« Los problemas jurídico-políticos de la conquista II » : différence entre les versions

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== Jean-Jacques Rousseau ==
== Jean-Jacques Rousseau ==
{{Article détaillé|Jean-Jacques Rousseau et le nouveau pacte social}}
{{Article détaillé|Jean-Jacques Rousseau y el nuevo pacto social}}
[[Fichier:Jean-Jacques Rousseau (painted portrait).jpg|vignette|Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753 (alors âgé de 41 ans).]]


Jean-Jacques Rousseau, issu d’une famille genevoise d’horlogers, est élevé par son oncle dès l’âge de neuf ans. Il est d’abord apprenti greffier, puis placé chez un maître graveur. Rousseau quitte Genève à 16 ans pour Annecy, Turin, Neuchâtel et Chambéry et enseigne la musique. À Paris, en 1742, il rencontre Diderot et écrit des articles pour l’Encyclopédie. En 1750, il participe à un concours proposé par l'Académie de Dijon. Son Discours sur les sciences et les arts obtient le premier prix. En 1755, son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes achève de le rendre célèbre tout en suscitant, tout comme le premier discours, une vive polémique. Le Contrat social ainsi que l’Emile sont condamnés à être brûlés. Ces ouvrages sont interdits en France, aux Pays-Bas, à Genève, et à Berne. En 1766, il est invité en Angleterre par Hume. Il rentre à Paris en 1770. Depuis et jusqu’à sa mort, Rousseau vit dans la hantise d'un complot contre lui. Il entame alors son œuvre autobiographique. En 1778, Rousseau meurt subitement près de Paris.
[[Fichier:Jean-Jacques Rousseau (painted portrait).jpg|vignette|Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753 (entonces 41 años).]]


Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes est publié en 1755 posant les vraies questions sur la propriété et la propriété privée en générale. En 1762 est publié Du contrat social ou principe du droit politique. Rousseau critique les empires dans différents ouvrages, également dans les Confessions ou encore de l’Émile. Rousseau va formuler également une toute nouvelle conception du droit international classique. Sa réflexion sur la paix et sur la guerre va peut-être être la critique la plus radicale des grands empires européens.  
Jean-Jacques Rousseau, que proviene de una familia de relojeros de Ginebra, fue criado por su tío desde los nueve años. Primero fue aprendiz de un oficinista, y luego fue colocado con un maestro grabador. Rousseau dejó Ginebra a la edad de 16 años para ir a Annecy, Turín, Neuchâtel y Chambéry y enseñó música. En París, en 1742, conoció a Diderot y escribió artículos para la Enciclopedia. En 1750, participó en un concurso ofrecido por la Academia de Dijon. Su discurso sobre la ciencia y las artes ganó el primer premio. En 1755, su Discurso sobre el origen y los fundamentos de la desigualdad entre los hombres le hizo famoso y, al igual que su primer discurso, suscitó una viva controversia. Tanto el Contrato Social como el Emile fueron condenados a ser quemados. Estas obras están prohibidas en Francia, los Países Bajos, Ginebra y Berna. En 1766, fue invitado a Inglaterra por Hume. Regresó a París en 1770. Desde entonces y hasta su muerte, Rousseau vivió con el temor de un complot en su contra. Luego comenzó su trabajo autobiográfico. En 1778, Rousseau murió repentinamente cerca de París.


Rousseau est un éclectique ayant véritablement abordé des domaines aussi vastes que la musique, l’économie, que la philosophie ou encore le droit. Son ouvrage Du contrat social est peut-être l’ouvrage juridique majeur du XVIIIème siècle. Rousseau offre une critique morale des empires, de Grotius et de ses suivants. Il reformule toute la conception moderne du droit des gens. Sa conception du droit des gens repose sur des présupposés tout à fait différents de Grotius et Vattel. Rousseau repose sa réflexion et sa critique des empires sur trois fonctions :
En 1755 se publica el Discurso sobre el origen y los fundamentos de la desigualdad entre los hombres, en el que se plantean las verdaderas cuestiones sobre la propiedad y la propiedad privada en general. En 1762 se publica Du contrat social ou principe du droit politique. Rousseau critica a los imperios en varias obras, también en Confesiones o de l'Émile. Rousseau también formuló una concepción completamente nueva del derecho internacional clásico. Sus reflexiones sobre la paz y la guerra fueron quizás la crítica más radical a los grandes imperios europeos.
*il faut reposer sa critique des empires sur une anthropologie différente de Locke, Grotius ou encore Vattel ne concevant pas l’homme naturel comme étant un être de passions illimité, mais comme un être isolé, heureux et pacifique. Pour Rousseau, il n’y a pas de guerre entre les hommes, mais il n’y a de guerres qu’entre les États. Hobbes voyait les relations internationales comme l’extension des relations entre les hommes.  
 
*s’il n’y a de guerres qu’entre les États, il convient de reconstruire les relations entre États, en d’autres termes, reconstruire le droit des gens entre les nations.
Rousseau era un hombre ecléctico que realmente cubría campos tan vastos como la música, la economía, la filosofía y el derecho. Su obra Du contrat social es quizás la mayor obra legal del siglo XVIII. Rousseau ofrece una crítica moral de los imperios, Grocio y sus seguidores. Reformula toda la concepción moderna del derecho de las naciones. Su concepción de la ley de las naciones se basa en presuposiciones completamente diferentes a las de Grocio y Vattel. Rousseau basa su reflexión y su crítica de los imperios en tres funciones:
*le droit des gens ne peut naitre que de conventions mutuelles entre les nations, mais surtout elles doivent reposer sur l’idée centrale que les êtres humains sont de nature pacifique. Ne construisons pas un droit de la guerre et de la paix en partant du présupposé que la paix est impossible, en partant de l’idée que la guerre est éternelle. Il propose de codifier un droit des gens qui prévienne les situations de guerre parce que reposant sur des principes de respect et de tolérance entre les nations.  
* su crítica a los imperios debe basarse en una antropología diferente a la de Locke, Grotius o Vattel, quienes no concibieron al hombre natural como un ser de pasiones ilimitadas, sino como un ser aislado, feliz y pacífico. Para Rousseau, no hay guerra entre hombres, sino sólo entre estados. Hobbes veía las relaciones internacionales como la extensión de las relaciones entre los hombres.  
* si sólo hay guerras entre estados, es necesario reconstruir las relaciones entre los estados, en otras palabras, reconstruir la ley de los pueblos entre las naciones.
* Los derechos de las personas sólo pueden surgir de convenciones mutuas entre naciones, pero sobre todo deben basarse en la idea central de que los seres humanos son pacíficos por naturaleza. No construyamos una ley de guerra y paz suponiendo que la paz es imposible, suponiendo que la guerra es eterna. Propone codificar una ley de los pueblos que evite situaciones de guerra porque se basa en principios de respeto y tolerancia entre las naciones.  


Ces trois remarques introductives permettent d’expliquer le sens même de la critique des empires qui passe par l’affirmation du principe d’égalité. Toute l’œuvre de Rousseau est un grand plaidoyer pour l’égalité entre les hommes et pour l’égalité entre les peuples. Il transpose la vision de l’égalité entre les hommes à l’égalité entre les peuples. Autrement dit, pour Rousseau, il ne fait pas de sens de parler d’égalité entre les hommes si on ne parle pas également d’égalité entre les peuples. Fort logiquement, il va critiquer radicalement les empires parce qu’ils ne respectent pas le principe d’égalité fondamental entre les hommes et condamner toute forme de conquête et de domination impériale qu’il juge moralement et sur le plan éthique contestable.  
Ces trois remarques introductives permettent d’expliquer le sens même de la critique des empires qui passe par l’affirmation du principe d’égalité. Toute l’œuvre de Rousseau est un grand plaidoyer pour l’égalité entre les hommes et pour l’égalité entre les peuples. Il transpose la vision de l’égalité entre les hommes à l’égalité entre les peuples. Autrement dit, pour Rousseau, il ne fait pas de sens de parler d’égalité entre les hommes si on ne parle pas également d’égalité entre les peuples. Fort logiquement, il va critiquer radicalement les empires parce qu’ils ne respectent pas le principe d’égalité fondamental entre les hommes et condamner toute forme de conquête et de domination impériale qu’il juge moralement et sur le plan éthique contestable.  
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{{citation bloc|cependant, l’argent ne laissa pas de doubler bientôt en Europe ; ce qui parut en ce que le prix de tout ce qui s’acheta fut environ du double. Les Espagnols fouillèrent les mines, creusèrent les montagnes, inventèrent des machines pour tirer les minéraux, briser le minerai et le séparer ; et comme ils ne jouoient de la vie des Indiens, ils les firent travailler sans ménagement, l’argent doublât bientôt encore en Europe, qui n’avoit chaque année que la même quantité d’un métal qui étoit devenu la moitié moins précieux.}}
{{citation bloc|cependant, l’argent ne laissa pas de doubler bientôt en Europe ; ce qui parut en ce que le prix de tout ce qui s’acheta fut environ du double. Les Espagnols fouillèrent les mines, creusèrent les montagnes, inventèrent des machines pour tirer les minéraux, briser le minerai et le séparer ; et comme ils ne jouoient de la vie des Indiens, ils les firent travailler sans ménagement, l’argent doublât bientôt encore en Europe, qui n’avoit chaque année que la même quantité d’un métal qui étoit devenu la moitié moins précieux.}}


{{citation bloc|L’Europe n’est plus qu’une Nation composée de plusieurs, la France et l’Angleterre ont besoin de l’opulence de la Pologne et de la Moscovie, comme une de leurs Provinces a besoin des autres : et l’État qui croit augmenter sa puissance par la ruine de celui qui le touche, s’affaiblit ordinairement avec lui.}}
{{citation bloc|Europa es ahora sólo una Nación compuesta por muchos, Francia e Inglaterra necesitan la opulencia de Polonia y Moscovia, como una de sus Provincias necesita las otras: y el Estado que cree que aumenta su poder por la ruina de quien lo toca, ordinariamente se debilita con él.}}


Quelque part, les empires, l’utilisation de la conquête amène la destruction des pays qui succombent.  
En algún lugar, los imperios, el uso de la conquista lleva a la destrucción de los países que sucumben.  


{{citation bloc|La vraie puissance d’un Prince ne consiste pas ans la facilité qu’il a de conquérir, mais dans la difficulté qu’il y a à l’attaquer, et si j’ose parler ainsi, dans l’immutabilité de sa condition : mais l’agrandissement des Monarchies ne fait que leur faire montre de nouveaux cotés par où on peut les prendre.}}
{{citation bloc|El verdadero poder de un Príncipe no consiste en la facilidad que tiene para conquistar, sino en la dificultad que hay para atacarlo, y si me atrevo a decirlo, en la inmutabilidad de su condición: pero la expansión de las Monarquías sólo les muestra nuevos lados de los cuales pueden ser tomadas.}}


C’est une critique presque morale. Lénine disait « vous nous vendrez à crédit la corde pour vous pendre ». Les empires possèdent en eux les germes de leur propre destruction. Les États forts sont des empires peu étendus, un État étendu est un signe de désagrégation.
Es una crítica casi moral. Lenin dijo "nos venderás a crédito la cuerda para ahorcarte". Los imperios poseen en su interior las semillas de su propia destrucción. Los estados fuertes son pequeños imperios, un estado grande es un signo de desintegración.


{{citation bloc|si les grandes conquêts sont si difficile, si vaines, si dangereuse, que peut-on dire de cette maladie de notre siècle qui fait qu’on entretient partout un nombre désordonné de troupes ? elle a ses redoublement et elle devient nécessairement contagieuse, car sitôt qu’un État augmente ce qu’il appelle ses forces, les autres soudain augmentent les leurs, de façon qu’on ne gagne rien par là que la ruine commence [] Nous sommes pauvres avec les richesses et le commerce de tout l’Univers, et bientôt, à force d’avoir des soldats, nous n’aurons plus que des soldats, et nous sommes comme des Tartares.}}
{{citation bloc|si las grandes conquistas son tan difíciles, tan vanas, tan peligrosas, ¿qué se puede decir de esta enfermedad de nuestro siglo que hace que un número desordenado de tropas se mantenga en todas partes? Tiene sus repeticiones y se vuelve necesariamente contagiosa, pues tan pronto como un Estado aumenta lo que llama sus fuerzas, los otros aumentan repentinamente las suyas, de modo que nada se gana y comienza la ruina [...] Somos pobres con la riqueza y el comercio de todo el Universo, y pronto, a fuerza de tener soldados, sólo tendremos soldados, y somos como los tártaros.}}


==Abbé Raynal==
==Abbé Raynal==

Version du 28 décembre 2020 à 09:32


El hombre que retomó las teorías de Vitoria y que formuló por primera vez los fundamentos del derecho internacional clásico, que ofrecía a los grandes imperios europeos una verdadera visión política y jurídica del imperio, es Grocio. Grocio es el fundador, el primer gran teórico de los imperios europeos modernos que es el fundador del derecho internacional clásico.

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Grotius

Hugo Grotius
Retrato de Michiel Jansz. van Mierevelt (1631).

Hugo de Groot, conocido como Grotius, nació el 10 de abril de 1583 en Delft (Provincias Unidas). Un hombre de cultura universal. Entre 1594 y 1601, estudió derecho en Université́ en Leiden y se convirtió en abogado en La Haya en 1598. En esta capacidad, llevó a cabo una misión diplomática en Francia y fue nombrado, de 1601 a 1607, historiador oficial de Holanda. Desde 1600, también se convirtió en consejero del gran inquilino Jean d'Oldenbarnevelt. En 1619, es entrainé́ en el otoño de este último, es encarcelado y se escapa de la prisión (luchas religiosas). En 1621, se exilió en París, donde frecuentó el círculo de Marin Mersenne. Ahora vive en el exilio, en qualité́ como embajador sueco desde 1634. Muere en Rostock después de un naufragio en 1645.

El espacio marino, la libertad de los mares y la cuestión del mar territorial

HugoGrotius-MareLiberum-1609.jpg

La primera obra que se descubrirá en el siglo XIX en 1868, pero escrita en 1604 y con un capítulo publicado en 1609 es Mare liberum de De Indis. La otra obra es la de 1625 De Jure Belli ac Pacis en la que Grocio expondrá su doctrina, su teoría y simplemente su visión de las relaciones entre los Estados. Esta obra es considerada como la "biblia" del derecho internacional clásico, que ofrece a las potencias europeas, a los diplomáticos y a los grandes juristas europeos un sistema y una visión extremadamente precisa del orden internacional.

Entre 1609 y 1625, Grocio cambiará su punto de vista. La redacción del Mare liberum tuvo lugar en el momento más álgido de la guerra entre España y las Provincias Unidas, que correspondió al período del surgimiento del Imperio Británico. Si Grocio publica el duodécimo capítulo Mare liberum de De Indis en 1609 mientras no publica el resto de la obra, se debe a un acontecimiento que tiene lugar en 1603. En 1603, los holandeses abordaron un barco portugués en una zona de la actual Indonesia que estaba causando gran controversia entre las naciones europeas. Una decisión judicial atribuyó la carga de este barco portugués a la Compañía de las Indias Orientales y el gobierno portugués apeló. La Compañía de las Indias Orientales pide a Grotius que dé su opinión sobre la ley. Es un gran, famoso y temido abogado. En 1604, escribió el De Indis, o De jure praedae, que en francés significa "El derecho de tomar", es decir, bajo qué condiciones se puede tomar algo. En el Mare liberum, uno de los objetivos de Grocio es mostrar que los holandeses tienen derecho a comerciar y establecerse en el Este, ya que los portugueses no pueden invocar una razón justa para frenar e impedir que los holandeses comercien. Es interesante ver cómo procede Grocio. Defiende un argumento a favor de los holandeses sobre la base de la jurisprudencia romana, medieval y contemporánea, así como de la teología española, recurriendo a Vitoria para una serie de argumentos.

El primer argumento utilizado por Grocio es que es imposible que un país se apropie del océano. El mar no pertenece a nadie. Basa su argumento en la ley romana, que establece que el mar era una res communis es algo común a todos. A partir de ese momento, hará una distinción sumamente interesante de la que seguimos dependiendo hoy en día, que es la distinción entre la propiedad del mar y la jurisdicción sobre una parte del mar. Esto nos recuerda el equivalente actual de las aguas territoriales. Le debemos a Grocio la ingeniosa idea de que, aunque el mar no puede ser propiedad de nadie, puede sin embargo ejercer jurisdicción sobre un tramo de mar cercano a él.

El segundo argumento es que los pueblos asiáticos tienen su propia soberanía. Grocio sostiene que los portugueses no tienen propiedad ni soberanía sobre las islas que han conquistado en el sudeste asiático. Las áreas sobre las que navegan los holandeses no pueden ser declaradas propiedad de los portugueses. Grocio añade que los pueblos encontrados tienen el derecho de propiedad sobre estas tierras.

La línea divisoria según la burbuja Inter cætera (en líneas punteadas), según el Tratado de Tordesillas (en púrpura), y su extensión según el Tratado de Zaragoza (en verde).

El tercer argumento es que, como buen protestante, está desafiando a los portugueses por el derecho de propiedad sobre la India a las escrituras de donación del Pontífice. Cuestiona la bula inter caetera de 1493 que afirmaba que los portugueses y los españoles eran los propietarios de los territorios donados descubiertos o por descubrir después de las Azores. La base legal que invoca una declaración del Papa es nula y sin efecto.

El cuarto argumento se refiere a la libertad de comercio, que es un derecho natural y, por tanto, un derecho fundamental, y que todo país que impida la libertad de comercio viola un derecho natural, viola un derecho fundamental en el orden del jus gentium. Por lo tanto, un impedimento para la negociación y el comercio es una causa justa para la guerra.

Estos cuatro argumentos son fuertes y poderosos, y se repiten y detallan en el Mare liberum. Grocio no es el mal pensador de los grandes imperios modernos, sino el fundador del derecho internacional clásico, pero ha establecido, voluntaria o involuntariamente, una visión a medida, y los grandes imperios europeos han encontrado en la teoría e ideología grotesca argumentos para justificar su concepción o modelo imperial de imperio. En cierto modo, las acciones tienen que encontrar justificación en el ordenamiento jurídico. Es por eso que incluso los grandes imperios que tenían poder tenían que encontrar una justificación. Grocio les proporcionó toda una gama de argumentos legales para justificar la conquista europea.

En 1609 Grocio publicó su libro Mare liberum. Los cuatro argumentos son:

  • Imposibilidad de apropiarse de los mares;
  • la soberanía de los indios debe ser garantizada;
  • reta a los portugueses por la propiedad de estos territorios bajo la Bula Inter Caetera de 1493;
  • afirmación de la libertad de conquista que, si esta libertad fundamental es violada, entonces justifica la guerra.

« Capítulo II - Los portugueses no tienen, por medio del descubrimiento, ningún derecho de propiedad sobre las regiones donde navegan los holandeses. »

Grocio defenderá los derechos de propiedad de los indios estando al frente de la crítica al derecho de conquista y al derecho de descubrimiento. Él va a discutir en Vitoria.

« Y en primer lugar, si afirman que estas tierras les pertenecen como recompensa por el descubrimiento (inventionis) que han hecho de ellas, no hablan ni según la ley ni según la verdad. Encontrar, en efecto, no consiste en usurpar los ojos solamente, sino en aprehender en la realidad, como nos muestra una epístola de Gordiano (L. SI baratorm, C. De fidejuss. ); de ahí que los gramáticos consideren que las dos palabras encontrar y ocupar (inventar y ocupar) tienen el mismo significado; finalmente, todo el latín que hemos aprendido nos dice que inventar es lo contrario de perdere. »

Una crítica a los portugueses continúa:

« es además un principio que el descubrimiento no da derecho a las cosas que antes no pertenecían a nadie (L. 3, ff. De acq. Rer. Dom.). Ahora bien, los indios cuando los portugueses llegaron a su país, aunque eran idólatras, en parte mahometanos, y por consiguiente profanados por graves errores, tenían sin embargo la perfecta propiedad de sus bienes y posesiones, propiedad que no les podía ser arrebatada sin justa causa (Covarruvias, en cap. Peccatum, §.10, n. 2, 4 y 5). »

Estamos en la lógica de Vitoria, con una súplica, ciertamente, instrumentalizada, pero una súplica a favor de los indios.

« Por último, los indios orientales no son ni fieros ni estúpidos, sino hábiles e industriosos, de modo que ni siquiera se puede sacar de su carácter un pretexto para subyugarlos, un pretexto que no dejaría de ser, por sí mismo, de iniquidad manifiesta. »

Se puede ver la fuerte influencia de Vitoria.

« Capítulo III - Los portugueses no tienen derechos de propiedad sobre la India, como una donación del Sumo Pontífice »

La Bula inter caetera de 1493 no es una base invocable para justificar la posesión. Grocio es un protestante que no reconoce la autoridad del Papa de ninguna manera.

« Pero, si tuviera tal poder sobre el mundo, no podría ejercerlo todavía con la razón, contento como debe ser de su jurisdicción espiritual que no puede en modo alguno ser concedida por él a los príncipes seculares [...] Sigue de ahí, según la opinión de Cayetano, reportada en el capítulo IV más abajo, de Victoria y de la mejor parte de los teólogos y canonistas, que la donación de las Indias por parte del Papa no es un título que se deba poner en contra de sus habitantes, como si él hubiera sido el amo absoluto para disponer de ellas, ni se les puede quitar con el pretexto de que no reconocen la autoridad del soberano pontífice: y esto es tan cierto, que nunca se ha invocado tal título para robar a los sarracenos. »

El capítulo IV se titula "Los portugueses no tienen derechos de propiedad en la India a causa de la guerra". Por lo tanto, no pueden invocar una acción, un estado de cosas, para justificar la guerra, no hay causa justa para la guerra. Aclara su pensamiento:

« Así pues, como aquí falta la posesión y cualquier título para obtenerla, como además la propiedad y la riqueza de los indios no pueden considerarse ni como sin dueño, ni (mientras les pertenezcan) como aprehendidos por otros con justicia, se deduce que las poblaciones indias de las que hablamos no son en modo alguno propiedad de los portugueses, sino que son libres y gozan del pleno ejercicio de sus derechos. Esto es, además, algo que los propios médicos españoles no dudan. (Victoria, en la parte final. 2, 1 relevo. De Indis.). »

Grocio afirma el derecho de los indios a ser propietarios, negando a los portugueses cualquier legitimidad en la conquista de las tierras indias.

Este gran jurista, fundador del derecho internacional clásico y teórico involuntario de la expansión europea, modificará gradualmente su punto de vista en una dirección más eurocéntrica e intransigente. Modificará su juicio, especialmente bajo la presión del nuevo orden internacional que comienza en 1615 - 1618. A partir de 1615, Grocio estará marcado por la guerra anglo-holandesa. La guerra anglo-holandesa de 1613 a 1617 tuvo un gran impacto en Grotius. Como holandés y cercano a la Compañía de las Indias Orientales, endureció su posición.

Grotius de jure 1631.jpg

Esto es un cambio en varias áreas clave. Entre "Mare liberum" de 1609 y "De iure belli ac pacis" de 1925, hay una diferencia. La defensa de los intereses holandeses explica en parte esto, pero no sólo. Estamos en Europa en medio de la Guerra de los Treinta Años y Grocio está horrorizado por lo que ve en la Europa dividida, por lo que su posición intelectual también ha evolucionado.

Encontramos el argumento clásico en "De iure belli ac pacis" tomado de "Mare liberum":

  • El descubrimiento de los territorios ocupados por estos pueblos no cristianos no da ningún derecho particular;
  • Los europeos, en principio, deben obtener de los gobernantes locales la autorización para establecerse allí;
  • los europeos pueden obtener tratados comerciales exclusivos que les dan derechos comerciales exclusivos.

Estas tres líneas principales de augurios no son fundamentalmente diferentes de las expresadas en el Mare liberum. En los libros II y III, Grocio modifica cada vez más su concepción del derecho de gentes. Jus gentium" se llamará más tarde "derecho internacional público". Su concepción no estará exenta de implicaciones para los pueblos indios a los que se supone que debe defender y a los que defendió en 1609.

Su razonamiento se basa en cuatro puntos:

  • el punto de partida de su razonamiento es la afirmación de la sociabilidad natural de los hombres, es muy aristotélico en este sentido, porque la naturaleza humana le lleva a ir hacia sus semejantes;
  • Por analogía, el orden internacional está formado por Estados que se inclinan naturalmente por la sociabilidad natural. Considera que si se establecen las condiciones "marco" para regular el orden internacional, la sociabilidad que se encuentra entre los individuos puede encontrarse en las relaciones entre los Estados.
  • así que la ley de las naciones es una ley basada en convenciones. Es un derecho construido por los hombres para los Estados. Como tenemos que encontrar un método de regulación para los estados, tenemos que construir la ley. El derecho internacional público es simplemente el producto de las convenciones humanas. En otras palabras, puede ser creado por los hombres para los estados. Es un derecho que él llama "voluntario humano". El conocimiento del derecho de las naciones ya no es un conocimiento a priori, sino que lo que se fundamenta en el jus gentium es la jurisprudencia, o la práctica del derecho. Esto tiene consecuencias.
  • los sujetos de la ley de las naciones son sólo estados. Grocio hace que los estados sean los únicos agentes del derecho de las naciones.

Grocio ofrece una visión del derecho internacional clásico cuya finalidad es regular las relaciones entre los Estados, pero que puede ser modificado por los órganos competentes de los órganos en cuestión. Hacer de los Estados los agentes del derecho de las naciones y los promulgadores del derecho de las naciones conduce a la cuestión central de qué es un Estado, de quién tiene derecho a llevar el título de Estado.

Su definición de Estado excluye toda población que no esté organizada con un gobierno, órganos específicos, ordenamiento jurídico, historia o cultura. Da una definición clásica de Estado, pero una profundamente europea. Grocio nos ofrece la visión de un orden internacional fundado por europeos para europeos. Podemos ver que la concepción de Grocio sobre los derechos de las personas puede describirse en forma y fondo como eurocéntrica, como si el proceso de construcción del Estado fuera irreversible.

El primer ejemplo muestra que Grocio desarrolla un argumento sobre el derecho a imponer sanciones que no carece de consecuencias para los pueblos indígenas. La pregunta que Grocio intenta responder es: Los Estados son sujetos de jus gentium, pero ¿bajo qué condiciones pueden hacer la guerra? En sus reflexiones sobre el derecho a imponer sanciones, tiene una declaración sumamente importante que hacer, a saber, que la entidad, el Estado, la comunidad que no respete ciertos principios fundamentales del derecho natural puede ser objeto de guerra. Los pueblos de Europa son blanco de ataques, ya sea voluntariamente o no.

« Así pues, no tenemos ninguna duda de que las guerras son justas contra los que no tienen piedad de su padre o de su madre, como lo fueron los Sogdianos, antes de que Alejandro les hiciera olvidar esta ferocidad (Plutarco, De fortuna. Alex.); contra los que no se alimentan de carne humana, costumbre de la que Hércules obligó a los antiguos galos a abstenerse, según el relato de Diodoro; contra los que practican la piratería. "Si no ataca a mi país, dice Séneca, sino que oprime al suyo; si, demasiado lejos de mis conciudadanos, atormenta a los suyos, tal depravación moral ha roto, sin embargo, todo entre nosotros" (lib. VII. De Benef.). "Son de la opinión, dice Agustín, que se decretarán crímenes para ser cometidos de tal manera que, si cualquier estado de la tierra decretara, o hubiera decretado, tales crímenes, la raza humana ordenaría su destrucción" (lib. V, De Civ. Dei). Por lo que se refiere a estos bárbaros, que son bestias salvajes más que hombres, se puede decir con razón lo que Aristóteles dijo mal de los persas, que no eran en absoluto inferiores a los griegos: que la guerra contra ellos es natural; y lo que dijo Isócrates, que la guerra más justa es la que se hace sobre las bestias feroces, y luego sobre los hombres que se parecen a las bestias feroces (Panathen. Orat.). »

Este justo motivo de guerra, o aquellos que no respetan los usos y costumbres, una parte de los pueblos conquistados, de una cultura radicalmente diferente a las culturas europeas, pueden ser exterminados como bestias feroces. Esto está muy lejos del Grocio que defendía los derechos de los pueblos indígenas. Se trata de un Grocio con una visión muy eurocéntrica, y podemos ver que el derecho a imponer sanciones tiene consecuencias importantes para los pueblos indígenas.

El segundo ejemplo es la discusión de Grocio sobre los derechos de propiedad, donde deja su postura de 1609 adoptando otro enfoque extremadamente importante. Analiza el derecho de ocupación, y por lo tanto el derecho de propiedad, ya no desde el punto de vista de las cualidades morales e intelectuales de los amerindios. No se pregunta si son hombres o no, pero se acepta que son seres dotados de derechos naturales. Ya no analiza el derecho de ocupación desde el punto de vista de las cualidades intelectuales de los americanos, como si están dotados de razón o si respetan los derechos naturales, sino desde el punto de vista del ejercicio de sus derechos. Para él, la cuestión es si los pueblos indígenas han ejercido realmente sus derechos, en particular sus derechos de propiedad. Según Grocio, si no se ejerce, se pierde.

Grotius preguntará si los pueblos indígenas han ejercido efectivamente su derecho a la propiedad en esos territorios. Grocio establece un vínculo central en la historia del derecho y del derecho internacional, pero también en toda la historia de los grandes imperios europeos. Para él, ¿cómo se puede medir si se ha ejercido un derecho de propiedad? Se ejercía si el territorio en cuestión era cultivado. Lo que no se cultiva no se posee.

« Que si en el territorio de un pueblo hay algunas tierras desiertas y estériles, debe también concederse a los extranjeros que lo soliciten; e incluso puede ser válidamente ocupado por ellos, porque no se debe considerar como poseído, lo que no se cultiva. No hay ninguna reserva excepto en cuanto a la jurisdicción, que permanece totalmente en manos de los antiguos. »

Esta terrible sentencia tendrá consecuencias dramáticas en el orden internacional. La posición de Grocio con respecto al derecho de propiedad que defendió en 1609 cambió significativamente. El llamado argumento del "cultivo de la tierra" es un argumento que ahora está siendo tomado por aquellos que alguna vez fueron sus víctimas. En Bolivia y Chile, las sentencias de la Corte Suprema han invocado estos argumentos. El argumento de Grocio se utiliza para reclamar la propiedad de ciertas tierras.

Este segundo ejemplo muestra que Grocio, sin embargo, ha modificado y endurecido su visión de la propuesta correcta del pueblo. Estos dos ejemplos muestran la medida en que Grocio trabaja y abre la puerta a una interpretación expansionista del derecho internacional. Admite la idea de que los pueblos indígenas pueden ser independientes al tener el imperio, si les da la posibilidad de celebrar tratados y alianzas, abre la puerta a los derechos de propiedad para estos pueblos.

Grocio es consciente de que debe proponer una nueva visión de la paz y la guerra. En la última parte de su libro propondrá una nueva teoría de la guerra o una nueva visión y definición de la guerra, pero más precisamente de la guerra justa. Ha reafirmado, a la vez que ha restringido los derechos de los pueblos indígenas, ha hecho de los derechos de los pueblos un derecho construido. Es consciente de que en su segundo libro de 1624 "barajó las cartas" autorizando el uso de la fuerza en ciertos casos. Sabe que debe proponer una nueva doctrina de guerra justa.

¿En qué casos se justifica la guerra? Sabe que debe acompañar su reflexión sobre el derecho de las naciones con una reflexión sobre la guerra. La visión expansionista del derecho de las naciones va acompañada de una completa redefinición de la doctrina de la guerra justa.

Augustin, St. Augustine History Museum, Floride.

Es una antigua doctrina que se remonta a San Agustín en el siglo IV. La gran fuerza y la mayor contribución de Grocio es reformular en términos legales la guerra y codificarla. Fundamentalmente, su enfoque, tal vez porque percibió ciertas consecuencias, apunta a restringir y enmarcar la guerra, a limitar su alcance. Afirma dos argumentos centrales alrededor de los cuales estructurará su teoría de la guerra justa:

  • "La guerra es ante todo una relación entre estados, ya no una relación entre individuos. Este argumento tiene dos consecuencias: por una parte, la elección de hacer la guerra ya no pertenece a los individuos, sino al Estado [1]; por otra parte, rechaza el criterio de la recta intención [2], la idea de que la entrada en la guerra es por una buena causa. Para Grocio, sin embargo, los estados no tienen ninguna intención.
  • La distinción entre jus ad bellum y jus in bello. Grocio quería enmarcar el uso de la fuerza, para limitar y repensar la guerra desde la guerra justa que se lleva a cabo a través de esta división. Eventualmente afirmará que una guerra justa es una guerra que cumple con los criterios de jus ad bellum y los criterios de jus in bello.

En lo que respecta al jus ad bellum, una guerra puede ser justa si cumple seis condiciones:

  1. Debe ser luchado por una causa justa. Cabe señalar que Grocio rechazará la idea misma de la guerra preventiva. Grocio no irá tan lejos como para decir qué sucesores dirán que cuando uno anticipa una agresión es posible atacar preventivamente. La razón es simple porque cree que la percepción de la anticipación es subjetiva;
  2. si es decidido por una autoridad competente;
  3. si se declara públicamente;
  4. si constituye la ultima ratio;
  5. si la guerra es una respuesta proporcional a la agresión#
  6. si tiene una oportunidad de éxito.

En cuanto al jus in bello, una guerra es sólo si se cumplen ciertas condiciones:

  • es necesario que los estados respeten la discriminación entre combatientes y no combatientes. Le debemos a Grocio esta distinción fundamental del derecho internacional humanitario.
  • Grocio había hablado del exterminio como bestias feroces, pero propuso el principio de proporcionalidad en la respuesta, es decir, la proporcionalidad de los medios empleados. No se puede arrasar una ciudad si se quiere atrapar a los culpables. En otras palabras, no se puede hacer todo militarmente en la guerra.

Estamos en medio de la Guerra de los Treinta Años, que fue un horror absoluto en Europa. De 1618 a 1648, fue una guerra que ocupó el Sacro Imperio Romano Germánico y asoló el corazón de Europa, viendo como se ponían en práctica políticas de limpieza étnica, con el uso del arma de la violación como medio para hacer la guerra. Era un reino de horror absoluto.

Grocio inaugura una vasta reflexión sobre la idea de la guerra justa desde el punto de vista del jus ad bellum y los chismes desde el punto de vista del jus in bello. Grocio tuvo la intuición de reconocer que una guerra puede ser justa en ambos lados siendo plenamente consciente de que la justicia es una noción subjetiva y que la guerra puede ser considerada justa en ambos lados. Esto lo llevará a postular un jus post bellum defendiendo la idea de que no se puede hacer todo en la guerra porque si se acepta la idea de que cada bando cree que su causa es justa, la guerra no puede aniquilar al enemigo. La guerra debe permitir mantener un cierto número de derechos en ambos lados. Grocio es consciente de que si el enemigo es totalmente destruido, ya no se puede hacer la paz con él. De alguna manera, no se puede hacer todo cuando se hace la guerra porque los vencidos también tienen derechos, porque su percepción también puede haber sido correcta. Debido a que la justicia de una guerra puede ser percibida como tal por ambas partes, deben crearse las condiciones para que la paz sea posible y en la guerra no todo está permitido y no todo es posible.

En los prolegómenos, Grocio afirma la sociabilidad del hombre en los párrafos 6 y 7. En el capítulo III del libro I: "Así como el sujeto común de la vista es el cuerpo, y si su sujeto propio es el ojo, así el sujeto común de la soberanía es el estado, que hemos definido anteriormente como una asociación perfecta". El Estado es el sujeto del derecho de las naciones y del derecho internacional público. El derecho de las naciones es el sujeto del estado.

En el capítulo III, Grocio retoma algunos de los argumentos del Mare liberum. También repetirá una distinción de Vitoria, que aclarará: "Es por lo tanto de la ocupación, que, desde aquellos tiempos primitivos, es la única manera natural y original de adquirir, que tenemos que hablar. En cuanto a lo que no pertenece propiamente a nadie, hay dos cosas que son susceptibles de ser ocupadas: la soberanía y la propiedad, en contraposición a la soberanía". Distingue entre juridicio e imperium. Esto permite a Grocio decir que algunas personas tienen propiedad y no soberanía y no viceversa.

« Hemos dicho anteriormente que en lugares ya ocupados desde el punto de vista de la soberanía, el derecho a adquirir por ocupación bienes muebles puede ser impedido por la ley civil. Este derecho existe, de hecho, en virtud de un permiso de la ley natural, y no en virtud de una disposición obligatoria que prescriba que siempre debe ser así. Porque la sociedad humana no lo requiere. Si alguien dice que este permiso parece ser una regla del derecho de las naciones, le respondería que, aunque fuera o hubiera sido comúnmente aceptado en algún punto del universo, esta práctica no tendría la fuerza de una convención entre todas las naciones, sino que constituiría una ley civil observada por varias naciones consideradas en particular, y que cada una podría abrogar. Hay muchas otras cosas que los juristas consultados dicen que son la ley de las naciones, cuando tratan con la división de las cosas y la adquisición de propiedades. »

En el capítulo III del libro II, párrafo 12, reafirma los argumentos del Mare liberum: « Lo cierto es que quien se ha apoderado del mar por ocupación no pudo impedir la navegación pacífica e inocente, ya que no se puede prohibir ese paso, ni siquiera por tierra, aunque suele ser menos necesario y más peligroso. ».

« debe saberse también que los reyes, y los que tienen igual poder que los reyes, tienen derecho a imponer penas no sólo por las injurias cometidas contra ellos o sus súbditos, sino también por las que no les afectan particularmente, y que violan excesivamente el derecho de la naturaleza o de las personas hacia cualquiera. Porque la libertad de ejercer el poder mediante castigos en interés de la sociedad humana, que en un principio, como hemos dicho, pertenecía a los individuos, ha quedado, tras el establecimiento de Estados y jurisdicciones, en manos de poderes soberanos, no propiamente porque manden a otros, sino porque no obedecen a nadie. »

En otras palabras, la guerra es posible y es justo contra aquellos que violan ciertas leyes naturales que hoy llamamos ciertas leyes fundamentales. Un estado soberano puede ir a la guerra porque otros estados violan los derechos naturales. Esto se aplica a las comunidades indígenas que tienen un modo de vida que viola las leyes naturales tal como las ve Grocio. La afirmación de esta propuesta allanará el camino para la conquista europea porque justificará la intervención de las potencias europeas contra las poblaciones que violen los derechos de los pueblos y que violen el derecho natural.

Grocio ofrece una visión de la guerra, la paz y, sobre todo, los derechos de las personas. Es una visión que permite justificar la aventura imperial y expansionista de Europa, pero algo faltaba en la teoría de Grocio, a saber, la afirmación de que la propiedad es un derecho natural. Grocio dijo que la violación de un derecho natural era una causa justa para la guerra, pero no "enumeró" los derechos naturales. No había afirmado la naturaleza inalienable e inalienable del derecho de propiedad. Un hombre que reafirmaría la importancia del derecho a la propiedad con la posibilidad de hacer la guerra si este derecho no se respetaba y propondría una visión de la historia de la humanidad y una visión histórica de los estados que podría justificar las conquistas europeas fue John Locke.

La redefinición del derecho de los pueblos: la tesis de Grocio y las contribuciones de Locke y Vattel

John Locke

John Locke

Dos de las propuestas de Locke refuerzan la visión imperial de Grocio:

  • afirmación de que el derecho a la propiedad es un derecho natural, pero sobre todo que es el deber de los estados protegerlo. Locke llevará la teoría de Grocio a su término haciendo del derecho de propiedad un derecho natural fundamental que obliga a los Estados a afirmar que es el deber de los Estados defender el derecho de propiedad. Locke reforzará el argumento de Grocio, por ejemplo, haciendo de la corona británica el garante de las propiedades británicas e inglesas en el imperio. El derecho del pueblo de Locke se entiende como un movimiento para preservar las posesiones y propiedades de los colonos y el estado.
  • La teoría de Locke sólo tiene sentido si se entiende en su sentido historicista de los estados. En otras palabras, retomará y reforzará los argumentos de Grocio sobre la propiedad, pero propondrá una visión de la historia que justifique la empresa de la colonización. Propondrá una visión de la historia por etapas. Locke propondrá una visión de las "civilizaciones" que es evolutiva y progresiva en el desarrollo de las grandes "culturas". Concebirá la historia de los Estados como una historia progresiva. Encontrará un ejemplo del estado de la naturaleza que justifica esta concepción.

« 49. Al principio, todo el mundo era como una América, e incluso más en el estado que acabo de asumir, de lo que esta parte de la tierra recién descubierta es hoy. Porque entonces no había ni idea de lo que era el dinero. Y es de notar que tan pronto como se encontró algo que tenía el lugar del dinero de hoy en día con otros, los hombres comenzaron a extender y ampliar sus posesiones.

50. Pero como el oro y la plata, que naturalmente son tan poco útiles para la vida del hombre, comparados con la comida, la ropa y otras necesidades similares, han recibido un cierto precio y valor, con el consentimiento de los hombres, aunque después de todo, el trabajo contribuye mucho a este respecto, es evidente, por una consecuencia necesaria, que el mismo consentimiento ha permitido posesiones desiguales y supuestamente proporcionadas. Porque en los gobiernos en los que las leyes lo regulan todo, cuando se ha propuesto y aprobado un medio para poseer justamente, y sin que nadie pueda quejarse de que es perjudicial, más cosas de las que se pueden consumir para el propio sustento, y ese medio es el oro y la plata, que puede permanecer eternamente en las manos de un hombre, sin que lo que tiene, más allá de lo que necesita, corra el peligro de pudrirse y descomponerse, el consentimiento mutuo y unánime hace justo los pasos de una persona que, con dinero, amplía, extiende, aumenta sus posesiones, tanto como quiera.

51. 51. Pienso, pues, que hoy en día es fácil ver cómo el trabajo, en los comienzos del mundo, podía haber dado un derecho de propiedad sobre las cosas comunes de la naturaleza, y cómo el uso que las necesidades de la vida obligaban a hacer de ellas regulaba y limitaba este derecho, de modo que entonces no podía haber disputa sobre las posesiones. La ley y la conveniencia siempre han ido de la mano. Para un hombre que tiene derecho a todo aquello para lo que puede usar su trabajo, tiene pocas ganas de trabajar más de lo que necesita para su mantenimiento. Por lo tanto, no podría haber ningún tema de disputa en relación con las reclamaciones y la propiedad de otros, y ninguna oportunidad de invadir y usurpar los derechos y la propiedad de otros. Todo el mundo podía ver primero, más o menos, cuánta tierra necesitaba; y habría sido tan inútil como deshonesto apropiarse y amontonar más de lo necesario. »

América es un ejemplo de esto. Esta visión precisa de América permitirá a Locke dar ejemplos.

« 41. No puede haber una demostración más clara sobre este tema que la que nos presentan los diversos pueblos de América. Los americanos son muy ricos en tierras, pero muy pobres en las comodidades de la vida. La naturaleza les ha proporcionado, tan generosamente como a cualquier otro pueblo, la materia de gran abundancia, es decir, les ha proporcionado un suelo fértil capaz de producir abundantemente todo lo necesario para la alimentación, el vestido y el placer: pero por falta de trabajo y cuidado, no nos quitan ni una centésima parte de las comodidades que tomamos de nuestras tierras; y un Rey en América, que tiene distritos muy amplios y muy fértiles, está peor alimentado, peor alojado y peor vestido, que un jornalero en Inglaterra y en otros lugares.

42. Para hacer todo esto aún más claro y palpable, entremos en un pequeño detalle, y consideremos las provisiones ordinarias de la vida, lo que les sucede antes de que puedan sernos útiles. Ciertamente encontraremos que reciben su mayor utilidad y valor de la industria humana. El pan, el vino, la tela, el lienzo, son cosas de uso corriente, y de las que hay una gran abundancia. En verdad, las bellotas, el agua, las hojas, las pieles, pueden ser usadas para la comida, la bebida, la ropa: pero el trabajo nos da cosas bellas que son más convenientes y útiles. Porque el pan, que es mucho más agradable que la bellota; el vino, que el agua; los tejidos y la seda, más útiles que las hojas, las pieles y el musgo, son los productos del trabajo y la industria de los hombres. De estas disposiciones, algunas de las cuales nos son dadas para nuestra alimentación y vestimenta por la naturaleza solamente, y otras que nos son preparadas por nuestra industria y por nuestros trabajos, examinemos cuánto supera una a la otra en valor y utilidad; y entonces estaremos persuadidos de que las que se deben al trabajo son mucho más útiles y más valiosas; y que el material proporcionado por un fondo no es nada comparado con lo que se obtiene por el cultivo diligente. Por lo tanto, entre nosotros, una tierra abandonada, donde no se siembra ni se planta nada, que ha sido entregada en manos de la naturaleza, se llama, y con razón, un desierto, y lo que se puede obtener de ella es muy poco. »

Esta es una declaración significativa. Al principio todo era como en América, hay desigualdades entre las comunidades. Las comunidades que no están o están poco desarrolladas no son Estados, no pueden llamarse Estados y, por lo tanto, no están sujetas al derecho de las naciones. América ha seguido siendo un estado por naturaleza, sin soberanía popular o autoridad política y territorial.

Locke concluye diciendo que como no son naciones o estados, no están sujetos a la ley de las naciones. Los pueblos indígenas que han permanecido en el estado de la naturaleza tienen derechos, pero se ven reducidos a su trabajo. Vemos con Grocio que lo que no se cultiva no se posee. Con Locke, vemos una visión desigual entre la comunidad y el Estado. Algunos Estados pueden llevar el título de Estado y otros son sólo comunidades que no pueden reclamar la soberanía.

Locke realmente completará su demostración. "Los pueblos amerindios poseen los frutos que recogen... pero en ningún caso son dueños de la tierra donde residen. Esto se debe a que no tienen el estatus de un estado o una nación.

Emmerich de Vattel

Un tercer hombre debía completar el momento grotesco, proporcionando a las potencias e imperios europeos argumentos que Grocio y Locke no habían finalizado o completado. Fue Emmerich de Vattel quien publicó una obra en 1758 titulada La ley de la naturaleza y la gente.[4] Esta obra será una obra de derecho internacional público hasta 1890. Vattel propondrá una ley de los imperios. La visión del derecho internacional clásico no ha sido un desafío. Los autores criticarán o se opondrán a la ideología imperial que se está estableciendo.

La teoría de Grocio y Locke, el modelo imperial que está tomando forma, la teoría expansionista del derecho de las naciones no ha quedado sin cuestionar. La fundación de la sociedad internacional ya no se cuestiona realmente como tal, pero el debate se está desplazando entre dos ideas esenciales, que son la idea de hermandad universal que irrigó el siglo XVIII, el siglo XIX y el siglo XX, pero también la idea de interés nacional. La ideología de Grocio favorece la doctrina del interés nacional más que la de la fraternidad, y los críticos más hacia la idea de la fraternidad universal.

A principios del siglo XVIII, se estableció una literatura de viajes en forma de naturalistas y antropólogos que exploraban los territorios recién conquistados. Todo un movimiento de la Ilustración tenía como objetivo comprender y clasificar las poblaciones indígenas que se estaban descubriendo. Estos movimientos de naturaleza antropológica fueron liderados por pensadores como Diderot, Rousseau y Montesquieu, que serían los primeros en ofrecer una crítica extremadamente virulenta de la concepción europea del Imperio. El movimiento de la Ilustración, que comenzó a cuestionar el papel, la importancia y la necesidad de los grandes imperios, daría lugar a numerosos escritos.

Cuando uno lee la literatura de la crítica, de ninguna manera busca invertir el orden de las cosas. Todo el mundo es consciente de que los colonos están asentados y desde hace mucho tiempo. Es una crítica de las prácticas y representaciones, pero ninguno de los grandes críticos, los grandes juristas, filósofos y teólogos que critican la aventura imperial europea abogarán por un retorno al viejo orden de las cosas. Los colonos no pueden volver a sus casas, abandonando los frutos de su tierra. Los grandes críticos de la ideología imperial del siglo XIX no ven en absoluto un movimiento de "descolonización". Los críticos de Rousseau, Montesquieu o Smith erosionaron los cimientos de los grandes imperios europeos.

Portada de La Ley de las Naciones o Principios de Derecho Natural.

Grocio ofreció una visión de los derechos de la gente para justificar la aventura europea. En el contexto de las primeras grandes críticas a la ideología imperial europea, Vattel publicó una obra en 1758 titulada Le droit des gens ou principes de la loi naturelle. Este es el gran tratado que sufrió un inmenso número de ediciones y traducciones, un trabajo que permaneció autoritario hasta principios del siglo XIX. Esta obra será verdaderamente la obra autorizada e indiscutible hasta principios del siglo XIX. Se supone que Vattel publicó esta obra porque conocía a los críticos de Montesquieu y Rousseau en particular y sentía que las nociones debían ser aclaradas. Vattel está en la herencia grotesca en parte para responder. En un deseo de aclarar y sentarse y terminar lo que Grocio había comenzado, Vattel ofrece una especie de libro de texto de derecho internacional público.

Uno se da cuenta de que la Europa de Vattel es la del equilibrio de poder. Se trata de introducir en su sistema internacional y jurídico un derecho de gentes que permita prosperar la aventura imperial, pero se sitúa en un contexto de equilibrio de poder. Se trata de pensar a Europa en términos de equilibrio. Por otra parte, coloca su trabajo en el nivel de las obligaciones estatales e interestatales, no le interesa lo que es asunto del Estado. Él va a establecer la ley de las naciones de una cierta manera. Si el derecho de las naciones es el derecho de los estados hechos por ellos y para ellos la pregunta es qué es un estado. Su definición del Estado es una visión que recuerda extrañamente a la visión europea del Estado limitado a un territorio con autoridad política y con instituciones cuyo carácter político se asemeja notablemente a un Estado europeo: "la ley del pueblo y la ley de los Estados soberanos, liberados e independientes son personas jurídicas cuyos derechos y deberes debemos establecer en un tratado". El derecho de las naciones es un derecho interestatal y la visión que tiene del estado es una visión clásica con la consecuencia de que si no se tiene el estatus de estado, no se puede estar sujeto al derecho de las naciones. Una comunidad que no tenga la condición de Estado frente a un Estado europeo, hipotéticamente, no tendría las mismas obligaciones y derechos en el ordenamiento jurídico. Lo que está en juego es conocer la definición de estado y cómo hacer comunidades de estados. Podemos ver cómo la política según Vattel se despliega en una sociedad de Estados en una lógica de interés y por reglas e instituciones reconocidas y aceptadas por todos.

Asimilar el concepto de Estado al de Nación, proponer una visión que recuerda extrañamente a los Estados europeos no deja de tener consecuencias para los pueblos conquistados, excluyendo de facto del orden internacional a toda población que no esté constituida en el sentido "vateliano" del término. Mostrará que la humanidad se sitúa en una reafirmación de la visión de Grocio y Locke:

  1. Vattel responderá a la visión de Locke y Grotius sobre la propagación del imperio y el dominio: "Es cierto, sin embargo, que el imperio y el dominio, o la propiedad no son inseparables de su naturaleza, incluso para un estado fouverntain. Así como una nación puede poseer el dominio de un área de tierra o mar, sin tener la fernura de la misma, así puede llegar al punto de tener el imperio de un lugar, cuya propiedad o dominio útil pertenece a otro pueblo. Es la reanudación de la división que debemos al derecho público romano que divide el imperium y el dominium porque permite combinaciones. Vattel se pone a sí mismo en la visión de Grotius.
  2. Vattel va a asimilar "pueblos salvajes" a pueblos ociosos. Admite, como Grocio, que una nación no puede apropiarse legítimamente de ningún país, pero también argumenta desde una perspectiva grotesca peor que lo que no se cultiva, no se posee. "La obligación natural de cultivar la tierra - El cultivo de la tierra no sólo es encomiable para el Gobierno por su extrema utilidad, sino que también es una obligación, impuesta al hombre por la Naturaleza. Toda la tierra está destinada a alimentar a sus habitantes: Pero no puede ser suficiente si no lo cultivan. Por consiguiente, cada nación está obligada por la Ley Natural a cultivar el país que se divide entre ellas, y tiene el derecho de expandirse, o de recurrir a la ayuda de otros, sólo en la medida en que la tierra que habita no pueda proporcionarle lo necesario. Esos pueblos, como los antiguos alemanes y algunos tártaros modernos que, viviendo en países fértiles, desprecian el cultivo de la tierra y prefieren vivir del saqueo, se extrañan, ofenden a todos sus vecinos y merecen ser exterminados, como bestias feroces y dañinas. Hay otros que, para escapar del trabajo, quieren vivir sólo de su Caza y sus Rebaños. Esto podía hacerse sin contradicción, en la primera edad del mundo, cuando la tierra era más que suficiente por sí misma para el pequeño número de sus habitantes. Pero ahora que la raza humana se ha multiplicado tanto, no podría sobrevivir si todos los pueblos quisieran vivir de esta manera. Aquellos que aún conservan este tipo de vida ociosa, usurpan más tierra de la que necesitarían con un trabajo honesto, y no pueden quejarse si otras naciones, más laboriosas y demasiado apretadas, llegan a ocupar parte de ella. Así, mientras que la conquista de los imperios policiales de Perú y México fue una descarada usurpación; el establecimiento de varias colonias en el continente de América del Norte podría, si estuviera contenido dentro de límites justos, no haber sido más que muy legítimo. Los pueblos de estas vastas tierras viajarían a través de ellas en lugar de habitarlas. Sostiene que la práctica de la agricultura es una ley natural, pero es un requisito de la civilización. La crítica es casi "civilizatoria". Está Locke, Grotius, un desarrollo paso a paso de los estados y civilizaciones, una crítica a una forma de vida que no es europea, tratada y etiquetada como "ociosa", y la afirmación de que en nombre de todo esto, estas tierras y pueblos etiquetados como "ociosos", es posible quitarles sus tierras. La conquista europea está legitimada por todas las críticas que se han hecho. Las únicas limitaciones que Vattel reconoce a la ocupación de la tierra son los "límites justos" sin definirlos.
  3. Vattel formula explícitamente el argumento de que las tierras pueden ser terrenos de caza para las poblaciones indígenas: "la ley del Pueblo, por lo tanto, sólo reconocerá la Propiedad y Soberanía de una Nación, sólo a aquellos países vacíos que ha ocupado real y efectivamente, en los que ha formado un Establecimiento, o de los que deriva un uso corriente. En efecto, cuando los Navegantes han encontrado países desérticos en los que los de otras Naciones han erigido monumentos para señalar su posesión, no les preocupa más esta vana ceremonia que la disposición de los Papas que dividieron gran parte del mundo entre las coronas de Castilla y Portugal. No basta con estar en un país desierto y dar algún testimonio de ocupación de la tierra para reclamar la propiedad. Para poder reclamar la propiedad de la tierra, no sólo hay que cultivarla, sino que hay que mostrar las huellas de la vida, de una ciudad y ocupar un espacio territorial.
  4. Vattel propone una visión ética de los derechos de las personas. Reconociendo los deberes de la conciencia moral, a los que a menudo rinde homenaje en su tratado, Vattel llega a la conclusión de que Grocio había esbozado, pero afirmará que, para ser un derecho, los derechos de las personas son sin embargo y siempre permanecerán moralmente imperfectos. Grocio había allanado el camino diciendo que una guerra puede ser percibida como justa por ambos lados. Vattel afirma muy claramente que la dimensión ética de los derechos de las personas no existe. Según Vattel, es inútil tratar de reflexionar sobre la dimensión de la justicia en los derechos de las personas. "El efecto de todo esto es lograr, al menos externamente y entre los hombres, una perfecta igualdad de derechos entre las Naciones, en la administración de sus asuntos y en la persecución de sus demandas, sin tener en cuenta la justicia intrínseca de su conducta, que no corresponde a otros juzgar definitivamente; de modo que lo que se permite a uno es también permitido al otro, y que deben ser considerados, en la sociedad humana, como que tienen iguales derechos. Cada uno reclama tener la justicia de su lado en las disputas que puedan surgir, & no le corresponde a ninguna de las partes interesadas, ni a las otras Naciones juzgar la cuestión. El que se equivoca está pescando contra su propia conciencia; pero como puede tener derecho, no puede ser acusado de violar las leyes de la Sociedad. Por lo tanto, es necesario, en muchas ocasiones, que las naciones sufran ciertas cosas, aunque injustas y condenables en sí mismas, porque no podrían oponerse a ellas por la fuerza, sin violar la libertad de alguien y sin destruir los cimientos de su Sociedad natural. ... y luego que están obligados a cultivar esta Sociedad, se presume por derecho que todas las Naciones han consentido el Principio que acabamos de establecer. Las reglas que de ella se desprenden forman lo que el Sr. WOLF llama la Ley de las Personas Voluntarias; y nada nos impide utilizar el mismo término, aunque creímos necesario apartarnos de este hombre inteligente, en la forma de establecer el fundamento de esta Ley". Hay algo injusto en el derecho de las naciones. No hay que razonar entre el término lo que es justo y lo que no lo es, sino entre lo que es legal y lo que no lo es. Puede haber un derecho injusto. Vattel está en línea con la perspectiva de los grandes juristas que querrán disociar la ley de la moralidad. Esto permite a Vattel defender una visión del derecho favorable a la extensión europea, porque se vacía de su visión ética y justa.

Es más fácil entender por qué la concepción del derecho de gentes despertó un gran interés tan pronto como se publicó en 1758. En muchos aspectos, Vattel legitimará la aventura imperial europea y el modelo imperial que ha estado en vigor desde Grocio. El primer momento Grotiano que termine con Vattel no quedará sin discusión. Una serie de personas y filósofos desafiarán los escritos de Locke, Grotius y Vattel: Montesquieu, Rousseau y Adam Smith son los críticos políticos, morales y económicos.

En la doctrina de Vattel está en germen lo que va al siglo XIX y al siglo XX que es la noción de civilización. Existe la idea de que existe un derecho para las naciones civilizadas. Por otro lado, existe la idea de un derecho que rige las relaciones entre los estados europeos y las relaciones entre los estados europeos y las naciones incivilizadas. Grotius, Vattel y todos sus seguidores son personas que tienen una visión de un orden internacional de dos velocidades. Entre todos los internacionalistas del siglo XVIII, existe una gran ambigüedad entre la hermandad universal y el interés nacional. Esta ambigüedad se puede encontrar entre todos los internacionalistas del siglo XVIII que condenaron el proselitismo de los imperios y el proselitismo cristiano. Por otro lado, abogaban por la emancipación de la civilización y la educación. Existe en todos los autores de los grandes imperios europeos esta tensión entre el límite necesario de la aventura colonial y la necesidad de Europa de civilizar el mundo.

« Recorred la historia de nuestras empresas, de nuestros establecimientos en África o en Asia; veréis nuestros monopolios de comercio, nuestra traición, nuestro sanguinario desprecio por los hombres de otro color o credo; la insolencia de nuestras usurpaciones; el proselitismo extravagante o las intrigas de nuestros sacerdotes, destruyendo ese sentido de respeto y benevolencia que la superioridad de nuestras luces y las ventajas de nuestro comercio habían obtenido en primer lugar.

Pero se acerca el momento en que, dejando de mostrarles sólo a los corruptores y tiranos, nos convertiremos en instrumentos útiles para ellos, o en generosos libertadores.

El cultivo de azúcar, al establecerse en el inmenso continente de África, destruirá el vergonzoso bandolerismo que lo ha corrompido y despoblado durante dos siglos.

Ya en Gran Bretaña, algunos amigos de la humanidad han dado ejemplo; y si su maquiavélico gobierno, obligado a respetar la razón pública, no se ha atrevido a oponerse a ella, ¿qué se puede esperar del mismo espíritu cuando, después de la reforma de una constitución servil y venal, se hace digno de una nación humana y generosa? ¿No se apresurará Francia a imitar estas empresas, que la filantropía y los intereses de Europa, por supuesto, también han dictado? Los comestibles han sido llevados a las islas francesas, a la Guayana Francesa, a algunas posesiones inglesas, y pronto veremos la caída de este monopolio que los holandeses han apoyado con tanta traición, vejación y crimen. Estas naciones de Europa aprenderán finalmente que las empresas exclusivas son sólo un impuesto que se les impone para dar a sus gobiernos un nuevo instrumento de tiranía.

Entonces los europeos, limitándose al libre comercio, demasiado ilustrados sobre sus propios derechos para jugar con los de otros pueblos, respetarán esta independencia, que tan audazmente han violado hasta ahora. Sus asentamientos, en lugar de estar llenos de protegidos de los gobiernos que, en favor de un lugar o un privilegio, andan amasando tesoros a través del bandolerismo y la perfidia, para volver a Europa a comprar honores y títulos, se llenarán de hombres industriosos, que irán a buscar en estos climas felices la facilidad con que huyeron de su patria. La libertad los retendrá allí; la ambición dejará de llamarlos [208]; y estos bandoleros se convertirán en colonias de ciudadanos que difundirán, en África y Asia, los principios y el ejemplo de la libertad, las luces y la razón de Europa. A estos monjes, que no llevaron entre estos pueblos más que supersticiones vergonzosas, y que los sublevaron amenazándolos con una nueva dominación, seguirán hombres ocupados en difundir entre estas naciones las verdades útiles para su felicidad, para iluminarlos sobre sus intereses así como sobre sus derechos. El celo por la verdad es también una pasión, y llevará sus esfuerzos a tierras lejanas, cuando ya no vea a su alrededor burdos prejuicios que combatir, vergonzosos errores que disipar.

Estos vastos países le ofrecerán, aquí, muchos pueblos que parecen estar esperando, para civilizarse, sólo para recibir los medios de nosotros, y encontrar hermanos en los europeos, para convertirse en sus amigos y sus discípulos; allí, naciones esclavizadas bajo déspotas sagrados o conquistadores estúpidos, y que, durante tantos siglos, han estado pidiendo libertadores; en otros lugares, tribus casi salvajes, a quienes la dureza de su clima los aleja de la dulzura de una civilización perfeccionada, mientras que esta misma dureza repele también a quienes les harían conocer sus ventajas; o hordas conquistadoras, que no conocen más ley que la fuerza, ni comercio que el bandolerismo. El progreso de estas dos últimas clases de pueblos será más lento, acompañado de más tormentas; tal vez incluso reducido a un número menor, ya que al ser repelidos por las naciones civilizadas, terminarán por desaparecer imperceptiblemente, o se perderán en su seno. »

— CONDORCET, Boceto de un cuadro histórico del progreso del espíritu humano.

Al igual que Vattel, la imagen de la expansión de las luces, sigue siendo para Condorcet una idea dinámica.

La Crítica de la Ideología Imperial: Montesquieu, Rousseau y Smith

Montesquieu

La ideología imperial que se estableció a partir de 1492 fue desafiada por tres hombres. Montesquieu ofreció una crítica política casi legal, los escritos de Rousseau sobre la terrible violencia contra los imperios europeos ofrecieron una crítica moral, y Smith para quien un imperio es una tontería económica.

Carlos Luis de Secondat, Barón de La Brède y de Montesquieu pasó su escolaridad en el Colegio de Juilly y, después de estudiar derecho, se convirtió en consejero del parlamento de Burdeos en 1714. En 1715, se casó con Jeanne de Lartigue, una mujer protestante de una familia rica de reciente nobleza. En 1716, Montesquieu heredó el cargo de Presidente del Parlamento de Burdeos y de la Baronía de Montesquieu. En 1726, vendió su puesto de magistrado. En 1728, fue nombrado para la Academia Francesa.

En los años siguientes, viajó por toda Europa, a Austria, Hungría, Italia, Alemania, Holanda e Inglaterra, donde permaneció más de un año. En París, Montesquieu frecuentaba a los miembros del club Entresol, como el Marqués de Argenson, Bolingbroke y el abbé́ de Saint-Pierre. Allí compartieron información sobre asuntos de política internacional, comercio y finanzas. En 1748, después de 20 años de trabajo, publicó De l'esprit des lois. Fue criticado, atacado y notablemente condenado por la Sorbona. El trabajo fue puesto en el Índice de la Iglesia, pero sin embargo fue un éxito rotundo. Montesquieu murió el 10 de febrero de 1755.

En Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence publicadas en 1734 y De l'esprit des lois publicadas en 1748, se encuentran las críticas. En estas dos obras, Montesquieu reconoce su deuda con Grotius y Pufendorf: « Doy gracias al Sr. Grotius y al Sr. Pufendorf por haber ejecutado lo que una gran parte de este trabajo requería de mí, con una altura de genio que no podría haber alcanzado ». Sin embargo, Montesquieu es mucho más crítico con estos dos autores en la realidad.

Montesquieu en 1728 (pintura anónima).

Montesquieu señala que las naciones son naturalmente propensas a la guerra. Hay un cierto pragmatismo en Montesquieu porque las naciones se inclinan muy fácilmente a la guerra. Desde este punto de vista, está bastante cerca de Thomas Hobbes ya que la voluntad de poder de los hombres se transmite a los estados cuando los hombres empiezan a vivir juntos. Para canalizar la voluntad de poder de los estados, es posible imaginar a Montesquieu abogando por un orden internacional basado en estados fuertes y poderosos que vayan a la guerra unos contra otros cuando lo necesiten. De hecho, no es así. Para Montesquieu, un orden basado en el equilibrio de poder no es deseable porque no garantiza la paz entre estados o imperios. De alguna manera, el equilibrio no garantiza nada. La noción de equilibrio sólo reúne formas que se aniquilan o anulan mutuamente, pero de ninguna manera el equilibrio de poder garantiza la paz entre los Estados.

A partir de 1734, comenzó a denunciar la idea misma de la conquista. La conquista sólo destruye, sólo transforma para mal y no para bien a las poblaciones que la sufren. En Consideraciones sobre las causas de la grandeza de los romanos y su decadencia, su crítica a los imperios incluye la crítica a un famoso imperio, el Imperio Romano. Toma el modelo romano para denunciar la aventura imperial. Nadie se engaña cuando publica esta obra. El modelo romano es un mal modelo que destruye y no construye y todos los imperios europeos están condenados a terminar como Roma. En capítulos, muestra cómo el ejército romano ha gangrenado el espíritu de Roma. El Imperio Romano llevaba dentro de sí las semillas de su propia destrucción porque necesitaba un ejército fuerte para mantener el imperio, pero lo dotó de un espíritu pretoriano. En 1734, Montesquieu entregó la intuición de que todos los imperios llevan dentro de sí mismos las semillas de su propia destrucción. Montesquieu tenía una visión subjetiva de la libertad, que es la opinión que uno tiene de su propia libertad.

Portada de la nueva edición revisada y corregida de 1749 de De l'esprit des lois publicada por Chatelain.

Montesquieu se distanció gradualmente de Grocio y Vattel, publicando en 1748 El espíritu de las leyes en el que desarrolló tres grandes argumentos para denunciar la empresa imperial europea. Estos son una serie de argumentos:

  1. los argumentos del comercio: en el libro XX, Montesquieu inaugura una vasta reflexión destinada a criticar a los imperios desde el punto de vista de la idea de que los imperios no favorecen y no permiten el comercio en el sentido de intercambio tanto individual como entre estados. El comercio, los imperios, ya sean ingleses, franceses u holandeses, esterilizan el comercio, es decir, los intercambios entre individuos, ya sean económicos o no económicos, sobre el principio de que el comercio es un factor de paz. El comercio suaviza la moral. Si queremos la paz, según Montesquieu, debemos promover el comercio porque el comercio suaviza la moral entre los individuos y entre los estados. En nombre de la idea de que el comercio suaviza la moral, que el comercio es un garante de la paz, sostiene que los imperios no permiten el comercio y por lo tanto no permiten que la paz entre los estados se afiance. El comercio promueve la paz y los imperios no promueven el comercio, los imperios no promueven la paz y sobre todo logran la libertad de comercio. Esta es una denuncia muy fuerte de la empresa imperial europea.
  2. La línea legal: Montesquieu ya no cuestionará los méritos económicos de los imperios, sino que criticará la tentación de los imperios que estandarizan los órdenes legales. Montesquieu es un firme partidario de lo que él llama "la diversidad de leyes y costumbres". Cree que cada nación tiene su propio espíritu general. Montesquieu es partidario de la diversidad de leyes, costumbres y morales que deben ser respetadas. Es un defensor del pluralismo jurídico. Sin embargo, observa que los grandes imperios han impuesto históricamente sus leyes a su "minoría", normalizando las normas y costumbres de los territorios que han ocupado. Toma el ejemplo de Francia o Inglaterra con el Common Law Order. Los imperios destruyen algo extraordinariamente importante para los estados y el orden internacional, que es la diversidad, el pluralismo de valores, los ordenamientos jurídicos y las visiones del mundo. En Francia, en el siglo XVIII no había ninguna normalización del derecho y Montesquieu era partidario de que se respetaran las costumbres locales. La importancia del respeto al derecho consuetudinario le llevó a criticar las tentaciones de unificar los grandes imperios.
  3. Montesquieu rechazaría fuertemente la concepción de la historia defendida por Locke. No hay rastros en la obra de Montesquieu de una teoría del desarrollo de las sociedades por etapas. En este sentido, la costumbre que tanto valora no puede ser el símbolo o síntoma de una sociedad "no o incivilizada". No existe el desarrollo social por etapas. Toda la obra histórica de Montesquieu, esta visión muy fuerte de la historia no se construye sobre una visión secuencial de la historia.

Con Montesquieu termina la primera gran crítica basada en el principio y la visión plural del derecho, que es la primera gran crítica de los imperios. Vattel vio el gran peligro del ataque de Montesquieu. Lo que Vattel no vio es que la crítica moral puede ser la más fuerte de todas las críticas imperiales, que es Rousseau. Rousseau proporciona quizás la crítica más radical de todos los imperios.

Jean-Jacques Rousseau

Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753 (entonces 41 años).

Jean-Jacques Rousseau, que proviene de una familia de relojeros de Ginebra, fue criado por su tío desde los nueve años. Primero fue aprendiz de un oficinista, y luego fue colocado con un maestro grabador. Rousseau dejó Ginebra a la edad de 16 años para ir a Annecy, Turín, Neuchâtel y Chambéry y enseñó música. En París, en 1742, conoció a Diderot y escribió artículos para la Enciclopedia. En 1750, participó en un concurso ofrecido por la Academia de Dijon. Su discurso sobre la ciencia y las artes ganó el primer premio. En 1755, su Discurso sobre el origen y los fundamentos de la desigualdad entre los hombres le hizo famoso y, al igual que su primer discurso, suscitó una viva controversia. Tanto el Contrato Social como el Emile fueron condenados a ser quemados. Estas obras están prohibidas en Francia, los Países Bajos, Ginebra y Berna. En 1766, fue invitado a Inglaterra por Hume. Regresó a París en 1770. Desde entonces y hasta su muerte, Rousseau vivió con el temor de un complot en su contra. Luego comenzó su trabajo autobiográfico. En 1778, Rousseau murió repentinamente cerca de París.

En 1755 se publica el Discurso sobre el origen y los fundamentos de la desigualdad entre los hombres, en el que se plantean las verdaderas cuestiones sobre la propiedad y la propiedad privada en general. En 1762 se publica Du contrat social ou principe du droit politique. Rousseau critica a los imperios en varias obras, también en Confesiones o de l'Émile. Rousseau también formuló una concepción completamente nueva del derecho internacional clásico. Sus reflexiones sobre la paz y la guerra fueron quizás la crítica más radical a los grandes imperios europeos.

Rousseau era un hombre ecléctico que realmente cubría campos tan vastos como la música, la economía, la filosofía y el derecho. Su obra Du contrat social es quizás la mayor obra legal del siglo XVIII. Rousseau ofrece una crítica moral de los imperios, Grocio y sus seguidores. Reformula toda la concepción moderna del derecho de las naciones. Su concepción de la ley de las naciones se basa en presuposiciones completamente diferentes a las de Grocio y Vattel. Rousseau basa su reflexión y su crítica de los imperios en tres funciones:

  • su crítica a los imperios debe basarse en una antropología diferente a la de Locke, Grotius o Vattel, quienes no concibieron al hombre natural como un ser de pasiones ilimitadas, sino como un ser aislado, feliz y pacífico. Para Rousseau, no hay guerra entre hombres, sino sólo entre estados. Hobbes veía las relaciones internacionales como la extensión de las relaciones entre los hombres.
  • si sólo hay guerras entre estados, es necesario reconstruir las relaciones entre los estados, en otras palabras, reconstruir la ley de los pueblos entre las naciones.
  • Los derechos de las personas sólo pueden surgir de convenciones mutuas entre naciones, pero sobre todo deben basarse en la idea central de que los seres humanos son pacíficos por naturaleza. No construyamos una ley de guerra y paz suponiendo que la paz es imposible, suponiendo que la guerra es eterna. Propone codificar una ley de los pueblos que evite situaciones de guerra porque se basa en principios de respeto y tolerancia entre las naciones.

Ces trois remarques introductives permettent d’expliquer le sens même de la critique des empires qui passe par l’affirmation du principe d’égalité. Toute l’œuvre de Rousseau est un grand plaidoyer pour l’égalité entre les hommes et pour l’égalité entre les peuples. Il transpose la vision de l’égalité entre les hommes à l’égalité entre les peuples. Autrement dit, pour Rousseau, il ne fait pas de sens de parler d’égalité entre les hommes si on ne parle pas également d’égalité entre les peuples. Fort logiquement, il va critiquer radicalement les empires parce qu’ils ne respectent pas le principe d’égalité fondamental entre les hommes et condamner toute forme de conquête et de domination impériale qu’il juge moralement et sur le plan éthique contestable.

« Jetons les yeux sur l'immense continent de l'Afrique, où nul mortel n'est assez hardi pour pénétrer, ou assez heureux pour l'avoir tenté impunément. Ainsi de ce que nous n'avons pu pénétrer dans le continent de l'Afrique, de ce que nous ignorons ce qui s'y passe, on nous fait conclure que les peuples en sont chargés de vices : c'est si nous avions trouvé le moyen d'y porter les nôtres, qu'il faudrait tirer cette conclusion. [...]. L'Amérique ne nous offre pas des spectacles moins pour l’espèce humaine. Surtout depuis que les Européens y sont. »

— Rousseau, « Réponse à M. Bordes à propos du Discours sur lés sciences et les arts », Œuvre complètes, op. cit., tome 3, pp. 90-91.

Rousseau reprend son discours pacifique des hommes, reprenant son idée d’égalité entre les peuples, il se lance dans une critique très radicale des empires. Avec Diderot, Rousseau sera peut-être celui qui critiquera le plus l’idée impériale au XVIIIème siècle. Vattel avait compris qu’en Rousseau il y avait une grande citrique de l’idée impériale. Il faut garder à l’esprit la critique de Rousseau vis-à-vis de la civilisation moderne en dénonçant la dimension perverse et moralement contestable, mais il a accompagné sa critique des empires d’une critique de la civilisation moderne. Pour lui, le commerce n’apporte pas de paix comme le pensait Montesquieu, il n’adoucit pas les mœurs apportant qu’une fausse paix. « le commerce n’apporte qu’une fausse paix qui n’apporte que la guerre de tous contre tous ». Ce sont les passions des hommes modernes qui sont obsédés par le commerce. La critique des empires de Rousseau est une chose et elle se fait en parallèle à la critique des civilisations des empires reposant sur le commerce, la fausse paix, la jalousie, la suspicion, mais aussi la concurrence. Avec Rousseau, il y a une lucidité économique percevant les dangers des grands empires et de leur capacité d’engager un commerce qui détruit l’âme.

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« Depuis trois ou quatre cents ans que les habitants de l'Europe inondent les autres parties du monde de nouveaux recueils de voyages et de relations, je suis persuadé que nous ne connaissons d'hommes que les seuls Européens […] De là est venu ce bel adage de morale, si rebattu par la tourbe Philosophesque, que les hommes sont par-tout les mêmes, qu'ayant partout les mêmes passions et les mêmes vices, il est assez inutile de chercher à caractériser les différents Peuples ; ce qui est à peu près aussi bien raisonné que si l'on disait qu'on ne saurait distinguer Pierre d'avec Jacques, parce qu'ils ont tous les deux un nez, une bouche et des yeux. »

— Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes [1755]

Pour Rousseau, nous conquérons le monde parce non seulement nous avons lisons d’ulpiseor notre civilisation et nous croyons connaître des gens que nous ne connaissons pas. En fait, nous détruisons des cultures radicalement différentes des nôtres et qui ne sont pas moins valables que les nôtres. Il y a une dimension culturaliste très forte. Il faut accepter la différence, le fait qu’il existe des cultures radicalement différentes, que les grands empires cherchent à détruire, dominer ou dans le meilleur des cas à niveler. On retrouve la critique de Montesquieu sur la tendance à uniformiser les cultures. Les empires sont un mal, les empires ne sont pas l’avenir de la civilisation moderne parce qu’ils nous empêchent de connaître qui sont les autres, de nous intéresser aux autres.

Rousseau est la compréhension d’un homme qui a tenté de défendre les particularités avec des valeurs universelles. Il a tenté de combiner l’universalisme de certaines valeurs avec l’universalisme d’autres valeurs. Pour lui cela implique deux choses proposant presque une méthode :

  • il faut découvrir la spécificité de chaque peuple et les différences éventuelles par rapport à nous. Rousseau plaidera dans un premier temps pour un répertoire des différences. Il n’est pas question de convertir, d’imposer ou de convertir des autres par nos préjugés, mais il faut par curiosité, de manière désintéressée être ouverts aux autres peuples, vouloir les regarder pour ce qu’ils sont en tentant de mettre de côté nos préjugés.
  • une fois les différences constatées et acceptées, il est possible de défendre en commun des valeurs universelles. C’est la mise en place d’une éthique universelle par l’échange et le respect. Dans son essai sur l’origine des langues, Rousseau aura cette phrase : « Quand on veut étudier les hommes, il faut regarder près de soi ; mais pour étudier l'homme, il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d'abord observer les différences pour découvrir les similitudes ».

Il faut à la fois être un auteur intéressé et à la fois être un auteur désintéressé. La critique de Rousseau portera très fortement à l’époque où les empires comme à craqueler. En 1735, Montesquieu rédige les Réflexions sur la monarchie universelle en Europe qui vise à montrer que l’instabilité de l’État naît avec l’esprit de conquête : la « monarchie universelle » représente le stade suprême de l’absolutisme avant son déclin.

« c’est une question qu’on peut si , dans l’état où est actuellement l’Europe, il peut arriver qu’un Peuple y ait, comme les Romains, une supériorité constante sur les autres. »

Il se pose la question sur la suprématie d’un État sur un autre État.

« Le Droit des gens a changé, et, par Lois d’aujourd’hui, la guerre se fait de manière qu’elle ruine par préférence ceux qui y vont de plus grands avantages. »

Il y a toute une critique de la guerre qu’on pourrait résumer comme étant le fait que la guerre épuise les peuples, elle n’est qu’une manière d’épuiser les populations.

« L’Europe fait à présent tout le commerce et toute la Navigation de l’univers. »

Montesquieu a la conscience que l’Europe domine le monde. Il constate que sur le plan commercial, économique, politique et militaire, que l’Europe domine le monde.

« Les Monarchies ont surtout ce désavantage qu’on s’y gouverne tantôt par les vues du Bien Public, tantôt par des vues particulières, et qu’on y suit tour à tour les intérêts des Favoris, des Ministres et des Roi. Or les conquêtes demandant aujourd’hui plus de temps qu’autrefois, elles sont devenus à proportion plus difficiles. »

C’est un critique de l’aventure impériale qui monte.

« En Asie, on a toujours vu de grands Empires ; en Europe, ils n’ont jamais pu subsister. »

Pour Montesquieu, « tout empire périra, Rome a bien péri ». Il note que l’Europe est trop grande désormais avec une distance trop grande entre l’Europe et la périphérie. C’est un empire occupant un espace territorial très important.

« les Français ayant subjugué les Nations barbares établis avant eux, Charlemagne fonda un grand Empire ; mais cela même redivisa l’Europe en une infinité de Souverainetés. […] or, pour les raisons que nous avons dite, un grand Empire, où le rince n’avoit pas une autorité absolue, devoit nécessairement se diviser, soit que les Gouverneurs des Provinces n’obéissent pas, soit que pour les faire mieux obéir il fût nécessaire de partager l’Empire en plusieurs Royaumes. »

Tout empire est condamné à se diviser. C’est toujours une critique de type politique.

Le grand topo du XVIIIème est de dénoncer l’Empire espagnol.

« cependant, l’argent ne laissa pas de doubler bientôt en Europe ; ce qui parut en ce que le prix de tout ce qui s’acheta fut environ du double. Les Espagnols fouillèrent les mines, creusèrent les montagnes, inventèrent des machines pour tirer les minéraux, briser le minerai et le séparer ; et comme ils ne jouoient de la vie des Indiens, ils les firent travailler sans ménagement, l’argent doublât bientôt encore en Europe, qui n’avoit chaque année que la même quantité d’un métal qui étoit devenu la moitié moins précieux. »

« Europa es ahora sólo una Nación compuesta por muchos, Francia e Inglaterra necesitan la opulencia de Polonia y Moscovia, como una de sus Provincias necesita las otras: y el Estado que cree que aumenta su poder por la ruina de quien lo toca, ordinariamente se debilita con él. »

En algún lugar, los imperios, el uso de la conquista lleva a la destrucción de los países que sucumben.

« El verdadero poder de un Príncipe no consiste en la facilidad que tiene para conquistar, sino en la dificultad que hay para atacarlo, y si me atrevo a decirlo, en la inmutabilidad de su condición: pero la expansión de las Monarquías sólo les muestra nuevos lados de los cuales pueden ser tomadas. »

Es una crítica casi moral. Lenin dijo "nos venderás a crédito la cuerda para ahorcarte". Los imperios poseen en su interior las semillas de su propia destrucción. Los estados fuertes son pequeños imperios, un estado grande es un signo de desintegración.

« si las grandes conquistas son tan difíciles, tan vanas, tan peligrosas, ¿qué se puede decir de esta enfermedad de nuestro siglo que hace que un número desordenado de tropas se mantenga en todas partes? Tiene sus repeticiones y se vuelve necesariamente contagiosa, pues tan pronto como un Estado aumenta lo que llama sus fuerzas, los otros aumentan repentinamente las suyas, de modo que nada se gana y comienza la ruina [...] Somos pobres con la riqueza y el comercio de todo el Universo, y pronto, a fuerza de tener soldados, sólo tendremos soldados, y somos como los tártaros. »

Abbé Raynal

Celui qui va se lancer dans la critique économique des empires est un écossais fondateur de l’économie politique, un homme tout à fait intéressant, cet homme est Adam Smith. Raynal fait une critique morale, économique, un peu politique dans son ouvrage Histoire philosophique et politique des établissements & du commerce des Européens dans les deux Indes publié entre 1770 et 1820. C’est un texte très important dans la critique des grands empires.

« Mais sont-ils heureux, me demanderez-vous ? Et moi je vous demanderai, quel est l’homme si entêté des avantages de nos sociétés, si étranger à nos peines, qui ne soit quelquefois retourné par la pensée au milieu des forêts, et qui n’ait du moins envié le bonheur, l’innocence et le repos de la vie patriarcale ? Eh bien ! cette vie est celle de l’Hottentot Aimez-vous la liberté ? II est libre. Aimez-vous la santé ? Il ne connaît d’autre maladie que la vieillesse. Aimez-vous la vertu ? Il a des penchants qu’il satisfait sans remords, mais il n’a point de vices. [...] »

Abbé Raynal.

On voit le mythe du bon sauvage qui fut utilisé pour critiquer les grands empires comme chez Rousseau. Le terme « bon sauvage » est perçu négativement aujourd’hui, mais pas à l’époque de Rousseau.

« Quelle obligation vous aura le sauvage lorsque vous lui aurez porté des arts sans lesquels il est satisfait, des industries qui ne feraient que multiplier ses besoins et ses travaux, des lois dont il ne peut se promettre plus de sécurité que vous n´en avez ? »

C’est une critique selon la vision rousseauiste du monde.

« Fuyez, malheureux Hottentots, fuyez ! enfoncez-vous dans vos forêts. Les bêtes féroces qui les habitent sont moins redoutables que les monstres sous l´empire desquels vous allez tomber. Le tigre vous déchirera peut-être, mais il ne vous ôtera que la vie. L´autre vous ravira l´innocence et la liberté. Ou si vous vous en sentez le courage, prenez vos haches, tendez vos arcs, faites pleuvoir sur ces étrangers vos flèches empoisonnées. Puisse-t-il n´en rester aucun pour porter à leurs citoyens la nouvelle de leur désastre ! »

Dans considération générale sur l’établissement des colonies, on voit la critique et l’argument de la facilité de la conquête des empires.

« L’hiftoire ne nous entretient que de conquérans qui fe font occupés au mépris du fang & du bonheur de leurs fujets, à étendre leur domination : mais elle ne nous préfente l'exemple d'aucun Souverain qui fe fait avifé de la reftreindre. L'un cependant n'auroit-il pas été aufi fage que l'autre a été funefte ? Et n'en feroit-il pas de l'étendue des Empires ainfi que de la popularlon ? Un grand Empire & une grande population peuvent être deux grands maux. Peu d'hommes, mais heureux ; peu d'efpace, mais bien gouverné. Le fort des petits Etats eft de s’étendre ; celui des grands de fe démembrer. »

« notre véritable bonheur exige-t-il la jouiffance des chofes que nous allons chercher fi loin ? Sommes-nous deftinés à conferver des goûts auffi factices ? L’homme eft-il né pour errer continuellement entre le ciel & eaux ? Eft-il un oifeau de paffage, ou reffemble-t-il aux autres animaux, dont la plus grande excurfion eft très-limitée ? Ce qu’on retire des denrées peut-il compenfer avec avantage la perte des citoyens qui s’éloignent de leur patrie pour être détruits, ou par les maladies qui les attaquent dans la traverfée, ou par le climat à leur arrivée ? À des diftances auffi grandes, quelle peut être l’énergie des loix de la métropole fur les fujets, & l’obeiffance des fujets à ces loix ? L’éloignement des témoins & des juges de nos actions, ne doit-il pas amener la corruption des mœurs, & avec le temps le déclin des inftitutions les plus fages, lorfque les vertus & la juftice, les bafes fondamentales, ne fubfiftent plus ? […] »

On est dans la critique de Rousseau, du luxe, de l’homme civilisé. Les biens matériels ne sont pas un signe d’évolution.

« L'autorité s'affaiblissant à mesure que les sujets s'éloignent du centre de la domination, se fait-on obéir à mille lieues de l'endroit d'où partent les ordres ? Si l'on me répond que la chose est possible par l'action des agens du gouvernement, je répliquerai par le mot d'un de ces préposés indiscrets, qui révéla ce qui se passait au fond de l'âme de tous les autres : Dieu est bien haut, l’empereur est bien loin, et je suis le maître ici. L'empire se trouvant partagé en deux classes d'hommes, celle des maîtres et celle des esclaves, comment rapprocher des intérêts si opposés ? »

C’est l’argument de la distance entre le centre et la périphérie. C’est le cœur de la critique morale de Rousseau qui dit qu’en substance, les empires, au fond, sont composés de deux catégories d’individus, à savoir les maîtres et les esclaves. Il y a une dimension profondément inégalitaire dans les empires. L’homme esclave perd sa qualité d’homme et les empires ne font que diviser en deux les individus.

Adam Smith

Adam Smith.

Adam Smith naît en Écosse dans la ville de Kirkaldy. Élève doué, il entre à 14 ans à l'université de Glasgow où il suit les enseignements du maître de la philosophie écossaise Hutcheson (1654-1746). À 17 ans, obtenant une bourse, il rejoint l'université d'Oxford. En 1751, Smith obtient la chaire de logique à l'université de Glasgow, puis à 30 ans, il est également chargé de la chaire de philosophie morale. L’œuvre de Smith séduit le chancelier de l'échiquier Charles Townsend qui le fait nommer précepteur du jeune duc de Buccleugh. Smith accompagnera ce jeune homme durant un voyage de formation de quatre ans qui lui permet de parcourir l'Europe. Smith est alors introduit par Hume aux encyclopédistes français. Il revient en Écosse en 1766. Pendant dix ans, il va élaborer son œuvre majeure Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776). En 1778, Smith devient commissaire aux douanes à Édimbourg ce qui lui assure une retraite confortable. À la fin de sa vie, il devient recteur de l’université de Glasgow. Smith meurt en 1790 dans une relative indifférence.

Cela n’est pas un hasard si Adam Smith rédige et pense sa critique des empires en Écosse qui est depuis 1707 réunie à l’Angleterre, mais surtout l’Écosse connaît, entre 1720 et 1760, une prospérité intellectuelle extrêmement importante. L’Écosse connaît un développement culturel et intellectuel de tout premier plan comme avec Hume. L’Écosse du XVIIIème siècle est un havre de développement culturel avec un foisonnement d’idées, une vaste littérature de revues jouant un rôle important dans le développement intellectuel des théories morales, économiques et politiques. Cette Écosse repose sur une union avec l’Angleterre, mais aussi sur un certain nombre de principes et de valeurs que sont la liberté civile de l’esprit public. Les Écossais sont de lointains disciples de Machiavel avec une réflexion autour du citoyen, sur sa place et son rôle moral dans la société.

Première page de la Richesse des nations, dans son édition de 1776.

En 1759, Smith publie la Théorie des sentiments moraux, en 1776 il publie Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations. Dans Théorie des sentiments moraux, il publie une théorie révolutionnaire sur la façon de penser le monde social et politique. Montesquieu et Rousseau ont construit leur vision du politique et du droit sur la notion de contrat. Adam Smith va penser la société, y compris la société entre États, sur un mode non contractuel.

Dans la Théorie des sentiments moraux, Adam Smith se pose la question de savoir ce qui fait que les êtres humains et les États par extensions, vivent et arrivent à vivre ensemble et comment le faire vivre ensemble. Rousseau avait répondu par le contrat, Montesquieu à certains égards aussi, Grotius et Vattel ont une pensée contractualiste. Smith va penser une nouvelle thèse. Il énonce la thèse de l’universalité du sentiment de sympathie entre les hommes. Pour lui, les hommes ont une empathie pour les autres, qu’il s’agit simplement de canaliser, d’utiliser d’organiser. Il s’interroge sur comment organiser cette sympathie qui est un sentiment qui permettent de concilier l’amour de soi-même avec l’intérêt de la société. Comme les hommes éprouvent une sympathie envers les autres, il s’agit de l’organiser ou de la laisser s’organiser par elle-même. Afin que la richesse de chacun profite à celle de toute, il faut laisser la sympathie naturelle des gens fonctionner par elle-même parce que les besoins de tous vont être comblés. Smith, par son idée de marché, propose une vision économique du monde qui est une mutation tout à fait fondamentale dans la manière de penser les relations entre les hommes et entre les États. La réponse qu’il propose est celle de la « main invisible » qui joue un rôle central et qui organise d’une certaine manière le marché.

Ce qui est intéressant est que Smith va critiquer les empires en se fondant sur une conception radicalement différente du monde. C’est une vision du monde structurée dans un vaste marché qui s’organise grâce à la main invisible. Il n’est pas l’inventeur du mot « économie », mais l’inventeur du terme « économie-politique ». L’économie est une autre manière de penser le politique. L’inventeur de ce concept de marché, va faire reposer sa critique des empires sur cette nouvelle vision du monde. En agissant ainsi, en proposant une vision économique des relations entre États et entre individus, Smith va procéder à une dissociation, une transformation conceptuelle très importante entre la notion de territoire et celle d’espace. La notion de territoire n’a plus d’importance pour lui parce que le marché n’est pas limité au territoire, mais raisonne en termes d’espace. Le droit des gens et un droit dont les sujets sont les États. La conception économique du monde reposant sur l’idée de marché fait éclater la notion de territoire qui est remplacée par la notion d’espace. L’étendue du marché n’est pas définie par des frontières ou des limites pour Smith, mais est produite par l’intérieur à travers un système de communication très vaste pouvant s’étendre au monde entier.

Dès lors, Smith peut se livrer à une critique économique des empires. Smith va dénoncer l’aventure impériale anglaise. Comme il défend une vision ouverte, globale, déterritorialisée du marché, il va défendre le principe du libre-échange. Il va part ricochet, critiquer radicalement la notion même de monopole. On comprend maintenant sa critique des empires. Elle repose sur trois points. Cette nouvelle vision du monde est celle du fondement des empires et des colonies :

  • les colonies sont une manifestation de la puissance qui n’ont aucun intérêt politique et économique ;
  • si l’empire avait un intérêt, ce serait celui d’étendre le marché, de faire voler les frontières en éclat, de créer un vaste marché. Pour que cela fonctionne, il faudrait que cela soit fondé sur le libre-échange. Les empires ne font que mettre en place un marché de monopole.
  • Les avantages qu’une nation peut retirer de l’extension de son marché doivent profiter à tous. Or, les empires non seulement sont fondés sur un monopole, mais surtout, ils ne profitent qu’à une toute petite minorité. Les Empires sont également un non-sens social en ce sens qu’ils divisent la société entre les possédants et les non-possédants.

Sa dénonciation de l’ « illusion coloniale » est empreinte de l’idée de partage des richesses. Smith serait favorable à une sorte de marché globalisé, unique, qui permettrait les échanges sur une base égalitaire et équitable. Les empires vont prendre chez Smith ce qu’ils ont envie de prendre et de ne pas prendre ce qu’ils n’ont pas envie de prendre.

« La politique de l'Europe n'a donc pas trop lieu de se glorifier, soit de l'établisse¬ment primitif des colonies de l'Amérique, soit de leur prospérité ultérieure, en ce qui regarde le gouvernement intérieur qu'elle leur a donné. »

Il est sous-entendu que l’Europe n’est pas à l’origine de la prospérité économique de ces pays. Il va aussi se lancer dans la critique de l’Espagne qui est tout à fait condamnable.

« L'extravagance et l'injustice sont, à ce qu'il semble, les principes qui ont conçu et dirigé le premier projet de l'établissement de ces colonies; l'extravagance qui faisait courir après des mines d'or et d'argent, et l'injustice qui faisait convoiter la possession d'un pays dont les innocents et simples habitants, bien loin d'avoir fait aucun mal aux Européens, les avaient accueillis avec tous les témoignages possibles de bonté et d'hospitalité, quand ils avaient paru pour la première fois dans cette partie du monde. »

« Les divers gouvernements de l'Europe ne peuvent pas plus prétendre au mérite d'avoir donné naissance à quelques-uns des plus importants de ces établissements, qu'à celui d'en avoir conçu le dessein.

La conquête du Mexique ne fut pas un projet imaginé par le conseil d'Espagne, mais par un gouverneur de Cuba; et ce projet fut mis à exécution par le génie hardi et entreprenant de l'aventurier qui en fut chargé, en dépit de tout ce que put faire pour le traverser ce même gouverneur, qui se repentit bientôt d'avoir confié cette entreprise à un pareil homme. »

Il y a une critique de l‘Europe, mais de l’Espagne elle-même. La critique économique se met peu à peu en place.

« Quand ces établissements furent formés et quand ils furent devenus assez considérables pour attirer l'attention de la mère patrie, les premiers règlements qu'elle fit à leur égard eurent toujours pour objet de s'assurer le monopole de leur commerce, de resserrer leur marché, d'agrandir le sien à leurs dépens et, par conséquent, de décourager et de ralentir le cours de leur prospérité, bien loin de l'exciter et de l'accélérer. Les diverses manières dont a été exercé ce monopole sont ce qui constitue une des différences les plus essentielles entre les systèmes politiques suivis par les différentes nations de l'Europe, à l'égard de leurs colonies. Tout ce qu'on peut dire du meilleur de ces systèmes, celui de l'Angleterre, c'est qu'il est seulement un peu moins mesquin et moins oppressif qu'aucun de ceux des autres nations. »

Les empires amènent la ruine des colonies. L’Angleterre fait un peu mieux que les autres, mais elle est encore trop dirigiste.

« Le monopole rend toutes les sources originelles de revenu, les salaires du travail, la rente de la terre, et les profits des fonds, beaucoup moins abondantes qu’elles ne le seraient autrement. »

Le monopole est une aberration économique qui favorise d’une certaine manière la concentration dans les mains de quelques-uns au détriment de l’intérêt de tous.

« C’est ainsi que le seul avantage que le monopole procure à un seul ordre d’hommes est préjudiciable de nombreuses façons différentes à l’intérêt général du pays.

Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d'acheteurs et de chalands, semble, au premier coup d'œil, un projet qui ne pourrait convenir qu'à une nation de boutiquiers. C'est cependant un projet qui accommoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique, mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l'influence des boutiquiers. Il faut des hommes d'État de cette espèce, et de cette espèce seulement, pour être capable de s'imaginer qu'ils trouveront de l'avantage à employer le sang et les trésors de leurs concitoyens à fonder et à soutenir un pareil empire. »

On voit avec quel mépris Smith traite ses contemporains en les qualifiant de « boutiquiers ». Chez Smith, on voit un trait commun avec toutes les critiques de Grotius et ses contemporains.

« Sous l’actuel système de gestion, la Grande-Bretagne ne tire donc de la domination qu’elle s’arroge sur ses colonies rien d’autre que des pertes.

Proposer que la Grande-Bretagne renonce volontairement à toute autorité sur ses colonies et les laisse élire leurs propres magistrats, édicter leurs propres lois, et faire la paix et la guerre comme bon leur semble serait proposer une mesure qu’aucune nation au monde n’a jamais acceptée, et n’acceptera jamais. »

On retrouve cet argument chez toutes les critiques de l’idéologie impériale. Cet argument est de dire que les empires sont néfastes d’un point de vue juridique et économique, mais on ne peut retourner à l’ancien ordre des choses. C’est un leurre absolu de croire qu’une nation renonce à ses colonies et à son aventure impériale. L’Angleterre va l’apprendre à ses dépens avec la rébellion des colonies américaines, voulant leur indépendance et créer ce qui deviendra le plus grand empire du XIXème siècle et du XXème siècle qui sont les États-Unis d’Amérique.

Anexos

  • Hasquin Hervé. Montesquieu. Réflexions sur la monarchie universelle en Europe. , Revue belge de philologie et d'histoire, 2001, vol. 79, n° 4, p. 1484.
  • Sen, A. (2010). Adam Smith and the contemporary world. Erasmus Journal for Philosophy and Economics, 3(1), 50. https://doi.org/10.23941/ejpe.v3i1.39

Referencias