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Les débuts de la gestion du système internationale : le concert européen et le nouvel internationalisme

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Nous allons tenter de comprendre le développement au XIXème siècle du secteur de la diplomatie multilatérale. Nous allons toucher l’internationalisme d’avant-guerre. Le « long XIXème siècle » est un concept de sciences historiques qui se définit avec la césure de la Révolution française en 1789 jusqu’à la Première Guerre mondiale. En même temps, on parle d’un XXème siècle allant de 1914 à la fin de la Guerre froide en 1989. Il y a un affrontement idéologique et politique entre le libéralisme et le conservatisme et plus tard dans la seconde moitié du XIXème siècle au socialisme. Vont être adoptés l’idée d’État de droit et l’établissement de la protection de la vie privée. Avec la révolution industrielle, au niveau économique, il y a de nouvelles structures avec la lutte des classes, un énorme élargissement de la consommation et le début de la mobilité sociale qui va devenir beaucoup plus importante dans la deuxième moitié du XIXème siècle. La démocratisation signifie qu’un élargissement de la formation scolaire obligatoire, l’intégration de nouvelles couches sociales au niveau politique avec de nouveaux électeurs hommes, la main d’œuvre devient plus important et il y a l’établissement et la formation d’une opinion publique. La globalisation se traduit par la dominance européenne qui se complète avec les États-Unis, le Japon et les dominions. L’adoption de cette dominance signifie un commerce au niveau mondial. Ce sont des éléments qui se développent de manière significative au XIXème siècle.

Parallèlement, il y a la rivalité entre les États qui se montrent dans le commerce et l’invention du calcul du produit national brut qui et une donnée statistique étant créée afin de comparer la puissance des États dans cette rivalité. Il y a aussi une rivalité démographique, avec la réintroduction de jeux olympiques en 1886, il y a l’idée d’entretenir une rivalité pacifique entre États-nations. Le nationalisme est l’adoption de l’idée de l’État national qui est quelque chose d’absolument de nouveau avec un État qui se veut homogène à l’intérieur et en concurrence extérieur. À la moitié du XIXème siècle va avoir lieu le réveil des petits peuples menant au cataclysme de la Première Guerre mondiale. Ce sont des petits peuples qui commencent à se nationaliser. Les faiseurs de paix à Paris en 1919 vont se retrouver confronté au problème de redessiner les frontières de l’Europe.

Le XIXème siècle est aussi un siècle dominé par la science, la technique et la technologie notamment avec l’invention de l’électricité, le début de la motorisation ainsi que la mise en place de normes et de standards au niveau international, l’invention de la télégraphie et la construction des réseaux de trains. Ces deux derniers éléments sont véritablement deux développements qui vont créer un réseau mondial, un monde se crée avec des réseaux. La pensée positiviste pense qu’il est possible de régler les problèmes avec la technologie. Ce positivisme dans la science se montre aussi dans la science historique notamment avec Ranke qui va établir la critique des sources.

Le concert des puissances européennes[edit | edit source]

Craig Murphy comme Madeleine Herren montre comment la communauté des États a évoluée au XIXème siècle à travers le processus de modernisation qui va influencer la diplomatie multilatérale. Ce changement est extrêmement important pour comprendre ce qui va se mettre en mouvement après la conférence de la paix à Paris en 1919 et l’établissement d’un nouvel ordre mondial avec les traités de paix et avec la création de la Société des Nations.

Après la Révolution française, l’accession de Napoléon va mener à la conduite d’un Empire français avec un impact déstabilisateur pour l’ordre monarchique européen. C’est une période où il y a de nombreuses monarchies avec comme exception les États-Unis et la Suisse. L’Europe, le continent connaît alors une série de guerres et une dévastation sans précédent, avec les guerres napoléoniennes.

Les cinq grandes puissances européennes en 1840 :

À la suite de la défaite de Napoléon, la paix et l’ancien ordre monarchique ont été réinstaurés. Cette restauration est un élément nouveau avec une série de congrès et de conférences multilatérales dont le plus connu est le congrès de Vienne de 1815. Les traités de Westphalie de 1648 ont été négociés pendant plusieurs années dans un contexte multilatéral. La dimension et la fréquence des congrès diplomatiques des puissances et quelque chose de nouveau après les guerres napoléoniennes. À travers le nouveau système de congrès internationaux, la paix a été restaurée de même que l’ordre interimpérial. C’est un mécanisme flexible qui s’est développé de manière naturelle dans le cadre de la coalition de guerre contre napoléon. Les pays membres de ce concert sont le Royaume-Uni, la Russie, l’Autriche et la Prusse. C’est la continuation de la quadruple alliance durant la guerre contre la France et Napoléon qui se développe dans la période de paix. Même si le pouvoir de ces quatre puissances était bien différent, elles se définissent comme grandes puissances. Afin de garder l’ordre international et européen, ces grandes puissances se déclarent autorisées à gérer et résoudre les questions de politiques européennes. Ce sont à ce moment principalement des questions territoriales. Du point de vue du droit international contemporain, il s’agit d’une usurpation et d’une ingérence dans les affaires des autres États qui sont des États souverains, mais qui ne peuvent participer à ce concert des grandes puissances. Cette pratique d’ingérence est appelée aussi « politique directoriale » basé sur la force militaire réelle des grandes puissances et n’était pas vraiment mise en discussion avec les autres États. Même l’envoyé suisse Kern pendant la grave crise de Neuchâtel en 1858 où le roi de Prusse fait valoir des droits dynastiques sur le canton de Neuchâtel. Kern ne remet pas en cause que seul une conférence des grandes puissances était jugée compétente pour remettre en cause une décision prise par les grandes puissances. Kern se réfère au protocole de Londres de 1853. Le concept d’État national se met en place au XIXme siècle même s’il n’est pas encore bien établi.

On destine trois phases :

  • une phase répressive allant de 1815 à 1823 suivant les guerres napoléoniennes est marquée par un cataclysme naturel avec l’explosion d’un volcan sur l’île de Java qui provoque un changement climatique au niveau global en 1816 qui entre dans l’histoire comme une année sans été. Le résultat fut la perte de beaucoup de récoltes et une crise alimentaire suivit par une rébellion dans les États restaurés. Il y a une répression de la monarchie envers les mouvements populaires.
  • une phase pragmatique de 1823 à 1848 : cette phase est marquée par une politique pragmatique du concert européen. Parallèlement à la révolution industrielle, surtout en premier lieu pour la Grande-Bretagne, il y a une dynamique économique très forte qui amène à une politique libérale de non-intervention. Selon cette politique pragmatique, le concert européen ne devrait se mettre en place que dans le cadre d’une menace contre la paix. Cette situation de calme relatif amène au début des années 1830 à une nouvelle situation historique. Les puissances européennes fondent deux nouveaux États souverains et indépendants qui sont la Grèce et la Belgique. Sont fondés des États nouveaux, mais on installe un monarque à leur tête. Le directoire des grandes puissances règle les destins des États européens même des États qui ne sont pas des États voisins. On commence à touche toute la carte européenne.
  • la phase du déclin de concert européen de 1848 à 1914 est en parallèle à la phase coloniale européenne. En 1848, l’Europe est touchée par des révolutions radicales, l’ordre international monarchique mis en place après la chute de Napoléon est déstabilisé par l’éveil de la société civile. Les guerres de réunification nationale en Italie entre 1860 et 1861 sont le risorgimento, et en Allemagne après la guerre franco-prussienne de 1870 et 1871, il y a un bouleversement complet de la situation en Europe et du concert européen. La guerre entre de grandes puissances du concert européen amène à une redéfinition de son rôle. Les conférences servent à régler les conflits impériaux et coloniaux entre les grandes puissances. Va être défini le droit international du XIXème siècle qui divise l’humanité en trois groupes très inégaux à savoir les nations civilisées qui sont les nations européennes, les nations barbares orientales et les nations sauvages. Cette subdivision des peuples va jouer un rôle important dans la paix de Paris en 1919 menant à l’établissement du système des mandats qui va s’établir dans le cadre de la Société des Nations. La mentalité d’une subdivision du monde amène à la en 1884 lors de la conférence de Berlin afin de se partager l’Afrique selon la doctrine de la terra nullius. Cette doctrine dit que chaque terre découverte et où aucune administration n’est menée, un État européen peut se l’approprier. Cette politique a mené à la colonisation brutale de l’Afrique et de l’Asie contre les populations indigènes. Les participants de cette conférence sont les puissances européennes avec les États-Unis et l’Italie.

L’interprétation des historiens sur le concert des grandes puissances est essentiellement négative, le système directorial est souvent antidémocratique, la Première guerre mondiale est la preuve de l’échec du concert européen qui était incapable de l’éviter. Néanmoins, on peut se demander si les Nations Unies aujourd’hui ne sont pas une continuation du principe directorial dans le cadre du Conseil de sécurité. Les historiens voient aussi dans le concert européen toute une série d’éléments innovateurs. Ces éléments ont contribué à développer la diplomatie multilatérale. Dans « Defenders of the Right » ? Diplomatic Practice and International Law in the 19th Century: An Historian’s Perspective », Schulz voit une ligne directe entre le concert européen et la création de la Société des Nations. Va se développer une diplomatie plurilatérale qui se distingue de la diplomatie multilatérale des grandes puissances. Schulz identifie qu’entre les conférences d’ambassadeurs qui ont lieu à Paris en 1814 et 1818 et les conférences de Londres sur les Balkan entre 1812 et 1813, on dénombre 42 conférences internationales formelles ce qui est un nombre conséquent. Ces conférences ont produit des centaines de cessions fixées dans les protocoles et les comptes rendus. Ce processus de fixer des normes mène à la production de textes qui ont formé le droit international. Le concert n’est pas simplement un lieu de rencontre entre les grandes puissances, mais intègre désormais des experts que l’on retrouve dans les théories de Madeleine Herren.

La gouvernance mondiale au sein des organisations internationales[edit | edit source]

Craig Murphy est un professeur de relations internationales et politologue travaillant étroitement avec des sources historiques. Il a cherché à analyser le développement des organisations internationales dans la deuxième moitié du XIXème siècle dans le cadre de la globalisation dans son ouvrage intitulé « ’International Organization and Industrial Change. Global Governance since 1850 ’'publié en 1994. Murphy analyse le phénomène de la gouvernance mondiale au sein des organisations internationales. Il identifie des agences mondiales intergouvernementales ouvertes à tout État souverain. Le travail de Murphy et l’interprétation des organisations internationales en tant que résultante des forces sociales s’appuyant sur la théorie du bloc historique de Antonio Gramsci étant une théorie marxiste s’appuyant sur l’analyse des classes.

Murphy a une analyse septique quant à la gouvernance mondiale. Il y a certaines organisations mondiales qui ont eu différents degrés de pouvoir interne, mais l’élément principal est les changements qu’il y a eu à travers le changement industriel. Murphy argumente que les organisations internationales ont favorisé le changement industriel capitalisme facilitant les infrastructures de transport et de communication en protégeant la propriété intellectuelle et réduisant les entraves au commerce mondial et économique. Ce sont des activités qui ont menée à l’idée d’internationalisme libérale. C’est une internationalisation du monde qui se développe parce qu’il y a des intérêts à créer du commerce. C’est une théorie qui s’appuie sur le processus d’industrialisation. C’est la raison pour laquelle les organisations internationales ont joué un rôle important dans le remplaçant périodique des innovations technologiques. À chaque fois qu’il y a eu un saut technologique, Murphy établit que de nouvelles organisations internationales ont émergées pour réguler ce nouvel acquis. Une des premières organisations est l’Union internationale de la télégraphie, c’est ce que Murphy appelle les Unions internationales.

Définition des organisations internationales[edit | edit source]

Pour Madeleine Herren, les organisations internationales sont des structures transfrontalières mondialisées qui fonctionnent comme acteur dans la société internationale civile et des États. Ces organisations internationales font parties des organisions mondiales. C’est un élément nouveau qui diffère du concert des nations. Des organisations internationales garantissent l’échange d’informations étant un des éléments principaux pour l’intérêt des États au développement international.

Les unions administratives internationales[edit | edit source]

International Telecommunication Union – 100th anniversary. U.S. stamp, 1965.

Les public international unions s’établissent au XIXème siècle et sont les prédécesseurs des organisations internationales gouvernementales. Ces organisations furent fondées à travers des traités intergouvernementaux. Il y a des gouvernements qui signent des traités entre eux. Les pays membres se rencontrent lors de conférences et vont financer un service administratif international qui leur sert comme organe exécutif. Contrairement aux organisations non-gouvernementales actuelles, les services sont placés sous la supervision de l’État où se trouve leur siège. L’Union internationale de la télégraphie établie à Berne est contrôlée de manière administrative par le Conseil fédéral suisse. Ces unions administratives, jusqu’à la fondation de la Société des Nations, sont consécutivement devenues des institutions spécialisées de l’ONU. Les plus importantes institutions sont l’Union télégraphique et l’Union postale. C’est un système différent de celui de la Société de Nations où il y a l’existence de réseaux intérieurs, avec l’ONU, ces organisations vont devenir des organisations spécialisées de l’ONU.

La différence aujourd’hui entre organisation gouvernementale et organisation non-gouvernementale reflète une situation de l’après-Deuxième Guerre mondiale qui ne marche absolument pas pour la période du XIXème siècle. Il y a une zone d’ambiguïté dans ce secteur caractérisant le réseau international du XIXème siècle. Murphy établit des théories complexes sur les différentes phases. Il se base sur les analyses de Antonio Gramsci qui élabore la théorie du bloc historique construisant le concept de l’internationalisme libéral qui est basé sur les idées que :

  • l’économie capitaliste tend à dépasser les frontières étatiques ;
  • l’interdépendance entre capitalisme, industrialisme et l’économie politique républicaine est nécessaire pour le bien être commun ;
  • les intérêts immanents des États nationaux freinent l’industrie.

Les nouvelles couches sociales qui se développent à partir de cette industrialisation ont des intérêts à créer des règles. Pour Murphy, ce n’est pas une vision idéaliste qui se base sur des penseurs comme Kant, mais ce sont des intérêts financiers et économiques qui vont pousser à ce développement. Avec le concert des puissances, il y a sept puissances au centre de l’analyse, avec l’approche de Murphy, l’objet d’analyse s’ouvre avec les organisations administratives parlant de conglomérats d’États européens et des États-Unis qui se réfèrent à une douzaine d’États. L’analyse des congrès internationaux amène à beaucoup plus de participants pour arriver même à des États non-souverains comme l’Égypte. Il y a quelque chose de nouveau et qui se met en place dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Selon Murphy, à partir des années 1860, les unions administratives internationales se sont développées jusqu’à la Première guerre mondiale.

Entre ce demi-siècle, il y a eu un phénomène qu’il n’y avait pas avant avec trente-quatre expositions internationales. Ces expositions internationales étaient l’émanation de ce qui caractérise ce XIXème siècle à savoir des lieux pour montrer l’avancement technologique et les nouvelles inventions tout en mettant les États en concurrence pacifique. Il y a un mouvement de quelque chose de nouveau cherchant à montrer les progrès qu’il y a surtout dans le champ technique. En même temps que les expositions internationales, il y avait des conférences internationales sur toute sorte de sujets et de thèmes. Madeleine Herren a publié en 2000 “Hintertüren zur Macht. Internationalismus und modernisierungsorientierte Außenpolitik in Belgien, der Schweiz und den USA 1865-1914.

Herren analyse trois pays, à savoir la Belgique, la Suisse et les États-Unis. En se penchant sur l’exemple de la Suisse et en faisant une comparaison avec les États-Unis et la Belgique, Herren a analysé comment des formes de nationalismes ont pris forme au XIXème siècle. Ces trois pays sont, à ce moment de l’histoire, des États neutres. Les États-Unis se déclarent indépendants en 1776 et en 1787, la Belgique s’établit en 1830 et la Suisse se donne une structure d’État en 1848. Ces pays étaient considérés comme libéraux formant assez vite des États de droit. Ces pays avaient beaucoup de succès dans le domaine économique étant très intégré dans le commerce mondial. Ces trois pays avaient pour leur temps des systèmes démocratiques avec des libertés politiques. Leur conscience nationale était dirigée vers une cohabitation multinationale. La Suisse et la Belgique étaient en directe concurrence pour leur rôle de précurseur pour leur rôle internationaliste en Europe. Ces trois pays étaient au XIXème siècle à la périphérie de puissances en faisant partie du concert des grandes puissances européennes à l’exception des États-Unis qui s’établissent comme grande puissance en 1898 suite à la guerre contre l’Espagne. Il y a de nouvelles formes d’organisation des échanges internationaux.

La structure du concert était une structure informelle et les contacts étaient instables, ponctuels et soumis au développement politique. Pour lutter contre cette contingence et cette situation assez faible, il y a dans la deuxième moitié du XIXème siècle des plateformes institutionnalisées de commerce entre États autour de nouveaux thèmes qui transcendaient les intérêts traditionnels de la diplomatie. Ces plateformes étaient établies de manière différente, mais marquées par une volonté de durabilité. Par exemple, l’établissement d’un bureau avec un siège et des rencontres plus ou moins régulières autour d’un sujet qui jusqu’à présent n’était pas l’objet de la politique internationale qui était seulement focalisé sur la grande politique et non sur des questions d’ordre technique. Ces nouvelles plateformes pouvaient être décrites comme de l’internationalisme gouvernemental. Ce sont de nouveaux thèmes et ce sont les États qui s’en chargent. Beaucoup de ces structures qui existent encore aujourd’hui prennent leur départ dans ce réseau. Un second changement important concerne la participation à ce réseau. Des États de petite et moyenne envergure prenaient part aussi à cet internationalisme. Des congrès et des conférences avaient aussi lieu hors de l’Europe. Ce que Herren appelle la périphérie du pouvoir pouvait aussi entrer dans ce réseau et surtout y participer activement.

Un nouveau mode de pratique des relations internationales[edit | edit source]

La première conséquence de cette galaxie qui se met en route est que l’idée de l’État souverain fait face à un élargissement d’un principe qui et celui du droit international public. La modernisation qui est à la base de ce système afin de régler de nombreux aspects au niveau supranational veut que ce réglage se fasse aussi dans les petits pays et les régions où il n’y a pas d’État souverain. La standardisation n’est pas primordiale. Ces organisations internationales techniques ouvrent leurs portes pour des États non souverains du point de vue théorique. L’Égypte est membre et a le droit de vote au sein de l’Union postale universelle même si l’Égypte à ce moment-là n’est pas un État souverain. Il y a un intérêt de régulation du marché et du commerce mondial.

Le mode traditionnel de la politique externe des grandes puissances était la diplomatie secrète. Les décisions importantes étaient prises entre peu d’acteurs menés dans des lieux des rencontres non publics. Les accords étaient pris en secret, dans pratiquement tous les traités il y a des clauses secrètes qui ne sont pas publiques. Les réseaux de ce nouvel internationalisme vont devenir publics avec des rencontres publiques, les résultats des débats et des discussions sont publiés accessibles par tout le monde. Le domaine public s’établit dans le secteur des relations internationales. Même ce secteur public caractérise le nouvel internationalisme qui se met en route dans la deuxième moitié du XIXème siècle. L’intégration du domaine public était l’expression dans la politique extérieure de la deuxième moitié du XIXème siècle étant aussi un élément de démocratisation de la politique publique internationale. Les États ne sont plus seulement un gouvernement qui gère la politique étrangère, mais il y a de plus en plus d’ingérences à travers les parlements.

L’interprétation normale qu’on fait passe d’une analyse que l’on fait entre États en concurrence à une analyse de nécessité de coopération. Le XIXème siècle est caractérisé par l’impérialisme et la course aux armements qui va de pair à une coopération technique qui semble apolitique. Les réseaux présents vont se mettre en place en 1919 avec la création de la Société des Nations qui reprend ce qui a été mis en route dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Le quatrième élément évoqué par Madeleine Herren est le changement lié à une politique hégémonique à de nouveaux thèmes de politique étrangère. Cela est sans doute la caractéristique centrale du nouvel internationalisme qui est une vaste étendue thématique touchant la politique étrangère qui jusqu’à présent ne l’était pas. Désormais, il y a une galaxie de conférences et d’organisations internationales qui n’était pas du domaine de la politique étrangère. Cette vaste étendue va se perpétuer dans le système de la Société de Nations et dans le système des Nations Unies. La diplomatie conventionnelle faisait partie de la nouvelle politique étrangère qui était du domaine des grandes puissances. Ce sont plutôt les États périphériques qui s’affirment dans ce domaine comme la Suisse et la Belgique qui trouvent dans ce nouveau phénomène une place afin de devenir actif et de s’assurer d’un certain pouvoir. Les organisations internationales au XIXème siècle étaient soumises au contrôle de l’État siège qui est un enjeu de pouvoir.

Ce nouveau phénomène international, par la force de choses, exige aussi de nouvelles personnes. Ce sont principalement des questions techniques qui ne ressortent pas des diplomates, mais des experts. C’est l’émergence de la figure des experts au niveau international. Cela amène à une revalorisation du rôle des experts qui montre l’élargissement de la politique extérieure à des groupes dans l’administration de l’État et même aux marges de l’appareil étatique. C’est avec la conférence de la paix à Paris en 1919 que les experts notamment avec la délégation américaine qui envoie une commission appelée l’« Inquiry » qui cherche à comprendre la complexité de la situation en Europe après la Première Guerre mondiale selon des critères scientifiques afin de chercher une paix durable et stable.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]