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Sombre histoire pour l'économie mondiale : 1930 – 1945

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Nous allons chercher à comprendre la Grande dépression en tant que crise étasunienne. Il faut comprendre les éléments essentiels de la crise étasunienne en analysant les successions d’évènements qui conduisent à la crise. Il y a encore des débats par rapport aux origines de la crise étasunienne à la fin des années 1920. On n’a pas complètement résolu le problème d’expliquer les origines de la Grande dépression.

Préavis de la crise[edit | edit source]

Le krach boursier de 1929 est l’évènement le plus connu de la Grande dépression. En fait, il y a des préavis de désastres, des problèmes structurels de l’économie étasunienne qui se manifestent plutôt. Déjà pendant les années 1920, il y a des problèmes structurels.

Crise de surproduction aux États-Unis[edit | edit source]

Pendant les années 1920, on constate une augmentation très marquée pour les biens de consommation. Pendant la période 100000 radios sont vendues par ans pour passer à 4,5 millions. Cela est concomitant avec la diffusion de l’électricité dans les années 1920. Le produit qui est le symbole même de la consommation de masse est l’automobile. On voit une forte augmentation des ventes des automobiles pendant les années 1920.

Il y a un appel à l’utilité notamment pour vendre des voitures en 1924. En 1928, le message a évolué en invoquant la nécessité. En 1930, la publicité a encore évolué invoquant désormais le plaisir. Il y a un changement en termes de la publicité. Il y a des efforts de plus en plus importants de la part des entreprises de l’automobile pour essayer de vendre davantage de voitures. Il y a un abandon de l’utilité en tant qu’argument pour se concentrer sur le pur plaisir. Les efforts de vendre de l’automobile qui deviennent de plus en plus agressifs dans les années 1920 suggèrent une augmentation non viable pour l’économie. La possibilité de vendre des voitures est soutenue par un changement dans la pratique des ventes soit une forte utilisation des crédits à la consommation des ménages américains.

Au cours des années 1920, la classe moyenne commence à s’endetter pour pouvoir accéder à la consommation. Cette tendance joue un rôle important dopant la consommation de masse. Dans la deuxième moitié des années 1920, la majorité des automobiles et achetée à crédit. La dette non hypothécaire passe de 4,2% en 1919 à 20,5% en 1929. Cette tendance rend l’économie vulnérable à un changement de mode de consommation de la part des consommateurs.

Crise mondiale des marchés de produits primaires[edit | edit source]

Tout au long des années 1920, il y a une production de plus en plus importante de la production des produits primaires et en particulier des produits agricoles. Les prix diminuent pour la plupart des produits agricoles et des produits primaires surtout à partir de 1925 voir avant pour certains produits. Il y a un maintien de la croissance de la production malgré la pression vers le bas des prix. La question qui se pose est pourquoi la production augmente malgré le fait que les prix sont bas ? Il y a une particularité des marchés agricoles faisant qu’il est difficile d’interpréter la tendance des prix dans le court terme. On voit que le processus d’ajustement de la production agricole au changement de prix est souvent très lent. D’autre part, lorsqu’on parle d’agriculture de subsistance, si les prix de leur produit diminuent, les producteurs sont souvent obligés de continuer à vendre et d’augmenter la vente, car pour certains pays, c’est une question de survie.

Enfin, le secteur financier a un rôle important prêtant de l’argent. De plus, il y a des émissions sur les banques de New York pour financer des agriculteurs aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays. La dette hypothécaire est passée de 3 millions en 1910 jusqu’à 9,5 millions de dollars en 1925. L’accroissement de la dette hypothécaire reflète l’utilisation de la dette pour soutenir la production. À l’échelle internationale, les crédits affluent depuis New York vers l’Amérique latine et ailleurs facilitant leur intégration au marché mondiale.

Pour de multiples raisons, on constate une augmentation de la production agricole en dépit d’une demande trop faible pour la justifier. La chute des prix rend les producteurs et les agriculteurs très vulnérables notamment à la faillite créant des conséquences importantes. Aux États-Unis, l’agriculture emploie encore 25% de la population active. Les effets de cette vulnérabilité commencent à se manifester dans les années 1920 surtout pour les agriculteurs qui ont un fort niveau de dette avec des prix qui tombent. Des milliers d’agriculteurs du centre et des Midwest des États-Unis tombent en faillite. Les banques saisissent les terres, mais leur valeur est trop basse afin de payer les prêts. Suite à la chute des prix des produits agricoles, le prix des terrains agricoles diminue aussi. Cela engendre une série de faillites bancaires. Le fait de saisir les terres des agricultures qui font faillite ne permet pas aux banques de survivre elles-mêmes. On voit que la crise mondiale des marchés primaires représente un deuxième problème structurel contribuant aux vulnérabilités de l’économie étasunienne même avant le krach de 1929.

Déroulement de la crise étatsunienne[edit | edit source]

Indice des dividendes et des cours des actions à la Bourse de New York.png

La diminution du cours des actions commence le 3 octobre et durant tout le mois. Le Down Johns perd plus d’un tiers de sa valeur et la chute atteint 90% de sa valeur de 1929. C’est un effondrement total du cours de la bourse. La chute de la valeur des actions est liée à l’ampleur de la crise.

L’augmentation de la crise commence à l’issue de la crise de 1920 et 1921. Mais une augmentation des cours de la bourse n’est pas en soi une mauvaise chose. Il n’y a pas de règles scientifiques afin d’identifier s’il y a une bulle ou pas. Ce qu’on peut constater est que la relation entre mesures financières qui restent stable jusqu’en 1927. On regarde les indicateurs d’un rendement réel et on regarde le prix de cet avoir afin de voir si le lien entre les deux indicateurs change. Jusqu’en 1927, les deux courbes augmentent ensemble, mais à partir de 1927 un écart s’ouvre entre les dividendes et la valeur que le marché a prévue à ce titre. C’est à partir de 1927 qu’on commence à parler de bulle spéculative.

La hausse des cours à la bourse de New York aboutit à un doublement de la valeur qui n’a rien à voir avec la tendance des entreprises. La question qui se pose est de savoir comment expliquer cette tendance. Il est possible de proposer deux éléments. Beaucoup de discussions ont lieu avec l’idée que l’économie est basée sur la consommation de masse et les nouvelles technologies qui la soutiennent. Le fait d’avoir ces nouvelles technologies fait qu’il est possible de rompre avec les tendances du passé afin de passer à une toute nouvelle économie. Il était possible alors pour des spécialistes à l’époque d’affirmer que cette tendance n’est pas surprenante parce que ce sont des rendements à venir qui ne se répercutent pas immédiatement.

Irving Fisher, grand économiste disait le 16 octobre 1929 « Stock prices have reached what looks like a permanently high plateau. I do not feel that there will soon, if ever, be a fifty or sixty point break below present levels... I expect to see the stock market a good deal higher than it is today within a few months ». Il constate que le niveau des cours a atteint un niveau tout à fait soutenable puisqu’on est dans une nouvelle économie. Pour Irving, la raison principale du krach est le crédit qui finance l’achat des titres.

On voit que l’augmentation des coûts de la bourse est dopée par l’augmentation des crédits qui soutiennent les spéculateurs sur la bourse de New York et notamment des crédits accordés par des courtiers. Pendant les années 1920, on voit que les courtiers jouent un autre rôle en prêtant de l’argent aux investisseurs qui utilisent cet argent pour acheter des titres. Les courtiers sont obligés d’emprunter aux banques ou à d’autres courtiers pour prêter aux spéculateurs.

Prêts aux courtiers, 1918-1932.

Ce graphique est une mesure indirecte de l‘importance des crédits qu’ils prêtent à leur tour aux spéculateurs. Les emprunts commencent à augmenter en 1924, mais très fortement en 1927 et 1928 pendant la période dite « spéculative ». Cette tendance est suscitée par le fait que des banques sont de plus en plus attirées par les courtiers auxquelles les prêts sont très rentables.

Taux des prêts aux courtiers comparés à ceux du marché monétaire.png

Les banques sont attirées par les prêts aux courtiers parce que cela est très rentable. Des banques à New York sont de plus en plus intéressées par les prêts aux courtiers. Des banques d’ailleurs des États-Unis, mais aussi des investisseurs étrangers attirés par la possibilité de gagner beaucoup d’argent en prêtant de l’argent aux courtiers qui opèrent sur la bourse de New York. L’argent arrive même de l’étranger.

« A great river of gold began to converge on Wall Street, all of it to help Americans hold common stock on margin »

— John Kenneth Galbraith, The Great Crash 1929, 1954, p. 20

Les sociétés industrielles vont aussi prêter, mais aussi à des étrangers. Toutefois, cette dynamique crie une faiblesse et une vulnérabilité fatale au sein de la banque de New York. À terme, ces titres doivent permettre de rembourser la dette, les intérêts d’emprunt et les frais de courtage. Le pari est de vendre les titres plus chers qu’ils ont été achetés. Cependant, le courtier demande quelque chose en termes de garantie et notamment le dépôt de titre qui constitue la « marge collatérale » qui représente entre 25% et 30% du prêt en attendant le bénéfice final. Cela a pour effet d’augmenter la valeur des cours, mais ce mécanisme rend plus probable une diminution des cours. Le problème est que la valeur de la marge constituée de titres diminue une fois les cours de la bourse diminués en termes de valeur. Normalement, le courtier réclame à ses clients un apport en capital supplémentaire pour se couvrir.

Prêts aux courtiers, 1918-1932.

La plupart des spéculateurs déjà fortement endettés n’étant pas capables de fournir des « collatérales » et il n’y a pas d’autre choix que de vendre les titres pour payer les dettes. Il y a un début des chutes des prix, une pression sur le « collatéral », une pression supplémentaire sur les courtiers, une impossibilité des investisseurs de fournir, de payer les dettes et de financer l’augmentation des cours de la bourse. Une fois qu’une diminution commence, on voit que la structure est vulnérable aux chocs menant à un effondrement des cours de la bourse.

Benjamin Strong.

Outre le comportement des acteurs privés, des spécialistes du krach boursier des années 1920 constatent que la Reserve fédérale a sa part de responsabilité dans l’éclatement de la bulle boursière à New York. La FED est sous la direction de Benjamin Strong. La FED est la banque centrale avec un système régional où il y a différentes banques qui jouent un rôle ensemble en tant que banque centrale. Strong est un internationaliste convaincu. On ne peut pas attendre forcément un tel personnage à la tête de la FED, car les américains sont concentrés sur l’économie intérieure. Strong est très intéressé par les problèmes de l’économie internationale. La Grande-Bretagne rétablit la convertibilité en or en 1925. Par la suite, les britanniques ont du mal à convaincre les investisseurs internationaux que la livre vaut vraiment 4,86 dollars qui est la parité. Dans l’absence de cette confiance, l’or a tendance de fuir de Londres vers les États-Unis. Il y a une instabilité due à un manque de confiance envers la livre mettant en exergue la vulnérabilité non seulement de la livre, mais aussi de la place financière de Londres.

En 1927, Strong décide d’utiliser la politique monétaire des États-Unis afin d’aider les britanniques. L’idée est de faire diminuer le taux directeur aux États-Unis pour rendre les États-Unis moins intéressants pour les investisseurs internationaux. S’il y peut réduire le taux directeur dans l’économie étatsunienne, il peut rendre la place financière américaine moins intéressante pour les investisseurs et diminuer la pression sur la place financière à Londres. Les mécanismes de la politique monétaire ne sont pas extrêmement importants, mais il y a un mécanisme technique.

Les banques centrales influencent les conditions monétaires en rendant la monnaie plus ou moins abondante. À court terme, la politique monétaire agit influençant les taux d’intérêt sur le marché interbancaire. La banque centrale a la capacité d’influencer le taux d’intérêt auquel elle est prête à prêter de l’argent aux banques étasuniennes. Si le taux cible est bas, la banque est centrale est prête a élargir son offre de monnaie, c’est-à-dire que l’offre de monnaie et importante, et lorsque le taux ciblé est élevé, il y a des restrictions sur la quantité de monnaie que les banques étasuniennes sont prêtes à prêter. C’est en agissant sur la quantité de monnaie disponible que les États-Unis peuvent influencer les taux d’intérêt. Les mécanismes varient dans le temps. Au fond, l’idée est d’influencer l’offre de monnaie dans l’économie afin d’influencer le taux d’intérêt.

Taux d'escompte des banques centrales - Source : Banking & Monetary Statistics, p. 656ff

On voit que la Grande-Bretagne est sous pression pour diminuer le taux d’intérêt de son économie parce que la Grande-Bretagne a un problème avec un niveau d’économie trop bas. Ce sont des cycles de récessions pendant les années 1920 parce qu’elle continue d’insister sur la politique monétaire forte. Il y a un équilibre délicat pour la Grande-Bretagne à établir. Le fait que Strong est capable de faire cela est une contribution pour les britanniques.

Strong vit avec ce double tranchant habitant dans un monde où il y a l’économie internationale, mais aussi l’économie intérieure étasunienne. Ces actions ont des conséquences pour l’économie internationale, mais aussi pour l’économie étasunienne. Strong est critiqué de la part des observateurs qui se concentrent sur les États-Unis parce que même si sa décision de réduire les taux d’intérêt aide les britanniques, des spécialistes constatent qu’il dope la spéculation parce qu’il dope le crédit. Comme le crédit est désormais moins cher, il est moins cher pour les spéculateurs de prêter pour investir dans les titres. Il y a une double réputation de Strong, d’abord comme quelqu’un qui aide les britanniques et soucieux de la situation internationale, et quelqu’un de très critiqué en réduisant les taux d’intérêt au moment même où il y a de la spéculation financière. Strong est traversé par ce dilemme. Rapidement, Strong décède en 1929.

Les collègues de Strong vont se rendre compte que ces actions ont stimulé la spéculation financière. En 1929, le taux d’escompte est relevé afin de rendre le prêt aux spéculateurs plus cher. Cette action freine certains domaines de l’économie intérieure notamment le secteur du bâtiment. En ce qui concerne la spéculation financière, il n’y a pas d’impact immédiat.

La hausse du taux d’intérêt ne freine pas la spéculation, mais alimente la spéculation parce qu’elle provoque le retour à New York des capitaux américains jusqu’à là investis à l’étranger et attire des flux de capitaux d’investisseurs internationaux. L’action de la FED agit sur l’international. La FED fait face à la réalité de vivre dans un monde où ses actions ont des conséquences pour l’économie internationale, mais aussi pour l’économie intérieure.

Au cours de l’année 1929, la conjonction de plus en plus irréelle entre dans un boom spéculatif. Tout le monde est conscient qu’il y a une bulle spéculative qui va éclater, mais personne ne sait quoi faire afin d’essayer de gérer le problème. La FED veut freiner la spéculation financière, mais hésite à montrer le taux d’escompte par peur de la réaction des investisseurs internationaux. La FED ne va pas faire bouger le taux d’intérêt, mais au printemps 1929, la FED demande aux banques de diminuer les prêts aux courtiers. En termes de prêts aux courtiers, en valeur de la provenance, les banques de New York jouent un rôle considérable comme source de prêts. D’autres banques ne sont pas contrôlées, mais il y a aussi des entreprises non financières, des investisseurs internationaux qui échappent au contrôle de la Réserve fédérale de New York. Il n’y a pas grand-chose que la Banque fédérale peut faire en s’appuyant sur les banques new-yorkaises. La frénésie de la spéculation augmente plus encore. Le 6 aout 1929, la FED décide d’augmenter le taux d’escompte.

La foule se presse devant la Bourse après le krach.

Le cours des évènements est précipité par le biais des réactions internationales. Il y a un afflux des capitaux, d’une diminution inquiétante des réserves d’or d’Angleterre. La Banque d’Angleterre est obligée de faire augmenter son taux d’escompte pour essayer de garder la parité de sa monnaie. Alors on voit de brusques retraits de fonds étrangers sur les places de New York. La panique commence à se développer. Presque aussi tôt, début octobre, on voit l’amorce de la chute des valeurs boursières new-yorkaises. La baisse des cours commence le 3 octobre.

De multiples facteurs apparaissent pour expliquer d’abord l’augmentation de la bulle spéculative et ensuite le krach boursier. Les facteurs interagissent. Encore aujourd’hui, des économistes cherchent à comprendre la chaine d’évènements de 1929. C’est un évènement qui frappe les mémoires des américains mais la question est de savoir comment le krach boursier engendre une crise générale.

Il y a des problèmes immédiats avec le remboursement des prêts des courtiers. Des mécanismes conduisent directement à la transmission du krach boursier au système économique. Cela crée des problèmes aux préteurs de banques, mais aussi des autres préteurs. Ces problèmes crées une diminution des crédits des banques et une diminution de la part des entreprises et des ménages qui dépendant de ces banques pour les emprunts. Une chute de production commence déjà. On peut même identifier une chute de production qui commence avant le krach et devient même plus rapide suite au krach reflétant une combinaison du mécanisme de prêts accordés par les banques puis d’une diminution pour les entreprises d’investir. Il y a aussi un manque de confiance de la part de la population américaine. Le krach boursier est un rôle de choc. Il y a une chute de la demande qui pèse sur la production industrielle et la production de services. Si on regarde les secteurs les plus touchés, ce sont les nouvelles industries qui produisent des biens de consommation durables qui connaissent une chute des plus importante. Pour l’automobile, il y a entre 50% et 70% de diminution. Cela rend l’industrie vulnérable, car les ménages ne souhaitent plus s’endetter avec l’incertitude envers l‘avenir. Le fait que l’économie dépend des crédits à la consommation rendant ce secteur vulnérable.

Il y a aussi des problèmes importants au sein du secteur agricole. Des milliers d’agriculteurs font faillite avant le krach boursier. Encore une fois, au même moment du krach boursier, on voit que ce problème augmente avec une vague de faillites et la saisie des terrains agricoles de la part des banques, mais qui n’ont pas suffisamment de valeur pour rembourser les prêts bancaires. Il y a une réaction en chaine avec des problèmes dans le secteur agricole transmis dans le secteur bancaire puisque les banques ne peuvent rembourser leurs propres prêts. Pour de multiples raisons, on voit aux États-Unis une série de vagues de suspensions bancaires au États-Unis.

Suspensions des banques étatsuniennes nombre, 1921-1933 - Source: Elmer Wicker, The Banking Panics of the Great Depression, 1996, p. 2.

Une crise bancaire s’installe aux États-Unis s’expliquant en termes de la bourse, de la vulnérabilité du secteur agricole et de la vulnérabilité de la consommation liée à la dépendance du crédit. C’est une série de faillites bancaires qui transforment un krach boursier en une dépression économique générale.

« Qui dit disparition des banques dit recul du crédit, d’où difficultés des entreprises pour financer tant leurs fonds de roulement que leurs investissements, donc baisse accrue des prix [pour obtenir des liquidités à tout prix], licenciements [pour éviter de payer les salaires], chute de la production et du pouvoir d'achat, et donc aggravation de la crise. »

— Pierre-Cyrille Hautcoeur, La crise de 1929, 2009, p. 44

Il n’y a pas de doute que la crise qui commence en 1929 ne se transforme pas en Grande dépression du fait de la crise bancaire qui commence en 1930. La question qui est importante est comment voit-on la transmission de la crise étasunienne à l’international ? Ce n’est pas seulement une crise étasunienne.

On voit une augmentation du chômage aux États-Unis qui est spectaculaire. Le désastre économique touche tous les aspects de la société étasunienne. Lorsqu’on lit la littérature étasunienne, le désastre économie semble n’être qu’aux États-Unis.

Premiers contrecoups internationaux[edit | edit source]

Taux de chômage – Source: Bairoch, 1997, p. 59.

Les États-Unis sont loin d’être le seul pays touché par cette grande crise. En Allemagne, ou encore, la Grande-Bretagne atteignent des taux de chômage qui oscillent autour de 20%. Même en Australie et au Canada le taux de chômage est important.

Les contrecoups des perturbations économiques aux États-Unis sont déjà évidents en 1928 et en 1929. Les États-Unis sont devenus le premier financier du monde.

Emissions Etrangères aux États-Unis, 1919-1929 en millions de dollars 1929 – Source: Eichengreen, 1989, p. 240; Dakin, 1932.

On voit une réduction des exportations de capitaux américains. Suite au boom spéculatif aux États-Unis, les opportunités afin de tirer des profits sont de plus en plus importantes aux États-Unis. Les investisseurs vont privilégier les opportunités d’investissement sur le territoire national. Avec les changements de politique de la FED et surtout les efforts de la FED de freiner le boom par le biais du taux d’escompte, les États-Unis deviennent plus intéressants pour les investisseurs étrangers, mais américains aussi. En 1928, les prêts américains à l’étranger tendent presque à zéro à cause de l’augmentation du taux d’intérêt aux États-Unis.

L’impact international de la diminution est très important parce que la réduction des exportations de capitaux pénalise les pays débiteurs afin de financer leur déficit courant. Des pays ont un déficit sur la balance des paiements courants étant particulièrement vulnérable à un changement de direction des flux de capitaux. Ce sont les pays producteurs de matières premières notamment de l’Amérique latine et de l’Australie qui dépendent de capitaux externes. Ces pays sont déjà dans des situations difficiles faisant face à un déclin du prix des matières premières. L’arrêt soudain des prêts des États-Unis rend cette situation plus difficile. L’Australie et le Canada font face à des crises de la balance des paiements dès 1929. C’est une situation critique les obligeants à déprécier leur monnaie en 1929 et 1930 en quittant l’étalon-or presque sans hésitation.

L’économie allemande a une vulnérabilité extrêmement faisant face à une balance des transactions déficitaires. Il y a des problèmes à l’intérieur dès 1927 couplés aux fardeaux de la dette de guerre faisant que la dette souffre de la pénurie de capitaux américains. La pénurie de capitaux étrangers conduit à une réduction du crédit intérieur aggravant des difficultés déjà existantes en termes d’investissements.

La banque centrale allemande cherche à attirer des capitaux et on voit que la banque centrale essaie de faire augmenter le taux d’escompte afin de soutenir la valeur du mark pesant sur l’activité économique dans l’économie intérieure. La Grande-Bretagne essaie de soutenir la livre avec pour effet des conséquences déflationnistes sur l’économie intérieure britannique. Ces trois cas sont des pays particulièrement vulnérables déjà avant octobre 1929.

Pourtant, on ne peut parler de véritable crise mondiale avant octobre 1929, car pour certain pays comme pour la France, il y a même une tendance à l’expansion avant le krach boursier et l’investissent se poursuit en France au début 1930.

Importations nettes de capitaux à court et à long terme, en millions de dollars – Source: Aldcroft, 1977.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]