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Aux origines de la Société des Nations

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Le XIXème siècle est appelé le « long XIXème siècle ». Ce siècle est marqué par de nombreux éléments qui peuvent le caractériser de la manière suivante. Il y a un affrontement idéologique entre libéralisme, le conservatisme et le socialisme aboutissant en 1917 à la Révolution d’octobre qui va jouer un rôle important au sein de la Société des Nations concernant l’Union soviétique. Il y a l’adoption de l’idée de l’État de droit et de l’établissement d’un devoir étatique basé sur des lois et de constitutions de plus en plus développées qui commencent aussi à protéger la vie privée. Le XIXème siècle est un siècle fortement marqué par le processus d’industrialisation. L’apparition des nouvelles structures au niveau économique va mener à la l’émergence de la lutte de classe, à la consommation et à la mobilité sociale. Le XIXème siècle est aussi marqué par un processus de démocratisation et de parlementarisation comme en Grande-Bretagne. Il y a un fort mouvement vers la démocratisation qui est un processus à la base touchant seulement les hommes dans cette période. La formation scolaire devient obligatoire et de nouvelles couches sociales sont intégrées dans le système politique. Le XIXème siècle est aussi marqué par une globalisation des communications avec l’invention de la télégraphie et la construction d’un réseau mondial télégraphique. Cela amène à une dominance européenne sur ce monde marqué par le colonialisme. La rivalité entre les États va croissante qui n’est pas forcément conçu comme guerre. Le XIXème siècle est le siècle des sciences aussi avec l’invention de produit national brut qui permet de faire des comparaisons dans le cadre d’une compétition.

Ce sont des éléments nouveaux parce que l’État qui se conçoit comme État-nation à plus de légitimation non plus à travers la grâce de dieu, c’est une nouvelle conception de la nation. Les grands empires comme l’Autriche-Hongrie, mais aussi l’Empire allemand avaient beaucoup de minorités, l’Empire ottoman, mais aussi l’Empire russe contenaient beaucoup de peuples différents. Le réveil du nationalisme et des nations amène une explosivité énorme sur le développement qui va se retrouver dans la deuxième moitié de la Première guerre mondiale avec une implosion des grands empires mis en cause par la force disruptive du réveil de ces petites nations. Les chercheurs parlent du réveil des petits peuples en particulier Miroslav Hroch qui voit trois phases séparées pour la création d’une nation dans le contexte du nationalisme du XIXème siècle : la création d’une nation du point de vue de la culture qui est la phase du réveil intellectuel des nations à savoir les historiens qui inventent un passé souvent imaginaire afin de créer une identité à un groupe culturel et linguistique [1], phase d’agitation politique [2] et la création d’une nation comme entité politique [3]. Le peuple va internationaliser la notion de nation à travers l’école, mais aussi à travers des institutions comme l’armée. Aujourd’hui on pourrait ajouter les médias qui amènent à une homogénéisation des langues. La notion du nationalisme dans cette vision double de la création du concept même d’une nation qui se base sur l’idée de l’État national qui est un État homogène à l’intérieur et en concurrence vers l’externe amenant à la course pour les colonies comme pour le commerce. Les sciences historiques parlent pour ce XIXème siècle d’un siècle de la modernisation.

De grands changements se trouvent au sein de la société, mais aussi touchent la communauté des États. À côté du concert européen qui s’établit comme une gouvernance globale, il y d’autres éléments qui s’établissent. La phase de 1815 à 1923 est une phase répressive où les grandes puissances concisément une restauration des régimes renversés au terme de la Révolution française, de 1823 à 1848 il y a une phase pragmatique et de 1848 à 1914, il y a des révolutions libérales. Le concept de la « terra nullius » est une doctrine européenne qui va ouvrir la porte aux puissances européennes pour l’établissement d’un gouvernenent européen pratiquement dans tout le monde.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle se constitue un nouvel institutionnalisme gouvernemental. Ce mouvement parallèle installe une coopération entre les États. C’est un paradigme à côté du paradigme traditionnel. Dans la plus grande partie des cas, il s’agit de zones d’ombre semi-officielles entre activités officielles et privées. Il y a aussi des interférences dans ces différents secteurs. Les recherches de Madeleine Herren montrent que la séparation typique pour la science-politique ne marche pas pour le XIXème siècle.

Le nouvel internationalisme a créé un politique extérieur moderne. Jusqu’à là, la politique extérieure était la politique des rois qui faisaient des guerres pour rendre leur empire plus grand. Ce nouvel internationalisme reflète un nouveau processus moderne qui va s’imposer de manière claire au XXème siècle avec la création de la Société des Nations. Ce mouvement n’était pas seulement lié au mouvement libéral, mais il était aussi attaché à tous les autres champs politiques, non seulement au libéralisme, mais aussi au conservatisme et au socialisme. L’affirmation que l’internationalisme n’est pas seulement lié à la force libérale est très importante parce qu’il va y avoir entre les deux guerres un mouvement internationaliste sous le contrôle des fascismes et de l’international socialiste. Ces pays vont essayer d’établir des réseaux en concurrence directe avec le réseau de la Société des Nations. Pour la période entre les deux guerres, il y a un système international marqué au moins par trois galaxies différentes. En 1946, l’ONU sera capable d’attirer tous ces différents univers et de les mettre au centre du réseau des organisations spécialisées des Nations Unies. Dans la période de l’entre-deux-guerres, il y aura un vieux système des relations internationales qui va rester en dehors de la Société des Nations notamment parce que les États-Unis ne vont pas y adhérer.

Au XIXème siècle, il y a un nouveau développement, mais en même temps que l’idée de la nation et du nationalisme reste très fort déterminant le développement des relations internationales avec la Première guerre mondiale. Il faut comprendre que les idées de l’internationalisme n’étaient pas que des idées intellectuelles pacifiques et cosmopolites. On a souvent tendance à interpréter ces idées comme des idées de philosophes contraires aux nationalismes avec par exemple l’idée de paix universelle. Il est vrai qu’il y a un discours très marqué et très fort, mais relevant d’intérêts très puissants comme l’expression d’un capitalisme qui avait besoin de créer de nouvelles règles et de nouveaux standards. Il y a des racines différentes pour un phénomène qui selon l’optique utilisée, mais au premier plan des éléments différents.

Précurseurs de la Société des Nations[edit | edit source]

Il est possible de distinguer plus ou moins quatre lignes de développement : il y a des idées fédératives, le concert européen, le développement des conférences et des congrès internationaux, la coopération technique et ce qui va se mettre en route comme le mouvement pacifiste.

Les idées fédératives[edit | edit source]

Il y a plusieurs racines intellectuelles qui se sont développées pour une organisation pacifique du monde. Il y a une longue tradition philosophique liée à l’idée de la paix. L’un des exemples les plus connus est Montesquieu avec son ouvrage « De l’esprit des lois » publié à Genève en 1748, développe l’idée d’une paix universelle.

John Bellers était un quaker, pacifiste religieux de profession protestante qui a développé plusieurs idées intéressantes et progressistes au cours du XVIIIème siècle. Entre tous ces plans qu’il lance dans son activisme, il lance aussi en 1710 l’idée de diviser l’Europe en cent cantons. L’idée est de garder les frontières étatiques de l’époque à savoir garder les grands empires avec le concept de légitimité, mais de chercher à partager ces grands empires dans des cantons afin de créer la Nouvelle Europe devant être conçue de façon « juste » et « correcte » basée sur des critères objectifs. Cela soulève de nombreuses problématiques, car la réalité du terrain est plus complexe.

Chez Bellers, il y aurait aussi un parlement européen où chaque canton enverrait un délégué dans ce parlement européen. Bellers est aussi le premier penseur dont on a des sources écrites qui demandent la création d’une troupe militaire internationale.

Kant appelait dans ses textes l’humanité à la création d’une confédération mondiale basée sur les trois principes de la démocratie, de l’État de droit et du libre-échange en 1795 dans l’ouvrage Vers la paix perpétuelle. Kant définit des principes destinés à créer les conditions d’une paix perpétuelle. Il cherche à créer quelque chose de plus stable qu’une simple cessation des hostilités. La paix perpétuelle est liée à l’idée d’état de nature qui doit régner entre les États. Kant distingue six conditions :

  • Nul traité de paix ne peut être considéré comme tel, si l’on s’y réserve secrètement quelque sujet de recommencer la guerre.
  • Aucun État indépendant (petit ou grand, cela ne fait rien ici) ne peut être acquis par un autre, par voie d’héritage, d’échange, d’achat ou de donation.
  • Les armées permanentes (miles perpetuus) doivent entièrement disparaître avec le temps.
  • On ne doit point contracter de dettes nationales en vue des intérêts extérieurs de l’État.
  • Aucun État ne doit s’immiscer de force dans la constitution et le gouvernement d’un autre État.
  • Nul État ne doit se permettre, dans une guerre avec un autre, des hostilités qui rendraient impossible, au retour de la paix, la confiance réciproque, comme, par exemple, l’emploi d’assassins (percussores), d’empoisonneurs (venefici), la violation d’une capitulation, l’excitation à la trahison (per-duellio) dans l’État auquel il fait la guerre, etc.

La guerre continue à être un élément légitime, mais cette guerre doit être réglée. Kant définit aussi le terme de « jus cosmopolitico » qui est une loi cosmopolite conçue comme principe afin de protéger les peuples contre la guerre. Cette idée du droit cosmopolite se base sur le principe moral d’une hospitalité universelle. La surface de la Terre, dans la vision de Kant, appartient en commun à la race humaine. Dans ce contexte, il y a une constitution cosmopolite universelle qui est un droit universel. Cela est important parce que le droit à cette époque était encore partagé entre très peu d’entités. Il y avait plusieurs autorités qui pouvaient exercer faisant qu’il n’y a pas d’homogénéité entre espace politique et espace royal. Il y a le concept qui se verbalise qui est celui de l’internationalisme cosmopolite qui est une vision cosmopolite universelle d’une humanité en paix. Il est intéressant de noter que les recherches de Craig Murphy et de Madeleine Herren reprenant le discours lié à l’internationalisme cosmopolite mais pour d’autres raisons. Chez Kant, le terme de « Völkerbund » est utilisé dans son ouvrage Vers la paix perpétuelle. C’est le premier pilier et la première perspective.

Le concert européen[edit | edit source]

The national boundaries within Europe as set by the Congress of Vienna, 1815.

Le concert européen est une idée d’une pacification des relations internationales. Il est vrai que l’idée, les plans et les motivations pour une pacification des relations internationales sont présents dans la pensée philosophique à partir du Moyen-Âge. Ce qui va se mettre en route comme concert européen est déjà conçu comme une assemblée de chefs d’État et de rois qui se retrouvent régulièrement afin de régler la politique internationale entre différentes nations et royaumes. Dans le Saint Empire romain germanique, il y a avait le concept du prince électeur. C’était l’idée qu’on tolérait sept princes allemands qui avaient le privilège d’élire le roi du Saint Empire romain germanique pour le faire empereur. Du point de vue embryonnaire, il y a quelque chose où on cherchait à régler et fixer les relations internationales. Ce système est réglé dans la Bulle d’or de 1356 qui établit un système où l’empereur était élu à la majorité des princes électeurs. Dans l’idée même du concert des nations, il y a une idée comme étant interprétée comme un facteur de la course au colonialisme et un facteur de la Première Guerre mondiale tout en apportant d’éléments qui permettent de concevoir une potentielle Société des Nations soit amener une diplomatie multilatérale.

Conférences et congrès internationaux et la coopération technique[edit | edit source]

Les conférences et les congrès posent une nouvelle dimension à la coopération technique. Au XIXème siècle s’établit un internationalisme gouvernemental réglant de nouvelles questions et établissant de nouvelles formes de coopération dans de nouveaux champs thématiques. Même s’il a des zones d’ombre entre domaine gouvernemental et non-gouvernemental, il faut retenir que ce développement amène à un élargissement de la conception même de ce qu’on doit régler du point de vue de la société internationale. Il y a une véritable explosion au niveau des rencontres internationales.

Entre 1815 et 1833, l’Association pour la navigation sur le Rhin va réguler la navigation sur le Rhin. Vont apparaître à partir des années 1860 les unions internationales avec l’Union internationale de la télégraphie en 1864, l’Union postale universelle en 1879, le Bureau international sanitaire en 1890, le Bureau international d’hygiène en 1904. Le champ de la santé est un champ intéressant afin de voir l’établissement d’un réseau international parallèle puisqu’il y aura un développement dans ce bureau avec des activités à long terme au sein de la Société des Nations, mais aussi en dehors. En 1870 est établi le système métrique qui soulève la question de l’établissement des standards comme primordial pour l’économie et l’industrie qui veulent exporter leurs productions.

Le mouvement pacifique[edit | edit source]

Il y a, après les guerres napoléoniennes, qui furent des guerres avec de nouvelles dimensions notamment par l’idée de la levée en masse et menant à la chute de Napoléon ayant pour conséquence, la création d’associations pacifiques européennes. C’est au niveau des couches bourgeoises qui vont émerger la pensée pacifiste qui met en premier plan les droits de l’homme, mais aussi le développement social et la question de l’abolition de l’esclavage. Ce mouvement est tout le temps lié à des motivations religieuses et éthiques. C’est une morale chrétienne de l’Europe continentale anglo-saxonne plutôt que les idées de la Révolution française. En 1815 es fondé l’American peace society qui est une association contre le service militaire, en 1816 au Royaume-Uni est fondé la London peace society, en 1830 à Genève est fondé la Société de la paix de Genève.

Jean-Jacques de Sellon.

En Suisse, le pacifisme a une longue tradition et pour la tradition qui peut se distinguer en trois courants :

  • Jean-Jacques de Sellon crée en 1830 la Société de la paix de Genève. Est créé un lien entre l’éducation du citoyen et les droits humains fondamentaux sans remettre en cause l’intégrité nationale ;
  • Le congrès de la paix de 1867 voit la création de la Ligue de la paix et de la liberté. Cette branche voit le pacifique comme moins religieux et plus lié au droit.
  • l’Association internationale des travailleurs est une organisation socialiste qui se veut pacifiste et internationaliste. Ce pacifisme a aussi des tendances anarchistes, mais cette tendance.

C’est plutôt dans le milieu bourgeois que se forme une élite par des professeurs, journalistes, avocats ou encore des francs-maçons. Ce sont ces hommes qui vont donner des institutions au pacifisme. En 1891 est créé le Bureau international de la paix ayant pour siège Berne. À partir de 1924, le Bureau international de la paix est installé à Genève. En 1892, est fondé l’Union interparlementaire qui est une institution qui cherche le contact entre les différents parlementaires des différents pays créés dans le cadre de l’internationalisme bernois, mais qui sera établit en 1921 à Genève soulignant l’importance du choix de Genève comme lieu pour la Société des Nations. Des pasteurs voient à l’origine un pacifisme chrétien comme le théologien Ragazze d’orientation socialiste chrétienne qui développe ce contexte du pacifisme social au pacifisme chrétien.

Cela amène à l’établissement des congrès internationaux liés à l’établissement du pacifisme comme en 1843 à Londres, en 1848 à Bruxelles, en 1849 à Paris ou encore en 1860 à Francfort. Ces congrès commencent à faire des liens entre les différents mouvements dans les différents pays mettant à l’ordre du jour des questions qui n’étaient pas jusqu’à là discutées du point de vue international. Il y a comme but de ces congrès pacifistes le but de codifier un droit international, d’un droit des peuples et la création de nouveaux instruments liés à l’arbitrage international afin d’éviter qu’il y ait une guerre même si la guerre continue à rester un moyen légitime comme étant la continuation de la politique par d’autres moyens. Le but de ces organisations pacifistes est d’établir des règles pour éviter qu’il y ait un conflit armé. En 1891, il y a le troisième congrès mondial pour la paix qui va mener à la création du Bureau international pour la paix ayant pour mission de créer et d’organisation des futurs congrès sur la paix. C’est un processus qui chercher à créer des institutions afin de pouvoir continuer au niveau international à garder un agenda afin de régler ces questions. Henri Dunant est l’un des membres éminents de ce congrès qui va fonder plus tard la Croix Rouge.

The First International Peace Conference in 1899

La conférence de 1892 de La Haye appelée aussi Conférence internationale pour la paix est organisée à l’initiative du Tsar Nicolaï II. Ce sont des développements lancés par la société civile, mais pour trouver une certaine légitimité, il faut essayer d’engager une autorité supérieure. Cette conférence a fait avancer le droit international humanitaire menant à la création de la Cour permanente de la cour d’arbitrage de La Haye. Parmi les différents traités adoptés figure la Convention concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. Une seconde conférence internationale de la paix a lieu à La Haye en 1907. Les deux conférences de la paix de 1892 et de 1907 à La Haye sont très importantes pour l’histoire des relations internationales parce que c’est la première fois que des plans pour le maintien de la paix au niveau internationale sont mis en place et concrétisés. L’un des points centraux est la question de la réduction des armements. En 1907, la plupart des États du monde ont pris part à cette conférence. Le point principal est de régler la guerre terrestre et en particulier la protection des forces civiles et des forces armées ayant déposé les armes. Il y a eu une convention interdisant le recours aux poisons et aux armes toxiques qui ne sera pas respecté durant la Première Guerre mondiale. Ces conférences règlent la question de la neutralité en temps de guerre.

Art. 1

En vue de prévenir autant que possible le recours à la force dans les rapports entre les États, les Puissances contractantes conviennent d’employer tous leurs efforts pour assurer le règlement pacifique des différends internationaux.

Art. 2

En cas de dissentiment grave ou de conflit, avant d’en appeler aux armes, les Puissances contractantes conviennent d’avoir recours, en tant que les circonstances le permettront, aux bons offices ou à la médiation d’une ou de plusieurs Puissances amies.

Art. 9 Dans les litiges d’ordre international n’engageant ni l’honneur ni des intérêts essentiels et provenant d’une divergence d’appréciation sur des points de fait, les Puissances contractantes jugent utile et désirable que les Parties qui n’auraient pu se mettre d’accord par les voies diplomatiques instituent, en tant que les circonstances le permettront, une Commission internationale d’enquête chargée de faciliter la solution de ces litiges en éclaircissant, par un examen impartial et consciencieux, les questions de fait.

Il y a une volonté d’éviter les guerres par le moyen des bons offices, mais on voit aussi que cette convention n’interdit pas l’usage de la guerre. Sont établit de principes forts, mais qui vont être suivis de compromis.

Art. 10

Les Commissions internationales d’enquête sont constituées par convention spéciale entre les Parties en litige. La convention d’enquête précise les faits à examiner, elle détermine le mode et le délai de formation de la Commission et l’étendue des pouvoirs des commissaires.

Art. 37

L’arbitrage international a pour objet le règlement de litiges entre les États par des juges de leur choix et sur la base du respect du droit. Le recours à l’arbitrage implique l’engagement de se soumettre de bonne foi à la sentence.

Art. 38

Dans les questions d’ordre juridique, et en premier lieu, dans les questions d’interprétation ou d’application des Conventions internationales, l’arbitrage est reconnu par les Puissances contractantes comme le moyen le plus efficace et en même temps le plus équitable de régler les litiges qui n’ont pas été résolus par les voies diplomatiques. En conséquence, il serait désirable que, dans les litiges sur les questions susmentionnées, les Puissances contractantes eussent, le cas échéant, recours à l’arbitrage, en tant que les circonstances le permettraient.

Il y a l’essai de mettre en route des mécanismes afin d’éviter la guerre.

Art. 41

Dans le but de faciliter le recours immédiat à l’arbitrage pour les différends internationaux qui n’ont pu être réglés par la voie diplomatique, les Puissances contractantes s’engagent à maintenir, tel qu’elle a été établie par la Première Conférence de la Paix, la Cour permanente d’arbitrage, accessible en tout temps et fonctionnant, sauf stipulation

contraire des Parties, conformément aux règles de procédure insérées dans la présente Convention.

Art. 42

La Cour permanente est compétente pour tous les cas d’arbitrage, à moins qu’il n’y ait entente entre les Parties pour l’établissement d’une juridiction spéciale.


L’article 41 établit une Cour d’arbitrage et l’article 24 vient compléter l’institution de l’arbitrage.

La Première guerre mondiale comme mère de la Société des Nations[edit | edit source]

La Première Guerre mondiale qui est un prélude la chute des empires multiethniques a montré au monde l’impossibilité de faire perdurer un système de rivalité et de domination sans lois. Les horreurs de la guerre ont montré la nécessité d’établir un nouvel ordre mondial international basé sur le droit international, sur l’égalité souveraine des États et sur le droit des peuples à l’autodétermination. Néanmoins, l’impérialisme n’a pas entièrement quitté la mentalité et la réalité des relations internationales et se manifeste dans l’ordre nouveau de la Société de Nations et même dans les Nations Unies après la Deuxième Guerre mondiale. Cela montre le compromis entre idées abstraites et la réalité. La Première Guerre mondiale est l’évènement inaugural du XXème siècle qui est un concept que l’on retrouve dans les sciences historiques.

Les empires Occidentaux tels qu’ils étaient en 1910.

Les causes de la Première Guerre mondiale reposent dans des questions structurelles du XIXème siècle. Les éléments principaux pour le déclenchement de la Première Guerre mondiale sont surement le nationalisme qui fonctionne au sein des États pluriethniques d’une manière disruptive. D’un côté des États nationaux tombent du nationalisme à l’homogénéité en excluant les minorités. L’État national est un concept nouveau basé sur des critères comme la langue et la culture veut et a une tendance à être homogène excluant systématiquement les minorités. Les minorités nationales gardent une conscience de leur valeur et cherchent à obtenir leur État.

L’impérialisme est la concurrence entre les États européens avec la ruée vers l’Afrique. La construction des flottes de combats permet cette conquête. Une fois que le monde a été partagé, cela devient difficile d’avoir un potentiel d’extension. La place qu’il n’y a plus pour la course aux colonies fait retourner la crise dans l’Europe.

L’industrialisation engendre des tensions entre travailleurs et bourgeoisies qui prennent de l’ampleur. Les travailleurs vont fonder leur propre parti socialiste qui s’affirme progressivement avec l’acquisition du droit de vote. De nouvelles classes sociales peuvent prendre de l’influence en politique. En 1912, le parti social-démocrate allemand était le plus fort au Reichstag. L’orientation internationale que prenait le socialisme fut considérée par la bourgeoisie comme une menace.

Parallèlement au plan militaire déjà préparé et au système d’alliance, il y a une extrême tension qui se crée. L’élément déclencheur fut l’attentat de Sarajevo et l’incapacité des grandes puissances a maitrisé la Crise de juillet. La situation de 1914 est que la tragédie de l’Europe était due au développement technique de l’Europe. Ce développement technique a conduit au fait que cette guerre européenne puisse détruire le continent avec un armement jamais vu. La seule manière de sortir de cette situation était de trouver des réponses politiques. C’est là qu’on trouve les idées pour la Société des Nations, mais la guerre reste un instrument légitime pour la politique. Un autre élément disruptif est la situation ethnique en Europe qui était extrêmement complexe avant la guerre. Les grands empires sont ethniquement et linguistiquement mélangés. Par exemple, en Allemagne, on trouve de nombreuses minorités slaves et polonaises. Le concept d’autodétermination des peuples est un concept explosif qui va avoir de lourdes conséquences sur l’Europe.

Stormtroopers Advancing Under Gas, etching and aquatint by Otto Dix, 1924

Le cataclysme de la Première Guerre mondiale a débuté en 1914 avec une certaine légèreté. Il y avait une grande ferveur pour la guerre. La perception était que la guerre était une manière afin de résoudre la crise présente depuis 1900. En août 1914, ce sont des volontaires pensant partir pour une guerre courte. La guerre va être une guerre immobile, de tranchées et d’épuisement différent de ce qu’il était possible d’imaginer. Le gaz va être utilisé comme nouvelle arme mortelle. La stratégie du blocus est une guerre économique visant à épuiser les civils. De nouvelles technologies comme le sous-marin vont étendre les champs de bataille. Pour comprendre cette mentalité qui va peser sur l’Europe et sur le monde, il est possible d’essayer de le comprendre à travers l’histoire de l’art. En 1914, l’artiste Otto Dix s’engage dans l’artillerie allemande. L’année suivante, il devient mitrailleur et participe à de nombreuses campagnes militaires dont il sortira vivant. De ses images d’horreur, il va en faire des tableaux. La guerre va éclipser tout ce qui été connu jusqu’à présent dans l’histoire et qui est une rupture totale avec le développement du XIXème siècle.

La guerre totale se pratique non seulement par les moyens militaires, mais aussi avec les armes de l’économie, mais aussi de la société. Toute la société était tournée vers la guerre. Cette guerre est véritablement mondiale avec des champs de bataille sur tous les continents. Il s’agit une guerre de l’ère industrielle avec une efficacité énorme de l’industrie et de la recherche complètement mise à la disposition de cette guerre. Le front intérieur est un but légitime. Les armées ne sont pas seulement dans le cadre classique, la société civile devenant un but légitime. La frontière entre le domaine militaire et le domaine civil comme énoncé dans la convention de La Haye de 1907 va presque complètement disparaître. C’est une guerre de tranchées à laquelle les généraux et les officiers n’étaient pas préparés menant à des massacres. Il est possible de parler de guerre d’usure. Avec les nouveaux armements, il était possible de tuer de manière industrielle. La guerre a eu des effets dévastateurs sur les sociétés concernées avec 10 millions de soldats morts, la génération féconde va pratiquement disparaître avec un fort déficit de naissance qui engendre une distorsion structurelle. Un grand nombre des soldats rapatriés étaient blessés ou traumatisés. Cette guerre amenée à des coûts économiques énormes et à des destructions qui vont déterminer de marnière significative les négociations lors de la paix de Paris.

La naissance de la Société des Nations[edit | edit source]

Aux États-Unis se met en place la League to Enforce Peace qui est une organisation fondée en 1915 pour la promotion explicite de la création d’une organisation internationale pour la paix mondiale. La League to Enforce Peace est fondée par des citoyens américains concernés par la guerre en Europe. Le premier président est William Taft qui était l’ancien président des États-Unis. Le congrès fondateur propose un traité international pour que les participants usent ensemble de leur force économique et militaire pour chacun des membres entrant en guerre ou perpétuant des actes d’hostilité. Il y a l’idée concrète d’avoir des instruments fort pour empêcher les guerres soit une alliance entre pays afin d’éviter avec la force qu’il soit possible de déclencher des guerres. Ce principe va trouver son application avec les Casques bleus après la Deuxième Guerre mondiale. En Grande-Bretagne, on trouve la League of Nations Association a pour but la création d’une Société des Nations.

Dickinson était un historien britannique et militant politique. Après le début de la guerre, Dickinson avait esquissé un projet pour une Société des Nations élaborant les idées qui vont fonder cette institution jouant un rôle moteur avec des intellectuels pacifistes. Cette association va jouer un rôle primordial pour la création de la Société des Nations. Le moyen a disposition était la propagande à travers la publication de brochures notamment avec la revue « 'The International Anarchy ». Hobson était un journaliste et essayiste britannique et fervent critique de l’impérialisme britannique. Avec Dickinson, Hobson va élaborer la première idée de la Société des Nations avec des concepts concrets dans « 'Towards International government ». Bientôt, on voit aussi que cela va être impossible de créer une guerre perpétuelle et une paix internationale si on ne touche pas aux inégalités économiques entre les pays. La paix qui va se mettre en route après la Première Guerre mondiale doit aussi s’interroger sur des questions sociales et économiques.

La guerre était d’une telle envergure faisant que son règlement pacifique devait aussi être de cette taille. Des centaines de diplomates et d’experts vont se rencontrer à Paris pour proposer une paix. Il est possible d’identifier les conditions générales suivantes :

  • l’expérience de la guerre a rendu les populations européennes est mondiales nostalgiques de la paix. C’est une situation différente de 1914 où on trouvait des poètes et philosophes qui avaient envie de la guerre avec la guerre qui était conçue comme une possibilité de changer les choses et de faire de l’ordre dans la vieille construction de l’Europe impérialiste. La guerre était vue comme une force régénératrice qui va être complètement perdue en 1919.
  • la quantité d’acteurs traduit une augmentation drastique des acteurs. Il y a une quantité d’États-nations en Europe centrale et en plus des puissances extraeuropéennes avec les États-Unis qui amènent la contribution la plus importante afin de gagner contre les puissances centrales, mais aussi le Japon qui est une puissance qui n’est pas « blanche » devenant un facteur important dans les relations internationales, mais aussi la Chine et les dominions comme l’Inde. On commence à voir un monde complètement différent de celui connu lorsqu’on avait le concert des puissances européennes.
  • Avec la Révolution d’octobre, la Révolution bolchévique russe, mais aussi la Révolution de novembre en Allemagne, il y a une alternative au système libéral.
  • l’entrée des États-Unis dans la guerre a changé de façon radicale les relations entre puissances dans le champ libéral. Wilson va s’adonner à la mission de la démocratie qui ne peut pas être combattue de façon discursive par les nations européennes, mais qui posent le principe d’autodétermination des peuples. Les débuts de la décolonisation commencent déjà à ce moment à travers le concept d’autodétermination et les Quatorze points de Wilson.
  • les États-Unis et l’Union soviétique sont porteurs d’une forte dimension idéologique. Ce n’est plus l’ancienne question de l’hégémonie politique, mais cela devient de plus en plus une question de dimension idéologique. Elle va marquer la période de l’entre-deux-guerres et l’après-Deuxième guerre mondiale avec la guerre froide.
  • avec la fin de la guerre, il y a dans de nombreux États un processus de démocratisation. Il y a un élargissement du suffrage masculin et des débuts du suffrage féminin comme en Allemagne. Pendant la guerre, les politiciens avaient fait toute sorte de promesses surtout envers la classe sociale des travailleurs. Pour obtenir le soutien de certaines classes sociales, il fallait promettre durant la guerre certaines concessions.

Des associations et des intellectuels avaient commencés à élaborer des idées menant à l’organisation et à une nouvelle manière de concevoir les relations internationales. Le rôle de Wilson et tout à fait central dans ce contexte. Wilson a su au bon moment prendre les idées qui étaient en route. Grâce à son poids énorme et grâce à sa figure, il les a condensés et incarnés dans un projet concret. Pour Wilson, la création de la Société des Nations était fondamentale.

Bushnell cartoon about Kaiser Wilhelm considering Wilson's 14-point plan

Nicolson, lors de la conférence de la paix, disait que Wilson était convaincu que la Société des Nations était sa propre révélation et ses remèdes pour tous les problèmes de l’humanité. Afin de régler pacifiquement les conflits, Wilson avait créé les quatorze points. Les Quatorze points sont formulés dans un moment où la guerre n’est pas encore terminée :

  • « paix juste et sans annexions, mais avec des rectifications de frontières »
  • « fin de la diplomatie secrète » : c’est une rupture avec les traditions diplomatiques et les pratiques mises en route par le concert des puissances européennes. Lénine avait aussi déclaré la fin de la diplomatie secrète.
  • « liberté des mers » : créer la possibilité du commerce.
  • « open door », « égalité commerciale ».
  • « désarmement général ».
  • « autodétermination des peuples ».
  • « création d’une SDN pour garantir l’indépendance et les frontières des États ».

Les points précis :

  • « Arrangement de la question coloniale en tenant compte des vœux des peuples concernés ».
  • « évacuation de tous les territoires occupés par les puissances centrales ».
  • « retour d’Alsace-Lorraine ».
  • « libre accès à la mer pour la Pologne, libre État polonais ».
  • « autonomie des peuples non-turcs de l’Empire ottoman ».
  • « libre accès à la mer pour la Serbie ».
  • « rectification des frontières italiennes ».
  • « restauration de la Belgique libre ».
  • « libre choix de gouvernement pour le peuple russe ».
  • « autonomie des peuples d’Autriche-Hongrie ».

Les Quatorze points sont élaborés dans un moment où les alliés n’ont pas gagné la guerre, tandis que Lénine avance aussi un certain nombre de points proclamés. Wilson va devenir dans tous les peuples d’Europe centrale qui veulent obtenir l’autodétermination un héro. Avec de telles attentes, les résultats vont créer des frustrations. De plus, la France et la Grande-Bretagne vont rester sur des positions plus classiques notamment vis-à-vis de l’Allemagne.

Wilson amène une dimension idéologique qui reprend le programme radical de Lénine, mais arrive à l’intégrer dans le concept américain de New Diplomacy. Dans ce concept, la création de la Société des Nations est centrale. Wilson va rapidement comprendre qu’il est impossible de résoudre la complexité des questions que pose l’Europe. Wilson conçoit le droit à l’autodétermination plus comme une réforme autocratique des empires multiethniques autoritaire et comme une réponse répondant à des critères nationaux et ethniques. D’autre part, dans la création d’une Société de Nations, il y a l’idée d’une égalité des États qui sous-entend une idée démocratique entre les États s’écartant de l’idée de concert européen. Le droit à l’autodétermination signifiait un pouvoir décisionnel démocratique. C’est une différence fondamentale d’avec Lénine et les bolchéviques qui avaient une conception d’autodétermination des peuples liée à un concept territorial et national délimité qui permettait à la conception soviétique le droit de sécession.

Pendant les négociations, Wilson a dû s’écarter fortement des revendications abstraites. Avec la dissolution de la monarchie de Habsbourg, il fut confronté à une situation nouvelle et inattendue. Les règles proposées ne peuvent plus être appliquées.

Aux origines était Versailles[edit | edit source]

Detail from William Orpen's painting The Signing of Peace in the Hall of Mirrors, Versailles, 28th June 1919, showing the signing of the peace treaty by the German Minister of Transport Dr Johannes Bell, opposite to the representatives of the winning powers.

La Conférence de la paix de Paris à durée du 18 janvier 1919, assez tôt après la fin des hostilités, jusqu’au 10 août 1920. L’assemblée plénière de tous les États membres ne siégea que huit fois. Tout le reste des discussions était fait soit dans les comités, le Conseil des dix et plus tard dans le cadre du Conseil des quatre entre la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Italie. Les États vaincus mais aussi l’Union soviétique sont exclus de la conférence participant à la création du Diktat de la paix de Versailles. Plus de soixante commissions sont rassemblées selon le vœu des grandes puissances qui définissent les thèmes à discuter. C’est l’âge d’or des experts. À Paris, il y a une véritable invasion des experts. La délégation britannique est composée de plus de 200 experts, de même pour les États qui vont arriver avec un énorme staff. Il se montre une différence avec les petits États qui ne peuvent pas arriver à Paris avec de nombreux experts. Se pose un problème pratique qui confère aux grandes puissances un avantage.

Les grandes puissances décident quels thèmes seront abordés dans les conférences plénières qui se prennent après avoir obtenu un consensus en elles. Il y a une continuation de la pensée du concert des puissances. Les sujets qui vont être touchés sont les responsabilités de la guerre, la question des indemnisations, mais également la question des ports, des voies d’eaux et des chemins de fer. Il y a aussi des discussions sur les lois internationales, le travail avec le moment des réactions contre les révolutions d’octobre, mais aussi un intérêt à avoir les mêmes règles afin d’éviter qu’il y ait une concurrence déloyale surtout pour la Grande-Bretagne. Il y aussi une discussion plénière pour la création de la Société des Nations. Les questions de grande politique, des frontières, concernant la création de nouveaux États restent centrales. Il y a aussi une persistance des questions classiques territoriales.

La structure de la paix : le remaniement de la carte européenne (1919 - 1920)[edit | edit source]

Carte de l’Europe, selon les clauses du Traité de Versailles (source : http://bv.alloprof.qc.ca/h1097.aspx)

Le système de la paix de Paris a essayé de trouver des solutions pour essayer de remédier aux causes de la Première Guerre mondiale, mais a aussi essayé de proposer des solutions à la dissolution de l’Empire austro-hongrois et de l’Empire ottoman. Dans le premier cas, il y a la création d’États-nations. Les pays qui sortent de l’Empire ottoman ne peuvent pas obtenir leur indépendance, mais sont placés sous un système des mandats sous contrôle de la Société des Nations.

Les questions territoriales ont posé des négociations extrêmement dures même entre les puissances victorieuses. Cette discussion était véritablement controversée parce qu’elle touchait d’une manière fondamentalement différente la manière de voir l’ordre d’après la guerre en Europe. Les plus importants différends qu’il y avait entre les grandes puissances étaient notamment la création d’un État polonais, la question de Dantzig qui va être définie comme ville libre sous contrôle de la Société des Nations. La rectification des frontières concerne aussi la France avec l’Alsace-Lorraine et l’Italie avec le Tyrol méridional, Estrie et l’Istrie avec la ville de Fiume. Va également être créée la Yougoslavie. Toute une série de questions autour des frontières se pose. C’est une situation explosive.

Il y a le problème des minorités nationales. Cette nouvelle définition des frontières européennes est conçue à la base comme un essaie de faire une paix juste se basant sur des critères objectifs amenés à une situation qu’il y a 10 millions d’Allemands qui parlent allemand et qui vivent en dehors de l’État national allemand et il y a 3 millions de Hongrois qui ne font plus partie de la partie hongroise du royaume. La Hongrie subit les plus fortes pertes territoriales à la suite de la paix de Paris. En dehors de l’Europe, il y a la question des anciennes colonies allemandes. Le Togo et le Cameron vont à la France, la Tanzanie à la Grande-Bretagne, la Tanzanie à l’Afrique du Sud et les iles pacifiques au Japon.

Il y a la tendance à voir le 11 novembre 1918 comme la fin de la Première Guerre mondiale, mais aussi comme la fin de tous les conflits. Dans l’imaginaire collectif, il y a l’idée d’un armistice de la fin des hostilités qui s’ouvre sur une période de paix. C’est une vision fausse qui se concentre sur l’Europe orientale.

Toute une série de conflits continue après novembre 1918 comme la guerre gréco-turque de 1919 à 1922. Dans les années 1924, le concert européen établit un État de Grèce indépendant dans le cadre du processus d’émancipation de l’Empire ottoman. Entre 1912 et 1913, la Grèce conquit des territoires supplémentaires qui appartenaient à l’Empire ottoman. En 1917, la Grèce joint l’Entente et le traité de Sèvres lui permet d’obtenir le droit d’administrer certains territoires de l’Empire ottoman comme c’est le cas d’Izmir. Dans la paix de Paris, il y a la conception que toute une série de territoires peut décider dans le futur à travers un vote populaire à quel État il souhaite appartenir. Il y a une forte opposition de la part des Turcs, et sous la conduite de Mustapha Kemal, se développe une guerre de 1919 à 1922 qui va voir les forces turques comme vainqueur et la Turquie va pouvoir en 1923 obtenir avec le traité de Lausanne une révision du traité de Sèvres. Dans le pacte de la Société des Nations étaient stipulées qu’il était possible de réviser la paix décidée. Il y a également un conflit serbo-bulgare. Depuis 1875, il y a une controverse sur les frontières afin d’obtenir un accès direct à la mer. Entre 1919 et 1921, il y a la guerre anglo-irlandaise. Dans ce contexte, il y a aussi la Révolution russe suite à une situation sociale explosive qui court le long du XIXème siècle. La Grande-Bretagne, la France les États-Unis et le Japon font des interventions en Russie afin de sauvegarder la propriété de ses propres citoyens expropriés par la révolution. Il y a toute série d’interventions étrangères pendant la guerre russo-polonaise, un conflit entre la Pologne et la Lituanie. La paix de Riga met fin à la guerre entre la Pologne et la Russie.

À côté de cette guerre qui continue après la fin de la Première Guerre mondiale, il y a toute sorte de tensions dans le cadre de la population intérieure avec la question sociale, celle de la classe ouvrière. Il y a la grande peur des pays occidentaux de la possibilité d’une révolution. Du point de vue de la politique interne, il y a la question du droit des femmes. Pendant les guerres, les femmes avaient repris beaucoup de tâches laissées par les hommes partis en guerre et la promesse de l’émancipation, mais il n’y aura pas de grandes avancées mêmes si l’introduction du droit de vote aux femmes se ferra dans la République de Weimar et dans toute une autre série de pays comme l’Autriche, l’URSS et l’Espagne. Aux États-Unis est soulevé la question du droit des afros- Américains qui va aboutir en 1964 avec le Civil Right.

Le démembrement de l’Empire ottoman en 1920 - atlas-historique.net

Pour comprendre la paix de Paris, il faut ternir compte de la réalité politique. Au Moyen-Orient, la révision du traité de Sèvres va amener au traité de Lausanne avec la dimension impérialiste des choses dans le sens où les anciennes colonies et les territoires vaincus sont mis sous mandat des puissances victorieuses. La Syrie va à la France, la Palestine à la Grande-Bretagne de même que la Jordanie et l’Irak. La question des frontières concerne aussi la Turquie et la Grèce. En 1923 est mis en place le concept et la politique d’échange de population entre la Grèce et la Turquie soit environ 1,5 million de chrétiens d’Anatolie et de la trace orientale qui sont expulsés et doivent aller en Grèce. 500000 musulmans doivent quitter la Grèce et s’installer en Turquie.

Buts et structure de la Société des Nations[edit | edit source]

Les buts de la Société des Nations[edit | edit source]

À partir de Wilson, est abolie la diplomatie secrète et est mise en place l’idée que les questions internationales soient discutées dans une arène publique avec plus de transparence. C’est de même ce que fait Lénine qui propose d’abolir la diplomatie secrète ouvrant les archives des tsars menant à une série de scandales parce qu’il y a toute sorte de traités secrets comme le traité de Londres de 1915 où les puissances de l’Entente achètent l’entrée de l’Italie à leur côté. Il y aussi l’idée du règlement pacifique des différends, mais cela s’était déjà mis en place avec les conférences de La Haye de 1898 et de 1907. Wilson retrouve des difficultés avec la France qui voulaient obtenir un désarmement partiel des États vaincus. Il y a une conception de la sécurité différente entre les États-Unis et la France. Le Premier ministre sud-africain Jan Smuts propose de pousser la coopération internationale étant un fort partisan de la Société des Nations afin de rééquilibrer les rapports avec l’Allemagne. Il y a toute sorte d’intérêts qui vont s’opposer, notamment avec le président Wilson qui veut pousser le libre-échangisme, mais qui va se confronter à un protectionnisme général. La question virulente de l’impérialisme européen se confronte à la conception anticoloniale des États-Unis qui avaient opté pour une forme de colonialisme informel. Les anciennes colonies se sont toujours considérées d’un point de vue discursif comme étant contre la colonie.

Il est important de retenir qu’à Paris se retrouvent des représentants de tout le monde avec de très grandes attentes, des intentions et des plans. Plusieurs de ces pays étaient bien préparés comme les États-Unis qui avaient préparé la conférence avec l’Inquiry.

Le 25 janvier 1919 est fait la proposition de créer la Société des Nations, en anglais la League of Nations et en allemand le Völkerbund. Le 28 avril 1919 est choisi Genève comme siège de la Société des Nations. Ce choix est fait en fonction du rayonnement de Genève au XIXème siècle et la Suisse était considérée comme un territoire neutre aussi d’un point de vue idéologique. Les Belges souhaitaient que ce soit Bruxelles qui devienne le siège de la Société des Nations, d’autre part, Bruxelles était une ville qui abritait de nombreuses organisations internationales. Les Belges voyaient aussi ce choix comme une forme de dédommagement pour la guerre, puisqu’envahie par l’Allemagne même si c’était un pays neutre. Le prédisent Wilson s’est prononcé en faveur de Genève. Au XIXème siècle, c’est à Berne que siègent les Unions internationales et avec la décision de placer le siège de la Société des Nations à Genève, cela change la donne, faisant que Berne joue désormais un rôle secondaire comme capitale internationale de la Suisse.

Structure de la Paix[edit | edit source]

Des consignes générales sont définies comme l’indivisibilité de la paix qui est générale. On ne veut plus faire de paix séparées comme cela était le cas avant, ne pas faire un système d’alliance qui remette en cause la sécurité. À la base de la construction, il y a l’idée d’une solidarité. Les articles 8 et 9 du traité de Versailles vont régler la question des armements, la garantie de l’intégrité territoriale est à l’article 10. À l’article 19 est réglée la possibilité des révisions des décisions prises renvoyant à l’élément démocratique dynamique différent fait des paix statiques faites par le concert des puissances. Dans plusieurs traités va être soulevée l’idée de faire voter la population concernée, de faire voter la population nationale sur leur futur. Le traité de Lausanne de 1923 est une révision négative pour l’Arménie qui n’est plus considérée comme État indépendant. Il y a également dans le pacte l’idée de résoudre les différends de façon pacifique aux articles 12, 15 et 17 qui rend obligatoire le règlement pacifique des différends. Le concept de la sécurité est de la défense collective contre une agression extérieure sont aux articles 10, 15 et 16 qui se veut différents de l’ancien système de pacte et de l’alliance. Le pacte prévoit des sanctions automatiques avec des sanctions économiques, des sanctions militaires avec la possibilité théorique de constitution de troupes de la Société des Nations, et il y a la possibilité d’exclusion de la Société de Nations comme se sera le cas pour l’Union soviétique après son agression contre la Finlande.

La Société des Nations avait pour but principal d’empêcher la guerre. Cette société était conçue comme universelle, plus seulement orientée vers l’Europe comme l’était l’ancien concert des puissances européennes. La résolution qui mit la Société des Nations en place obligeait que la société établie soit « ouverte à toute nation civilisée ». Il y a deux termes extrêmement ambigus. Autant le concept de « civilisation » que de « nation » sont ambigus. Un État doit au moins avoir un gouvernement propre afin d’entrer dans la Société des Nations. Par contre, une souveraineté complète n’était pas nécessaire afin d’être admis dans la Société des Nations comme c’est le cas des dominions britanniques. Être une nation européenne n’était pas une condition préalable à l’appartenance à la Société des Nations. Jusqu’en 1926 étaient exclus les empires centraux, mais aussi l’Union soviétique qui ne fut admise à la Société des Nations que jusqu’à 1934. Les États-Unis ne vont pas ratifier le pacte et donc ne vont pas participer à la Société des Nations se réfugiant sur leur neutralité. L’absence des États-Unis et de l’Union soviétique est décisive pour l’histoire de la Société des Nations ayant des répercussions également sur la création des Nations Unies.

Les principaux organes de la Société des Nations[edit | edit source]

Du point de vue structurel, la Société des Nations est assez comparable à l’ONU d’aujourd’hui avec un conseil avec des membres permanents qui étaient les grandes puissances et des membres non permanents. Il y a avait une assemblée générale, un secrétariat général et une cour de justice. La différence fondamentale est qu’il n’y avait pas de droit de véto au Conseil de la Société des Nations, autrement dit, le droit de véto était valable pour chaque État parce qu’un État valait une voix. Même des États qui n’étaient pas souverains possédaient le même droit de vote à long terme à la Société des Nations. Le principe de la souveraineté était déjà mis à un certain défi.

Le secrétariat général travaillait pour la Société des Nations dans différents secteurs et dans des secteurs politiques très larges. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, les secrétaires généraux étaient issus de la Grande-Bretagne et de la France. Les fonctionnaires étaient de tous les États- membres et avaient l’obligation d’être loyaux à la Société des Nations et non pas à leur État d’origine. Les fonctionnaires n’étaient pas autorisés à subir de pressions de la part de leur État membre et de faire de la propagande. Le système de la Société des Nations était beaucoup plus large qu’une organisation centrale. Il y avait de riches mouvements internationaux avant la guerre intégrée dans la Société des Nations en tant qu’organisation technique. Des organisations restent en dehors de l’univers de la Société des Nations surtout venant de la part des États-Unis. À côté du système de la Société des Nations s’organise un système parallèle. Le système fasciste de Mussolini et le national-socialisme vont essayer d’établir pendant les années 1930 et pendant la Deuxième Guerre mondiale des réseaux en concurrence au système de la Société des Nations. Même un pays comme la Suisse n’avait pas intérêt à ce que la Société des Nations devienne forte. Cela va être différent après la Deuxième Guerre mondiale où des organisations spécialisées sont intégrées à l’ONU.

Pour adhérer à la Société des Nations, la Suisse a procédé à un vote populaire. La Suisse selon la déclaration de Londres s’est réservé le droit de ne pas être contrainte à des sanctions de type militaire. La Suisse entre dans la Société des Nations en tant que pays neutre ne suivant pas les sanctions militaires, mais suivant les sanctions économiques. C’est le concept de neutralité différentielle. Suite à l’agression de l’Abyssinie, la Suisse va rompre avec sa promesse afin de continuer à commercer avec l’Italie ce qui va mener la Suisse à redéfinir sa neutralité comme étant une neutralité intégrale.

Une autre interprétation de la paix de Paris[edit | edit source]

On peut proposer la paix de Paris de 1919 comme la clef d’interprétation du XXème siècle. Le but est de proposer une alternative à l’histoire courante qui voit la paix de Versailles comme le début de la Deuxième Guerre mondiale. On va essayer d’inverser la vision de l’échec qui entoure la paix de Versailles. À Paris, en 1919, le problème central des peace-makers se situait dans la réorganisation territoriale de l’actif de la faillite des empires multiculturels qui ont implosé durant la Première Guerre mondiale. Les acteurs principaux étaient fortement limités dans leur liberté d’action non seulement dans les accords impérialistes conclus pendant la guerre, mais il y avait deux concepts contradictoires avec le principe moral du droit des peuples à l’autodétermination et l’autre était la logique hégémonique des vainqueurs avec l’idée d’imposer la paix. En plus de cette situation contradictoire, il y avait les faits accomplis. Certains peuples s’étaient libérés deux même. De même, il y a la proclamation en 1918 de la République tchécoslovaque et de la République polonaise. La constitution de ces États faisait référence au principe d’autodétermination exprimé par Lénine et repris par Wilson.

Un principe veut être mis en place et ce principe n’est pas accordé aux pays vaincus. C’est la raison pour laquelle il y a la prohibition de l’Anschluss entre les deux États allemands. Si on avait reconnu aux peuples qui parlaient allemand le droit à l’autodétermination, alors il aurait fallu reconnaitre le révisionnisme frontalier de Hitler jusqu’au traité de Munich de 1938. Le révisionnisme allemand qui essaie de prendre les minorités allemandes des États-nationaux créés lors de la paix de Paris était légitime si on accepte le principe d’autodétermination des peuples. En plus de la grande complexité de ces principes, il y a avait la question de la stratification ethnique qui était intense en Europe centrale et en Europe de l’Est. Les Américains et les autres délégations avaient tenté de s’attaquer au problème de manière scientifique. La construction des « frontières justes » était un problème difficile à résoudre. En traçant ces lignes, les faiseurs de paix savaient qu’ils allaient créer une question des minorités importante. C’est la raison pour laquelle il va y avoir également des traités de protection des minorités pour les nouveaux États. Par exemple, la Pologne et la Tchécoslovaquie sont obligées de signer des traités de protection de minorités notamment en ce qui concerne les minorités de langue allemande.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]