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Cours introductif aux méthodes de la science-politique

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Contextualisation et définitions[edit | edit source]

Vrai ou faux ?[edit | edit source]

  • Degré de satisfaction des soldats noirs aux États-Unis :
    • Hypothèse : satisfaction supérieure lorsque stationné dans une base militaire du nord des États-Unis plus qu’au sud. L’hypothèse est que le contexte du nord, c’est-à-dire où la ségrégation était moins présente, permettait aux soldats noirs de se sentir mieux.
    • Conclusion : L’hypothèse est fausse, car elle présupposait une comparaison erronée.
  • Vote religieux dans l’élection de Kennedy :
    • Hypothèse : l’hypothèse est que le vote religieux avait presque provoqué une perte de l’élection de Kennedy. Étant un catholique, beaucoup de protestants avaient voté contre Kennedy.
    • Conclusion : cependant l’hypothèse est infirmée, car le vote religieux a en réalité fait gagner Kennedy. Tout dépend du contexte.
  • Trouver un bon travail :
    • Hypothèse : l’hypothèse est que les gens trouvent un bon travail à travers des canaux formels (annonce, agence de travail, réseau social).
    • Conclusion : un chercheur a prouvé que c’est à travers des liens faibles que l’on trouve du travail. Ce sont les personnes que l’on connaît peu. Ces personnes sont dans des milieux différents ayant des informations différentes de celles que l’on peut recevoir des proches.

Conclusion des exemples : La réalité est complexe et souvent contre-intuitive.

  1. Il faut avoir une théorie cohérente et efficace qui permet d’éclairer certains enjeux.
  2. Il existe un lien très fort entre l'aspect méthodologique et théorique. Théorie est méthode ne sont pas dissocié, elles sont intimement liées et n’existent pas l’une sans l’autre.

Questions de départ[edit | edit source]

  • Qu’est-ce que la méthode ? Il y a plusieurs significations de « méthode ».
  • Pourquoi la méthode est-elle importante? Savoir comme approcher une donnée à la théorie.

Méthodologie et techniques[edit | edit source]

Distinction entre méthodologie et technique[edit | edit source]

On peut faire une distinction entre méthodologie et technique :

  • Méthodologie : C'est une réflexion sur la méthode, c'est un discours sur la méthode, une critique de la recherche scientifique.
  • Technique : procédures opérationnelles spécifiques dont se sert une discipline scientifique pour acquérir et contrôler ses propres résultats de recherche empirique

Trois niveaux d'abstractions

  1. Épistémologique : Tout ce qui a trait aux fondements de la connaissance scientifique. Comment connaît-on, Qu'est-ce que c'est la connaissance ? Aspect épistémologique : réflexion très générale sur comment il faut approcher la connaissance, on a trois niveaux d'abstractions décroissants.
  2. Niveau technique : « la méthode » : ce sont des techniques, par quelle procédure opérationnelle spécifique on peut acquérir et contrôler les résultats (cet aspect sera celui qu'on va traiter). Ce sont les procédures et les instruments à disposition pour conduire une recherche.
  3. Méthodologique : Réflexion sur la méthode, sur les conditions de validité et fiabilité de la recherche ; niveau intermédiaire. C’est une critique de la recherche scientifique, ce sont des éléments importants que l’on ne voit pas concrètement ayant rapport au fondement de la méthode. Ce niveau est une réflexion sur notre propre partie de la recherche.

Environnement sociétal de la recherche[edit | edit source]

Il y a quatre aspects dans lesquels s’inscrit la recherche dans une optique d’autosurveillance afin de savoir dans quel contexte on fait de la recherche.

La recherche se développe dans un cadre plus large, elle n'est pas en dehors des influences, il y a des champs d'influence, des contraintes, des domaines :

  1. De la demande sociale : la recherche répond à certaines demandes sociales. L’activité du chercheur est légitimée par le cadre, la pratique s’insère dans le cadre d’une société donnée. Il existe des fonds et des programmes qui financent la recherche. Les thèmes de recherche sont censés être des thèmes d’actualité, car les décideurs politiques ont besoin d’outils pour prendre des décisions.
  2. Axiologique : c’est le rapport aux valeurs, il y a des valeurs sociales et individuelles qui guident la recherche. Chaque chercheur a ses propres valeurs. Le chercheur doit essayer de se mettre distance de l'objet, et ne pas le mettre sous la lumière de nos propres idéologies. Weber prône une neutralité axiologique.
  3. Doxologie : fait référence à l’opinion publique et plus généralement au sens commun et au savoir non-systématisé ainsi qu’au langage et aux évidences de la pratique quotidienne. Il y a une opinion qui est là et qui nous influence en tant que chercheur ainsi qu’un savoir non-systématisé. C'est le sens commun, qui parfois dans la recherche se montre comme le mauvais sens. Il est nécessaire selon Bourdieu qu’il faille opérer une rupture épistémologique, ainsi le premier devoir du chercher est de rompre avec le sens commun.
  4. Épistémique : influence qui est donnée par la connaissance épistémique elle-même, c'est-à-dire la connaissance des autres chercheurs. C’est l’état de la réflexion épistémologique et de la méthodologie ainsi que des techniques d’investigation du domaine étudié et qui ont une influence implicite.

Ce sont quatre sources de contraintes qui pèsent sur la pratique.

Pôles méthodologiques[edit | edit source]

L’introduction à la méthodologie est un cours de la pratique de la recherche, elle est influencée par différents éléments : demande sociale, opinion, ce qui a été fait dans le domaine, etc. Il y a des exigences internes dont les chercheurs doivent être conscients.

Les quatre pôles méthodologiques[edit | edit source]

1) Pôle épistémologique : tout ce qui attrait aux fondements de la connaissance scientifique, conditions de validité de la recherche. Ce pôle exerce une vigilance critique de la recherche. C'est le garant de l'objectivation de l’objet scientifique, de l’explicitation des problématiques scientifique. Il décide des règles, des explications de faits et critique ces règles. C’est tout ce qui concerne les conditions de production de la connaissance.

Logique hypothético-déductive est une logique de la recherche, une manière d'aborder la réalité sociale et politique. C’est le fait de poser des hypothèses, réfléchir sur ce que peut expliquer des domaines, et à travers la collecte des données prouver une théorie. La logique inductive c'est partir des faits pour aller au général.

2) Pôle théorique : ce pôle fait référence à la méthodologie au sens large, on cherche à caractériser les approches dans lesquelles on s’inscrit. Il s'agit de la contextualisation, la formulation des hypothèses, le degré de satisfaction, le fait de trouver un travail, le rôle de la religion, etc. on a besoin d'une théorie. Il y a des cadres de référence théorique qui orientent la recherche (positiviste, fonctionnalisme, structuralisme, etc.), nous verrons l'approche positiviste et l'approche compréhensive. C'est le lieu pour la formulation scientifique, et il est lié au cadre de référence.
3) Pôle morphologique : il y a un aspect formel de la recherche, cela peut faire référence que selon l'approche que l’on choisit, on s'intéresse aux systèmes de diverses manières. Ce sont les règles de structuration et de formation de l’objet, il impose un certain ordre aux divers éléments. Il y a certaines étapes qui vont être suivies. Selon la perspective qu'on a choisi ce cadre structurant et plus au moins strict, il y a une exigence de la recherche concernant la forme. Par exemple la différence entre approche quantitative et qualitative.
4) Pôle technique : ce sont toutes les méthodes, analyses des données, recueille des donnes, c’est le lieu de contrôle des données, qui les confronte avec la théorie qui les a suscités. « Mode d'investigation ». Études comparatives, etc. (les instruments que je vais analyser).

Au-delà des contrastes externes, il y a des contrastes internes dont il faut tenir compte de ces quatre facteurs.

Dynamique de la recherche en sciences-sociales.png

Cette idée correspond à un modèle topologique de la recherche, c’est-à-dire que ce n’est pas un mode de perspective chronologique. À tout moment, il y a ces quatre aspects. Cependant, le poids de chacun des pôles peut varier.

L'approche antérieure est topologique, non chronologique, à tout moment il y a ces quatre exigences qu'il faut considérer. Mais il y a aussi une approche plus pragmatique et chronologique de la recherche :

Les étapes de la démarche[edit | edit source]

Les étapes de la démarche.png

Les étapes de la démarche :

  • Étape 1 : poser une question de départ


  • Étape 2 : phase d'exploration :
    • lecture des travaux d’un domaine spécifique
    • entretiens exploratoires, prendre connaissance des travaux similaire


Ces deux phases permettent d’aider à formuler une problématique

  • Étape 3 : problématique
  • Étape 4 : construction du modèle d’analyse afin de définir les concepts et de postuler des liens entre les concepts

Étapes cruciales

  • Étape 5 : l'observation, récolte des données
  • Étape 6 : analyse de l’information grâce aux informations récoltées préalablement
  • Étape 7 : conclusions.


Nota bene : cette chronologie n’est pas unidirectionnelle. Par exemple la formulation de la problématique peut mettre en évidence des carences et susciter de nouvelles recherches pour l’affiner.

Importance de la méthode[edit | edit source]

  • traduire empiriquement les concepts théoriques : dialogue entre empirique et théorique. Il y a d’abord une théorie, ensuite le terrain permet de tester l’hypothèse. Cependant dans la réalité il y a un va-et-vient entre théorie et empirie. C’est un processus intense qui fait le lien entre le niveau abstrait et général et le niveau concret et spécifique. Sans méthode le lien est impossible.
  • caractérise et distingue la science : la méthode permet de distinguer la science des autres méthodes de comprendre la réalité.
  • permet de faire face à la complexité de la réalité sociale : on construit l'objet de recherche.

Sources de complexité de la réalité sociale[edit | edit source]

  • causalité multiple : la réalité n'a pas une seule explication.
  • niveaux multiples : il faut tenir compte, par exemple, de niveau individuel, contextuel qui complexifie la réalité et la tâche de la comprendre.
  • relations sociales : les acteurs ne sont pas complètement indépendants, système social, il faut une méthodologie qui nous fasse ressortir l'impact de ces relations.
  • réactivité : si on s'intéresse au comportement des humains, ils réagissent au processus de recherche, le fait d'interroger un individu le fait déjà réagir d’une certaine manière, il faut réfléchir de ce fait, et essayer de mettre en œuvre des manières et de contrôler les réactions, séparer le fait qui est dû à la réaction.
  • erreurs de mesure : on essaie de se rapprocher de la réalité, mais il y a toujours une erreur de mesure, car on ne peut appréhender la réalité sociale complètement.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Page personnelle de Marco Giugni sur le site de l'Université de Genève
  2. Corbetta, Piergiorgio 2003. Social Research: Theory, Methods and Techniques. Thousand Oaks, CA: Sage.