Equilibre en économie ouverte

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Dans ce chapitre nous allons caractériser l'équilibre macroéconomique en économie ouverte = équilibres simultanés sur le marché des fonds prêtables et sur le marché des changes.

En économie ouverte, tout comme en économie fermée, l’égalisation de la demande et de l’offre de fonds prêtables définit le taux d’intérêt réel d’équilibre. Le fonctionnement du marché des fonds prêtables reste le même, bien qu’ en économie ouverte les agents économiques demandent des fonds soit pour faire des investissements à l’intérieur du pays, soit pour acheter des actifs à l’étranger.

De plus, pour que le système soit à l'équilibre, l'offre nette de monnaie nationale doit égaliser la demande nette de monnaie nationale. La condition d'équilibre sur le marché des changes va définir le taux de change réel d'équilibre.

NB: dans la suite nous allons encore une fois adopter une optique de long terme et faire l’hypothèse que l’output est fixe à son niveau de plein emploi.


Taux de change réel d’équilibre

Détermination du taux de change réel

Comme nous avons vu dans le chapitre précédent, les exportations nettes sont fonction du taux de change réel: plus le taux de change réel est faible, plus les biens intérieurs sont bon marché par rapport aux biens étrangers et plus les exportations nettes sont élevées (relation inverse: les consommateurs demandent plus de biens domestiques et moins de biens étrangers) → NX(ε ) .

Des identités de comptabilité nationale, nous savons aussi que la balance commerciale doit à tout moment être égale aux sorties nettes de capitaux (Net Capital Outflow = NCO = - BMC) → NX(ε) = NCO.

Le taux de change réel s’adapte pour maintenir l’équilibre NX(ε) = NCO.

NB.: la fonction représentant le flux net de capitaux sortants est verticale car les décisions d’investissement ne dépendent pas du taux de change réel.

Intromacro détermination du taux de change réel 1.png

Mécanisme d’équilibre:

si → excès d’offre de monnaie nationale sur le marché des changes => dépréciation réelle (ε↓);
si → excès de demande de monnaie nationale sur le marché des changes => appréciation réelle (ε↑).

NB: si l’axe vertical croise l’axe horizontal à la gauche du point Z → NCO > 0 et BC > 0; si l’axe vertical croise l’axe horizontal à la droite du point Z → NCO < 0 et BC < 0.

Taux d’intérêt réel d’équilibre

L’épargne et l’investissement en économie ouverte

Nous avons analysé le fonctionnement du marché des fonds prêtables et les déterminants de la fonction d’épargne et d’investissement en économie fermée au chapitre 6.

En économie ouverte le fonctionnement du marché des fonds prêtables est le même. Simplement, en économie ouverte, les agents économiques demandent des fonds soit pour faire des investissements à l’intérieur du pays, soit pour acheter des actifs à l’étranger => en économie ouverte l’épargne nationale doit couvrir l’investissement domestique et le flux net de capitaux vers l’étranger (NB.: ‘flux net’ => soit +, soit –).

Même en économie ouverte c’est le taux d’intérêt réel qui équilibre le marché des fonds prêtables.

NCO(r)

Intromacro ncor 1.png

Le flux net de capitaux sortants est une fonction décroissante du taux d’intérêt réel et se rajoute aux décisions d’investissement domestique dans la détermination de la demande de fonds prêtables.

Quand le taux d’intérêt domestique est élevé on finance seulement des projets d’investissement très rentables (que ce soit dans le pays domestique ou à l’étranger) → demande de fonds basse; vice versa quand le coût des emprunts est faible → demande de fonds élevée (aussi pour financer des projets d’investissement à l’étranger).

En même temps, quand le taux d’intérêt domestique est élevé (bas), beaucoup (peu) d’investisseurs étrangers voudront acquérir des titres domestiques → les capitaux entrants ↑ (↓).

Equilibre du marché des fonds prêtables

L’offre de fonds prêtables émane des décisions d’épargne des ménages (fonction croissante du taux d’intérêt réel).

La demande de fonds prêtables émane des décisions d’investissement domestique et du NCO (fonction décroissante du taux d’intérêt réel).

Intromacro Equilibre du marché des fonds prêtables 1.png

Equilibre macroéconomique en économie ouverte

Equilibre en économie ouverte

Dans le marché des fonds prêtables l’offre émane de l’épargne nationale et la demande émane de l’investissement domestique et des flux nets de capitaux vers l’étranger.

Dans le marché des changes l’offre émane des flux nets de capitaux vers l’étranger et la demande émane des exportations nettes.

Le flux de capitaux est la variable qui relie ces deux marchés. Pour une économie dans son ensemble à l’équilibre il faut que :

Equilibre simultané sur le marché des fonds prêtables et sur le marché des changes

Les prix sur le marché des fonds prêtables (r) et sur le marché des changes (ε) s’ajustent simultanément pour équilibrer la demande et l’offre de ces deux marchés et déterminent l’épargne nationale, l’investissement domestique, le flux net de capitaux et les exportations nettes.

Intromacro Equilibre en économie ouverte 1.png

Politique budgétaire

Quand le gouvernement finance la dépense publique par un déficit budgétaire, exactement comme en économie fermée, il soustrait une partie de fonds prêtables qui seraient autrement disponibles pour financer les investissements privés (crowding out).

En économie ouverte, l’augmentation du taux d’intérêt domestique qui en dérive a un impact sur les flux de capitaux: le NCO va baisser car d’un côté le coût des emprunts est devenu plus cher et on finance moins d’investissements, y inclus ceux qui se font à l’étranger (moins de capitaux sortants) et de l’autre les agents étrangers voudront acheter plus d’actifs domestiques (ex: obligations du gouvernement) car ces-ci donnent un intérêt élevé (plus de capitaux entrants) => NCO ↓. La baisse de NCO a comme contrepartie une réduction du solde de la balance commerciale (appréciation du taux de change réel) qui pourrait à la limite devenir négatif.

Souvent un déficit budgétaire s’accompagne d’un déficit commercial (exemple: la politique budgétaire expansive des États-Unis au début des années 80 qui se traduit dans un déficit budgétaire et un déficit commercial) . C’est pour cette raison qu’on parle de « déficits jumeaux ». Mais, attention, il n’y a rien d’automatique dans tout ça: une variation dans les décisions d’épargne ou d’investissement pourraient compenser l’↑ (ou la ↓) de demande de fonds de la part de l’Etat (exemple: le redressement du déficit public dans les années- Clinton ne s’est pas accompagné d’un surplus commercial car, entretemps, les investissements domestiques ont ↑ et l’épargne privée est restée constante).

Politique budgétaire : effets sur l’équilibre

Politique budgétaire: une hausse des dépenses publiques (ou une baisse des impôts) réduit l’épargne nationale → déplacement de la courbe d’offre vers la gauche (1) → augmentation du taux d’intérêt réel (2) → crowding out des investissements domestiques + baisse des investissements nets à l’étranger (3) → baisse de l’offre de monnaie sur le marché des changes (4) → appréciation du taux de change réel (5) → les biens intérieurs deviennent plus chers → nouvel équilibre en correspondance d’une quantité d’exportations nettes inférieure.

Intromacro Politique budgétaire effets sur l’équilibre 1.png

Politique commerciale

Ensemble d’interventions du gouvernement qui influencent la quantité importée ou exportée de biens et services. Deux types:

  • Tarif (ou droit de douane) = taxe sur les importations ;
  • Quota d’importation = limitation sur la quantité importée.

D’un point de vue microéconomique, les effets de ces deux barrières au commerce sont équivalents en termes de variations des prix (↑), de quantités importées (↓) et de l’impact sur le surplus du consommateur (↓) et du producteur (↑). La seule différence éventuelle concerne les recettes pour le gouvernement (dans le cas d’un quota, le gouvernement s’approprie des rentes du quota seulement si les licences d’importation sont distribuées sur la base d’une vente aux enchères).

D’un point de vue macroéconomique, comme les politiques commerciales n’ont aucun impact sur l’épargne et l’investissement domestiques, elles n’ont aucune conséquence sur la balance commerciale: le taux de change réel s’ajuste pour maintenir inchangé le solde de la balance commerciale.

Politique commerciale : effets sur l’équilibre

Politique commerciale: introduction d’un quota → déplacement de la courbe NX vers la droite (1): à parité de ε () les exportations nettes sont + élevées → augmentation de la demande de monnaie et appréciation de la monnaie nationale (2) → les biens domestiques deviennent plus chers () ce qui compense l’augmentation initiale d’exportations nettes → nouvel équilibre en correspondance d’un niveau d’exportations nettes inchangé ! Pas d’influence sur la balance commerciale !

Intromacro Politique commerciale effets sur l’équilibre 1.png

Instabilité macroéconomique

Dans des situations de grave instabilité politique et/ou économique les investisseurs peuvent être particulièrement concernés par la sécurité des leurs investissements et décider de retirer leurs capitaux des pays en situation de difficulté.

Ceci peut causer une fuite soudaine et importante de capitaux et une baisse de la demande pour les titres du pays (cf. le cas de l’Argentine au début des années 2000, du Mexique à la moitié des années 90, ou, plus récemment, de la Grèce).

Une fuite importante de capitaux fait augmenter le taux d’intérêt et déprécier la monnaie locale (sauf en cas d’union monétaire).

Instabilité macroéconomique : effets sur l’équilibre

Instabilité: une situation d’instabilité macroéconomique fait augmenter les flux sortants de capitaux (1). Ceci a deux effets: d’une part, la demande de fonds prêtables s’accroît (2) et le taux d’intérêt réel augmente (3) et, de l’autre, l’offre de monnaie sur le marché des changes augmente (4), la monnaie se déprécie (5) et la BC s’améliore.

Intromacro Instabilité macroéconomique effets sur l’équilibre 1.png

Résumé

Les exportations nettes d’un pays dépendent du taux de change réel: une dépréciation rend les biens du pays domestique moins chers et en conséquence les exportations nettes augmentent

L’équilibre macroéconomique en économie ouverte se réalise en correspondance d’un taux de change réel tel que l’offre de monnaie nationale susceptible d’être échangée contre des devises étrangères pour être investie à l’étranger égalise la demande nette de monnaie nationale émanant d’étrangers qui souhaitent acheter des biens et services du pays domestique (NCO = NX)

Dans le marché des fonds prêtables, le taux d’intérêt réel s’ajuste pour égaliser l’offre de fonds, émanant de l’épargne, et la demande, émanant de l’investissement domestique et le flux de capitaux net vers l’étranger (S = I+NCO)

Toute politique réduisant l’épargne domestique fait baisser l’offre de fonds prêtables, augmenter le taux d’intérêt, réduire le capital net sortant, apprécier la monnaie nationale et baisser les exportations nettes

Une restriction au libre échange fait augmenter les exportations nettes, augmenter la demande pour la monnaie nationale, apprécier la monnaie et ramener la balance commerciale à son niveau initial

Une situation d’instabilité politique peut causer une sortie importante de capitaux et, par ceci, provoquer une augmentation du taux d’intérêt réel et une baisse du taux de change.

Annexes

Références