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Finance et investissement internationaux : 1860 – 1914

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On trouve plusieurs périodes de mondialisation financière dans cette période de l’histoire contemporaine. Bairoch trouve un lien proche entre système étalon-or et mondialisation bancaire. D’autre part, lorsqu’on parle de finance internationale, il y a plusieurs aspects concernés et surtout le commerce international on peut analyser deux aspects soit la finance du commerce international soit l’investissement du commerce international qui est le financement plutôt à long terme. Nous allons favoriser les transferts de capitaux au cœur du processus de la mondialisation financière.

Finance et les investissements internationaux[edit | edit source]

Stocks des investissements à l'étranger par rapport au PIB, échantillon de pays, 1860-2000.

De 1870 à 1914, les capitaux exportés atteignent des niveaux jamais atteints. Dans une perspective à long terme, on voit que les stocks des investissements à l’étranger atteignent 77% du PIB mondial et 20%. Il faut attendre jusqu’aux années 1980 pour qu’il dépasse les derniers sommets atteints au début du XXème siècle. Ensuite, il y a une période de récession financière, il faut attendre jusqu’aux années 1980 pour voir une augmentation de l‘importance de la finance mondiale et attendre jusqu’aux années 1990 pour voir la même importance des flux de capitaux. On peut aussi regarder les prix du capital exporté. On voit une diminution de l’écart entre les différents types d’emprunts montrant qu’il y a une intégration du marché des capitaux internationaux qui est de plus en plus important.

Lorsqu’on parle de la globalisation financière, on parle surtout des banques et des dettes émises par des gouvernements et des entreprises et surtout les chemins de fer, on voit que les émissions d’action sont beaucoup plus rares à l’époque.

Source: Daudin, Morys, O’Rourke, 2010, p. 10

On voit l’importance des investissements pour la Grande-Bretagne parce que si on regarde l’épargne, on voit que les flux des capitaux investissant à l’étranger sont de 14% entre 1870 et 1914. Au début du XXème siècle, presque la moitié des capitaux britanniques est exportée par le biais des investissements. Comme le fait remarquer The Economist en 1911 « Londres est souvent plus concerné par ce qui se passe au Mexique que par les Midlands, plus troublés par le chemin de fer canadien qu’une grève dans les mines de Galle ». Les investisseurs britanniques investissent partout dans le monde et pas seulement dans la Grande-Bretagne.

Pour la France aussi, les flux de capitaux d’investissements à l’étranger représentent une part importante de l’épargne. Pour l’Allemagne, la situation est un peu différente, mais on commence à voir l’importance de plus en plus impressionnante des investissements à l’étranger ; cependant, c’est un pays qui est derrière la Grande-Bretagne et la France.

United Nations, International Capital Movements during the Inter-war Period, New York, 1949.

La Grande-Bretagne est l’investisseur principal, suivit de la France qui commence au XIXème siècle comme importateur de capitaux, de plus les britanniques financent une partie des premiers chemins de fer en France, mais la situation change grâce à un excédant commercial en France faisant basculer le rôle de la France. L’Allemagne fait aussi une transition de pays débiteur à pays créancier, mais des 1813, l’Allemagne s’approche de l’importance de la positon française en termes d’investissements étrangers. Si on se rend compte de la position de ces trois pays européens, on comprend pourquoi on parle de l’Europe comme banquier du monde à l’époque.

On voit aussi une transition de la part des États-Unis. Jusqu’au début du XXème siècle, les États-Unis sont de loin le plus important destinateur des investissements internationaux. Le capital étranger et en particulier le capital britannique finance en grande partie du réseau ferroviaire aux États-Unis ainsi que des exploitations bovines, des mines et des exploitations industrielles. La richesse grandissante de ce pays grâce à ses ressources naturelles, ses ressources agricoles et son succès industriel, conduit à une transformation du rôle international des États-Unis d’un point de vue financier commençant à s’installer d’un point de vue exportateur de capitaux. C’est pendant la Première guerre mondiale et surtout après qu’on va voir une hégémonie financière étasunienne qui s’installe. Même en 1913 les investissements étrangers aux États-Unis restent plus que le double que les investissent américains à l’étranger.

Il y a d’autres débiteurs comme notamment la Russie à peu près pour les mêmes raisons que pour les États-Unis. Les fonds ont aidé les russes à construire un réseau ferroviaire important et d’initier des entreprises financières. Il y a un rôle très important pour la finance internationale en finançant le gouvernement russe et la Cour du Tsar. L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des emprunteurs importants et la plupart des fonds internationaux sont investis comme des titres pour financer des infrastructures comme des chemins de fer, des ports et des services publics de manière générale. On voit aussi des investissements dans les entreprises minières en Australie et au Canada. En Amérique latine, on peut citer le mélange des investissements étrangers dans les titres gouvernementaux et dans les entreprises. En Asie et en Afrique, on voit des investissements dans l’infrastructure, mais surtout pour aider les investissements étrangers à développer des sources de matières premières pour les industries européennes. On voit un fort accent mis sur les investissements soit dans les banques gouvernementales soit dans les titres des entreprises qui investissent dans les infrastructures.

Après un certain point, il est difficile de dire des choses que l’on peut généraliser parce que derrière cette répartition d’ensemble se trouve des tendances variées qui représentent des différents modes de comportement des pays exportateurs.

Source: Daudin, Morys, O’Rourke, 2010, p. 12

Les investissements britanniques sont répartis sur l’ensemble du monde. S’il y a une zone qui n’est pas privilégiée par les britanniques, c’est l’Europe. Les révolutions de 1848 dissuadent les britanniques qui investissent dans les deux Amériques. Pour la France, il y a une répartition géographique tout à fait différente. Les investissements en Europe sont beaucoup plus importants qu’ailleurs. On voit dans la première moitié du XIXème siècle que les français investissent dans les titres gouvernementaux des pays voisins. Dans les années 1879 et 1889, les investisseurs français vont construire des chemins de fer en Europe de l’Est, mais aussi se lancer dans la construction du canal de Suez en Égypte. Après l’alliance franco-russe de 1894, les investisseurs français mettent des sommes énormes dans le gouvernement du Tsar. Pour la Russie, on voit que pour toute la période de 1870 à 1913, la Russie compte pour un quart des investissements de la France. On voit que l’Allemagne se spécialise en Europe aussi, mais pas forcement dans les mêmes pays, surtout dans l’Empire ottoman et l’Autriche-Hongrie, mais on voit un intérêt plus fort dans les deux Amériques que pour les français. On devine que les empires jouent un rôle, mais c’est peut-être moins important qu’on l’entend. D’autre part, il y a des différences importantes entre les investisseurs européens. La part de l’Empire britannique représente 16% si on ne compte que les colonies, mais on peut aussi ajouter des dominions autonomes pour arriver à 40%, mais il faut quand même se souvenir qu’un dentinaire très important sont les États-Unis qui est un pays indépendant. Par contraste, la France investit beaucoup moins que la Grande-Bretagne dans son empire. Pour l’Allemagne, l’importance de son empire comme destinateur des fonds est encore moins importante. Il faut faire attention de l’argument basé sur les empires pour expliquer la mondialisation financière.

Politique économique de la première mondialisation de la finance[edit | edit source]

Il y a plusieurs mécanismes qui sont concernés. Dans les années 1880, il y a une crise de la dette souveraine en Amérique latine, mais surtout on parle des prêts bancaires. Avant la Première guerre mondiale, on voit très peu de prêts bancaires internationaux. On voit surtout des investissements de portefeuille, des investissements directs notamment des investissements par des entreprises ou il y a un contrôle de ces investissements de la part de ces entreprises.

Le type de mécanisme de transfert de fonds à l’international implique le rôle central des bourses comme les bourses de Londres et Paris. Lorsqu’on parle des émissions de ces titres, on parle des émissions sur les bourses en Europe. New York commence à jouer un rôle avant la Première guerre mondiale, mais cela reste négligeable en comparaison aux banquiers d’Europe. Ces émissions s’effectuent à partir des souscriptions des émissions offertes par des banques d’investissements. Les banques d’investissement sont des acteurs importants. À Londres, on parle des Merchant Bank comme Rothschild et Baring. On voit pendant cette période une augmentation du rôle de ces banques et de leur influence avec la mondialisation de la finance.

Source: Stanley Chapman, 1984, The Rise of Merchant Banking, p. 40

Comment peut-on expliquer la mondialisation financière pendant cette période ? Il y a un continu entre l’étalon-or et la mondialisation financière parce que certains spécialistes constatent que la mondialisation financière est rendue possible par l’existence d’un système monétaire international basé sur l’étalon-or.

Il y a deux autres possibilités qui sont souvent proposées en tant qu’explication pour les bases de cette mondialisation. Il y a aussi l’idée que la base se trouve dans l’empire, c’est le fait d’avoir un empire qui fait que la Grande-Bretagne est capable d’exporter des capitaux. Enfin, des spécialistes cherchent des bases microéconomiques à la mondialisation financière et surtout au niveau du comportement des investisseurs européens comme les bourses set les grands banquiers. On voit plusieurs propositions afin d’expliquer les bases de cette mondialisation financière.

Pour résumer les trois arguments de bases, l’étalon-or fonctionne comme label de qualité. L’étalon-or fonctionne comme un label de qualité qui permet à un pays d’emprunter plus facilement et à un taux d’intérêt plus bas sur les marchés mondiaux de capitaux. Un tel label de qualité est particulièrement important pour les pays périphériques qui autrement auraient du mal à convaincre les investisseurs de leur prêter des fonds. L’idée est qu’en choisissant de se mettre à l’étalon-or, les pays périphériques se soumettent au mécanisme flux – prix donnant une légitimité pour prêter des fonds en toute confiance afin de gérer l’économie de façon disciplinée. La Russie a notamment donnée cette justification pour se mettre sur l’étalon-or afin d’attirer des fonds internationaux.

Pourtant, cet argument n’est pas totalement convainquent parce qu’une fois qu’un pays décide de mettre sa monnaie sur la base d’une sorte d’or, il y a un engagement, mais l’engagement n’est pas aussi ferme que cela parce qu’un pays a toujours l’option de suspendre la convertibilité en or en temps de crise. Cela donne peut-être une certaine fonction aux investisseurs, mais cela va jusqu’à un certain point. D’autre part, nous avons parlé des États-Unis est de leur hésitation face à l’étalon-or. Tout le monde a compris qu’il y avait la volatilité de l’opinion publique par rapport à l’étalon-or et qu’il ne serait pas sur que les États-Unis resteraient sur l’étalon-or. Malgré cette hésitation et l’incertitude par rapport à l’engagement de États-Unis vis-à-vis de l’étalon-or on voit que les États-Unis étaient le destinataire le plus important pour les investissements. Les investisseurs constatent qu’il y a d’autres arguments qui comptent et pas seulement l’engagement du pays vis-à-vis de l’étalon-or.

Un autre argument est l’idée que l’empire comme sceau royal qui met l’accent sur l’impérialisme comme base de la finance mondiale avant la Première guerre mondiale. Keynes n’a aucun doute que l’Empire britannique facilite l’exportation du capital en le rendant beaucoup moins cher pour l’économie britannique. Ferguson offre une vision très positive de l’impérialisme sur la finance mondiale, car cela a créé la possibilité de la mondialisation financière ; pour lui il y avait des bénéfices très importants pour la colonie. Il y a certainement un argument controversé. Ferguson va expliquer comment l’impérialisme crée la base de la mondialisation en se concentrant sur les structures politiques et économiques des colonies et des dominions sous l’égide britannique. La qualité des institutions que l’on trouve dans les colonies est bien meilleure que si elles étaient autonomes. L’impérialisme a joué un rôle, mais, même pour le cas britannique, on ne parle que de 40% de l’investissement étranger lorsqu’on parle de l’investissement impérial. La plupart des investissements vont vers des pays autonomes donc l’impérialisme va jusqu’à un certain point pour expliquer les tendances des investissements étrangers, mais cela n’explique pas tout. Une fois qu’on regarde la France et l’Allemagne, cela s’explique moins, car leur empire compte moins en termes de la répartition de leurs investissements étrangers. Enfin, il y a des acteurs qui jouent le rôle de gardien pour les investisseurs créant la possibilité d’une telle mondialisation financière aussi importante.

L’argument le plus récent de Flandreau et Flores qui mettent le rôle de Baring, du Crédit Lyonnais, de la Deutsch Bank qui sont de grandes banques qui essaient de contrôler l’allocation de la finance mondiale. Elles sont capables d’agir comme gardienne des marchés internationaux en demandant des renseignements aux émetteurs. Dans ce sens, elles fonctionnent pour le meilleur et pour le pire comme des agences de notations de nos jours. Ces banquiers ne sont pas que des acteurs pacifistes intervenant parfois pour défendre les intérêts de leurs clients.

On l’impression qu’en parlant de ces banquiers, on parle d’une finance mondiale rationnelle ayant une rationalité derrière ces investissements et ces gardiens ouvrent la porte aux investissements ou la ferme sur une analyse rationnelle de la possibilité des investissements. On ne peut pas aller trop loin parce qu’il y a des vagues d’investissements, des engouements sans avoir une analyse rationnelle de leurs perspectives.

« The name and the glory and the position and everything is gone… Ned would have it all – glory and wealth. He might at least have guarded our good name. but it has all gone, offered up in his insatiate vanity and extravagance. »

— Tom Baring parle de Edward Baring [Lord Revelstoke] - [Ziegler, The Sixth Great Power, p. 252]

Dans la crise de Baring, il y a le rôle de la gloire qui est un élément non rationnel. On voit qu’il y a des vagues d’investissement pas forcément rationnelles et des rendements qui sont des fois très décevantes.

Effets de l'investissement international de 1870 à 1914[edit | edit source]

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]