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La Société des Nations et la sécurité internationales : 1920 – 1939

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Jusqu’à présent nous nous sommes penchés sur les aspects techniques et sociaux du règlement pacifique et sur le système de la Société des Nations. Nous allons chercher à analyser et voir si la Société des Nations a pu remplir sa première vocation à savoir le maintien de la paix. Pour ce faire, nous allons analyser les crises qui ont marqué la période de l’entre-deux-guerres.

En 1919, personne ne pouvait prévoir la monter du national-socialisme. En effet, et la recherche historique parle de la « guerre de Trente ans » du XXème siècle, il est possible de voir la Deuxième Guerre mondiale comme une conséquence de la Première Guerre mondiale. Nous allons regarder la sécurité collective comme envisagé par la Conférence de la paix. L’introduction de mécanisme pour traiter de la guerre d’agression et donc de chercher un règlement pacifique est un élément nouveau. Il y a l’introduction d’instruments pour régler de façon pacifique les différends alors que le vieux système était celui des alliances.

La « sécurité internationale »[edit | edit source]

Le concept de la « sécurité collective » est introduit et est utilisé pour la première fois par Edvard Beneš en 1924. Déjà, au moment des négociations de paix qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, Wilson et Smuts ont conçu un système pour promouvoir la paix et prévenir les facteurs de déstabilisation. L’approche qui a été cherchée à construire à Paris se basait sur le fait d’éviter les phénomènes et les problèmes qui ont causé la Première Guerre mondiale. Aux questions du nationalisme, la Société des Nations a cherché à créer des systèmes de protection des minorités, contre les impérialismes et aux tensions sociales qui se constituent et deviennent explosives après la Révolution d’octobre. À la course des armements, la Société des Nations va répondre par un système de désarmement. La Société des Nations essaie également d’introduire le concept de diplomatie transparente.

Avec la création de la Société des Nations, le traité de paix mettait en place le principe de solidarité internationale et d’indivisibilité de la paix. Les articles principaux permettent de comprendre le mécanisme et les idées qui sont à la base de la construction de la Société de Nations. L’article 10 donne l’intégrité territoriale : « Les membres de la Société s’engagent à respecter et à maintenir contre toute agression extérieure l’intégrité territoriale et l’indépendance politique présente de tous les membres de la Société. En cas d’agression, de menace ou de danger d’agression, le Conseil avise aux moyens d’assurer l’exécution de cette obligation ». Le respect de l’intégrité territoriale est primordial dans la conception de la sécurité collective de la Société des Nations. Dans l’idée de Wilson, il y avait également le concept qu’il était difficile à Paris de faire la paix et de régler toutes les questions. En concevant la Société des Nations, il y a l’idée qu’il est possible un jour de faire la révision des décisions prises. Il y a la possibilité de faire une révision à l’article 19 « L’Assemblée peut, de temps à autre, inviter les membres de la Société à procéder à un nouvel examen des traités devenus inapplicables ainsi que des situations internationales, dont le maintien pourrait mettre en péril la paix du monde ». Ce principe va être appliqué avec le traité de Lausanne de 1923 qui révise le traité de Sèvres. Des accords tels que ceux de Munich en 1938 se font en dehors de la Société des Nations et donc selon le vieux système. L’article 8 dit « Les membres de la Société reconnaissent que le maintien de la paix exige la réduction des armements nationaux au minimum compatible avec la sécurité nationale et avec l’exécution des obligations internationales imposées pour une action commune. Le Conseil, tenant compte de la situation géographique et des conditions spéciales de chaque État, prépare les plans de cette réduction, en vue de l’examen et de la décision des divers gouvernements […] ». Les armements des membres qui font partie de la Société des Nations doivent être au minimum, mais cela laisse une marge d’interprétation qui est une question politique. Dans son mécanisme, l’article 8 stipule que cela devrait être le Conseil qui doit fixer des exceptions à l’armement minimum : « Après leur adoption par les divers gouvernements, la limite des armements ainsi fixée ne peut être dépassée sans le consentement du Conseil ». En théorie, les États-nations ne peuvent plus se lancer dans une course aux armements et doivent déclarer leurs armes et s’ils dépassent les limites, ils doivent obtenir le consentement de la Société des Nations. Cela est une limite à la souveraineté nationale. Il y a le désir d’éviter une future guerre, mais cela ne va pas fonctionner.

L’article 9 établit une Commission permettent qui doit régler les questions de l’armement militaire naval et aérien. Le concept de la Société des Nations est très fort en ce qui concerne la limitation de l’armement. Une des manières afin d’éviter les conflits armés qui est la renonciation au recours à la guerre fixé dans l’article 12 du pacte « Tous les membres de la Société conviennent que, s’il s’élève entre eux un différend susceptible d’entraîner une rupture, ils le soumettront soit à la procédure de l’arbitrage, soit à l’examen du Conseil. Ils conviennent encore qu’en aucun cas ils ne doivent recourir à la guerre avant l’expiration d’un délai de trois mois après la sentence des arbitres ou le rapport du Conseil ». Avec l’établissement de procédures d’arbitrage, la Société des Nations essaie de trouver des solutions aux différends sans devoir recourir à la guerre. Le règlement pacifique des différends est réglé aux articles 12, 15 et 17 du Pacte. Dans la construction juridique, la Société des Nations avait des instruments forts et puissants, et le pacte est extrêmement clair en ce qui concerne ces points, l’échec était plutôt du point de vue politique.

Les articles 10, 15 et 16 sont ceux qui règlent et donnent plus de poids à la sécurité collective dans le sens où un État ayant attaqué un autre État est considéré comme ayant attaqué tous les autres membres de la Société des Nations. L’article 16 dit : « Si un membre de la Société recourt à la guerre, contrairement aux engagements pris aux articles 12, 13 ou 15, il est ipso facto considéré comme ayant commis un acte de guerre contre tous les autres membres de la Société. Ceux-ci s’engagent à rompre immédiatement avec lui toutes relations commerciales ou financières, à interdire tous rapports entre leurs nationaux et ceux de l’État en rupture de pacte et à faire cesser toutes communications financières, commerciales ou personnelles entre les nationaux de cet État et ceux de tout autre État, membre ou non de la Société ». Si un membre recourt à la guerre, il est automatiquement considéré comme ayant attaqué tous les autres membres de la société. Ceux-ci s’engagent à rompre immédiatement avec lui toute relation commerciale, financière et personnelle. Cet article est extrêmement fort « En ce cas, le Conseil a le devoir de recommander aux divers gouvernements intéressés les effectifs militaires, navals ou aériens par lesquels les membres de la Société contribueront respectivement aux forces armées destinées à faire respecter les engagements de la Société ». Dans le cas où un membre de la Société des Nations attaque un autre, il est automatiquement considéré comme étant en guerre et il est recommandé aux gouvernements les forces militaires qu’ils devraient mettre à dispositions de la Société des Nations pour combattre cet État qui est allé contre le Pacte. Ce concept est fort étant l’ultima ratio. Il y a les moyens des sanctions économiques qui sont automatiques, les sanctions militaires et enfin la sanction morale par l’exclusion de la communauté des États du monde donc de la Société des Nations. À partir du moment où la Société des Nations n’arrive pas à être universelle, ce principe est faible et difficile à mettre en place.

Périodisation[edit | edit source]

Il est possible de périodiser en quatre parties :

  • 1919 : tout une série de problèmes liés à la sécurité collective avec le problème de la guerre civile russe, la guerre des Jeunes Turcs pour obtenir la révision du traité de Sèvres, la guerre d’indépendance irlandaise, le conflit de la Ruhr et les troubles en Chine. Dans ce contexte, il ne faut pas oublier qu’à partir d’octobre 1922, il y a en Italie la prise du pouvoir par les fascistes. En 1923, Hitler qui est encore un marginal et tente à Munich de faire un putsch sur la même modalité que Mussolini qui va échouer, mais va être constitutif pour la création du mythe du national-socialisme. Le fascisme et le national-socialisme sont deux nouvelles idéologies qui se présentent comme des alternatives au communisme et aux idées libérales du système capitaliste ;
  • 1925 : à partir du pacte de Locarno est l’entrée de l’Allemagne à la Société des Nations devenant membre permanent du Conseil de la Société des Nations. L’Allemagne n’a pas cédé la même garantie en ce qui concerne la frontière de l’est laissant ouverte une grande potentielle porte de conflit donnant de facto le début de la Deuxième Guerre mondiale. La phase entre les deux guerres est souvent vue comme un « trou noir » qui mène à la Deuxième Guerre mondiale, mais cela n’est pas correct. Entre 1924 et 1925, il y a une relative stabilité que certains appellent les « Golden twenties » ou les « Années folles ». C’est une phase où il y a de forts mouvements et une forte production culturelle qui marque fortement le XXème siècle. En 1928, le pacte Briand-Kellog met l’interdiction de la guerre comme norme. Ce pacte vise à condamner la guerre comme moyen de résolution des conflits et comme instrument d’une politique nationale[6]. La guerre pour la première fois devient déclarée comme interdite étant un nouveau développement dans la conception du droit international. Ce pacte a une durée illimitée et les États signataires s’engagent à ne pas utiliser la guerre comme instrument politique. Avec le pacte, les États doivent se soumettre à l’arbitrage de la Société des Nations et doivent garantir de ne pas entrer en guerre durant une période de trois mois, mais après cette échéance, la guerre devient légitime. Dans la conception philosophique du pacte de la Société des Nations, il n’y a pas d’interdiction à la guerre, mais cela le devient en 1928.
  • 1931 – 1933 : c’est la déstabilisation qui commence de plus en plus avec une situation qui commence à se dégrader à partir de 1929 suite à la crise économique mondiale. Les États-nations commencent à se replier sur leurs propres intérêts nationaux. C’est en dehors de l’Europe que les crises internationales ont commencé. C’est l’attaque de la Mandchourie par le Japon qui a marqué le premier évènement grave marquant la direction vers la Deuxième guerre mondiale en Asie. En Amérique du Sud, il y a la guerre du Chaco et en Afrique l’attaque italienne contre l’Abyssinie. C’est en marge du monde que commence à être déstabilisé tout le système créé avec la Société des Nations.
  • 1933 – 1939 : le révisionnisme allemand sous domination national-socialiste va mettre fin à tout ce qui a été bâti à Versailles. L’Allemagne nationale-socialiste va sortir de la Société des Nations, une fois le retour de la Sarre effectué, le rétablissement du service militaire obligatoire, l’annexion de l’Autriche en 1938, l’occupation du territoire des Sudètes et enfin l’annexion de Dantzig. Il y a un rapide mouvement vers la Deuxième Guerre mondiale. En 1939, l’Italie a lancé un assaut contre l’Albanie déstabilisant le système. Il y a également le déroulement de la guerre civile en Espagne ou l’Italie et l’Allemagne soutiennent le général fasciste Franco qui mène une guerre contre la République espagnole.

Lorsqu’on traite la question de la résolution pacifique des différends par la Société des Nations, il faut voir la direction normative qui est une approche juridique qui donne des instruments très forts réglés par le Pacte qui dicte les conduites dans le cadre des conflits avec une réalité normative claire et bien pensée. Il y a la réalité historique qui est marquée par la situation est les contingences politiques qui ne suivent pas ce que le droit international, en théorie, avait prévu. Il y a la différence entre la conception normative du droit international et la réalité historique qu’il y a derrière.

Conflits traités dans les années 1920

  1. Conflit suédo-finlandais 1920 (Iles d’Åland)
  2. Conflit polono-lituanien (Vilna, 1920 – 1923)
  3. Conflit italo-grec (Corfou, 1923) [surtout traité par la Conférence desAmbassadeurs]
  4. Conflit de Mossoul, 1924 – 1925 (Grande-Bretagne, Turquie)
  5. Conflit gréco-bulgare 1925 (Demir Kapou)
  6. Guerre de Chaco 1928-1938 (Paraguay-Bolivie/Brésil)

Conflits traités dans les années 1930

  1. Conflit sino-japonais concernant la Mandchourie 1931 – 1932
  2. Leticia-Colombie-Pérou, 1933 – 1934
  3. Guerre italo-éthiopienne 1936
  4. Guerre russo- finlandaise, 1939 – 1940

Conflits non-traités par la SdN

  1. Annexion de Fiume par l’Italie (1919/1920)
  2. Conflit franco-allemand, 1923 (occupation de la Ruhr)
  3. Guerre de Rif 1925 (Maroc, décolonisation)
  4. Agression japonaise contre la Chine, 1937 – 1945
  5. Annexion de l’Autriche par l’Allemagne, 1938
  6. Conflit tchéco-allemand (crise des Sudètes) 1938
  7. Annexion de Dantzig, mars 1939
  8. Annexion de l’Albanie par l’Italie, avril 1939
  9. Annexion du reste de la Tchécoslovaquie (avril 1939)
  10. Agression germano-soviétique contre la Pologne (1939)

Conflits traités, mais en dehors du cadre du Pacte :

  • Haute Silésie 1923 : traité par la SdN, mais moins en tant que « conflit » qu’en interprétant le Traité de Versailles
  • Guerre civile espagnole (1936 - 1939)

Ce sont les conflits de la période de l’entre-deux-guerres. Il est frappant que les conflits des années 1930 provoqués par le national-socialisme ne soient pas traités par la Société des Nations. Cela est clair qu’à partir de 1933, l’Allemagne ne fait plus partie de la Société des Nations, mais il était tout de même possible de les régler dans le cadre de la Société des Nations. On distingue des conflits symétriques et des conflits asymétriques.

La paix par le droit ? Conflits « symétriques » traités par la Société des Nations[edit | edit source]

Le cas des Iles Åland[edit | edit source]

Les iles d’Åland sont un groupe d’iles qui se trouve dans la mer baltique située entre la Suède et la Finlande. Ces iles étaient administrées par la Russie avant l’indépendance de la Finlande. Avec l’indépendance de la Finlande, il se pose la question de l’appartenance de l’ile. La partie de langue finnoise se tournait vers le grand-duché de la Finlande et la partie de la population de langue suédoise voulait appartenir à la Suède. Avec l’entrée de la Finlande dans la Société des Nations, la Grande-Bretagne a demandé à ce que la question des iles d’Åland soit réglée par la Société des Nations. Le Conseil qui s’est penché sur cette question se prononça en faveur de la Finlande, mais a exigé que pour la population de langue suédoise, il y avait des droits de minorités étendus et en même temps, la Société des Nations a décidé que cette ile devait être démilitarisée. Cette question a été établie selon un règlement pacifique permettant de trouver un compromis.

Conflit gréco-bulgare de 1925 (Demir Kapou)[edit | edit source]

Entre les deux États, il y avait un conflit de frontière qui continue de manière latente et en 1925, la Grèce a déclaré la guerre à la Bulgarie et des troupes grecques ont envahi la Bulgarie. Le Conseil de la Société des Nations a convoqué une séance pour régler la question et a exigé un cessez-le-feu immédiat ainsi que le retrait des troupes. Cette exigence a été soutenue par la menace d’une intervention militaire. C’est une phase ou la Société des Nations dans le contexte des conflits symétrique arrive à faire valoir son poids. C’est grâce à son poids et à la menace d’une intervention militaire que le Conseil de la Société des Nations parvient à s’imposer et la Grèce a dû payer des dédommagements. C’est un règlement où le règlement pacifique des différends a marché donnant à renforcer la Société des Nations.

Conflit de Chaco, 1928 – 1938 et deux guerres : 1928 – 1929, 1932 – 1935 (Paraguay, Brésil, Bolivie)[edit | edit source]

La région du Chaco est un territoire désert situé entre la Bolivie et le Paraguay, le seul élément de valeur était un port bolivien qui donnait accès à une partie de la forêt amazonienne et on pensait que dans cette région il y avait de potentielles réserves de gaz et de pétrole. Il y a eu des escarmouches à partir de 1928 et à partir de 1932, aussi sous l’influence de la crise économique mondiale, il y a une motivation de plus en plus forte entre les deux États afin d’entreprendre guerre pour le contrôle de ces territoires. Il faut savoir que la colonisation européenne de l’Amérique latine dans les régions qui n’étaient pas intéressantes du point de vue commercial n’avait pas fixé de frontières claires. Cette guerre est extrêmement sanglante, c’est une guerre qui va faire beaucoup de morts. La Société des Nations arrive à la fin à imposer un compromis mettant fin à la guerre lui conférant un certain prestige. Le Paraguay se retire et n’arrive pas à s’imposer par la force comme de facto il l’avait fait. La guerre prend fin en 1939 avec un accord qui va donner au Paraguay une grande partie des territoires et ce n’est seulement qu’en 2009, que les présidents de la Bolivie et du Paraguay ont signé un accord définitif pour la fixation de la frontière.

Leticia — Colombie — Pérou : 1933 – 1934[edit | edit source]

La Colombie et le Pérou se sont disputé la région du trapèze de Leticia qui est un port accordé à la Colombie en 1932. La Société des Nations a envoyé une délégation pour résoudre ce contentieux. En 1933, plus de dix ans plus tard, un armistice a été déclaré et la région a été placée sous l’administration de la Société des Nations pour une année. En 1934, la région a été démilitarisée et la Bolivie a dû donner un accès au Pérou à ce territoire. Dans cette période de l’entre-deux-guerres, la Société des Nations essaie de trouver des compromis avec des zones démilitarisées ou par l’administration de zones par la Société des Nations. Il y a la tentative de la part de la Société de Nations de trouver des solutions pour éviter des conflits qui auraient été réglés sinon à travers la force brute avec la guerre.

Conflits asymétriques traités par la Société des Nations[edit | edit source]

Ce sont les conflits entre grandes puissances et des petits États. Contrairement aux conflits symétriques, la Société des Nations n’avait que peu d’influence dans les conflits entre grandes puissances et petits États. C’est ici que devient visible la situation politique suite au fait que les États-Unis ne sont pas membres de la Société des Nations et qui est portée par les puissances européennes. Il y a toujours un retour à la politique classique hégémonique entre la France et la Grande-Bretagne. Il y avait une unanimité requise ce qui a souvent empêché qu’une solution soit trouvée. Les grandes puissances utilisaient plus le retrait de la Société des Nations comme moyen politique pour faire passer leur intérêt. Chaque retrait de puissance affaiblie la Société des Nations ce qui a fait pencher la France et la Grande-Bretagne à retourner vers la vieille logique des grandes puissances donc à la politique du concert. Sauf pour la guerre russo-finlandaise, on se trouve dans une logique de l’apaisement que l’on cherche à obtenir avec les puissances fascistes.

Conflit polono-lituanien : la question de Vilna : 1920 – 1923[edit | edit source]

Dans le cadre de la construction d’États-nations dans l’Europe centrale, la Pologne et la Lituanie se disputaient la région et la ville de Vilnius. La reconnaissance de la Lituanie a eu lieu suite à la paix avec l’Union soviétique en 1920. La même année, la Pologne a renoncé par contrat à ses territoires bien que de nombreux locuteurs polonais habitaient la région. Il y a une stratification ethnique très complexe. Cette situation excite les nationalistes et des légions tentent d’annexer ces territoires de langue et de stratification ethnique mélangée. La Société des Nations a fixé une ligne de démarcation qui devait être surveillée par un comité mis en place par la Société des Nations. Malgré le rôle de la Société des Nations, des troupes polonaises ont pris la ville de force deux jours plus tard. Le gouvernement polonais a refusé être fautif sous prétexte que ce n’était pas des troupes régulières. Suite à cela, le conseil de la Société des Nations a proposé une votation populaire en vue de protéger le droit à l’autodétermination. Ce droit à la votation n’a pas été respecté par les Polonais qui l’ont ignoré faisant que Vilna est resté du côté polonais et annexé. C’est un conflit asymétrique et un échec clair pour la Société des Nations.

Conflit italo-grec : Corfou, 1923[edit | edit source]

Du côté italien, il ne s’agit plus d’un État libéral, mais c’est un État fasciste qui commence à défier la Société des Nations. En 1922, Mussolini est nommé de manière légale chef du gouvernement italien commençant à remanier l’Italie selon les idées fascistes. La constitution du régime fasciste va prendre beaucoup plus tôt que cela sera le cas en Allemagne après 1933. En Italie la phase de prise du pouvoir est plus lente qu’en Allemagne. À partir de 1929, le régime fasciste est soutenu par la plupart de la population. L’Italie est neutre en 1914, bien qu’elle fasse partie de la Triple alliance, mais considère le déclenchement de la Première Guerre mondiale comme un acte d’attaque qui n’entre pas dans la logique de la Triple alliance. Avec le traité de Londres de 1915, l’Italie est assurée par les puissances de l’Entente qu’en cas d’entrée en guerre du côté de l’Entente, elle va obtenir des avantages territoriaux. Dans le conflit italo-grec, l’enjeu est l’hégémonie sur la méditerranée que le fascisme va désigner comme le concept du mare nostrum. L’Italie va obtenir des territoires en Istrie, mais aussi la Dalmatie.

Il y a toujours un prétexte dans ce cas qui est l’assassinat sur le territoire grec d’un général italien qui faisait partie d’une commission de la Société des Nations pour délimiter la frontière entre la Grèce et l’Albanie. L’Italie pose un ultimatum et va occuper l’ile de Corfou. La Société des Nations va envoyer une commission d’enquête et le rapport déchargea le gouvernement grec de toute responsabilité. L’Italie insiste pour que le rapport ne soit pas publié et refuse de se retirer de l’ile de Corfou si elle n’obtient pas des réparations. On trouve des éléments nouveaux qui sont prévus par le pacte et à la fin on retourne toujours à l’ancienne logique hégémonique.

Occupation de la Ruhr, 1923 : la résistance passive[edit | edit source]

Les traités des paix avaient défini des réparations de la part de l’Allemagne qui aurait du donner un certain type de réparation et ce qu’elle ne va pas faire menant la France à occuper la Ruhr afin de garantir l’exploitation des biens afin de garantir les réparations telles que fixées dans le pacte. C’est un conflit qui n’est pas traité par la Société des Nations. C’est un conflit que la France arrive à faire passer comme conséquence du Traité de Versailles. Cette annexion du territoire allemand va amener à cette situation avec toute une série de conséquences. L’occupation de la Ruhr va affaiblir les intérêts de la France. Dans ce contexte, même un État qui fait partie permanent du Conseil peut annexer un territoire d’un autre État et cela ne donne pas automatiquement les mesures prévues dans le pacte de la Société des Nations.

Conflit de Mossoul[edit | edit source]

C’est un conflit d’ordre territorial avec pour enjeu le contrôle des ressources dans le sol à savoir le pétrole. Il y a un État qui est l’État turc qui a perdu la guerre et qui n’est plus une grande puissance. Les intérêts commerciaux sont importants et la décision prise n’est pas une décision qui se réfère à des logiques ethniques ou historiques, mais il y a une décision en faveur d’une grande puissance et notamment dans le cas de la Grande-Bretagne. C’est un exemple très clair d’un conflit qui n’est pas asymétrique et qui va être résolu en direction des grandes puissances.

La Turquie et le Traité de Lausanne (1923) - atlas-historique.net

Conflit de Mandchourie : 1931 – 1933[edit | edit source]

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Avec ce conflit, on est en route vers la Deuxième Guerre mondiale tout au moins dans la partie asiatique du monde. L’expansion territoriale et économique que le Japon met en place est vaste. Le Japon occupe la Mandchourie et crée l’État fantoche de Mandchoukouo. Le Conseil de la Société des Nations agit de manière lente faisant ce qui est prévu dans le pacte avec une commission d’enquête qui est envoyée sur place préparant le rapport Lytton qui recommande de ne pas reconnaitre le nouvel État fantoche du Mandchoukouo créé par le Japon qui se fait de plus en plus un régime autoritaire sous conduite militaire. Cette intervention de la Société des Nations ne va pas changer la réalité devenant un des points de départ pour l’agression japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Agression italienne contre l’Éthiopie[edit | edit source]

C’est un retour à la logique ancienne impériale. Un télégramme français envoyé à Rome dit que la France et l’Angleterre sont d’accord afin de donner l’Éthiopie à l’Italie. C’est un retour à la logique du concert des puissances dans une logique d’apaisement et pour garder l’Italie du côté de la France et de la Grande-Bretagne contre l’Allemagne. On permet à l’Italie d’aller contre le pacte et la Société des Nations ne va rien faire contre cette agression flagrante contre un État de la Société des Nations. C’est un retour à l’ancienne logique du Concert européen. Cela enlève le peu de crédibilité qu’il reste à la Société des Nations.

Tentatives françaises d’amélioration du système de sécurité[edit | edit source]

Il y a dans les années 1930, surtout du côté de la France, des tentatives d’améliorer dans un sens la sécurité. Tout ce que la France cherche à obtenir afin d’améliorer sa situation amène automatiquement à une énorme faiblesse de la Société des Nations. De même, le traité de Locarno qui est vue comme un élément de stabilisation peut aussi être vu comme un premier pas d’une politique qui cherche à résoudre les conflits en dehors de la Société des Nations. C’est un traité signé par les puissances, mais pas reconnu à l’interne de la Société des Nations même si un des points cardinaux est que l’Allemagne va entrer comme grande puissance comme membre permanent dans le Conseil de la Société des Nations. La période de l’entre-deux— guerres est un retour progressif à la logique qu’il y avait entre les États.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Profil de Sacha Zala sur Documents Diplomatiques Suisses
  2. CV de Sacha Zala
  3. Profil wikipedia de Sacha Zala
  4. Profil de Sacha Zala sur le site de l'Université de Berne
  5. Site personnel de Sacha Zala
  6. Schmitt, Carl, Marie-Louise Steinhauser, and Julien Freund. La Notion De Politique ; Théorie Du Partisan. Paris : Flammarion, 2009. p.91 — 92