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La formation de systèmes migratoires mondiaux

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Les théories de la migration[edit | edit source]

Le modèle classique[edit | edit source]

Les théories de la migration répondent à un modèle coût - bénéfice. L’accent est surtout mis sur les bénéfices que les migrants pourraient avoir à migrer. Dans ce modèle, on imagine qu’un paysan se demande qu’est-ce que cela coute de migrer, ce qu'il va en tirer et si les bénéfices sont supérieurs au coût. La migration en découle.

Le bénéfice se définit par le salaire réel du pays d’immigration moins le salaire du pays d’origine (Bénéfice = Salaire réel destination – salaire réel d'origine). Le salaire réel est le salaire divisé par le coût de la vie. Par exemple, en Suisse, les salaires sont élevés, mais le coût de la vie l’est aussi, donc le salaire réel n’est pas si élevé. Si un migrant apprend qu’aux États-Unis, le salaire réel est élevé, et qu’il dispose de l’argent pour migrer, il va migrer. Il faut noter que ce modèle repose entièrement sur l’économie.

Les géographes ont pour leur part établi la théorie du push/pull[1]. Il y a des facteurs push, qui poussent dehors, comme la misère, et des facteurs pull, qui sont les éléments attractifs dans le pays de destination. On choisit le pays de destination en fonction de ce qui nous attire. Ce modèle reste très économique.

Si tous les acteurs économiques prenaient des décisions uniquement en se référent au rapport coût/bénéfice, on serait en situation de marché parfait, or ce n’est pas le cas, ce n’est même jamais le cas : "je suis a New York et on me propose un très bon travail a Los Angeles, mais ma femme a un très bon travail à New York et refuse de le quitter. Si je suis un acteur économique parfait, je m’en vais ; or, personne ne le fera".

La décomposition des coûts en coûts directs et indirects[edit | edit source]

New York - Welcome to the land of freedom - An ocean steamer passing the Statue of Liberty: Scene on the steerage deck / from a sketch by a staff artist.

Il y a des coûts directs à la migration comme par exemple le voyage, trouver un logement ou encore devoir verser un salaire d’avance. Il faut aussi prendre en compte les coûts d’opportunité comme par exemple choisir entre racheter les terres de ceux qui migrent à bas prix ou partir aussi. Partir implique également la perte de ses liens sociaux. Il y a donc toute une réflexion psychologique liée à la réflexion économique.

Le bénéfice est lié à l’espérance économique que l'on conçoit selon l'équation suivante : probabilité de trouver un travail + le salaire espéré.

Donc, lorsqu'on est bien informé sur le lieu de destination, on a plus de chance de gagner son pari. Toutefois, cela n’empêche pas les échecs. Il est possible de partir aux États-Unis en 1920 à la fin de la Première guerre mondiale et d'y arriver avec d’excellentes probabilités de travail et des salaires corrects. En 1921 a lieu une crise qui rejette les immigrés. Il y a donc une minimisation du risque, mais il est toujours présent.

Les déterminant de l’immobilité : le capital humain[edit | edit source]

Il y a d’abord le coût du voyage. Il y a souvent un paradoxe dans les migrations. Les migrations trouvent leur origine dans la misère, la plupart du temps. En même temps, les plus pauvres ne peuvent pas bouger, ils subissent une immobilité de contrainte, ils n’ont pas les moyens de migrer.

  • Les savoirs localisés

Au XIXème siècle, la plupart des compétences sont localisées. Un bon paysan à Genève ne sera pas forcément bon dans le Far West, car les terres sont tout à fait différentes, le savoir n’est applicable que sur leurs terres genevoises. Les danois ont été sauvés, car ils avaient un bon niveau d’éducation, avec un savoir dans toutes les grandes branches du savoir.

  • Les investissements comme ancrage

Un deuxième élément qui détermine l’immobilité est les investissements. Si on a investi pour une terre, on va avoir beaucoup plus de peine à l’abandonner. Les locataires étaient capables de partir plus facilement. Les propriétaires sont souvent investis tout ce qu’ils avaient dans leurs terres et ne veulent pas la lâcher.

  • Les réseaux sociaux

Le réseau social a une influence dans le bon déroulement de l’immigration. Le réseau social aide pour trouver un travail, mais aussi un logement.

Les systèmes et vagues migratoires[edit | edit source]

On dénombre environ 90 millions de migrants. La plupart partent essentiellement d’Europe vers les États-Unis : on parle de ‘’système atlantique’’ qui à lui seul représente plus de 50 millions de personnes. Il y a d’autres systèmes comme le ‘’système pacifique’’ ou les japonais et les chinois s’installent en Californie.

Quelques-uns migrent vers l’Amérique du Sud et d’autres vers l’Afrique dans les colonies britanniques et françaises, mais dans une moindre mesure.

Les États-Unis concentrent les deux tiers des migrants mondiaux. La migration est divisée entre vielle allant jusqu’à 1880 et nouvelle migration après 1880. La vieille migration est composée de britanniques, de scandinaves et d’allemands ce qui explique que les États-Unis soient un pays anglophone. À partir de 1880, les migrants sont surtout italiens et slaves.

Les premiers arrivés vont acquérir des positions dominantes dans la propriété, la politique, l’agriculture tandis que les nouveaux migrants seront considérés comme plus difficiles à intégrer dans la nouvelle société américaine.

Les causes des migrations intercontinentales[edit | edit source]

Les transports[edit | edit source]

D’abord, les transports coûtent de moins en moins cher. Cela vient surtout de l’organisation de ces transports. Avec la mise en place du protectionnisme aux États-Unis, les bateaux partaient souvent avec des cales vides, à part pour les chemins de fer dans les années 1860. Donc, pour éviter de partir avec des cales vides, on a créé des compagnies de migration. De plus, ces compagnies font de la publicité pour les États-Unis.

La transition démographique[edit | edit source]

Au court du XVIIIème siècle, avec la proto-industrie et la diversification des revenus, la mortalité chute et elle s’accélère avec les progrès de la médecine au XIXème siècle. Toutefois, la natalité reste élevée et ne commence à baisser que vers 1875. La transition se finit dans les années 1950 avec une basse pression démographique. La migration est d’autant plus importante qu’avec un nombre élevé de naissances, il y aura moins de travail pour eux quand ils arriveront à l’âge adulte posant des problèmes d’emplois et pousse à l’émigration.

Urbanisation et industrialisation[edit | edit source]

Les allemands sont un des peuples qui compose la première vague, mais l’Allemagne fait partie de la deuxième vague de la révolution industrielle qui dure jusqu’aux années 1880. Les allemands ne migrent plus à partir de cette date, car le pays s’industrialise dans les années 1880 faisant qu'il n’y a plus aucun intérêt à partir.

Régime politique, structures agraires, crises et dépressions[edit | edit source]

La première mondialisation crée inévitablement des crises. Puis on a des crises qui sont construites par le politique. L’exemple de dépression causée par la première mondialisation est la grande dépression agricole de 1873 - 1890 qui est due à l’arrivée des blés américains sur le marché européen.

  • Exemple italien

À partir de cette dépression, vont se déclencher de grandes vagues d’émigration vers les États-Unis avec notamment les italiens. La paysannerie italienne, en 1873, fonctionne encore sur le mode féodal où la terre appartient à la noblesse et aux ordres religieux. Quand la dépression arrive, le système agricole s’effondre. En Vénétie, la moitié des habitants s’en vont. Il n’y a donc pas juste un effet économique dû à l’arrivée du blé américain, mais les pays comme l’Italie et tous ceux du pourtour méditerranéen vont causer des migrations à cause de leur système agraire trop ancien.

  • Exemple de l’Irlande

Entre 1845 et 1847, l’Irlande va connaître une famine à cause de la maladie de la pomme de terre, qui anéantit les récoltes. Ceci intervient sur une paysannerie qui repose encore sur des structures agricoles archaïques. Mais l’Angleterre considère l’Irlande comme une colonie et lui interdit de s’industrialiser malgré sa proximité avec de grands bassins industriels comme ceux de Manchester. On se retrouve avec une pression démographique, un système agraire archaïque est il est impossible de diversifier son économie, car l’Irlande n’est pas industrialisée. C’est donc une grande crise. Il y a une importante famine ainsi que des épidémies causées notamment par l’enfermement des mendiants et des pauvres pour éviter les troubles. Deux millions d’irlandais vont migrer vers les États-Unis. En réalité, la dernière famine a eu lieu en Finlande en 1860, car la Finlande appartenait au duché de Russie, c’est donc la même situation qu’en Irlande.

  • La Zone de Résidence des juifs de Russie

C’est un immense ghetto, où le tsar a envoyé les populations juives de Russie vers la Lettonie, la Lituanie, la Pologne de 1791 à 1917. C’est une zone frontière avec l’Allemagne. La culture juive s’épanouit dans cette région. Va par exemple être créée l’université hébraïque à Vilnius. C’est à partir de 1881 que la situation dégénère avec des vagues de violence contre les juifs suite à l’assassinat du tsar Alexandre II. En 1905 et la défaite de la Russie contre le japon, l’empire à cherché un bouc émissaire, et à nouveau il y a des vagues de pogromes. Cela a causé une migration des populations baltiques et polonaises.

Certaines villes européennes vont s’agrandir grâce à ces migrations, mais d’une manière différente. Certains migrants vont arriver dans les ports et ne plus avoir l’argent pour partir. Ils vont s’installer dans ces villes portuaires. De plus, ces migrants font le calcul de la différence entre les salaires réels du pays de départ et d’arrivé faisant le choix de rester surplace, car la situation y est au final plus avantageuse. En réalité, certains pays comme les États-Unis sont élevés au rang de mythe. Ces pays font rêver même si la réalité est souvent différente.

Un modèle de causalité[edit | edit source]

Toutes les causes citées auparavant interagissent et se complètent. Mais comment expliquer que bien que la crise soit finie, la migration continue ?

En Irlande en 1845 a lieu la crise de la pomme de terre, une navigation à vapeur qui se développe et les États-Unis qui représentent un rêve. Deux millions d’irlandais partent, mais cela continu. En 1914, l’Irlande et les États-Unis proposent le même salaire en moyenne, mais la migration continue.

Cela est dû à l’autonomisation des flux migratoires. Les flux commencent avec des causes, mais le flux va continuer indépendamment de ces causes une fois qu’elles auront disparu.

Cela s’explique parce que quand un irlandais arrive aux États-Unis, il envoie des lettres à sa famille et donne des informations fiables, on peut leur faire confiance. Ces gens peuvent expliquer comment faire, quels endroits éviter. Quelque part, le membre de la famille donne un réseau social au reste de la famille encourageant les personnes à partir pour les États-Unis. Ceux qui partent sont les plus ouverts, les plus entreprenants. Donc, à la fin, il reste les populations plus conservatrices.

Integration et assimilation : l’expérience des États-Unis[edit | edit source]

  • Dominants-dominés : les White Anglo-Saxon Protestants

Aux États-Unis, la vieille migration britannique scandinave et allemande a constituée la base de la vie politique et économique. Kennedy a été le premier président à ne pas être un WASP, de plus, il était catholique.

  • Communauté d’immigrés et segmentation de l’espace

Cela est dû à l’autonomisation des flux migratoires. On va rejoindre quelqu'un de notre famille qui lui s’est déjà regroupée avec d’autres membres de la société. Par exemple, cela va donner lieu à chinatown ou encore à little italy. La mafia est apparue à la base pour protéger les immigrants italiens des agressions.

  • Des immigrés plus difficiles à intégrer

On accuse les immigrés de la nouvelle vague (italien et slave) de ne pas s’intégrer dans la société américaine. Cela donne lieu à la théorie de sédimentation. On est une communauté qui arrive dans une société. Naturellement, les derniers arrivés sont les victimes de raciste. Dès qu’une nouvelle vague arrive, la première n’est plus insultée.

  • Industrialisation et blocage de la société américaine

À la fin du XIXème siècle, c’est la fin de la conquête du Far West. Auparavant, si on veut devenir le propriétaire de terres, il fallait avancer vers l’Ouest en prenant possession des terres des indiens. Vers 1890, tout est pris. Les migrants qui arrivent alors vont aller dans les usines. Les nouveaux arrivants ne vont plus devenir propriétaire, mais des employés et plus ils sont, plus les salaires seront bas.

Il y a de moins en moins de fluidité sociale, l’ascension sociale est de plus en plus difficile. C’est à cette époque qu’arrive le mythe du self-made-man et du cowboy, qui en réalité n’était pas blanc, mais noir, asiatique et hispanique.

Xénophobie et fermeture[edit | edit source]

Elle va se jouer en deux temps sur la période 1890 et 1900 et juste après la Première guerre mondiale.

Durant la première période, ce qui va naitre est un racisme contre les asiatiques et les noirs. Clairement, il y a une idée que les blancs pourraient être minorisés par les asiatiques et les noirs et ce sentiment est lié au fait qu’à partir de 1875, la natalité diminue et qu’elle diminue plus vite chez les blancs riches que chez les noirs et les asiatiques qui sont plus pauvres. Avec la victoire du Japon sur les russes en 1905, les américains commencent à se méfier des japonais et vont établir des quotas.

Le deuxième acte va se jouer après la Première guerre mondiale. Durant la guerre, l’immigration va s'arrêter et l’économie américaine tourne à toute vitesse pour produire des armes. En 1918, la guerre s’arrête, l’immigration reprend de plus belle, car l’Europe est remplie de réfugiés qui veulent s’enfuir vers les États-Unis. Dans un premier temps, ça ne pose pas de problème, car les armées se refont. Mais en 1920, cela s’arrête et on retombe sur la situation 1870 et les chemins de fers américains, mais dans l’autre sens. Il y a des usines qui tournent à plein régime, mais les commandes s’arrêtent brusquement. Il y a des licenciements. Les syndicats attributs cela a l’arrivée des migrants. De plus, le syndicalisme américain est anticommuniste, et craint l’arrivée de ces populations d’Europe de l’Est. Dans les années 1920, les États-Unis vont se retirer des relations internationales alors même que ce sont eux qui ont créé la Société des Nations. On renforce les quotas.

Annexes[edit | edit source]

Référence[edit | edit source]

  1. A Theory of Migration, Everett S. Lee. 1966, University of Pennsylvania