Croissance monétaire et inflation

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Le but de ce chapitre est d’identifier les origines de l’inflation et d’analyser le lien qui existe entre offre de monnaie et augmentation des prix.

L’hypothèse de base du modèle classique de l’économie est que les prix sont parfaitement flexibles. Ils s’ajustent pour équilibrer les marchés => économie dans le long terme.

La théorie quantitative de la monnaie est utilisée pour expliquer les déterminants de long terme (→ modèle classique) du niveau des prix et du taux d’inflation. Cette théorie permet d’établir les liaisons entre la quantité de monnaie et les autres variables macroéconomiques.

Dans la réalité il existe plein de rigidités dans le marché qui empêchent les prix de s’ajuster librement → rigidités dans le court terme.

La théorie des fluctuations économiques étudie le comportement de l’économie lorsque les prix sont rigides (marchés en déséquilibre) => économie dans le court terme. Ces aspects sont traités dans la quatrième et dernière partie du cours.

La théorie classique de l’inflation

L'inflation

On parle d’inflation quand le niveau général des prix augmente. L’inflation est un phénomène de portée générale qui concerne la valeur de l’intermédiaire des échanges: quand le niveau général des prix ↑, la valeur de la monnaie ↓.

Le taux d’inflation (= variation en % du niveau général des prix) varie substantiellement dans le temps et d’un pays à l’autre. Aux Etats-Unis, par exemple, les prix augmentaient en moyenne de 2.4% par an dans les années 60, pour passer à un taux de variation de 7.1% au cours des années 70. A la même époque le taux d’inflation en UK était de 20%. En ce moment en Suisse le taux d’inflation est autour de 0.2 – 0.3%[1].

On parle d’hyperinflation en présence d’épisodes d’inflation extraordinairement élevée. L’exemple historique le plus connus des cas d’hyperinflation est celui de l’Allemagne du début des années 20, quand le taux d’inflation arriva à 500% par mois en moyenne. Beaucoup d'autres exemples plus récents ont suivi (Zimbabwe et Argentine au début des années 2000).

Offre et demande de monnaie et niveau des prix d’équilibre

Dans le long terme le niveau général des prix () s’ajuste pour égaliser l’offre et la demande de monnaie, l’inverse du niveau général des prix (1/P) étant la valeur de la monnaie (). (Rappel : = quantité de monnaie qu’il faut pour acheter un panier de consommation type ⇒ = quantité de biens qu’on peut acheter avec une unité de monnaie.)

L’offre de monnaie est contrôlée par la banque centrale. Par la suite on fait l’hypothèse que ce contrôle est parfait ⇒ exogène ()

La demande de monnaie est influencée par plusieurs déterminants, les plus importants étant le niveau des prix, de la production et le taux d’intérêt. Les agents économiques détiennent la monnaie pour réaliser des transactions (⇒ plus le niveau des prix et la production sont élevés, plus ils demandent de monnaie) et comme réserve de valeur liquide (⇒ plus le taux d’intérêt est élevé, moins ils demandent de monnaie → coût d’opportunité de la détention de la richesse sous forme liquide) ⇒ ou , où, étant dans une optique de long terme, est fixe à son niveau de plein emploi.

Niveau des prix d’équilibre

Intromacro Croissance monétaire et inflation niveau des prix d equilibre 1.png

Injection de monnaie

Intromacro Croissance monétaire et inflation injection de monnaie 1.png

La théorie classique de l’inflation

La théorie quantitative de la monnaie explique comment le niveau général des prix est déterminé et pour quelles raisons il peut changer.

La quantité de monnaie qui existe sur le marché détermine sa propre valeur.

La cause principale de l’inflation dans le long terme est la croissance monétaire. Toute variation dans la quantité de monnaie en circulation se traduit dans une augmentation du niveau des prix.

Mécanisme d’ajustement: équilibre initial → injection de monnaie → excès d’offre de monnaie → la demande de biens et services ↑, mais l’offre reste inchangée (optique de long terme, fixe) → le niveau des prix ↑ et en conséquence la demande de monnaie aussi → nouvel équilibre.

Les données montrent qu’en général, pendant les décennies où la croissance de l’offre de monnaie a été élevée, il a été enregistré un taux d’inflation également élevé et les décennies où la croissance monétaire a été faible ont eu un taux d’inflation faible (cf. graphique).

Evidence empirique

Données historiques sur l’inflation et la croissance monétaire aux Etats-Unis

Source: Milton Friedman et Anna Schwartz; Note: monnaie mesurée par M2

La neutralité de la monnaie

Selon un certain nombre d’économistes (par exemple Hume ou Friedman) les variables de l’économie réelle ne sont pas influencées dans le long terme par des variations dans l’offre de monnaie.

Par variables nominales on entend des variables mesurées en unités monétaires. Les variables réelles sont des variables mesurées en unités physiques.

D’après la dichotomie classique les variables réelles et les variables nominales sont influencées par des forces différentes. Notamment, les variations dans l’offre de monnaie affectent exclusivement les variables nominales et elles n’ont aucun effet sur les variables réelles. On parle alors de neutralité de la monnaie (dans le meilleur des cas...).

Pas d’impact de la monnaie sur les décisions de production (qui dépendent de la productivité des facteurs) ni de consommation et épargne (influencés par le salaire et le taux d’intérêt réel). Une variation de la monnaie équivaut à une simple variation de l’échelle de mesure.

L’équation quantitative

L’équation exprimant le lien entre les transactions et la masse monétaire est appelée équation quantitative de la monnaie:

= niveau des prix, = quantité d’output (termes réels), = quantité de monnaie et = vitesse de circulation de la monnaie.

Le membre de droite de l’équation quantitative mesure la valeur des transactions = nombre d’unités monétaires échangées en un an. L'output agrégé remplace les transactions: plus une économie produit, plus on échange de biens et de services. (NB: le nombre des transactions dans une année n’est pas exactement égal au PIB, mais les deux variables sont strictement liées.)

Le membre de gauche mesure la monnaie utilisée dans les transactions, étant la vitesse de circulation de la monnaie = nombre de fois par unité de temps qu’une unité de monnaie est utilisée pour régler une transaction.

La création de monnaie et le taux d’inflation

Sur la base de l’équation quantitative de la monnaie, une augmentation de la quantité de monnaie dans l’économie doit se traduire soit dans une ↑ du niveau général des prix, soit dans une ↑ de l’output, soit dans une ↓ de la vitesse de la monnaie (%∆M + %∆V = %∆P + %∆Y). Or:

  1. En principe, la vitesse de la monnaie est relativement stable dans le temps (évidence empirique).
  2. La quantité d’output n’est pas affectée par la quantité de monnaie dans le long terme (Y fixe à son niveau de plein emploi).

Conclusion: quand la banque centrale injecte de la monnaie dans le système économique, le résultat, dans le long terme, est une augmentation proportionnelle du taux d’inflation.

La taxe d’inflation

Le gouvernement peut financer ses dépenses en collectant des taxes, en émettant des obligations, en imprimant de la monnaie.

Quand le gouvernement couvre ses dépenses en imprimant de la monnaie (ou, mieux, en demandant à la Banque Centrale de le faire), on dit qu’il collecte une taxe d’inflation: quand les prix augmentent (suite à l’émission de la nouvelle monnaie), la valeur réelle des billets en circulation diminue => l’inflation est un impôt prélevé sur la détention de monnaie (taxe sur les liquidités qui perdent de pouvoir d’achat avec la hausse des prix).

On appelle aussi seigneuriage les recettes acquises par l’émission d’argent.

Le volume des revenus tirés de l’émission de monnaie varie considérablement d’un pays à l’autre. Dans les pays frappés d’hyperinflation, le seigneuriage est souvent la principale source de revenus de l’Etat.

Notez aussi qu’ en présence de croissance économique, la Banque centrale peut tirer des revenus du seigneuriage sans créer de l’inflation.

Cf. Wall Street Journal – “How Gangsters Are Saving Euro Zone”.

L'effet Fisher

Nous avons déjà eu l’occasion de voir que les décisions d’investissement sont prises sur la base du taux d’intérêt réel, qui est approximé* par :

(taux d’intérêt réel ≈ taux d’intérêt nominal - taux d’inflation anticipé)

L’équation de Fisher montre que le taux d’intérêt réel et le taux d’inflation déterminent conjointement le taux d’intérêt nominal :

Le taux d’intérêt réel est le résultat de l’équilibre de l’épargne et de l’investissement → ici, exogène. En conséquence, toute variation du taux d’inflation se traduit dans une augmentation proportionnelle du taux d’intérêt nominal (effet Fisher).

  • Le taux d'intérêt réel, , lorsque le taux nominal du prêt est et celui de l'inflation anticipé est , est donné par la formule suivante :
,

Lorsque les taux d'inflation est faible, le taux réel est approximativement égal à la différence entre le taux nominal et le taux d'inflation. Pourquoi ?

Le taux d’intérêt nominal et le taux d’inflation au Royaume Uni

Intromacro Le taux d’intérêt nominal et le taux d’inflation en UK 1.png

Le taux d’intérêt nominal et le taux d’inflation across-countries

Diagramme de dispersion du taux d’intérêt nominal de court terme et du taux d’inflation moyen dans 77 pays au cours des années 90. Source: Mankiw, 2003

Les coûts sociaux de l’inflation

Le coût de l’inflation

Le ‘coût en chaussures’ (coût d’usure):

l’inflation incite les individus à réduire leurs possessions en monnaie → visites fréquentes aux banques pour retirer l’argent et réduire le cash → temps et énergies sacrifiés pour changer sa propre position et modifier les choix de détention d’actifs.

Le ‘coût en menu’ (coût d’affichage):

coûts dus à l’ajustement continuel des prix → temps et ressources soustraites aux autres activités productives pour mettre à jour les catalogues, les sites internet, faire de nouvelles propositions à sa clientèle ou examiner les propositions de ses fournisseurs, etc.

Selon certains, après tout, les coûts de l’inflation anticipée ne sont pas trop élevés.

Le coût de l’inflation anticipée

Distorsion des prix relatifs:

les prix des biens et des services ne sont pas tous affectés de la même manière (retards d’adaptation, contrats...) → distorsion des prix relatifs → distorsions dans les décisions des consommateurs: les marchés ne sont plus en mesure d’allouer les ressources selon leur meilleur usage.

Distorsion dans les impôts:

  1. en présence d’inflation, les gains de capital (profits de la vente d’un actif à un prix supérieur au prix d’achat) sont exagérés (augmentation généralisée de tous les prix, y inclus les prix des actifs) → avec un système de taxation progressif, il en résulte une taxation des gains de capital disproportionnée; #les intérêts nominales sur l’épargne sont traités du point de vue de la taxation comme du revenu, même si une partie de ces intérêts représentent en réalité une simple compensation pour l’inflation → l’épargne dévient moins attractive.

Incertitude et confusion:

en présence d’inflation non anticipée il devient difficile de comparer les revenus réels, les coûts effectifs et les profits à différentes époques → incertitude, qui n'est jamais une bonne chose (par exemple: fixation des salaires difficile → pouvoir d'achat pas garanti).

Redistribution arbitraire de la richesse:

étant la plupart des prêts spécifiés en terme de l’unité de mesure monétaire, l’inflation inattendue redistribue la richesse entre les individus, en particulier entre les créditeurs et les débiteurs, de manière arbitraire (une augmentation de l’inflation réduit la valeur réelle d’un emprunt).

Les coûts de l’inflation non anticipée sont en général considérés comme plus importants que ceux dus à l’inflation anticipée. Cf. The Economist, 11.03.2010.

Perdants et gagnants

PERDANTS :

  • Épargnants (prêteurs), dont le pouvoir d’achat diminue avec le temps;
  • Salariés et rentiers, dont la rémunération est fixée en termes nominaux et est *indexée de manière irrégulière;
  • Contribuables, dont le salaire augmente pour maintenir le pouvoir d’achat, ce qui peut les faire changer de classe fiscale (progression à froid) et qui sont taxés sur des rendements nominaux.

GAGNANTS :

  • Débiteurs (emprunteurs), qui doivent rembourser une dette fixée en termes
  • nominaux;
  • Propriétaires, qui sont endettés et qui en plus voient le prix de leur bien immobilier augmenter

Caveat emptor Avantage de l’inflation maîtrisée

Un économiste reconnaîtra volontiers qu'à long terme la politique monétaire affecte principalement l'inflation.

Il y ajoutera néanmoins que si des rigidités des prix et des salaires existent, en présence de chocs nominaux ou réels, c'est la production et l'emploi qui s’ajusteront.

En particulier, dans un univers où le salaire nominal est rigide à la baisse, l’objectif d'inflation ne doit pas être fixé trop bas si l'on veut permettre aux prix relatifs - et notamment au salaire réel - de s'ajuster aux chocs. Un peu d'inflation peut ainsi mettre de l'huile dans les rouages de l'économie.

« To be concrete, are the net costs of inflation much higher at, say, 4 percent than at 2 percent, the current target range? Is it more difficult to anchor expectations at 4 percent than at 2 percent? »

— Blanchard, Dell’Ariccia & Mauro (2010) Rethinking Macroeconomic Policy

L’hyperinflation

Même si un certain nombre d’économistes pensent qu’une inflation modérée ne représente pas un problème majeur pour la collectivité, aucun ne doute de la pénalisation imposée par l’hyperinflation.

Hyperinflation = inflation excédant le 50% par mois (1% par jour; le prix ↑ de plus que 100 fois par an!). Historiquement, tous les cas d’hyperinflation se sont produits en concomitance d'une croissance excessive de la masse monétaire.

A l’origine → problèmes budgétaires: L’Etat n’a pas assez de recettes pour payer ses dépenses et commence à émettre de la monnaie, suscitant de ce fait une croissance rapide de la masse monétaire et, en conséquence, une hausse des prix → spirale négative: les recettes fiscales réelles diminuent en fonction de l’inflation (généralement les taxes sont collectées après que la dépense publique a été faite), l’Etat doit émettre davantage de monnaie, ce qui aggrave l’inflation et en conséquence le déficit public...

Solution: ↓ des dépenses et ↑ des recettes. La fin de l’hyperinflation est généralement une question d’ordre budgétaire. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui on soutient l’indépendance des banques centrales.

Monnaie et prix pendant quatre cas d’hyperinflation

Intromacro Monnaie et prix pendant quatre cas d’hyperinflation 1.png

Résumé

Le niveau général des prix s’ajuste pour équilibrer la demande et l’offre de monnaie.

Quand la banque centrale augmente l’offre de monnaie accroit le niveau des prix. Une augmentation persistante de l’offre de monnaie provoque une inflation continuelle.

Selon le principe de neutralité de la monnaie, la quantité de monnaie en circulation n’influence pas les variables réelles de l’économie.

Le gouvernement paie pour couvrir ses dépenses en imprimant de la monnaie. Ceci peut résulter dans une taxe de l’inflation et dans des situations d’hyperinflation.

D’après l’effet de Fisher, quand le taux d’inflation anticipé augmente, le taux d’intérêt nominal augmente de la même proportion et le taux d’intérêt réel reste inchangé.

Les économistes ont isolé six coûts de l’inflation: le coût en chaussures, le coût en menu, incertitude et confusion, distorsion des prix relatifs, distorsion des taxes, redistribution arbitraire des richesses. Néanmoins, un peu d’inflation peut mettre de l’huile dans l’économie.

Annexes

Références

  1. pour les données suisses: http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/05.html