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Les théories des mouvements sociaux

De Baripedia

Dans la littérature sur le comportement politique, pendant longtemps, les mouvements sociaux ont été considérés comme quelque chose qui n’en faisant pas parti. Le vote était considéré comme étant la seule forme légitime de comportement politique de la part des citoyens et les mouvements sociaux étaient autre chose. Le résultat est que la littérature sur les mouvements sociaux s’est développée de façon indépendante par rapport à la littérature et aux théories du comportement électoral. Depuis quelques années, il y a de plus en plus d’efforts afin de faire des liens entre les littératures, les mouvements sociaux ont été reconnus comme étant une des manières parmi lesquelles les citoyens peuvent se mobiliser.

Dans la théorie des mouvements sociaux, on distingue deux sous-ensembles. Un se situe au niveau microlitique, à savoir des théories, des explications et des approches qui tentent d’expliquer l’engagement individuel dans des formes non-électorales de participation politique. Ce sont des formes dans lesquelles les citoyens peuvent s’engager. Le deuxième sous-ensemble concerne les acteurs collectifs qui est toute une théorie développée de manière indépendante.

Savoir ce qu’est un mouvement social ne fait pas consensus parmi les spécialistes. Cela est beaucoup plus facile de définir ce qu’est un parti qui est une organisation politique qui entre dans un jeu électoral (vote seeking) et dans la perspective de prendre le pouvoir (office seeking). Les partis sont des organisations formelles donc plus faciles à cerner. Les mouvements sociaux sont des acteurs beaucoup plus flous, ce ne sont pas des organisations. Il y a un élément de flou conceptuel qui rend la définition plus difficile. La littérature comparative sur les mouvements sociaux prend de plus en plus d’amplitude et d’importance.

Relation entre changements structurels et action collective[modifier | modifier le wikicode]

Comportement politique relation entre changements structurels et action collective 1.png

Dans The Contentious French publié en 1989, Charles Tilly refait le parcours de la participation et des comportements non-électoraux, donc l’émergence de mouvements sociaux, ou plus précisément de la transformation des répertoires de l’action collective. Tilly retrace les changements dans les répertoires de l’action collective à partir du XVIème siècle en France. Ce qu’on appelle aujourd’hui les mouvements sociaux, sont le résultat d’un long processus historique de transformations des répertoires de l’action collective qui est entendue comme les manières qui sont à disposition dans un certain contexte institutionnel et culturel, les modalités qui sont à disposition des citoyens pour protester et faire valoir leurs revendications en dehors du vote. Tilly met le vote dans le répertoire, donc le répertoire de l’action collective est toutes les manières que les citoyens ont à disposition afin de faire valoir leurs revendications. Selon, Tilly, les mouvements sociaux sont une forme particulière d’action collective qui a émergé comme résultat de ce processus et qui est historiquement et spatialement localisé.

Ainsi, les mouvements sociaux sont nés au XIXème siècle et plus précisément en Angleterre suite à ce processus qui dépend de deux grands facteurs structurels qui expliquent les transformations du répertoire de l’action collective : l’émergence du capitalisme (1) qui sont les transformations des modes de production en Europe ; le processus de formation de l’État-Nation (2). Apparaissent les deux grandes révolutions de Rokkan qui ont donné lieu aux clivages ; on retrouve la notion de clivage dans ce type de récit par rapport à l’émergence des mouvements sociaux.

Ces grandes révolutions structurelles ont fait qu’il y a eu des changements en France, en Angleterre et dans d’autres pays, dans les intérêts et les identités. L’émergence du capitalisme a créé de nouveaux intérêts et de nouvelles identités collectives comme avec le prolétariat ou encore la bourgeoisie. Ces deux grands processus et en particulier le processus de formation de l’État-Nation a créé de nouvelles opportunités pour mobiliser et de cibles de la mobilisation. Finalement, ces deux grands processus ont aussi transformé l’organisation de la société en créant par exemple les classes sociales telles qu’on les connaît aujourd’hui.

Ces grandes transformations ont ensuite produit des transformations des répertoires de l’action collective. Pour Tilly, l’action collective est passée d’un répertoire « réactif » à un répertoire « proactif » ; c’est-à-dire que les mouvements ou les citoyens ne réagissent pas simplement à des décisions qui sont prises par des autorités locales ou autres, mais s’organisent en vue de prendre des initiatives proactives. Le répertoire passe de la « compétition » au « conflit ». Ce n’est plus simplement une compétition locale entre différents groupes, mais c’est une action collective qui s’inscrit dans un véritable conflit social où il y a des intérêts collectifs qui s’opposent et où le succès d’un intérêt collectif ou de la mobilisation autour d’un succès collectif implique des pertes de l’intérêt ou des intérêts collectifs qui y sont opposés renvoyant à l’idée de conflit social. On passe d’une contestation d’un répertoire spontané à une contestation d’un répertoire organisé, qui est que les citoyens commencent à s’organiser, à former des organisations sociales, mais aussi des partis politiques, et on passe d’une contestation locale à une contestation nationale. Tilly parle d’une nationalisation de l’action collective et de la protestation sociale concernant les mouvements sociaux comme une forme d’action collective nationalisée.

Les mouvements sociaux sont une forme spéciale de politique contestataire qui émerge de la transformation de l’ancien au nouveau répertoire lorsque la concertation du capital et de la coercition ont transformé ces modalités. L’idée est que le mouvement social est né comme un ensemble de formes d’actions collectives de la part des citoyens qui devient modulaire.

Aspects qui caractérisent un mouvement social[modifier | modifier le wikicode]

Selon Tilly, les mouvements sociaux sont une forme particulière d’action collective ou de répertoire de l’action collective étant née à travers un long processus historique qui dépend à la base des deux grandes transformations structurelles de la société en Europe qui ont produit des changements dans les intérêts, les organisations et les opportunités des citoyens afin de faire valoir leurs revendications.

Si on regarde cela d’un point de vue analytique, il faut encore définir ce qu’est un mouvement social, ce qui est relativement compliqué. Il y a plusieurs définitions des mouvements sociaux qui sont données dans la littérature. Della Porta et Diani ont trouvé quatre éléments qui caractérisent les mouvements sociaux :[1]

  1. Réseaux de relations informelles : c’est l’aspect « organisation » avec l’idée que les gens qui participent à un mouvement sont organisés, représentant un système de relations non-formalisé entre individus.
  2. Croyances partagées et solidarité : ces acteurs qui font partie des réseaux de relations informelles, pour qu’ils constituent un mouvement sociale, doivent s’appuyer sur un certain ensemble de valeurs communes, de croyances et sur un ensemble d’identité collective. Il y a l’idée que lorsque nous observons quelque chose, pensant que c’est un mouvement, cela pourrait être un mouvement ou autre chose. Autrement dit, un mouvement ne se superpose pas aux actions de protestations que l’on peut observer dans la rue.
  3. Action collective conflictuelle : un mouvement doit s’inscrire dans un conflit social. C’est l’idée de la politique contestataire d’un mouvement social.
  4. Recours à la protestation : il faut un réseau de solidarités informelles qui s’appuie sur des croyances et des identités partagées sur la base d’une action collective conflictuelle ou d’un conflit social par le biais de formes de mobilisation que l’on peut appeler de protestation qui sont des formes de mobilisations non-électorales.

La définition que donne Della Porta et Diani d’un mouvement social est que les mobilisations sont des réseaux d’interactions principalement informels basés sur des croyances et des solidarités partagées qui se mobilisent sur des thématiques conflictuelles à travers une utilisation fréquente, mais pas exclusive de différentes formes de protestations.

Typologie des mouvements sociaux[modifier | modifier le wikicode]

Il est possible de faire une distinction entre une approche historique minoritaire dans la littérature et des approches analytiques.

L’approche historique relève des théories essentiellement européennes qui ont essayé, à l’instar de Tilly, de montrer comment les mouvements sont le fruit et le produit de grandes transformations structurelles et sociales de la société qui ont donné lieu à l’émergence de partis politiques, mais aussi à l’émergence de mouvements sociaux et de formes d’actions collectives non-électorales.

Il y a une distinction intéressante entre trois paradigmes que l’on pourrait rapprocher de la notion de clivage. Ce sont trois grands paradigmes qui ont donné lieu à trois types de mouvements qui se sont succédé en Europe. Ces trois paradigmes sont les paradigmes de l’autorité, de la distribution et de style de vie.

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Le paradigme d’autorité correspondant au clivage centre – périphérie tel que proposé par Rokkan, et les mobilisations qui se sont appuyées sur ce paradigme sont essentiellement des mouvements et des revendications liées au contrôle des ressources politiques qui est l’idée de résistance à la formation de l’État-Nation par des entités ou encore des collectivités locales qui ont essayé de s’opposer. La centralisation de l’État-Nation a fait qu’il y a eu une perte de pouvoir des entités locales faisant qu’il y a eu des résistances.

Le deuxième grand paradigme est le paradigme de la redistribution qui est une question de ressources économiques avec en particulier l’émergence du mouvement ouvrier qui a émergé suite à ce paradigme est qui s’est mobilisé autour de ce paradigme.

Le paradigme du style de vie a donné lieu aux nouveaux mouvements sociaux qui sont des mouvements qui se sont mobilisés non pas pour le contrôle politique ou pour le contrôle ou la redistribution des ressources économiques, mais autour des questions de style de vie et des revendications de type culturel.

C’est une manière assez intéressante, à la fois de montrer historiquement l’émergence successive de divisions et de fractures sociales ainsi que de clivages qui a fait émerger des formes d’actions collectives, mais qui porte sur des enjeux différents. Cela nous permet aussi de classer les types de mouvement. Il faut aussi noter qu’à chaque mouvement correspond un contre mouvement.

Avec la globalisation, il y aurait peut être aujourd’hui un quatrième paradigme qui serait justement lié à ce clivage Nord – Sud à l’échelle mondiale qui pourrait par exemple expliquer l’émergence des mouvements altermondialistes.

Théories des mouvements sociaux[modifier | modifier le wikicode]

Les explications historiques qui ont surtout été proposées par des auteurs européens mettent en rapport l’émergence de différents types de mouvements sociaux avec les transformations structurelles de la société. Rokkan a notamment laissé son empreinte dans ce type de réflexion.

Aux États-Unis, plutôt que de se demander pourquoi certains mouvements sociaux émergent, ils se sont intéressés plutôt à la question de comment les mouvements se mobilisent. Il y a eu plusieurs théories des mouvements sociaux. Il y a les théories du comportement collectif, la théorie de la mobilisation des ressources et la théorie du processus politique. Parfois, en anglais, les théories du mouvement collectif s’appellent breakdown théories, à savoir les théories de la rupture ; on les appelle également les grieves theories. La théorie du processus politique s’appelle souvent la théorie des opportunités politiques.

Comme pour les théories du vote, certains auteurs disent qu’il n’y a que deux grandes explications, à savoir une théorie en termes de rupture et une explication en termes de ressources et d’opportunités. Ces approches se sont succédé dans le temps avec d’abord les théories du comportement collectif dans les années 1940 et 1950 à côté du behaviorisme, et ensuite, à partir des années 1960, il y a eu l’émergence de la théorie de la mobilisation des ressources et du processus politique.

Il y a une distinction entre l’approche du comportement collectif d’avec l’approche de la mobilisation et l’approche du processus politique. La réflexion sur comment expliquer les mouvements sociaux et plus généralement les phénomènes d’action collective, dans la sociologie européenne remonte aux fondateurs de la sociologie. Il y a deux grandes manières de voir la chose qui sont deux grandes perspectives qui sont une approche qui relève de la pensée marxiste avec des approches qui regardent plutôt selon l’angle du conflit de classe regardant l’action collective comme l’expression d’un conflit social qui se crée autour d’un clivage.

Tout comme le conflit peut s’exprimer au sein des arènes institutionnelles par la formation de partis et par la mobilisation des partis au sein de l’arène institutionnelle, ces conflits peuvent aussi se manifester à l’extérieur par le biais des mouvements sociaux ou de l’action collective.

Une deuxième grande approche découle de la pensée d’autres fondateurs de la sociologie comme avec Durkheim qui a contribué à créer le paradigme du holisme méthodologique. Les approches qui s’inscrivent dans cette ligne de pensée font référence plutôt à l’idée de solidarité sociale et de la rupture de cette solidarité sociale qui se fait de temps à autre et qui crée des situations d’anomie sociale. C’est l’idée de la rupture d’un équilibre social qui est la situation normativement correcte. Il y a une forte connotation normative dans ce type de théorie qui ont par ailleurs inspiré toute la pensée fonctionnaliste. Cette idée d’anomie est que les mouvements sociaux et les formes d’action collective sont le résultat de cette rupture qui s’est créée au sein d’une société donnée.

C’est justement à partir de ce type de réflexion que les premières tentatives d’expliquer l’action collective, que les premiers efforts faits par certains psychosociologues français mettaient l’accent sur l’idée de rupture et sur l’action des foules. On appel ces premières tentatives les théories des foules où par foule on entendait tout un tas de théories différentes qui peuvent aller de phénomènes de protestation politique, mais aussi des formes de déviance, y compris ce qu’on appel aujourd’hui le hooliganisme. C’était un mélange de phénomènes mis tous dans le même panier et qui étaient vus comme l’expression des foules qui étaient manipulables et manipulées par certains leaders. Le nom le plus connu est Gustave Lebon, mais aussi Gabriel Tarde qui avaient formulé les premières théories il y a 120 ans. Ces théories mettaient aussi l’accent sur des phénomènes psychologiques de frustration, donc dans ce type d’explication, les gens qui s’engagent dans les mouvements sociaux seraient les personnes frustrées en incitation d’anomie sociale qui essaient d’exprimer cette anomie par le biais de comportements collectifs.

La première de ces trois approches a été développée par une certaine sociologie américaine de type fonctionnaliste. Dans les années 1940 et 1950. Ce sont les théories du comportement collectif. Par comportement collectif, ces chercheurs mettaient tout un tas de phénomènes. Cette théorie s’inspirerait explicitement des théories de la foule qui sont les théories durkheimiennes européennes.

Schéma explicatif de la théorie du comportement collectif[modifier | modifier le wikicode]

Pour schématiser de manière très simple, le comportement collectif serait le résultat d’un État psychologique perturbé, de situations de frustration qui seraient le résultat du fait qu’il y a un changement social rapide. Les individus seraient un peu perdus et ils doivent réagir d’une certaine manière par des phénomènes d’action collective souvent radicales, voire violents. Cette théorie voulait expliquer des phénomènes collectifs violents.

Comportement politique schéma explicatif de la théorie du comportement collectif 1.png

On appel aussi souvent ces théories les théories de la frustration voire de la frustration relative parce que l’idée est que c’est par le fait que les individus dans un certain système social se sentent frustrés et c’est pour cette raison qu’ils vont dans des sortes de forme de comportement collectif.

Un des fondateurs de ce type de réflexion s’appelle Niel Spencer qui a formulé la théorie des croyances généralisées. Il a proposé l’idée d’un certain nombre de facteurs qui doivent être présent pour qu’on puisse s’attendre à ce qu’il y ait une apparition de phénomènes de comportement collectif. C’est ce qu’il appelle la théorie de la valeur ajoutée. C’est le modèle additif où chaque facteur explicatif ajoute à la probabilité qu’on puisse voir émerger un mouvement social. Le concept de mouvement social est venu après.

On distingue six conditions qui doivent être remplies pour qu’on puisse voir l’émergence des phénomènes de comportements collectifs. Il y a la conductibilité structurelle, c’est-à-dire que la structure sociale doit être telle que ce comportement puisse émerger, il y a des préconditions qui doivent être présentes et peut être parmi ces préconditions, il y a les tensions structurelles qui sont des théories qui mettent l’accent sur le fait qu’il y a des tensions sociales à un certain moment qui se créent et c’est suite à ces tensions sociales que l’on voit émerger un phénomène de comportement collectif de type radical ou violent. La croyance généralisée est le fait d’avoir des idées partagées sur la source du problème étant lié à la tension sociale. Il y a la possibilité de facteurs, c’est-à-dire qu’il faut un élément qui déclenche des émotions. Il y a la mobilisation pour l’action qui est le fait qu’il faut qu’il y ait des individus qui encouragent d’autres individus à joindre l’action ; en d’autres termes, il faut un leadership dans un mouvement qui puisse mobiliser. On voit le lien de ce type d’explication avec la théorie de la foule qui est qu’il y a des foules qui sont manipulables par des agitateurs. Le dernier facteur est l’échec du contrôle social qui est le fait que l’action des agents du contrôle social doit être faible de manière à ce que l’action ne soit pas empêchée.

L’idée est un cumul de tous ces facteurs. Dès qu’il y a la présence de ces six facteurs, la probabilité de voir émerger un mouvement social devient très grande. Lorsqu’il y a un ou plusieurs facteurs qui manquent, cela devient moins probable.

William Kornhauser est un sociologue très important des années 1960 et a notamment créé la théorie de la société de masse. Cela s’inscrit dans cette manière de réfléchir par rapport à ce qui peut expliquer pourquoi il y a des mouvements. C’est une approche qui est typiquement durkheimienne parce que le concept d’anomie est au cœur justement à cause de l’isolement croissant des individus au sein de cette société de masse qui est la société moderne. Cet isolement des individus créé une anomie sociale qui rendrait plus probable le fait que quelqu’un qui est dans une situation d’anomie puisse s’engager dans un mouvement et de nouveau dans un mouvement radical voire violent. C’est dans cette société de masse caractérisée par la perte du lien social qui sont les liens qui crées l’intégration sociale, on voit la parenté en miroir avec les théories du capital social qui postulent le contraire dans un certain sens, mais qui mettent aussi l’accent sur l’intégration sociale, sur la perte ou sur l’augmentation des liens qui relient les individus dans une société. Pour Kornhauser, la perte de ce lien produit de la participation. Dans les théories du capital social, c’est l’existence même de ces liens qui explique pourquoi les personnes participent en politique. On peut voir aussi un lien de parenté même si la littérature n’a pas fait ce lien explicitement. Les deux mettent l’accent sur le fait que c’est le lien social qui explique dans sa présence ou absence la participation et en particulier les phénomènes de comportements collectifs tel que défini par ce type de théorie. Selon Kornhauser, dans cette société de masse, les individus deviennent plus manipulables de la part d’autres individus. La société de masse se caractérise d’une part par la perte du lien social et par la manipulabilité croissante des individus un peu perdue dans cette société caractérisée par l’isolement.

Ces deux théories mentionnées sont deux théories que l’on peut qualifier de structurelles, c’est-à-dire qui s’intéressent au niveau agrégé ou au niveau collectif, c’est-à-dire qui se situent à un niveau d’analyse macro ou méso.

Théories du comportement collectif basées sur l’hypothèse de frustration – agression[modifier | modifier le wikicode]

Il y a de nombreuses théories ou modèles d’explication qui s’inscrivent dans la même approche de la théorie des frustrations ou des théories du comportement politique qui se situent au niveau individuel et qui s’inspirent largement de certains travaux en psychologie. Ce sont des théories qui se sont appuyées sur l’idée de frustration – agression qui est l’idée qu’on est frustré pour une raison ou pour une autre.

Ces théories s’appuient sur deux aspects. Un aspect est lié à la croissance des attentes et du décalage entre des aspirations des gens qui sont naturelles et qui tendent à croitre et une réalité qui parfois dans des situations de crise qui en fait ne correspond pas à ces attentes. Il y a un décalage entre ces attentes qui continuent à augmenter et une réalité qui à certains moments va à l’encontre de ces attentes. La théorie de la montée – chute des attentes va exactement dans ce sens. Pour la théorie, il y a les attentes des individus qui continuent à augmenter, mais à un certain moment, il y a une chute de la réalité objective qui ne permet pas de satisfaire ces attentes et cela crée de la frustration et ensuite de l’agression. Cela est la même chose pour les théories des attentes croissantes qui est relative et l’autre absolu. Un autre élément important sont les théories qui font référence à ce qu’on appelle la théorie des groupes de référence. C’est-à-dire que les individus se comparent avec d’autres personnes qui sont proches, mais dans une situation un peu différente et souvent qui sont dans une situation légèrement meilleure, cette comparaison fait qu’on peut tomber dans une situation de frustration et donc cette théorie s’appuie sur l’idée de comparaison avec des groupes de références. La plus connue est la théorie de la privation ou déprivation relative qui a été formulée par Ted Robert Gurr. Dans les années 1970, il a publié Why men rebel qui explique la conception ontologique par rapport à l’objet d’étude. Il n’y pas l’idée qu’il faut qu’il y ait un conflit social pour qu’on puisse définir un mouvement, si bien que si des gens se mobilisent et agissent de manière un peu radicale, cela est du comportement collectif. La théorie de la déprivation relative est de dire que les personnes tendent à se comparer et sont en quelque sorte perdant dans cette comparaison. On devient frustré et on essaie de ramener un équilibre au niveau psychologique par des formes d’action collective. Cette notion d’équilibre est fondamentale dans ce type d’explication parce qu’il y a un biais normatif très fort qui dit qu’il y a une bonne situation qui est celle d’un équilibre qui est soit celle d’un équilibre social donc au niveau du système social, soit un équilibre psychologique qui est au niveau de l’individu. Tous ces phénomènes de comportement collectif ont pour but de récupérer cet équilibre perdu à cause du changement social rapide ou encore à cause du fait que les attentes croissent et la réalité non, soit parce qu’on se compare à quelqu’un est que l’on pense qu’on peut être dans cette situation sociale et on ne l’est pas et on devient frustré. Cela est un peu la même chose pour la mobilité descendante et pour la théorie de l’incongruité des statuts. Il faut retenir qu’il y a l’idée de frustration et d’agression et que toute la réflexion s’appuie sur trois idées avec un équilibre qui est la bonne situation et vers laquelle les individus doivent et veulent tendre (1), ceci est fait au niveau des attentes et de la comparaison des attentes avec la réalité (2), et il y a l’idée de se comparer à quelqu’un d’autre avec la théorie des groupes de référence (3).

À partir de la fin des années 1960, les théories du comportement collectif ont été d’abord complètement critiquées notamment l’idée même que la cause essentielle de l’action collective se trouve dans la désorganisation, dans les crises sociales, dans les tensions sociales, l’anomie et la frustration psychologique individuelle et donc l’idée que tout cela puisse expliquer le comportement collectif comme un phénomène spontané et réactif et souvent irrationnel. Souvent, dans ce type d’explication, ce qu’on appel les mouvements sociaux seraient des phénomènes irrationnels par des personnes frustrées pour une raison ou pour une autre et qui s’engagent dans des formes radicales voire violente dans le but de récupérer un certain équilibre psychologique ou au niveau social. L’idée que la cause essentielle est dans cette anomie a été fortement critiquée.

Quelle est la conséquence de dire que les mouvements sociaux sont des phénomènes irrationnels ? La conséquence est qu’il y a une séparation nette entre la politique rationnelle institutionnelle, électorale et la bonne politique, et la politique irrationnelle ou les comportements irrationnels déviants. Certain de ces auteurs, en tout cas les premiers, s’inspiraient des travaux sociologiques sur la déviance ou sur la criminalité.

Une troisième critique est que cette catégorie et ce concept de comportement collectif comprend trop de choses différentes, à savoir des mouvements sociaux, foules, tumultes, soulèvements, des formes de paniques, des rumeurs, pour ce type d’explication, tout cela était une même chose. Il est difficile de défendre aujourd’hui que les mêmes explications que l’on peut faire de manifestations puissent être les mêmes facteurs qui permettent d’expliquer pourquoi, à certains moments, il y a des phénomènes de violence en un endroit.

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, il y a eu une nouvelle génération de chercheurs qui a commencé à s’intéresser à ce qu’on appelle aujourd’hui les mouvements sociaux. Ces chercheurs étaient engagés dans certains mouvements et notamment dans les mouvements américains qui vont du freedom of speech movement à Berkley en 1964 jusqu’à la fin des années 1960. C’est un groupe de jeunes ayant étudié la sociologie aux États-Unis, qui se sont intéressés à certaines formes et engagés dans des mouvements sociaux, c’est ce qu’on appelle la new left américaine. Ces personnes lisaient les travaux de ces gens et disaient que les personnes mobilisées dans le freedom of speech movement sont des frustrés qui sont insatisfaits de leur situation, qui se comportent de manière irrationnelle et deviennent virulente parce qu’ils se comparent avec des gens proches d’eux. Pour le professeur Giugni, c’est grâce à cet engagement et à ce décalage entre leur propre expérience et la caractérisation que les théories existantes faisaient de cet engagement dans des mouvements ou des formes de protestations non-électorales, c’est de ce décalage que sont nées les autres théories et en particulier les théories de la mobilisation des ressources.

La théorie de la mobilisation des ressources a complément bouleversée ce type d’explication et a complètement mis à l’écart le type d’explication qui était en vogue à ce moment. Les premiers travaux qui s’inscrivent dans la théorie de la mobilisation des ressources remontent à 1966.

Schéma explicatif de la théorie de la mobilisation des ressources[modifier | modifier le wikicode]

Qu’est-ce que dit la théorie de la mobilisation des ressources ? À chaque fois, c’est un ensemble de théories, mais il y a quand même un schéma sous-jacent. Le langage de ce que l’on veut expliquer à changé, ce n’est plus le comportement collectif qui englobe des formes différentes de conduites ou d’actions collectives, mais c’est quelque chose de plus spécifique, ce sont des mouvements sociaux voire des mouvements sociopolitiques. Le terme politique est fondamental parce que le premier grand bouleversement qui a été fait par ce type d’explication est que ce qu’on appelle aujourd’hui les mouvements sociaux ont commencé à être reconnu comme des formes d’engagement politique par d’autres moyens donc entendu par d’autres moyens que le vote. L’idée d’irrationalité de l’action collective à complètement été mise à l’écart ou renversée. Cela devenait de l’engagement rationnel par des acteurs rationnels qui s’engageaient dans certaines formes de protestations ou de mobilisations ou de comportements politiques au sens général autre que simplement aller voter de façon régulière. À l’origine, il y a toujours l’idée qu’il y a un changement social est que in fine c’est le changement social qui explique pourquoi il y a émergence, mais le mécanisme est complètement différent.

Comportement politique schéma explicatif de la théorie de la mobilisation des ressources 1.png

Dans ce schéma, le changement social produit des mouvements sociaux qui permet d’expliquer l’émergence des mouvements sociaux, mais à travers un autre mécanisme qui est le contraire de celui de Kornhauser et de la société de masse. Ce n’est pas la mobilisation, mais l’organisation, ce n’est pas la perte de lien social, mais ce sont les solidarités sociales.

Les deux éléments essentiels dans la théorie de la mobilisation des ressources est que l’on puisse s’engager pour que l’on puisse expliquer l’émergence de phénomènes de mouvement sociaux, il faut qu’il y ait un certain degré d’organisation. Par organisation, on peut entendre des organisations formelles comme des partis politiques ou des groupes d’intérêts et il y a un troisième type d’organisation politique qui agit dans une troisième arène qui n’est pas l’arène électorale ni l’arène intermédiaire, mais l’arène extérieure au système politique et qui est donc l’arène des mouvements sociaux. Il faut une certaine organisation, des organisations, mais surtout des liens et des réseaux sociaux qui expliquent pourquoi ou rendent plus probable qu’il y a l’émergence d’un mouvement social. À la base, il y a toujours un mécontentement, mais c’est vraiment dans le mécanisme que cela change. D’autre part, il faut que ces organisations soient capables de mobiliser un certain nombre de ressources. C’est à travers la mobilisation des ressources que le mécontentement qui est le produit d’un changement social.

Pour Wilson, « puisque les sociétés sont rarement stables, en équilibre ou sans tensions, car le changement est constant, les forces qui ont le potentiel de produire les mouvements sociaux sont toujours présentent dans un certain degré ». Autrement dit, il y a toujours assez de griefs dans la société pour qu’il y ait le potentiel et pour qu’il y ait l’émergence d’un mouvement. Pour les théoriciens de la mobilisation des ressources, on ne peut pas expliquer parce qu’il y a toujours des gens mécontents, il y a toujours des gens qui ont des griefs et pourtant il n’y a pas toujours de mouvements sociaux et les gens ne se mobilisent pas tout le temps donc il faut expliquer ce qui fait que ces gens mécontents se mobilisent. Ce facteur est justement le fait que ces acteurs arrivent à rassembler assez de ressources et les allouer à l’engagement et à la mobilisation politique.

Les postulats fondamentaux de ce type d’explication sont l’importance de dimension stratégique de l’action collective (1), les mouvements sociaux sont des efforts collectifs rationnels pour atteindre des buts communs, mais aussi l’importance de l’organisation sociale (2) qu’elle soit formelle ou informelle comme condition de l’action collective, c’est–à-dire que c’est l’idée que l’on rejette l’idée que le mécontentement et que la désorganisation soient les facteurs principaux pour expliquer la mobilisation. Enfin, il y a l’importance de la disponibilité et de l’allocation des ressources matérielles et symboliques (3) qui sont importantes pour pouvoir se mobiliser. Autrement dit, ce ne sont pas les personnes les plus défavorisées et les plus isolées qui ont le plus de chances de se mobiliser, ce sont les personnes qui ont plus de ressources qui se mobilisent.

En résumé, dans la perspective de la théorie de la mobilisation des ressources, l’action collective n’est pas une réaction ou une adaptation à une situation de crise, mais un effort commun et rationnel pour atteindre des buts politiques. Cet effort est d’autant plus probable et aura d’autant plus de succès que les mouvements sociaux disposent de ressources et de l’organisation. On passe d’acteurs irrationnels à des acteurs rationnels proactifs organisés qui est la dimension stratégique. Donc, in fine, une théorie de la solidarité remplace une théorie en termes de rupture.

La théorie du breakdown est redevenue à la mode fortement depuis la crise de 2008 stimulée par des phénomènes de protestation qui ont eu lieu. Avec la crise économique, on observe une montée des mouvements donc le mécontentement est bel et bien ce qui explique. Mais peut-être que derrière cette relation, se cache quelque chose d’un peu différent avec d’une part des niveaux de ressources que ces différents mouvements possèdent au préalable. Cela peut être quelque chose d’autre. Peut être que cette crise économique a produit des changements au niveau politico-institutionnel et c’est peut être cela qui explique l’émergence des mouvements et pas directement la crise et le mécontentement que la crise à produit chez certains. Autrement dit, peut être que la relation entre crise économique et mobilisation de ces mouvements comme les indignés par exemple est ce qu’on appel une relation fallacieuse.

Schéma explicatif de la théorie du processus politique[modifier | modifier le wikicode]

Déjà, au début des années 1970 et surtout à partir du début des années 1980, certains chercheurs qui s’inscrivaient dans ce type de réflexion, pratiquement tout le monde et surtout les sociologues et les politologues s’inscrivaient dans ce type de réflexion alternative. Parmi eux, un certain nombre a commencé à se dire que l’accent est mis sur des facteurs endogènes dans le sens que ce qu’on regarde est la capacité que les groupes sociaux ont de rassembler des ressources, de les mobiliser et de les utiliser dans l’action collective. On ne regarde que du côté de ceux qui se mobilisent. Il y a aussi des ressources externes qui sont importantes. Une question qui a émergé est de savoir si les institutions ne jouent-elles pas aussi un rôle. Les mouvements sociaux sont de la politique par d’autres moyens et donc une autre forme de faire de la politique et si on fait de la politique, on est confronté d’une manière ou d’une autre avec le contexte institutionnel y compris avec les partis. Il y a un certain nombre de chercheurs qui a commencé à vouloir mettre en contexte et à regarder aussi le rôle de ce qu’on pourrait appeler les ressources externes qui ne sont pas seulement les ressources que les groupes arrivent à mobiliser, mais aussi les ressources externes en termes d’alliance avec des partis politiques.

C’est ce qu’on appelle ou ce qu’on a appelé l’approche du processus politique. Mcdonald a élaboré une critique des théories classiques mettant en avant le rôle du contexte politique et institutionnel et où il voyait l’explication des mouvements sociaux comme l’explication d’un processus politique plus large qui sont les mouvements qui font partie d’un véritable processus politique tout comme les partis, les groupes d’intérêts et d’autres formes d’organisation. Un processus caractérise vraiment le type d’explication par lequel nous devons aller disant que les mouvements sociaux sont des acteurs politiques qui s’inscrivent dans un processus.

Comportement politique schéma explicatif de la théorie du processus politique 1.png

Le schéma fondamental est de dire que le mouvement social peut produire l’émergence de mouvements sociaux et peut rendre plus probable l’émergence de mouvements sociaux, mais le mécanisme est encore différent. Ce n’est pas la frustration et l’anomie, ce n’est pas non plus la capacité que les groupes sociaux ont de rassembler des ressources ou de les investir dans la mobilisation, mais c’est surtout à travers une restructuration des rapports de pouvoir au sein des arènes institutionnelles. C’est par le biais de ce mécanisme que la théorie ou l’approche de ce processus produit des réalignements ou des désalignements qui influencent fortement ce qui se passe en dehors de ces arènes. Évidemment, elles influencent et sont le résultat du comportement politique électoral, mais pas seulement, elles ont un impact sur ce qui se passe dans la rue dans le sens de la mobilisation sociale.

En d’autres termes, le contexte institutionnel est décisif. Dans ce contexte, ou pour caractériser ce contexte, on utilise le concept de structure des opportunités politiques qui trouve sa pleine ampleur dans la théorie des mouvements sociaux.

La structure des opportunités politiques est un concept qui a été de caractériser ces éléments de contexte institutionnel qui peuvent influencer, augmenter ou diminuer les chances que l’on voit d’apparaître un mouvement social. Le concept de structure des opportunités politiques qui a été développé par plusieurs auteurs, ne fait pas vraiment le consensus en ce qui concerne ce qu’on entend ou quels sont les éléments de la structure des opportunités qui sont les plus importants. Les différents auteurs qui s’inscrivent dans cette approche ont qualifié comme étant des éléments de la structure des opportunités politiques qui peuvent influencer les mouvements sociaux sur 53 différents aspects.

Aspects de la structure des opportunités politiques[modifier | modifier le wikicode]

Des chercheurs ont dit que parmi ces 53 aspects, beaucoup se ressemblent et on peut réduire le tout à quatre grandes dimensions qu’il est même possible de réduire à trois et qui caractérisent un peu ce qu’on entend par les opportunités politiques. C’est une manière de préciser l’idée que le contexte institutionnel joue un rôle pour la mobilisation et les mouvements sociaux.

La première dimension est celle qui a peut-être été la plus souvent étudiée qui est le degré d’ouverture et de fermeture relative du système politique institutionnalisé. Derrière chacune de ces grandes dimensions, il y a toute une série d’indicateurs. L’idée est qu’on caractérise certains systèmes politiques comme étant plus ouverts ou plus fermés au niveau institutionnel. Typiquement, on a caractérisé le système politique suisse comme étant un système politique ouvert dans le sens de structure des opportunités ouvertes comparativement aux français où la France avec un État fort est caractérisée comme étant un système politique fermé. L’ouverture du système suisse est donné par le fédéralisme comme étant la multiplication des points d’accès que les mouvements peuvent trouver pour faire des revendications, mais aussi la possibilité de trouver des alliés ou encore l’ouverture en termes de démocratie directe. Ce qu’on veut expliquer en général à travers cette approche est notamment l’émergence ou pas des mouvements, et surtout des formes que la mobilisation prend. Ce sont des études qui ont été faites en Europe où on a comparé différentes structures d’opportunités et en fonction des caractéristiques de la structure des opportunités, on a fait des prédictions et des hypothèses par rapport à la présence de mouvements, au radicalisme des mobilisations sur les possibilités d’impact ou de succès de ces mobilisations. Dans la littérature, on retrouve souvent cette terminologie d’ouverture et de fermeture avec tout un débat et toute une série de critiques.

La stabilité et l’instabilité des alignements politiques est que la stabilité des alignements politiques offre des opportunités de mobilisation. Il est possible de trouver des alliés au sein des arènes institutionnelles. Donc, la troisième dimension est la présence et l’absence d’alliés au sein des élites politiques. Il est possible de parler de trois dimensions parce que ces deux dimensions peuvent être regroupées, car elles font toute référence à la configuration du pouvoir au sein des arènes institutionnelles.

Il y a la capacité et propension de l’État d’exercer de la répression avec l’idée qu’un État répressif est un État plus fermé et donc cela créé un certain type de mobilisation et des mobilisations plus radicales, mais aussi le fait qu’il y a une forte répression étant comme une forme d’anticipation de la part des gens qui veulent se mobiliser créant une démobilisation. Dans ce cas, il y aura probablement moins de gens qui sont prêts à manifester que si l’on sait que la police n’interviendra pas. Cela explique en partie les interactions s’il y a de la mobilisation, mais sur le plan de l’anticipation, cela peut jouer un rôle sur la mobilisation.

Pour David Mayer, un autre élément est important que l’on devrait conceptualiser comme un élément de la structure des opportunités politiques sont les politiques publiques. Les politiques qui sont mises en place par l’État sont aussi une opportunité ou pas de se mobiliser.

Cela est devenu le paradigme dominant dans les années 1980 et 1990 tellement que certains auteurs ont parlé d’un paradigme hégémonique. Ce type de facteur explicatif a été utilisé de deux manières avec une manière de statique et comparative, c’est-à-dire qu’on a comparé des systèmes politiques caractérisés par des structures d’opportunités et on essaie de montrer comment ces différences dans le degré d’ouverture ou de fermeture des structures d’opportunités peuvent expliquer et déboucher sur des différences au niveau de la mobilisation et de la quantité de mobilisation et des formes de mobilisation. Les américains ont en particulier travaillé d’une manière dynamique et longitudinale à travers le concept de fenêtre d’opportunité. Ils ont essayé de montrer comment, par exemple, une élection peut essayer d’ouvrir des fenêtres d’opportunités où les mobilisations peuvent s’insérer et donc mobiliser. Cela est fait surtout sur le plan d’une analyse d’un pays pour tenter d’expliquer les fluctuations qu’un mouvement peut avoir.

Charles Tilly a défini les opportunités politiques comme étant des signaux cohérents, mais pas nécessairement formels ni permanents, ni au niveau national, signaux qui sont donnés aux acteurs sociaux ou politiques qui les encourages ou les décourages à utiliser leurs ressources internes pour former leurs mouvements sociaux. On voit le lien étroit entre la théorie de l’organisation des ressources et la théorie du processus politique parce qu’on parle de ressources internes comme précondition pour l’émergence d’une mobilisation ou d’un mouvement.

Il y a eu un certain nombre de chercheurs qui s’inscrivent dans des traditions intellectuelles et de recherche très différentes qui ont commencé à critiquer ces approches pour leurs biais structurels. Il y a eu deux grandes approches qui ont essayé de mettre la culture au centre. Il y avait déjà des chercheurs et notamment des sociologues qui travaillaient dessus. L’une des dimensions qui définit un mouvement est la dimension identitaire, mais cela a été oublié. La culture définit le mouvement, c’est quelque chose qui doit être là, mais on ne s’occupe pas de cela.

Les nouveaux mouvements sociaux[modifier | modifier le wikicode]

Il y a eu deux approches, l’une européenne et l’autre américaine. La première est la théorie des nouveaux mouvements qui va tenter d’expliquer pourquoi à un certain moment il y a eu en Europe un certain type de mouvement que l’on appelle « nouveau mouvement social » se mobilisant surtout non pas autour des questions de mobilisation des ressources, mais qui se mobilisent autour d’un jeu culturel avec des questions liées à la qualité de vie et à l’expression de soi. Ils ont essayé de montrer comment de nouveaux conflits et de nouveaux clivages ont émergé. Cette théorie met fortement l’accent sur l’émergence de nouveaux clivages et de nouvelles identités. C’est une théorie qui s’inspire fortement des travaux de Inglehart sur le post-matérialisme. Avec la théorie du posmatérialisme, il y a eu des changements durant les Trente glorieuses où il y a eu l’émergence des valeurs postmatérialistes. Donc, on essaie d’expliquer l’émergence de ces mouvements par cette grande transformation dans les orientations de valeurs dans les sociétés européennes. C’est dans ce sens que l’élément culturel est fortement présent dans ce type d’explication.

C’est un ensemble de théories qui s’est développé de manière complètement séparée par rapport aux autres théories parce que les autres théories qui se sont développées sont des théories qui ont essayé de développer en général les mouvements sociaux. C’est une théorie très spécifique qui est historiquement contextualisée.

Les cadres de l’action collective[modifier | modifier le wikicode]

Les américains ont commencés à réfléchir sur le framing qui vient de Goffman et de son ouvrage Frame analysis publié en 1974 où il a introduit ce terme. Le concept est utilisé dans différents domaines et notamment dans la théorie des mouvements sociaux.

Certains auteurs tel que David Snow ou encore William Gamson ont mis fortement l’accent sur le fait qu’il faut que les problèmes sociaux deviennent de véritables problèmes sociaux et que certains enjeux deviennent de véritables problèmes sociaux et donc deviennent des enjeux politiques pour que les gens puissent se mobiliser autour ou sur la base de ces enjeux et de ces problèmes.

Pour la théorie du framing, il y a quelqu’un qui doit présenter les choses d’une certaine manière et montrer aux gens potentiellement mobilisables que les inégalités de salaires entre hommes et femmes, par exemple, sont un problème et qu’il faut faire quelque chose pour résoudre ce problème.

Dans la théorie des mouvements sociaux, il y a la théorie des cadres de l’action collective qui sont les manières de présenter culturellement les enjeux. On fait le lien souvent entre les théories des griefs du comportement collectif et le cadrage en disant qu’il est vrai que les griefs sont importants, mais qu’il faut que les griefs soient perçus comme étant des griefs. Pour qu’il y ait cette perception, il faut quelqu’un qui s’engage dans des tâches de cadrages.

Ces auteurs font la distinction entre les cadres diagnostic, pronostic et motivationnel. Il faut un diagnostic du problème, que quelqu’un dise par exemple que l’inégalité de traitement est due au fait que les entreprises agissent d’une manière néolibérale ou que l’État n’intervient pas. Il faut donner le diagnostic du problème, ensuite, il faut un cadrage pronostic qui est qu’il faut proposer des solutions et il y a des activités ou des tâches de cadrages appelées des tâches de motivation, c’est-à-dire qu’il faut faire en sorte, à travers une certaine construction sociale d’un enjeu que les personnes soient motivée à s’engager. C’est ce que Olson a appelé le problème de l’action collective. Peut être qu’une manière de détourner le problème de l’action collective est le fait qu’il y a quelqu’un qui essaie et qui arrive à motiver les gens à se mobiliser même sans incitations sélectives. Autrement dit, un cadre de l’action collective pourrait être une incitation sélective.

Quand on parle des processus des théories du cadrages et des cadres de l’action collective, on met l’accent sur trois éléments. Dans l’approche de Snow, on met l’accent sur le fait qu’il s’agit d’un processus discursif avec le rôle des discours qui sont en jeu, mais c’est aussi un processus stratégique dans cette option, c’est-à-dire que les organisations de mouvements sociaux ou les entrepreneurs politiques utilisent stratégiquement certaines formules. L’idée est qu’il y a un leadership politique qui essaie de mobiliser une masse, une population ou des groupes surtout à travers la bonne utilisation de certaines formules et de certains discours. C’est aussi un processus contesté. Dans l’espace public, il y a toujours une lutte entre des cadres qui est une compétition. Le rôle des médias est crucial dans ce type de théorie. Le processus de cadrage se fait dans le domaine public.

D’autres parlent de trois types de cadre de l’action collective et de dimensions culturelles importantes pour expliquer l’action collective. Il parle de identity frame qui renvoie à la littérature sur l’identité, donc il faut une identité. Cela peut être vu comme un facteur explicatif. Est évoqué le injustice frame qui est qu’il faut percevoir une injustice et donc un acteur qui est la source de cette injustice. Enfin, est abordé la notion agency frame qui est qu’il faut que les acteurs soient conscients de leur possibilité de changer les choses qui est la perception que les acteurs ont que leurs actions ont un effet. On pourrait faire un lien avec la littérature sur le comportement électoral et sur le blame attribution qui est le fait d’attribuer certaines responsabilités de certaines situations à des acteurs et notamment des acteurs institutionnels. Il y a un lien très fort qui n’est pas fait dans la littérature. Au début, la littérature sur le comportement électoral et les mouvements sociaux ne se sont pas parlés jusqu’à récemment.

Modèle de synthèse de la politique contestataire[modifier | modifier le wikicode]

De manière un peu œcuménique, on pourrait dire que la politique contestataire sur les mouvements sociaux est le fruit du changement social, mais que l’on doit tenir compte d’un changement social qui produit un mécontentement et ensuite, il faut des structures de mobilisation, des opportunités politiques ainsi que des processus de cadrages et tout cela peut expliquer pourquoi il y a de la mobilisation.

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Facteurs de l’engagement individuel dans les mouvements sociaux[modifier | modifier le wikicode]

La littérature se partage un peu en deux avec une littérature qui se situe un peu au niveau collectif et agrégé avec les mouvements sociaux en tant qu’acteur collectif, mais il y a aussi toute une littérature sur l’engagement individuel dans les mouvements sociaux. Évidemment, il y a des parentés entre ces approches, mais cela est un peu deux familles de travaux parfois même distinctes.

Les travaux portent souvent sur les caractéristiques socioculturelles avec la sociologie politique traditionnelle appliquée au mouvement. Il y a les réseaux sociaux qui est que le fait qu’on est inséré dans des mouvements sociaux augmente fortement les chances que l’on participe à un mouvement social. Cela est le contraire de la théorie de Kornhauser qui disait que c’est la perte de lien, le fait de ne pas être dans des réseaux, le fait d’être isolé qui fait que l’on participe. Toute une littérature qui s’inspire des choix rationnels met l’accent sur la perception et sur l’intention de participer ou pas.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

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