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Le Nationalisme et le régionalisme

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C’est un sujet assez large parce qu’il y a une longue histoire derrière ces sujets et ils sont analysés par de multiples disciplines.

L’incertitude conceptuelle du nationalisme 
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Le nationalisme est un chantier intellectuel énorme. Le nationalisme a été étudié dans de nombreuses disciplines non seulement en science politique et en relations internationales, mais également en sociologie anthropologie ou encore en économie.

Le nationalisme a une force politique puissante et ambiguë dans le monde contemporain parce qu’il peut mobiliser des individus vers des buts collectifs, y compris la protection de la nation des menaces potentielles ou la lutte pour un territoire national exclusif. Le nationalisme est une incertitude conceptuelle, Anderson parle de « pauvreté philosophique » avec un côté émancipatoire et une capacité répressive.

L’élément émancipatoire est la force derrière les mouvements de libération contre l’oppression coloniale. Seules les sociétés qui développaient un nationalisme sein arrivaient à un État plus progressif. C’est chez les philosophes des Lumières que l’on trouve la conception d’un nationalisme positif et négatif avec des nationalismes extrêmement qui peut être considérée comme des aberrations. L’élément répressif est par exemple le motif de haine génocidaire extrême.

Le nationalisme a une diversité dans l’espace géographique et historique, mais aussi dans le temps. Le nationalisme n’est pas un phénomène du sud. Bien qu’il y ait des mouvements nationalistes qui aient amené à l’indépendance en Amérique latine au XIXème siècle et des colonies au XXème siècle à partir des années 1960, c’est un phénomène que l’on a pu constater dans les pays du nord. Beaucoup de géographes politiques s’intéressent aux techniques utilisées par l’État dans les pays du nord.

Nation – Nationalisme 
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Le nationalisme est fondé sur l’idée de la nation. Pour Renan lors que la conférence Qu’est-ce qu’une nation ? de 1882 propose une définition de la nation : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis ». Pour Renan, l’identité nationale est une identité collective avec un destin construit comme une histoire similaire.

Perspectives 
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Perspective primordiale / essentialiste[edit | edit source]

L’être humain est considéré comme appartenant à une nation. L’identité nationale est comme un trait biologique. On y trouve la pensée de Ratzel qui lie le peuple au sol avec une perspective de l’origine des nations essentialiste qui se base dans un naturalisme déterminité biologique. C’est une perspective aujourd’hui rejetée, mais qui est présent dans une perspective politique. Bien que présent aujourd’hui, le « primordialisme » est largement rejeté dans la recherche scientifique. L‘identité nationale est liée à l’émergence de l’État moderne en Europe de l’Ouest à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle.

Perspective ethno-symboliste[edit | edit source]

Cette perspective est basée sur le fait que la plupart des nations sont basées sur des liens et traditions ethniques qui deviendront des ressources pour la formation des nations. L’idée est qu’il y a à un certain moment une tradition sur la base de laquelle la nation a été formée. La nationalisme est un discours et une construction. C’est le contexte historique qui détermine la manière dont ces traditions sont utilisées.

Pour Anthony Smith, la connotation « ethnique » est une construction discursive. Les identités nationales se forment autour des identités ethniques, dans des conditions sociaux, économiques ou politiques particulières. Les nations d’aujourd’hui tirent leurs existences de liens avec des communautés antérieures à savoir des « ethnies ». On distingue plusieurs caractéristiques d’une ethnie : nom propre collectif ; mythe d’une ascendance commune ; mémoires historiques partagés ; un ou plusieurs éléments différenciateurs de culture commune ; association avec un territoire/une patrie ; un sentiment de solidarité.

Perspectives modernistes[edit | edit source]

C’est dans cette perspective que la plupart des géographes et notamment les géographes politiques travaillent aujourd’hui. Les nations émergeaient après la formation des États. L’accent est mis sur la production de l’identité nationale par le biais d’espaces et d’échelles d’où l’intérêt de la géographie politique. Les chercheurs de cette perspective se concentrent sur les processus.

Les recherches de Ernest Gellner (1925 – 1995) portent sur le passage de la société agraire à la société industrielle, sur le rôle de l’éducation de masse et la création de la nation par nécessité. Ceux de Eric Hobsbawm (1917–2012) portent sur l’époque postrévolutionnaire en France, la montée du capitalisme, la création d’allégeances nationales par des élites riches. Selon lui, les manipulations sociales intentionnelles (« fausse conscience », « traditions inventées »).

Benedict Anderson : Imagined Communities (1983) 
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Imagined Communities (1983)[edit | edit source]

Une nation est une communauté imaginée, pas imaginaire s’opposant à Gellner et Hobsbawm, il y a des communautés réelles qui se juxtaposent à des nations. D’autre part, la nation limitée et souveraine. Pour Anderson, ce qui façonne les communautés humaines n’est pas qu’elles sont authentiques ou fausses, mais les manières dans lesquelles elles sont imaginées.

Le nationalisme est un artefact culturel qui se produit à travers d’un croisement complexe de forces historiques discrètes vers la fin du XVIIIème. Une fois créés, ces artefacts deviennent « modulaires », capables d’être transplantés dans des terrains sociaux très divers et adaptés à des constellations politiques et idéologiques diverses. L’accent est mis sur les pratiques culturelles régulières produisant et reproduisant la pertinence de l’identité nationale comme le recensement, la carte, le musée.

Pour Anderson, l’origine de la conscience nationale est l’émergence des médias écrits et le développement capitaliste. La vernacularisation révolutionnaire marque le déclin du latin. L’impacte de la Réforme et la diffusion de vernaculaires particuliers est un instrument de centralisation administrative débutant avant le XVIème siècle. C’est une interaction « explosive » d’un système de production, d’une technologie, et de la diversité « fatale » de langues. Il y a une association causale entre l’émergence de la souveraineté étatique et l’identité nationale d’après un contexte historique, mais cela interroge l’évolution « après l’histoire ».

Le nationalisme comme mouvement social[edit | edit source]

Selon Gellner, les nationalistes cherchent la congruence entre l’unité nationale et l’unité politique. On peut différencier deux variations :

  • nationalisme ethnique : évolution de la conviction de l’existence d’un groupe ethnique ou national au processus et à la pratique politique organisé autour de cette conviction comme, par exemple, le Pays basque ou le Tamil Eelam, mais encore des mouvements irrédentistes ;
  • nationalisme civique : processus dirigé par l’État qui vise le développement de la nation ; forme de patriotisme ou citoyenneté qui célèbre l’existence d’un État comme, par exemple, les examens de citoyenneté.

Il faut faire attention, car il y a la tendance à voir ces deux variations comme distinguer géographiquement comme le phénomène « orientaliste » différenciant les nationalismes Sud et Nord, mais dans la pratique, les deux ne sont pas toujours différenciables.

Nationalisme – régionalisme 
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D’une certaine manière, il y a une logique similaire. Le régionalisme se retrouve dans différents points du monde, mais dans le contexte spécifique de l’Europe, cela à mené à l’émergence de régions plus prononcées en Europe qu’ailleurs. Beaucoup d’instruments financiers ont donné de l‘appui aux régions.

Qu’est-ce qu' une région ?

  • perspective économique : les régions sont créés par le marché ;
  • perspective politique : régions créées « top-down » par l’État ;
  • perspective culturelle : régions « ethnosymboliste » qui se basent sur l’idée qu’il y a une histoire partagée et une solidarité des destins communs ;
  • perspective écologique : régions définies par l’environnement.

La région, comme la nation est une construction, car chaque construction va créer un « nous » qui a une frontière avec des « autres ». Cela se retrouve dans les mouvements régionalistes. La géographie politique s’intéresse à la production des régions et aux luttes régionales, mais aussi aux divisions territoriales et aux raisons de ces divisions.

Ainsi, Paasi distingue trois approches pour comprendre les régions :

  • approches préscientifiques : la région comme unité spatiale nécessaire pour la recherche empirique notamment à travers les statistiques comparés ;
  • approches disciplinaires : la région comme objet ou résultat analytique émergent du processus de la recherche. Ces régions peuvent néanmoins influencer la politique (manuels scolaires, etc.) ;
  • approches critiques : la région comme construction sociale, résultat de processus et luttes politiques. Ces approches analysent la régionalisation dans son contexte géographique et historique et dans le contexte plus large de la formation et transformation des États.

Le régionalisme alpin 
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Le régionalisme émerge des partis populistes dans des régions alpines comme la Lega Nord, la Ligue savoisienne ou encore le Freiheitliche Partei Österreichs avec une représentation à Bruxelles et des ambitions internationales. Ce sont des régions qui cherchent à s’émanciper des capitaux nationaux mobilisant l’identité régionale à des buts politiques. Il y a la construction d’une histoire à travers des notions de patrie, de tradition, de sentiments conservateurs ou encore autour de l’écologie. C’est la construction d’une région et d’un « espace vécu ».

Il y a plusieurs enjeux liés aux territoires dans les Alpes. La Convention Alpine néglige le niveau régional. En parallèle il y le 
programme « Espace Alpin » de l’Union européenne qui est un programme transfrontalier qui finance des projets. Dans ce programme, le périmètre de l’espace alpin est beaucoup plus large que la Convention Alpine.
Il y a une stratégie macro-régionale lancée par les régions, mais portée par les États qui se base sur l’idée d’une macro-région alpine qui suit plus ou moins le périmètre de l’espace alpin.

L’analyse de Xavier Long traite du double paradoxe du régionalisme alpin avec des populismes dans les Alpes qui font référence à un espace supranational, non local et tirent profit de la constitution d’un espace européen, mais il y a « la mise en place d’un échelon de référence distant ne fait que renforcer le local élargi ». La territorialité est vue comme une « représentation idéelle […] sans nier la réalité de la montagne-objet, il est nécessaire de travailler en parallèle à la montagne-idée [...] Aujourd’hui, l’appartenance alpine est d’abord une construction intellectuelle […] les liens au territoire ne se décrètent pas, mais sous certaines conditions le discours peut fabriquer du territoire, si les populations l’intègrent et si le moment géographique est propice ». L’identité n’est jamais complète, c’est un processus en transformation autour des pratiques.

Résumé 
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La géographie politique s’intéresse au nationalisme et au régionalisme parce qu’on les trouve à l’origine de toute division territoriale et des luttes autour de ces divisions et y retrouve la mobilisation de l’espace à des fins politiques. Le nationalisme a un double visage avec la manifestation comme force émancipatoire ainsi que comme force répressive donne au concept une incertitude conceptuelle/philosophique.

L’identité nationale et le nationalisme émergent dans le contexte de la formation des États. Il y a de nombreux facteurs qui peuvent servir comme fondation pour un mouvement nationaliste, mais il n’est pas possible d’anticiper avec précision les facteurs qui seront déterminants. La région, comme la nation, est une construction sociale. L’analyse de la régionalisation constitue un domaine de recherche par excellence pour la géographie politique.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]