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Repères historiques et méthodologiques

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Nous allons situer l’étude du comportement politique dans l’histoire et aborder quelques éléments méthodologiques. Idéalement, il faudrait distinguer entre la constitution historique de l’étude du comportement électoral et celle du comportement non électoral puisque ce sont deux domaines qui se sont très peu parlé historiquement. Comment l’étude du comportement électoral s’est développée et constituée ?

L’émergence du sujet nous interroge sur comment le sujet a émergé dans la pensée européenne. L’émergence de l’approche behavioriste constitue le point de départ de l’étude empirique du comportement politique. Nous allons traiter de l’émergence du citoyen autonome, à savoir le citoyen « intentionnel » qui introduit les théories du choix rationnel avec notamment les théories économiques du vote. Enfin, nous allons parler du développement des techniques d’analyse qui ont contribué à faire de l’étude du comportement politique l’une des disciplines les plus importantes de la science politique avec des instruments principaux comme celui du sondage.

Émergence de l’étude du comportement politique[edit | edit source]

Il faut considérer l‘étude du comportement politique dans une longue histoire où le sujet est l’individu, allant de la Renaissance où on a commencé à mettre le sujet au centre de l’univers. Dans une perspective à long terme, c’est grâce à ce premier pas qu’il fut possible des siècles plus tarde de développer la science des comportements et plus particulièrement l’étude du comportement politique. Il faut garder en tête l’enracinement historique dans la Renaissance et plus tard dans le siècle des Lumières qui a œuvré pour mettre le sujet au centre de la réflexion. Dans une perspective plus politique et institutionnelle, il faut considérer comment la constitution de l’État-Nation a contribué à la centralisation de l’individu, de la mise au centre et de la réflexion autour de l’individu. Avec les révolutions démocratiques en Europe, cela a contribué à placer l’individu dans le centre notamment avec l’émergence et la constitution de l’idée de citoyenneté. Pour l’étude du comportement électoral, l’idée qu’il y ait un ou une citoyenne est quelque chose de fondamental.

Le développement d’une discipline scientifique relève aussi et hérite de transformations plus larges dans l’histoire des mentalités et même dans la culture d’un continent ou d’un pays donné. Tous ces éléments qui ont mis au centre l’individu se sont traduits dans l’émergence au XXème siècle d’une approche qui a été dominante et née aux États-Unis à partir des années 1920 et 1930 et qui a connu son essor dans les années 1940 qui est le behaviorisme. C’est un terme utilisé dans plusieurs disciplines différentes notamment en psychologie est qui n’est pas nécessairement très proche du behaviorisme tel que connu en science politique.

Caractéristiques de l’ancien institutionnalisme[edit | edit source]

Pour comprendre le behaviorisme, il faut comprendre ce qu’était le point de départ et la situation de la science politique au moment où le behaviorisme a émergé. Cette science politique était une science politique que l’on peut rapprocher de l’ancien institutionnalisme. C’était en particulier une science politique qui avait un certain nombre de caractéristiques au début du XXème siècle :

  • légalisme : c’était une science politique proche du droit et du droit constitutionnel. Il y a relativement peu de distinction entre l’étude du droit et la science politique telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’accent était mis sur la loi et le rôle central du cadre légal pour les gouvernements.
  • structuralisme : c’est un terme qui fut utilisé de manière transversale dans plusieurs disciplines avec des connotations différentes. L’idée est ici que les structures déterminent très largement les comportements individuels. Les structures sont vues comme des caractéristiques du système institutionnel politique. C’est pourquoi on parle aussi de science institutionnaliste. Si jamais on s’intéressait au comportement, ce ou ces comportements étaient très structurés, voire surdéterminés par les institutions. On ne portait pas attention aux comportements.
  • holisme : c’est une notion qui fut inventée par Émile Durkheim consistant à considérer l’ensemble des choses et à rester au niveau de cet ensemble. On entend le holisme plutôt comme une tendance à comparer les systèmes politiques dans leur ensemble plutôt que de comparer les institutions individuelles prises singulièrement.
  • historicisme : la fondation historique de l’analyse de l’ancien institutionnalisme propose une conception développementaliste des institutions, c’est-à-dire des institutions qui se succèdent. Il faut considérer le développement de ces institutions dans leur développement historique.
  • analyse normative : ce qui intéressait les anciens institutionnalistes au début du XXème siècle était de poser des notions normatives avec des notions de juste, de bon ou encore de désirable qui seraient des valeurs pouvant juger de ce qu’est une bonne institution.

C’est en réaction à cette science politique que les behavioristes ont lancé ce mouvement qui a influencé énormément et en particulier l’analyse du comportement politique.

Béhaviorisme[edit | edit source]

Le behaviorisme est une science qui étudie les comportements, donc on ne s’intéresse pas uniquement aux institutions et à leur fonctionnement, on ne s’intéresse plus au cadre légal normatif donné par les institutions, on ne s’intéresse plus aux structures, mais on s’intéresse à l’étude des comportements individuels. On ne peut parler de comportement que si on les attribue aux individus.

Les caractéristiques du behaviorisme se retrouvent encore aujourd’hui dans l’analyse du comportement politique. Il s’agit d’expliquer les comportements sur la base d'hypothèses causales avec l’idée d’expliquer quelque chose en décrivant les comportements signifiant qu’on veut vérifier ces hypothèses en les testant empiriquement. C’est un point crucial parce que l’ancien institutionnalisme ne s’intéressait pas à la dimension empirique, elle ne s’appuyait pas sur des évidences empiriques. Pour les behavioristes, il s’agit d’expliquer les comportements des individus par le biais d’hypothèses causales et en les testant empiriquement. De là découlent certains instruments méthodologiques, dont l’instrument du sondage.

En même temps, les behavioristes avaient l’ambition d’essayer d’élaborer des modèles et théories généraux. Ce n’est pas évidemment des lois comme dans la sociologie du XIXème siècle qui voulait établir des lois universelles. Désormais, on cherche à comprendre pourquoi une population se comporte d’une telle manière ou encore à développer des théories qui s’adaptent à différents contextes.

Mérites Critiques et limites
- à remis l’individu et son comportement au centre de la réflexion scientifique et de la recherche en science politique ;
- à permis le développement de techniques d’analyses scientifiques et systématiques pour l’étude du comportement politique.
- impérialisme de la méthodologie : le risque est de mettre la méthode pas au service de la théorie, mais avant la théorie ;
- occultation des valeurs : le souci de s’éloigner de l’ancien institutionnalisme a parfois amené à complètement négliger le fait que les valeurs jouent également un rôle, pas seulement en tant que valeur qui pourraient influencer le comportement, mais aussi en fonction des valeurs du chercheur ;
- déficit théorique.

Théorie du choix rationnel[edit | edit source]

Certaines théories du modèle explicatif du vote s’appuient largement sur la théorie du choix rationnel. C’est une théorie qui s’applique à différents domaines de manière transversale.

Parmi les caractéristiques de la théorie du choix rationnel, il faut d’abord distinguer l’individualisme méthodologique qui s’oppose dans certains débats sociologiques avec le holisme sociologique. En ce sens, l’explication des phénomènes sociaux doit être fait en termes de calculs rationnels faits par des individus égocentriques réfléchissant en fonction de leurs propres intérêts. Le second élément découle du premier est que les interactions sont faites sur la base de l’échange social modelé sur l’action économique, c’est-à-dire que les échanges sont faits sur le modèle de coûts – bénéfices que les acteurs font. La théorie du choix rationnel n’a pas seulement influencé l’étude du vote, mais aussi la théorie des mouvements sociaux. Dans les théories du choix rationnel, la rationalité est vue comme résultat du conditionnement psychologique ou d’individus agissant comme s’ils étaient complètement rationnels.

Mérites Critiques et limites
- a placé l’individu au centre de l’analyse ;
- a donné autonomie et pouvoir décisionnel à l’individu.
- problème de l’action collective : il est difficile d’expliquer par des théories purement rationnelles pourquoi il y a des actions collectives ;
- problème des normes sociales : il est difficile d’expliquer l’émergence des normes sociales par une théorie purement rationaliste ;
- problème de la structure sociale.

Caractéristiques des approches behavioristes et rationalistes[edit | edit source]

Ce qui rapproche ces deux approches est une forte préoccupation avec la théorie et la méthodologie en tout cas en termes d’ambition avec une volonté d’éliminer tout élément normatif de la réflexion et de l’étude de tout comportement politique. On ne veut pas juger des bons comportements, mais les observer et les expliquer. L’individualisme méthodologique est que l’unité de base doit être l’individu partagé par ces deux approches qui mettent également l’accent sur les inputs en analysant les comportements et les inputs qui en découlent.

À partir des années 1980 et des années 1990, il y a eu un retour des institutions dans l’analyse des comportements à travers un nouvel institutionnalisme qui se distancie de l’ancien institutionnalisme notamment par l’évacuation de la dimension normative, par un accent qui est mis non pas seulement sur le cadre légal, mais aussi sur les procédures informelles qui constituent un contexte qui peut déterminer ou canaliser les comportements politiques.

« Reasoning voter »[edit | edit source]

La révolution rationaliste plus que behavioriste a fait émerger l’idée que le citoyen a un pouvoir décisionnel faisant également émerger la figure de l’électeur rationnel jusqu’au point où toute décision de se comporter politiquement est le fruit d’un choix rationnel donc d’une évolution des coûts et des bénéfices que l’acteur lui-même aurait dans un cas plutôt qu’un autre. L’idée de l’électeur rationnel qui a un peu poussé à l’extrême les présupposés de la théorie du choix rationnel ont été critiqués à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. De l’intérieur, puisqu’il y a des auteurs rationalistes qui ont posés certaines limites à la rationalité et, de l’extérieur, puisqu’il y a eu tout un tas de critiques qui sont les critiques que l’on fait habituellement dans la théorie du choix rationnel et que si on va dans cette direction, on néglige l’impact des structures, des contextes ou encore des dimensions culturelles.

La critique interne est intéressante puisqu’elle a menée à créer le concept de rationalité limitée qui fut créée pour montrer le fait que l’acteur peu à la fois agir rationnellement, mais dans le cadre d’un certain contexte qui pose des limites à l’intérieur duquel la rationalité peut fonctionner. Le concept de rationalité limité a été repris par des auteurs qui ont proposé le concept de reasoning voter qui est un électeur qui réfléchit dans le cadre d’un contexte donné. Cela présuppose aussi que l’électeur évalue les coûts et bénéfices dans une situation où l’information n’est pas complètement transparente et disponible.

L’idée du reasoning voter est un concept qui essaie de faire le pont entre psychologie politique et théorie du choix rationnel aussi en tenant compte des facteurs psychologiques qui peuvent rendre l’électeur pas complément rationnel, mais quand même raisonnable. L’électeur est amené à faire des raccourcis qui sont des processus heuristiques.

Développements méthodologiques[edit | edit source]

Si on revient sur l’ancien institutionnalisme, finalement, on ne s’intéressait pas aux préoccupations empiriques. Les premiers débuts d’analyses empiriques et donc de réflexion méthodologique entendue comme un instrument et un ensemble d’outils qui nous permettent de faire un lien entre une pensée théorique et une réalité empirique, ont lieu au début du XXème, peu avant que ne se développe aux États-Unis le behaviorisme, en France avec la géographie électorale qui travaillait sur des données agrégées qui sont des données qui caractérisent une unité politico-administrative donnée. Les behaviouristes ont tout de suite vu qu’avec ce type d’approche et ce type de données, on ne peut pas étudier les comportements individuels puisque ce sont des données qui se situent au niveau d’une unité et non pas au niveau de l’individu. Pour les behavioristes, il faut trouver une manière d’étudier les comportements individuels par une collecte de données individuelles, c’est pourquoi ils ont développé l’enquête par sondage qui est encore un instrument utilisé aujourd’hui. Le sondage se fait sur la base d’un échantillonnage aléatoire qu’il est possible de généraliser et qui est représentatif. Paul Lazarsfeld, dans les années 1940, a pour la première fois appliqué l’instrument du sondage afin d’étudier le comportement électoral. On va parle de l’approche de Michigan, et c’est justement à l’Université de Michigan que les premiers sondages systématiques sur le plan national ont été développés à partir des années 1950. À partir de 1978, ils ont établi les études électorales nationales qui furent institutionnalisées et développées dans d’autres pays. C’est un instrument précieux afin d’étudier les comportements politiques dans une perspective qu’on appelait autrefois la micropolitique. À partir des années 1980, il est possible de signaler des nouveautés importantes avec l’utilisation systématique des ordinateurs qui a multiplié les possibilités d’analyses, mais aussi avec l’organisation sociale de l’accès aux données. L’idée est qu’à certains moments, il est possible de pouvoir faire en sorte que tous les chercheurs puissent avoir accès aux données. Cela répond à un souci de science en tant qu’effort collectif, mais cela répond également à un souci méthodologique de réplicabilité de résultats des recherches. Enfin, la sophistication croissante des techniques d’analyse a mené à la possibilité des analyses multiniveaux qui existent depuis la fin des années 1970 et le début des années 1980, mais, en science politique, c’est quelque chose de relativement récent. On parle d’analyses qui puissent intégrer à la fois des données individuelles et des données contextuelles.

Niveaux d’analyse[edit | edit source]

Plusieurs niveaux rentrent en ligne de compte dans l’analyse des comportements politiques avec les analyses « micro » donc individuelles qui sera pour une grande partie du cours notre variable dépendante et les analyses « macro » comme, par exemple, le fait que la participation électorale dépende du contexte institutionnel et intervenant dans l’explication qui sont des facteurs qui ne relèvent pas de l’individu, mais qui sont soit l’agrégation de comportements individuels que l’on regarde de façon agrégée soit de propriétés qui dépendent directement du contexte.

Micro Macro
- acteur ;
Individus ;
choix individuels ;
préférences individuelles.
- système ;
- institutions ;
- changement structurel ;
- changement culturel.

La grande question est de savoir comment les lier au-delà du fait qu’aujourd’hui il y a des outils méthodologiques statistiques qui permettent de lier des mesures individuelles et contextuelles dans une seule analyse. Cette réflexion est au cœur de la réflexion en science sociale et en tout cas en sociologie et en science politique. Les théoriciens de la sociologie se sont souvent préoccupés de comment faire le lien entre le niveau individuel et le niveau macro institutionnel dans d’autres cas.

Lien micro-macro : Coleman[edit | edit source]

James Coleman a élaboré un modèle très simple qui consiste à donner une image de comment le macro et le micro sont liés. Dans le modèle du lien micro – macro, ce qu’on veut expliquer est le changement politique et social. La tâche du sociologue est d’expliquer les grands changements sociaux et politiques. Ces changements découlent à leur tour de grandes transformations structurelles et culturelles. Il y a l’idée d’un lien entre ce qu’on veut expliquer, à savoir les changements politiques et sociaux aujourd’hui, et les grandes transformations qui ont eu lieu dans l’histoire de l’Europe ou d’un pays.

Comportement politique lien micro macro Coleman 1.png

Pour Coleman, qui était un grand institutionnalisme méthodologique, le lien de grandes transformations sociales, structurelles et culturelles et le changement politique et social ne peut pas être fait directement, mais il peut être seulement fait en passant par des choix et des comportements individuels. C’est une approche qui vient de Max Weber. L’idée est que ces transformations culturelles expliquent ensuite des changements au niveau des positions et des attitudes individuelles. Ces préférences individuelles expliquent ensuite la mobilisation individuelle et c’est par l’agrégation des différents comportements individuels que l’on peut expliquer in fine les changements culturels et sociaux. Toute la tradition behavioriste est restée au niveau micro, mais pour Coleman, il faut faire un lien avec le niveau macro politique. Pour Coleman, ce lien ne peut être fait directement, mais par un détour. On ne peut pas expliquer le changement social et politique en restant au niveau du contexte, agrégé et des variables globales. L’idée wébérienne est que pour expliquer les transformations sociales, il faut passer par des variables individuelles qui offrent des mécanismes.

Lien micro-macro : Rokkan[edit | edit source]

Rokkan a également postulé des liens micro et macro. Pour Rokkan, il est possible de concevoir un lien direct micro et macro : - micro – micro : étude de la relation entre les caractéristiques individuelles, les rôles, les cognitions et les motivations, d’un côté, et les dispositions politiques et décisions, de l’autre ; - macro – micro : étude des effets des variations et des changements dans les contextes structurels sur les décisions politiques ainsi que sur la force et la direction des relations micro-micro ; - micro – macro : étude des effets des attitudes et décisions des citoyens sur les politiques, stratégies et tactiques des partis ainsi que sur l’opération des systèmes de contrainte structurelle sur le processus décisionnel ; - macro – macro : étude des fonctions des contraintes structurelles dans le maintien, la légitimation et la stabilisation du système politique en général.

Il faut garder en tête qu’il y a le niveau micro et macro qu’il faut distinguer et qu’il faut essayer de faire un lien entre ces niveaux.

Erreur écologique[edit | edit source]

L’erreur écologique est une erreur que l’on commet lorsqu’on tire des conclusions qui concernent le niveau individuel à partir de données agrégées qui concernent le niveau macro. Ce sont des conclusions hâtives que l’on fait lorsqu’on veut expliquer un comportement individuel lorsqu’on n’a que des données agrégées. Un exemple d’erreur écologique serait de dire que si on observe une corrélation, s’il y a une association entre une proportion de catholiques dans un canton suisse et la proportion de votes pour le PDC, à partir de là, on ne peut pas conclure que les valeurs religieuses poussent les gens à voter PDC. Il peut très bien y avoir des électeurs catholiques qui ne votent pas pour le PDC. On conclut simplement par une corrélation, on ne le voit pas.

Dans cet exemple, il y a trois villes. L’hypothèse est que le revenu pousse les gens à voter plutôt à droite.

Comportement politique erreur écologique 1.png

Si on va regarder les niveaux individuels, cette corrélation pourrait être de -.33, c’est une corrélation faible et négative. On arrive à ce résultat en regardant à l’intérieur de chaque ville pour qui les individus ont voté.

Comportement politique erreur écologique 2.png

On va regarder pour qui les électeurs ont voté.

Comportement politique erreur écologique 3.png

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]