déploient d’abord à l’échelle du continent américain.

De ce point de vue, la Première guerre mondiale est un moment charnière parce qu’entre 1914 et 1918, du côté américain va se cristalliser un projet d’ampleur mondiale d’appliquer à l’ensemble de la planète quelque chose pensé largement à l’échelle du continent américain dans un premier temps. Le projet mondial formulé par Wilson va se cristalliser avec les Quatorze points et le projet de la Société des Nations présenté au sénat et au monde. C’est un projet politique complètement nouveau dans les relations internationales qui jusqu’à la fin du XIXème siècle et début XXème siècle se caractérise par un club de puissances organisant les relations internationales selon leurs intérêts changeants. Désormais, l’idée est de créer un corps politique à l’échelle mondiale gérant les relations entre différents États dans le cadre du modèle de la démocratie américain. Il y a un projet d’organisation formalisé avec un projet politique derrière avec la Société des Nations comme un parlement des Nations.

La Société des Nations est un compromis entre trois projets en concurrence entre le projet français, américain et anglais. Les américains et les anglais se sont mis d’accord afin de fusionner leurs projets. Le projet de la Société des Nations porte la marque de Wilson, mais est aussi un compromis avec les anglais ainsi que les français. C’est une notion d’association volontaire entre les nations dans le cadre d’une association des États où tout le monde est solidaire des autres.

La question de la ratification au Congrès veut dire que la question de l’organisation de l’ordre international n’est pas évidente en interne étant fortement contestée dès 1919. Le rejet du traité de Versailles et le résultat d’une fracture profonde au sein de la société politique américaine. Il est important de considérer que la question de l’ordre international ne va pas de soi. Ceux qui ont voté « pour » et « contre » ce projet étaient ceux qui étaient le plus « pour » et le plus « contre ». Ce fut un imbroglio politique dans le cadre d’un débat extrêmement fort sur le rôle des États-Unis dans les relations internationales et de savoir s’ils doivent contribuer à l’organisation du monde ou pas.

La seconde vie du wilsonisme ?[edit | edit source]

Le moment wilsonien est le moment où Wilson porte son projet et joue un rôle central à la conférence de la paix. Mais en 1919, son projet tombe à terre suite au rejet du Sénat du traité de Versailles. L’élection présidentielle suivante en 1920 amène un républicain à la présidence. Finalement, pendant tout l’entre-deux-guerres, le wilsonisme continue.

À la Société des Nations, il y a des États membres et des États non-membres. Dès qu’il a fut clair que les États-Unis allaient refuser la participation à la Société des Nations, le secrétariat de la Société des Nations a trouvé toute une série de stratégies pour intégrer les États-Unis quand même. Le secrétariat de la Société des Nations va considérer que, certes, les États non-membres participent à la Société des Nations indirectement, mais qu’ils peuvent participer directement dans toute une série de domaines de négociations. La distinction entre États membres et États non-membres est juridiquement claire, mais dans les faits et beaucoup plus floue. La participation des États-Unis à la Société des Nations va se faire à travers les grandes fondations américaines permettant de voir qu’à côté de la théorie que les États-Unis ne sont pas à la Société des Nations, ils y sont quand même.

Dans les sections techniques qui sont des organisations non-politiques et les ancêtres des agences de l’ONU aujourd’hui avec la section d’hygiène, l’organisation économique et financière, la conseil de l’opium et d’autres, on retrouve les États-Unis comme dans la section d’hygiène et la section économique et financière financée à majorité par des capitaux américains par des fondations américaines, en particulier la fondation Rockefeller et la fondation Ford.

Si on regarde les commissions spécialisées qui organisent des réunions d’experts, on retrouve des experts américains à peu près partout représentés presque autant que tous les autres États. La Cour permanente de justice internationale a été largement définie par Elihu Root et pendant tout l’entre-deux-guerres il y a des juges américains dont deux anciens secrétaires d’États comme Frank Kellogg et Manley Hudson. Les États-Unis vont adhérer en 1934 au BIT.

E. H. Greenwood, U.S. Delegate, and Harold B. Butler, Secretary-General, with secretarial staff of the first International Labour Conference in Washington, D.C., October–November 1919,
in front of the Pan American Building

À la fin des années 1930, les États-Unis se sont fortement rapprochés de la Société des Nations dans les sections techniques en particulier à la section d’hygiène et des questions économiques et financières. En fait, les États-Unis sont à la Société des Nations. Le wilsonisme a fait échoué la ratification du traité de Versailles, mais le wilsonisme se traduit par l’activité des organisations non-gouvernementales à la Société des Nations portant le projet international américain auprès de la Société des Nations.

Les fondations Rockefeller et Carnegie ont leurs activités à l’intérieur de la Société des Nations, mais aussi en dehors. Ces fondations mettent en place des campagnes sanitaires sur presque la totalité du monde concevant une politique sanitaire international en complémentarité et en concurrence à la Société des Nations. Il faut noter qu’il ne s’agit pas que de santé. Ces organisations ont aussi des implications politiques comme la diffusion du droit international avec un corpus correspond à la politique étrangère américaine à travers la Carnegie endowment for international peace.

La diplomatie bancaire [1919 – 1929] : une variante de la diplomatie du dollar[edit | edit source]

L’action du gouvernement américain est quand même importante dans l’entre-deux-guerres. Les États-Unis ne sont pas isolationnistes dans l’entre-deux-guerres intervenant notamment à travers les organisations privées. Le gouvernement est présent avec des idées en la matière. Pendant l’entre-deux-guerres, durant les années 1930, ce sont les républicains qui sont au pouvoir n’ayant pas les mêmes projets que Wilson sans pour autant dire qu’ils n’ont pas d’idées de reconfiguration internationale. La reconfiguration de l’ordre international passe par la réorganisation de l’économie mondiale permettant de reconfigurer les relations entre les pays. L’idée des présidents américains et de considérer de mettre en place un ordre économique international géré par les États-Unis dans lesquels les États-Unis interviennent.

Il y a la question des dettes interalliées qui est le problème numéro Un pendant la décennie des années 1920. Ce sont les emprunts effectués par les alliés des États-Unis qui doivent les rembourser après 1918. Dans l’esprit des européens en particulier dans l’esprit des français, la question des dettes et intimement liée à la question des réparations considérant dans les années 1920 ; payant ses dettes aux États-Unis si l’Allemagne paie des réparations à hauteur de 132 milliards de mark-or. Ce n’est pas le point de vue des États-Unis qui considère que les dettes interalliées doivent être payées coûte que coûte par les anglais et les français. L’enjeu financier est colossal et il y a aussi un enjeu géopolitique.

Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, les États-Unis sont la première puissance économique, mais la seconde puissance financière derrière l’Angleterre. Si les États-Unis effacent les dettes, cela va de facto restaurer la puissance financière anglais comme avant 1914. L’objectif est de se faire rembourser, mais aussi de prendre la place de première place financière mondiale devant l’Angleterre. L’enjeu des dettes interallié est le passage du centre financier du monde de Londres à New York. Les Étasuniens n’interviennent pas dans les affaires européennes, mais interviennent dans les affaires financières.

La dette interalliée est un élément fondamental de la diplomatie bancaire telle qu’elle se manifeste dans les années 1920. On voit comment les États-Unis influencent le cours de l’histoire politique en Europe. Avec l’opération de la Ruhr par France en Allemagne, la France se met à dos ses alliés, dont l’Angleterre et les États-Unis qui vont faire pression pour qu’elle s’y retire. Les années 1924 et 1929 sont l’exemple de la diplomatie bancaire américaine puisqu’au lendemain du retrait de la France la Ruhr, est convoquée la conférence de Londres où les américains sont très puissants pour trouver une solution à la question des réparations et de la dette interalliée. Les réparations sont trop élevées et l’Allemagne n’arrive pas à payer et l’objectif américain est d’obtenir une baisse du montant des réparations et de la faire accepter par la France. La France veut affaiblir au maximum l’Allemagne dans le cadre d’une revanche alors que les États-Unis veulent réinsérer l’Allemagne dans le commerce international pour réinsérer l’Allemagne dans le commerce mondial. Les États-Unis obtiennent une baisse du montant des réparations. À l’issue de la conférence est mis en place le plan Dawes allégeant les réparations allemandes et qui met en place un système tripartite avec, d’un côté, des prêts américains à l’Allemagne qui permettent à l’Allemagne de rembourser la France et qui permettent à la France de rembourser les États-Unis. L’idée était de remettre en place un circuit de commerce international, une circulation de monnaie et de produire. L’objectif américain à cette conférence de 1924 est d’intervenir dans la géopolitique européenne et dans le circuit de échanges européens.

Le plan Dawes est caractérisé de la diplomatie des années 1920 étant votée pour 5 ans, date à laquelle on renégocie un nouveau plan qui est le plan Young qui allège les réparations. L’histoire économique de la décennie 1920 ne peut pas s’envisager sans l’intervention des États-Unis. La diplomatie bancaire et une variante de la diplomatie du dollar où les prêts des banques américaines sont conditionnés à un certain nombre de changements structurels. C’est le contexte d’intervention américaine soutenu par le pouvoir politique par ce que ce sont des prêts risqués. C’est un synergie entre banquiers d’un côté et politiques de l’autre.

Tout cet édifice s’effondre en 1929, puisqu’à partir de 1929, les banques américaines ne sont plus capables de prêter à l’Allemagne qui ne peut plus rembourser la France qui ne peut plus rembourser les États-Unis. Dans l’entre-deux-guerres, il n’y a pas d’isolationnisme américain, il y a une présence qui s’opère par des voies différentes avec une présence forte dans l’organisation des relations internationales dans l’entre-deux-guerres directement et avec la présence d’organisations non-gouvernementales. C’est la fin de la diplomatie bancaire.

La construction d’un nouveau système international : 1939 – 1947[edit | edit source]

Au moment de la déclaration de guerre, il faut noter le discrédit politique de la Société des Nations. Du fait de ce discrédit politique, vient se greffer l’idée que lorsque la guerre sera terminée, il faudra rebâtir une nouvelle organisation sur ce que la Société des Nations n’a pas su organiser. Dès 1940, les États-Unis jouent un rôle majeur à travers une série de réflexions.

Pendant le conflit, la Société des Nations ne meurt pas, mais une série de ses sections sont transférées aux États-Unis. Les États-Unis jouent un rôle important dans la construction d’après guerre dès 1940, mais cette réflexion est aussi menée par une série d’experts européens qui vont déménager aux États-Unis pendant la guerre. Ce n’est pas uniquement le fait de l’administration fédérale qui a des projets unilatéraux au début de la guerre, et les experts européens, en particulier les économistes attirent l’attention des officiels du Département d’État sur toute une série de points et en particulier sur le relèvement économique de l’Europe. La réflexion de l’Europe qui se développe aux États-Unis sur l’organisation du système internationale d’après guerre n’est pas le fait seulement de l’administration américaine, mais aussi d’experts européens.

Document contenant les clauses de la charte de l'Atlantique.

L’acte fondateur de cette réorganisation est la Charte de l’Atlantique en 1941 et la déclaration de la da Charte des Nations Unies en 1942 qui va mettre en place tout une série d’organisations en entre 1942 et 1945. La nouvelle organisation qui se met en place après 1945 a la généalogie du wilsonisme et du New Deal. Roosevelt va répandre largement la conception wilsonienne et le New Deal afin d’organiser un ordre international et de créer un système interventionniste dans le cadre d’une politique de planification libérale. Une bonne partie des new-dealers connaissent une grave défaite sur le plan intérieur, mais ils vont connaitre une victoire à l’extérieur, car une bonne partie d’entre eux va appliquer leur projet à l’échelle internationale. Le système d’organisation internationale tel que mis en place par le système de l’ONU est une projection du New Deal à l’échelle mondiale.

Les États-Unis vont encourager la participation des organisations non-gouvernementales crée par l’article 71 de la Charte afin de créer un statut d’organisation non-gouvernementale. Le gouvernement américain est celui qui fait partie de ceux qui ont le plus appuyé l’intégration des organisations non-gouvernementales. Il est clair que dans l’état d’esprit des politiques américaines et les acteurs des ONG, le fait que la future organisation internationale accueille des acteurs non-gouvernementaux sera un moyen de faire participer la société civile à l’ordre international, car l’État n’est qu’un rouage de la politique américaine. Cela renvoie aussi à une réalité géopolitique qui est que comme la société civile est énormément active, qu’il y ait beaucoup d’acteurs privés qui se projettent à l’international, c’est aussi un moyen d’augmenter l’influence des États-Unis à l’ONU.

Finalement, on peut s’interroger de savoir si l’article 71 de la Charte est une projection de la culture politique américaine dans le système politique international en contribuant à mettre en place un système où les gouvernements sont représentés, mais également les acteurs privés, certes, avec un rôle consultatif. L’entrée officielle des acteurs privés dans l’organigramme de l’ONU est, entre autres, la marque de l’influence américaine.

L’ordre international en Guerre froide : 1947 – 1970[edit | edit source]

L’ONU : organisation multilatérale ou relais de la diplomatie américaine ?[edit | edit source]

Les deux logiques qui s’affrontent sont, celle des deux superpuissances, mais il y a aussi la logique d’une organisation supranationale afin de faire respecter un ordre international dans différents domaines. On peut se poser la question de savoir quel est le statut de l’ONU, son rôle et sa place, mais aussi de savoir si l’ONU est une vraie organisation multilatérale avec un projet ou bien le relais de la puissance américaine.

L’ONU est une organisation universelle, mais c’est une organisation universelle où le poids des États-Unis est déterminant. En 1945, la moitié du budget de l’ONU provient des États-Unis, diminuant dans les années 1970 pour atteindre 25% du budget de l’ONU. On peut se poser l’impact du poids des États-Unis sur l’ONU et son système politique. Il est clair que pendant la Guerre froide, dès le début, l’ONU devient un lieu de confrontations entre les États-Unis et l’URSS. C’est une arène où les deux superpuissances s’opposent.

Avec l’exemple de la Corée, il y a une opposition forte entre les États-Unis et l’URSS et une influence très nette et plus forte sur l’ONU des États-Unis que l’URSS. Avec l’intervention en Corée, entre 1949 et 1950, le délégué soviétique est absent du Conseil de sécurité afin de protester que malgré la victoire des communistes en Chine, la chaise du délégué chinois est toujours possédée par Taiwan. Au moment de l’intervention en Corée, les États-Unis font voter facilement une intervention en Corée. Suite à ce vote, les soviétiques reviennent qui vont mener à la votation de la résolution Ashton qui stipule que lorsque le Conseil de sécurité est empêché de prendre un certain nombre de décisions, l’Assemblée générale de l’ONU peut s’y substituer. C’est pour cela que les résolutions suivantes concernant la Corée sont votées à l’Assemblée générale.

L’ONU est une organisation internationale étant une arène entre l’URSS et les États-Unis, mais cela n’empêche pas que la puissance dominante à l’ONU reste les États-Unis notamment avec l’intervention en Corée menée sous l’égide de l’ONU. Dans ces années, l’ONU est une courroie de transmission de la politique étrangère américaine. Entre 1945 et 1960, il faut noter l’importance de l’influence des États-Unis sur l’ONU et l’UNESCO.

Les États-Unis et les institutions de Bretton Woods[edit | edit source]

Il faut s’intéresser à la relation entre les États-Unis et les institutions de Bretton Woods en particulier avec le FMI et la BIRD qui font en théorie partie du système onusien, mais en pratique qui n’en fait pas partie. À l’ONU, la règle est un pays égal une voix, au FMI la règle est un dollar égal une voix sachant que les États-Unis représentent 32% du capital en 1945. Dès lors, les États-Unis ont une capacité de blocage jusqu’aux années 1970. Il est entendu d’emblée que le président de la BIRD sera américain. Le FMI est la Banque mondiale sont structurellement plus liés au champ de la sphère politique américaine que de la sphère onusienne. À partir de là, il y a la question de l’influence des États-Unis et du rôle que ces institutions doivent avoir.

Le FMI et la Banque mondiale ont eu un rôle peu important jusqu’aux années 1970. Dès le départ, la question de leur rôle a été très compliquée à définir relevant d’un compromis entre les milieux bancaires de Wall Street qui sont opposés à toute forme de régulation monétaire du système international et les new-dealers sont partisans d’une planification libérale avec l’intervention de la puissance publique dans le champ économique.

Il y a une rivalité au sein du champ américain ne permettant pas d’arriver à un consensus sur le rôle du FMI et de la Banque mondiale. Le FMI et la Banque mondiale vont être marginalisés assez rapidement parce que lorsque la Guerre froide va éclater, les États-Unis vont considérer qu’il est plus facile de mener l’aide au développement de leur côté qu’à travers une organisation internationale. Le Plan Marshall court-circuite le FMI et la Banque mondiale qui est le signe de la nationalisation de l’aide au développement. La Guerre froide aboutie à une marginalisation des institutions de Bretton Woods sur lesquelles les États-Unis ont une influence, mais qui prend moins de place dans la sphère internationale.

La régionalisation du système international[edit | edit source]

Au cœur des réflexions américaines sur l’organisation du monde en 1945 et après, il y a toujours la question de savoir s’il faut créer un seul système mondial unifié ou une série de systèmes régionaux sous l’égide d’une organisation mondiale. Ce débat existe avant 1945, mais va être accéléré par la Guerre froide puisque l’ONU va très rapidement être paralysée par la logique de Guerre froide. Ce système de sécurité collective est largement paralysé par la logique de Guerre froide et les États-Unis vont créer une série d’initiatives en faveur d’une régionalisation du système international afin de maitriser mieux les choses au lieu que de passer par une organisation multilatérale.

Les États-Unis interviennent en Amérique latine afin d’éviter la contagion communiste menant à l’approfondissement de l’intégration de l’Union panaméricaine et la transformation l’Union panaméricaine en Organisations des États d’Amérique. La convention de Rio de 1947 instaure un système de sécurité collective à l’échelle du continent américain. Jusqu’au milieu des années 1960, l’OEA va être un relais de la politique américaine en Amérique latine et un outil qui se voit dans toute une série d’interventions des États-Unis dans le cadre de renversement de gouvernement notamment au Guatemala en 1954 ou encore en République Dominicaine en 1965. Suite à l’intervention de la CIA, elle va contribuer progressivement à délégitimer l’OEA pour la qualifier d’outil de la politique étrangère américaine et à partir des années 1960, les États d’Amérique latine vont refuser un approfondissement de ce système qui contribue à renforcer la puissance américaine dans la région.

En Europe, il y a un processus similaire. La création de l’OTAN qui est une alliance militaire et de sécurité collective est une petite ONU pour l’Europe de l’Ouest qui répond à la logique de Guerre froide. Cela est pour fixer l’idée qu’après avoir pensé un système universel avec une grande organisation, la Guerre froide va mener à une régionalisation du système de sécurité collective et les États-Unis vont régionaliser leurs relations avec les régions du monde. Au Moyen-Orient, c’est le pacte de Bagdad en 1955, l’ANZUS en 1951 en Asie ou encore l’OTASE en 1954. L’ONU est créée en 1945, mais elle est redoublée à partir des États-Unis témoigne d’une tendance régionalisatrice des questions de sécurité collective. Cela n’empêche pas des accords bilatéraux comme avec la Corée du Sud en 1951 et Taiwan en 1952. Il y a une concomitance avec des stratégies mondiales, régionales et bilatérales avec certains partenaires. Ce qu’on voit pendant cette période de la Guerre froide est un tissu d’alliances régionales qui vient redoubler le système international tel que créé en 1945 avec l’OTAN. Entre 1947 et 1954, les États-Unis vont créer un immense réseau d’alliances régionales.

Les États-Unis et le système international à l’heure de la multipolarisation [1970 – 2013][edit | edit source]

Le point de vue des États-Unis par rapport aux organisations internationales et à l’organisation internationale comme concept change.

L’éloignement de l’ONU[edit | edit source]

À partir de 1960, la situation de l’ONU change avec l’adhésion des anciens pays colonisés qui change le rapport de force. Le magister américain sur l’ONU est rapidement contesté à travers la CNUCED, le NOEI et le NOMIC qui est le pendant du NOEI, de même que le NOEI conteste la domination occidentale sur l’économique mondiale et le déséquilibre entre économies développées et sous-développées. Les organisations en relation aux NOMIC pointent les moyens de communication dans les pays occidentaux qui participent à un déséquilibre dans la construction et la diffusion de l’information. Dans ces trois cas, ce sont les États-Unis qui sont contestés au premier chef et plus généralement les pays occidentaux.

Cela va se traduire par une réaction qui se matérialise par un éloignement de l’ONU de manière générale. La contribution des États-Unis au budget de l’ONU baisse de plus en plus accumulant des retards de paiements et quittent un certain nombre d’organisations quittant le BIT de 1977 à 1980 et vont quitter l’UNESCO entre 1985 et 2003. On voit très clairement l’éloignement des États-Unis vis-à-vis du système multilatéral onusien qu’ils ne maitrisent plus. À la fin des années 1970, il y a un éloignement progressif des États-Unis du système onusien. Depuis l’élection de Barack Obama, on constate un certain rapprochement sans pour autant avoir un rapprochement significatif.

On constate aussi une augmentation de l’influence américaine sur le FMI et la Banque mondiale plus ou moins déconnectés du système onusien. L’influence à travers ces organisations va être de plus en plus liée à la sphère de pouvoir américaine que la sphère du pouvoir onusien. On peut voir une influence indirecte et une montée d’experts qui sont des économistes de l’école de Chicago au sein de ces institutions. Il y a un lien direct entre l’augmentation de la présence de ces économistes et des politiques de dérèglementation tel que prescritent par le FMI à la fin des années 1980. Ces économistes sont sur une ligne extrêmement proche de l’administration Reagan à la fin des années 1980. C’est le consensus de Washington. Si on regarde la relation entre les États-Unis et l’ONU, on voit un éloignement et un accroissement de l‘influence sur le FMI et la Banque mondiale. Ces institutions ne relèvent que d‘hypothèses dues au manque de travaux sur cette thématique.

L’après-guerre froide : avec ou sans l’ONU ?[edit | edit source]

On constate une différence très forte entre ce qui se passe dans l’immédiat après Guerre froide avec la Première guerre du golf et la dégradation des relations entre les États-Unis et le système onusien dans les années 1990. L’arrivée de George Bush représente le summum de l’unilatéralisme américain. L’arrivée de Barack Obama est marquée par plus de multilatéralisme dans les paroles, mais dans les faits, continue de pratiquer l’unilatéralisme.

La réforme du système international[edit | edit source]

Les États-Unis fait partie de ceux qui sont fortement opposés à la reforme du Conseil de sécurité, mais aussi à l’inclusion de certaines institutions dans le système onusien comme le FMI, la BIRD ou encore l’OMC qui signifierait une perte d’influence au sein de ces organisations. Si on regarde les accords internationaux de la fin 1990, on constate que les États-Unis en sont abstraits comme avec le protocole de Kyoto en 1997 et leur opposition à la Cour pénale internationale en 1998. Les États-Unis sont en retrait de l’ordre international aujourd’hui. Les États-Unis furent pionnier dans la réflexion sur l’ordre international, mais aujourd’hui sur la défensive.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]