L’héritage occidental de Rome : le Saint Empire romain germanique

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L'aigle bicéphale porte les États impériaux sur ses ailes.

Comment au fond, en est-on arrivé de l’Empire romain à l’Empire germain ? Que s’est-il passé depuis 476, chute de l’Empire romain, à 962 qui est la création du Saint Empire romain germanique ? Comment l’idée romaine d’Empire s’est transformée en idée germaine d’empire ?

Les bases médiévales : rôle des grandes invasions germaniques, importance du colonat et du mercenariat

Les peuples germains ont joués un immense rôle. L’Empire romain ne s’est pas écroulé d’un coup. Ce qu’il faut voir est qu’il y a eu progressivement depuis le IIIème siècle une germanisation de l’Empire romain qui s’est opérée de trois manières très concrètes extrêmement simple :

sac de Rome
Le sac de Rome par Genséric en 455. Toile de Karl Briullov (1799-1852)
  • le mercenariat : les germains pénètrent pacifiquement dans l’Empire romain parce qu’ils sont enrôlés dès le IIème siècle comme mercenaire. Rome avait de moins en moins recours aux citoyens romains afin de combattre dans l’armée, peu à peu il fallait tenir cet empire immense. D’une certaine manière cela a causé la perte. Rome a offert aux germains d’être engagés dans l’armée comme mercenaire. À partir du IVème siècle, le terme « barbare » devient synonyme du terme « soldat », et les germains deviennent majoritaires dans l’armée romaine.
  • le colonat : c’est un peu le même système que le mercenariat. C’est l’idée que les romains vont donner à leurs soldats germains méritants des terres héréditaires, de grands espaces territoriaux pour les remercier. Dès le IIème siècle, à l’instar des colons romains dans l’empire, les germains reçoivent de nombreuses terres. Furent donner des terres qui entourèrent les zones frontières de l’Empire. C’est un peu le principe d’acheter la paix par les terres. Ainsi les romains s’assuraient leur protection pour des raisons militaire permettant d’assurer à moindre frais la défense de ses frontières.
  • l’invasion : les mercenaires et les colons ont vu déferler sur leur terres des peuples germains situés à l’extérieur de l’empire. Il y a trois grandes invasions entre le IIIème siècle et le VIème siècle. Une première invasion sont les Visigoths, les Ostrogoth et le Burgondes ; une seconde invasion par les peuples germains francs, la troisième invasion est l’invasion des germains qui vont vers le nord de l’Europe, ce sont les saxons appelés aussi Angles ou Jutes qui vont vers la Grande-Bretagne. Il y a une prise en étaux de l’Empire romain. Ce sont les invasions des Huns qui ont déplacé les peuples germains poussant les germains vers l’empire romain. Les Huns refluent depuis la Chine vers l’occident.

Les principales étapes de l’histoire constitutionnelle du Saint Empire [restauratio imperii]

Le phénomène des grandes invasions débouche sur un certain nombre de royaumes germaniques et l’Empire romain va être peu à peu divisé en peuples germaniques qui vont reprendre l’idée d’empire des romains parce qu’ils ont une conception des pouvoirs patrimoniale, patriarcale et personnelle qui va permettre aux chefs germains de reprendre l’idée d’imperium romaine. Concrètement, à partir du VIème siècle, l’empire romain n’existe plus. Dès le VIIème siècle et le VIIIème siècle, parmi les peuples germains qui ont conquis l’empire romain, un des royaumes commence à imprimer sa marque sur les autres. Le peuple des germains les plus puissants est les francs qui vont peu à peu assoir leur autorité sur tous les autres peuples germains créant le premier empire en se proclamant pour le roi des francs « empereur », c’est l’Empire carolingien. Un homme joue un rôle central dans la restauratio imperii qui est Charlemagne fondant en l’an 800 l’Empire carolingien qui se veut la suite de l’Empire romain en en reprenant les principales caractéristiques mais on voit bien que l’Empire romain est devenu un empire dominé par le royaume des germains.

Couronnement de Charlemagne en l'an 800.

L’idée d’empire va partir dans deux directions. La première qui est la conception politique « laïque » par la germanisation de l’empire romain, l’autre grande branche est le rôle de l’Église. La branche germanique née à partir de l’an 800 avec le couronnement de Charlemagne. La branche religieuse n’est pas négligeable dans ce qui va devenir une double confrontation impériale entre une conception laïque et une conception religieuse. La conception d’empire est également reprise par l’Église parce que l’Église va progressivement non pas germaniser l’Empire romain mais christianiser l’Empire romain. La christianisation de l’Empire romain va être rendue par un certains nombre de faits. Tout d’abord, la conversion de l’empereur Constantin au christianisme en 311. Les enfants de l’empereur vont être chrétien, l’un des successeurs, l’empereur Théodose en 381 va faire de la religion chrétienne la religion officielle de l’Empire romain. Ainsi, il y a une conversion personnelle de l’empereur et une conversion de tout l’empire. Le décret faisant de la religion chrétienne la seule et unique religion officielle de l’Empire romain aura des conséquences immenses sur l’Empire romain lui-même.

Saint Ambroise convertissant Théodose, toile de Pierre Subleyras, 1745

Très vite, il y a un Empire romain chrétien et l’Église à partir de 476 au moment où les hordes de germains saccagent Rome et font imploser l’État central romain, une institution conserve sont pouvoir qui est l’Église. La conversation de l’Empire romain en un Empire chrétien a fait de l’institution de l’Église un pouvoir important qui ne disparaît pas au moment de l’invasion des germains. La deuxième branche née de la conversation de l’Empire romain en un empire chrétien et née du maintien de l’église comme un pouvoir central au moment où les germains détruisent le pouvoir politique de Rome.

Très vite, lorsque les francs deviennent le royaume des germains qui va l’emporter à partir du VIIIème siècle, la dynastie franque des carolingiens va peu à peu imposer son pouvoir politique à partir de l’an 800 lorsque Charlemagne proclame la restauratio imperii et la naissance de l’Empire carolingien. Charlemagne se pose en souverain héritier des empereurs romains, mais il se pose également en souverain chrétien. Il n’est pas seulement le défenseur des intérêts temporels et politique des peuples germains mais il veut également se présenter en leader spirituel de la chrétienté. Il apparaît peu à peu comme le chef temporel ayant une vocation à protéger la religion chrétienne. Cette restauration de l’Empire romain trouve son aboutissement dans le couronnement de Charlemagne comme empereur en 800, c’est le pape Léon III qui exige de couronner Charlemagne. Le grand enjeu va être de savoir si l’empereur détient son pouvoir de l’Église ou des royaumes qu’il dirige. En d’autres termes, le couronnement de Charlemagne par Léon III, la restauration d’un empire romain chrétien divise encore plus les deux branches issues de l’empire romain.

Charlemagne va rapidement marquer son indépendance par rapport à l’Église remerciant le pape Léon III ne détenant pas le pouvoir du pape. Le pouvoir spirituel n’est pas supérieur au pouvoir temporel, il ne détient pas la légitimé de l’adoubement de Léon III. En 476, Rome implose, les Visigoths, les Ostrogoths et les Burgondes saccagent Rome mettant fin à l’Empire romain. À la chute de l’Empire romain en 476, il va être de facto et de jure divisé entre l’Empire romain d’occident et l’Empire romain d’orient. Le roi de Byzance qui était sous domination de l’empereur romain va se déclarer fort logiquement successeur des empereurs romains. Charlemagne va manifester son indépendance vis-à-vis de l’Église et vis-à-vis de l’Empire byzantin. Il va accepter dans un texte célèbre que l’empereur de Byzance porte le titre d’empereur des romains en contrepartie de quoi, l’empereur de Byzance va laisser à Charlemagne le titre d’empereur des francs devenant non point l’empereur des romains.

La situation géopolitique est la suivante. L’Empire de Byzance est devenu l’Empire romain d’orient et au centre de l’Europe, l’Empire carolingien veut reprendre et restaurer l’idée romaine d’empire mais ne peut pas le faire parce qu’il est en compétition avec l’empereur de Byzance et avec l’Église. Il reviendra à Charlemagne d’assoir et de tenter de reprendre l’idée romaine d’empire avec un succès très modéré à cause des concurrents. L’idée romaine d’empire se déplace vers Byzance, et est reprise en partie par Charlemagne mais il appartiendra aux successeurs de Charlemagne de véritablement créer et mettre en place en fondant l’idéologie impériale avec le Saint Empire romain germanique. D’une certaine manière, l’Empire carolingien est un empire de transition qui reprend l’idée d’empire et la transmet aux créateurs du Saint Empire romain germanique qui né en 962 par le couronnement de Otton Ier qui possède le titre de roi et d’empereur des francs. La naissance du Saint Empire romain germanique marque un tournant dans l’idée d’empire proposant une vraie idéologie impériale.

Les trois caractéristiques fondamentales du Saint Empire : romanité [imperium romanum], chrétienté [imperium christianum et sacrum], universalité [imperium mundi]

Lorsque Otton Ier devient empereur des francs, il comprend que si il veut restaurer l’Empire romain et reprendre l’idéologie impériale romaine, il doit marquer son territoire politiquement vis-à-vis de l’Église et vis-à-vis de Byzance. Très vite, il s’affirme comme l’empereur des romains, il veut être l’empereur des romains se faisant nommer « imperator romanorum francorum ». Il va attribuer à l’empereur de l’Empire romain d’orient le titre d’« empereur des grecques ». Parallèlement, Otton Ier va se faire proclamer le seul empereur des romains et l’héritier germanique de l’Empire romain. À partir de 962, l’idée d’empire romain est véritablement récupérée par la dynastie des francs mais surtout par la dynastie de Otton Ier et le Saint Empire romain germanique se veut le successeur de l’Empire romain d’occident.

Otton le Grand recevant la soumission de Bérenger d'Ivrée.

Le Saint Empire romain germanique qui écarte l’église de son pouvoir et Byzance est fondé sur un certain nombre de caractéristique mais surtout sur un carte géographique et politique importante et précise. Le Saint Empire romain germanique occupe la Franquie, la Bohême mais aussi le nord de l’Italie actuel. Le Saint Empire romain germanique occupe une zone territoriale extrêmement importante. En fait, le Saint Empire romain germanique se constitue sur la partie orientale de l’Empire carolingien. Les romains avaient une langue qui les unissaient qui était le latin, le Saint Empire romain germanique avait comme langue unissant l’allemand à partir de la fin du IXème siècle et au début du Xème siècle à travers les francs, les souabes, la Bavière et le nord de l‘Italie. L’Empire regroupe des territoires considérables. Le Saint Empire Romain germanique englobe une population immense faite de peuples germains mais également des populations latines et des slaves. Le Saint Empire romain germanique consacre le principe de diversité que l’Empire romain avait aussi consacré parce qu’il englobe, certes, des populations germaniques mais également des populations d’origine latine et d’origine slave.

En 962, la première branche héritière de l’empereur romain se met en place comme successeur de l’empire carolingien proposant un empire fondé en partir sur l’idée d’empire romain. Le Saint Empire romain germanique dure jusqu’en 1806 soit presque 1000 ans.

On distingue trois caractéristiques du Saint Empire romain germanique :

  • romanité : tout d’abord, c’est un empire romain est l’empereur est l’empereur des romains soit l’« imperium romanorum » ;
  • chrétienté : c’est un empire chrétien ;
  • universalité : c’est un empire à vocation universelle.

Romanité

Il apparait que le Saint Empire romain germanique, dès sa fondation, se présente comme le successeur de l’Empire romain signifiant que l’Empire romain germanique est la continuation de l’Empire romain. La romanité signifie également que les empereurs germaniques se considèrent comme les légitimes successeurs de l’empereur romain. Enfin la romanité signifie également que le droit romain redécouvert au XIème siècle et étudié dans les royaumes d’Italie va devenir le droit de l’empire. Le droit impérial devient le droit romain pour la plus grande partie.

Chrétienté

Dès sa fondation, le Saint Empire romain germanique se présente comme un empire chrétien qui signifie trois choses :

  • l’Empire germanique constitue ou est le dépositaire de la chrétienté en Europe revendiquant le rôle de représentant, défenseur de la chrétienté en Europe.
  • l’empire germanique, d’après les chrétiens, forme le quatrième et dernier empire prédit par le prophète Daniel.[1]
  • l’empire germanique est un empire chrétien signifiant qu’il a été voulu d’après dieu qui en a fait le successeur de l’Empire romain.

Universalité

Le Saint Empire romain germanique, dès le IIIème siècle, se présente comme un empire universel. Cet empire universel a vocation à régner sur le monde. L’empereur est détenteur du « dominus mundi » :

  • l’empereur prétend que son pouvoir est universel et détient le « dominus mundi » ;
  • les royaumes aux alentours du Saint Empire romain germanique devront être soumis à l’empereur germanique.

Hiérarchisation du pouvoir

Il y a un hiérarchisation du pouvoir. Un royaume va de moins en moins supporter cette vision et cette prétention à l’universalité qui est le royaume des francs marquant sa différence. Ces prétentions vont être contestées par deux institutions à savoir l’Église par la papauté et puis par les autres royaumes d’Europe notamment par le royaume des francs qui deviendra le royaume de France au XIIIème siècle. Les juristes français afin de pouvoir contester la prétention à l’universalité de l’empereur germanique vont avoir un formule latine extraordinaire : « rex in regno suo est imperator » [« le roi est empereur dans son royaume »]. Le roi de France est un empereur dans son royaume. Celui qui va le plus fortement contester la prétention à l’universalité de l’empereur germanique et la papauté qui va ouvertement déclarer qu’il est au dessus de l’empereur.

À partir du Xème siècle, le pape va contester la prétention à l’universalité de l’empereur. De violents affrontements entre la papauté et l’empire de l’empereur vont voir le jour. Deux tendances vont s’affronter, ce qu’on a appelé la tendance :

  • curialiste, c’est-à-dire la vision que l’empereur ne détient son pouvoir que du pape ;
  • impérialiste, faisant de l’empereur l’égal si ce n’est le supérieur du pape.

Les tensions entre ces deux branches héritières vont se faire de plus en plus forte jusqu’à la fin du XIIème siècle où l’empereur et le pape signent une sorte de traité d’armistice appelé le concordat de Worms en 1122 divisant, répartissant les deux pouvoirs de l’empereur et du pape.

Le Saint Empire romain germanique va d’une certaine manière reprendre l’idéologie impériale classique mais va ajouter un principe fondamental qui est le principe de l’élection. L’empereur va être un empereur élu. L’idée d’empire va quelque part se transformer par la mise en place d’un empereur élu, d’un empire électif.

Ces trois critères, ces trois caractéristiques du Saint Empire romain germanique avait été contestés par certains royaumes européens comme la France et en peu plus tard l’Angleterre, mais aussi par les papes et l’église qui ne comprennent pas que ce pouvoir de l’empereur l’emporte et domine le pouvoir papal. On voit très bien qu’en Europe entre le Vème siècle et le XVIème siècle s’affrontent une conception politique et une conception religieuse.

La normalisation des rapports entre l’Empire et la papauté ne viendra qu’au XIIème siècle avec le concordat
de Worms de 1122 qui tente sans succès de sceller la paix entre les deux conceptions d’empire. La querelle entre l’empereur Henry V et le pape Calixte II, trouve un compromis, une sorte de partage des pouvoirs mais ce partage des pouvoirs va quelque part toujours être remis en cause et les tensions vont continuer à partir du XIIème siècle autour d’une grande question. Les tensions entre les papes et les empereurs vont continuer autour de la question de savoir lequel des deux pouvoirs est supérieur à l’autre. Deux grandes tendances s’affrontent : la vision curialiste qui affirme que c’est le pape qui fait les empereur et les défaits et donc qui affirme que le pouvoir spirituel est supérieur au pouvoir temporel, autrement dit que le pouvoir temporel est inférieur à celui des papes ; la tendance impérialiste affirme le contraire et tiendra pour déterminante l’élection même de l’empereur. Les partisans de la vision impérialiste vont dire que l’élection de l’empereur est suffisante pour lui donner une légitimé et être supérieur au pape. Il y a au sein de l’Europe impériale une vraie querelle sur l’autorité suprême.

Ce qu’il faut savoir est qu’à partir du XIIIème siècle, peu à peu, les rois, les princes européens vont s’affranchir de l’empereur. En d’autres termes, il y a une contestation religieuse du pouvoir de l’empereur mais au sein même de l’empire il y a une contestation également du pouvoir de l’empereur. Le principe électif qui est constitutif de cet empire va aussi être la cause de sa perte et de la faiblesse de l’empereur. Parce que, si l’empereur est élu par des princes électeurs au nombre de sept, ces princes électeurs vont tenter non point de monnayer leur accord mais d’obtenir des compétences et des prérogatives en échange de leur souveraineté. Les princes électeurs, les rois comme le roi de Bohème vont s’autonomiser affaiblissant la vison de l’empire à la fois sur les coups de butoir des papes de l’extérieur mais également de l’intérieur parce que cette vision est contestée par les princes et le rois à l’intérieur même du Saint Empire romain germanique.

Le critère de l’universalité est remis en cause. La romanité n’est pas contestée, la chrétienté non plus mais la prétention à l’universalité est contestée par les papes qui n’acceptent pas que l’empereur soit le titulaire du dominium mundi.

Imperial Diet in Metz during which was issued the Golden Bull of 1356.

Il y a un fait historique important qui va encore affaiblir l’empereur mais qui ne va pas affaiblir la dimension universelle du pouvoir impérial mais la dimension chrétienne. La division confessionnelle de l’empire à partir de 1517. Avec la publication des nonante cinq thèses de Luther va être affaibli le pouvoir intérieur de l’empereur qui va devoir négocier non plus avec des principes catholiques mais des princes catholiques et protestants. La division confessionnelle du Saint Empire romain germanique achève de mettre en cause la dimension chrétienne et la dimension universelle de l’empire telle que proclamée en 1562. Sur les sept princes électeurs, trois se convertissent au luthéranisme. L’empereur est confronté à une contestation presque idéologique et religieuse qu’il doit gérer. Sur le plan politique et institutionnel, chaque prince va demander une autonomie accentuée et l’empire va très vite devenir un empire décentralisé. On est ici aux racines du fédéralisme allemand qui viendra beaucoup plus tard. La vision décentralisée du pouvoir a ses racines dans la conception politique de l’empire.

Comment la conception politique d’empire fonctionne ? Le Saint Empire romain germanique est un empire électif avec une diète d’empire et des tribunaux d’empire. La diète d’empire a des fonction de parlement avec un certain nombre de prérogatives, elle est compétente pour l’adoption des lois, la création de nouvelles principautés, la levée des impôts, la mobilisation des troupes et la signature des traités ou la déclaration de guerre. C’est un système impérial où la conception d’empire qui est défendu par les grands juristes impériaux est une conception d’un empire élu, décentralisé donnant des compétences importantes aux États qui constituent cet empire et notamment au parlement.

L'empereur et les huit princes-électeurs.

Les règles de l’élection sont extrêmement précises, il y a une raison historique et une raison théorique. La première est qu’au fond, l’idée romaine d’empire se greffe sur la vision élective de la royauté allemande. Avant même la naissance de l’empire allemand, les royautés des peuples germains ne sont pas fondées sur le principe héréditaire mais sur le principe électif. Lorsque le Saint Empire romain germanique récupère l’idée d’empire, il greffe l’idée d’empire sur une vision élective du pouvoir qui avait cours à l’époque des royautés germaniques. Le principe électif était ancré dans les « gènes » des principes qui constituaient les grandes royautés germaniques. La raison historique est que les dynasties allemandes ont laissées peu d’héritiers, elles se sont très vite éteintes. Jusqu’aux Habsbourg, les premières dynasties impériales allemandes, les successeurs d’Otton Ier ont très vite disparaitre renforçant le principe électif qui donne un certain nombre de gages aux princes allemands. Ces deux raisons font que le principe électif s’est imposé au sein de l’empire.

Le principe électif s’est affirmé progressivement est c’est dans la Bulle d’or de 1356 qu’est règlementé l’élection à la couronne. La Bulle d’or consacre sept princes électeurs, le cercles des électeurs est constitué de sept grands électeurs à savoir trois religieux qui sont des principes ecclésiastiques et quatre princes « laïque » qui sont l’archevêque de Mayance, de Cologne et de France et quatre prince laïque a savoir le Comte palatin du Rhin, le Duc de Saxe, le prince de Bohème et de Brandebourg. C’est un empire assez hybride.

Le concordat de Worms signé par Calixte II et Henri V est une première tentative de régler les questions de rapport difficile entre l’empereur et le pape.

« Au nom de la sainte et indivise Trinité. Moi, Henri, par la grâce de Dieu auguste empereur des Romains, avec la force de l'amour que je nourris envers Dieu, la Sainte Église Romaine et le Pape Calixte et pour le Salut de mon âme concédée à Dieu, à ses saints apôtres Pierre et Paul et à la Sainte Église Catholique toutes les investitures au moyen de l'anneau et du bâton; je concède en outre que dans toutes les églises, qui se trouvent sous mon empire ou sous mon règne, puissent avoir lieu des élections canoniques et des consécrations libres. Je restitue à la Sainte Église Romaine les possessions et les droits du Bienheureux Pierre [désigne le Pape, Saint Pierre ayant été le premier Pape], qui depuis le début de cette discorde jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire depuis le temps de mon père jusqu'à moi, lui furent soustraits, et que je possède encore aujourd'hui; ceux au contraire qui ne sont plus en ma possession, je ferai en sorte qu'ils lui soient restitués. »

Les empereur avaient la prétention de gérer les biens de l’Église, et l’empereur prétendait jusqu’en 1122 nommer lui-même les évêques et les prêtres. Pour Calixte II, cela était improbable, fut trouvé un arrangement ou l’empereur renonce à l’investiture, il adoube les prêtres. L’empereur va renoncer à l’investiture des religieux en Allemagne et à la gestion et au revenu de l’Église.

« Moi, Calixte, serviteur des serviteurs de Dieu, à mon cher fils Henri, par la grâce de Dieu, empereur romain : je vous accorde que les élections des Évêques et Abbés du royaume d’Allemagne, qui appartiennent au royaume se fassent en votre présence, sans simonie et sans aucune violence. S’il s’élève une discussion entre les partis, vous devrez, avec le secours du métropolitain et des Évêques de la province, donner votre assentiment et vos secours à la partie la plus digne. »

Si l’investiture des évêques et dorénavant de la prérogative et de la compétence du pape, l’empereur est consulté. Calixte II acceptera la consultation de l’empereur dans ses nominations.

La bulle penerabilem va permettre aux rois français et anglais de se prétendre empereur en leur royaume, soit autonome, indépendant, de l’empereur du Saint Empire romain germanique. Dans le Miroir de Saxe, sont décrit les sept électeurs mais le texte consacrant le principe de l’empire est la Bulle d’or de 1356.

L’élection du roi des Romains. En haut : les princes-évêques lors de l'élection, désignant le roi. Au milieu : le comte palatin du Rhin a préséance en tant qu'écuyer tranchant avec une coupe dorée, derrière lui le duc de Saxe brandit le bâton de maréchal et le margrave de Brandebourg, qui en tant que chambellan apporte une bassine avec de l'eau chaude. En bas : le nouveau roi devant les Grands de l'empire (tiré du Miroir des Saxons de Heidelberg, vers 1300).

Dans le Miroir de saxe de 1230, il est dit que « Pour l’élection de l’empereur, le premier doit être l’Évêque de Mayence, le second celui de Trèves, le troisième celui de Cologne. Parmi les Princes ecclésiastiques, le premier et le Comte palatin du Rhin, le grand Sénéchal de l’empire, le second, le Duc de Saxe, qui en est le maréchal, et le troisième le margrave de Brandebourg, qui en est le camérier. L’échanson de l’Empire, le Roi de Bohème, n’a aucun droit d’élection ».

C’est un texte tout à fait majeur dans le Saint Empire germanique. Le langage est symbolique, religieux et on voit très bien le recours à un certain nombre de symboles constitutifs de l’Empire romain. Il faut retenir certains passages importants.

« aussi, puis Nous sommes obligé, de par la charge dont nous sommes investi avec la dignité impérial, comme Empereur et en vertu des droits d’Electeur que Nous avons exercés, de combattre les dangers futurs dus aux divisions et aux dissensions entre les Électeur eux-mêmes […] Nous avons arrêté ce qui suit pour favoriser l’unité entre les Electeurs, pour susciter l’unanimité dans l’élection et pour mettre un terme à la funeste division dont Nous avons parlé comme aux multiples dangers qui en découlent. »

Le terme « unité » et « unanimité » sont très important parce que pendant très longtemps les empereurs furent élu à l’unanimité. Il y a une élection informelle et une élection formelle, il était important d’élire l’empereur à l’unanimité pour lui donner une légitimé.

Au chapitre qui est l’élection du roi des rois, l’empereur est considéré comme le successeur de l’empereur romain.

« je veux avec l’aide de dieu élire le chef temporel du peuple chrétien, c’est-à-dire le Roi des Romain et futur Empereur, qui soit propre à cette fonction, dans la mesure où mon discernement et mon jugement me dirigent et conformément à la fidélité promise … […] une fois le semant prêté selon la forme et la manière susdite par les électeurs ou leurs délégués, qu’ils procèdent à l’élection et qu’ils ne quittent plus la ville de Francfort jusqu’à ce que soit élu, par la majorité d’entre eux, le chef temporel du monde chrétien, le Roi des Romains et futur empereur. »

Au chapitre IV est décrit l’ordre de préséance des princes électeurs, ils n’ont pas le même poids pour deux raisons. Il y a tout d’abord au sein même des princes électeurs un roi qui est le roi de Bohème et puis ils n’ont pas le même poids parce que c’est l’archevêque de Mayance qui initie le processus d’élection de l’empereur. Deux princes électeurs, un laïque et religieux ont plus de poids que les autres. C’est un empire électif avec une hiérarchie très précise des princes électeurs. Le nombre des princes électeurs va varier à partir de 1648 ils seront huit et à partir de 1692, ils passeront à neuf.

Déclaration d'abdication de François II.

Il s’agit dune conception élective de l’empire mais il faut aussi retenir que le Saint Empire romain germanique va connaitre un déplacement progressif du pouvoir de l’empereur vers les princes électeurs, et les princes d’empire. Au fur et à mesure que le Saint Empire romain germanique avance dans l’histoire, les véritables titulaires de la souveraineté à la fois sur le plan intérieur et international sont le princes d’empire parce qu’à partir du traité de Westphalie en 1648, les princes d’empires obtiennent la compétence de négocier les traités avec des entités extérieures à l’empire comme la France, l’Angleterre et la Pologne. On voit très bien que le principe électif qui s’est imposé au sein du Saint Empire romain germanique a peu à peu affaibli la conception politique de l’empire parce que l’empire germanique est devenu un empire extrêmement décentralisé avec des États qui ont peu à peu acquis des compétences de souveraineté. Dès la fin du XVIIème siècle, l’empire allemand héritier de l’empire romain n’est plus qu’un empire faible, décentralisé, un « monstre institutionnel » et il ne sera pas très difficile à Napoléon d’organiser sa chute en 1806. Cette première vision politique de l’empire s’achève ainsi.

La conception politique de l’empire n’est pas restée incontesté notamment par les français et les anglais mais aussi par l’Église qui a très vite voulu proposer sa conception de l’empire, sa vision du pouvoir de l’empereur, sa vision de l’autorité, c’est la conception papale de l’empire.

Annexes

Références

  1. Gros Frédéric, Le principe sécurité, Paris, Gallimard, 2012, p.86