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L’économie: un new deal mondial ?

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La question économique est importante. La dimension économique est un élément absolument fondamental de la politique étrangère américaine et du mode d’expansion américaine de la fin du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui. La question économique est connectée à la question de la politique étrangère et de la démocratie parce que dans la politique étrangère américaine il y a un lien intime entre la dimension économique et en particulier le développement et la prospérité économique, la stabilité de la société et puis le régime politique. Le développement économique engendre la stabilité sociale, et enfin, le développement de la démocratie. Finalement, que de promouvoir des régimes politiques et un mode de développement économique est un élément récurrent de la politique étrangère américaine. Dans le messianisme américain, il y a la dimension de diffuser la démocratie, mais aussi de façon indissociablement liée, de prendre en charge la prospérité sociale c’est-à-dire prendre gage du développement économique mondial.

Le projet américain repose sur un fil conducteur qui va être structurant dans la politique étrangère américaine qui est de promouvoir un marché mondial ouvert. C’est une idée directrice que l’on retrouve depuis la fin du XIXème siècle jusqu’à nos jours. Promouvoir l’ouverture du marché mondial est un aspect important de la politique étrangère américaine.

Enfin, il faut s’interroger sur les moyens de la réalisation de ce projet que l’on retrouve dans le domaine économique encore plus que dans le domaine politique qui est la synergie entre acteurs publics et acteurs privés. Cela se fait dans une synergie entre entrepreneurs américains et l’État américain qui intervient de façon continue et permanente. C’est un libéralisme en trompe-l’œil parce que depuis la fin du XIXème siècle l’expansionnisme américain a été appuyé par l’État.

Contents

Du marché américain au marché mondial[edit | edit source]

Le dynamisme industriel[edit | edit source]

Raffinerie n°1 de la Standard Oil à Cleveland dans l'Ohio, 1899.

La puissance industrielle des États-Unis est courue par l’idée générale que la révolution industrielle américain, que la croissance économique américaine est extrêmement rapide à partir de la fin du XIXème siècle faisant passer les États-Unis du stade de pays neuf à celui de première puissance économique mondiale. Cette croissance extrêmement rapide est fondée sur un certain nombre de choses qui sont des facteurs :

  • richesse du territoire américain : les ressources naturelles vont être le support de l’industrialisation, de l’enrichissement et le support de la croissance américaine.
  • marché intérieur : les États-Unis sont un pays de migration et, en quelques dizaines d’années, on passe de 4 millions à plusieurs centaines de millions d’individus faisant du marché américain un marché important étant le support d’une production de masse qui va aboutir au développement rapidement d’une puissance industrielle importante.
  • utilisation de la technologie : dans l’espace américain, la main-d’œuvre n’est pas suffisamment importante. C’est pourquoi est opté un développement technologique menant à une production de masse avec moins de main d’œuvre.
  • développement de méthodes marketing : elles vont d’abord se développer à l’échelle américaine puis à l’échelle internationale.
  • développement d’un réseau de transport : cela va très vite unifier le marché américain. Assez vite, à travers la mise en place d’un réseau de transport fluvial, mais aussi et surtout ferroviaire, cela permet d’unifier le marché intérieur et d’accélérer la circulation des produits. Dès les années 1860 – 1870, un réseau de ports se développe et à s’internationaliser rapidement.

Dans le cadre du dynamisme industriel, assez rapidement l’économie est appuyée et fonctionne sur le gigantisme industriel. À partir des années 1860 – 1870, l’économie est extrêmement concentrée avec la mise sur pied de puissances industrielles regroupant un certain nombre de secteurs avec des situations assez rapidement de monopole et d’oligopole. Les secteurs les plus concernés sont les secteurs des industries lourdes et d’extraction comme le pétrole, mais aussi les industries de transformation comme la sidérurgie avec des groupes industriels qui dans les années 1880 sont quasiment des monopôles. La Standard Oil Company qui est la compagnie de Rockefeller étrangle tous les concurrents et détient dans les années 1880 entre 80% et 90% du marché. Le contexte est presque similaire avec le marché de l’acier dominé par US Steel de Carnegie. Cela s’étend aussi au marché qui deviendra le marché des services notamment avec la banque et JP Morgan. Du côté des industries culturelles, on constate le même type de configuration avec le développement et l’affirmation des grands majors américains qui vont dominer le marché du cinéma américain et dès l’après-guerre le marché mondial du cinéma.

Cette économie concentrée entre les mains d’un certain nombre de grands groupes va faire que ces grands groupes vont fonctionner à l’échelle américaine et sans rupture à l’échelle mondiale. Pour ces groupes, le passage du marché américain au marché mondial se fait rapidement et assez naturellement puisque des groupes se trouvent à partir des années 1890 et 1900 dans une situation ou le marché américain n’est plus en capacité d’absorber leur production. Il y a un besoin de marchés extérieurs afin d’écouler la production. Assez rapidement ces entreprises vont créer des filiales à l’étranger un peu partout. Le processus d’expansion des entreprises américaine et déjà une réalité dans les années 1890 et de 1900 à 1914 ; les IDE ont été multipliés par 4 faisant que le processus d’industrialisation est extrêmement important. Dans le contexte de l’époque, créer une filiale à l’étranger a un intérêt important afin de contourner le droit de douane.

Il y a une prise de contrôle des économies locales en particulier dans les pays qui sont dans un état de développement beaucoup moins important que les États-Unis comme en Amérique du Sud ou des pans entiers de l’économie locale sont pris sous le contrôle d’entreprises américaines. Grace and company s’occupe avant tout du marché du guano au Pérou et va étendre son contrôle à d’autres secteurs de l’économie, qui, une fois que l'on contrôle ces secteurs permet de contrôler l’ensemble de l‘économie.

trusts.

La United Fruit Company était au départ un contrat qui été destiné à créer une ligne de chemin de fer au Costa Rica. Au fur et à mesure de la construction du chemin de fer, la compagnie plante des bananiers le long de la ligne pour nourrir ses employés et en fait un élément de culture et de commerce. À la fin de la construction de la ligne, la compagnie a une concession sur la compagnie de chemin de fer, mais aussi prend le contrôle des terres cultivables autour et enfin des ports. L’économie du Costa Rica tombe entre les mains de la United fruit. On va lui donner le surnom de la « pieuvre ».

Ce processus commence dès la fin du XIXème siècle se poursuit et s’accentue après la Première guerre mondiale concernant de plus en plus de secteurs où les États-Unis et les entreprises américaines étendent leur influence comme en ce qui concerne le marché du pétrole au Moyen-Orient. Jusqu’au début du XXème siècle, le Moyen-Orient est une « chasse gardée » de la Grande-Bretagne, mais dans une moindre mesure de la France. Dans l’accord Sykes-Picot entre la France et la Grande-Bretagne se partageait le Moyen-Orient après la guerre sauf que les États-Unis entrent en jeu avec les entreprises américaines et en particulier la Standard Oil. Ce qui était au départ un accord franco-anglais devient un accord franco-anglo-américain. Cela va donner un partage entre trois grands acteurs en particulier en Irak et en Perse menant à la création de l’Irak Petroleum company en Irak et l’Anglo-Persian company en Iran. Le conglomérat qui était franco-britannique devient un conglomérat à 50% anglais, à 25% français et 25% américain. L’ambition américaine est d’évincer les Anglais du marché de l’exploitation du pétrole au Moyen-Orient.

Carte du câble télégraphique transatlantique de 1858

Ce processus se met aussi en place dans le domaine des communications et en particulier pour celui des câbles sous-marins qui était au départ un monopole anglais. À partir du début du XXème siècle, des compagnies américaines vont entrer en concurrence et se partager le marché avec les compagnies anglaises faisant que le monopole sur les transmissions sous-marines devient anglo-américain. Dans le marché des transmissions, une entreprise anglaise du nom de Marconi avait le monopole jusqu’à l’entrée en jeu d’une compagnie américaine nommée Radio Corporation of America [RCA] qui va venir jouer la concurrence. Dans la communication, il y a un changement de contexte.

Cette photo de Juan Trippe examinant le globe de son bureau est l'image la plus célèbre du fondateur de la Pan Am.

Dans le domaine du cinéma, la charnière des années 1910 et 1920 est fondamentale. Avant 1914, l’industrie dominante et française et après la guerre l’industrie dominante devient américaine évinçant Pathé du marché mondial. Le conglomérat du cinéma devient américain se constituant en oligopole à l’intérieur, mais surtout à l’extérieur avec la création en 1922 de la Motion Picture Producers and Distributors of America [MPPDA] avec des compagnies américaines qui se font concurrence à l’intérieur du marché américain, mais à l’extérieur agissent en conglomérat et en oligopole.

L’aviation est un secteur complètement nouveau dans les années 1920, mais c’est un marché potentiellement important. La France et les États-Unis entrent en concurrence et notamment en ce qui concerne le transport du courrier. L’aéropostale française entre en concurrence avec la Pan-American Airways en particulier dans le marché sud-américain où l’enjeu est d’ouvrir des lignes de courrier.

Destinée manifeste et conquête économique du monde[edit | edit source]

Expansion économique, conquête économique du monde, destinée manifeste et messianisme américain sont des notions qui vont de pair. Le mécanisme et le processus se mettent en place dans la dernière décennie du XIXème siècle.

Au début du XXème siècle, le débat sur la conquête de l’empire colonial américain est mitigé, car ce n’est pas une si bonne affaire que cela du point de vue économique, mais s’est surtout une conquête qui a coutée cher et qui fut difficile. Finalement, la colonisation formelle d’un territoire est un moyen coûteux d’établir une domination. Le rapport entre le coût et le bénéfice n’est pas si évidemment que cela. Il y a l’idée que la colonisation n’est pas forcément une bonne affaire et qu’il faudrait peut-être trouver un autre moyen de développer sa puissance économique dans le monde.

Tout un discours se développe à la fin du XIXème siècle chez les industriels, entrepreneurs, politiques, et les publicistes qui est l’idée qu’il y a un marché américain qui n’arrive plus à absorber la production des entreprises et qu’il faut chercher des marchés extérieurs afin d’absorber le surplus et d’assurer l’expansion de la production américaine. Des lobbys vont se mettre en place avec la National Association of Manufacturers et l’American Asiatic Association qui sont des industriels qui font pression auprès du Congrès pour obtenir le soutien du Congrès américain dans leur entreprise. Se met en place l’idée que les États-Unis trouvent une manière originale d’étendre l’économie américaine sans passer par la colonisation formelle. L’expansion économique devient une modalité de l’expansionnisme américain, de l’impérialisme américain et de l‘impérialisme moral américain.

Dans le discours des industriels et des politiques ainsi que des journalistes, il y a l’idée que la production de masse est démocratique par essence, car produire beaucoup avec des prix moins élevés permet au plus grand nombre d’accéder au matériel et la participation au marché et un élément fondamental de la démocratie américaine. Le marché de masse à l’époque est encore une spécificité américaine. Le développement d’un marché de masse avec des prix bas est encore largement une spécificité américaine. Il y l’idée que le marché de masse est intrinsèquement démocratique parce qu’il permet à plus de gens de consommer.

À partir du moment où plus de monde peut accéder au marché de masse, il y a l’idée que le bien-être est plus important et donc la population est moins tentée de revendiquer assurant la stabilité sociale. Le marché de masse est la réponse américaine à la lutte des classes. Lorsqu’on regarde le discours de l’époque, l’idée du développement du marché de masse permet dans l’idée des industriels et des politiques de l’époque de résoudre le problème de Marx et de Malthus. Malthus était obsédé par la rareté des ressources. Du moment qu’on accède à une société de masse, la rareté des ressources est résolue. Concernant Marx, l’accès aux ressources répond au problème d’accès aux richesses et donc à la question de la lutte des classes. Le développement économique américain étant fondé sur le développement de l’entreprise, elle fonde son idée sur le développement de la valeur individuelle étant intégrée dans l’impérialisme moral américain. Ce qui est important est le lien qui se fait entre l’idée d’impérialisme américain et le développement politique.

« The promotional State » [Emily Rosenberg][edit | edit source]

Va se passer une synergie entre l’État américain et les entrepreneurs ce que l’historienne américaine Emily Rosenberg a dénommé de « promotional State ». C’est l’idée que l’expansion se fait à travers une synergie forte avec les acteurs publics d’une part et les acteurs privés de l’autre.

Dès la fin du XXème siècle, à travers les lobbys, les entrepreneurs américains sont à la fois de farouches défenseurs de la liberté d’entreprendre et font tout pour que l’État américain ne « mette pas son œil » dans les affaires, à la fois, ces entrepreneurs vont faire appel à l’État américain afin qu’ils les aident à ouvrir les marchés extérieurs et faire baisser les tarifs douaniers. Une synergie se met en place entre les deux entre les années 1910 et 1920 devenant plus importantes dans l’entre-deux-guerres.

1900 Campaign poster for the Republican Party depicting American rule in Cuba.

À partir des années 1890, l’État américain va faire en sorte de se faire ouvrir un certain nombre de marchés. En 1890, les États-Unis sont une grande puissance industrielle, mais pas encore une grande puissance commerciale. À partir du McKinley Tariff Act, les États-Unis mettent en place une politique de tarif douanier afin d’obtenir une baisse des tarifs douaniers de pays en échange d’une baisse des tarifs douaniers de l’État américain. La mise en place des tarifs douaniers va de pair avec une extension de prérogatives de l’exécutif. Historiquement, la fixation des tarifs douaniers et une prérogative du Congrès qui au fur et à mesure de l’expansion va abandonner la prérogative de fixation des tarifs douaniers à l’administration fédérale qui va en faire un des leviers de sa puissance. La politique commerciale américaine et parallèle à la montée de l’exécutif au détriment du Congrès.

L’ « État promotionnel » se caractérise aussi avec la création d’unions douanières. La politique américaine dans les années 1890 est à la fois la promotion de l’Open door policy mais ils vont se concentrer sur l’union douanière avec quelques pays pour notamment exclure les concurrents européens du marché. À partir du moment où les États-Unis ont conquis leur Premier empire colonial, ils vont signer des traités avec eux afin d’avoir des relations privilégiées comme avec Cuba, Porto Rico et les Philippines En 1902. En 1911, une union douanière avec le Canada est tentée, mais ce projet échoue. Les unions douanières sont un élément de la stratégie de l’État américain afin de pousser l’expansion de l’économie américaine.

Lorsqu’on regarde l’histoire du développement de l’administration fédérale, on voit que l’État fédéral s’occupe de plus en plus de l’économie avec la création d’organismes comme le Bureau of Foreign Commerce au Département d’État en 1879 qui s’occupait avant de la signature des traités, mais ce bureau signifie que le Département d’État s’occupe de l’économie signifiant que l’économie devient partie intégrante de la politique étrangère américaine. Il y a aussi la création du Department of Commerce and Labor en 1903 et du Office of Trade Advisors lié au Département D’État en 1912.

Pendant la guerre est créé le War Trade Board afin d’organiser et de coordonner le commerce avec les Alliés marquant une prérogative de l’exécutif américain en matière de commerce. La période de 1920 à 1929 sous présidence républicaine est la période où Hoover est secrétaire au commerce aidant certaines entreprises à conquérir des marchés étrangers. Il y a une forte assistance de l’État américain à ces entreprises qui va se traduire dans des discussions directes entre le gouvernement américain et des gouvernements étrangers utilisant l’argument de dettes interalliées afin de se faire ouvrir les marchés étrangers. Jusqu’aux années 1920, l’État américain devient un adjudant à l’expansionnisme américain.

Naissance et affirmation d’une diplomatie économique[edit | edit source]

La diplomatie du dollar[edit | edit source]

La diplomatie du dollar est un chapitre important de la politique américaine pendant la première partie du XXème siècle. Il s’agit du fait d’accorder des prêts à un certain nombre de pays qui sont jugés à la fois peu développés du point de vue politique et particulièrement instable parce que peu développés sur le point de vue économique en échange d’un droit de regard important sur l‘organisation et la supervision de ces économies nationales. On voit les experts américains comme les économistes voyager en particulier en Amérique centrale et en Amérique du Sud afin de conseiller les gouvernements locaux dans leur économie. La diplomatie du dollar est le versant économique du nation-building.

La diplomatie du dollar s’étend de la fin des années 1890 jusqu’à la crise de 1929 soit la période qui va voir la constitution de l‘empire colonial américain jusqu’au krach de Wall Street. Avec la diplomatie du dollar, on est au cœur de la spécificité du processus de domination américaine. La diplomatie du dollar abouti à signer des accords avec les pays en question et donc mettre en place une diplomatie du contrat. Des pays sont en difficulté, les États-Unis proposent leur aide en échange d’une supervision de l’économie. Il y a une prise de contrôle de l’économie locale non pas par la politique de la canonnière, mais une diplomatie du contrat. Toutefois, la diplomatie du contrat n’est pas nécessairement volontaire. Cette diplomatie est une façon de contrôler l’économie des pays sans les contrôler du point de vue territorial. C’est une spécificité de la méthode américaine d’expansion.

Caricature de 1904 montrant Roosevelt armé de son « gros bâton » (big stick) en train de patrouiller dans la mer des Caraïbes.

La diplomatie du dollar est liée à une conception globale de l’expansion américaine parce que d’un côté il y a une diplomatie économique qui vise à prendre le contrôle, mais allant de pair avec un discours messianiste et expansionniste. Les accords entre les États-Unis et les pays en question sont l’idée que la domination est fondée sur un contrat soit l’apparence d’un consentement entre le dominant et le dominé. Le contrat tel qu’il s’établit entre les États-Unis et les pays en question légitime la domination autrement que par la canonnière. L’avantage par rapport à la diplomatie de la canonnière est que la diplomatie du contrat légitime la domination. En échange, d’un contrôle de l’économie, des prêts sont accordés par les banques américaines. On voit comment l’idée de fonder un ordre international non pas sur la force militaire, mais sur le contrat avec l’idée internationale de fonder la domination mondiale sur la démocratie est une spécificité du mode la de domination américaine. Entre la diplomatie du dollar et l’idée de contrat, se dit de la spécificité de la politique étrangère américaine et de la domination américaine. À partir du moment où ce pays arrive à un statut international qui lui permet de le faire, la diplomatie du dollar ouvre ce processus.

Lorsqu’on regarde la diplomatie du dollar, toute une série d’acteurs est impliquée dans le processus. Il y a le gouvernement américain, mais aussi les banques américaines qui accordent les prêts ainsi que les experts américains qui vont venir dans différents pays pour prendre le contrôle de certains domaines clefs comme les douanes. Dès la fin du XIXème siècle, il y a une synergie entre le gouvernement américain et un certain nombre d’acteurs privés et notamment les banques.

La diplomatie du dollar vise à créer toute une série de structures dans les pays en question qui sont des structures qui les rendent « américano compatible ». Outre le fait que cela permet de rapporter de l‘argent aux États-Unis, la diplomatie du dollar consiste à prendre le contrôle de l’administration des douanes permettant de prendre contrôle d’une majeure partie de l’économie. Ce sont généralement des pays endettés qui rétrocèdent le contrôle de l’administration des douanes aux États-Unis prenant en partie des revenus au passage. D’autre part sont créés un certain nombre de structures comme des banques centrales qui sont créés avec le monopole sur l’émission des monnaies. Le contrôle de l’administration des douanes s’accompagne de l’instauration du Gold standard dans ces pays aboutissant à le faire entre dans la zone d’influence américaine. On voit comme à partir de la fin du XIXème siècle, la diplomatie du dollar vise à créer une zone dollar visant à créant un marché préférentiel entre ces pays et les États-Unis afin de concurrencer la zone sterling sur laquelle fonctionne la Grande-Bretagne. La diplomatie du dollar vise aussi à se créer des marchés préférentiels, mais ne s’accompagne pas d’une domination territoriale comme l’impérialisme européen.

La diplomatie du dollar se passe dans les pays ou les États-Unis ont établi leur empire colonial comme à Porto Rico, Guam ou encore les Philippines, mais cela se manifeste aussi dans un certain nombre de pays d’Amérique centrale proches des États-Unis. La première est la République Dominicaine ou à partir de 1904 et jusqu’en 1907 est instauré un protectorat fiscal. Le processus est qu’il y a des pays extrêmement endettés en particulier vis-à-vis des puissances européennes. La République Dominicaine est dans un état de banque route financière se tournant vers les États-Unis parce qu’il y a une possibilité d’intervention des européens. Finalement, la mise en place de ce protectorat fiscal est liée à une situation de dépendance forte vis-à-vis des pays européens, puis cela permet aux États-Unis de faire sortir les pays où est établit la dollar diplomacy de l’influence des puissances européens. Un accord est signé entre la République Dominicaine et l’État américain à l’issue duquel des banques américaines accordent des prêts en échange du contrôle des douanes de la République Dominicaine. À partir du moment où il y a le contrôle du département des douanes, il y a le contrôle essentiel de l‘économie du pays. Les experts en question sont employés par le gouvernement américain sous contrat dominicain. Par ailleurs, les prêts accordés au gouvernement dominicain en échange de la supervision de l’économie sont accordés par des banques privées. Il arrive que des banques privées refusent d’accorder des prêts montrant que l’État américain n’a pas forcément la haute main sur les banques. Pour la République Dominicaine, cela marche et il y a un processus où les États-Unis sont maîtres de l’économie.

En Chine entre 1909 et 1913 et en Afrique au Libéria en 1911, il y a le même type de tentative. En Chine, l’enjeu est important parce que le marché chinois est jugé important pour les États-Unis. Les États-Unis vont tenter de s’implanter en Chine par le biais de la diplomatie du dollar, mais cela va échouer rapidement du fait de la révolution chinoise. La diplomatie du dollar est un élément important de l‘expansion de l’économie américaine pendant cette période.

La politique de l’Open door[edit | edit source]

La politique étrangère américaine au niveau économique à ce moment s’exprime par l’essaie de se créer de petites zones protégées qui est une logique régionaliste et en même temps il y a une logique plus large consistant à essayer d’ouvrir complètement le commerce international afin de créer une grande zone dollar. La politique de la diplomatie du dollar et de la politique de la porte ouverte vont de pair. Deux logiques de politique économique peuvent être menées de front.

Avec l’open door policy, il y a l’idée d’ouvrir complètement le marché mondial et de mettre en place le free-trade promu depuis la Grande-Bretagne depuis le XIXème siècle, mais limité à l’Empire britannique. L’idée de l’open door est une libéralisation à l’échelle de la planète. La politique de la porte ouverte est une politique qui s’inscrit en opposition frontale avec la politique de créer des marchés protégés tels que mis en place par les puissances mondiales. L’idée est de casser la logique de fermeture des marchés coloniaux et de fonctionner de façon différente.

La justification de ce discours est que la logique d’impérialisme colonial est une logique de guerre alors que la politique de l’open door est une logique de paix à travers le développement du commerce.

Portrait de John Hay, secrétaire d'État, 1897.

La logique de l’open door va se matérialiser en 1899 et en 1900 par deux notes de John Hay qui va envoyer des notes diplomatiques aux grandes puissances concernant le marché chinois. Le marché chinois à la fin du XIXème siècle fait rêver toutes les grandes puissances et en particulier les États-Unis étant donné la quantité de population en Chine. Ce marché est en fait une fausse promesse et est virtuel jusqu’aux années 1980. Le marché chinois est dans la ligne de mir des industriels américains dans les années 1880. Toute une série de groupes de pression comme l’American Asiatic Association pousse auprès du gouvernement américain afin de favoriser l’ouverture du marché chinois aux entreprises américaines. À cette époque, le marché chinois est partagé entre les puissances européennes, mais les États-Unis ne sont pas invités. Les notes de John Hay vont concerner l’ouverture du marché chinois. Il va envoyer aux chancelleries occidentales que les ports chinois doivent être ouverts sans discrimination et en particulier à l’économie américaine. L’idée plus large visée est l’ouverture du marché mondial. Les notes de Hay concernent à terme l’ouverture du marché mondial. C’est une prise de position contre la logique du marché colonial aux mains de quelques grandes puissances. Ce sont des notes qui sont accueillies dans les chancelleries occidentales sans un effet immédiat puisque les États-Unis ne sont pas capables d’imposer la logique de l’open door puisque les États-Unis représentent une grande puissance industrielle, mais est perçue militairement comme assez faibles même si les États-Unis sont invités à exploiter le marché chinois.

La politique de l’open door se met progressivement en place à partir des années 1890 et 1900. Avec la présidence Wilson, va se développer la diplomatie du dollar et la politique de l’open door en systématisant que le monde doit être un seul et grand marché ouvert avec le moins de droits de douane possible de protection possible. Les deux discours entre création de zones protégées d’un côté et d’un marché complètement ouvert se développent en même temps. La logique de systématisation de la porte ouverte est présente dans les Quatorze points du discours de janvier 1918. C’est un point qui est considéré comme l’un des points fondamentaux à mettre en place à l’issue du premier conflit mondial. On voit comment la notion de porte ouverte à partir de Wilson est au cœur de la politique étrangère américaine et au cœur du rapport que construisent les États-Unis au reste du monde.

L’évolution dans l’entre-deux-guerres[edit | edit source]

Il y a une rupture forte entre l’avant 1914 et l’après 1914. Une série de principes se sont affirmés dès les années 1890 et 1900, mais le poids que pèsent les États-Unis dans le commerce mondial est relativement faible. C’est une puissance industrielle, mais pas encore une puissance commerciale. Les choses changent complètement avec la Première guerre mondiale. Concernant le rôle des États-Unis dans le paysage international, le point de vue des États-Unis change avec un changement de rapport de force fondamental puisque les États-Unis ont prêté énormément d’argent aux puissances de la Triple Entente se retrouvant en 1918 avec la moitié des stocks d’or mondiaux. Au sortir du premier conflit mondial, les États-Unis se trouvent en position de créancier vis-à-vis des pays européens. Après 1918, la politique de la diplomatie du dollar va continuer et se développer se rapprochant progressivement de l’Open door policy. Au lendemain de la Première guerre mondiale, toute une série de thématiques vont se retrouver jusqu’à la Deuxième guerre mondiale et dans les années 1960 et 1970 avec l’idée de développement. Il y a l’idée de développement économique mondial puisque les industries américaines fonctionnent déjà au niveau mondial. Chez les industriels, le passage du niveau américain au niveau mondial se fait sans solution.

Il y a trop d’or aux États-Unis, ce qui veut dire que les pays n’ont pas assez d’argent pour acheter des produits aux américains. Le problème de la liquidité veut dire que les États-Unis vont devoir accorder des prêts aux Européens afin qu’ils achètent leurs produits. La politique de prêts va se poursuivre en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens quoi que la politique de prêt aux pays européens n’est pas considérée comme de la dollar diplomacy. La politique de prêts s’accompagne d’une politique de nomination d’experts financiers et de tentative de réformes dans un certain nombre de pays. D’une certaine façon, la diplomatie du dollar est la préfiguration de politique d’ajustement structurel qui va être mis en place dans les années 1980 et 1990. La logique est assez similaire.

La politique de prêts est mise en place par les banques, mais le gouvernement américain donne son avis et tente de coordonner la politique de prêt. En particulier le Département d’État a une politique à mener :

  • les prêts sont interdits pour les achats d’armes ;
  • les prêts sont interdits aux pays politiquement instables ;
  • les prêts sont limités aux pays non-menaçants les intérêts américains.

Il y a une évolution de la diplomatie du dollar. Le Pérou et la Colombie sont concernés par cette politique, la Chine également sans plus de succès qu’en 1909 et 1913, mais également l’Europe. La reconstruction économique et financière de toute une série de pays n’est en général pas concernée par le terme de diplomatie du dollar, mais la logique est à peu près la même parce que dans certains pays comme en Europe de l’Est, en Tchécoslovaquie et en Hongrie une série d’aides humanitaires sont donnés étant les premiers pas dans les prêts à la reconstruction. On voit comme les réseaux américains se constituent dans ces pays entre la Croix Rouge américaine, l’administration et les banques privées. Cela se retrouve aussi dans les pays dont la situation financière est absolument catastrophique au lendemain de la Première guerre mondiale en particulier en Autriche et en Hongrie qui doivent complètement repenser toute leur structure bancaire et financière et sont en état de banque route complète au début des années 1920 se retrouvant sous perfusion de la Société des Nations et des États-Unis. Ces cas montrent comment des acteurs privés comme les banques, Carnegie, l’État américain et la Société des Nations interviennent notamment à travers les plans Dawes et Young s’inscrivant dans cette logique étant élaborée par des experts américains dont les principaux bailleurs de fonds, sont des banques américaines.

En Perse, une série de tentatives ne vont pas très loin, mais potentiellement, cette diplomatie du dollar concerne des zones géographiques beaucoup plus étendues qu’avant la Première guerre mondiale et notamment l’Europe qui avant 1914 n’avait pas besoin des États-Unis et qui après la guerre se retrouve dans une situation de dépendance financière.

La mission d’assistance économique et financière se retrouve au Pérou en Colombie, mais aussi en Équateur et en Perse. Les banques privées ne sont pas aux ordres du gouvernement américain et refusent d’assurer un certain nombre de prêts notamment au Pérou et en Perse. Par ailleurs, les experts américains, lorsqu’ils sont engagés dans les administrations fiscales n’arrivent pas nécessairement à imposer leur point de vue et en général, ils promeuvent des mesures qui ne sont pas populaires se traduisant part de fortes coupes financière. À partir du moment où il y a une impopularité, il y a des émeutes contre les gouvernements et par extension contre les États-Unis. La diplomatie du dollar a des impacts incertains sur les États-Unis et même s’il se traduit par un expansionnisme américain, il ne se traduit pas nécessairement par une prise de contrôle des pays concernés. Le krak de 1929 fait diminuer drastiquement les ressources financières des économies américaines.

La diplomatie du dollar et la diplomatie économique américaine jusqu’à l’entre-deux-guerres se heurtent à la contradiction qu’à la fois les États-Unis accordent un certain nombre de prêts internationaux afin que les pays puissent leur acheter des produits et puissent leur en vendre, mais cette politique de prêts avant de partir avec une politique de tarifs protectionnistes élevés avec des tarifs extrêmement élevés mis en place comme le Tariff Fordney-McCumber en 1922 et le Tariff Hawley-Smoot en 1930 pouvant apparaitre en contradiction avec la doctrine de la diplomatie du dollar et de la porte ouverte. Cette contradiction n’est pas résolue jusqu’à l’arrivée de Roosevelt dans les années 1930 qui va mener une politique de baisse des tarifs douaniers afin de redresser l’économie américaine. Ce n’est qu’à partir de 1930 avec la signature du Reciprocal Trade Agreement Act en 1934 que les États-Unis se convertissent à une sorte de libre-échange généralisé. La diplomatie du dollar dans l’entre-deux-guerres continue à se développer, mais dans un cadre relativement protectionniste, mais c’est la crise qui le fait éclater relativement. Le processus de réorganisation internationale d’après 1945 sur une base multilatérale et libérale commence en fait au lendemain de la crise et avec le début du New Deal en 1931 et 1934.

La Deuxième Guerre mondiale[edit | edit source]

La période de 1939 à 1971 est la poursuite est l’accentuation de l’utilisation de l’économie comme moyen par les États-Unis de marquer sa puissance. La Deuxième guerre mondiale est une charnière importante parce qu’à partir de la Deuxième Guerre mondiale cela va considérablement s’accélérer. Les États-Unis vont avoir une présence sans précédent dans l’économie mondiale et sa réorganisation, car après 1945 le système économique international est largement reconfiguré à l’initiative américaine. Non seulement, concernant l’économie mondiale, les États-Unis sont extrêmement présents, mais à bien des égards, le système économique mondial après 1945 a été conçu comme une extension et une projection du modèle économique américain. Jusqu’à la fin des années 1960, la place centrale des États-Unis dans l’économie mondiale est incontestée.

Une guerre économique[edit | edit source]

La dimension économique de la Deuxième Guerre mondiale et la Deuxième Guerre mondiale est aussi et dans un sens d’abord une guerre économique. C’est une guerre économique en particulier du point de vue américain puisque les États-Unis avant même d’entrer militairement en guerre entrent économiquement en guerre en produisant pour les puissances européennes. Il y a une mobilisation économique américaine avant même qu’il y ait une mobilisation militaire. C’est l’entrée en mobilisation économique qui achève de sortir les États-Unis de la Grande dépression. Les différentes étapes du New Deal n’ont pas réussi à sortir les États-Unis de la Grande dépression.

bombardiers en piqué Vultee A-31 Vengeance pour la Royal Air Force.

À partir de 1940, les États-Unis deviennent l’arsenal des démocraties produisant 300000 avions, 100 porte-avions, 2600 croiseurs, mais aussi 900 pétroliers et 3500 cargos. C’est une industrie américaine qui est mobilisée à 100% pour la production de guerre. La dimension économique est extrêmement importante et d’autant plus importante que la charnière de la guerre est l’année 1942 du point de vue militaire, mais aussi économique puisque le moment de basculement sont les victoires militaires, mais aussi parce que les alliés et les États-Unis produisent plus de matériel que les puissances de l’Axe sont capables d’en détruire. C’est machine économique contre machine économique. Il y a aussi la dimension technologique puisque les guerres sont toujours des moments de grand progrès technologique avec toute une série d’innovations comme le radar ou encore la bombe atomique. Cela dynamise énormément la machine économique américaine.

Avec la loi prêts-bails, tout au début de la guerre, la majorité de la production américaine est achetée par les Français et surtout les Anglais. Finalement, les puissances européennes dépensent énormément d’argent pour acheter du matériel de guerre. À partir de décembre 1940, l’Angleterre est en cessations de paiement et en état de banque route financière en pouvant acheter du matériel aux États-Unis. La loi prêts-bails est votée par les États-Unis en remplacent de la loi cash and carry avec l’idée que les États-Unis fournissent du matériel à l’Angleterre sous reverse que ces livraisons soient payées quand l’Angleterre en aura les moyens. C’est un moment décisif de l’entrée des États-Unis dans une logique de guerre. C’est une logique de prêt de matériel à un pays considéré comme allié sans savoir quand les paiements viendront.

La guerre est une excellente affaire pour l’économie des États-Unis puisque le PIB a été multiplié par 2 entre 1939 et 1945. L’excédant commercial est positif, de plus, il y a la dette qui représente un excédent commercial potentiel. À l’issue de la Première Guerre mondiale les États-Unis se retrouvent avec la moitié du stock d’or international, en 1945 se sont presque les 2/3 des stocks d’or. En 1919 les américains avaient contribué à la victoire contre les empires centraux, mais le déséquilibre militaire n’était pas flagrant alors qu’en 1945 les États-Unis détiennent les 2/3 de la flotte mondiale. La marine anglaise a complètement été surpassée. Il se retrouve aussi avec la moitié de la flotte commerciale dans la mesure où furent produits de nombreux bateaux de guerre et des cargos afin de transporter du matériel dont les fameux liberty ships.

L’United Nations Relief and Rehabilitation Administration [UNRRA] : l’ancêtre du plan Marshall[edit | edit source]

Un épisode est trop peu souvent abordé, mais capital est l’épisode de l’UNRRA qui est le prototype de l’ONU, à savoir le banc d’essaie d’organisation du système international qui met ensemble les grands pays qui seront partis aux Nations unies. Non seulement c’est le prototype de l‘ONU et du système multilatéral, mais c’est aussi l’ancêtre du plan Marshall et de tout le système de l’aide au développement. L’UNRRA est créée fin 1943 et cesse d’opérer en 1946. Elle regroupe presque tous les pays belligérants contre l‘Axe, mais est majoritairement financée et pilotée par les États-Unis, mais les autres puissances sont représentées.

L’UNRRA met en place entre 1943 – 1946 et 1947 toute une série d’actions qui deviendra l’aide au développement et en particulier, elle va combiner les actions d’aide d’urgence et l’aide à la reconstruction sur le plus long terme. Il y a des actions d’urgences comme soigner les blessés et la distribution de matériel, il y a aussi tout ce qui concerne la reconstruction à plus long terme comme remettre les pays sur pieds comme la France du point de vue des infrastructures, mais aussi du tissu industriel, il faut aussi remettre les champs en valeur pour nourrir les populations avec la fourniture de matériel agricole, mais aussi de transport. Il y a toute la dimension logistique à prendre en compte. C’est là où la combinaison entre « relief » et « rehabilitation » est important puisque la logique de l’UNRRA qui sera ensuite la même logique de l’aide au développement et non pas de fournir de l’aide aux populations, mais de fournir de quoi subvenir elles-mêmes à leurs besoins. L’objectif est de permettre le redémarrage de l’économie. L’UNRR va beaucoup plus essayer de fournir des industries plutôt que redistribuer. La logique est de combiner l’humanitaire et la dimension de redémarrage de l’économie afin d’éviter d’avoir des économies sous perfusion. Il faut le redémarrage des échanges entre pays européens, mais aussi entre pays européens et les États-Unis. On retrouve la logique des États-Unis qui vise à faire redémarrer la machine économique mondiale notamment parce que les États-Unis y ont intérêt.

Le système de Bretton Woods : un New deal mondial ?[edit | edit source]

Harry Dexter White (à gauche) et John Maynard Keynes en 1946. Ils furent les deux protagonistes principaux de la conférence tenue à Bretton Woods.

Le système de Bretton Woods est important pour comprendre la conception de la diplomatie économique américaine. Le système de Bretton Woods est conçu comme devant être le vecteur d’une diffusion internationale du New Deal américain. Ce projet d’exportation se fait au moment même où le New Deal a perdu la partie aux États-Unis même.

Le système de Bretton Woods ne surgit pas comme cela. La conférence de Bretton Woods est le fruit de circonstances, mais aussi le fruit d’un processus de plus long terme puisqu’il va y avoir l’application d’un certain nombre de projets de travail de l’administration américaine. Le système organisé à Bretton Woods est un système basé sur la libéralisation du commerce mondial qui est l’aboutissement logique de la politique de l’Open door prônée par les États-Unis depuis la fin du XVIIIème siècle. C’est une logique de la mise en œuvre e la politique étrangère depuis le moment où les États-Unis sont arrivés sur la scène internationale. C’est aspect d’assez « long terme ».

Le système de Bretton Woods est aussi fait pour répondre à l’état de l’économie tel qu’il est depuis le début des années 1930 où le système économique mondiale s’est effondré avec les banques routes des banques et les protectionnismes qui participent à la contraction des échanges. La dépression économique a été l’un des terreaux du totalitarisme et de la guerre. Afin de reconstruire le système international et éviter à nouveau l’émergence du totalitarisme, il faut avoir un système économique international qui fonctionne. C’est la dimension de « moyen terme ».

À « court terme », le système de Bretton Woods est le résultat du nouveau rapport de force qui s’est établi depuis 1939 et 1941 avec une puissance anglaise qui n’est plus capable de gérer l’économie mondiale comme elle le faisait depuis la Première Guerre mondiale. Entre 1939 et 1945, le rapport de force économique s’est complètement renversé. Les deux personnages dominants à la conférence de Bretton Woods sont White et Keynes. Les américains vont imposer la libéralisation du commerce international. C’est une conférence économique, mais qui a des résonnances politiques. Le dollar devient une monnaie de référence au niveau international signifiant que la zone dollar s’étend potentiellement à l’échelle du monde entier. À partir de la Guerre froide, elle sera exclue de la zone soviétique fonctionnant sur le rouble. La livre sterling va perdre son statut de monnaie de référence internationale.

Le FMI et la BIRD sont deux piliers du projet américain de la combinaison entre dimension reconstruction et dimension économie de marché. Avec le FMI, il s’agit de stabiliser les changes afin de permettre les échanges et la Banque mondiale doit permettre de prêter de l’argent aux pays qui se reconstruisent afin de relancer la machine économique. L’objectif est de remettre en marche les économies locales en fournissant les économies. Ce sont deux organisations basées à Washington laissant penser qu’elles sont dans l’orbite de Washington plutôt que celle de l’ONU à New York. Ce projet fonctionne selon la logique de libéralisation du commerce international et qui assure des marchés coloniaux. Les accords de Bretton Woods et la réorganisation de l‘économie mondiale sont fondés sur l’idée que les marchés coloniaux ne sont plus des marchés réservés. Dès le départ, Bretton Woods fonctionne sur l’idée qu’il ne doit plus y avoir de zones réservées.

Les principes posés à Bretton Woods sont des principes du New Deal américain qui sont eux-mêmes une traduction du keynésianisme aux États-Unis avant que les théories de Keynes soient formalisées. Le fil conducteur de la réorganisation économique internationale promu à Bretton Woods et les institutions qui sont liées sont de réorganiser l’économie mondiale selon l’économie de marché avec une intervention de la puissance économique qui tempère l’économie sans trop intervenir. C’est un libéralisme rénové avec une intervention étatique, mais pas non plus collectiviste. C’est l’intervention d’institutions internationales de gestion de l’économie internationale. Les concepteurs du système de Bretton Woods sont tous des concepteurs du New Deal irriguant le projet de l’organisation du commerce international le diffusant à l’échelle mondiale. La logique de ce projet et de ce système est de considérer que les problèmes sociaux vont pouvoir être résolus non seulement par la redistribution des richesses, mais aussi par la production qui va permettre de nourrir tout le monde et d’assurer une économie d’abondance. L’idée est que la conception qui se fait jour est une conception expansionniste de l’économie avec l’idée de produire plus qui va permettre de résorber les inégalités.

La réorganisation de l’économie internationale est pilotée par des impératifs politiques. Avec la fin de la guerre, le redémarrage de l’économie mondiale et des échanges internationaux sont fondamentalement liés à des intérêts proprement économiques américains. Après 1945, l’économie américaine a produit pendant la guerre devant se reconvertir en économie de paix. Afin de se reconvertir en économie de paix, elle doit convertir son économie de guerre, mais aussi et surtout écouler les produits qu’elle va fabriquer. Si jamais elle ne réussit pas à les écouler, c’est la dépression économique assurée rapidement. Les États-Unis ont un besoin vital de faire redémarrer l’économie mondiale afin que les pays puissent acheter leurs productions. Cela concerne en particulier l’Europe qui représente les principaux marchés de l’économie mondiale. Une libéralisation est vitale pour l’économie américaine.

Reconstruction et développement[edit | edit source]

Le plan Marshall et l’intégration européenne[edit | edit source]

One of a number of posters created to promote the Marshall Plan in Europe. Note the pivotal position of the American flag. The blue and white flag between those of Germany and Italy is a version of the Trieste flag with the UN blue rather than the traditional red.

Après l’UNRRA, l’un des aspects fondamentaux de l’entreprise de reconstruction et de développement est le plan Marshall. C’est non seulement une logique de distribution nationale à un certain nombre de pays, un projet intimement lié au relèvement économique de l’Europe, mais aussi à l’intégration européenne. Il y a un aspect économique et un aspect politique :

  • l’aspect politique est d’assurer et de permettre le redémarrage de la machine économique européenne. En 1945 et 1947, la situation économique européenne est au bord de la banque route et pire qu’en 1945. Il y a toute une série de problèmes liés à la reconversion de l’économie de guerre en économie de paix, des problèmes production, une insuffisance de la production agricole. L’Europe est au bord de l’asphyxie économique en 1947.
  • l’aspect politique est le plan Marshall qui s’inscrit clairement dans la logique de Guerre froide qui se met en route au début de l’année 1947. La dimension politique est d’intégrer dans l’orbite américaine un maximum de pays qui leur permet de se reconstruire dans l’orbite américaine.

Dans le plan Marshall comme dans l’ordre économique mis en place à Bretton Woods, on retrouve l’impact du New Deal et les concepteurs du New Deal. Lorsqu’on regarde les principes du plan Marshall, on retrouve les principes du New Deal qui est un libéralisme tempéré par l’intervention de la puissance publique et une logique fonctionnement sur une logique de productivité. Après 1945, l’économie mondiale fonctionne sur l’idée de productivité et d’augmentation indéfinie de la production. À l’époque, la question de la distribution des ressources est complètement en dehors du radar des leaders politiques et des responsables économiques. L’urgence de l’heure est de remettre en place la machine économique et la production. C’est aussi la période du baby-boom avec une logique d’expansion démographique dès 1943 et 1944 posant un certain nombre de problématiques économiques comme la nourriture des populations.

Le Plan Marshall: Aide par pays et par secteurs.

Des objectifs sont fixés assez rapidement avec l’idée de remettre sur pied l’économie européenne. Pour chaque secteur, un certain nombre de pays et à l’échelle européenne l’idée est de fixer des objectifs d’augmentation de la production dans différents domaines. L’objectif du plan Marshall est de se fixer des objectifs individuellement, mais aussi collectivement pour redresser l’économie européenne dans une logique de planification. Il y a aussi la volonté d’essayer de mettre en place un maximum de négociations entre gouvernements, patronats, et syndicats avec une logique différente de celle du système soviétique.

Le plan Marshall ne va pas sans condition. On retrouve clairement un certain nombre de points et d’idées déjà présentes dans la diplomatie du dollar que l’on retrouve en Amérique latine à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. On retrouve le principe que l’aide américaine est conditionnée à un certain nombre de choses. Une série d’experts américains viennent contrôler la façon dont est employé l’argent américain et l’utilisation dans les différents secteurs de cet argent, voir comment les budgets sont organisés.

La condition est que les européens coordonnent la reconstruction économique de façon à ce qu’elle soit plus rapide et de façon à que l’aide américaine soit rentabilisée pour éviter les doublons. L’aide Marshal n’est pas donné individuellement a à chacun des pays européens, mais est donné en bloc aux pays européens qui doivent se la répartir.

L’autre condition est que l’Europe avance dans un espace économique libéralisé ou les barrières douanières soient de plus en plus baissées. Les experts américains fonctionnent avec l’idée de mettre en place une division internationale du travail selon la théorie de l’avantage comparatif de Riccardo. Le projet est mis en place à l’échelle européenne, mais s’inscrit dans un projet mondial de libéralisation du commerce mondial où chaque pays puisse faire valoir son avantage comparatif dans les secteurs où il est le plus performant.

Cela se traduit par la création de l’OECE en 1948. C’est l’organisation qui est créée afin d’administrer le plan Marshall. C’est le premier noyau de coordination de la politique économique et politique européenne qui fut la condition posée par les Américains pour appliquer l’aide Marshall. L’OECE reçoit une somme globale et son rôle est de la répartir entre les bénéficiaires au prorata de leur besoin. D’autre part, elle doit mettre en place la politique d’abaissement des barrières douanières et d’abaissement des obstacles techniques au commerce que sont les politiques de restriction comme les quotas et droits de douane. L’OECE examine les législations de tous les pays pour abaisser les droits de douane. C’est une logique avant la création du marché commun d’abaissement des droits de douane qui est une orientation macroéconomique pour l’orientation de la politique économique européenne. Le plan Marshall a une logique d’aide d’urgence immédiate et une logique de plus long terme qui concerne la réorganisation de l’économie européenne et la remise en marche du commerce international.

Les missions de productivité[edit | edit source]

Les missions de productivités sont l’un des éléments du plan Marshall est où on retrouve le mélange intime entre la dimension économique et la dimension politique. Dans la logique du plan Marshall, c’est un grand programme destiné à permettre les modifications de structures importantes dans l’organisation du travail des entreprises européennes. C’est un programme de conseil destiné à changer l‘organisation d’une grande partie des entreprises européennes, de changer leur manière de produire. Une série de conseillés américains viennent dans les entreprises, mais c’est aussi l’envoi d’ingénieurs, de cadres d’entreprises européennes aux États-Unis. Entre 1948 et 1955, ce sont 25000 ingénieurs et cadres qui sont envoyés aux États-Unis. L’idée est d’examiner la façon dont fonctionnent les entreprises américaines dans leur secteur d’activité, dont fonctionne l’organisation, le processus de production, la direction, etc. L’idée représentée est la professionnalisation du processus de production et en particulier la professionnalisation de la direction de l’entreprise c’est-à-dire considérer que la direction d’une entreprise n’est pas innées aux partons, mais c’est une formation qui s’acquiert.

Aux États-Unis, une grande partie des cadres dirigeants sont formés dans les universités au contraire des Européens. Cela vise à observer sur le terrain que cela soit le management, l’organisation du personnel, la question de la circulation de l’information où les entreprises européennes sont considérées comme des entreprises qui fonctionnent de manière très verticale où l’autorité est possédée par le patron la déléguant peu et a le monopole de l’information dans l’organisation du processus de production. Par exemple, jusqu’à des niveaux subalternes de l’entreprise, les employés ont accès à toute une série de statistique alors qu’en Europe ce genre de données est réservé à l’équipe administrative. Les missions de productivités sont considérées comme un processus par lesquels les dirigeants européens vont apprendre à produire de façon plus rationnelle, plus productive, plus et de meilleure qualité.

Dans ce cadre, sont créées de structures européennes puisque le mot d’ordre de la fin des années 1940 et durant les années 1950 est la productivité afin d‘augmenter la production afin de refaire redémarrer l’économie internationale et les échanges. Est créée en 1953 l’Agence européenne de productivité [AEP] qui va se développer durant les années 1950 mettant en place des méthodes afin d’essayer d’augmenter la productivité des entreprises européennes. En 1958 est créé le premier Institut européen d’administration des affaires qui s’appelle l’INSEAD sur le modèle américain. C’est une école à l’échelle européenne sur le modèle de la Harvard business school avec des crédits notamment de la fondation Ford. Pendant les 6 et 7 premières années de son fonctionnement, elle va être financée par les grandes entreprises européennes sur un modèle harvardien. Cela joue un rôle dans les nouvelles méthodes de travail des entreprises européennes.

La libéralisation du commerce international[edit | edit source]

La question du commerce international et de sa réorganisation en particulier sur une base libérale est le système d’organisation tel que prévu à Bretton Woods. Il y a deux directions de travail dans la stratégie américaine dès le début et qui le sont toujours. Du point de vue de la stratégie économique, les États-Unis naviguent entre une stratégie régionaliste et une stratégie de mondialisation. Ces stratégies peuvent paraitre comme contradictoires, mais souvent la théorie est souvent contredite par la pratique. Il y a apriori une contradiction intellectuelle entre projet régionalisme et internationalisme, mais cela n’est pas le cas.

À la fin du XIXème siècle, il y avait la stratégie de se constituer des zones dollar de façon régionale et de prôner l’Open door à l’échelle mondiale. En 1944, c’est la logique de mondialisation qui l’emporte, mais pour peu de temps, car à Bretton Woods il y a le système qui considère le monde comme une zone de dollar et le projet de l’Organisation Mondiale du Commerce qui est formalisé en 1944 et 1945, mais sera définitivement formalisé à la conférence de La Havane en 1948. Le projet initial était de créer une organisation qui regroupe l’ensemble des pays du monde dans une seule et même organisation. À partir de 1945 – 1946, la logique de Guerre froide est opératoire, cette réorganisation économique est remise en cause. Le projet américain devient assez vite politiquement impossible avec l’URSS, d’autre part, cela ne plait pas aux États-Unis qui seraient contraints par un cadre qui ne leur plait pas. La dimension multilatérale imaginée de façon assez éphémère en 1944 et 1945 est mise de côté assez rapidement.

Alors même que la conférence de La Havane qui se tient d’octobre 1947 à mars 1948 doit accoucher de l’Organisation internationale du commerce, les États-Unis signent le GATT avec une partie des pays bénéficiaires de l’aide Marshall en octobre 1947. La signature du GATT permet de se replier sur les pays dans l’orbite américaine et en particulier en Europe occidentale dans une logique régionaliste plus restreinte. On voit bien comment au cours des années 1944 et 1947, on passe d’une logique de mondialisation à une logique régionale avec 23 pays. Le GATT est signé en 1947 afin de libéraliser le commerce entre les pays signataires.

L’Organisation internationale du commerce est en même temps créée, mais le gouvernement américain sait à ce moment qu’elle ne la ratifiera pas. Le traité est signé, mais ne sera jamais présenté par Truman au Congrès. Le processus de réorganisation internationale passe entre 1944 et 1947 d’une logique mondiale à une logique plus régionale. La rupture géopolitique de la Guerre froide joue un très grand rôle dans ce changement de stratégie.

Les théories de la modernisation[edit | edit source]

Les théories de la modernisation sont un ensemble de travaux, de discours, de productions de savoirs issues de sciences sociales américaines et en particulier des sciences politiques afin de légitimer et d’accompagner la stratégie américaine visant à la réorganisation l’économie internationale selon les patrons libéraux tempérés par la puissance publique.

Les théories on de commun de présenter un schéma d’évolution des sociétés menant de la société traditionnelle à la société moderne avec toute une série de stades qui sont censés être ceux que doivent suivre les pays en développement afin de passer du stade de pays sous-développé au stade de puissance américaine. Toute une série de principes doit être mise en œuvre afin d’aboutir à une société moderne étant au cœur du modèle politique et économique américain avec la libre entreprise, la liberté individuelle, la démocratisation. Cela est censé permettre une organisation de l’économie qui mène à un décollage économique et à une industrialisation plus ou moins rapide selon les pays ou les secteurs, mais qui à terme doit permettre aux pays de devenir des puissances industrielles. C’est un modèle de développement économique et politique proposé aux pays décolonisés ou qui sont en voie de l’être. Les théories de la modernisation arrivent au moment où on entre dans le processus de décolonisation et où toute une série de pays est « disponible » pouvant basculer soit du côté soviétique soit américain. C’est une théorie qui propose un modèle de développement au pays qui est en train de se décoloniser.

Cela est produit dans une série d’institutions qui sont les universités, les fondations et les think tanks américains. L’un des auteurs les plus connus est Walt Whitman Rostow qui a publié en 1960 Les étapes de la croissance économique. Un manifeste anticommuniste. Ce qui est devenu un classique de littérature économique fut produit dans un contexte de la Guerre froide, de lutte idéologique et un modèle de développement pour certains pays. D’autre part, cet ouvrage propose un développement à l’échelle internationale selon un patron global. Rostow n’est pas seulement un économiste, mais dispose de relais importants dans la politique devenant l’un des conseillers économiques les plus influents des présidents américains dans les années 1960 et 1970 dont Johnson et Kennedy. Il y a une connexion directe entre la production de savoir et la mise en œuvre dans le cadre d’une politique particulière. Rostow, a l’apogée de son influence au cours de 1960, a beaucoup baissé en 1970 en particulier à partir du moment où les États-Unis se retirent de l’aide au développement, mais on trouve son héritage dans les politiques d’ajustements structurels du FMI et de la Banque mondiale des années 1980 en partie fondées sur cette grille de lecture. Les autres théoriciens de la modernisation sont Seymour Lipset, Samuel Huntington ou encore Talcott Parsons. Ce sont des théories qui sont phare dans cette période avec des relais importants au sein du gouvernement américain et par ce biais au sein des institutions internationales montrant le lien entre la production théorique d’un savoir, sa mise en place en politique, mais qui a aussi des implications politiques plus larges.

L’aide au développement[edit | edit source]

La politique de développement n’est que la suite du plan Marshall. L’UNRRA est le prototype du plan Marshall, et le plan Marshall est le prototype de l’aide au développement. Cela est une seule et même politique. La logique de fonctionnement est identique. L’aide au développement n’est ni plus ni moins qu’un « plan Marshall » pour les pays sous-développés. Cette politique est l’application directe des théories de la modernisation qui se cristallisent dans les années 1950, mais qui se sont mises en place dans les années 1940.

L'acte de signature du Tennessee Valley Authority Act par Roosevelt et ses conseillers en 1933.

L’aide au développement puise bien avant du point de vue chronologique. Si on regarde la politique d’aide au développement, on se rend compte que son laboratoire de mise en œuvre avant même l’étranger est le sud des États-Unis qui le considère comme leur « tiers-monde ». S’il y a une fracture nord – sud ce n’est pas seulement dû à l’esclavage, mais aussi le système économique entre agriculture et industrie. Un chapitre important de l’histoire américain est l’aménagement de la partie sud des États-Unis d’où vient les origines de l’aide au développement dans les années 1920 et 1930. Dans ce processus, le New Deal est un moment capital. Le symbole du New Deal est le Tennessee Valley Authority [TVA] qui tout l’aménagement du Tennessee avec la construction des grands barrages avec l’électrification des campagnes notamment. Le New Deal est pour partie une entreprise de modernisation et de développement du sud des États-Unis.

Johnson dira dans les années 1960 que si les Américains sont capables de comprendre ce qu’il se passe en matière de développement dans les autres pays c’est parce qu’ils l’ont vécu chez eux. Le sud est un laboratoire pour la politique de développement américaine. Finalement, tout ce qui est mis en œuvre dans les pays en développement à partir des années 1950 et 1960 se fait sur ce modèle. La politique de développement américain se lance à partir de la fin des années 1940 dans la Guerre froide et dans toute une série de modernisations. En d’autres termes, l’internationalisation de la planification économique est une stratégie de Guerre froide visant à la modernisation et à l’intégration dans l’économie libérale.

Le « Point Four » Program fondé en janvier 1949 par Truman a mené à la création de la Technical cooperation administration [TCA] en 1950 est la mise en œuvre d’un programme de développement et d’aide technique destiné à une série de pays extraeuropéens. À partir de la fin des années 1940, les États-Unis vont lancer des programmes de développement dans lesquelles ils vont dépenser des sommes colossales. L’aide au développement a un volet économique afin de contribuer au développement des marchés intérieurs sur des pays en question, mais aussi pour commercer avec les États-Unis. La logique politique est la logique de Guerre froide avec l’idée d’ancrer ces pays dans l’orbite occidentale et de la soustraire à l’influence soviétique. Entre 1946 et 1960, l’aide américaine représente 84 milliards de dollars, dont 43 pour l’Europe, 19 pour l’Extrême-Orient, 13,4 pour le Moyen-Orient, 4,4 pour l’Amérique latine et 882 millions pour l’Afrique.

Après le TCA, la deuxième étape dans la politique au développement est le discours de l’Alliance pour le progrès prononcé par Kennedy en janvier 1961 et la création de l’USAID qui est l’extension du TCA à d’autres secteurs en particulier à l’Amérique latine et en même temps la montée en puissance de l‘aide au développement dans un certain nombre de parties du monde avec des zones privilégiées comme l’Amérique latine. Il est difficile d’évaluer l’impact économique, mais l’impact politique est relativement inexistant à mesure ou l’un des éléments de la politique au développement tel que présenté dans la théorie de la modernisation est de développer l’économie pour développer la démocratie or la politique américaine des États-Unis en Amérique latine n’était pas de soutenir le développement de la démocratie. La dimension politique et économique sont complètement liée.

Une banderole de la MRC à Vientiane.

Une autre zone majeure est l’Asie du Sud-Est avec la Corée et en particulier le Vietnam où on peut voir comment les États-Unis se greffent sur une initiative mise en place par l’ONU de 1957 qui est la Commission du Mékong qui vise à construire des grandes infrastructures et en particulier toute une série de barrages sur le Mékong pour contrôler son débit, électrifier les campagnes. À partir de la fin des années 1950 et dans les années 1960, les États-Unis vont investir dans la commission du Mékong dans l’objectif de reproduire la TVA au Vietnam avec l’idée de contribuer à la modernisation économique du Vietnam est à son ancrage dans le camp occidental et américain en particulier. Le problème est que l’augmentation de la politique d’aide au développement survient au même moment où les États-Unis déclenchent la guerre à outrance au Vietnam. Les deux logiques vont perdre et se fracasser l’une contre l‘autre mettant en exergue la difficulté de réalisation dans un pays en guerre. Une bonne partie de l’aide au développement sert à soigner les blessés et enterrer les morts des bombardements américains, mais aussi à reconstruire les barrages financés par l’aide au développement. Les États-Unis vont se retirer de la commission du Mékong à partir moment où ils se retirent du Vietnam en 1975. Dans le années 1970, l’aide au développement va considérablement refluer en grande partie en raison des impacts politiques extrêmement limités.

L’énergie : enjeu économique et stratégique[edit | edit source]

Le cas du pétrole permet de voir comment la politique étrangère américaine est liée à la dimension économique.

Le pétrole dans l’économie et la société étasunienne[edit | edit source]

Le pétrole est une denrée qui devient fondamentale à partir du XXème siècle dans l’économie mondiale, mais en particulier aux États-Unis qui à la fin du XIXème siècle sont à la fois le premier producteur mondial et le premier consommateur. La Standard Oil company a possédé environ 90% du commerce pétrolier jusqu’aux années 1910.

Le pétrole est au cœur de l’économie américaine et de la culture américaine faisant partie l’American way of life fondé sur la liberté de l‘individu, de la mobilité et de la voiture qui permet de traverser les États-Unis. C’est un élément de la culture individualiste américaine. L’aspect important est les années 1940 parce qu’à partir de ce moment-là, les États-Unis ne produisent plus assez de pétrole afin de satisfaire leur demande intérieure qui explose.

Un enjeu stratégique[edit | edit source]

Le contexte géopolitique de l’entre-deux-guerres et de la Deuxième Guerre mondiale est important devenant un enjeu stratégique. Finalement, une bonne partie des opérations militaires qui se déroulent entre 1941 et 1943 ont pour objectif majeur de contrôler les routes pétrolières. Cela est vrai pour l’invasion allemande de l’URSS. Il est essentiel de contrôler les routes pétrolières comme l’Irak et l’Iran afin de faire fonctionner l’entreprise militaire. Une des raisons pour quoi l’Allemagne est asphyxiée à la fin de la guerre et parce que Hitler n’a pas réussi à contrôler les sources de pétrole. Cet enjeu stratégique va continuer pendant la Guerre froide. Comme il y a une logique de course aux armements, il y a une dimension technologique, mais aussi une logique de carburant.

La sécurisation des approvisionnements[edit | edit source]

Fichier:Desert Venture 1.ogv

Fichier:Desert Venture 2.ogv


La sécurisation des approvisionnements pétroliers est un élément extrêmement important de la diplomatie économique américaine dès l’entre-deux-guerres et surtout à partir de la Deuxième Guerre mondiale. Durant les années 1920 et 1930, les États-Unis s’insèrent dans les négociations pétrolières au Moyen-Orient avec l’entrée au capital de l’Irak petroleum company et l’Anglo-Persian company en 1928.

Les États-Unis vont fonder des partenariats préférentiels avec des pays qui cherchent à échapper aux Anglais comme l’Arabie Saoudite avec la Standard Oil company. En 1945, est conclu un accord entre Roosevelt et Ibn Séoud afin de créer l’ARAMCO afin d’avoir un accès préférentiel des États-Unis aux ressources pétrolières de l’Arabie Saoudite contre une protection militaire. Cette alliance va fonctionner presque sans aucun problème jusqu’à la fin des années 1990 avec la multiplication des attentats contre les États-Unis. Cette alliance continue, mais est moins naturelle qu’elle ne l’était dans les années 1940 et 1960. À partir du lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il y a une mainmise américaine extrêmement importante sur la fourniture du pétrole dans la région du Moyen-Orient à tel point que l’Iran essaie de s’émanciper de cette tutelle avec l’arrivée de Mossadegh qui tente de nationaliser le pétrole iranien en 1951, mais se voit renversé par un coup d’État qui met en place le Shah. C’est un contexte où les États-Unis sécurisent leur approvisionnement en pétrole au Moyen-Orient mettant en exergue la dimension économique, géopolitique et stratégique qui sont fondamentalement liés.

La fin du système de Bretton Woods[edit | edit source]

Les États-Unis ne sont plus un pôle de stabilité économique comme avant 1945 changeant fondamentalement les rôles internationaux des États-Unis. Il n’y a plus la domination écrasante des États-Unis sur l’économie mondiale comme dans le cas de la période post Deuxième guerre mondiale. De plus, avec l’effondrement du bloc soviétique, le système concurrent s’effondre et reste le modèle libéral faisant consensus relatif. Alors que suite aux années 1945, il y avait une connexion entre les intérêts américains et les zones géographiques sous leur influence, à partir des années 1970, il y a une déconnexion de plus en plus importante qui s’opère. De ce fait, depuis ces quarante dernières années, les États-Unis ont mis en place une série de stratégies, concomitantes et concurrentes la fois pour revenir au cœur de l’économie mondiale. Parfois, elles ont l’apparence d’être contradictoires, mais sont mises en place en même temps.

Des changes fixes aux changes flottants[edit | edit source]

La fin du système de Bretton Woods fait qu’on passe du système des changes fixes au système des changes flottants. Le système de Bretton Woods est un système qui équilibre l’économie mondiale, mais qui est un équilibre précaire et fragile parce que ce système de Bretton Woods repose intégralement sur la domination et la force de l’économie américaine et sa stabilité qui est extrêmement importante à l‘issue de Deuxième guerre mondiale, mais aussi sur la monnaie américaine qui est un facteur de croissance économique internationale. Ce système dépend de l’équilibre des prêts importants accordés aux pays étrangers entre la quantité de prêts qui est l’argent qui sort des États-Unis et les exportations américaines qui font rentrer des devises aux États-Unis. Ce flux « in-end » s’équilibre, mais va commencer à se déséquilibrer.

La dimension politique de ce système est une réorganisation économique du monde liée aussi et en particulier à partir de 1947 qui est un système fait pour faire triompher l’idéologie libérale, mais à partir du moment ou la Guerre froide se met en place, deux modèles sont concurrents. Au centre de la stratégie américaine, il y a l’idée de défendre l’économie libérale face au système soviétique qui a un coût économique en terme militaire. Jusqu’à la fin des années 1960, il équilibre le bénéfice qu’en font les États-Unis. C’est un système en équilibre instable et fragile fondé sur la stabilité économique des États-Unis.

Cela se déséquilibre à partir des années 1960 qui est une charnière caractérisée par la montée de la logique de guerre en partie au Vietnam, l’approfondissement de l’engagement militaire au Vietnam et l’augmentation considérable des dépenses militaires. L’entretien du système coûte très cher. Il y a un énorme système d’alliance qui se caractérise par l’implantation de 2300 bases à l’étranger qui coûte très cher à entretenir. Pour ce qui concerne la stricte guerre du Vietnam, elle coûte 30 milliards de dollars par ans. Il y a une hausse considérable des dépenses militaires qui coûte de plus en plus cher aux États-Unis pour défendre le modèle économique libérale et la démocratie libérale.

Les investissements américains vont croissant en Europe. À partir du moment où la CEE se créée, les États-Unis créés des filiales en Europe afin de ne pas payer de droit de douane à l’entrée en Europe. Si on regarde les IDE américains, ils augmentent de 471% à partir de 1958 jusqu’en 1968 alors qu’en même temps aux États-Unis les investissements augmentent de 52%. La mondialisation de l’entreprise étasunienne est importante rapportant en devises, mais pas beaucoup en travail ne fournissant pas de travail aux employés américains. Il y a un déséquilibre entre l‘argent qui sort et l’argent qui entre.

D’un côté, il y a des dépenses militaires et des investissements directs à l’étranger qui font que de l’argent sort des États-Unis et les exportations deviennent insuffisants pour compenser la sortie d’argent des États-Unis. À partir des années 1950 et plus précisément de 1959, les États-Unis sont en déficit de la balance des paiements et sont face à des pays européens qui se sont reconstruits et qui sont devenus des concurrents.

{{#ev:youtube|vNAvsrY9vR4|250|right|On 08/15/1971, under pressure from the Federal Reserve, Nixon suspended the convertibility of the US dollar into gold.}}

Les États-Unis vont commencer à emprunter beaucoup d’autant plus que les États-Unis détiennent le dollar et empruntent des dollars à des taux bas obtenant de plus des facilités auprès des banques européennes et en particulier auprès des banques allemandes. À partir du moment où il y a un afflux d’argent aux États-Unis à travers les emprunts, va commencer à fonctionner la « planche à billets », car les États-Unis ne vont plus avoir assez d’or afin de couvrir les emprunts à l’étranger. À la fois, il y a le coût de l’engagement militaire qui aboutit à affaiblir la puissance économique américaine et la stabilité du système de Bretton Woods qui est construit autour du dollar. À partir du moment où le dollar n’est plus une monnaie crédible, la monnaie n’est plus une garantie de stabilité du système économique international. Les alliés des États-Unis vont financer les États-Unis, mais vont ne plus vouloir continuer à le faire, car à partir des années 1960, les États-Unis financent leur déficit par leurs alliés. Les banques centrales européennes et en particulier la Bundesbank renâclent à prêter aux États-Unis. Comme le dollar est déstabilisé, il suscite des attaques spéculatives affaiblissement le dollar. Tous ces phénomènes se coalisent au printemps 1971 avec la Bundesbank qui cesse d’acheter des dollars sur le marché afin de soutenir le dollar. L’effondrement du système est en partie dû à la Bundesbank qui par son acte symbolique montre que le système ne fonctionne plus.

En 1971, la balance commerciale des États-Unis est déficitaire pour la première fois depuis 1893. Les États-Unis achètent plus qu’ils ne vendent voulant dire non pas que l’économie n’est plus crédible pais qu’elle n’est plus aussi dominante qu’elle n’était. Le 15 août 1971 est la fin du système de Bretton Woods, mais ce n’est pas une action unilatérale de Nixon, mais une réaction du fait que les pays européens refusent de continuer à soutenir une monnaie américaine de facto surévaluée. Suspendre la convertibilité en or permet de faire baisser le dollar pour doper les exportations. Le système de change fixe cesse d’exister à l’été 1971. La mesure sera entérinée à la suite d’une conférence en décembre 1971 débouchant sur les accords de la Smithsonian où le dollar est dévalué de 10% et en 1973, le taux de change fixe cesse de jure d’exister. Un système qui a duré depuis 1945 est démantelé rapidement.

La dépendance de l’économie américaine[edit | edit source]

L’économie américaine qui conduisait l’économie mondiale depuis 1945 devient de plus en plus dépendante des autres pays qui se sont relevés économiquement depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le relèvement économique de l’Europe prend une dizaine d’années jusqu’au milieu des années 1950 et les européens sont relevés à partir des années 1960.

L’économie américaine vit à crédit des autres ne pouvant plus jouer de facto le rôle de pivot de l’économie mondiale d’après 1945. L’économie est d’autant plus dépendante des économies européennes. Jusqu’aux années 1930, la part du commerce extérieur de l’économie américaine est relativement peu importante. À partir des années 1960, elle devient de plus en plus importante et l’économie extérieure devient en déficit, cela a des conséquences importantes sur l’économie américaine. Le commerce extérieur des États-Unis représente atteint 30% du PNB en 2000.

La question de la dépense énergétique est un aspect stratégique. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les dépenses en énergie de l’économie américaine n’ont pas cessé de monter alors que les États-Unis étaient presque en autosuffisance avant la Deuxième Guerre mondiale. Après le conflit, leur dépendance aux sources extérieures augmente. 15% sont importés en 1960, 25% en 1972, 50% en 1978. Cela joue considérablement dans la dépendance américaine vis-à-vis du reste du monde.

Durant la Guerre froide, les économies des États-Unis et celle de l'Europe de l'Ouest n'ont jamais pu être surpassées.

À partir du moment où le déficit commercial s’installe en 1971, il devient permanent jusqu’à aujourd’hui ne cessant de croitre. À partir de 1971, l’économie devient structurellement déficitaire avec des sommes de plus en plus colossales à 100 milliards en 1988, 340 milliards en 1999 atteignant 550 milliards de dollars en 2011. Cela engendre une explosion des emprunts à l’étranger augmentant la charge de la dette et de la dette publique. Plus on emprunte, plus la dette devient importante et aujourd’hui elle est à un niveau colossal.

Depuis la fin 2013, le président et le Congrès renégocie le « mur budgétaire » afin de relever le plafond maximum de la dette consacré par la constitution. La dette a commencé à être rachetée dans les années 1960 jusque dans les années 1970 par l’Allemagne, puis par le Japon, l’Arabie Saoudite et la Chine. S’il y a un effondrement de l’économie américaine, la Chine s’effondre aussi faisant que les économies sont interdépendantes. En 1945, les États-Unis sont en position de domination économie avec une faible dépendance, alors qu’à la fin des années 1960, leur économie est de plus en plus connectée, dépendante du reste du monde, interdépendante notamment avec la dette américaine qui est financée par des pays étrangers. On a changé de contexte à partir des années 1970 faisant que la puissance américaine est très forte, mais ne ressemble plus du tout à celle qu’elle pouvait être dans les vingt années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale.

Les États-Unis sont tout de même la première économie de la planète. À partir du moment où le système économique est mondialisé, l’effondrement économique des États-Unis amènerait à l’effondrement du reste des puissances industrielles. Le soutien à l’économie américaine s’explique aussi par cela, mais la situation de domination n’est plus celle qu’elle était d’avant les années 1960. Les termes de la relation entre les États-Unis et le monde ont fondamentalement changé par rapport à la période 1945-1971.

Les États-Unis face à la multipolarisation du monde[edit | edit source]

La montée de l’Europe et du Japon[edit | edit source]

La multipolarisation du monde est d’abord la reconstruction d’un certain nombre de pays notamment les pays d’Europe occidentale et du Japon. Entre 1945 et 1960, les économies européennes et japonaises sont sous perfusion américaine notamment étant alimenté par les crédits du plan Marshall permettant à ces économies d’acheter du matériel, à commencer à vendre, commercer entre elles et avec les États-Unis. Cette reconstruction se fait en fait extrêmement rapidement. Passé les quelques années de reconstruction du potentiel industriel, dès les années 1954 et 1954, le dynamisme économique est important étant dopé par la mise en place de la Communauté économique européenne en 1957. Les taux de croissance sont parfois de 7%, de 8%, de 9% ou encore de 10%. La reconstruction est rapide et ces pays deviennent assez rapidement des concurrents des États-Unis dès le début des années 1960.

Les chocs pétroliers[edit | edit source]

The real oil price was low during the post-war decades, with this ending in the 1973 oil crisis.

Les chocs pétroliers signifient l’arrivée sur la scène géoéconomique de pays qui n’étaient pas là précédemment. Il y a des causes lointaines structurelles étant le fait qu’en 1945, les États-Unis lorsqu’ils ont mis en place le « parapluie militaire » sur les pays arabes et l’Arabie saoudite en particulier, cela était fondé notamment sur un prix du pétrole relativement bas. Régulièrement, les pays arabes essaient d’obtenir une augmentation des prix du pétrole et cette demande se heurte à chaque fois à un refus des États-Unis. Comme les pays arabes sont divisés, ils sont incapables de peser face aux États-Unis dans ce type de négociation. Même suite à la création de l’OPEP dans les années 1960, avec l’ambition de se regrouper pour peser face aux pays occidentaux, les pays de l’OPEP n’arrivent pas à se mettre d’accord. Toute une exaspération se met en place face aux prix du pétrole bas et qui rapportent peu. La cause directe est la guerre du Kippour de 1973 avec le soutien militaire des États-Unis à Israël engendrant une mesure de rétorsion des pays arabes et l’augmentation des prix du pétrole.

La fin du système de Bretton Woods et l’exemple allemand est symbolique, car cela signifie que les États-Unis ne font plus la loi sur le système économique international donnant des idées et montrant qu’il est possible de s’opposer au système économique des États-Unis. Les pays exportateurs de pétroles vont décider de relever les prix du pétrole. En 1973, les prix sont multipliés par 4 et entre 1973 et 1979 les prix sont multipliés par 12 accentuant le déficit commercial américain. Cela manifeste la rébellion d’un groupe de pays qui était sous tutelle des États-Unis notamment faisant partie du pacte de Bagdad.

Ces chocs pétroliers viennent après la fin du système de Bretton Woods montrant que le système économique international mis en place après 1945 n’est plus contrôlé par les États-Unis. Symboliquement, le choc pétrolier signifie une nouvelle étape dans la perte de contrôle des États-Unis sur le système économique international.

Un nouvel ordre économique international [NOEI] ?[edit | edit source]

Au début des années 1970, le nouvel ordre économique international fut en vogue. C’est l’un des signes de la multipolarisation et de la contestation du leadership américain. Le centre du nouvel ordre économique international et la question du GATT qui est un accord de libre-échange d’abord signé entre les États-Unis et un certain nombre de pays européens auquel s’ajoute un certain nombre de pays du tiers-monde. Le principe de la non-discrimination commerciale et le principe de l’abaissement du droit de douane fonctionnent moins bien pour les économies fragiles des pays en développement et moins industrialisées avec peu de gammes de produits. À partir de la fin des années 1960 et au début des années 1970, le principe du GATT est de plus en plus contesté par les pays du tiers-monde. C’est à ce moment-là qu’on parle de néocolonialisme avec un système qui remplace la domination politique par une domination économique.

La création de la CNUCED en 1964 est le début de la contestation dans le cadre de l’ONU qui est une réorganisation liée à l’arrivée à l’ONU de la plupart des pays nouvellement décolonisés faisant changer le rapport de force à l’ONU. C’est le signe de la volonté des pays du tiers-monde de mettre en place une organisation du commerce différente du GATT. À l’intérieur de la CNUCED, il s’agit de négocier des accès préférentiels aux marchés des pays industrialisés afin de placer plus facilement leurs produits et d’être en situation de compétitivité. À partir du début des années 1970, il y a l’exemple de la Bundesbank et des pays arabes qui font que les contestations se nourrissent les unes des autres aboutissant à deux résolutions de l’ONU en mai 1974 et en septembre 1975 affirmant vouloir mettre en place un nouvel ordre économique international. Ces résolutions sont en soi et explicitement une critique frontale de l’ordre économique post-1945 tel que dessiné par les États-Unis. C’est aussi le signe que les États-Unis ne maitrisent plus l’ONU. Ces résolutions rappellent la nécessitée de fonder l’ordre économique international en fonction des pays.

La question de la souveraineté économique est l’idée du droit de pouvoir fixer des droits de douane afin de favoriser l’industrie nationale. C’est du protectionnisme éducateur avec l’idée de souveraineté économique qui est une revendication forte à travers la question du nouvel ordre économique international. La question du transfert des technologies est l’idée de pouvoir permettre aux pays du tiers-monde de rattraper les pays industrialisés pour commercer avec eux sur des bases équitables dans le cadre d’un rattrapage technologique. Le nouvel ordre économique international ne va pas changer les règles internationales, mais corrobore à une période où il y a une contestation croissante du leadership économique américain.

Quel leadership dans une économie mondiale multipolaire ?[edit | edit source]

La question est de savoir comment évolue le leadership américain dans le cadre d’une multipolarisation et dans les années qui suivent la fin de la Guerre froide. À partir du moment où le système concurrent du système libéral qui est l’économie planifiée s’effondre, le modèle qui reste est celui du capitalisme libéral. L’objectif ultime de la politique américain qui est d’universaliser le système libéral est atteint. À partir du moment où l’objectif est atteint est soulevée la question de comment conserver le leadership avec l’émergence d’économies concurrentes. Toute l’Europe de l’Est se convertit au capitalisme libéral avec l’élargissement de l’Union européenne accouchant d’un marché colossal. C’est la manifestation d’une concurrence forte au modèle économique européen. La question est de savoir se positionner par rapport à un marché européen de plus en plus important.

Il s’agit aussi de savoir comment se positionner vis-à-vis de la Russie en croissance dans les années 2000 surtout lorsque les prix du gaz et du pétrole augmentent. Il y a aussi le questionnement du positionnement par rapport à la Chine. La Chine s’est convertie à l’économie libérale dans les années 1980 tout en conservant le système de parti unique permettant à la Chine de survivre en tant que système politique. La Chine est devenue un marché économique gigantesque qui n’en est encore qu’à ses débuts. C’est un pays qui est à la fois un marché énorme et un concurrent important. Les États-Unis ont une difficulté à se positionner au sortir de la Guerre froide.

C’est un paradoxe puisqu’en même temps que l’économie de marché triomphe et le leadership américain et de plus en plus remis en cause. Cette question est de plus en plus complexe dans le sens où le système de 1945 était finalement assez simple par rapport à celui qui s’est développé à partir des années 1970 dans le cadre d’une économie internationale de plus en plus interconnectée. Même si le système de Bretton Woods a cessé d’exister, les institutions de Bretton Woods continuent toujours à exister. Le pilotage de l’économie mondiale est difficile en témoigne les crises de 1997 et 2008 que les États-Unis ne maîtrisent pas.

Les nouvelles voies de l’open door[edit | edit source]

De nouvelles stratégies vont être mises en place par les États-Unis afin de répondre à cette remise en cause de l’ordre économie international qui remet en cause leur statut d’après 1945. À la fois, il y a un fil conducteur dans la politique économique américaine qui est de mondialiser un marché sans droits de douane et en même temps c’est loin d’être une stratégie univoque se caractérisant par des actions unilatérales, bilatérales, régionales. La période où la stratégie américaine économique est cohérente est les années 1945 à 1960.

La remise en cause du multilatéralisme[edit | edit source]

Une critique de plus en plus importante de la part des États-Unis se fait sur le GATT qui est considéré comme étant une organisation trop restreinte et trop lente pour mettre en place une libéralisation des marchés mondiaux dans la plupart des domaines. Il y a une remise en cause du multilatéralisme du côté américain et une promotion de l’unilatéralisme par la critique du multilatéralisme. Cette remise en cause de manifeste par rapport à l’émergence de concurrents qui concurrencent les États-Unis de façon de plus en plus agressive. La fin du système de Bretton Woods et le passage du système des changes flottants sont un signe de la perte de contrôle des États-Unis sur le système international ; c’est une rupture majeure. La dévaluation du dollar vise à doper les exportations américaines ne visant pas à stabiliser le système économique mondial, mais à préserver les intérêts économiques américains. Le passage au système de change flottant est le signe d’une réorientation unilatérale de la politique américaine à partir des années 1970. Une déconnexion se fait entre les intérêts des États-Unis et de l’économie mondiale.

La politique commerciale américaine produit un certain nombre de mesures et de législations qui vont de plus en plus dans un sens unilatéral pour restaurer la puissance économique américaine et forcer l’ouverture des marchés. À partir des années 1970, la politique commerciale américaine est régie par deux grandes lois qui font les relations commerciales des États-Unis avec le reste du monde sont le Trade Act de 1974 et le Omnibus Trade and Competitiveness Act de 1988 et en particulier la section 301 de 1974 et la super-section 301 de 1988 qui va permettre aux États-Unis de prendre des sanctions commerciales contre les pays qui font obstacle aux exportations américaines. Les États-Unis se réservent le droit d’élaborer une politique unilatérale en dehors des accords du GATT. Entre les années 1960 et 2000, on compte environ 150 utilisations. C’est le signe d’une tendance de l’économie américaine et la politique commerciale américaine vers l’unilatéralisme.

Les accords bilatéraux avaient disparu après 1945, car l’enjeu d’après-guerre était de savoir s’il fallait un ensemble d’accords bilatéraux ou des accords multilatéraux. Le bilatéralisme refait surface dans les années 1970 avec les États-Unis qui recommencent à signer un certain nombre d’accords bilatéraux afin d’obtenir des accords préférentiels et d’augmenter leurs exportations.

L’OMC a pour objectif d’organiser le commerce international avec pour objectif d’avoir un système multilatéral dans tous les domaines. La politique unilatéraliste est de plus en plus prononcée au Congrès dans les années 1990 qui s’oppose au multilatéralisme en général autant pour les opérations de maintenu de la paix de l’ONU que pour les accords commerciaux avec une volonté de retrait de l’OMC. La section 301 est maintenant malgré la création de l’OMC.

Entre régionalisme et mondialisation[edit | edit source]

Obtenir un cadre de négociations multilatérales est l‘objectif des États-Unis se caractérisant par le fait que les grands cycles de négociations multilatérales du GATT furent mis en place sous impulsion américaine en particulier le Kennedy round. Suivirent notamment le Tokyo Round et l’Uruguay Round. Le développement des négociations multilatérales est extrêmement important. Le rôle des États-Unis menant à la création de l’OMC en 1994 est tout à fait majeur. Il y a un lien entre l’OMC et l’OIC avec la charte de la Havane qui est claire. L’OIC avait avorté en 1948 suite à la logique de Guerre froide. Suite à l’effondrement du bloc soviétique, la création d’une nouvelle organisation économique internationale a été relancée menant à la création de l’OMC. Aujourd’hui, l’OMC représente 97% du commerce mondial, 159 pays et est indépendante de l’ONU alors que l’OIC en 1948 était censée faire partie de l’ONU. Cela montre l’évolution des choses. L’objectif des États-Unis en 1945 était d’avoir une organisation internationale connectée à l’ONU et la position des États-Unis vis-à-vis de l’ONU a changé. C’est le signe d’un unilatéralisme de plus en plus important, mais aussi le fait que l’ONU n’a pas de contrôle sur ce qui se passe à l’OMC.

L’OMC s’inscrit dans la stratégie américaine d’élargir les pays concernés par les négociations commerciales, mais aussi d’étendre le champ concerné puisque le GATT concernait avant tous les productions industrielles. Désormais, le domaine agricole et concerné alors qu’il n’était pas pris en compte par le GATT avec pour idée de contourner la PAC qui est en place en Europe, mais aussi le domaine de l’industrie culturelle et celui de la propriété intellectuelle. Les oppositions à la stratégie américaine furent fortes à la fois du moins de vue des pays européens et des pays en voie de développement faisant que les domaines agricoles et culturels sont exclus avec la mise en place de l’exception culturelle qui a été mise en place au moment des discussions commerciales de l‘OMC.

Broad Street, avec le New York Stock Exchange.

Lorsqu’on regarde les grandes conférences et négociations commerciales et surtout depuis la Conférence de Seattle en 1999, puis Doha en 2001, Cancún en 2003, Hong Kong en 2005, jusqu’à Bali en 2012, elles ont toutes abouti à des échecs. Du point de vue américain, ce qui devait être une instance de négociation multilatérale d’élargir le spectre des négociations multilatérales et de retrouver une situation de leadership a échoué. Les grandes séries de négociations ont pratiquement abouti toutes à des échecs. Ça ne s’est pas traduit par une réaffirmation du leadership américain sur l’économie mondiale. En d’autres termes, c’est une aire de négociations multilatérales que les États-Unis ne dominent pas.

En même temps que l’unilatéralisme que le multilatéralisme, il y a des stratégies régionalistes, car le système multilatéral mondial et doublé par des ententes régionales que les États-Unis considérablement augmentés depuis la fin des années 1980 notamment avec l’accord de libre-échange qui est l’ALENA mis en place en 1993 en réponse à l’Acte unique européen. De nombreux accords de libres-échanges furent mis en place afin de doubler le système multilatéral par une série de zones de libres-échanges. Comme le projet avorté de la Zone de libre-échange des Amériques [ZLEA] en 2005, l’Asia pacific economic cooperation [APEC] ou encore les projets avortés avec l’Europe de l’AMI et du NPET en 1998.

L’idée est qu’aujourd’hui on a une stratégie qui vise à créer une stratégie multilatérale mondiale, mais avec des zones de libre-échange plus ou moins grandes avec la mise en place une grande zone de libre-échange nord-américaine comparable à l’Union européenne, la participation à de multiples zones de libre-échange et la promotion des interconnexions entre-elles dans le cadre d’une série d’ensembles régionaux interconnectés prônant une autre voie vers la mondialisation. L’idée est de pouvoir notamment contourner une OMC peu maniable.

Annexes[edit | edit source]

  • Cristofalo, Paula. "Les Missions De Productivité Dans Les Années 1950 : Une Tentative Pour Importer En France Une Fonction D’expertise Syndicale." Travail Et Emploi 116 (2011): 69-81.
  • Morsel Henri. La mission de productivité aux États-Unis de l'industrie française de l'aluminium. In: Histoire, économie et société. 1999, 18e année, n°2. La reconstruction économique de l'Europe (1945-1953) pp. 413-417.
  • Kuisel Richard F. L'american way of life et les missions françaises de productivité. In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°17, janvier-mars 1988. pp. 21-38.
  • Cours :

Références[edit | edit source]