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Mécanismes structurels de la révolution industrielle

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Industrialisation massive : panorama sur les usines sidérurgiques Andrew Carnegie à Youngstown dans l'Ohio, 1910.

Le coût des investissements[edit | edit source]

L’amorce de la Première révolution industrielle a mobilisé peu de capital, car le niveau technique était très bas, et limitait la nécessité de capital fixe. Peu de machines, peu d’ouvriers, un local : voilà ce dont on avait besoin à la fin du XVIIIème siècle pour monter une activité industrielle.

Le capital nécessaire pour mettre un actif au travail dans la manufacture en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle représentait 4 à 5 mois de salaire masculin, l’autofinancement est donc possible. Dans les pays du tiers-monde, en 1950, 300 à 350 mois de salaire masculin (x80 à peu près) étaient nécessaires, et ces chiffres sont toujours très élevés de nos jours. Ce faible coût s’explique par la technologie peu avancée : les machines, composées de bois et de métal pour l’essentiel, ne nécessitent pas de compétences particulières, et la main-d’œuvre requise pour construire ces machines est peu qualifiée, donc peu chère. Ce coût faible de l’investissement consacre une classe nouvelle d’entrepreneurs issus de classes artisanales. Ils impulsent ces innovations.

On emploie n’importe quel hangar pour stocker les machines. Le capital circulant – matières premières - est légèrement plus important, mais est financé par des emprunts bancaires.

Les profits sont investis, entre autres, dans d’autres pays et servent à la diffusion de la révolution industrielle.

Les profits[edit | edit source]

Le niveau de profits réalisés est particulièrement élevé : 20-30% de taux de profit (dépendamment des secteurs évidemment) ; ceci permet l’accumulation du capital et son réinvestissement. Dans les années, 1950, ce taux tombe à 10%, puis à 5% dans les années 1970. Ces taux de profits élevés expliquent le développement des entreprises : si le capital initial est peu élevé, et peut être regroupé par des particuliers, l’accumulation financière sert par la suite à de nouveaux investissements plus importants au sein d’expériences industrielles nouvelles. Le processus d’industrialisation est donc accéléré, ainsi que le développement économique, par l’investissement et l’innovation rendus possibles. Le sens moral du pouvoir d’employer l’argent dans des activités productives marque les esprits en Angleterre.

La taille des entreprises[edit | edit source]

L’absence d’une taille optimale ou minimale[edit | edit source]

Aujourd’hui, les entreprises doivent avoir une certaine taille pour résister aux crises, alors que durant la révolution industrielle, avec le coût d’entrée modeste, on voit une multitude de très petites entreprises en termes de capital, mais qui peuvent se permettre d’employer beaucoup de personnes, car il y a toujours de la demande et la main-d’œuvre est très peu chère.

Alfred Krupp.

L’exemple Krupp[edit | edit source]

Krupp, le géant de l’industrie allemande, va commencer avec 142 employés, ce qui est peu pour l’époque. L’entreprise va petit à petit s’étendre jusqu'à atteindre dans les années 1960 les 100000 employés. Au début de la révolution, la taille ne compte pas, mais avec les crises, seuls les plus grands résistent et rachètent les plus petits.

Les coûts de transport[edit | edit source]

Des coûts élevés : un atout au début de l’industrialisation[edit | edit source]

Jusqu’en 1840 et les bateaux à vapeur, le coût des transports est très élevé. Au début, étant donné que les usines avaient un faible rayon d’influence dû à la quantité limitée de transports fiable, on voit apparaître beaucoup de petites usines.

Les coûts de transport sont élevés et jouent comme une barrière douanière, un atout pour l’industrialisation. Ils permettent, au niveau local, un isolement des marchés. La révolution industrielle est d’ailleurs un phénomène local et régional au début (en Angleterre la région du Lancashire, soit de Manchester, en France le Nord et l’Alsace, en Espagne la Catalogne, aux États-Unis la Nouvelle-Angleterre, soit la région de Boston). Si on arrive à être concurrentiels dans un rayon de 50km, les coûts de transports font que la concurrence n’est pas élevée, et ne vient pas d’ailleurs. Les coûts de transport élevés jouent un rôle encore plus important dans le développement international puisque l’Europe est au début protégé de la concurrence anglaise, vu que les Anglais étaient bien en avancé. Cela joue le rôle de « barrières douanières ».

Ces coûts des transports diminuent avec le développement des infrastructures et du chemin de fer au cours du XIXème siècle, notamment après 1850.

Les conditions sociales en matière d’emploi[edit | edit source]

Carreau de mine de La Houve à Creutzwald (Lorraine).

Il y a une fluidité sociale assez importante. Les paysans qui sont tombés en faillite viennent demander du travail à l’industrie. On ne parle pas de la fluidité positive, comme le petit marchand qui devient très riche, mais plutôt négatif avec des milliers d’hommes qui cherchent un emploi à bas salaire. De plus, il n’y a aucune loi sociale pour les protéger.

Les bas salaires et le travail des femmes et des enfants permettent le développement industriel. Le salaire représentait le minimum nécessaire pour la survie. L’absence de frein et de protection sociale a permis d’importantes baisses de salaires ; la main-d’œuvre est fluide, des fils de paysans se dirigent ainsi vers les usines. Une autre conséquence des faibles salariés est la non-obligation de partager les profits, ce qui permet l’accumulation des capitaux et les profits élevés.

L’industrialisation se fait par la participation active du travail des femmes et des enfants. Évidemment, les femmes travaillaient dans l’agriculture, mais leur travail dans l’industrie est permis par le type particulier de mécanisation : celle-ci requiert plus d’habileté que de force, ce qui favorise le travail des femmes et des enfants ; la présence des femmes et de leurs filles est particulièrement marquée dans le secteur du textile. Ceci est d’autant plus avantageux puisqu’elles touchent des salaires encore plus bas que ceux des hommes. Dans un premier temps, aucune règlementation n’existe concernant le travail des enfants. De manière générale, avant que n’interviennent les lois du travail en 1840, les enfants travaillent et touchent un salaire dix fois inférieur à celui des adultes. Les avantages sont donc du côté de l’employer, puisque la part de population active est plus importante, l’offre de travail étant plus importante, les salaires diminuent. À l’époque, le salaire des femmes ne représente que le tiers du salaire des hommes. Cette période est une des pages noires de l’histoire de l’occident et de la révolution industrielle. On a deux types de patrons : ceux qui embauchent uniquement des femmes et des enfants pour payer des salaires encore plus bas, alors que dans les entreprises plus petites qui sont plus dans une mentalité paternaliste, on n’embauche que des hommes, car on a l’idée que l’homme doit être celui qui amène l’argent au foyer.

La simplicité de la technique[edit | edit source]

L’acquisition des nouvelles compétences n’est pas difficile pour les ouvriers, et ce jusqu’à l’introduction de la machine à vapeur. Les paysans proto-industriels peuvent se recycler de manière rapide, et les industriels n’ont pas besoin de former la main-d’œuvre. Il existe une possibilité d’imitation des autres industries par copiage des machines. Tout cela fait le lien avec l’éducation (44% d’illettrés en Angleterre en 1830, soit 60-70% des ouvriers, alors que l’Angleterre est rentrée dans l’industrialisation depuis 70 ans, et l’éducation primaire devient obligatoire en 1880). Qui dit illettré dit forcément plus servile et moins désobéissant, l’éducation de masse est donc opposée par les lobbies d’entrepreneurs.

La conjonction de ces éléments fait que la révolution industrielle se diffuse en Europe. Après des millénaires d’immobilisme, on passe donc de sociétés agraires et rurales à des sociétés urbaines et industrielles.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]