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Origines et causes de la révolution industrielle anglaise

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La révolution industrielle est une rupture majeure. En l’espace de moins d’un siècle, on assiste à une transformation radicale des paysages économiques et sociaux.

Elle a eu lieu en Angleterre, et non en Grande-Bretagne ou au Royaume-Uni. L’Angleterre comptait alors 6 millions d’habitants (en 1700) sur un total de 9 millions au Royaume-Uni. La révolution industrielle a été confinée en Angleterre pendant un demi-siècle, et il a fallu attendre pour que les changements qui sont survenus en Angleterre se transfèrent ailleurs. Ce processus de transfert se fait de manière différente selon les pays.

Ce phénomène est sans précédents historiques. Vers 1780-1790, le niveau technique de l’Angleterre n’avait jamais été atteint. L’Angleterre représente alors 1% de la pop mondiale et 10% de la production de fer. Les activités de filature, soit celles demandant le plus de main-d’œuvre, connaissent une mécanisation rapide.

La question de la datation de la révolution industrielle est complexe vu que c’est un phénomène graduel, et qu’il y a une carence de relevés statistiques. Pour Paul Bairoch, la révolution agriculture est la base de la révolution industrielle, mais il y a débat là-dessus. On peut placer le début de la révolution industrielle vers 1750. La genèse du terme « révolution industrielle » est bien plus tardive (le terme « révolution » n’est utilisé qu’à partir de 1789). À partir de 1884, le terme de « révolution industrielle » est consacré. Le terme révolution semble évoquer quelque chose de fulgurant, mais en réalité nous assistons ici à une série de phénomènes, à un processus lent. Cette image de la fulgurance du démarrage économique a été reprise dans les années 1960 par Rostov (« take off », décollage), pour qualifier cette révolution industrielle. Le décollage n’a en réalité pas eu lieu et s’est fait selon

Les trois secteurs fondamentaux de la révolution: le textile, la sidérurgie/charbonnage et l’énergie mécanique[edit | edit source]

La Spinning-jenny de James Hargreaves, 1765, musée à Wuppertal, Allemagne.

Le textile : en 1733, est inventée ‘’la navette volante’’ où avec un jeu de poids et de contrepoids, les métiers à filer sont plus rapides et plus performants, car ils fonctionnent sans que les travailleurs n’aient à intervenir. Cela provoque un blocage économique, car il manque de fil. En 1764, on invente la ‘’spinning Jenny’’ qui est un métier à filer mécanique, qui file beaucoup plus de laine que la navette volante et beaucoup plus vite. Mais alors, on a trop de fil et les tisseurs n’arrivent pas à suivre la production de fil. La spinning Jenny effectue le travail de 30 ouvriers à la fois. Donc, pour compenser avec la production massive de fil et le surmenage des tisseurs: on invente en 1780, les premiers métiers à tisser mécaniques, qui fonctionnent à vapeur, et permettent d’utiliser tout le fil que produisent les ‘’spinning Jenny’’.

la combinaison sidérurgie-charbonnage : en 1709, la fonte au coke est inventée par Darby. On la réalise à l’aide d’une technique d’élimination du soufre pour que la fonte soit beaucoup plus résistante.

L’énergie mécanique : en 1720 apparaissent les premières machines à vapeur. À partir de 1780 sont créées des machines avec lesquelles il est possible de cadencer le mouvement des machines. Ainsi, l’ouvrier sait exactement combien de temps il met pour faire une tâche et peut donc optimiser son temps en réglant les machines.

Le rôle de l’innovation[edit | edit source]

Le concept d’innovation[edit | edit source]

Une innovation est une invention qui répond à un besoin, elle est utile. Par exemple, on a retrouvé une pile électrique dans des fouilles babyloniennes, ils ont donc inventé la pile électrique, mais ce n’était pas une innovation, car elle n’a servi a rien, personne ne s’en ai servi à l’époque.

La relation entre invention et industrialisation[edit | edit source]

À l’origine se trouve une hausse de la demande de consommation en général, mais il n’y a pas de machines pour répondre à cette hausse, il n’y a pas encore de mécanisation. Donc si on doit produire plus pour répondre à la demande sans mécanique, il faut bien sûr plus de matière première, mais surtout plus de travailleurs. Mais dans ce contexte d’offre et de demande, si tous les employeurs demandent des ouvriers, les ouvriers peuvent négocier de bons salaires. Il y a donc une hausse du coût du travail. Ainsi, les prix augmentent. Donc, on va avoir besoin des inventions et de les transformer en innovation pour diminuer les prix et répondre à la demande.

Le phénomène d’accélération du rythme de création technologique[edit | edit source]

Une innovation crée un blocage, auquel on répond par une nouvelle innovation, qui crée à nouveau un blocage, etc., et tout cela rend la chaîne de production toujours plus efficace. Il y a également la diffusion latérale, c’est-à-dire qu’une innovation dans un domaine va être reprise dans d’autres secteurs et être adaptée à d’autres domaines. Par exemple, on utilisait la machine à vapeur pour sortir l’eau des mines. Les seaux étaient hissés de haut en bas, puis on leur a donné un mouvement rotatif, ce qui a permis le développement de la locomotive qui fonctionne sur un système de rotation.

Le factory system[edit | edit source]

L’usine[edit | edit source]

Au lieu d’avoir des paysans qui travaillent chez eux, on les amène à l’usine. Il y a donc une révolution dans l’ordre du travail. Ce changement est dû à la mécanisation ; une machine à vapeur donne de l’énergie aux métiers à tisser, mais elle ne peut fournir de l’énergie qu’aux métiers qui sont tout proches. De plus, la machine à vapeur coûte cher, il faut donc un bâtiment pour la protéger. Donc on amène les ouvriers à la machine.

La discipline[edit | edit source]

De plus, on introduit la discipline dans le travail : par exemple, les ouvriers n’ont pas envie d’aller travailler, dans l’ancien système, ils peuvent se lever plus tard et se mettre au travail quand ils le veulent. Mais avec les usines, les ouvriers doivent se régler par rapport aux heures où tournent les machines, car il faut un ouvrier derrière chaque métier à tisser. Il faut donc discipliner les ouvriers et cela va prendre plus d’un siècle.

Pourquoi la révolution industrielle débute en Angleterre?[edit | edit source]

Une révolution des consommateurs dès 18e siècle : 1700 - 1760[edit | edit source]

Une attitude nouvelle : le désir de consommer[edit | edit source]

On voit apparaître un désir de consommer. Durant cette période, on a une croissance économique sans gain de productivité. Donc, il y a plus de demande sans que l’on mécanise encore les productions.

Cette croissance n’est pas vraiment expliquée, mais il y a deux hypothèses : la flotte britannique est très développée et aurait permis le désenclavement les îles britanniques. On amène des produits exotiques comme le chocolat, les épices, ce qui crée une envie chez le consommateur. Ainsi, on voit naître une attitude nouvelle, qui est le désir de consommer. Ce qui est intéressant, c’est que toutes les couches sociales sont concernées. Dans les inventaires de décès au 18e, où le notaire répertorie toutes les possessions d’un défunt, on voit apparaître beaucoup plus d’objets, ainsi que certains effets de mode, même chez les petits artisans : au lieu de garder les même vieux vêtements, on commence à s’acheter des habits "à la mode".

Les premiers pas d’une économie de consommation[edit | edit source]

On commence à faire croire aux gens qu’ils ont besoin d’un objet. Jusqu’au 18e, on vend via le colportage, c’est-à-dire que des vendeurs vont de village en village et proposent leurs produits (livres…). En Angleterre on crée la boutique, avec de grandes vitrines, on donne envie au consommateur. On voit naitre les publicités. On voit également naitre de nouveaux loisirs : la promenade le dimanche après la messe, on visite les boutiques par exemple.

Il y a deux changements majeurs dans la société britannique dans la première moitié du 18e siècle[edit | edit source]

Le système de valeur des anglais évolue : on accorde moins d’intérêt au religieux et au moral, on valorise plus le profit matériel. On assimile le progrès au matériel : le progrès permet de mieux s’habiller, de mieux isoler son habitation…

Le deuxième changement est la fluidification de la société. Au 18e siècle, on sort des blocages sociaux. Avant ça, on nait noble, ou on ne le nait pas, il est impossible de devenir noble si on n’est pas né noble. Au 18e siècle, on sort de ce système. Les nobles anglais se passionnent pour l’agriculture et investissent leur argent dans ce domaine (agroéconomie). En même temps, l’artisan qui crée des biens de consommation s’enrichit, et peu s’habiller comme un riche. Les biens de consommation permettent de changer le statut. Je ne suis peut-être pas noble, mais je me présente comme eux (beaux carrosses, beaux habits). On passe donc d'un statut hérité à un statut acquis. Ce changement de système se voit le plus aux États-Unis, où les nobles se mélangent avec les riches non-nobles, on voit d’ailleurs des aristocrates renoncer à leur noblesse.

Augmentation de la production de 60% entre 1700 et 1760[edit | edit source]

Sur la période allant de 1700 à 1760, la production augmente de 60%. Cette augmentation s’est faite sans machines mécaniques.

Des salaires élevés[edit | edit source]

Cela s’est fait avec l’emploi de plus en plus de travailleurs. Et avec la loi de la demande, même les petite gens s’enrichissent. Mais ces salaires élevés vont pousser à la mécanisation pour diminuer les coûts salariaux.

Pourquoi la révolution industrielle débute en Europe?[edit | edit source]

Un sentiment de supériorité et l’esprit d’ouverture[edit | edit source]

Une première explication est le sentiment de supériorité des européens sur les autres civilisations, mais en même temps un certain esprit d’ouverture. Marx explique quand dans les grands empires asiatiques, on trouve plusieurs religions dans un seul empire (Ottoman=juifs, musulmans (sunnites et chiites), bouddhistes…) alors qu’en Europe, on a un bloc catholique. On le voit par le fait qu’à la fin du Moyen-Âge, on expulse les juifs. C'est l’Europe de la chrétienté, il n’y a aucune concurrence. C’est cette unité chrétienne qui serait à la base de ce sentiment de supériorité.

L’Europe a toutefois absorbé une grande quantité d’inventions d’autres cultures : l’algèbre provient de l'arabe, la patate est importée des Amériques. David Landes pense que la certaine supériorité de l’Europe est due à l’alphabet : en Chine ou au Japon, il faut savoir lire des milliers de caractères, ce qui rend l’alphabétisation extrêmement difficile. Seule une élite intellectuelle est capable de lire. En Europe, c’est beaucoup plus facile, car il n’y a que vingt-six caractères à apprendre. De plus, le protestantisme demande aux fidèles de lire la Bible, ce qui contribue à l’alphabétisation. Mais comment les japonais ont-ils fait pour s’industrialiser s’ils ont tant de caractères à apprendre, les enfants japonais apprennent bien tous ces caractères…

La disponibilité d’énergie[edit | edit source]

L’Europe était recouverte d’immenses forêts, les cours d’eau sont abondants, il y a du vent pour les moulins.

Les facteurs climatiques et géographiques[edit | edit source]

L’Europe profite d’un climat relativement agréable, soi-disant plus propice au travail. Le climat tempéré présente dans tous les cas des facilités. Par exemple, il n’y a pas le problème des moussons. L’Europe profite également d’une ouverture sur la mer, or ce qui débloque la société de l’ancien régime c’est le commerce maritime à partir du XVIème siècle.

Colomb et la reine Isabelle Ire de Castille représentés sur un monument de la Plaza de Colón à Madrid.

Le morcellement politique[edit | edit source]

Au sortir du Moyen-Âge, on a un très grand morcellement politique, et les États-nations sont constamment en compétition les uns avec les autres. Marx a théorisé le fait qu’un empire comme la Chine ne pouvait se développer, car le pouvoir était très centralisé, et donc empêche la progression. Il établit donc toute une théorie où les dictatures sont vouées à s’effondrer sur elles-mêmes. En Europe, les découvertes sont dues au fait qu’il y a une compétition entre les États. Par exemple, Christophe Colomb a été financé par l’Espagne, car Isabelle la Catholique désirait impressionner ses rivaux.

L’expansion coloniale[edit | edit source]

Ces grandes découvertes sont la base du commerce triangulaire, et ont permis le développement de l’Europe.

Il faut noter que personne n’est d’accord sur ces éléments. Par exemple, la Suisse a été un des premiers pays à s’industrialiser, mais la Suisse n’a pas eu d’empire colonial ni d’ouverture sur la mer par exemple.

La révolution industrielle : un événement inéluctable ?[edit | edit source]

On en vient à se demander si la révolution industrielle n’était pas quelque chose d’inéluctable. Pourquoi est-ce que c’est l’Angleterre, et pas l’Espagne, qui réunissait tous les éléments ci-dessus, qui a été le berceau de la révolution.

Ce qui est certain, c’est qu’à partir de 1760, l’Angleterre change son économie très rapidement, de telle sorte que la révolution est totalement installée en 1800. Cet évènement s’est répandu au reste de l’Europe, mais pas au-delà causant cette fracture entre l’Europe et le reste du monde.

Une hypothèse controversée : une révolution agricole ?[edit | edit source]

La fin progressive de la jachère[edit | edit source]

Toute la communauté d’historiens se met d’accord pour dire qu’il n’y a pas eu de révolution agricole en Europe, dans le sens où on n’a pas connu l’invention des tracteurs et des engrais au 18e siècle. À cette époque, c’est la naissance de l’agronomie, de la culture du riz et de la pomme de terre en Europe. En Angleterre, au 18e siècle, on supprime progressivement la jachère. Jusqu’alors, l’agriculture fonctionne sur un système triennal, avec un tiers des terres en jachère permanente. Or on découvre que certaines plantes comme le trèfle permettent une régénération des sols. Et avec ces plantes comme le trèfle, qu’on fait pousser sur les terres qui auparavant étaient en jachère, on peut nourrir du bétail. Le fumier de ces animaux sert comme engrais pour les champs. Ainsi, on peut ramener les troupeaux dans les plaines, et on profite d’une production continue. C’est la fin de la tyrannie du blé.

Le développement de l’agronomie et des techniques agricoles[edit | edit source]

Encore une fois, les nobles s’intéressent à l’agronomie. Ils tentent des expérimentations notamment en croisant des races de vache pour avoir des races laitières ou encore des moutons qui produisent plus de laine.

Les élites anglaises et l’évolution du paysannat[edit | edit source]

Un acte d'enclosure datant de 1793.

Les gentlemen-farmers[edit | edit source]

Les artisans proto-industriels possèdent de petites terres qu’ils compensent avec leur revenu dans leur petite production textile. Mais en 1760 avec l’arrivée de la spinning Jenny, ils ne peuvent pas concurrencer et font faillite.

Les enclosures[edit | edit source]

Les nobles rachètent les terres des paysans qui ont fait faillite. Si le prince de Galles est le plus grand propriétaire terrien d’Angleterre, cela date de cette époque. Les paysans se regroupaient en communautés pour cultiver leur terre, mais les grands propriétaires, en rachetant les terres, mettent en place des clôtures. Les paysans en faillite demandent donc du travail aux usines, car ils n’ont plus de terre et plus de revenu. La loi de l’offre et de la demande va s’inverser, et cette fois-ci, les patrons vont pouvoir payer de bas salaires aux paysans qui cherchent du travail.

En d'autres termes et en paraphrasant Will Kymlicka dans son ouvrage Les théories de la justice : une introduction publié en 1999[1], « Dans l'Angleterre du XVIIème siècle, on assistait à un mouvement pour l'enclosure (l'appropriation privée) de terres jadis détenues par la communauté et accessible à tous. Sur ces terres (les "communs"), tout à chacun pouvait exercer un droit de pâture, de collecte du bois, etc. L'appropriation privée des communs entraîna la fortune de certains et la perte de ressource des autres, désormais privés de moyens de subsistance ».

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Les théories de la justice: Une introduction, La Découverte, Paris.