Internationalisation des luttes et émergence du terrorisme international

De Baripedia

Le concept de « terrorisme international » est une notion profondément liée à des contextes historiques spécifiques. Employé principalement pour désigner une période allant des années 1960 aux années 1990, il reflète une époque marquée par l'internationalisation des luttes politiques et idéologiques à travers des actions violentes dépassant les frontières nationales. Contrairement à ce que l'on désigne aujourd'hui par le « terrorisme global », qui est souvent associé à des réseaux transnationaux tels qu'Al-Qaïda ou Daech, le « terrorisme international » des décennies précédentes se caractérise par des acteurs, des stratégies et des objectifs bien différents.

Dans ce cadre, cet article se propose d'examiner en profondeur les spécificités du « terrorisme international ». Dans un premier temps, nous chercherons à qualifier cette notion en mettant en lumière ses origines, ses acteurs principaux et les idéologies sous-jacentes qui ont alimenté ces mouvements. Cette analyse permettra de mieux comprendre en quoi le « terrorisme international » se distingue d'autres formes de violence politique, tout en explorant les dynamiques qui ont favorisé son développement.

Dans un second temps, nous aborderons les techniques caractéristiques de ce type de terrorisme, telles que le détournement d’avions, les prises d’otages, les assassinats politiques ou encore les attentats spectaculaires. Nous nous interrogerons sur les liens potentiels entre ces méthodes et les définitions mêmes du terrorisme, en examinant comment ces actions ont été perçues et interprétées par les gouvernements, les médias et les opinions publiques de l’époque.

Enfin, nous replacerons le « terrorisme international » dans un contexte plus large, en analysant comment l'internationalisation des luttes politiques dans la seconde moitié du XXᵉ siècle a contribué à redéfinir les notions de souveraineté, de sécurité et de relations internationales. Ce faisant, nous espérons fournir une perspective claire et nuancée sur un phénomène historique complexe et souvent controversé.

Questions fondamentaled autour du « terrorisme international »

Le « terrorisme international » a profondément influencé les débats politiques et stratégiques dans les démocraties occidentales, particulièrement entre les années 1970 et le début des années 2000. Cette période se distingue par l'évolution de l'idéologie marxiste révolutionnaire, qui a nourri des mouvements recourant à des actions violentes revendiquées comme telles. Ces attaques, souvent spectaculaires, ont frappé au cœur des démocraties, démontrant une efficacité stratégique dans la diffusion de leurs messages politiques et idéologiques.

Par ailleurs, le « terrorisme international » a incité les États modernes à développer des réponses institutionnelles et opérationnelles pour gérer ces formes de violence. Cette période a préparé les démocraties occidentales à affronter des défis sécuritaires majeurs, anticipant notamment les dynamiques qui culmineraient avec les attentats du 11 septembre 2001. Ces événements, bien qu'emblématiques d'une nouvelle ère du terrorisme global, s'inscrivent dans une continuité historique où les formes de contrôle et de surveillance administrative avaient déjà commencé à se structurer dès les années 1970.

Cette réflexion soulève une question fondamentale : dans quelle mesure les formes d’action violente des décennies passées ont-elles préfiguré le terrorisme du XXIᵉ siècle ? Trois raisons majeures permettent de comprendre cette continuité :

  1. Une part essentielle de notre histoire politique contemporaine : Le « terrorisme international » s'inscrit dans un contexte historique marqué par des tensions idéologiques mondiales et des conflits géopolitiques, qui continuent d'influencer les perceptions et les réponses au terrorisme aujourd'hui.
  2. Une évolution significative du terrorisme dans les démocraties occidentales : Les actions terroristes de cette période ont conduit à une transformation profonde des politiques de sécurité, avec la mise en place de dispositifs de contrôle accrus et la redéfinition des relations entre libertés individuelles et sécurité collective.
  3. Des formes d’action violente préfigurant le terrorisme du XXIᵉ siècle : Certaines tactiques, telles que les prises d'otages, les détournements d'avions et les attaques symboliques contre des cibles stratégiques, ont servi de modèles aux groupes terroristes modernes, intégrant des dimensions transnationales et médiatiques dans leurs stratégies.

Ce triptyque permet de mieux saisir l'importance du « terrorisme international » dans la construction des réponses contemporaines aux menaces sécuritaires, tout en éclairant les continuités et ruptures entre les dynamiques terroristes du XXᵉ et du XXIᵉ siècle.

Le terrorisme international

L'expression « terrorisme international » mérite une analyse approfondie, car elle réunit deux concepts clés : le « terrorisme » et l'« international ». Elle désigne le phénomène par lequel des actions violentes, motivées par des revendications politiques ou idéologiques, dépassent les frontières des États-nations, transformant les espaces internationaux en théâtres d'opérations stratégiques. Cette internationalisation reflète une évolution majeure dans la nature et la portée du terrorisme, posant des défis complexes aux États-nations, dont la responsabilité première est d’assurer la sécurité de leurs citoyens.

Relation entre territoire politique et territoire de l’action violente

L’internationalisation du terrorisme repose sur une interaction complexe entre les dimensions politiques du territoire et les opportunités stratégiques offertes par les frontières. Loin de constituer des barrières infranchissables, les frontières deviennent, pour les groupes terroristes, des espaces d’exploitation stratégique. Elles permettent de contourner les systèmes de sécurité rigides d’un État en exploitant les failles ou les disparités entre les juridictions des États voisins.

Ces limites territoriales facilitent ainsi la création de bases arrière où les groupes terroristes peuvent planifier leurs opérations, se réorganiser ou échapper à la répression. L'exemple de l’ETA (Euskadi Ta Askatasuna) illustre bien ce phénomène : ses membres commettaient des attentats en Espagne tout en se réfugiant dans des zones moins surveillées ou plus permissives en France. Ces refuges transfrontaliers constituaient des sanctuaires stratégiques, difficiles à atteindre pour les forces de sécurité espagnoles, en raison des contraintes légales et des relations internationales.

Dans ce contexte, les frontières jouent un double rôle : elles fragmentent les systèmes de sécurité en créant des discontinuités entre les appareils répressifs des États, mais elles servent également de leviers pour les groupes violents. Ce phénomène est particulièrement marqué dans des régions où les frontières ne sont pas totalement ouvertes, mais où les différences administratives et juridiques entre les États permettent aux acteurs violents de tirer parti des échappatoires.

Les zones frontalières deviennent alors des espaces névralgiques où se croisent les enjeux de souveraineté, de sécurité et de violence politique. Ces territoires « interstitiels » favorisent l’expansion et la pérennité des activités terroristes, renforçant leur caractère transnational. Les dynamiques d'internationalisation du terrorisme révèlent ainsi une tension permanente entre l’idée de souveraineté territoriale et la réalité des flux transfrontaliers.

De manière plus large, cette exploitation stratégique des frontières interroge la capacité des États modernes à protéger leurs citoyens face à des menaces qui ignorent les délimitations géographiques traditionnelles. Elle met également en lumière l'importance croissante de la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme. Les mécanismes transnationaux, tels que les accords bilatéraux ou régionaux, ainsi que le partage d'informations, sont devenus des outils essentiels pour contrer l'utilisation des frontières comme ressources stratégiques par les groupes violents.

Terrorisme et Guerre froide

Le « terrorisme international » revêt une dimension singulière lorsqu'il est replacé dans le cadre de la Guerre froide, une période où les rivalités idéologiques et géopolitiques entre les blocs de l'Est et de l'Ouest ont façonné l'ordre mondial. La dissuasion nucléaire, tout en empêchant des affrontements directs entre les superpuissances, a redirigé les conflits vers des zones périphériques et des luttes par procuration. Dans ce contexte, le terrorisme est devenu un outil stratégique pour les puissances cherchant à étendre leur influence ou à affaiblir leurs adversaires de manière indirecte.

Le terrorisme international durant la Guerre froide n'était pas une violence isolée ou anarchique, mais une arme instrumentalisée dans le cadre des affrontements idéologiques. Les puissances des deux blocs soutenaient, de manière plus ou moins explicite, des mouvements armés et des groupes terroristes qui servaient leurs intérêts. Par exemple, l'Égypte sous Gamal Abdel Nasser, déçue par les politiques américaines, s'est tournée vers les régimes dissidents et a soutenu activement les mouvements anticolonialistes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ce soutien a permis à des groupes d’acquérir des ressources et un appui logistique, transformant leur lutte en un enjeu géopolitique.

Les zones de tensions périphériques, comme l'Amérique latine, l'Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est, sont devenues des théâtres d’affrontements indirects. Les superpuissances y utilisaient le terrorisme comme une stratégie asymétrique pour déstabiliser des régimes alliés à l’autre camp. Ce schéma a multiplié les conflits locaux et régionalisé des luttes initialement nationales, ajoutant une dimension internationale aux mouvements terroristes.

Dans le cadre de cette rivalité mondiale, certains États ont également utilisé le terrorisme pour poursuivre leurs propres agendas stratégiques. Outre les soutiens directs, les puissances locales cherchaient à tirer parti de la polarisation mondiale pour renforcer leur influence régionale. Par exemple, la Libye de Muammar Kadhafi ou la Syrie sous Hafez el-Assad ont souvent soutenu des groupes armés ou terroristes pour contrer des adversaires locaux ou internationaux.

Cette instrumentalisation du terrorisme a contribué à renforcer la perception d’un terrorisme international intégré dans un réseau d’intérêts politiques complexes. Les mouvements terroristes de cette époque étaient rarement autonomes ; ils étaient souvent dépendants d’un soutien financier, matériel ou idéologique venant de puissances extérieures.

Le terrorisme international durant la Guerre froide a laissé un héritage ambigu. D’une part, il a contribué à redéfinir les enjeux de sécurité internationale, obligeant les États à adapter leurs stratégies pour répondre à des menaces transnationales. D’autre part, il a créé des précédents où des groupes violents étaient perçus comme des instruments légitimes de politique étrangère, un modèle qui a trouvé des échos dans les dynamiques terroristes contemporaines.

La période de la Guerre froide illustre comment le terrorisme international peut être à la fois un outil de rivalité géopolitique et une conséquence des tensions idéologiques mondiales. Ce cadre historique montre également que le terrorisme, bien qu’associé à des mouvements subversifs, est souvent le produit d’interactions complexes entre des acteurs étatiques et non étatiques à des fins stratégiques.

Trois types de mouvements sous le label de « terrorisme international »

L'expression « terrorisme international » englobe une diversité de mouvements qui, bien que regroupés sous un même terme, présentent des motivations, des méthodes et des contextes profondément variés. Ces mouvements incarnent les multiples facettes du terrorisme transnational, chacun influencé par des dynamiques politiques, sociales et idéologiques spécifiques. On peut les regrouper en trois grandes catégories :

Les groupuscules palestiniens

Les mouvements palestiniens trouvent leurs origines dans la création de l’État d’Israël en 1948, un événement qui a déclenché une série de conflits régionaux et redéfini les dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient. Les premières guerres israélo-arabes, notamment celle de 1948-1949, ont marqué le début de la lutte palestinienne pour la reconnaissance de leurs droits nationaux et territoriaux. La question palestinienne s’est rapidement imposée comme un symbole majeur de résistance armée et de lutte anti-coloniale.

La fondation du Mouvement de Libération Nationale Palestinien (MLNP) par Yasser Arafat en 1956, suivi de la création de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) en 1964, a structuré cette résistance. Ces organisations ont adopté une stratégie combinant des revendications territoriales et des actions militantes pour attirer l’attention de la communauté internationale. L’OLP a joué un rôle central dans l’unification des factions palestiniennes et dans la diffusion de leur cause sur la scène mondiale.

Les groupuscules palestiniens, tels que Septembre Noir, se sont distingués par leurs actions spectaculaires visant à médiatiser leur lutte et à exercer une pression sur les gouvernements étrangers. Ces opérations incluaient des détournements d’avions, des prises d’otages et des attentats, souvent orchestrés en dehors du territoire israélo-palestinien. L’un des événements les plus marquants reste la prise d’otages et le massacre des athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich en 1972, revendiqué par Septembre Noir. Ces actions avaient pour objectif de transcender le conflit local et de le placer au centre de l’attention internationale.

Ces opérations combinaient une revendication territoriale forte – le droit des Palestiniens à un État – avec une opposition idéologique à l’impérialisme occidental et à ce qu’ils percevaient comme un soutien inconditionnel à Israël. Les actions transnationales des groupes palestiniens reflétaient également une volonté stratégique : en internationalisant leur lutte, ils cherchaient à rallier un soutien international, à obtenir une reconnaissance politique et à contraindre les États à s’engager dans des négociations.

Les mouvements palestiniens illustrent une tension constante entre des objectifs territoriaux clairs – récupérer les terres perdues en 1948 – et une stratégie transnationale visant à mobiliser l’opinion publique mondiale. En ciblant des symboles de pouvoir et en utilisant les espaces internationaux comme théâtres de leurs actions, ces groupes ont redéfini la manière dont un conflit local pouvait avoir des répercussions globales. Cette stratégie a inspiré d'autres mouvements révolutionnaires et terroristes à travers le monde, qui ont adopté des tactiques similaires pour attirer l’attention sur leurs causes.

Les actions des groupuscules palestiniens ont profondément marqué l’évolution du terrorisme international. Elles ont non seulement mis en lumière les dynamiques complexes du conflit israélo-palestinien, mais elles ont également contribué à façonner les perceptions mondiales du terrorisme comme un outil de lutte politique. En créant un précédent pour l’internationalisation des revendications nationales, ces groupes ont influencé la manière dont les conflits politiques et territoriaux sont perçus et gérés sur la scène internationale.

La Rote Armee Fraktion (RAF)

La Rote Armee Fraktion (RAF), souvent appelée « Bande à Baader », émerge en République Fédérale d’Allemagne (RFA) au début des années 1970, dans un contexte marqué par des bouleversements sociaux, économiques et politiques. Ce groupe symbolise un terrorisme idéologique ancré dans une critique radicale du capitalisme, de l'impérialisme occidental et des institutions démocratiques, qu'il perçoit comme les instruments d’une bourgeoisie oppressante.

La formation de la RAF s’inscrit dans une période de contestation sociale intense. Les mouvements étudiants de 1968, influencés par des théories marxistes et révolutionnaires, avaient déjà ébranlé les fondements des démocraties occidentales, y compris en Allemagne. Ces mouvements dénonçaient l'autoritarisme latent, les inégalités croissantes et le rôle perçu des États occidentaux dans l’exploitation des pays du Sud. La RAF est née de la radicalisation de certains activistes issus de ces cercles universitaires et intellectuels, notamment Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin et Horst Mahler.

La crise de l’État-providence et les interrogations sur l’efficacité des démocraties capitalistes face aux défis sociaux et économiques ont également nourri le terreau idéologique de la RAF. Inspirée par les luttes révolutionnaires dans le tiers-monde et les théories de la lutte armée, la RAF a adopté une approche violente pour tenter de déclencher une révolution populaire en Allemagne.

La stratégie de la RAF reposait sur des attaques spectaculaires et symboliques visant à exposer ce qu’elle considérait comme les contradictions du capitalisme. Leurs cibles incluaient :

  • Des institutions financières, telles que les banques, symboles du pouvoir économique et de l’exploitation capitaliste.
  • Des infrastructures économiques, pour perturber le fonctionnement du système et attirer l'attention sur leurs revendications.
  • Des personnalités politiques ou militaires, perçues comme les garants du statu quo bourgeois et impérialiste.

Parmi leurs actions les plus notables figurent l’enlèvement et l’assassinat de Hanns Martin Schleyer, un influent dirigeant industriel, en 1977, ainsi que des attentats contre des installations militaires américaines en Allemagne. Ces opérations, conçues pour générer un impact médiatique et politique, visaient à inspirer une prise de conscience révolutionnaire chez la population.

Malgré leur rhétorique révolutionnaire, le recours systématique de la RAF à une violence extrême, incluant des assassinats et des attaques aveugles, a rapidement suscité un rejet croissant, même parmi leurs sympathisants idéologiques de gauche. La perte de soutien public et le renforcement de la répression étatique, avec la mise en place d’unités spécialisées et des lois anti-terroristes, ont conduit à l’affaiblissement progressif du groupe.

Leur idéologie révolutionnaire, bien qu’influencée par des courants marxistes et tiers-mondistes, est apparue de plus en plus déconnectée des préoccupations réelles de la société allemande, qui privilégiait des réformes pacifiques plutôt qu’une révolution violente. Ce décalage, combiné à l’intensification des arrestations de ses membres clés, a entraîné la fragmentation et le déclin de la RAF dans les années 1980.

La RAF reste une figure emblématique du terrorisme idéologique en Europe, incarnant à la fois les espoirs révolutionnaires et les dérives violentes de cette époque. Leur histoire soulève des questions importantes sur les limites de la violence politique comme moyen de transformation sociale, ainsi que sur la réponse des États démocratiques face aux menaces intérieures.

Les Brigades Rouges (Brigate Rosse)

Les Brigades Rouges (Brigate Rosse) émergent en Italie à la fin des années 1960 comme un mouvement révolutionnaire ouvriériste profondément enraciné dans une critique marxiste-léniniste du capitalisme. Ce groupe aspire à renverser les structures économiques et politiques perçues comme oppressives pour instaurer un ordre socialiste radical. Leurs actions s’inscrivent dans un contexte marqué par des tensions sociales croissantes, une polarisation idéologique et une instabilité politique, souvent appelée les « années de plomb ».

L’Italie des années 1970 est marquée par des luttes ouvrières, une inflation galopante et une méfiance généralisée envers les institutions, exacerbée par des scandales politiques et une perception d’injustice sociale. Les Brigades Rouges apparaissent dans ce climat comme une tentative de radicaliser les mouvements ouvriers et de transformer les revendications sociales en un combat révolutionnaire armé. Leur fondation est attribuée à des intellectuels et des militants issus des mouvements étudiants et syndicaux, notamment Renato Curcio et Margherita Cagol.

Les Brigades Rouges se caractérisent par leur recours systématique à la violence pour atteindre leurs objectifs. Leur stratégie repose sur l'intensification des tensions sociales afin de précipiter une confrontation révolutionnaire. Parmi leurs actions les plus marquantes :

  1. Enlèvements et assassinats ciblés L’enlèvement et l’assassinat du président du Conseil italien, Aldo Moro, en 1978, restent l’une de leurs opérations les plus emblématiques. Aldo Moro, partisan d’un compromis historique entre les Démocrates chrétiens et le Parti communiste italien, incarnait pour les Brigades Rouges un danger pour leur vision révolutionnaire en apaisant les tensions sociales qu’ils cherchaient à exacerber.
  2. Attaques contre des entreprises et des institutions publiques Les Brigades Rouges visaient les grandes entreprises, les institutions financières et les administrations publiques, symboles de l’oppression capitaliste. Ces attaques incluaient des sabotages, des braquages et des attentats visant à perturber l’ordre établi.
  3. Propagande armée Le groupe utilisait ses actions comme un outil de propagande pour diffuser son idéologie et recruter de nouveaux membres. Les communiqués accompagnant leurs attaques mettaient en avant une rhétorique révolutionnaire, cherchant à justifier leurs actes comme un moyen légitime de lutte contre une société injuste.

Malgré leur ambition de fédérer la classe ouvrière, les Brigades Rouges ont rapidement été isolées, même au sein des mouvements de gauche. Leur recours à une violence extrême, souvent contre des figures modérées ou des symboles largement respectés, a aliéné une grande partie de leur base potentielle. La société italienne, loin de se radicaliser, a largement rejeté leur stratégie, préférant des réformes politiques et sociales pacifiques.

L’intensification de la répression étatique, la création de forces spéciales dédiées à la lutte contre le terrorisme, et la collaboration de certains membres capturés avec les autorités ont affaibli le groupe. Les années 1980 marquent leur déclin, avec des arrestations massives, des divisions internes et une perte de pertinence politique.

Les Brigades Rouges incarnent une tentative radicale de transformer une lutte sociale en une révolution violente. Leur histoire met en lumière les dangers et les limites de l’extrémisme idéologique, ainsi que les coûts humains et politiques d’une telle approche. Leur échec souligne également la résilience des institutions démocratiques face aux défis posés par le terrorisme intérieur.

Une diversité sous une même bannière

Bien que ces mouvements soient souvent regroupés sous le terme générique de « terrorisme international », il est crucial de reconnaître la diversité qui les caractérise. Ils varient non seulement dans leurs objectifs mais aussi dans leurs cibles, leurs méthodes et leurs idéologies sous-jacentes. Par exemple, les groupuscules palestiniens s’inscrivent avant tout dans une lutte nationale et géopolitique, visant à récupérer un territoire et à défendre une identité nationale face à l’occupation israélienne. Leur objectif est ainsi directement lié à des questions de souveraineté territoriale et de droits nationaux.

En revanche, des groupes comme la Rote Armee Fraktion (RAF) ou les Brigades Rouges se distinguent par leur motivation idéologique. Ces organisations incarnent une résistance contre les structures capitalistes et démocratiques occidentales, prônant la révolution sociale et la transformation radicale de la société par des moyens violents. Leur opposition ne se limite pas à un seul conflit géopolitique, mais touche au cœur même du système économique et politique des sociétés dans lesquelles ils opèrent.

Ces différences fondamentales illustrent la complexité du phénomène du « terrorisme international », qui ne peut se réduire à un seul modèle. Les divers mouvements classés sous cette appellation partagent certaines caractéristiques, telles que l’utilisation de la violence pour atteindre des objectifs politiques, mais ils sont marqués par des dynamiques politiques, sociales et historiques profondément distinctes. Leurs actions sont le produit de contextes locaux spécifiques, mais aussi d'influences globales, qu’elles soient idéologiques, géopolitiques ou socio-économiques.

Ainsi, l’étude de ces groupes permet de comprendre la diversité des motivations derrière le recours à la violence. Tandis que certains se battent pour un territoire et une indépendance nationale, d’autres cherchent à renverser un système global qu'ils jugent injuste. Ces divergences rendent le phénomène du « terrorisme international » difficile à cerner sous un même prisme, car il touche à des réalités et à des conflits multiples qui, bien que parfois interconnectés, obéissent à des logiques différentes.

L'impact de ces groupes sur les relations internationales est également complexe. Les attaques terroristes menées par ces groupes ont souvent des répercussions bien au-delà des frontières nationales, modifiant les relations diplomatiques, influençant les politiques de sécurité internationales, et redéfinissant les approches de la guerre asymétrique. Leurs actions incitent à repenser les stratégies de gestion des conflits, mais aussi à développer des réponses légales et militaires face à des menaces qui transcendent les frontières traditionnelles des États.

L’examen des multiples facettes de ces mouvements est essentiel pour comprendre l’ampleur du phénomène et ses implications profondes sur la sécurité mondiale, les politiques internationales et les dynamiques internes de chaque pays affecté. En fin de compte, le terrorisme international ne peut être compris sans prendre en compte cette diversité, qui façonne l’évolution des stratégies de lutte et des réponses globales à cette menace.

Une notion à nuancer

Il est essentiel de souligner que le terme de « terrorisme international » ne désigne pas un phénomène uniforme, mais plutôt un ensemble hétérogène de mouvements et de groupes aux objectifs, stratégies et idéologies divers. Alors que certains groupes adoptent la violence pour défendre une cause nationale et territoriale, d'autres l'utilisent comme un moyen de dénoncer des systèmes économiques ou politiques qu'ils jugent injustes. Cette diversité, qui transcende les frontières géographiques et idéologiques, empêche une définition simpliste ou unique du « terrorisme international ».

Cependant, malgré cette diversité, l’usage de ce terme commun permet de mettre en lumière l'impact global de ces mouvements, qui ne se limitent pas aux frontières nationales. En dépassant les limites territoriales des États, ces groupes influencent les dynamiques géopolitiques et redéfinissent les enjeux de sécurité internationale. Le « terrorisme international » devient ainsi un phénomène transnational qui s'inscrit dans un cadre de conflits mondiaux, où les actions violentes d’un groupe peuvent avoir des répercussions bien au-delà de son contexte local.

Cette diversité rend l’étude du « terrorisme international » particulièrement complexe, mais aussi d’autant plus essentielle. En effet, une approche généralisée ne permettrait pas de saisir les spécificités de chaque mouvement, ni de comprendre pleinement les facteurs qui sous-tendent leur recours à la violence. Une analyse plus fine permet de mieux appréhender les motivations profondes de ces groupes, qu’elles soient idéologiques, politiques ou stratégiques.

L’impact de ces mouvements sur les relations internationales et sur les réponses des États est aussi multiforme. Les gouvernements, confrontés à des menaces transnationales, doivent adapter leurs stratégies en fonction de la nature des groupes terroristes, de leurs modes d’action et de leurs réseaux de soutien. Cette complexité oblige les États à repenser non seulement leurs politiques internes de sécurité, mais aussi leur coopération internationale pour lutter efficacement contre cette menace.

Pour comprendre les répercussions du « terrorisme international », il est nécessaire de l’aborder sous plusieurs angles. Cela inclut une analyse des réseaux transnationaux, des flux d’informations et de ressources, des stratégies de recrutement, et des alliances qui se forment parfois entre des groupes idéologiquement divergents mais unis par des objectifs communs, comme la résistance à un ennemi perçu comme impérialiste.

Cela implique également de prendre en compte les réponses des différents États et organisations internationales, qui varient en fonction de leurs intérêts politiques et de la manière dont ils perçoivent la menace. De l'intensification de la répression à la mise en place de mécanismes de prévention, ces réponses doivent être modulées en fonction des caractéristiques propres à chaque forme de terrorisme, de ses origines et de ses objectifs.

Les trois mouvements du terrorisme international

Les groupuscules palestiniens

Le conflit israélo-palestinien a donné naissance à une série de mouvements qui, au fil des décennies, ont contribué à la radicalisation et à la dissidence au sein de la population palestinienne. Face à l’occupation israélienne, ces groupes ont cherché à se constituer une légitimité, construisant un discours qui justifie leur lutte tout en s’opposant à un ennemi perçu comme intransigeant et impérialiste. Le besoin de se faire entendre sur la scène internationale et de garantir l’existence d’une cause commune a fait émerger plusieurs nébuleuses politiques, chacune avec ses propres objectifs et stratégies.

Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP)

eorges Habache, s'inscrivant dans une perspective marxiste-léniniste et anticolonialiste. Ce mouvement révolutionnaire se distingue par son opposition idéologique radicale à l'État d'Israël, qu'il considère comme un « État impérial », c'est-à-dire un instrument de domination des puissances occidentales au Moyen-Orient. Pour le FPLP, Israël est perçu non seulement comme une entité occupante, mais aussi comme une composante clé de l'impérialisme global, au service des intérêts des grandes puissances coloniales et néocoloniales.

La naissance du FPLP survient dans un contexte historique précis, celui de la montée des tensions au sein du monde arabe et de la guerre des Six Jours en 1967, au cours de laquelle Israël a étendu son contrôle sur de vastes territoires palestiniens, exacerbant ainsi le sentiment d'humiliation et de perte au sein de la population palestinienne. Cette guerre marque un tournant, provoquant un renouveau de l’action politique et armée au sein des mouvements palestiniens. Le FPLP se distingue dans ce contexte par son analyse marxiste et sa vision révolutionnaire, prônant la destruction de l'État israélien comme étape nécessaire à la libération du peuple palestinien et à l’établissement d’un État palestinien souverain.

Le FPLP s’appuie sur une idéologie qui combine le nationalisme palestinien avec des principes marxistes, cherchant à redéfinir la lutte pour l’indépendance palestinienne à travers un prisme socialiste et anti-impérialiste. Selon cette vision, la lutte contre Israël ne se limite pas à un simple affrontement territorial, mais doit également inclure une opposition à l'impérialisme global et aux structures de pouvoir dominantes dans le monde arabe.

Dès sa création, le FPLP adopte une stratégie de confrontation violente. Le groupe mène une série d'actions spectaculaires pour faire connaître sa cause à l’échelle internationale et galvaniser le soutien des Palestiniens et des populations arabes. Cette stratégie inclut des détournements d'avions, des prises d’otages et des attentats, visant à perturber l’ordre mondial et à attirer l'attention sur la situation des Palestiniens. L’une de leurs actions les plus emblématiques a été le détournement de plusieurs avions en 1970, dont celui du vol de la compagnie aérienne belge Sabena. Ces actes de violence étaient conçus pour envoyer un message fort, à savoir que la lutte palestinienne ne pouvait être ignorée, même par les puissances internationales.

Le FPLP mise également sur une mobilisation large, non seulement parmi les Palestiniens, mais aussi au sein des populations arabes et des groupes de solidarité à travers le monde. Le groupe cherche à obtenir le soutien de l'URSS et des autres pays socialistes, qui voient en lui un allié dans la lutte contre le bloc occidental et l’impérialisme américain. Cette internationalisation de la cause palestinienne est essentielle à la stratégie du FPLP, car elle vise à inscrire le combat palestinien dans un cadre géopolitique plus large, celui des luttes révolutionnaires contre l’impérialisme.

Au fil des années, le FPLP devient de plus en plus radicalisé, notamment après plusieurs défaites militaires et la difficulté croissante à obtenir des gains politiques. Les scissions internes et la concurrence entre les différents groupes palestiniens compliquent également la situation. Par exemple, la faction du Fatah, qui représente une approche plus modérée de la lutte, entre en conflit avec le FPLP, qui adopte une ligne plus dure.

Ces dissensions ont eu des répercussions sur l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), où la lutte pour le leadership entre le FPLP et d'autres factions a exacerbée les divisions. Le FPLP, malgré sa popularité parmi certains segments de la population palestinienne et dans les pays voisins, n'a jamais réussi à unifier totalement la résistance palestinienne autour de sa ligne idéologique.

Le FPLP reste une organisation influente dans l’histoire du nationalisme palestinien, incarnant une forme de résistance radicale et une opposition frontale à l’État israélien. Bien que ses actions aient été largement rejetées par la communauté internationale pour leur recours à la violence, le FPLP a joué un rôle majeur dans la politisation et la radicalisation de la cause palestinienne dans les années 1970 et 1980. L’organisation continue d’exister aujourd’hui, bien que son influence ait diminué avec l’évolution du contexte géopolitique et l'émergence de nouvelles formes de résistance et de diplomatie dans le monde arabe.

Yasser Arafat et l’évolution de l'OLP

En 1964, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) est fondée avec pour objectif de fédérer les différents mouvements palestiniens sous une seule bannière. Cette organisation a été conçue pour représenter le peuple palestinien sur la scène internationale et coordonner les efforts de lutte contre l’occupation israélienne. L’OLP ambitionnait de se constituer comme un acteur unifié, capable de conduire la résistance palestinienne et d’agir en tant qu’interlocuteur auprès de la communauté internationale.

Yasser Arafat, fondateur du Fatah en 1959, rejoint l’OLP en 1968. Cette intégration marque un tournant majeur pour l’organisation et pour Arafat lui-même, qui devient rapidement l'une des figures les plus influentes du mouvement palestinien. Le Fatah, initialement une organisation séparée, se distingue par son pragmatisme et sa volonté de mener une lutte armée contre Israël tout en tentant de légitimer la cause palestinienne sur la scène diplomatique internationale. Grâce à l'intégration du Fatah, l'OLP parvient à se structurer en une organisation de plus en plus reconnue et présente sur le plan politique, notamment après l’adhésion d’Arafat, qui en devient le leader incontesté.

Le défi principal pour Arafat et l'OLP est de surmonter les divisions internes au sein du mouvement palestinien. Si l’idée d’unité fait sens sur le plan stratégique et symbolique, la réalité est bien plus complexe. En dépit de la volonté d'Arafat de regrouper les Palestiniens sous une seule direction, les divergences idéologiques et stratégiques entre les différentes factions, telles que le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) et le Fatah, rendent difficile l’unification du mouvement. Le FPLP, par exemple, adopte une ligne plus radicale et marxiste-léniniste, tandis que le Fatah, sous la direction de Arafat, met l’accent sur la nécessité d’une résistance armée tout en cherchant à maintenir une relation diplomatique avec les pays arabes et d’autres acteurs internationaux.

Ces scissions internes alimentent une rivalité politique et militaire qui perdure pendant plusieurs décennies, mettant en lumière les tensions entre les approches révolutionnaires et diplomatiques au sein de l’OLP. Bien que l’OLP parvienne à s'imposer comme le représentant principal du peuple palestinien sur la scène mondiale, ces divisions rendent difficile une coordination complète et une action unifiée contre Israël.

Yasser Arafat, tout en étant reconnu comme un grand homme politique par de nombreux observateurs et leaders internationaux, est également vu par certains de ses compatriotes comme un traître. Les critiques à son égard proviennent principalement des factions plus radicales, comme le FPLP, qui l’accusent de compromis avec l’Occident et d'avoir abandonné l’objectif d'une lutte armée sans conditions préalables au profit de la diplomatie. Son discours évolue au fil du temps, et il se positionne progressivement comme un défenseur de la reconnaissance internationale de la cause palestinienne.

En 1974, Arafat prononce un discours marquant à l’Assemblée générale de l’ONU, où il déclare qu’il venait « en tant que porteur d’un message de paix, et non comme un porteur de guerre ». Ce discours fait de lui une figure respectée sur la scène internationale, mais il suscite également une forte opposition au sein des factions plus radicales, qui voient dans cette ouverture diplomatique un abandon de la lutte armée et des principes révolutionnaires. Cette opposition ne fait qu’intensifier les scissions internes, et Arafat se retrouve souvent confronté à des critiques venant de toutes parts.

Sous la direction de Arafat, l’OLP adopte une stratégie duale qui consiste à mener une résistance armée contre Israël tout en cherchant à obtenir une reconnaissance diplomatique internationale. Cette dualité est illustrée par des actions spectaculaires, comme le détournement d’avions et la prise d’otages, qui visent à attirer l’attention internationale et à faire pression sur Israël. Simultanément, Arafat œuvre pour la reconnaissance de l’OLP comme le représentant légitime des Palestiniens. Ses efforts diplomatiques culminent en 1974 avec la reconnaissance par l’ONU de l’OLP comme le représentant légitime du peuple palestinien, un moment clé dans l'histoire du mouvement palestinien.

Arafat demeure une figure complexe dans l’histoire du nationalisme palestinien. Il est perçu à la fois comme un dirigeant charismatique, capable de mobiliser des masses et de maintenir une certaine cohésion au sein du mouvement palestinien, et comme un personnage controversé, accusé par certains de ne pas avoir su capitaliser sur la lutte armée pour parvenir à la création d'un État palestinien. En fin de compte, la trajectoire de Arafat et de l’OLP reflète les dilemmes du mouvement palestinien : entre une révolution armée pour l’indépendance et une recherche de reconnaissance diplomatique sur la scène internationale.

Septembre Noir et la radicalisation de la lutte

En 1970, le Fatah, sous la direction de Yasser Arafat, assiste à la création du groupe Septembre Noir, constitué de membres du Fatah eux-mêmes. Ce groupe est formé en réponse à une situation politique et militaire complexe, et son objectif est de mener une lutte armée plus radicale contre Israël. Le nom Septembre Noir fait référence aux événements de Septembre 1970, lorsque les tensions entre le gouvernement jordanien et les Palestiniens ont éclaté, entraînant un conflit brutal qui a conduit à l’expulsion de l’OLP du territoire jordanien. Cette situation crée un contexte où une faction du Fatah choisit de s'engager dans des actions violentes visant à redynamiser la lutte armée et à obtenir l'attention internationale.

La création de Septembre Noir s’inscrit dans un contexte de répression sévère en Jordanie, où l'armée jordanienne, sous le roi Hussein, cherche à éliminer les bases palestiniennes après plusieurs années de tensions croissantes avec l'OLP. En 1970, ces tensions aboutissent à ce qu’on appelle le Septembre noir en Jordanie, un mois de violents affrontements entre les forces jordaniennes et les combattants palestiniens, notamment ceux du Fatah, qui avaient établi des bases et une influence politique considérable dans le pays. Le roi Hussein, ne pouvant tolérer un pouvoir palestinien rival, décide d’éliminer les bases de l'OLP, ce qui conduit à des massacres et à l'expulsion de milliers de réfugiés palestiniens vers le Liban et d'autres pays voisins.

En réponse à cette répression, une fraction radicale du Fatah forme Septembre Noir, déterminée à intensifier la lutte contre Israël et à venger l’humiliation infligée aux Palestiniens par le gouvernement jordanien. Ce groupe adopte une approche plus violente et moins mesurée que le Fatah traditionnel, visant à organiser des actions spectaculaires qui attirent l'attention internationale et renforcent la légitimité du mouvement palestinien.

Septembre Noir devient rapidement responsable de plusieurs attaques violentes, dont des détournements d'avions, des assassinats et des prises d'otages. L'une de leurs actions les plus notables est l’attaque du village olympique lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972, où les membres du groupe prennent en otage et tuent 11 athlètes israéliens. Ce massacre spectaculaire vise non seulement à faire connaître la cause palestinienne à l'échelle mondiale, mais aussi à provoquer une réponse violente et symbolique contre un Israël perçu comme oppresseur.

L’attaque de Munich en particulier est un moment charnière dans l’histoire du terrorisme international, car elle marque l’une des premières actions où le terrorisme palestinien est projeté sur la scène mondiale de manière aussi violente et médiatisée. L’image du mouvement palestinien devient de plus en plus associée à la violence extrême, avec des répercussions à la fois diplomatiques et politiques. Septembre Noir, en multipliant les actes spectaculaires, cherche à forcer le monde à prendre conscience de la cause palestinienne, mais à quel prix pour l’image de la résistance palestinienne ?

Cependant, cette escalade de la violence a un coût considérable, tant sur le plan diplomatique que politique. Pour Arafat et l'OLP, la radicalisation des factions palestiniennes représente un dilemme majeur. Tandis que Septembre Noir cherche à renforcer l’influence du mouvement palestinien par des actions spectaculaires, Arafat et l’OLP se retrouvent dans une position difficile, car leurs actions nuisent à leur tentative de reconnaissance internationale. Si, d’un côté, ces attaques apportent une visibilité au conflit palestinien, de l’autre, elles exacerbent l’isolement diplomatique de l'OLP, qui cherche à se présenter comme un interlocuteur légitime pour la paix et l'indépendance.

De plus, cette montée de la violence intérieure, combinée aux pressions croissantes des autres factions palestiniennes pour intensifier la lutte armée, met Arafat dans une situation délicate. Il doit jongler entre la gestion des rivalités internes au sein de l’OLP, qui compte des groupes modérés et radicaux, et ses efforts pour maintenir une position diplomatique qui pourrait permettre aux Palestiniens d'obtenir un soutien international. Cette tension entre violence et diplomatie devient un élément central de la direction d’Arafat, qui sera constamment critiqué par certains pour avoir abandonné la lutte armée pure et dure, tout en étant vu par d'autres comme un symbole de la résistance palestinienne à la fois pragmatique et déterminé.

Septembre Noir marque donc un tournant dans la lutte palestinienne. D'une part, il reflète la radicalisation croissante du mouvement palestinien et la volonté de faire entendre sa cause par la violence si nécessaire. D’autre part, cette radicalisation complique la position d’Arafat et de l'OLP sur la scène internationale, car elle conduit à des scissions internes et à une plus grande difficulté à obtenir une reconnaissance internationale. Septembre Noir disparaît en 1972, mais ses actions laissent un héritage durable de violence qui, pendant longtemps, marquera l’image du mouvement palestinien.

Une "nébuleuse palestinienne"

À partir des années 1970, la lutte palestinienne se transforme en un ensemble de mouvements de plus en plus fragmentés et internes, donnant naissance à ce que l’on peut appeler une véritable "nébuleuse palestinienne". Cette fragmentation découle des multiples scissions au sein de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) et des tensions croissantes entre les différentes factions, telles que le Fatah, le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) et d'autres groupes radicaux. Ces divergences idéologiques, stratégiques et tactiques créent un environnement politique complexe, où les alliances sont souvent temporaires et motivées par des considérations d’opportunité, et non par une véritable convergence de vues.

L’idéologie du FPLP, résolument marxiste-léniniste, entre en compétition directe avec les positions plus pragmatiques de Fatah, qui cherche une approche plus mesurée pour atteindre ses objectifs politiques. Le FPLP, par exemple, insiste sur la nécessité de renverser l’ordre capitaliste mondial et de soutenir des luttes anticolonialistes à l’échelle globale. Il perçoit la lutte palestinienne comme faisant partie d'une révolution plus large contre l'impérialisme et l'exploitation des peuples opprimés.

En revanche, le Fatah, sous la direction de Yasser Arafat, reste attaché à une vision plus soucieuse de l’efficacité politique et de la reconnaissance diplomatique, cherchant à concilier la résistance armée et des efforts diplomatiques pour obtenir un soutien international. Ces divergences ne se limitent pas seulement à la question idéologique, mais se manifestent aussi par des différences de stratégie concernant l’usage de la violence et la quête de légitimité internationale.

Les scissions internes de l'OLP, alimentées par ces tensions idéologiques et stratégiques, empêchent l'émergence d'une direction unifiée capable de porter un message clair et cohérent. Certaines factions, comme le Fatah, prônent une approche plus centralisée, tandis que d'autres, telles que le FPLP et Septembre Noir, adoptent des tactiques plus radicales et décentralisées, basées sur l’action violente et l’escalade du conflit. Cette rivalité entre factions a exacerbé les divisions internes et a conduit à des conflits ouverts à plusieurs reprises.

La compétition pour le leadership au sein de l'OLP s'intensifie également avec l’apparition de nouvelles factions comme le Conseil révolutionnaire du Fatah ou encore le Parti de la Libération de la Palestine (PLP), créant ainsi une fragmentation constante de l’OLP. Ces luttes de pouvoir, souvent exacerbées par des divergences sur la manière de mener la lutte contre Israël, génèrent un climat de méfiance et d’instabilité au sein du mouvement palestinien.

La nébuleuse palestinienne se caractérise également par des alliances opportunistes entre des factions aux objectifs et aux stratégies divergentes. Parfois, ces mouvements rivaux se retrouvent à collaborer sur des actions spécifiques ou à soutenir des initiatives diplomatiques communes, mais sans réelle cohésion ou vision partagée à long terme. Ces alliances circonstancielles témoignent de la nécessité pour ces groupes de faire front commun face à un ennemi commun, mais elles sont souvent fragiles et se dissolvent lorsque les intérêts spécifiques de chaque faction prennent le dessus.

Malgré cette fragmentation, l’OLP réussit à s’imposer comme l’acteur central du mouvement palestinien. Sous la direction de Yasser Arafat, l’OLP parvient à se faire reconnaître comme le représentant légitime des Palestiniens sur la scène internationale, notamment après la reconnaissance de son statut d'observateur à l'ONU en 1974. Toutefois, cette position centrale est constamment mise à l'épreuve par la radicalisation interne et les tensions entre ses diverses factions. Arafat, tout en cherchant à maintenir une certaine unité, doit jongler entre des forces internes qui poussent pour des actions violentes et d’autres qui préconisent des solutions diplomatiques.

L’ascension de cette "nébuleuse palestinienne" marque un tournant dans le processus de lutte pour l’autodétermination des Palestiniens, qui devient de plus en plus marqué par des contradictions internes. À l'intérieur de la société palestinienne, ces divisions alimentent des conflits internes qui affaiblissent la cohésion du mouvement. Sur la scène internationale, la division du mouvement palestinien rend difficile l’élaboration d’une stratégie unifiée, ce qui nuit à l'efficacité des efforts diplomatiques pour obtenir une reconnaissance internationale et un soutien substantiel pour la cause palestinienne.

La fragmentation du mouvement palestinien et la concurrence entre ses différentes factions ont profondément marqué l’évolution de la lutte pour l’indépendance palestinienne, transformant celle-ci en un processus politique, à la fois interne à la société palestinienne et externe, sur la scène mondiale, où les divisions et les rivalités stratégiques ont compliqué les efforts pour obtenir un État palestinien unifié.

La Rote Armee Fraktion

Rote Armee Fraktion RAF, Baader-Meinhof-Bande.

La Rote Armee Fraktion (RAF), également connue sous le nom de la Bande à Baader, émerge dans un contexte sociopolitique très différent de celui des mouvements palestiniens. Tandis que les luttes palestiniennes sont centrées sur le conflit israélo-palestinien et la lutte pour un État national, la RAF et des groupes similaires en Europe, comme les Brigades Rouges en Italie, naissent dans des sociétés industrielles fortement marquées par les contradictions internes issues de leur passé historique. L’Allemagne et l’Italie, deux grandes puissances industrielles, sont enchevêtrées dans des tensions politiques, économiques et culturelles qui trouvent leurs racines dans les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.

Un contexte historique de blocage sociétal

La génération qui émerge après la Seconde Guerre mondiale porte en elle une crise d’identité profonde, héritée des traumatismes collectifs liés au passé nazi en Allemagne et fasciste en Italie. De nombreuses élites politiques et économiques de ces pays proviennent directement des régimes qui ont orchestré ou collaboré avec les régimes fascistes et nazis. Après la guerre, ces sociétés se retrouvent dans une situation complexe, où les responsables de la guerre et de la persécution des minorités sont souvent intégrés dans les structures politiques de l’après-guerre, soit par opportunisme, soit par manque de volonté politique d'engager une véritable dénazification ou dé-fascisation.

Contrairement à d'autres pays qui ont entrepris une déconstruction en profondeur de leur passé fasciste, l'Allemagne et l'Italie ont traversé une période de non-réflexion officielle sur leur rôle dans la guerre et la persécution des populations, notamment les Juifs, les Roms et les opposants politiques. Plutôt que de mener une véritable réévaluation morale et intellectuelle, ces sociétés ont choisi, à bien des égards, de minimiser ou d'ignorer les responsabilités de leurs élites, dans une tentative de reconstruction rapide. Ce manque de confrontation avec l’héritage du fascisme et du nazisme a contribué à un climat de frustration et d'aliénation parmi la jeunesse.

Les jeunes des années 1960, confrontés à un passé qu’ils jugent inacceptable et à une société marquée par l'inaction face à ce passé, vivent dans un climat de désillusion et de révolte. Ces générations, élevées dans des sociétés où les structures politiques, économiques et sociales sont en grande partie héritées des régimes précédents, se sentent profondément décalées et aliénées. Elles perçoivent les institutions sociales et politiques comme des produits d’un passé fasciste non traité et comme des outils de maintien d’un ordre injuste et figé.

La frustration découle du fait que, dans leur esprit, les structures en place non seulement n’ont pas réussi à tourner la page de l'histoire, mais continuent d'entretenir des inégalités sociales, économiques et politiques profondément enracinées. Le sentiment général est que ces systèmes sont responsables de l'embrigadement des générations passées, qui ont permis la montée des régimes fascistes et l'effacement des voix dissidentes.

C’est dans ce terreau de révolte et de questionnement profond que s’initie une rébellion générationnelle, animée par la recherche de justice sociale et le rejet des structures héritées de la Seconde Guerre mondiale. Cette quête de justice ne se limite pas à une critique du passé, mais s’étend à une remise en cause de l'ordre social et économique contemporain, jugé responsable de la perpétuation des inégalités et des injustices. En particulier, les jeunes des années 1960, influencés par les courants intellectuels marxistes, situationnistes et anticapitalistes, s’engagent dans une rébellion contre la société de consommation et les structures technocratiques qu’ils considèrent comme les héritières des régimes totalitaires d'avant-guerre.

Il ne s'agit pas seulement d'une révolte contre un passé douloureux, mais aussi contre un présent vécu comme une trahison des idéaux démocratiques et humanistes. L’aspiration à des alternatives au système dominant se fait par la critique des partis politiques traditionnels, perçus comme trop modérés et incapables de répondre aux problèmes sociaux urgents. C’est ainsi qu’émerge un mouvement plus radical, symbolisé par des organisations comme la Rote Armee Fraktion (RAF) en Allemagne et les Brigades Rouges en Italie, qui rejettent la voie réformiste et préconisent une révolution radicale.

Ce climat de frustration et d’aliénation, combiné à l'absence d’une véritable transformation du système, crée un terreau idéal pour la radicalisation de certains jeunes, prêts à remettre en cause non seulement les structures existantes, mais aussi à recourir à la violence pour provoquer un changement. La guérilla urbaine, inspirée par des modèles de lutte de guérilla en Amérique latine et en Asie, devient un moyen de se faire entendre dans une société qu’ils perçoivent comme verrouillée et incapable de se réformer de l'intérieur.

La quête de justice sociale, dans ce contexte, ne se limite pas à des réformes ou à des ajustements politiques. Elle se nourrit d’une volonté de changer le système dans sa globalité, de renverser l’ordre établi et de réinventer la société sur de nouvelles bases égalitaires et solidaires.

L’influence de la « Nouvelle Gauche » et du marxisme

Dans le climat de révolte qui traverse l'Europe des années 1960, un courant intellectuel marxisant émerge avec une force nouvelle : la Seconde École de Francfort. Ce groupe de philosophes et sociologues, comprenant des figures de proue telles que Theodor Adorno et Max Horkheimer, devient un centre d’influence majeur pour les jeunes intellectuels et militants. Leur critique radicale de la société capitaliste, de la technocratie, de la consommation de masse et de l’impérialisme occidental contribue à nourrir les réflexions qui aboutiront à des formes plus radicales de révolte et d’action politique.

Les théories de l’École de Francfort se basent sur une analyse critique de la société de masse et de la domination culturelle, deux concepts qui prennent une importance croissante dans le débat social et politique de l’après-guerre. Selon Adorno et Horkheimer, la société capitaliste moderne est conçue pour maintenir l’oppression à travers un contrôle silencieux mais omniprésent sur les individus, qu’il soit culturel, économique ou social. Cette domination est assurée non seulement par l’exploitation économique, mais aussi par des mécanismes subtils de manipulation culturelle et idéologique. En particulier, l’industrie culturelle, qui produit des biens de consommation (musique, cinéma, publicité), est vue comme un instrument de stabilisation sociale, qui perpétue les inégalités tout en inhibant la prise de conscience critique des masses populaires.

Dans ce cadre, le marxisme, et plus particulièrement le marxisme-léninisme, devient un moteur intellectuel puissant pour une génération qui cherche à comprendre les mécanismes de l’oppression et à les combattre. Ce marxisme critique met en lumière les contradictions inhérentes au capitalisme, telles que l’exploitation des travailleurs et la concentration du pouvoir économique entre les mains d’une élite. Il devient le fondement d’une réflexion radicale qui, en rejetant les structures existantes, cherche à imaginer une transformation profonde de la société.

Cette analyse sociologique et philosophique trouve un écho direct chez les jeunes militants, notamment ceux issus de la nouvelle gauche, qui rejettent la politique réformiste des partis traditionnels. Pour ces jeunes, les partis de gauche modérés sont perçus comme complices du système capitaliste ou comme incapables de provoquer un véritable changement. Leurs revendications ne peuvent donc pas être satisfaites dans le cadre des institutions existantes, ce qui les conduit à envisager des formes de lutte radicales.

La Rote Armee Fraktion (RAF), tout comme d'autres groupes de la nouvelle gauche, adopte une approche révolutionnaire radicale, s’inspirant des luttes de guérilla qui secouent l’Amérique latine à cette époque. Des figures emblématiques comme Che Guevara deviennent des modèles d’action pour les jeunes militants européens, qui voient en lui un symbole de la résistance armée contre les régimes impérialistes et les dictatures soutenues par les États-Unis. Le marxisme-léninisme de Guevara, qui prône la révolution par la lutte armée et le renversement des régimes capitalistes et impérialistes, trouve un terreau fertile parmi les jeunes qui se sentent incapables de changer les choses par la voie pacifique ou réformiste.

La RAF, influencée par cette pensée révolutionnaire, choisit ainsi de se tourner vers la guérilla urbaine, un modèle inspiré des guérilleros d’Amérique latine et d’Afrique. L'objectif est de mener une révolution armée pour renverser l’ordre établi et mettre fin à ce qu'ils considèrent comme l'oppression systémique des masses populaires. Cette stratégie fait écho à une époque où la lutte contre l’impérialisme et l’anti-capitalisme se conjuguent dans une forme de rébellion totale contre l'ordre mondial qu’ils jugent injuste et inégalitaire.

Dans ce contexte, la RAF se positionne fermement contre la voie réformiste des partis de gauche traditionnels. Elle rejette l’idée que des réformes graduelles ou des compromis avec les structures existantes puissent résoudre les problèmes fondamentaux du capitalisme et de l’impérialisme. Pour la RAF, seule une rupture totale avec le système capitaliste permettrait de libérer les peuples opprimés. Ce rejet du réformisme est au cœur de leur stratégie révolutionnaire, qui se caractérise par un recours systématique à la violence et à l’action directe.

La RAF, tout comme d’autres mouvements de la nouvelle gauche, s'oppose ainsi à la “bonne pensée de gauche” incarnée par les partis traditionnels. Elle met en avant une révolution radicale, non pas par des réformes progressives mais par un changement brutal et total de l’ordre social, politique et économique. Leur ligne est celle d’un anticapitalisme radical, qui cherche à abattre les structures existantes et à imposer un modèle socialiste révolutionnaire.

Influences extérieures et solidarité internationale

La Rote Armee Fraktion (RAF) s’inscrit dans une dynamique de solidarité internationale, où l’idéologie du tiers-mondisme et du soutien aux luttes anti-impérialistes joue un rôle fondamental. À travers cette vision, la RAF perçoit l’impérialisme américain comme une force de domination mondiale, responsable de l’exploitation systématique des peuples à travers le monde. Cette perspective est particulièrement renforcée par l’implantation des bases militaires américaines en Allemagne, qu'ils considèrent comme un symbole de l’impérialisme et de l'occupation étrangère, un point de ralliement pour justifier leur lutte armée.

L’un des modèles les plus importants pour la RAF est celui des guérillas latino-américaines, qui incarnent pour eux la résistance armée contre l'impérialisme. Des mouvements comme la Révolution cubaine et les luttes menées au Nicaragua, en Bolivie, et dans d’autres pays d’Amérique latine, ont été des sources d’inspiration majeure pour les membres de la RAF. Ils croient fermement qu’en s’inspirant des tactiques de guérilla de ces mouvements révolutionnaires, ils pourraient à leur tour déclencher un mouvement révolutionnaire en Europe, en particulier en Allemagne. Selon cette logique, si les peuples d'Amérique latine pouvaient renverser des régimes soutenus par les États-Unis, il serait également possible de déclencher une révolution dans les sociétés occidentales en reproduisant ces modèles de résistance.

Le Cuba de Fidel Castro devient ainsi un symbole majeur de résistance et de victoire contre l’impérialisme, et ses principes de guerre révolutionnaire et de mobilisation populaire sont largement admirés et adaptés par les militants de la RAF. La RAF aspire à créer un mouvement de guérilla urbaine, inspiré des combats anti-impérialistes d’Amérique latine, pour renverser l’ordre capitaliste et imposer une société socialiste révolutionnaire en Europe.

Une autre influence majeure est la guerre du Vietnam, qui devient un symbole central de l’impérialisme américain et de l’oppression des peuples par les puissances impérialistes. La guerre en Indochine, perçue comme une tentative des États-Unis de maintenir leur domination en Asie, devient un puissant catalyseur idéologique pour les jeunes militants européens. La RAF, à l’instar d'autres groupes de la nouvelle gauche, voit dans la guerre du Vietnam un symbole d’injustice, une guerre menée sous des prétextes idéologiques mais motivée par des intérêts économiques et géopolitiques, qui ne visent qu'à maintenir un statu quo d’exploitation.

Cette révolte contre la guerre du Vietnam, perçue comme une guerre de domination impérialiste, fait écho aux luttes internes contre les régimes d’occupation en Europe. Les militants européens voient dans cette guerre un exemple de la manière dont les puissances impérialistes imposent leur contrôle à travers la violence, en utilisant les peuples comme pions dans une lutte pour des ressources et des sphères d’influence. En ce sens, l’anti-impérialisme devient un lien fondamental entre les luttes des peuples opprimés, qu’ils soient en Asie, en Afrique, en Amérique latine, ou en Europe.

L’idéologie de la RAF intègre pleinement cette dimension internationale. Les membres de la RAF considèrent que les luttes des peuples opprimés dans le monde sont interconnectées et que la résistance contre l’impérialisme, quel que soit le lieu où elle se manifeste, doit être soutenue et multipliée. Pour eux, le combat palestinien, la lutte des guérilleros latino-américains, la révolte contre le colonialisme en Afrique, et leur propre combat en Europe, sont tous des faces d’un même mouvement révolutionnaire mondial qui cherche à déstabiliser l’ordre capitaliste mondial.

Cette solidarité internationale alimente leur conviction que la violence révolutionnaire est non seulement nécessaire, mais aussi justifiée. Pour la RAF, la lutte armée contre l'impérialisme et le capitalisme ne se limite pas à des actions locales, mais fait partie d'un processus mondial visant à renverser l'ordre établi. En ce sens, l'usage de la violence n'est pas seulement un moyen d'action, mais un acte de solidarité et de participation à un combat global.

Les premiers actes de violence et la radicalisation

Les premiers actes violents de la Rote Armee Fraktion (RAF) datent de 1968, marquant le début de leur stratégie de confrontation armée contre l'État et les institutions qu'ils considèrent comme les instruments de l'oppression capitaliste et impérialiste. Le 2 avril 1968, une série d'attaques coordonnées est menée contre deux magasins à Francfort, sous la direction d'Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Horst Sohlein, et Thoward Proll. Ces actions, relativement modestes par rapport à ce qui allait suivre, sont néanmoins un signe clair du passage à l’action du groupe et de son engagement dans une forme de violence révolutionnaire.

Ces premiers actes de violence sont motivés par une volonté de rupture avec les modes d'action traditionnels, en particulier la voie réformiste, qui est vue par la RAF comme inopérante face à l'enracinement du capitalisme et de l’impérialisme. La RAF adopte rapidement des tactiques plus spectaculaires, visant à attirer l'attention des médias et de l'opinion publique mondiale. Ces attaques symbolisent non seulement une révolte contre le système politique et économique, mais aussi un rejet de l'ordre social existant qu'ils jugent irrémédiablement corrompu.

Un moment clé dans l’histoire de la RAF survient en mars 1970, lorsque Andreas Baader, l'un des membres fondateurs du groupe, est libéré lors d’une opération spectaculaire menée par Ulrike Meinhof et d'autres membres du groupe. Cette opération de libération, exécutée de manière théâtrale et bien organisée, marque un tournant dans l’histoire du groupe et dans l’utilisation de la violence par la RAF. Elle représente également la naissance officielle de la RAF en tant que groupe radical unifié, autour de la vision de la lutte contre l'impérialisme, le capitalisme et l'État.

La libération de Baader est un symbole du rejet du système pénitentiaire et judiciaire bourgeois, qu’ils considèrent comme une extension du contrôle autoritaire de l'État. En unissant leurs forces pour cette action, les membres de la RAF affirment leur détermination à poursuivre la lutte armée, et ils se placent fermement sur une trajectoire radicale, marquée par le recours à la violence comme moyen nécessaire et légitime pour renverser le système capitaliste.

Après la libération de Baader, la RAF se fait connaître par une série d’attaques spectaculaires, qui visent non seulement des symboles de l'État, mais aussi des figures politiques, industrielles et militaires. Ces cibles sont vues comme les représentants du système capitaliste et impérialiste qu’ils cherchent à renverser. Parmi les premières actions notables figurent des prises d'otages et des assassinats de personnalités influentes, telles que des patrons d’entreprises, des membres du gouvernement, et des figures militaires, souvent associées à la puissance économique et politique.

Ces attaques sont d'abord menées à l’intérieur de l'Allemagne, mais leur portée devient de plus en plus internationale. La RAF cherche à perturber l'ordre mondial établi, tout en envoyant un message de solidarité avec les luttes révolutionnaires en dehors de l'Europe, notamment en Amérique latine et en Asie. En adoptant de telles tactiques, le groupe se fait progressivement un nom sur la scène internationale, devenant le symbole de la violence révolutionnaire de la "nouvelle gauche", qui rejette la réforme graduelle et vise un renversement brutal du système.

À mesure que la RAF se radicalise, elle devient un symbole de la révolte armée dans une Europe où une partie importante de la jeunesse se sent démoralisée et alienée par les structures de pouvoir existantes. La radicalisation de la RAF, marquée par des attaques de plus en plus violentes et médiatisées, reflète la volonté de certains jeunes militants de secouer le système à tout prix, en utilisant la violence pour forcer l’attention et provoquer un changement immédiat.

Ce phénomène de radicalisation au sein de la RAF s’inscrit dans un contexte plus large de révoltes sociales et politiques en Europe, où des groupes issus de la "nouvelle gauche" adoptent des positions révolutionnaires contre ce qu'ils considèrent comme une société pourrie et déconnectée des besoins réels des masses. La RAF, comme d’autres groupes, rejette l’idée que des solutions pacifiques ou réformistes puissent suffire pour répondre aux injustices systémiques. La violence devient alors non seulement un outil de contestation, mais aussi un instrument de légitimation de leur propre vision du monde.

Le déclin et la fin du groupe

Les activités de la Rote Armee Fraktion (RAF), qui s’étendent sur deux décennies, prennent fin en 1998, lorsque les derniers membres du groupe annoncent, depuis leur clandestinité, qu’ils cessent leur lutte armée. Dans leur déclaration, ils affirment que leur combat appartient désormais à l'Histoire, marquant ainsi la fin d'une époque de violence révolutionnaire en Europe. Bien que la RAF ait eu un impact considérable sur la scène politique et idéologique des années 1970 et 1980, elle n'a jamais atteint ses objectifs révolutionnaires, ni sur le plan politique, ni sur celui de la transformation sociale qu’elle espérait imposer par la force.

Le déclin de la RAF ne se fait pas du jour au lendemain. Au contraire, il est le résultat de plusieurs années de lutte interne, de pressions extérieures, et de changements dans le paysage politique mondial. Au cours des années 1970 et 1980, le groupe multiplie les actions violentes, notamment les attentats, les prises d’otages, et les assassinats de figures emblématiques, visant à perturber l’ordre établi. Cependant, ces actes de violence, bien qu'efficaces pour attirer l'attention des médias et marquer les esprits, ne parviennent pas à galvaniser un mouvement révolutionnaire plus large comme l'avaient espéré les membres de la RAF.

Le groupe est également confronté à des divisions internes profondes. À mesure que les années passent, les tensions idéologiques entre les membres se renforcent, notamment sur les questions de stratégie et de méthodes. Certains membres estiment que la violence devrait se concentrer uniquement sur des cibles symboliques, tandis que d’autres prônent une escalade des actions violentes pour obtenir un impact plus direct et immédiat. Ces divergences alimentent la fragmentation au sein du groupe, qui devient de plus en plus isolé, tant politiquement que militairement.

La répression de l'État, de plus en plus systématique et violente, joue également un rôle clé dans le déclin de la RAF. Le gouvernement allemand met en place des mesures de sécurité draconiennes, incluant des lois antiterroristes strictes, la surveillance accrue des activistes et la formation de unités spécialisées dans la lutte anti-terroriste. En réponse, la RAF se cache de plus en plus dans la clandestinité, ce qui ne fait qu’aggraver son isolement.

Parallèlement, l'opinion publique en Allemagne et dans d'autres pays européens évolue. Si la RAF avait été perçue dans un premier temps comme une forme de résistance armée contre l'impérialisme et le capitalisme, ses actions violentes, particulièrement les prises d'otages et les assassinats de civils, finissent par être largement rejetées. Le soutien populaire s'effrite, et le groupe perd peu à peu sa légitimité, même parmi les sympathisants de la cause révolutionnaire. De plus, l’évolution des contextes géopolitiques, comme la fin de la guerre froide et les changements dans le rapport de force international, rendent leur combat de plus en plus obsolète.

La RAF, qui s'était fortement inspirée des luttes de guérilla latino-américaines et des mouvements révolutionnaires tiers-mondistes, finit par se retrouver idéologiquement isolée. La guerre froide touche à sa fin, et les régimes autoritaires qu’elle combattait, notamment en Amérique latine, sont progressivement remplacés par des gouvernements plus démocratiques ou modérés, réduisant ainsi la portée de son discours. Sur le plan interne, les divergences idéologiques se manifestent également par une incapacité à s'adapter aux évolutions sociales et politiques en Europe. De plus, l’isolement croissant des membres de la RAF, qui vivent dans la clandestinité, contribue à un manque de nouvelles recrues, limitant leur capacité à renouveler leurs actions.

Lorsque les derniers membres de la RAF annoncent en 1998 la fin de leur lutte armée, il est clair que le groupe est devenu un vestige du passé, une organisation qui a marqué une époque, mais qui n’a pas pu transformer les structures sociales qu'elle contestait. Les membres survivants sont soit capturés, soit laissés à l'écart des luttes politiques contemporaines, incapables de répondre aux besoins et aspirations d'une nouvelle génération.

La fin de la RAF marque non seulement la disparition d’un groupe, mais aussi la fin d’une époque de radicalisme politique en Europe de l’Ouest, où des mouvements de guérilla urbaine ont été perçus comme une réponse à l’impérialisme et aux injustices sociales. En ce sens, la RAF, malgré son échec à atteindre ses objectifs, reste un symbole de l'engagement radical d'une génération, dont les idéaux et les méthodes continuent de susciter des débats sur l'usage de la violence en politique et sur la quête de transformation sociale.

Les Brigades Rouges

Drapeau des Brigate Rosse.

Les Brigades Rouges (Brigate Rosse), fondées en Italie dans les années 1970, sont nées d’un contexte sociopolitique marqué par une société italienne perçue comme bloquée, où une large classe prolétarienne ressent une profonde injustice face à la concentration des richesses. Alors que l'Italie connaît une croissance économique rapide, une grande partie de la population, notamment dans les usines du Nord, reste exclue des fruits de cette prospérité. Dans ce contexte de disparités sociales croissantes, des groupes autonomes clandestins, influencés par des courants tels que le marxisme, le maoïsme, le trotskisme, l'opératisme et le situationnisme, émergent avec un objectif commun : instaurer un communisme révolutionnaire qui parte des bases populaires et qui ne soit pas dicté par une élite intellectuelle ou bourgeoise.

L’idéologie des Brigades Rouges : la révolution depuis la base

Au cœur de l’idéologie des Brigades Rouges (Brigate Rosse) se trouve une vision radicale de la lutte de classe et un rejet profond de l’élitisme intellectuel traditionnel. Les membres de ce groupe révolutionnaire ne considèrent pas l’intelligentsia ou la classe dirigeante comme les moteurs d’une transformation sociale, mais plutôt comme des éléments du système capitaliste à renverser. Leur conviction est que pour renverser l’ordre capitaliste, les intellectuels doivent descendre dans les usines et s’impliquer directement dans les luttes quotidiennes du prolétariat. Ils rejettent ainsi la séparation traditionnelle entre les intellectuels, souvent perçus comme éloignés des réalités sociales, et les masses laborieuses. Pour les Brigades Rouges, la lutte armée doit être populaire et dirigée par ceux qui souffrent directement du système qu'ils combattent.

L'idéologie des Brigades Rouges s'oppose frontalement à l'idée que la révolution puisse être menée par des intellectuels ou des partis politiques qui ne sont pas en contact direct avec les masses populaires. Selon leur vision, les intellectuels ne devraient pas se contenter de théoriser depuis leurs salons ou leurs universités, mais devraient agir sur le terrain, aux côtés des ouvriers et des paysans, pour comprendre et transformer leur situation de manière directe. Cette idéologie de terrain incite les membres du groupe à s'impliquer activement dans les conditions de vie et de travail des classes populaires, avec l'objectif de renverser l'ordre économique et social en place.

Ainsi, contrairement aux partis réformistes ou à ceux qui prônent des solutions modérées, les Brigades Rouges considèrent la lutte armée comme le seul moyen efficace de renverser un système qu’ils jugent irréformable. Ils estiment que les tentatives de réformes ou de compromis, comme celles entreprises par le Parti Communiste Italien (PCI), ne font que renforcer l'ordre établi et diluer les objectifs révolutionnaires. Pour eux, les partis réformistes ont trahi la révolution en acceptant le compromis historique avec la Démocratie Chrétienne, permettant ainsi au système capitaliste de se maintenir sous un nouveau visage, sans changer ses structures fondamentales.

Le rejet du compromis historique devient ainsi un des moteurs centraux de la radicalisation des Brigades Rouges. Ce compromis, accepté par des partis comme le PCI dans les années 1960, était censé permettre un rapprochement entre les forces de gauche et le gouvernement de la Démocratie Chrétienne pour promouvoir des réformes progressistes sans remettre en cause le système capitaliste. Cependant, pour les Brigades Rouges, cette approche était une trahison des principes révolutionnaires, une manière d'accepter des réformes superficielles au lieu de chercher un renversement total du système. Ce compromis entre réformistes et modérés était vu comme une forme de collaboration avec l’ordre établi, et donc incompatible avec la lutte véritablement révolutionnaire qu'ils prônaient.

Pour les membres des Brigades Rouges, ce rapprochement entre le PCI et la Démocratie Chrétienne représentait une forme de complicité avec le capitalisme. Cette analyse les pousse à une radicalisation encore plus forte de leur action, notamment par le recours à la violence révolutionnaire. La révolte contre le compromis historique devient donc un principe fondamental de leur lutte : toute forme de négociation ou de compromis avec l’ordre capitaliste et les structures de pouvoir existantes est inacceptable.

Dans ce contexte, les Brigades Rouges choisissent de s’engager dans une lutte armée comme seul moyen d’atteindre leurs objectifs révolutionnaires. Ils croient fermement que l’action directe, et non pas la négociation ou la réforme, est la seule manière de briser les chaînes du capitalisme. Leur analyse du problème social dépasse la simple critique des inégalités économiques : ils voient dans l’ordre social établi un système d’oppression total qui doit être détruit par la force. Cette approche est influencée par les idéaux de guérilla révolutionnaire, comme ceux portés par Che Guevara en Amérique latine, qui prônait une lutte armée pour instaurer une société socialiste.

Les Brigades Rouges ne se contentent pas de critiquer le système : elles l'attaquent directement. Leur engagement dans la violence révolutionnaire devient pour eux une forme de catalyseur pour une révolte populaire plus large. La violence, loin d’être un moyen extrême ou inutile, est perçue comme un moteur de changement, capable de provoquer une prise de conscience et un soulèvement des masses contre l'ordre capitaliste et impérialiste. Pour les Brigades Rouges, cette violence n’est pas une fin en soi, mais un moyen de déstabiliser le pouvoir et de créer les conditions nécessaires à l’édification d’une nouvelle société.

Le début de la violence et la stratégie de la tension

Les Brigades Rouges (Brigate Rosse) émergent dans un contexte où la contestabilité sociale et politique semble avoir été étouffée par les canaux démocratiques traditionnels. Dans une Italie marquée par des contradictions économiques et sociales croissantes, les jeunes militants, principalement issus des classes ouvrières et des milieux populaires, ressentent une profonde alienation politique. Comme leurs homologues en République fédérale d'Allemagne (RFA), ces jeunes dépriment face à l’impossibilité de se faire entendre dans une démocratie qui, à leurs yeux, ne répond pas à leurs aspirations. Le système politique, qu'ils perçoivent comme complice du capitalisme et de l’impérialisme, semble fermé à toute forme de changement réel.

Entre 1969 et 1970, les Brigades Rouges se forment dans ce climat de frustration, d'exclusion et de révolte. Leurs membres adoptent la violence révolutionnaire comme stratégie principale pour renverser un système qu'ils jugent pourri et corrompu. Cette violence n'est pas perçue comme une dérive, mais comme un outil nécessaire pour forcer le changement. Le groupe vise à dénoncer des maux systémiques qui, selon eux, ne peuvent être affrontés que par un bouleversement radical.

Au cœur de leur action, la guerre du Vietnam joue un rôle symbolique majeur. Les Brigades Rouges, comme de nombreux mouvements révolutionnaires en Europe, voient dans cette guerre l’incarnation de l’impérialisme américain et une manifestation de la volonté des États-Unis d'imposer leur domination mondiale, en particulier en Asie du Sud-Est. La guerre devient un terrain de mobilisation idéologique, alimentant la haine et la résistance contre ce qu'ils considèrent comme un système impérialiste oppresseur.

La présence des bases de l’OTAN en Europe, en particulier en Italie, est également perçue comme un symbole de la soumission de l’Europe aux intérêts américains. Les Brigades Rouges considèrent l’OTAN non seulement comme une organisation militaire, mais aussi comme un outil au service de l’impérialisme occidental, destiné à maintenir l’ordre capitaliste et à étouffer toute tentative de transformation radicale en Europe.

Le groupe dénonce ainsi la guerre du Vietnam et l'impérialisme américain comme des manifestations concrètes de l'oppression mondiale, et ces dénonciations deviennent les bases idéologiques de leur lutte armée. Leur objectif est clair : renverser ce système impérialiste, qu’ils jugent responsable de la guerre, de l'exploitation des peuples et de l'oppression.

Le 25 avril 1969, les Brigades Rouges commettent leur premier attentat majeur à Milan, frappant des cibles symboliques et causant 21 blessés. Cet attentat marque le début de ce qu'ils appellent la "stratégie de la tension", une approche visant à provoquer un climat de peur et d’instabilité, dans lequel le pouvoir établi serait contraint de réagir, dévoilant ainsi sa répression et ses faiblesses. Pour les Brigades Rouges, ce type d’action est une forme de catalyseur social, destiné à créer un choc et à provoquer une réaction en chaîne qui affaiblirait le pouvoir en place.

La stratégie de la tension est conçue pour provoquer un climat de mécontentement et de peur, afin de secouer la confiance du public dans le système démocratique et de semer le doute sur la capacité de l’État à maintenir l’ordre. C’est par cette tension que les Brigades Rouges espèrent fédérer les masses populaires et les inciter à rejoindre une lutte révolutionnaire qui, selon elles, ne pourrait être gagnée sans un affaiblissement du pouvoir établi.

En décembre 1969, une nouvelle attaque frappe Rome, tuant 16 personnes dans un attentat d’une violence inouïe. Cette action, bien plus meurtrière, témoigne de l’escalade dans la radicalisation du groupe. Pour les Brigades Rouges, cette violence est justifiée par la nécessité de briser un système oppressif, et ils considèrent leurs attaques comme des actes de résistance dans une guerre contre l'impérialisme et le capitalisme. L'attaque de Rome, en particulier, vise à renforcer le climat de terreur et à faire entendre la voix des opprimés, selon eux.

Cet attentat est également une manière pour les Brigades Rouges de se faire connaître en tant que force révolutionnaire prête à confronter le système sur tous les fronts. En tuant des cibles civiles, elles cherchent à provoquer une réaction violente de l’État, ce qui renforcerait la division entre les autorités et la population, et donnerait plus de légitimité à leur cause.

La fragmentation du groupe et la naissance de nouvelles factions

Au fil des années, les Brigades Rouges (Brigate Rosse), qui ont vu le jour comme un mouvement révolutionnaire uni par un objectif commun, rencontrent de nombreuses difficultés internes et externes qui fragilisent progressivement leur cohésion. Sur le plan externe, le groupe est confronté à une répression policière de plus en plus féroce, avec des mesures de sécurité draconiennes, une surveillance accrue et des arrestations massives de ses membres. L'État italien, soutenu par des alliés internationaux dans la lutte contre le terrorisme, met en place des politiques anti-terroristes rigoureuses et utilise des ressources importantes pour démanteler les réseaux de guérilla urbaine.

Sur le plan interne, des divergences idéologiques et stratégiques apparaissent au sein même des Brigades Rouges. Tandis que certains membres plaident pour une intensification de la lutte armée, d'autres optent pour des stratégies différentes, cherchant à s'adapter aux nouvelles réalités géopolitiques et sociales. Ces différends entraînent une fracture au sein du groupe, rendant difficile le maintien de l'unité dans l'action et dans l'idéologie.

En 1981, les Brigades Rouges se scindent en trois factions distinctes, chacune représentant une approche différente de la lutte armée et des objectifs idéologiques :

  • BR-colonna Walter Alesia : Cette faction se concentre principalement sur les actions militaires directes, en poursuivant l’objectif d’attaquer des symboles de l'État et des intérêts économiques.
  • BR-partito guerriglia : Influencée par les principes de guérilla, cette faction privilégie des tactiques de guérilla plus étendues, visant à mobiliser plus largement la population tout en s’attaquant aux institutions étatiques et à l’occupation impérialiste.
  • BR-partito comunista combattente : Plus politisée et ancrée dans une idéologie communiste stricte, cette faction considère que la lutte armée doit être intégrée dans un processus révolutionnaire plus large, en lien avec les mouvements sociaux.

Ces divergences stratégiques et idéologiques conduisent à une dilution de l’efficacité du groupe dans son ensemble. Au lieu de concentrer leurs efforts sur un objectif commun, ces factions se retrouvent à poursuivre des objectifs partiels, souvent sans coordination. Cette perte de cohésion fragilise le groupe, tant sur le terrain idéologique que tactique, et accélère son déclin en tant que mouvement unifié.

En 1985, une nouvelle organisation, la BR-unione dei comunisti combattenti, émerge des cendres des Brigades Rouges. Cette tentative de réorganisation vise à redonner une forme d’unité aux anciennes factions et à raviver l’idéal révolutionnaire. Cependant, l'impact et la portée de ce groupe sont déjà largement dissipés. Le paysage politique et social en Italie a évolué, et le soutien populaire aux mouvements armés révolutionnaires se réduit de plus en plus. La répression, l’isolement idéologique et la perte de direction stratégique rendent difficile la survie de cette nouvelle faction, et l’influence des Brigades Rouges diminue considérablement.

Les nouvelles générations qui prennent part à ce groupe ne bénéficient pas du même soutien populaire ou engouement idéologique que les générations précédentes. En outre, les conflits internes et les divisions idéologiques contribuent à la dissolution progressive de la base militante. La répression étatique et la pression internationale, combinées à la fatigue idéologique, mènent à l'affaiblissement et à l'épuisement de l'organisation.

La fragmentation des Brigades Rouges illustre la difficulté des mouvements révolutionnaires à maintenir leur unité face à l’intensification de la répression, aux divergences idéologiques et à l’évolution du contexte géopolitique. Le groupe, qui avait connu une ascension spectaculaire dans les années 1970, finit par se fragmenter et perdre de son impact dans les années suivantes. Bien que certaines factions aient tenté de redonner une forme d’unité à l’organisation, leur poids politique et idéologique se réduit progressivement, marquant la fin de l’une des tentatives les plus radicales de transformation sociale violente dans l’histoire contemporaine de l’Italie.

La fin du groupe et la réapparition des nouvelles Brigades Rouges

En 1987, l’Italie adopte la loi de dissociation, une législation qui permet aux anciens membres des Brigades Rouges de négocier leur réinsertion dans la société. Cette loi marque un tournant décisif dans l’histoire du groupe, car elle reflète à la fois l'échec de la lutte armée menée par les Brigades Rouges et la volonté de l’État italien de clore cette époque de violence révolutionnaire. En offrant une possibilité de rédemption à ceux qui acceptent de se dissocier de leurs activités passées, la loi de dissociation contribue à la dissolution progressive de l’organisation. Les Brigades Rouges, autrefois un groupe puissant et influent, voient leur capacité à recruter et à mener des actions violentes se réduire de façon drastique.

En 1988, les fondateurs des Brigades Rouges annoncent officiellement la fin du mouvement, marquant ainsi un arrêt définitif de la résistance organisée sous cette forme. Après deux décennies de violence révolutionnaire, les Brigades Rouges s’effondrent en raison de l’épuisement idéologique, de la répression intense et de la perte de légitimité politique auprès de la population. Ce tournant représente la fin d’une époque où l’activisme révolutionnaire armé était perçu par certains comme une réponse à l’aliénation sociale et politique. L’échec à réaliser leurs objectifs révolutionnaires, et à obtenir un large soutien populaire, devient un facteur déterminant dans la disparition du groupe.

Cependant, les idéaux révolutionnaires des Brigades Rouges ne disparaissent pas totalement avec la dissolution du groupe. Dans les années qui suivent, de nouvelles générations de militants se réclament de cet héritage, et les Nouvelles Brigades Rouges apparaissent à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Bien que leur impact soit bien plus limité que celui de leurs prédécesseurs, et que leur légitimité soit largement contestée par les membres originaux, leur réapparition témoigne de la persistance d’un imaginaire révolutionnaire dans certaines couches marginalisées de la société italienne.

Les Nouvelles Brigades Rouges ne parviennent cependant pas à recréer l’ampleur des actions de leurs aînés. Elles se manifestent par des actes isolés de violence, sans parvenir à former un mouvement cohérent ou à galvaniser un large soutien populaire. Leur présence reste avant tout symbolique, portée par une idéologie radicale qui, malgré l'échec du groupe initial, continue d’alimenter des révoltes marginales et de nourrir une vision idéologique radicale de la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme.

L'usage du nom "Brigades Rouges" par ces nouvelles générations de militants souligne la persistance de l’idéal révolutionnaire des années 1970 et 1980, malgré son échec à atteindre ses objectifs. Pour ces militants, l'usage de ce nom symbolise un rappel des combats passés et un moyen de revendiquer une lutte idéologique dans un contexte politique qui, à leurs yeux, n’a pas encore résolu les injustices qu’ils dénonçaient. Toutefois, cette réappropriation du nom des Brigades Rouges se heurte à l’indifférence ou à l’hostilité de l’opinion publique, qui perçoit ces nouvelles générations comme une réminiscence d’un passé violent et révolu.

Malgré leur échec et leur marginalisation, ces nouvelles factions continuent à alimenter les idéologies radicales et contestataires, incarnant une forme de révolte contre un système qu’ils jugent toujours oppressif. Cependant, leur absence de soutien populaire et leur dépendance à la violence comme seul moyen d'expression politique les limitent à une dissidence marginale sans réel impact sur les changements sociaux ou politiques.

Les convergences BR – RAF et divergences avec les mouvements palestiniens

Convergences

Une des caractéristiques principales des Brigades Rouges (BR) et de la Rote Armee Fraktion (RAF), en parallèle avec les mouvements palestiniens, est la simultanéité des actions violentes à partir des années 1968. En cette période de profonde révolte mondiale, notamment marquée par les manifestations de Mai 1968 en France et les mobilisations étudiantes partout en Europe, ces groupes partagent un même sentiment d'urgence historique. Pour les militants de ces mouvements, l’histoire est en marche et il faut absolument y être, d'où une sensation de pressentiment révolutionnaire collective.

Le modèle de la guérilla d’Amérique latine devient un point de convergence essentiel entre ces mouvements. Ce modèle est perçu comme un moyen efficace de lutter contre l'impérialisme et le capitalisme. Les Brigades Rouges, la RAF, et les guérilleros palestiniens partagent une vision d’un combat mondial anti-impérialiste, influencé par la guerre du Vietnam, qui se trouve au centre de leur pensée. La guerre du Vietnam, en particulier, devient un catalyseur idéologique majeur : elle mobilise les minorités actives et devient une cause anti-impérialiste centrale dans les débats révolutionnaires mondiaux. La presse et les images des atrocités du Vietnam jouent un rôle fondamental dans la construction de l’opinion publique, contribuant à l'alimenter des idées révolutionnaires. Les images des massacres de civils et des résistants vietnamiens deviennent des symboles de l’oppression mondiale contre laquelle ces mouvements luttent.

Divergences

Cependant, bien que ces mouvements partagent un rejet de l’impérialisme, il existe des divergences notables entre la guérilla palestinienne et les Brigades Rouges ou la RAF, tant sur le plan idéologique que sur le contexte géopolitique.

La lutte palestinienne s'inscrit dans un contexte où les Palestiniens s’opposent directement à l'existence de l’État d'Israël, qu’ils considèrent comme une entité coloniale. Leur combat est centré sur la restitution de terres et la création d'un État palestinien sur un territoire qu’ils estiment leur avoir été spolié. Ce combat est profondément ancré dans la réalité géopolitique du Moyen-Orient, avec des frontières définies, des peuples déplacés, et une lutte pour l’autodétermination nationale.

En revanche, les Brigades Rouges et la RAF, situées dans un contexte occidental, ne s’opposent pas à un État-nation extérieur à eux-mêmes. Leur lutte est interne, dirigée contre les structures sociales et économiques de leurs propres sociétés. Les Brigades Rouges et la RAF ne se battent pas pour créer un nouveau pays ou pour déplacer des populations, mais pour renverser un système capitaliste et impérialiste global. Leur combat, bien qu’internationaliste, repose sur une vision idéologique du changement social, plus que sur une lutte pour la reconnaissance nationale ou territoriale comme c’est le cas pour les Palestiniens. La question de l’oppression imaginaire joue un rôle plus prégnant dans la lutte des BR et de la RAF, qui voient l’injustice comme un système à détruire plutôt que comme une spoliation d’un territoire spécifique.

Dénominateurs communs entre les trois

Malgré ces divergences, plusieurs dénominateurs communs unissent les BR, la RAF et les mouvements palestiniens. Tous trois partagent une idéologie néomarxiste et tiers-mondiste, influencée par le rejet de l’impérialisme et du capitalisme. Le premier programme du Fatah, mouvement palestinien majeur, justifie le recours à la violence pour éliminer ce qu’il considère comme une “entité sioniste” afin de créer une nation palestinienne libre. En 1970, le Fatah définit son combat comme une révolution populaire pour établir une Palestine démocratique, laïque et non confessionnelle, ce qui reflète une forte idéologie anti-impérialiste et marxiste-léniniste.

Le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) de Georges Habache adopte une position encore plus radicale. En 1969, il ajoute à sa liste d’ennemis non seulement Israël, mais aussi le sionisme, l’impérialisme mondial, et la réaction arabe. Ce programme radical se rapproche de la vision anti-impérialiste partagée par les Brigades Rouges et la RAF, qui placent également l’anti-impérialisme au cœur de leur idéologie.

Les Brigades Rouges et la RAF critiquent durement les partis communistes occidentaux, les accusant de réformisme et de trahison. Pour eux, ces partis ont échoué à initier la révolution, s’en tenant à des réformes sociales modérées au lieu de mener un changement radical. Ce rejet de la modération et du compromis politique rejoint les thèses révolutionnaires des mouvements palestiniens, qui estiment qu'une révolution totale est nécessaire pour instaurer un nouvel ordre social.

Le marxisme révolutionnaire des BR et de la RAF : une rupture avec le léninisme classique

En rejetant les partis communistes traditionnels, les Brigades Rouges et la RAF forgent une version du marxisme profondément radicale, s’éloignant du léninisme orthodoxe. Ce marxisme révolutionnaire se nourrit d’influences libertaires, de freudo-marxisme, et de subjectivisme affectif, s’éloignant ainsi de la doxa pure de Marx pour emprunter une voie plus intuitive et révolutionnaire. Ces groupes prennent notamment exemple sur les guérillas urbaines d’Amérique latine, influencées par Che Guevara, Carlos Marighella au Brésil, et les Tupamaros en Uruguay, tout en étant inspirés par le maoïsme et son approche révolutionnaire fondée sur l’action populaire de masse.

En somme, malgré des divergences idéologiques profondes entre les Brigades Rouges, la RAF et les mouvements palestiniens, une vision commune de la lutte contre l’impérialisme et du marxisme révolutionnaire les unit. La violence devient pour ces mouvements non seulement un moyen de résistance contre l’ordre établi, mais aussi une catalyseur pour une transformation sociale totale.

Les divergences BR – RAF

La Rote Armee Faktion se présente comme internationaliste. C’est un noyau d’intellectuels. Leurs 
objectifs sont de participer à la promotion d’un mouvement révolutionnaire socialiste au-delà de la RFA. Le projet est de solliciter la classe ouvrière en bâtissant « une stratégie unificatrice de la classe ouvrière ». Le terrorisme est perçu comme un élément du processus mondial révolutionnaire. La violence est calculée quelque part. Les premiers attentas dans les grands magasins sont fait de nuit, car il y a un risque de braquer ceux qu’on veut solliciter. La RAF s’appuie donc sur l’Union soviétique comme soutien des luttes révolutionnaires. Pour eux, la République fédérale d’Allemagne est une pure création américaine.

Les Brigades Rouges envisagent de soutenir la lutte en Italie même avec pour objectif de rallier les masses pour prendre le pouvoir en Italie. L’Italie est le produit d’un développement capitaliste réalisé par le système impérialiste des multinationales et le dépérissement de l’État italien en est le résultat. Le Parti communiste italien par le « compromis historique » accompagne ce mouvement. Il y a une condamnation de tout révisionnisme marxiste tant en Italie qu’au-dehors. L’Union Soviétique n’est donc pas glorifiée, ce n’est pas un modèle marxiste soviétique. Elle n’est plus en demeure d’appliquer un schéma marxiste-léniniste dans le cadre d’une lutte révolutionnaire de la construction objective de la lutte. C’est une opposition au « subjectivisme » de la RAF. La RAF n’est pas dans un discours d’aller prendre le pouvoir dans l’usine.

Au départ, il y a une absence de solidarité effective entre RAF et BR. Les BR reprochent à la RAF de mythifier le rôle et la fonction de l’URSS. La RAF reproche au BR leur stratégie centrée sur l’Italie. Le seul point d’espace conjoint qui les rapproche est la lutte palestinienne, car c’est l’émergence quelque part d’une internationale révolutionnaire d’inspiration marxiste. On sait maintenant qu’il y a eu quelques contacts entre la RAF et les palestiniens soit sur des questions d’entraînement militaire et entre BR et palestiniens afin de fournir des armes.

Apparaît une certaine complexité de la situation qui montre qu’il est difficile d’aller trop loin dans l’amalgame. Une fois qu’il y a des différences, il y a une difficulté de négocier les uns avec les autres. Il y a un rapport à l’idéologie marxiste, mais aussi une hétérogénéité.

Les techniques du terrorisme international

Au-delà des convergences et des différences entre ces trois mouvements, peut-on dire qu’il y ait eu mimétisme dans les modalités d’action et d’opération ? Y a-t-il un mimétisme dans la façon de faire de la violence qui engage de la publicisation ? Le terrorisme a toujours besoin de la publicité. Le terrorisme n’existe que par les conséquences de son acte, pour réussir, il faut qu’il y ait des dégâts humains ou mobiliers.

Cette question interfère avec la question des solutions. Si on arrive à comprendre les modes d’action des actions violentes, on peut définir des modes de contrôles de ces actions. Qualifier le déroulement des actes de violence permet de définir des mesures de contrôle de ces actes. Il y a un lien avec la promotion de l’acte et ensuite ce que cet acte produit, et si on arrive à la qualifier comment lutter contre cet acte.

La piraterie aérienne

La grande invention de ces années est l’émergence de la piraterie aérienne qui est le fait de détourner un avion. Les premiers usages datent de 1945 – 1952 avec des détournements de citoyens de l’Est soucieux de passer à l’Ouest. Au départ ce n’est pas un objectif politique, mais des revendications d’êtres humains dans le cadre d’un héroïsme de la fuite.

Le grand novateur est le FPLP le 28 juillet 1968 qui détourne le vol d’El Al Rome – Tel-Aviv pour échanger de prisonniers contre 16 palestiniens détenus en Israël. L’objectif est de rendre visible la condition palestinienne. On entre dans un processus important qui est au fond que la piraterie aérienne va être le premier mode de publicisation du fait terrorisme. Pour George Habache [جورج حبش], la résistance palestinienne va s’épuiser contre Israël. Pour évoluer, il faut sortir la lutte de Palestine afin de mener la lutte sur un plan international. Un acte de piraterie aérienne a une portée médiatique très importante avec des images fortes sur le plan symbolique. Ainsi, la meilleure façon de communiquer la lutte palestinienne est de détourner des avions.

Leila Khaled
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En décembre 1968, le FPLP détourne un vol d’El Al sur l’aéroport d’Athènes et en février 1969 est détourné un vol d’El Al à Zurich. Le août 1969, Leila Khaled institutrice et membre du FPLP détourne le Boeing 707 Rome – Tel Aviv en direction de Damas. À l’arrivée, les 116 passagers sont évacués et l’avion dynamité. Apparaît une technique qui va se construire et paraître efficace comme revendication de la lutte. Ce sont des choses sur le plan symbolique qui renverse l’interprétation classique. On entre dans une logique tout à fait nouvelle où l’acte de piraterie aérienne devient important.

Le FPLP trouve dans le détournement d’avions un de ses modes d’action privilégiés. C’est la dimension publicitaire qui prime au service de la cause palestinienne. Le 6 septembre 1970, un Boeing 707 de la TWA et un DC 8 de la Swissair sont détournes vers la Jordanie et atterrissent sur l’aéroport désertique de Zarka, deux autres sur Le Caire. Les avions de ligne dont les passagers ont été libérés sont détruits sur place à Zarka. La crise dure 6 jours. En même temps en septembre 1970, a lieu une conférence de presse du FPLP en Jordanie lors du détournement d’avion des compagnies occidentales à l’aéroport de la révolution à Zarka. S’en suit que le 12 septembre 1970, l’armée jordanienne attaque les forces de l’OLP. Il y a une décennie de détournements d’avions dans les années 1970.

Les détournements vont commencer à diminuer à la fin des années 1970. Les détournements d’avions sont progressivement jugés contre-productifs Arafat souhaitent que cela diminue c’est pourquoi il y a une condamnation progressive de l’OLP. Ainsi, en 1971, le FPLP abandonne la tactique du détournement, bien que d'autres mouvements continuent à détourner des avions, le plus célèbre ayant pour résultat le raid d'Entebbe de 1976.

Un arsenal offensif

Il y a un profond écart entre les moyens utilisés par les mouvements palestiniens radicaux et les moyens utilisés par la RAF et les BR. Les techniques du terrorisme ne doivent rien à l’aléatoire, il n’y a rien de gratuit. L’hypothèse est qu’il existerait un lien entre l’objet politique de la lutte et les moyens tactiques de la défense de ses objectifs. Les techniques du terrorisme ne doivent rien à l’aléatoire.

Les Brigades Rouges

Les Brigades Rouges passent à l’acte avec l’incendie d’un véhicule d’un dirigeant de la SIT-Siemens. Souvent le passage à l’illégalité s’effectue progressivement. Ce sont des phases complexes, mais au fond ce sont des actes de structuration des Brigades Rouges ayant une valeur démonstrative et symbolique d’un engagement révolutionnaire. Le passage à l’illégalité́ s’effectue au gré́ des arrestations policières.

En janvier 1971 trois camions semi-remorques sont détruits aux usines Pirelli, puis en 1972, l’organisation passe aux holdups pour financer le mouvement. Plus le mouvement entre dans la clandestinité, plus il y a des problèmes de financement. Le 3 mars 1972 est la date de la séquestration de l’ingénieur Macchiarini. L’année suivante, en 1973, est mise en œuvre la politique de « séquestrations démonstratives ». Enfin, en avril 1974 ont lieu les premiers assassinats politiques. Il y a un crescendo très important.

La RAF

Le passage à l’acte se fait le 2 avril 1968 avec deux attentats dans les grands magasins de Francfort. Les bombes sont minutieusement minutées pour ne pas engager de dommages physiques. On voit comment les choses vont s’amplifier. La focalisation entre police et révolutionnaires va faire que le passage dans la clandestinité devient le seul moyen de passer dans la lutte.

Avis de recherche des années 1970 pour démanteler la RAF

Comme ce sont des intellectuels, il va y avoir une production de texte en reprenant notamment le modèle de la guérilla urbaine des Tupamaros d’Uruguay. Ils vont avoir une conception élaborée de la guérilla urbaine menant à une radicalisation de plus en plus forte.

L’apogée est en mai 1972 lorsque trois bombes au quartier général américain de Francfort tuent un officier et fait 40 blessés. Le 15 mai 1972, un juge d’instruction chargé de poursuivre des membres de la RAF est assassiné. Le 24 mai 1972, trois militaires sont tués dans le quartier général américain d’Heidelberg. Progressivement, on voit la radicalité se faire. Les objets sont plutôt les représentations de la lutte anti-impérialiste. La RAF est sur un discours de mobilisation très abstrait. L’objectif est de mobiliser la population.

Les assassinats politiques : une double référence des BR et RAF

Les assassinats politiques viennent comme la conclusion logique de ce processus. Le discours même de la mobilisation devient un discours radical de la violence symbolique à une violence sur les personnes. Il y a un discours de passage. Le terrorisme international est un terrorisme ciblé, on s’attaque aux gens qui incarnent une autorité et dont on conteste la légitimité.

Les BR

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À partir de 1974 est appliqué un marxisme-léninisme teinté de maoïsme qui fait de l’usage de la violence le seul moyen d’accéder à la révolution. Le 8 juin 1976, les BR abattent à Gênes le procureur général Francesco Coc et les deux carabiniers de son escorte. Vient l’enlèvement de l’industriel Pietro Costa pour une rançon de 1,5 milliard de lires, et les assassinats de juges, fonctionnaires, policiers....

Le 16 mars 1978 a lieu l’enlèvement d’Aldo Moro Président du Parti Démocrate-chrétiens. Faute de négociations, il est assassiné le 9 mai suivant. En tant que prisonnier, il a écrit ses mémoires, on voit un processus d’engrenage se construire. La dramaturgie de ces évènements est tellement forte qu’à un moment donné cela va le desservir.

La RAF

Le 10 novembre 1974, en réponse au décès d’Olgar Meins au 53ème jour de la grève de la faim à la prison de Wittlich, le président de la Cour suprême de Berlin-Ouest est abattu. Le 27 février 1975, le député CDU Peter Lorenz est enlevé́, puis le 25 avril 1975, l’’Ambassade d’Allemagne à Stockholm est assiégée faisant deux morts. Le 8 avril 1977, le commando Ulrike Meinhof abat le procureur fédéral Siegfried Bubak et les deux gardes du corps. Le 30 juillet de la même année, le Président de la Dresdner Bank est abattu, puis le 5 septembre 1977, le commando Siegfried Hauser prend en otage Hans Martin Schleyer président du syndicat des patrons ouest-allemands. Le 19 octobre suivant, il est retrouvé mort.

Quelque part, il y a des effets de convergence même sur les modalités de la lutte. On peut tirer des conclusions sur comment les individus se radicalisent, comment souvent dans des situations d’acte de violence relèvent d’un processus qui mature et se construit fabriquant des groupes d’individus dans l’isolement. Ces étapes se construisent par l’élaboration d’un discours spécifique qui justifie le passage à une étape suivante. Pour que cela se fasse, il faut un discours qui arrive à se légitimer permettant de comprendre le processus de radicalisation.

Au fond, il y a un lien entre l’objectif de la lutte et les moyens et il y a un lien entre les moyens et les façons de concevoir la lutte. Les gradations sont particulièrement intéressantes à comprendre et à étudier.

Quel bilan du terrorisme international peut-on dresser ?

Il y a une terminologie commune au « terrorisme international » qui postulerait par la dénomination même une sorte de complicité entre les mouvements au point de les rassembler dans une sorte de front commun. Cela est très faible, il y a le partage d’une grande idée commune, mais, dès qu’on commence à aller un peu plus loin, les choses sont un peu plus compliquées. Les idéologies de mouvements, leurs spécificités et leurs stratégies rendent difficile la globalisation de la lutte avec l’hypothèse d’une solidarité dans la logistique et interchangeabilité des commandos dans la conduite de la guérilla.

Il faut introduire une vision plus nuancée, car il y a des contacts très ténus entre RAF et BR au nom des luttes différentes. Les chefs des BR ont manifesté leur défiance pour une lutte dont ils n’approuvaient pas tous les fondements idéologiques. Par leur spécificité culturelle, les BR sont demeurées isolées sur le plan de l’internationalisation du terrorisme.

Ilich Ramirez Sanchez aka Carlos

Les relations plus importantes furent entre RAF et les palestiniens. Au cours de l’été 1970, la plupart des membres de la RAF se sont rendus en Palestine pour se former dans les camps d’entrainement. Cela n’a pas duré avec des divergences qui ont fait jour sur place. La seule coopération restée dans les annales du terrorisme est le commando dirigé par Carlos le 21 décembre 1975 contre les ministres de l’OPEP réunis à Vienne. On s’aperçoit que ce sont des contacts très intéressants parce qu’il y a des palestiniens, des membres de la RAF et Carlos qui se définit comme terroriste professionnel.

Le « terrorisme international » a-t-il produit une « internationale du terrorisme » ? On peut en douter, il n’y a pas d’international du terrorisme, il y a toujours des groupuscules qui de temps en temps peuvent se mettre en contact. Le « terrorisme international » est un mot intéressant qui décrit une internationalisation des mouvements, mais ne décrit par une internationalisation du terrorisme.

Il faut insister sur le fait de mettre en parallèle la morphologie du terrorisme de la morphologie de nos sociétés. Il y a un lien évident, ce sont des visions de structuration pyramidale. C’est très éloigné du modèle d’Al Qaeda qui et une idéologie formée par le haut, ce sont des structures très simples à comprendre qui sont des structures anciennes de la violence. Ce terrorisme ne peut pas produire une ouverture globale et une conjonction de toutes les luttes.

Cela signifie que souvent la mort du fondateur implique la disparition du mouvement. Si le leader disparaît, le mouvement s’étiole. Il disparait avec la mort de leurs fondateurs : des 1977 pour la RAF, au cours des années 1980 pour les BR, mais aujourd’hui réapparaissent de « nouvelles Brigades Rouges ».

Annexes

Bibliographie

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Références