Chômage

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Toute économie se caractérise par son efficacité d’utilisation de ses ressources. Une variable cruciale dans la détermination du niveau de vie d’un pays est le taux de chômage. Plus le niveau d’emploi dans une économie est élevé, plus son output est élevé. Une utilisation optimale de la main-d’œuvre représente un objectif primordial pour toute autorité de politique économique.

La perte de travail n’est pas un événement qui provoque une baisse de standard de vie seulement à niveau individuel. Cela représente aussi une perte pour l’économie dans son ensemble en termes de sous-utilisation des ressources et de sacrifice des potentialités de production.

Le taux de chômage mesure la part de population active qui voudrait travailler mais qui ne trouve pas d’emploi au salaire en vigueur.

L’objectif de ce chapitre est d’analyser les déterminants du chômage et les mesures d’intervention à disposition du gouvernement.

La loi d'Okun est la relation entre la croissance économique et le chômage :

Il s'agit 'une régularité empirique (les paramètres peuvent varier, même de manière significative, d'un pays à l'autre et selon les périodes qui expriment les variations du taux de chômage en fonction du taux de croissance de la production. Le taux de croissance annuel du PIB doit être d'au moins 3% pour éviter une hausse du taux de chômage et une croissance supérieure à 3% de 1 point engendre une baisse de seulement 0,5% (et non de 1%) du taux de chômage.

L'intuition est que la population active et la productivité du travail s'accroissent au cours du temps (3% en moyenne au cours des dernières décennies) et que la réactivité des entreprises aux variations de la production n'est pas de 1 à 1.

Définitions et mesures

Définition

Le taux de chômage naturel est le taux considéré comme « normal » dans une économie, c.à.d. le taux qui ne disparaît pas même dans le long terme. Il s’agit d’un taux de chômage moyen.

Le taux de chômage conjoncturel indique les fluctuations annuelles autour du taux naturel. Il est associé avec les hauts et les bas du business cycle.

Le taux de chômage aux Etats-Unis. Source: U.S. Department of Labor

Il est important de distinguer ces deux formes de chômage car pour les combattre il faudra mettre en place des politiques différentes (de longue période dans le premier cas et de court terme dans le deuxième).

Chômage en Suisse : évolution

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Taux de chômage par canton

Intromacro taux de chomage suisse par canton 1.png

Taux de chômage : comparaison internationales

Intromacro taux de chomage comparaison internationales 1.png
Intromacro taux de chomage comparaison internationales 2.png

Mesure

Les données sur le chômage sont collectées sur la base :

  • des subsides au chômage (comparaisons internationales délicates) ;
  • des enquêtes faites régulièrement (chaque mois) par les bureaux de statistique nationaux (données plus cohérentes car basées sur une définition standardisée du Bureau International du Travail, BIT).

Chaque individu en âge de travailler est classé dans une des catégories suivantes :

  • ayant un emploi ;
  • n’ayant pas d’emploi ;
  • ne souhaitant pas d’emploi.
Population active = nombre de personnes ayants un emploi + nombre de personnes n’ayants pas d’emploi (= offre de travail agrégée)
Taux de chômage = (nombre de personnes n’ayants pas d’emploi) / (population active) ∙ 100 = pourcentage de population active qui n’est pas employée
Taux d’activité = (population active) / (population en âge de travailler) ∙ 100 = pourcentage de la population adulte (+ que 16 ans) qui est active

Définitions officielles

Selon le Bureau International du Travail (BIT), un(e) chômeu-r(se) est une personne âgée de 15 à 74 ans qui:

  • n’a pas accompli d’activité lucrative (indépendante ou salariée) lors de la période considérée ;
  • a cherché un travail lors des 4 semaines précédentes (quelque soit l’intensité de cette recherche d’emploi) ;
  • est disponible pour une activité lucrative dans les deux semaines à venir.

En Suisse, un individu est officiellement considéré comme demandeur d’emploi/chômeur s’il est inscrit dans un ORP (Office Régional de Placement), ce qui ne donne pas forcement droit à une indemnité de chômage. Peut s’inscrire auprès d’un ORP toute personne :

  • inactive et à la recherche d’un emploi ;
  • employée à mi-temps et à la recherche d’un emploi à plein-temps ;
  • immédiatement disponible et apte à être placée ;
  • âgée de 14 ans révolus.

Exemple

UK: répartition de la population adulte en 2004.

Population active = 28.4 + 1.4 = = 29.8 millions

Taux de chômage = (1.4/29.8) · 100 = = 4.7%

Taux d’activité = (29.8/47.4) · 100 = = 62.9%

Taux de chômage selon le groupe

Le taux de chômage est une mesure agrégée, mais on peut, bien évidement, calculer aussi le taux de chômage par catégorie (âge, genre, pays d'origine, niveau de scolarisation...). Sur le chômage des jeunes, cf. The Economist 10.09.2011

Taux de chômage selon le genre et le groupe ethnique (UK 2001-02).
Chômeurs inscrits, selon le sexe et la nationalité (Suisse, janvier 2013).

Problèmes et remarques

Il n’est pas évident de distinguer les individus qui sont au chômage de ceux qui n’appartiennent pas à la population active :

  • travailleurs découragés = individus qui voudraient travailler mais qui ont renoncé à chercher après une longue recherche infructueuse
  • faux chômeurs = individus se déclarant comme chômeurs pour obtenir le subside même s’ils ne sont pas vraiment à la recherche d’un travail
Intromacro Problèmes et remarques chomage 1.png

La durée de la plupart du chômage est de court terme (si on considère le nombre de chômeurs), mais la plupart du chômage mesuré sur un certain intervalle est de long terme (si on considère le nombre d’heures de chômage) : contradiction seulement apparente.

Il est important de distinguer le taux de chômage du taux de « sous-emploi » (= personnes actives occupées à temps partiel, souhaitant et prêtes à travailler davantage). Cf. ci-dessous.

Sous-emploi

DEMANDEURS D'EMPLOI (= « manque de travail ») ≈ chômeurs + sous-employés. Les demandeurs d'emploi sont en général plus nombreux que les chômeurs.

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Demandeurs d'emploi et chômeur inscrits

Intromacro demandeur d emploi chomage 1.png

Les déterminants du chômage

Le fonctionnement du marché du travail

Le marché du travail, comme tous les autres marchés, est gouverné par les forces de la demande et de l’offre. Dans un monde idéal le salaire (= prix du travail) devrait s’adapter pour équilibrer la demande et l’offre de travail, en assurant de cette manière le plein emploi (cf. ch. 18 du MT).

  • Offre de travail (des ménages)

Du cours de microéconomie on connaît les déterminants de la fonction d’offre de travail des consommateurs et nous savons que cette fonction peut parfois avoir un comportement un peu bizarre (pente négative). Même si en général ce cas est tout à fait possible, nous allons faire l’hypothèse par la suite que la relation qui existe entre l’offre de travail et le salaire est positive (pour tout salaire supérieur au salaire de réserve).

  • Demande de travail (des firmes)

Dans la plupart des cas, les services du travail sont utilisés comme input pour produire des biens finaux. La demande de travail de la part des entreprises sera donc de quelque sorte gouvernée par la fonction de production.

Attention à la terminologie

Offre de travail ≠ "offre d’emplois" = Demande de travail

L’offre de travail émane des individus. Les petites annonces, aussi appelées à tort « offre d’emplois » dans les journaux correspondent en fait à la demande de travail émanant des entreprises...

Salaire de réserve et offre de travail

Le salaire de réserve correspond au salaire (horaire) minimum que la personne demande pour participer au marché du travail. Pour tout salaire en-dessous du salaire de réserve l’offre de travail est nulle.

Autrement dit, c’est le « prix » à payer, à un moment donné, en termes de temps alloué en dehors du marché du travail (↓ de loisir), en contrepartie d’une plus grande consommation de B&S permettant de maintenir un niveau de bien-être économique donné (trade off).

Le salaire de réserve est fonction :

  • des revenus du conjoint, des «dons et legs » familiaux, des transferts de l’État et autres aides non étatiques, de la possibilité de travailler au noir...
  • de l’existence ou non de coûts fixes monétaires (par exemple, garde enfants) et non monétaires (par exemple, temps de déplacement);
  • du système de transferts et d’imposition directe.

Le PmL et la fonction de demande de travail

Normalement les fonctions de production sont caractérisées par un produit marginal du travail (= quantité d’output supplémentaire que l’on peut produire avec une unité supplémentaire de cet input) décroissant.

Etant p le prix du bien final, la valeur du produit marginal du travail est donnée par : Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle VPmL ≡ p \times PmL} Cette valeur baisse avec le nombre de travailleurs employés par l’entreprise toute chose étant égale par ailleurs.

En concurrence parfaite, une entreprise qui maximise ses profits emploie un nombre de travailleurs tel que la PmL en valeur égalise le salaire nominal : (ou ). La fonction du VPmL coïncide avec la courbe de demande de travail → Fonction de demande décroissante.

N.B. Une firme qui emploie le travail en respectant la condition est aussi en train de produire jusqu’au point où (condition de maximisation du profit).

La demande de travail est déduite de la fonction de production: à quantités constantes des autres fdp (ici K), la firme choisit le niveau de L qui égalise le bénéfice du travail (PmL) à son coût (w/p) à la marge. NB: pPmL (= produit marginal en valeur) est une fonction décroissante, comme le PmL

Intromacro PmL et la fonction de demande de travail 1.png

Equilibre du marché du travail

Tout choc d’offre ou de demande détermine une variation du salaire d’équilibre (si pas de rigidités, pas de chômage « structurel ») .

Intromacro chomage Equilibre du marché du travail 1.png

Chômage frictionnel vs chômage structurel

Chômage frictionnel : l’une des causes du chômage est que, pour différentes raisons, la rencontre entre travailleurs et emplois demande du temps. On appelle chômage frictionnel la fraction du chômage total expliquée par le temps nécessaire à la recherche d’un emploi. Dans une économie en continue évolution, un certain chômage frictionnel est inévitable. Cf. page suivante.

Chômage structurel : la rigidité des salaires est une deuxième cause de chômage. On appelle chômage structurel le chômage résultant de la rigidité des salaires et du rationnement des emplois. Au salaire en vigueur, l’offre de travail excède la demande. Il existe plusieurs raisons qui expliquent la rigidité des salaires.

Intromacro Chômage frictionnel vs chômage structurel 1.png

La recherche d'emploi et le chômage frictionnel

La recherche d’un emploi adéquat aux goûts et aux qualifications des individus exige du temps et des efforts.

Le chômage dû à la recherche d’emploi est inévitable dans une économie en changement continu. Toute modification dans la composition de la demande entre industries ou régions provoque des glissements sectoriels ou régionaux dans la demande de travail qui demandent du temps pour être couverts.

Ce type de chômage est différent du chômage structurel car il ne dépend pas d’un salaire au-dessus du salaire d’équilibre.

Un certain nombre de politiques publiques peuvent réduire le temps qu’il faut pour trouver un travail adéquat et donc influencer le taux de chômage frictionnel :

  • Agences publiques de l’emploi (elles diffusent l’information sur les emplois disponibles en réduisant le temps de matching);
  • Programmes de formation publiques (ils facilitent le passage des travailleurs des branches d’activité en déclin vers les branches en expansion);
  • Assurance chômage (elle offre une protection partielle à la perte d’emploi → ça peut décourager la recherche d’un nouveau travail → effet potentiellement négatif sur le taux de chômage frictionnel).

Les déterminants du chômage structurel

On a du chômage structurel quand l’offre de travail excède la demande.

Plutôt lié au chômage de plus long terme.

Quatre causes principales :

  • La législation sur le salaire minimum (cas du prix plancher: quand le salaire minimum est fixé à un niveau supérieur au salaire d’équilibre, il crée du chômage. Cf. graphique) ;
  • Les contrats implicites (afin d’éliminer les fluctuations du revenu, entreprises et travailleurs passent des contrats assurant un niveau de salaire mensuel, voire annuel, constant, indépendant des fluctuations économiques) ;
  • Le pouvoir de négociation des syndicats des travailleurs ;
  • Les salaires d’efficience.
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Les syndicats et la négociation collective

Un syndicat est une organisation représentative des travailleurs qui participe aux négociations collectives avec les employeurs pour déterminer les salaires et les conditions de travail. Sorte de « cartel » avec un certain pouvoir de marché.

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Conséquences des négociations de syndicats

Le résultat des négociations est souvent un salaire supérieur au niveau d’équilibre et, en conséquence, une augmentation du chômage structurel.

Conflit entre les travailleurs déjà employés (insiders) et les travailleurs souhaitant être employés par l’entreprise (outsiders) qui vont supporter le coût de la négociation collective .

Selon les critiques, le système syndical amène à un équilibre inefficient et inique.

Selon les supporteurs, le syndicat est un antidote nécessaire à contraster le pouvoir de marché des entreprises.

Salaire d'efficience

Salaire plus élevé que le salaire d’équilibre, payé par les entreprises pour rendre les travailleurs plus productifs. Une baisse du salaire en présence d’un excès d’offre déterminerait une réduction de la masse salariale payée par l'entreprise, oui, mais ça pèserait négativement sur la productivité des travailleurs et donc sur les profits de la firme.

Dans les pays les plus pauvres un salaire plus élevé permet aux travailleurs de mieux se nourrir et donc d’être plus productifs.

Dans les pays développés des salaires élevés réduisent la rotation des travailleurs: plus le salaire est élevé plus le travailleur est incité à conserver son emploi.

La qualité moyenne de la main d’œuvre est fonction de la hauteur de la rémunération: si l’entreprise ↓ ses salaires les meilleurs travailleurs chercheront un travail ailleurs (phénomène de la sélection adverse).

Des salaires élevés accroissent la motivation des travailleurs: en payant des salaires élevés l’entreprise réduit les comportements de risque moral.

Salaire : comparaison internationales

Intromacro chomage Salaire comparaison internationales 1.png

Le chômage keynesien

Contrairement au chômage structurel qui fait référence à des rigidités dans l’ajustement des salaires, pour les économistes keynésiens, le chômage peut aussi être engendré par une insuffisance de la demande effective.

Résumé

Le taux de chômage mesure le pourcentage des travailleurs n’ayant pas d’emploi sur le total de la population active

On distingue entre un chômage conjoncturel et un chômage naturel

La majorité des chômeurs trouve un emploi assez rapidement

La majorité du chômage est de long terme

Le marché du travail fonctionne comme tout autre marché, le salaire étant le prix qui garantie l’équilibre entre la demande et l’offre de travail

Le chômage frictionnel dépende du temps qu’il faut pour trouver un travail adéquat

Un certain nombre de politiques publiques peuvent influencer le taux de chômage frictionnel

Le chômage structurel est le chômage qu’on observe quand le salaire est supérieur au salaire d’équilibre et donc l’offre excède la demande. Il dépende de trois causes :

  • l’imposition d’un salaire minimum ;
  • les négociations syndicales ;
  • la fixation de salaires d’efficience ;
  • le chômage keynésien est engendré par une insuffisance de la demande effective.

Annexes

Références

  • Left behind, The Economist, 10.09.2011
  • Pour ceux intéressés à la situation en Suisse: La situation sur le marché du travail en janvier 2011, SECO, 08.02.2011