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Entre libre-échange et protectionnisme : 1846 – 1914

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A lieu une bataille au XIXème siècle entre les partisans du libre-échangisme et leurs opposants qui soutiennent le protectionnisme. Lorsqu’on parle de libre-échangisme on pale d’une organisation des relations commerciales internationales dans lesquelles les États ne mettent aucun obstacle à l’entrée des biens étrangers. Les biens produits à l’étranger sont destinés à être vendus ou transformés sr le territoire national. Le protectionnisme vise à protéger les producteurs nationaux de la concurrence des productions étrangères. Ce protectionnisme peut être soit tarifaire ou non tarifaire comme des contingents d’importations ou des tracasseries administratives qui crient des obstacles. On utilise le niveau des tarifs douaniers comme estimation du niveau du protectionnisme. Lorsqu’on regarde les tarifs douaniers, on utilise une estimation afin d’avoir une idée des tendances que l’on a.

Si on parle d’une transition entre ces deux politiques, une telle transition applique le démantèlement des mesures relevant du protectionnisme et notamment l’abolition des droits de douane.

Si on regarde les politiques commerciales des européens au XVIIème siècle et XVIIIème siècle, on parle de mercantilisme qui vise à réduire au minimum les importations et d’accroitre au maximum les exportations. Le but du mercantilisme est de concentrer dans un pays le maximum de métaux précieux. Vers la fin du XVIIIème siècle, les idées commencent à changer notamment avec Adam Smith qui publie en 1776 Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations attaquant le mercantilisme. La modification des idées ne commence pas nécessairement en Écosse, mais aussi en France avec les physiocrates. Il y a une tendance idéologique qui aboutit à une ouverture aux relations de commerce plus libres entre les nations.

Anticipation, ou la mort prochaine du Traité de commerce français. Caricature de James Gillray anticipant le conflit au Parlement britannique sur le traité d'Eden.

Apparait un premier effort en 1786 quand l’Angleterre signe avec la France un traité de commerce et de navigation basé sur la liberté des échanges. On voit vite que ce traité de libre-échange mécontente les industriels français parce que l’industrie française se porte très mal.

« Dans la première année qui suivit le traité en 1787, les Anglais introduisirent en France pour plus de 30 millions d’objets manufacturés. Cette quantité énorme excédait de beaucoup la consommation ordinaire. Ils ont été forcés de vendre à 30, 40, pour 100 de perte. Ces ventes à prix avilis ont été très préjudiciables à nos manufactures, qui n’ont pu soutenir une concurrence aussi inégale. Elles ont alors réclamé avec raison contre un traité qui avait excité de semblables spéculations ; spéculations qui ne sont pas restées impunies, car en 1787 et 1788 il y a eu dans les fabriques d’Angleterre pour plus de 100 millions de faillites. »

— M. Boislandry à l’Assemblée nationale le 30 novembre 1790, Moniteur 1er décembre 1790.

Il y a une critique du comportement des anglais car des vagues d’importations arrivent en France. Les anglais ne sont pas capables de produire des produits à ces prix et d’être rentables en même temps. Il n’y a pas une situation durable, mais une situation qui nuit aux chances des français de survivre.

Tout au long du XIXème siècle, il va y avoir la même réaction du côté des industriels en Europe créant un obstacle très important au libre-échange en Europe continentale. Jusqu’aux années 1850, les industries anglaises dominent le secteur industriel mondial principalement dans le cadre des industries porteuses.

Ce traité de 1786 est un premier échec, mais c’est surtout la guerre franco-britannique qui dure vingt ans qui engendre un retour au protectionnisme. C’est un protectionnisme très strict qui est pratiqué dans l’Europe. En 1848 est appliquée une politique très libérale par le Royaume-Uni qui est une rupture considérée comme une tendance durable vers le libre-échangisme.

Les grandes tendances des politiques commerciales : 1846 – 1913[edit | edit source]

Vers le libre-échange en Europe : 1846 – 1875[edit | edit source]

Meeting de l'Anti-Corn Law League en 1846.

Au Royaume-Uni le combat politique entre partisans du libre-échange et des protectionnismes débute en 1815. La Gentry qui est puissante au parlement vote la première loi du XIXème siècle sur les grains afin de protéger l’agriculture britannique de l’importation de céréales étrangères. Le but des Corn Laws est de maintenir le prix des grains à un niveau élevé.

Par conséquent, il y a d’autres implications. Cela pousse les salaires des ouvriers à la hausse parce que le blé continu à représenter une part très importante de l’alimentation des ouvriers et si on décide de maintenir les prix à un niveau assez élevé cela signifie que le coût de vie est maintenu aussi à un niveau plutôt élevé. Il y a une réaction négative des industriels par rapport à la politique des agriculteurs puisqu’ils désirent accroitre leurs parts de marché extérieur jouant sur les salaires afin de rendre leurs produits moins coûteux sur les marchés extérieurs.

En 1815, les propriétaires agricoles ont beaucoup d’influence et l’opposition des industriels aux Corn Laws échoue. On voit la structure de l’opposition qui va conduire à un autre résultat un peu plus tard. Le pouvoir des industriels augmente au cours du XVIIIème siècle est les libre-échangistes jouent sur l’idée que l’augmentation des prix alimentaires a une influence négative sur les salaires. En réduisant les importations de produits alimentaires en provenance des pays à excédant agricole, les Corn Laws réduisent les possibilités d’exportation vers d’autres pays concernant les produits manufacturés. Ces deux arguments sont beaucoup utilisés afin de réclamer une réduction des tarifs douaniers. Avec l’intensification du processus d’industrialisation au Royaume-Uni, on voit que le secteur industriel devient plus important.

Il y a d’autres raisons pour lesquelles on voit une augmentation du soutien politique puisqu’il y a une population grandissante et une urbanisation de plus en plus importante faisant que l’autonomie de la Grande-Bretagne en denrées alimentaires est de plus en plus difficile. Il y a une inquiétude de la Grande-Bretagne de se nourrir sans importations.

Le fait est que les industriels ont des alliés convaincus et convaincants. Ricardo édite Principes de l'économie politique et de l'impôt en 1817 où il présente les avantages comparés qui est le fondement du commerce international. Déjà pendant les années 1820 – 1830, les libre-échangistes arrivent à faire interdire des restrictions douanières, mais la protection est encore très solide concernant les grains donc ils décident d’augmenter la pression politique.

En 1838, Richard Cobden, un industriel de Manchester participe à l’anti Corn Laws League engageant une campagne pour convaincre le plus de la position libre-échangiste. En 1841, la bataille se déclare dans le parlement. Le parti Whig est soutenu par les marchands qui sont au pouvoir créant une situation favorable au libre-échangisme, mais lorsque le gouvernement propose une réduction des tarifs douaniers sur le blé et sur le sucre cela est une défaite. Les Tories remportent la majorité, Robert Peel est nommé Premier ministre d’un gouvernement extrêmement conservateur. Robert Peel modifie sa position sous l’influence de Cobden, mais son parti reste défavorable à l’abolition des mesures protectionnistes.

La position change suite à la famine irlandaise en 1845. Cette mesure est soutenue par les conservateurs et les whigs, mais ouvre la voie au libre-échange au Royaume-Uni. 1846 est considéré par les historiens comme marquant l’ère libre-échangiste au Royaume-Uni. Suite à l’abrogation des Corns Laws, on voit une scission du parti conservateur. Les whigs éliminent les autres traces du protectionnisme et en 1860 la plupart des tarifs douaniers ont presque disparu au Royaume-Uni.

En Europe, on voit un contraste très marqué par rapport à l’expérience britannique. La plupart des nations européennes comme la France et la Prusse voient leur législation douanière à plusieurs reprises modifiée en faveur du libre-échangisme. Les industriels continentaux considèrent que le protectionnisme est nécessaire à leur survie dans une économie mondiale de plus en plus dominée par les industriels britanniques. En Europe, les agriculteurs et les industriels sont plutôt d’accord des avantages du protectionnisme. Néanmoins, les partisans du libéralisme sur le continent gagnent de plus en plus de poids, les Tories eux-mêmes font des efforts afin d’engager la politique libérale en France et partout en Europe.

Cobden entame une tournée européenne avec des séjours à l’étranger jusqu’en 1859 pour faire campagne pour le libre-échangisme. On commence à voir qu’il y a quelques réductions tarifaires effectuées dans la plupart des pays d’Europe, mais ces réductions sont limitées, car elles atténuent de manière très légère le caractère protectionniste des pays d’Europe continentale. Dans les pays de faible taille, le libéralisme progresse ; le Danemark, les Pays-Bas et le Portugal sont des spécialistes du commerce international. Les Pays-Bas adoptent une attitude différente par rapport à la politique commerciale qui est plutôt libre-échangiste pendant assez longtemps. Ces pays continuent à garder la position libérale, mais ce n’est pas le cas de tous les petits pays comme les pays scandinaves qui restent protectionniste et quant à la Suisse chaque canton a sa propre législation et sa propre politique commerciale.

Avec l’adhésion de la très grande majorité au principe de libre-échange, le protectionnisme reste intact jusque dans les années 1850.

Le libre-échangisme en Europe ne débute vraiment qu’avec un traité franco-britannique et la publication d’une lettre de Napoléon III. Cette lettre rend publique des négociations officieuses avec le Royaume-Uni. C’est le traité Cobden-Chevalier qui supprime toutes les prohibions britanniques aux importations français, la France pour sa part réduit ses tarifs douaniers à une moyenne de 15% de la valeur de ses produits.

Les négociations sont menées par Michel Chevalier qui est professeur d’économie au Collège de France, pressant William Gladstone qui est alors Premier ministre de signer le traité avec l’aide de son ami Richard Cobden. Pourtant, il faut non seulement l’accord des britanniques mais également celui des français.

Napoléon III est acquis aux idées libre-échangistes et désire créer un rapprochement diplomatique avec le Royaume-Uni donnant son soutien au libre-échangisme. Grâce à une disposition législative, il est possible pour Napoléon III d’éviter le parlement qui lui aurait probablement été fatal. En fait, le traité Cobden-Chevalier est qualifié comme un coup d’État par la grande majorité de la Chambre des députés de l’époque.

On voit que l’influence du traité Cobden-Chevalier est très importante dépassant les frontières de la France et du Royaume-Uni. Une clause est celle de la nation la plus favorisée entendant que le principe de tout avantage accordé par un pays à un autre pays doit être automatiquement accordé aux autres pays avec lesquels ils signent des traités.

Le traité Cobden-Chevalier est suivi d’autres traités dans d’autres pays participants au désarmement douanier en Europe. Déjà en 1861, un traité franco-belge est signé, la Prusse ratifie le traité au nom de Zollverein avec la France en 1862, et entre 1863 et 1866, la plupart des nations européennes entrent dans un réseau libre-échangiste. Pendant cette décennie on voit une transition entre protectionnisme et un système qui semble être libre-échangiste. Même si on peut parler d’un désarmement douanier par comparaison avec la situation intérieure, il est loin d’être aussi complet que celui effectué par le Royaume-Uni.

Hors de l'Europe : les pays autonomes, les dominions et les colonies[edit | edit source]

Droits de douane moyens sur les articles manufacturés moyennes pondérées: en % de la valeur.

Ce tableau met en exergue le fait que nous ne soyons pas dans un système libre-échangiste pur. Ce tableau montre aussi qu’en opposition avec le virage libéral que l’on voit en Europe, pratiquement tous les pays d’outre-mer renforcent le protectionnisme pendant les années 1860 à 1880 et plus particulièrement les pays d’outre-mer qui ont une autonomie politique. Par exemple, pour les États-Unis, la politique protectionniste joue un rôle primordial dès l’indépendance des États-Unis.

Pour Paul Bairoch, la doctrine protectionniste est née aux États-Unis avec Hamilton. Avec la guerre de Sécession, il y a une opposition entre le sud libéral et le nord protectionniste parce qu’il est en train de s’industrialiser avec un retard par rapport à la Grande-Bretagne. Il y a la même peur des industriels étasuniens que ceux des français. Ce moment est la cristallisation de l’opposition entre ces deux régions entre le nord qui est antiesclavagiste, mais c’est aussi une guerre entre le nord libre-échangiste et le sud. La victoire du nord est celle du protectionnisme. Les mesures protectionnistes sont renforcées en 1866.

Lorsqu’on regarde le niveau que l’on trouve aux États-Unis, il n’est pas exagéré de dire que de 1866 à 1913, les États-Unis sont peut-être le pays le plus protectionniste des pays avancés. Les tarifs sont de l’ordre de 40% à 50%, il faut aussi se souvenir que nous parlons d’un pays isolé, protégé par la nature de la concurrence de l’Europe. Il faut se rendre compte qu’il faut ajouter cet aspect géographique à cette politique afin d’arriver à voir le marché qui est strictement contrôlé.

Dans les dominions britanniques et surtout en Australie et au Canada, cette période est la mise en œuvre de la politique d’industrialisation grâce aux barrières douanières. Si on regarde le discours des industriels aux États-Unis, ils parlent du protectionnisme comme une politique pour favoriser le développement industriel. Carnegie est fan de cette politique afin de laisser les États-Unis développer son industrie et de venir concurrencer les britanniques. En Australie et au Canada, on voit à peu près la même chose que l’on voit aux États-Unis, mais aussi en Amérique latine. En général, dans les pays qui gardent ou gagnent leur autonomie politique, le protectionnisme est maintenu jusqu’à la veille de la Première guerre mondiale.

Ferguson, historien d’économie, constate que l’impérialisme britannique était une force motrice de la modernisation au XIXème siècle. Selon sa position, cela était une bonne chose, toutefois, tout le monde s’accorde pour dire que l’Empire britannique n’est pas seul à forcer ses colonies à adopter une politique libre-échangiste.

Retour du protectionnisme en Europe : 1879 – 1913[edit | edit source]

Malgré l’étape importante que les pays européens marquent sur le libre-échange dans les années 1860, ce nouveau régime international ne dure pas longtemps. Une grande dépression débute en 1873 jusqu’en 1896. Cette dépression soutient le niveau relativement bas des droits de douane en Europe.

La révolution des transports conduit à la mondialisation du commerce et surtout du commerce agricole des années 1870 avec notamment des grandes quantités de blé et de produits agricoles exportés vers l’Europe.

Importations nettes de blé (et farine de blé) du Royaume-Uni.

Apparait que vers la fin du XIXème siècle, la concurrence devient vraiment importante. La situation est généralisée. La concurrence augmentée contribue à une diminution structurelle des produits agricoles dans le monde entier et notamment pour les agriculteurs européens. Les agriculteurs européens qui font face aux exportations des pays de plaines comme l’Australie, les États-Unis et le Canada réclament une hausse des tarifs.

Cela engendre une déflation générale est profonde dans les économies européennes pendant vingt années. Les industriels sont eux aussi touchés par la déflation, c’est pourquoi les industriels réclament un retour au protectionnisme. Ces demandes aboutissent à un large succès. La réponse la plus visible à la crise de 1873 est un retour de l’Europe continentale au protectionnisme dans le dernier quart du XIXème siècle. On parle de 1879 parce que c’est à ce moment-là que l’Allemagne à clos sont intermède libéral avec un nouveau tarif en 1879 changeant d’avis par rapport à la politique commerciale. On retient1879 comme la fin de la période libre-échangiste et le début d’une nouvelle période protectionniste.

La situation en Allemagne est intéressante, car la crise joue un rôle décisif en convainquant les Junkers de l’est de l’Allemagne d’apporter leur soutien aux industriels. Jusqu’à cette période, les Junkers sont plutôt favorables au libre-échangiste, car ils exportent leurs grains par la mer Baltique. Pourtant, avec l’invasion des blés en Europe, les Junkers souffrent de la diminution des prix. Bismarck prend l’opportunité d’opérer une nouvelle alliance politique appelée « Alliance du seigle et de l’acier » poussant à adopter une politique protectionniste. Il faut noter que Bismarck est lui-même un Junker marquant une transition de la politique extérieure drastique en dénonçant les traités du Zollverein. « Jusqu’ici les ports largement ouverts à l’importation ont fait de nous un lieu de dumping de la surproduction des produits étrangers ». L’idée de dumping entraine la nation dans une spirale déflationniste.

Cela se retrouve dans tous les pays européens, toutefois il y a quelques exceptions. Le Royaume-Uni reste libre-échangiste jusqu’au début de la Première guerre mondiale. On voit que la pression des protectionnistes augmente en Grande-Bretagne avec une opposition à la politique de Cobden, mais les partisans du protectionnisme ne réussissent pas à fait appliquer les politiques protectionnistes avant la Première guerre mondiale.

La pensée économique s’oriente vers le libre-échangisme au XIXème siècle, le monde industriel est semblable à celui de 1815. Les pays libéraux restent des îlots. En revanche, pour les pays autonomes, il y a des tendances plutôt protectionnistes et les pays colonisés sont soumis aux traités qui les contraignent à réduire les barrières douanières.

Les explications de la politique commerciale des différents pays[edit | edit source]

Pourquoi la Grande-Bretagne suit la voie du libre-échangisme ?

Des éléments domestiques[edit | edit source]

Nous avons suggéré l’importance de l’intérêt économique dans le cadre d’une bataille entre industriels et agriculteurs. La Grande-Bretagne n’est pas aussi efficace dans la production de blé que les pays de plaines faisant que le prix du blé est plus grand qu’à Chicago ou au Tessin. Les industriels britanniques préfèrent des prix du blé plus bas afin de rendre les prix moins chers et justifier des salaires plus bas. Cela est une argumentation économique où l’on voit une opposition entre agriculteurs et industriels en Grande-Bretagne.

Prix du blé.

On constate une intensification du processus d’industrialisation au fur et à mesure que le XIXème siècle se déroule. En fin de compte, les industriels remportent des succès contre l’agriculture tout simplement grâce à leur importance qui augmente dans l’économie britannique expliquant en partie les forces qui conduisent la Grande-Bretagne au libre-échangisme. Cependant cette thèse est trop simpliste.

Le changement des rapports de force entre industriels et agriculteurs dans l’économie britannique ne se répercute pas de suite dans la politique britannique. Même dès les débuts des années 1840, les industriels ne contrôlent pas la politique du pays. Les whigs essaient de dominer le pays en 1841, mais perdent du pouvoir. En fait, on se fixe sur la situation politique en Grande-Bretagne, c’est un casse-tête, car le parti conservateur arrive au pouvoir en 1841 s’engageant à protéger les agriculteurs. La gentry continue à dominer la chambre de commune en 1846 et c’est leur leader Robert Peel qui abroge les Corn Laws. Il y a une situation où la gentry agit d’une manière irrationnelle du point de vue de ses intérêts économiques.

Toutefois, si on prend plus de temps pour comprendre les vrais intérêts économiques des grands propriétaires agricoles, il est possible de résoudre ce paradoxe. Lorsque l’on regarde les agriculteurs, avec la diffusion de l’industrialisation, certains propriétaires diversifient leur portefeuille pour diversifier leurs investissements notamment dans les chemins de fer, dans les mines et dans l’industrie. Pour cette raison, certains propriétaires deviennent plutôt neutres et même légèrement positifs par rapport au libre-échangisme.

Il est possible de nuancer l’analyse des intérêts économiques, mais il y a quelque chose qu’on peut expliquer sur la base d’une analyse des intérêts économiques. On voit qu’on a besoin d’autres idées et il faut mélanger les arguments pour expliquer le tournant de 1846.

On reste à la recherche d’un argument convaincant et complet. Il est possible de regarder un autre élément souvent souligné par des historiens et des spécialistes qui est la montée d’une idéologie libre-échangiste au Royaume-Uni au XIXème siècle. Il est vrai que l’on voit une augmentation de cette idéologie, mais malgré la montée de cette idéologie, si on regarde les votations entre 1841 et 1845 et l’opposition prise par les Tories et le parti conservateur, il n’y a pas d’évolution de leur vote pour un protectionnisme renforcé. On ne voit pas un changement dans leur attitude. Les idées changent par rapport à un choc externe qui est la famine irlandaise en 1845.

On a besoin d’un mélange d’arguments afin d’arriver à expliquer ce changement. D’abord nous avons mis l’accent sur des aspects structurel. Sans la famine irlandaise, étant donné que l’on voit des changements structurels qui conduisent à un mouvement en faveur du libre-échangisme, y aurait-il eu un autre choc qui aurait conduit la Grande-Bretagne dans la même direction ?

En ce qui concerne l’élément domestique, on voit l’importance des intérêts politiques et comment ils s‘organisent. Le rôle des institutions permet de mettre l‘accent sur les structures étatiques et politiques ainsi que les individus qui en sont responsables. Le rôle des idées est que la politique commerciale relève de systèmes de croyances ou des idées.

Des éléments internationaux[edit | edit source]

La politique commerciale d’un pays émane aussi de la place de chaque nation sur un échiquier international à la fois politique, militaire, diplomatique, économique et financière.

Interactions entre États[edit | edit source]

Dans le cas de l’exemple britannique, c’est un pays important qui est le pays le plus puissant du monde en termes économiques de l’époque. Les industriels ont confiance pour faire campagne en faveur du libre-échangisme parce qu’ils savent qu’ils vont dominer les marchés internationaux. De plus, comme l’Angleterre dispose d’une marine puissante qui lui permet de dominer les mers, cela lui permet de sécuriser ses sources d’approvisionnement venant d’ailleurs.

Si on regarde la même hiérarchie d’un pays qui se situe en bas, on peut parler de relations coercitives, des pays sont obligés soit directement en tant que colonie ou indirectement en tant que dépendance de suivre la politique d’un pays.

Diffusion des politiques[edit | edit source]

De plus, on n‘est pas contraint de représenter les relations entre États de façon hiérarchique, il y a une possibilité d’apprentissage et de fusion des politiques. Il y a aussi des processus d’engouement. Pour certaines politiques, notamment en ce qui concerne le libre-échangisme et les politiques monétaires, Bismarck regarde la Grande-Bretagne et considère que sa politique monétaire explique sa richesse.

Les tendances dans le commerce international[edit | edit source]

On peut voir des possibilités de décalage entre politique libre-échangiste et les importations et les exportations. Avec les Corn Laws, les agriculteurs redoutent le pire avec l’invasion des blés étrangers et l’effondrement des prix.

Importations nettes de blé (et farine de blé) du Royaume-Uni.

Dans ce tableau on voit les effets à terme. Il faut attendre un certain temps afin d’avoir cette invasion parce que même s’il y existe du blé qui coûte moins cher en 1846, les coûts de transport sont encore élevés en 1846. C’est-à-dire que le libre-échangisme en soi n’est pas capable lui seul de promouvoir la croissance du commerce international. La chute des coûts de transport peut compenser un protectionnisme très fort.

Malgré le fait que le XIXème siècle se termine avec un fort protectionnisme, le commerce entre les pays du monde entier connaît une croissance historique. La croissance annuelle est de 3,5% au cours du XIXème siècle contre 1% de 1500 à 1800. Par conséquent, l‘importance des échanges extérieurs des pays par rapport à leur économie progresse nettement, ces économies deviennent de plus en plus ouvertes.

Exportations de marchandises pour quelques pays développés en 1910.

Les exportations représentent 2% du PNB en 1830, en 1860 c’est 9% et en 1913 on parle de 14%. Il y a une augmentation de l’ouverture de l’économie européenne. L’expansion des échanges touche de façon inégale les différents pays. Ces différences reflètent plusieurs éléments, mais surtout la taille différente des économies. On le voit clairement avec les États-Unis, car si on regarde le niveau des exportations, elles arrivent presque au même niveau en valeur absolue que celles de la Grande-Bretagne, mais ne compte que pour 6% du PIB alors qu’au Royaume-Uni on parle de 18%.

L’importance des échanges de l’éventuel tiers-monde progresse aussi. Si on regarde les estimations, la part des exportations entre 1830 et 1913 augmente d’à peu près de 2% à 19%.

Commerce international en produits manufacturés.

Les pays européens dominent le commerce international en produits manufacturés. D’une manière plus générale, la participation du pays dans le commerce international est étroitement liée à la structure de son économie. À la fin de la période, l’excédant des exportations est impressionnant pour la Grande-Bretagne alors que pour l’Amérique latine c’est le contraire. C’est typique parce que c’est une région qui a du mal à s’industrialiser.

Commerce international en produits bruts – US$ billions.

Il faut reconnaitre que malgré le fait que l’on voit une intensification de l’industrialisation, lorsqu’on regarde une distribution du commerce international du monde, même si ce commerce devient de plus en plus important, on voit que quand même le commerce international en termes de produit brut devient de plus en plus important. La Grande-Bretagne dépend d’autres pays pour ses produits bruts, la taille du déficit augmente pendant cette période. Pour l’Amérique latine, la situation est différente.

Apparaissent certains cas où il y a les deux choses en même temps avec des capacités en produit manufacturé et des ressources naturelles à exploiter.

Faut-il avoir une politique libre-échangiste pour promouvoir en développement économique ?[edit | edit source]

La réponse est à plus de 90% « oui » pour les spécialistes de la question. Toutefois, cet argument crée un grand problème pour les partisans du libre-échangisme. Pour vanter les atouts du libre-échangisme, la Grande-Bretagne est le modèle à prendre parce qu’elle a suivi une politique libre-échangiste de 1846 à 1913.

Ce pays a déjà fortement était industrialisé avant de faire le passage au libre-échangisme disposant d‘une avance économique acquise derrière les tarifs douaniers. C’est le fait qu’ils sont conscients de l’avantage de la Grande-Bretagne et de leurs origines que les concurrents britanniques n’ont pas honte à mettre en place des politiques protectionnistes, c’est l’idée du protectionnisme éducateur pour défendre son industrie derrière des barrières douanières qu’on retrouve en Allemagne et aux États-Unis.

Commerce international: produits manufacturés et bruts, US$ billions.

L’expérience des pays développés est un défi au libre-échangisme. Le protectionnisme et non pas le libre-échangisme selon les données serait un facteur de croissance. Mais un tel constat ne rend pas compte des autres exemples des pays qui n’ont pas le même essor en dépit d’une politique protectionniste. Ils ont évité le même piège dans d’autres entretenant une relation forte entre protectionnisme et croissance économique.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]