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L’impérialisme et le postcolonialisme

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Définitions[modifier | modifier le wikicode]

Selon Edward Said, il faut différencier l’impérialisme et le colonialisme :

  • impérialisme : la pratique, la théorie et les attitudes d’un centre métropolitain dirigeant un territoire lointain ;
  • colonialisme : pour Williams et Chrisman dans Colonial Discourse and Post-Colonial Theory publié en 1993, c’est l’articulation spécifique de l’impérialisme avec les invasions et l’occupation de territoires est une phase d’un processus plus constant d’impérialisme capitaliste qui dur encore à ce jour.

Pour Jacobs, dans Edge of Empire: Postcolonialism and the City publié en 1996, « Les formations coloniales n’appartiennent pas seulement à un passé que le présent s’attache à effacer, mais bien à un passé qui est en train d’être nostalgiquement retravaillé et adapté au présent ».

La conception de l’impérialisme aujourd’hui est proche du système monde de Wallerstein avec l’idée qu’il y a des centres et des périphéries et un système de contrôle de la part du centre. Cette perspective du système monde était très importante dans la formation ou la réformation de la géographie politique des années 1980. Cette approche a été critiquée notamment par Jacobs parce que ces théories s’inscrivent dans une structure globale de diffusion eurocentrique à laquelle l’altérité n’est qu’un ajout. La dimension structurelle n’a jamais été explicite dans la théorie du système monde.

Blunt et Wills dans Dissident Geographies: An Introduction to Radical Ideas and Practice publié en 2000 distinguent deux significations :

  • signification temporelle : l’époque après le colonialisme. Le problème est que le pouvoir colonial persiste ;
  • signification critique : ensemble d’approches à l’analyse du colonialisme et ses conséquences. Le problème est que (a) ces approches s’intéressent plus à la culture qu’à la matérialité et (b) ces approches s’intéressent plus à l’historique qu’au contemporain.

L’idée que le postcolonialisme soit une approche critique est le fait que la façon dont laquelle la colonisation et l’impérialisme est décrit par les chercheurs qui sont pour la plupart européens ou américains ne laissent pas un devenir alternatif pour les anciennes colonies. Cela est lié à l’œuvre de Said. L’approche postcoloniale apporte une déconstruction, une tentative d’aller plus loin que les approches binaires, c’est une approche qui avance des notions plutôt liées à l’hybridité impliquant une déconstruction des binaires qui démontre une possibilité d’existence d’espace pour qu’une altérité des colonisés puisse se développer. II. Études postcoloniales et impériales, la géographie et la géographie politique Les premières œuvres datent des années 1960 et des années 1970, sans utiliser le terme à travers des lettres. Certains mettent l’accent sur les conséquences du colonialisme avec l’idée de relations inégales entre anciennes colonies et pouvoirs coloniaux, ainsi que les caractéristiques de ces relations dans le système mondial capitaliste. Pour d’autre, l’inspiration se fait par les théories de dépendance qui est l’idée que toutes ressources sortent des pays en développement pour enrichir les pays industrialisés, c’est une réaction contre la théorie de modernisation.

Dans les années 1990, la notion va être élargie avec le dévoilement de la complicité géographique dans la domination coloniale de l’espace, les représentations géographiques dans les discours coloniaux, la dissociation de l’entreprise géographique locale de la théorie métropolitaine et son système de représentation, la récupération des espaces cachés occupés et investis de leurs propres significations par la sous-classe coloniale. L’accent contemporain est mis sur l’histoire critique du colonialisme par le biais des représentations.

Dans Postcolonialism publié en 2009, Gilmartin parle de « statuts précaires » renvoyant aux conflits politiques à la suite du colonialisme et au rare engagement avec les théories postcolonialistes. Néanmoins, le potentiel est reconnu. Pour Chakrabarty dans Provincializing Europe : Postcolonial Thought and Historical Difference publié en 2000, il y a une provincialisation du savoir produit en Europe et en Amérique du Nord.

Dans The Colonial Present publié en 2004, Derek Gregory, aborde la « guerre à la terreur » comme une série d’histoires spatiales qui se déroulent ailleurs. Il prend l’exemple de l’Afghanistan comme site de conflit entre le Royaume-Uni et la Russie au XIXème siècle et XXème siècle, entre l’Union Soviétique et les États-Unis de 1979 à 1989 et comme le site de la guerre à la terreur après 11 Septembre.

Espaces (post)coloniaux[modifier | modifier le wikicode]

Dans Edge of Empire: Postcolonialism and the City publié en 1996, Jacobs s’intéresse à la déconstruction des binaires et commence à critiquer la représentation de l’impérialisme. Son argument est lié à la variabilité interne de l’impérialisme. La logique évolutionniste qui légitimait le colonialisme et hiérarchisait les peuples du monde en produisant des classifications radicalisées. La colonisation pourrait induire la destruction massive des sociétés existantes (voulu en Australie) ou maintenir la société indigène
 « intacte » mais réorientée (voulu en Inde). Il y a des différences au sein même d’un système de catégorisation impériale comme, par exemple, des idéologies et des moralités en concurrence par rapport à Terra nullius en Australie.

« Le résultat final, la ‘domination impériale’, résultait d’une multiplicité de rencontres, dont l’oppression pure est simple, mais aussi ‘la sympathie et l’adaptation’, aussi bien que ‘l’antagonisme, le ressentiment et la résistance’ »

— Said 1993, 47, dans Jacobs, p. 103

Selon Jacobs, l’impérialisme de l’espace est la concrétisation de géographies imaginaires du désir par la subordination politique, la dépendance économique, des formes architecturales imposées et la transformation des paysages. La cartographie (et baptême de lieux) est que les cartes font partie des impératifs territoriaux d’un système politique particulier, notamment celui de l’impérialisme. La production des villes se fait à travers un transfert de styles architecturaux européens et de pratiques d’aménagement dans le cadre du projet de domination impériale. Ce sont des lieux importants pour le transfert d’une culture capitaliste moderne aux mondes nouveaux. Cependant, Jacobs souligne que « l’utilisation des territoires périphériques pour la production primaire et l’extraction de ressources facilitait, impliquait même, la croissance de centres urbains industrialisés et équipés commercialement au cœur de l’empire ».

Où trouver le postcolonial ? Des structures de néo-colonialisme ont constitué un préalable aux mouvements de décolonisation. Les groupes diasporiques, les citoyens de nations nouvellement indépendantes et des populations indigènes sont toujours confrontés à la puissance de formations néocoloniales. Certains pays sont aussi autant « métropolitain » que « postcoloniaux » comme c’est le cas de l’Australie, du Canada ou encore de l’Irlande.

La géographie politique du « land grabbing »[modifier | modifier le wikicode]

Cette géographie est liée aux approches postcoloniales même si elles sont peu apparentes dans l’analyse de cette tendance. Néanmoins, c’est un phénomène souvent cité comme illustration de l’impérialisme ou néocolonialisme. C’est un exemple qui montre que le postcolonial dans signification temporelle ne doit pas se comprendre comme dimension temporelle forte. C’est aussi un exemple qui montre qu’en principe, la géographie politique pourrait s’adresser à des phénomènes contemporains et matériels, non seulement à l’histoire critique et des représentations.

Impact of projected food price increases on trade balances.jpg

Le contexte du land grabbing est le contexte de la crise globale alimentaire de 2007 et 2008 avec de mauvaises récoltes, de la spéculation, un manque de réserves tout comme une envolée de prix créant une instabilité politique et économique avec de fortes mobilisations créant de l’instabilité politique et économique. Il y a aussi la crise globale financière 200 avec la crise de liquidité, la crise immobilière et la crise de l’euro.

La sécurité alimentaire renvoi à l’achat de terres agricoles par des pays dépendant sur des importations de nourriture comme, par exemple, l’Arabie Saoudite, le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée, la Libye, l’Égypte en Ouganda, en Somalie, au Brésil, au Cambodge, au Soudan, au Pakistan ou encore au Kazakhstan. Avec la crise alimentaire, des bénéfices peuvent être tirés des rendements financiers créant de l’instabilité financière avec des investissements dans les terres par des entreprises d’investissement, des fonds de capital-investissement, mais encore des négociants en grains. Grain montre que c’est un contrôle privé avec complicité publique : « Did someone say colonialism was a thing of the past ».

La Chine assure les besoins de 40 % de la population avec 9 % des terres agricoles et dispose de 1800 milliards de dollars en réserves de devises. C’est une politique d’investissement « Go Abroad » avec l’achat ou la location de terres au Kazakhstan, au Queensland et au Mozambique, mais aussi Philippines pour cultiver du riz, du soja, du maïs et produire des biocarburants.

Les États du Golfe manquent de terres agricoles et d’eau, mais ont en abondance du pétrole. Ce sont des États ayant une forte vulnérabilité aux crises alimentaires et financières et qui disposent d’une population de travailleurs migrants à bas salaire assurant une stabilité politique. La stratégie collective du Gulf Cooperation Council est d’externaliser la production alimentaire par l’achat et des food-for-energy swaps dans d’autres pays islamiques.

Il y a une variabilité interne qui montre à repenser des binaires classiques. Les gouvernements ont perdu confiance dans le marché, seul le contrôle direct des terres peut assurer l’accès aux produits alimentaires et l’élimination d’intermédiaires baisse les prix. Des ouvriers, des familles et des communautés locales perdront leur accès aux terres pour leurs propres productions alimentaires – perte de la « souveraineté alimentaire ». L’investissement dans l’agriculture (« hors de la portée de l’impérialisme ») est un atout, mais il faut restructurer les secteurs agricoles en termes de consolidation et d’exportation.

Résumé[modifier | modifier le wikicode]

Pendant qu’on peut définir le colonialisme comme articulation spécifique de l’impérialisme, une perspective chronologique pose des problèmes avec ce qui est « post- » ou « néo- ». Les études postcoloniales et impériales démontrent la nature problématique des binaires comme « centre – périphérie », « soi – autre », « premier monde – Tiers-Monde » et « Nord – Sud », et avancent à leurs places des tropes tels que l’« hybridité », « diaspora », « créolisation », « transculturation », « frontière ». La géographie politique a à peine débuté à intégrer des perspectives postcoloniales et impériales et y domine les approches d’histoire critique du colonialisme par le biais des représentations.

Selon la critique de Jacobs, il existe des importantes variabilités internes à l’impérialisme, pour elle, « la domination impériale résultait d’une multiplicité de rencontres » Le « land grabbing » est une illustration contemporaine de pratiques (post)coloniales et (néo)impérialistes.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]