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Une géographie politique de la ville : agriculture urbaine et espace public

De Baripedia


La ville s'inscrit dans la gamme d'acteurs qui se multiplie dans la sous-discipline de la géographie politique. Nous allons parler de la ville à savoir de l'agriculture urbaine et des espaces publics. NaVille est un projet qui s’intéresse aux recompositions sociales et politiques autour de la question de la nature en ville. Une entrée est par le jardinage urbain notamment l'agriculture urbaine. Il faut prendre la ville comme un espace politique. Il est possible de l'entendre de multiples manières, car la ville est politique parce qu’elle est produite par des politiques publiques, elle est aussi produite par les pratiques des habitants et des différents acteurs dans le cadre d'un projet sociétal, la ville est aussi objet de relations de pouvoirs. Un de ses enjeux de ces relations de pouvoir est celui de la légitimité et de la production des modes de légitimité concernant l'aménagement des espaces urbains. Dès lors, comparer la légitimité, cela pose la question de la légitimité des usages à savoir qui a la légitimité de produire la ville, est-ce le politique en tant que représentant élu par exemple, est-ce l'habitant, qui est légitimé pour décider d'accorder une légitimité à quelqu'un.

La question de la production des légitimités va se faire autour de la question de l'agriculture urbaine. Nous allons voir en quoi l’émergence de l'agriculture urbaine interroge l'espace public urbain par l'entrée particulière de la question des modes de légitimations des différents acteurs. À savoir, comment des relations X ou Y entre des acteurs vont mobiliser différents modes de légitimations qui vont notamment faire référence à différentes manières de faire référence à l’espace public. C’est à travers la mobilisation d'une définition de l'espace public qu’ils vont légitimer leurs propres actions. Plusieurs termes centraux vont être définis notamment celui d’« espace public », d’« espace public urbain », la notion d'« agriculture urbaine » qui peut paraître contradictoire, il y a une étude de cas qui concerne le parc Beaulieu et plus particulièrement l'espace du collectif Beaulieu derrière la gare Cornavin.

Espace public : l’espace et son public[modifier | modifier le wikicode]

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Il y a différentes manières en géographie dans les sciences sociales de parler d'espace public. Une manière très simple et très restrictive est la définition juridique, c’est-à-dire que l'espace public est l’espace qui n'est pas privé. Autrement dit, ce sont des régimes de propriété. Une définition qui peut-être intéresse davantage une géographie qui s'intéresse la société, aux pratiques, aux actions des acteurs sociaux est la question de l'accessibilité. C’est la question de l’espace public en fonction des usages, c'est-à-dire que l'espace public est un espace qui se rend accessible à la plus grande partie de la société. Un espace juridiquement privé pourrait tout à fait être public en termes d'accès.

Une troisième définition est celle de la publicité et de la visibilité. C’est la qualité publique de quelque chose, c'est donc l'espace où se donne à voir la société, à savoir un espace où les relations sociales se rendent visibles, se donnent à voir et se mettent en scène. La notion de sphère publique a notamment été théorisée par Jürgen Habermas renvoyant jusqu'à l'agora grecque, c’est une vision de l'espace public comme l'espace politique par excellence, l'espace de la chose publique, l’espace du débat public et l’espace où la société prend forme et se construit. L’espace public va être une notion intéressante pour explorer l'espace urbain parce qu’il va renvoyer à des questions foncières, à des questions d'usage et d'accessibilité, mais aussi à des questions de visibilité et va poser des questions politiques un avec la notion sphère publique.

Les trois premières définitions prennent l’espace comme une réalité matérielle à savoir un espace qui est privé ou public, accessible et où on se donne à voir, la dernière définition conçoit l'espace public plutôt comme une abstraction.

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Le terme « public » a tendance à souvent être opposé à « communauté ». C’est en langue française où le terme « public » et « communauté » sont le plus souvent opposés avec une connotation négative renvoyant au « communautarisme » alors qu’en langue anglaise, c'est différent, car des « communities » ne sont pas forcément connotés négativement. Quelle est la notion philosophique que l’on cherche à mettre derrière le terme d'« espace public » ? Éric Tassin pense le « public » dans le terme « espace public » comme une propriété mutuelle, c'est-à-dire quand je suis dans l’espace public, je n’appartiens qu'à moi-même et je suis là en tant que membre de la société, mais finalement je ne suis pas dessaisi moi-même par ma présence dans cet espace, je peux au contraire exprimer mes idées politiques et vivre mon existence sociale au sein de mes pairs, tandis que pour Tessin la communauté serait plutôt une forme ultime de dessaisissement de soi, c'est en fait la peur du communautarisme qui est finalement que la personne soit dessaisie d’elle-même au profit de quelque chose de plus englobant que serait la communauté. Il est aussi possible de penser la communauté de manière plus spécialisée comme des communautés de pratiques, des communautés épistémiques ou encore une communauté d'intérêts. la différence n’est finalement pas aussi explicite qu’elle ne parait entre « public » et « communauté » parce qu’à un moment, faire « communauté » cela peut être une première étape avant de faire « public ». Don Mitchell est un des grands auteurs américains sur les questions d'espace public qui dans une analyse de jardins collectifs à New York montre comment certains habitants de New York qui étaient en l'occurrence des immigrés portoricains et en marge de la société, en se réunissant au sein de leur communauté dans l'espace public, en y faisant des jardins collectivement étaient un premier pas pour accéder à l'espace public pour se rendre visibles dans la société urbaine et pour finalement participer à la « police » dans le sens de la vie de la cité.

Il faut être attentif à la manière dont ces références sont utilisées explicitement ou implicitement par les acteurs, comment dans une relation, dans une controverse entre deux acteurs, en présentant un projet comme étant « public » ou comme étant plutôt « communautaire », il va y avoir un objectif derrière pour créditer ou discréditer certains acteurs. Il est intéressant de voir comment pour un espace public donné et délimiter l'espace qui doit être public, comment la notion même de « public » est définie soit exclusive ou plutôt inclusive.

L’émergence de l’agriculture urbaine et ses enjeux[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu’on pense à propos du terme « agriculture », on pense à l'agriculteur ou au paysan, mais lorsqu’on parle d'« agriculture urbaine » cela se fait en tant que citoyen et citadin. Cela pose la question de ce qu’est l’agriculture aujourd’hui et qui est agriculteur aujourd’hui.

Source: Nahmias et le Caro, 2012.

Ce schéma à pour but de décentrer la question de l'agriculture urbaine de la ville-centre, c’est-à-dire se demander que l'agriculture est une activité de production animale ou végétale, quelle soit ou non professionnelle. En géographie urbaine, lorsqu’on pense à la ville, on a tendance à parler de l'urbain, c’est-à-dire la ville comme entité morphologique compacte et bien délimitée tant à perdre de l'importance au profite d'une culture qui serait généralisée.

Avec ce schéma, Nahmias et Caro réfléchissent à tous les modes d'agriculture telle qu’ils entrent en relation avec les différentes manières de définir la ville. Ils proposent la ville-centre comme un endroit où il peut se passer de l'agriculture urbaine, les franges urbaines qui sont plutôt les périphéries, l’espace périurbain et l’espace rural. C’est une typologie arbitraire, mais qui permet de penser en termes de gradation des espaces, mais cela permet également de voir les différents types d'agricultures, l'agriculture en circuit long qui est l’agriculture conventionnelle, l’agriculture en circuit court comme l’agriculture contractuelle de proximité, l'agriculture interstitielle qui est l'agriculture qui existe encore dans des dents creuses en ville et puis les jardins privés et l'agriculture de loisirs. Les critères délimités ces différents types d'agriculture sont flous. Néanmoins, on voit que l'agriculture urbaine est une agriculture qui se pratique en ville et dans les périphéries, mais c’est une agriculture qui est à la fois professionnelle et amatrice puisqu'on a à la fois vraiment une agriculture au sens propre et des jardins. Cela se fait comme dans des espaces privés tout comme dans des espaces publics puisque nous parlons bien de jardins privés d’un côté et des interstices urbains. Ce qui est intéressant est qu’on est dans des circuits longs. Dans le cas de la Suisse, le pastoralisme dans les montagnes bernoises, le simple fait qu’ils dédicacent une certaine partie de la production à un marché urbain va en quelque sorte rendre son agriculture urbaine. L’agriculture va avoir différentes manières d’être urbaine, cela va être aussi tous les espaces agricoles qui vont être pratiqués par des urbains y amenant une manière d'être urbaine. C’est une définition qui est peut-être un peu trop extensive.

Source : Direction générale de l’Agriculture, Canton de Genève, 2013.

Une autre définition est produite par le canton de Genève par la direction générale de l'agriculture. Ce graphique récapitule ce que pourrait être l’agriculture urbaine à Genève. Pour des raisons diverses et variées a été abandonné le terme d'« agriculture urbaine » au profit de « production agricole d'agglomération ». Les auteurs de ce graphique se focalisent sur quelque chose de plus précis qui est toute agriculture produite dans une agglomération. Cela restreint et rend compte des enjeux spécifiques de cette agriculture qui rendrait plus logique de la prendre comme tout. Peut-être que la localisation dans une agglomération à ses propres enjeux que n'a pas l'agriculture même si elle est à la destination de la ville lorsqu’elle est faite à la campagne.

Ce qui est intéressant est la question spatiale puisque l'agglomération, en l'occurrence à Genève cela est le périmètre d'agglomération franco-valdo-genevois qui est subdivisé en zones à bâtir. Une partie de l’agriculture urbaine se fait bien dans la zone agricole et une partie se fait en zone à bâtir. Certaines des catégories sont frontalières et vont davantage poser problème, comme ce qui se trouve entre la zone agricole et qui tendent à être développée en ville. Cela va être le cas de ce qui se passe dans le parc Baulieu pour montrer un exemple de cette friction dès lors qu’un acteur légitime dans l'espace agricole va s'approprier un espace en plein centre-ville.

Cela va prendre des formes différentes et être fait par des acteurs différents comme des acteurs associatifs, acteurs individuels dans les jardins privés, acteurs professionnels comme les agriculteurs des institutions qu'elles soient municipales ou cantonale ou encore propriétaire fonciers. Sur cette thématique nouvelle, des tas d’acteurs sont concernés et se posent la question de que faire face à ces nouveaux visages de l’espace et du sol urbain. Cela pose la question de savoir que faire face à ces nouveaux usages de l'espace et du sol urbain. Cela pose la question de la gouvernance que Nahmias et Hellier dans La gouvernance urbaine en question: le cas des lieux de nature cultivée publié en 2012 définissent comme la coordination d'intérêts variés pour la poursuite d'un objet collectif. En d’autres termes, se poser la question de la gouvernance, cela est plus large que de se poser la question du gouvernement. En fait, les différents acteurs qui ont un intérêt participent chacun à leur manière à définir le traitement d'un sujet que ce soient des personnes élues représentants, des personnes nommées, mais aussi tous les groupes d'intérêts et tous les habitants qui se constituent en association, etc. chacun va essayer d'influencer le devenir des espaces. Cette gouvernementalité peut être implicite, mais également explicite. En ce qui concerne l'agriculture urbaine, elle pose explicitement la question de la gouvernance parce qu’elle est transversale et il n'existe pas à ce jour dans les municipalités des services en charge de l'agriculture urbaine.

La question de l'espace public consiste à se demander quel est le statut de chacun des espaces. Tous les « jardins » précédemment vus renvoient à différents statuts à la fois en termes juridiques et en termes d'accessibilité qui finalement dénotent différentes gradations entre le public et le privé. Il y a par exemple les jardins privés, les jardins familiaux, les jardins collectifs dont certains sont fermés avec une clé et d’autres qui sont ouverts, des fermes urbaines qui appartiennent à un fermier qui sont pour ainsi dire privé, des fermes urbaines plutôt collectivistes. Ces espaces et ces projets d'agriculture urbaine renvoient à des gradations très diverses entre le public et le privé. C’est une thématique qui traverse les types d'agriculture, qui traverse les types d'acteurs, qui traverse les types d'espaces et qui traversent les frontières du public et du privé. Cette thématique étant aussi transversale cela veut dire que indéniablement, il va y avoir des acteurs qui vont essayer de s'approprier cette thématique plus que d'autres. À Genève, récemment, cette thématique va exploser dans le sens où il y a de plus en plus d'acteurs institutionnels comme associatifs qui s’y intéressent et dont certains essayent vraiment de se positionner comme des acteurs centraux. Cette manière de se positionner va notamment passer par des références à l'espace public et à ce qui constitue aujourd'hui un espace public acceptable et un usage public acceptable de l'espace.

À Genève, il y a de l'agriculture périurbaine, mais aussi la particularité des zones franches qui est l’agriculture sous serre, très tôt, le canton de Genève a mis en place une politique de relative autonomie par rapport aux marchés extérieurs. Il y a aussi eu le développement de formes plus contemporaines d'agricultures est d'agriculture intra-urbaine. Ces derniers temps, on a vu le développement dans de nombreuses communes du canton de potagers urbains et « plantage » décrivant l'émergence de jardin collectif intra-urbain qui se différencie des jardins ouvriers et jardins familiaux qui sont souvent situés plutôt à la frange urbaine, les jardins, les plantages urbains et les potagers urbains vont être mobilisés comme un nouveau modèle de jardinage urbain qui vont être généralement fait au pied des immeubles. On demande quasiment toujours aux habitants d’habiter à moins de cinq minutes à pied du plantage ou du potager urbain qui change radicalement par rapport au jardin familial. Ce développement est notamment porté par des acteurs municipaux comme à Genève et à Vernier où on a eu ce développement depuis 2006 de cette politique des plantages et des potagers urbains. Un acteur associatif qui est devenu incontournable sur cette question est Équitaire qui détient quasiment un monopole sur les potagers urbains dans le canton de Genève. Il y a eu aussi la création de deux fermes urbaines, des jardins sur les toits ont également émergé et aussi le développement des poulaillers et des ruches en ville.

En ville de Genève, un groupe de travail a été mis en place qui est transversale à plusieurs services au service social, au service des espaces verts, au service des écoles et à l’Agenda 21. Ce groupe de travail essaie d'apporter une réponse aux nombreuses demandes qu'ils reçoivent des projets d'agriculture et de développer une politique spatiale à son sujet. La politique qui est actuellement développée et celle de favoriser les potagers en pied d’immeuble.

Étude de cas : le Collectif Beaulieu, Genève[modifier | modifier le wikicode]

Le parc Beaulieu est un parc qui situe juste derrière la gare Cornavin datant du XVIIIème siècle qui était au départ un domaine de maître. Dans les années 1930, ce domaine a été racheté par la ville de Genève. Pendant 10 ans, cela a appartenu à la vile de Genève sans être transformé en espace public et c’est dans les années 1940 que le parc a été véritablement transformé en parc public. C’est aussi à cette période que le service des espaces verts a construit son centre de production horticole. Le service des espaces verts de Genève produit une bonne partie de ces plantes lui-même dans ce qu'on appelle un centre de production horticole de 1940 jusqu'en 2008. En 2008, le service des espaces verts commence à trouver que ça fait unpeu petit et va déménager son centre de production horticole à côté de Carouge. En 2009, un collectif va se monter qui est le collectif Beaulieu et qui va se réapproprier cette espace. Plusieurs acteurs étaient intéressés par les questions d'agriculture urbaine est cherchaient un lieu pour en faire. Plusieurs associations notamment l'association des artichauts qui produit des jeunes plantons qui sont ensuite revendus à l’agriculture contractuelle de proximité. En 2010, le collectif obtient un financement de la ville de Genève pour occuper cet espace. L'autre changement qui va avoir lieu est la mise en place juste à côté de ce centre de production horticole par le service social d’un potager urbain.

Le Service des espaces verts a proposé de creuser et de préparer un jardin collectif pour les habitants du quartier juste à côté du centre horticole. Maintenant, il n'existe plus. En 2009, d'un côté, un jardin collectif fait par le service social de la ville de Genève et de l’autre côté le collectif Baulieu qui s'était approprié le centre de production horticole pour faire l'agriculture urbaine, mais plutôt de façon professionnelle. Dans ce même parc, deux modèles différents d'agriculture urbaine ont été voisins à un moment donné ces acteurs sont entrés en relation. Le plantage du service social était de 20 parcelles de 6m2 qui servaient à 20 personnes du quartier qui ont été sélectionnées sur la base d'un tout ménage qui avait été distribué à la population du quartier leur proposant d'acquérir une parcelle sur laquelle chaque participant a un bail de deux ans non renouvelable. Ainsi, il y a des petites parcelles non clôturées qui constituent une sorte de jardin collectif. Par contre, les outils pouvaient être partagés et l'arrivée d’eau était commune. Pour le projet du collectif Beaulieu, des Artichauts et des premières associations se greffe de nouvelles associations. Chacun des deux projets à prendre forme l’un à côté de l’autre. Depuis 2001, le parc est soumis à un projet de restructuration que l’on appelle le projet Beaulieu réunissant différents acteurs et en particulier mené par le service des espaces verts, mais il fait aussi participer l'Agenda 21, le service social et aussi le collectif Beaulieu qui peut y participé en tant que parties prenantes essentielles. C’est autour de ce projet qu’à commencé à se cristalliser une controverse et des prises positions antagonistes entre le service social qui va plutôt s'occuper du potager urbain et développer un modèle d'agriculture urbaine amatrice pour les habitants et de l'autre côté le collectif Beaulieu qui va plutôt proposer un modèle d'agriculture urbaine professionnelle.

À partir de là, nous allons voir comment, dans les manières des acteurs, de chacun des projets, de se positionner l'un vis-à-vis de l'autre apparaît la question des usages espaces publics, c'est-à-dire en quoi chacun des acteurs estime que son projet est légitime dans un espace public et celui de l’autre acteur moins et en quoi cela est intrinsèquement lié à une certaine définition de ce qu'est la spatialité de chacun des projets et de ce qu’est chacun des publics de chaque projet. En d’autres termes, dans la notion d'espace public, il faut différencier la question de la spatialité du projet et de sa socialiatié.

L’UAC va définir la spatialité de son projet potager urbain comme étant le quartier, c’est-à-dire que le potager urbain, non seulement s'inscrit dans un parc, mais est inscrit surtout dans le quartier. Le mode d'existence de l’UAC est de s'occuper de la vie sociale du quartier : « ce lieu doit être avant tout un lieu de quartier pour les citoyens du quartier, surtout du haut du quartier, Beaulieu, Vermont, Grand Pré, Vidollet, qui n’ont pas d’infrastructure de quartier ». Cela est vraiment défini comme un lieu qui doit s’inscrire dans le quartier plus que dans le parc. Pour ce qui est du collectif Beaulieu, la spécialité va être définie différemment. Le collectif se définit des espaces d'actions et des spatialités tout à fait différentes qui sont en fait multiscalaire. D'une part et d’une manière très englobante, le collectif se veut membre de la Via Campesina qui est mouvement paysan international qui défend l'agriculture à petite échelle ainsi que l’agriculture paysanne et qui s'oppose à la prise de pouvoir des grands semenciers se projetant dans une spatialité très large. La deuxième manière de réfléchir à la spécialité du collectif Beaulieu et le fait que les plantons qu’ils produisent vont être revendus à différentes projets d'agriculture contractuelle de proximité du canton. Un grand nombre de projets d'agriculture un peu partout dans le canton utilisent les plantons qui sont produits à Beaulieu. Une troisième manière de réfléchir à la spatialité du collectif Beaulieu est à travers le jardin de cueillette. La manière dont il a été défini est pour que n'importe quelle personne qui habite ou de passage en ville de Genève puisse venir en profiter. Les actions préambule est la maison de quartier mobile qui a vocation à travailler à l'échelle du quartier et à faire en sorte que l'espace de Beaulieu soit aussi un endroit pour ses propres activités.

Par rapport au projet de l'UAC et du service social qui s’adresse véritablement au quartier, le collectif s'inscrit dans une multitude de spatialités qu'ils prennent aussi forme dans l’inscription de différents réseaux. La question des cadrages spatiaux est la manière dont les porteurs de chacun des projets définissent l’inscription spatiale de leur projet renvoyant à un premier aspect de la question de l’espace public. Reste la question du public. Cela est intrinsèquement lié à la question spatiale. Pour l’UAC cela est explicite : « Il faut en profiter pour le valoriser, mais le valoriser, que ce soit utilisé par les gens du quartier. C’est vrai qu’y a une très forte proximité avec les Grottes, on a tout de suite tendance à dire les gens du quartier c’est les Grottes [...] finalement ce qui nous intéresse nous c’est que ce soit aussi quelque chose pour les gens de Vermont, pour les gens qui habitent vers Chandieu, qui sont des endroits un peu dépenaillés ». Le cadrage social est avant tout pour des gens du quartier. La possibilité de pouvoir venir jardiner est entièrement conditionnée à venir habiter au quartier, il n’y a pas de dérogation possible. Pour le collectif Beaulieu, cela dépend de quelle partie du projet on parle.

En résumé, un des acteurs qui est le Service social va porter son intérêt sur le lieu de résidence et c’est le lieu de résidence qui va définir le critère de participation avec un discours dichotomique entre ceux qui peuvent participer et ceux qui ne peuvent pas participer et entre les différents espaces du quartier. C’est un critère d’appartenance spatial qui définit le public. L’autre acteur qui est le collectif propose à des acteurs issus de n’importe où de participer, le critère n’est pas tant d’habiter à un endroit, mais de partager un certain type de projet. L’UAC et le Service social plus généralement va chercher à se légitimer notamment dans le cadre du projet Beaulieu en pointant les failles qu’il pense du collectif Beaulieu et notamment les failles en termes de définition d’une spatialité et d’un public. Dans le cadre du projet Beaulieu, il s’agit de réaménager le parc et de réfléchir au fait de savoir si les serres doivent être gardées, que faire des bâtiments, doit-on faire de ce quartier un lieu polyvalent ou est-ce que cela doit rester sur la thématique des fleurs et de l’agriculture. Le Service social émet un critique relativement rude du collectif Beaulieu. La première critique portant sur l’aspect social est la suivante : « Si on va trop dans la thématique, après que se passe-t-il ? On l’a déjà plusieurs fois prouvé, hein, on n’agit pas sans preuve, c’est qu’on se retrouve avec un public d’initiés, de personnes, qui, voilà, ont toutes un certain niveau socioculturel, et qui pratiquent leurs idéaux, du mieux qu’il peuvent, mais toute la Cour des Miracles, elle est loin ». C’est un discours dichotomique entre un public qui serait un public d’initiés, de gens ayant un niveau socioculturel élevé si ce n’est un niveau socioéconomique élevé, et de l’autre côté, la population décrite comme la Cour des Miracles. Cela montre que l’idée est qu’un projet thématique spécialisé sur une question et qui prend part à travers un réseau d’actions multilocalisées apparait trop spécialisé pour le public du quartier. La deuxième critique est que « On est d’une certaine façon les garants que ce type d’espace et de prestation n’est pas réservé à un petit club de gens qui se connaissent entre eux, et vraiment au service de la population, et qu’on sache se remettre périodiquement en question, c’est le prix à payer, se dire est-ce qu’on est vraiment au service des habitants ? ». En parallèle à la critique un peu fermée et élitiste du projet associatif, à l’inverse, l’administration va avoir tendance à se mettre en avant comme étant la garante de l’ouverture du projet. On commence à arriver à voir différentes notions pour savoir à qui est comment doit être ouvert un espace qui est que certains acteurs se portent comme garants de la publicité de l’espace en désignant les autres comme des acteurs de la privatisation de l’espace. Le volet spatial va être aussi critiqué par certains acteurs de l’administration en disant que « Ces trucs des plantons, ce n’est vraiment pas pour les gens du quartier, c’est une production indus’, enfin agricole, semi-industrielle, mais c’est un projet de niche ». On est moins en train de dire que cela est élitiste, mais c’est de dire que cela ne concerne pas le quartier. Autrement dit, la production locale sort du quartier. Certains acteurs tendent à dire que ce projet n’a pas plus sa place ici qu’un autre. Est mobilisé l’argument de l’outsider et la rhétorique du local et de la proximité.

Les réponses du collectif furent rapides. L’inscription dans l’espace social qui donne une assise locale au projet du fait que le préambule soit une « maison de quartier mobile », de plus, depuis ont été développé les « écoles à la ferme » qui ont beaucoup accueilli les écoles du quartier montrant que le collectif participe à l’éducation. De plus en plus, dans les différents documents officiels émerge la référence aux quartiers. Dans les permis documents, cela était un « espace ouvert à tous », un « espace collectif », un « espace ouvert commun », de plus en plus c’est un « espace prêt à accueillir les habitants du quartier ». On voit qu’il y a un discours qui s’adapte à la demande de s’adresser plus au quartier. Au niveau financier, la majorité du financement du collectif provient de la vente de planton aux ACP. Même si le discours et certaines de pratiques s’orientent vers le local et vers d’autres types d’acteurs, le collectif est largement dépendant de son insertion dans le réseau des ACP.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Le parc est l’une des incarnations contemporaines de l’espace public. À partir du XIXème siècle émerge vraiment le parc public comme un des symboles de l’espace public en ville. Des parcs sont devenus les symboles de l’ouverture de la ville au public. Les usages sont concurrent par rapport à l’espace public et par rapport à des symboles de l’espace public.

Avec le collectif, l’espace qu’il s’est réapproprié n’était pas le cœur public du parc, mais le centre de production horticole qui appartenait en terme juridique à la collectivité publique, mais privée par l’accès. Le collectif qui est un groupe de personne issue de la société civile s’est réapproprié cet espace et en l’ouvrant à de nouveaux types d’activités qui font rentrer les membres de la société civile dans cet espace produisant une ouverture de ce site. Néanmoins, progressivement, on a vu qu’émerge la critique que cet espace du centre horticole n’est pas assez accessible non pas qu’il soit mal situé, mais parce que le projet même serait trop élitiste pour s’adresser à ces gens-là.

Cela pose la question que lorsqu’on parle d’un espace public, cela est aussi où mais à qui cela est accessible et qui a la légitimité. Pour l’UAC, le public est les gens du quartier, les initiés qui viennent dans le collectif Beaulieu sont les gens de la communauté qui est une communauté politique. Cela pose la question de savoir si les gens du quartier sont plus le public que les gens de la ville qui viennent aux cueillettes, cela pose aussi la question de savoir ce qu’on y fait, ce qui fait que l’agriculture peut avoir sa place dans un espace public et cela pose la question de la gouvernance à savoir qui doit gérer cet espace. Il faut voit l’enjeu d’un projet qui est plutôt municipal où l’acteur qui gouvernerait cet espace serait un acteur municipal qui représente, de l’autre côté cela est plutôt une association. Cela veut dire que le degré de publicité d’un lieu serait aussi lié au type d’acteur qui le gouverne. Cela pose la question de savoir si la municipalité est plus publique qu’une association.

Ces différentes définitions du public et de sa spatialité, d’un côté, c’est l’origine spatiale qui doit être celle du quartier dénotant une vision spatiale du public et de l’autre côté on va plutôt avoir une vision réticulaire du public. Du côté de l’UCA, le public est ce qui appartient à un certain espace, du côté du collectif, le public est ce qui s’insère dans un certain réseau renvoyant deux figures géographiques différentes de ce qu’est un public et de ce qu’est la spatialité de ce public. Au final, cela pose des questions normatives de ce que doit être un espace public. Pour les uns, c’est l’espace sous l’égide de l’administration publique qui est notamment le point de vue de l’UAC pour qui l’espace doit être public déjà parce qu’il s’adresse aux gens du quartier et parce qu’il est animé par l’autorité publique renvoyant à une question quasi juridique de dire que c’est une question réglementaire avec le règlement qui définit que c’est l’administration publique qui a autorité sur cet espace alors que de l’autre côté du côté du collectif, l’espace se rend public parce que ce sont les habitants qui le produise et dans ce cas c’est la définition de l’espace public comme sphère publique, c’est-à-dire que cet espace devient public parce que les gens y produisent un projet collectif et un projet commun où ils réalisent une sorte de vision de la société. Il y a deux types de normativité auprès de ces acteurs avec une normativité réglementaire et une normativité ayant trait à la sphère publique. Ce qui est intéressant est que l’UAC se retrouve à faire partie de l’espace du collectif Beaulieu et in fine à faire partie du collectif Beaulieu.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]