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L’américanisation du monde : mythe ou réalité ?

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Nous allons formaliser une réflexion sur le thème de l’américanisation du monde. On retrouve un certain nombre de notions d’abord sur ce qu’est le processus d’américanisation qui est entendu comme un processus de long terme par lequel es États-Unis tentent de modeler toute une partie du monde à leur image et réussissent à exporter un certain nombre de principes sociaux, politiques ou encore culturels. Les rapports entre les États-Unis est le monde doit se comprendre comme le monde étant le prolongement des États-Unis. Modeler le reste du monde à leur image revient à projeter les États-Unis hors de leurs frontières.

Lorsqu’on parle d’américanisation du monde, il faut travailler sur la nature de ce phénomène. Susan Strange parle d’impérialisme non-territorial qui est l’idée que les États-Unis avait commencé à inventer à la fin du XIXème siècle un mode de domination distinct des puissances européennes. Il faut raisonner dans une perspective transnationale avec l’américanisation qui n’est pas un processus d’exportation brut, mais un système d’import – export. Il y a un « va-et-vient » permanent entre les États-Unis et le reste du monde. L’américanisation n’est pas un modèle américain qui se construit à l’intérieur des États-Unis et qui s’exporte, mais c’est un modèle construit par l’importation. Les américains se mondialisent en même temps qu’ils américanisent le monde. Il y a une connexion entre ce qui se passe à l’intérieur des États-Unis et ce qui se passe à l’extérieur. La politique extérieure est multipolaire, il y a de multiples acteurs : il y a l’État, mais aussi une kyrielle d’acteurs privés qu’on retrouve dans la thématique de l’américanisation.

Américanisation du monde ou mondialisation des États-Unis ?[edit | edit source]

Les racines : l’exceptionnalisme américain[edit | edit source]

Fichier:Ellis Island video.ogg

On ne peut pas parler d’américanisation sans prendre en compte les États-Unis comme pays d’émigration parce que c’est par ces migrations continuelles au cours de l’histoire américaine que se met en place l’importation de ce qui sera en suite exporté. Au départ, le terme « américanisation » ne fait pas référence à la projection américaine, mais d’abord à l’américanisation des migrants qui viennent aux États-Unis. Ce sont des gens qui importent des pratiques sociales et culturelles qui sont importantes dans la constitution d’un modèle américain qui sera exporté par la suite dans le monde.

Dollar américain de 1986, édition limitée représentant la statue de la liberté et le bâtiment principal d’Ellis Island.

L’exceptionnalisme américain est à la base du processus d’américanisation. Les États-Unis n’envisageraient pas d’américaniser le monde s’ils n’avaient pas l’idée d’avoir un destin exceptionnel. Les États-Unis vont acquérir au XIXème siècle auprès d’une partie de la population mondiale le statut de « Nouveau Monde » et de « Monde Libre » déjà au milieu du XIXème siècle auprès des gens qui avaient subi des répressions notamment dans le cadre des révolutions de 1848. Finalement, dès le milieu du XIXème siècle, c’est un pays qui apparait comme exception, qui incarne la liberté et la modernité d’une part par son régime politique et de par son mode d’exploitation de la nature et de sa mobilisation de ses ressources technologiques au service de l’économie. Au XIXème siècle, avec le Manifest Destiny, se forme l’idée que les États-Unis ont un destin particulier qu’ils se doivent de faire partager au reste du monde. Dans l’américanisation, il y a la quête perpétuelle d’une frontière. Les États-Unis se construisent par le rejet de la frontière vers l’ouest et à partir du moment où le territoire américain est unifié, l’étape suivante est l’américanisation. Théodore Roosevelt disait : « l’américanisation du monde est notre destinée ». On ne peut pas comprendre l’américanisation sans prendre en compte la notion d’exceptionnalisme américain.

L’import – export intellectuel[edit | edit source]

Il y a un modèle américain qui ne se construit pas complètement à l’intérieur des frontières américaines, mais par des échanges permanents dès le XIXème siècle. Lorsqu’on regarde comment se passe les échanges entre les États-Unis et le reste du monde, si on regarde les milieux de la Reformes sociale qui sont des mouvements sociaux, des philanthropes qui vont réfléchir sur ce qui va devenir l’État providence, ont des réflexions et des pratiques avancées dès la fin du XIXème siècle, ces gens travaillent, correspondent, écrivent des livres, vont aux États-Unis. Entre 1870 et 1930, le milieu de la Réforme sociale est en fait issu d’importations européennes. Des idées du New Deal sont aussi des importations d’idées européennes. Il y a un processus d’échanges transnationaux.

Une kyrielle de programmes d’échanges est mise en place à partir du milieu du XXème siècle et surtout à partir de la Première guerre mondiale entre les milieux universitaires. Des centaines d’universités américaines mettent sur pied des programmes d’échanges universitaires. Près de 500 programmes se créent pendant les années 1920 ou par le biais des acteurs privés comme les fondations philanthropiques à travers les fondations Carnegie, Rockefeller et Ford. La fondation Rockefeller a mis en place le Fellowship program qui a profité à 12000 boursiers entre 1917 et 1970. Ces programmes vont contribuer à alimenter des échanges entre les États-Unis et le reste d’un monde. Lorsqu’on regarde comment le système universitaire américaine monte en puissance dans l’entre-deux-guerres, cela intervient par l’échange d’étudiant et d’universitaires étrangers. Toute une série de flux intra-européens avec la Première guerre mondiale va petit à petit être captée par les États-Unis durant l’entre-deux-guerres. Des évènements vont accélérer ce processus comme l’arrivée des nazis en Allemagne avec la fuite des juifs allemands. Le milieu universitaire américain se nourrit de l’étranger. Avant d’envisager des questions d’exportation, il faut regarder comment cela se passe du point de vue des importations. La diffusion des flux scientifiques après la Deuxième guerre mondiale est précédée par une captation des flux scientifiques dans l’entre-deux-guerres. Ces flux vont nourrir le modèle américain.

Cela augmente dans les années 1930 et s’accentue après la Deuxième guerre mondiale comme avec le Foreign Leader program mis en place en 1950 et le programme Full Bright qui fut mis en place en 1946 et qui va devenir un symbole durant la Guerre froide. C’est un programme qui vise à faire partir des étudiants et chercheurs américains des États-Unis et à faire venir des étudiants et chercheurs aux États-Unis. Il y a toujours ce processus à double sens. Ces programmes d’échanges sont considérés comme étant la manifestation de ce que Joseph Nye le concept de « soft power ». C’est l’idée qui illustre le fait que le modèle américain s’impose non seulement par la force militaire, mais aussi par la persuasion et par la conquête des esprits. Dans ce processus, les programmes d‘échanges jouent un rôle important. La notion de « soft power » est difficile à manier dans le cadre des sciences politiques puisque c’est une recette de politique étrangère étant donné l’implication de Nye dans l’élaboration de la politique étrangère américaine. Il y a un ensemble de réseaux d’échanges importants dans les deux sens, mais non pas une exportation brut du modèle américain.

La première promotion du programme Full Bright est organisée avec la Grèce qui en 1948 est l’un des fronts de la Guerre froide étant considéré comme l’un des premiers pays qui pourrait basculer dans le communisme d’autant plus que la Grève est présenté comme le symbole de la civilisation universelle. Entre les années 1948 et les années 1980 et 1990, ce programme a profité à des milliers d’étudiants et de chercheurs.

Les industries culturelles : le cas du cinéma[edit | edit source]

Le panneau Hollywood sur le versant sud du Mont Lee.

Les industries culturelles sont une forte puissance de frappe dans le processus d’américanisation puisque c’est symbole de la culture américaine et l’une des industries les plus florissantes des États-Unis dans l’entre-deux-guerres.

Lorsqu’on regarde la naissance et le développement de l’industrie du cinéma, il y a la mise en place d’un conglomérat industriel avec de grands studios. Le premier studio est créé à Hollywood en 1911. À ce moment, le major du cinéma mondial est Pathé et le centre du cinéma mondial du cinéma est la France. Les studios vont prendre possession du marché américain pendant la guerre mettant un système cinématographique tout à fait spécifique avec des films systématiquement à grand public, l’importance des vedettes et de gros budgets dans le cadre d’un processus de construction industriel. Ce système grandi assez rapidement entre 1910 et 1920. Cette industrie hollywoodienne va s’appuyer sur un marché intérieur extrêmement important et le cinéma américain est un instrument d’américanisation des migrants. C’est un patchwork de mythes provenant de toute une série de pays qui sont des mythes arrangés selon la vision américaine.

Hollywood n’est pas un produit américain, mais un condensé du monde. À partir du moment où l’industrie du cinéma devient puissante, c’est Hollywood qui fait le cinéma américain, mais avec des acteurs, des réalisateurs qui ne sont pas américains. L’industrie hollywoodienne est un creuset de gens qui ont migré. Parmi les réalisateurs se sont Charlie Chaplin qui est arrivé aux États-Unis en 1910, Friedrich W. Murnau en provenance d’Allemagne en 1926, Josef von Sternberg venant d’Allemagne en 1930, Fritz Lang arrivant d’Allemagne en 1933, Billy Wilder d’Autriche en 1938 ou encore Alfred Hitchcock de Grande-Bretagne en 1938. Comme acteurs, arrivent de Suède en 1924 Greta Garbo et Marlene Dietrich d’Allemagne en 1930. Aujourd’hui, Alfonso Cuaron a émigré du Mexique, Mel Gibson d’Australie, Nicole Kidman de Grande-Bretagne et Antonio Bandeiras d’Espagne. La dimension transnationale est essentielle afin de comprendre le cinéma américain qui va se nourrir des histoires qui vont devenir américaines à partir du moment où elles sont produites par le système américain. C’est un système d’import – export qui part à la conquête des marchés mondiaux dans les années 1920. Le western est une reconstruction de l’épopée américaine.

Les circulations artistiques : le cas du jazz[edit | edit source]

Le jazz qui est né officiellement à la Nouvelle Orléans, au début du XXème siècle a un fort noyau noir d’origine américaine, mais il y a des musiciens d’Amérique latine et des caraïbes. On se rend compte que c’est une musique qui se construit par fécondation permanente de style venant de différents pays. Beaucoup de musiciens sont venus des Caraïbes dans les années 1930 et 1940, d’Amérique latine et d’Afrique dans les années 1950, mais aussi d’Inde dans les années 1960. Les premiers accents de jazz se font entendre en Europe avec l’armée américaine qui débarque en Europe.

Gauche à droite, 1° rang- Cab Calloway, Benny Carter, Jimmie Lunceford, Ben Webster, 2° rang Louis Armstrong, Art Tatum, Count Basie, Duke Ellington, 3° rang, Roy Eldridge, Coleman Hawkins, Fats Waller, Lester Young 4°rang Django Reinhardt, Lionel Hampton, Earl Hines, Billie Holiday.

C’est une musique qui se construit par import – export est qui s’exporte avec la Deuxième guerre mondiale devenant l’un des symboles de la culture américaine. À partir du moment où le jazz est exporté avec le label américain, il est a à nouveau interprété par les musiciens d’Europe et d’Asie qui crée autre chose notamment avec les « musiques improvisées européennes ».

Une dynamique expansionniste[edit | edit source]

La synergie des acteurs nationaux[edit | edit source]

Il y a un certain nombre de vecteurs et de projections internationales de ce qui devient et incarne un modèle américain. C’est un aspect important du processus d’américanisation qui est une « réalité » de ce point de vue.

Il faut avant tout considérer qu’en fait, il y a une multitude d’acteurs qui entrent en compte étant important dans la politique étrangère américaine d’une manière générale, mais de façon encore plus générale dans la projection d’un modèle américain. Ces acteurs interviennent dans des secteurs différents, mais leurs actions se font en synergie.

Buffalo Bill's wild west and congress of rough riders of the world - Circus poster showing cowboys rounding up cattle, c. 1899.

Il y a des secteurs assez larges de la société américaine et des élites américaines impliquées dans ce processus. Il y a les Réformateurs moraux notamment, toutes ces associations religieuses ou parareligieuses à partir de la fin du XIXème siècle que cela soit des ligues de tempérance comme avec la Women Christian’s Temperance Union et des organisations qui prônent l’abolition de la législation coloniale, permette l’usage de l’alcool et de l’opium ou encore les YMCA qui se projettent en Afrique et en Europe afin de promouvoir des valeurs religieuses anglo-saxonnes, mais plus particulièrement américaines. Une deuxième catégorie est les entrepreneurs de spectacles comme le Cirque barnum et celui de Buffalo Bill qui est un acteur de la conquête de l’Ouest américain qui devient entrepreneur de spectacles en mettant en scène son aventure dans le Wild West Show. Les spectacles vont contribuer à exporter les mythes américains et à en faire des mythes mondiaux. C’est un élément américain devenu un mythe mondial. Les entreprises de spectacles sont un vecteur d’exportation tout à fait important.

The Peking Union Medical College was founded in 1906 by the American and British missionaries and funded by the Rockefeller Foundation. It remains one of the finest medical schools in China today.

Les fondations philanthropiques font partie des acteurs qui se projettent à l’étranger en particulier avec la fondation Rockefeller qui met en place des politiques mondiales dans certains domaines notamment dans le domaine de la santé publique et dans le domaine de la médecine qui en 1921 fonde le Peking Medical College qui soigne la nomenklatura chinoise. La fondation Rockefeller a créé des facultés de médecine à différents endroits du monde.

Les mouvements sportifs vont se développer considérablement à partir de l’entre-deux-guerres à travers l’Amateur Athletic Union [AAU] et l’organisation de tournées sportives dans les années 1930. Toute une série d’impresarios vont exporter les spectacles américains après la Deuxième guerre mondiale tandis que le gouvernement va financer le Jazz at the philharmonic orchestra dès 1944. Norman Granz était un impresario de Jazz qui a terminé sa vie à Lausanne.

Il y a une synergie entre acteurs privés, mais aussi entre acteurs privés et publics. À partir de du XIXème siècle, s’opère une synergie entre Hollywood et l’État américain. En 1890 le Sherman Act interdit les cartels aux États-Unis, par contre ils sont autorisés à l’étranger dans le cadre du Webb Pomerene Act. On préserve la concurrence à l’intérieur des frontières américaines, mais à l’extérieur elles peuvent former des oligopoles ou des cartels pour s’étendre. En 1922, le Motion picture producers and distributors of America [MPPDA] se constitue afin de s’entendre pour l’exportation du cinéma américain à l’étranger. Rapidement la MPPDA va obtenir le soutien du gouvernement américain. À partir des années 1920, le gouvernement américain va systématiquement appuyer la conquête des marchés étrangers par le cinéma hollywoodien. Cela s’est fait dans le contexte particulier de la constitution de l’industrie automobile et celui d’une Europe endettée de l’entre-deux-guerres qui permet aux gouvernements d’appuyer sur les dettes interalliées afin d’ouvrir les marchés. Les pays d’Europe vont tenter de mettre en place des politiques de quotas, mais elles vont systématiquement être démantelées sous la pression du gouvernement américain. La diffusion du cinéma américain à partir des années 1920 doit beaucoup à la synergie entre gouvernement américain et cinéma hollywoodien.

La diplomatie culturelle[edit | edit source]

Seal of the U.S. Information Agency.

Des acteurs privés agissent indépendamment où ensemble, les acteurs publics et privés agissent en synergie. L’État devient un acteur important de diffusion du modèle américain et cela devient encore plus clair à partir de la Deuxième guerre mondiale. Avec le conflit, ce sont les acteurs privés qui prennent en charge la diplomatie culturelle américaine. Après 1945, l’État américain construit, met en place et élabore une diplomatie culturelle dans le cadre de la Guerre froide et de la lutte contre le modèle soviétique. Du point de vue législatif, cela est identifié par le Smith-Munt Act en 1948 qui se met en place aux États-Unis pour la promotion du modèle américain à l’étranger. Il y a l’United States Information Agency [USIA] qui est l’agence fédérale qui centralise la diplomatie culturelle américaine, il y a une série d’organisations plus spécialisées comme Voice of America, mais il y a aussi la CIA qui participe au financement d’intellectuels, de revues ou encore d’expositions d’art abstrait.

La diplomatie culturelle est toute une série d’actions dans le cadre d’une diffusion volontariste de produits culturels américains. La diplomatie culturelle américaine à deux objets avec celui de contrer le modèle communiste, mais aussi de convaincre les alliés des américains que la culture américaine existe. On a pu dire que les États-Unis menaient deux Guerre froide culturelles, l’une contre l’URSS et l’autre contre leurs propres alliés. Cette diplomatie s’exprime par la subvention de toute une série de budgets pour la création de départements d’études américaines dans les universités. La radio joue aussi un rôle important. Voice of America réalise des émissions dans des dizaines de langues émettant dans de nombreux de pays et diffusant des programmes en rapport avec la culture américaine. Il y a également un réseau énorme de centres culturels américains. Le Département d’État, à partir de 1956, organise toute une série de tournées de musiciens de Jazz dans toute une série de pays considérés comme à risque en Afrique, en Iran ou encore en Inde comme avec Dizzy Gillespie en 1956 ou plus récemment en 2011 le Ari Roland Jazz quartet. Des programmes de rencontres intellectuelles transatlantiques sont élaborés. La peinture américaine va s’internationaliser avec l’essor de l’école expressionniste abstraite notamment avec Jackson Pollock. L’expressionnisme abstrait va être utilisé par le Département d’État et la CIA comme la quintessence de la liberté de l’individu. La peinture américaine est utilisée comme instrument de propagande pour différencier le modèle américain du modèle soviétique.

Le système international : un relais de l’américanisation ?[edit | edit source]

Lorsqu’on parle d’américanisation, on ne parle pas forcement de culture, c’est quelque chose qu’il faut voir dans un ensemble plus global nécessitant d’intégrer la question du système international dans la réflexion puisque les États-Unis jouent un rôle fondamental dans la refonte du système international en particulier après la Deuxième guerre mondiale. Il faut se poser la question de savoir si le système international est un relais de la puissance américaine.

Portrait de Elihu Root.

Cette question se pose dès le début de la Société des Nations parce qu’on se rend compte à quel point, une partie des élites américaines entend faire des institutions internationales un tremplin des normes américaines. L’intention est le projet est claire dès l’entre-deux-guerres qui est notamment la raison pourquoi les fondations américaines participent à la Société des Nations comme la fondation Rockefeller qui participe à la section d’hygiène afin d’instaurer des normes qui ressemblent le plus possible aux normes américaines. Lorsqu’on parle d’américanisation, on parle d’une bataille de normes dans toute une série de domaines. Elihu Root a notamment conçu la Cour permanente de justice internationale, il était républicain, opposée à la Société des Nations considérait qu’il fallait adhérer à la Société des Nations, y participer afin de l’américaniser. C’est à ce titre que Elihu Root était partisan d’une adhésion des États-Unis à la Société des Nations afin de renégocier le traité.

La réorganisation du monde après 1945 porte un projet d’internationalisation d’un projet social et économique à travers un New Deal mondial par l’intervention des new-dealers qui sont des gens qui entendent internationaliser le New Deal américain alors même que le New Deal est désavoué au sein de la société américaine. Dans l’esprit d’une partie des ténors de l’administration fédérale américaine, l’ONU est le système d’organisation internationale doit être l’un des relais de la diffusion mondiale des normes américaines dans un certain nombre de domaines. L’influence américaine à l’ONU est forte pendant les premières années de l’ONU, mais à partir des années 1960, le rapport de force change. L’américanisation est souvent pensée en termes nationaux alors qu’il faut aussi l’envisager de manière globale. On a très clairement une entreprise volontariste qui passe par toute une série d’acteurs se déployant dans toute une série de secteurs, mais aussi à toute une série de niveaux.

La domination culturelle[edit | edit source]

La modernité américaine[edit | edit source]

A man working on a steel girder high about a city skyline.
A construction worker on top of the Empire State Building as it was being built in 1930. The Chrysler Building is below and behind him.

Lorsqu’on pose la question de l’américanisation, on pose la question de l’hégémonie. Lorsqu’on parle d’américanisation, on fait référence à un processus de domination culturelle dont de multiples signes témoignent de la réalité. Les États-Unis ont réussi au moins partiellement à la fin du XIXème siècle d’incarner la modernité qui est à la fois une modernité politique, technologique qui font que les États-Unis se pensent et sont perçus à partir du début du XXème siècle comme le pays de la modernité. C’est l’un des éléments qui fait l’attraction du modèle américaine. Ce qui fait qu’une série de gens sont attirés par le modèle américain dès la fin du XIXème siècle est parce que les États-Unis sont considérés comme modèle. Dans le cadre du processus d’import – export, la question de la modernité est toujours présente. Les missions de productivité dans le cadre du plan Marshall se font comme un transfert de technologies, mais aussi une implantation de méthodes de management. Il en va de même lorsqu’on regarde l’attraction de toute une série de publics pour les États-Unis pour la culture américaine que ce soit pour la musique ou le cinéma. Aimer le jazz dans les années 1940 est être moderne. La symbolique de la modernité américaine revient toujours dans les acteurs de l’époque. Lorsqu’on regarde la géopolitique de la culture, on se rend compte à quel point entre les années 1930 et 1940, les lieux de légitimation de forme artistique sont passés de l‘Europe aux États-Unis. Le centre de l’art mondial est l’école de Paris jusqu’en 1914. Au lendemain de la Première guerre mondiale, tout passe de l’autre côté de l’Atlantique notamment à travers les marchés de l’art qui explosent en termes de valeur. Les galeristes américains prennent le pouvoir sur le marché de l’art contribuant à faire de New York le centre de légitimation de l’art abstrait, de l’art américain faisant de New York la capitale de l’art moderne.

L’antiaméricanisme[edit | edit source]

Bannière anti-USA lors d'une manifestation au Brésil.

Tout ce qui fait que la culture américaine peut fasciner un certain nombre de gens peut faire qu’elle soit détestée. Si pour certains, c’est le signe de la modernité, pour d’autres ce n’est qu’une industrie culturelle. De même pour l’usage de la technologie dans le modèle productif américain qui n’est pas forcement un signe de progrès, mais un signe de déshumanisation. La modernité suscite l’admiration, mais aussi la répulsion. Dans les représentations des gens de l’époque, c’est comme cela que ça se manifeste.

Lorsqu’on examine la question de l’antiaméricaine, l’antiaméricanisme a commencé bien avant la diffusion internationale du modèle américain. Toute une série de pays font élaborer un discours critique de la modernité. Baudelaire voyant en les États-Unis tout ce qui allait mal dans la civilisation moderne. L’antiaméricanisme se développe après 1945 où pendant une vingtaine d’années, le modèle américain est à son apogée, mais c’est également les années où l’antiaméricanisme devient extrêmement fort. D’une certaine façon, c’est un peu ce qui s’est passé dans les années 1990 et les années 2000 où leur prestige est fort, mais les États-Unis sont fortement détestés. L’antiaméricanisme témoigne d’un rapport extrêmement ambivalent.

Une hégémonie inégale[edit | edit source]

Si on s’intéresse à la question de la domination culturelle, il faut prendre en compte que cet hégémon n’est pas univoque, ni intégral, ni universel. Il y a des secteurs où les produits américains dominent parfois de façon écrasante, mais il y a d’autres domaines où il n’y a pas de domination hégémonique.

La musique contemporaine post-tonale met en exergue que les pays les plus importants sont l’Allemagne avec la figure de Karlheinz Stockhausen, en France avec Pierre Boulez ou encore l’Italie avec Luciano Berio. La musique contemporaine n’est pas nécessairement américanisée.

The Comics Code seal.

Le monde de la bande dessinée dans les années 1930 est assez américanisé. En fait, la diffusion de la bande dessinée américaine est freinée après la Deuxième guerre mondiale parce que d’une part elle est considérée comme violente et dès les années 1930 et 1940 il y a une critique forte des associations familiales qui font du lobbying soit aux États-Unis ou en Europe afin d’obtenir l’interdiction de ces publications. Cela va aboutir à deux choses. En 1949, en France est votée la loi sur les publications destinées à la jeunesse soutenue par les catholiques et les communistes. Cette loi a abouti à l’arrêt complet de l’importation de la bande dessinée américaine en France. Aux États-Unis il y a le Comics code en 1954. Il est intéressant de voir la concomitance du dispositif législatif de 1949 au même moment que l’école belge arrive sur la scène internationale avec le modèle de la bande dessinée franco-belge. Le coup d’arrêt donné à la diffusion de la bande dessinée américaine en Europe va de pair avec la fondation d’un modèle alternatif en Europe. Dans le domaine de la bande dessinée, il y a un cas de la désaméricanisation. Dans les années 1970, se développe aussi la bande dessinée japonaise avec la mondialisation du manga dans les années 1970 qui montrent que ce n’est pas un secteur où il y a une hégémonie.

Sur le cinéma qui est aussi un secteur très gros, on peut se demander s’il n’y a pas de remise en cause de la situation de domination du cinéma hollywoodien. D’un côté, il y a une diffusion mondiale du cinéma américain dès les années 1920, cette diffusion continue après la Deuxième guerre mondiale aboutissant à l’écrasement du cinéma allemand, anglais et italien jusqu’aux années 1980 et 1990. Le seul cinéma qui a résisté au cinéma américain est le cinéma français qui a mis en place un système législatif qui a protégé le cinéma français avec la création du centre national de la cinématographique qui a instauré un système de subvention permettant au cinéma français de survivre. Le modèle de subvention publique du cinéma a été reproduit dans différents pays. Avec le cinéma indien, on entre dans une autre dimension puisque le cinéma bollywoodien est une industrie énorme. Le marché chinois visé par le cinéma américain reste imperméable à l’industrie hollywoodienne avec un contrôle strict du marché étant donné que le cinéma étranger est limité à 50% du box-office. La dominance du marché mondial du cinéma est à relativiser.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]