John Locke et le débat sur le gouvernement civil

De Baripedia


Au XVIIe siècle, l’Angleterre connaît une succession de bouleversements politiques et religieux qui vont profondément marquer la pensée européenne. La guerre civile qui oppose Charles Ier au Parlement, l’exécution du roi en 1649, l’instauration du Commonwealth d’Oliver Cromwell puis la Restauration monarchique en 1660 témoignent d’un siècle traversé par des tensions entre absolutisme royal et revendications parlementaires. Ces événements culminent avec la Glorieuse Révolution de 1688, qui voit l’éviction de Jacques II et l’affirmation d’un nouveau régime fondé sur le contrôle du Parlement et le refus d’un pouvoir royal absolu. Ce contexte nourrit un débat théorique intense sur la légitimité de l’autorité politique, sur la place de la souveraineté et sur les droits des individus au sein de la société civile.

C’est dans ce cadre que John Locke, philosophe anglais formé à la médecine et aux sciences naturelles, intervient avec ses Two Treatises of Government. Rédigés dans les années 1680 et publiés en 1690, ces textes constituent une réponse directe aux théories absolutistes et au droit divin défendu notamment par Robert Filmer. Locke y expose une conception nouvelle du pouvoir politique, fondée non plus sur une autorité héritée ou transcendante, mais sur un contrat passé entre des individus libres et égaux. Pour lui, les hommes naissent avec des droits naturels – la vie, la liberté et la propriété – que le gouvernement civil a pour mission essentielle de protéger. L’autorité ne trouve donc sa légitimité que dans le consentement des gouvernés, et lorsqu’elle excède ce cadre, le peuple est en droit de résister.

En opposition à Hobbes, qui voyait dans la soumission à un souverain absolu la condition de la paix, Locke propose une lecture du contrat social qui limite le pouvoir afin de préserver la liberté. Sa pensée s’inscrit ainsi dans une tradition qui rompt avec l’idée de l’État tout-puissant et ouvre la voie au libéralisme moderne. En mettant au premier plan la notion de gouvernement civil, Locke participe à redéfinir la relation entre l’individu et la communauté politique. Ses thèses influenceront durablement les révolutions américaine et française, et continueront d’alimenter la réflexion sur la démocratie, le droit de résistance et la séparation des pouvoirs.

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Le cadre politique et religieux de la pensée lockéenne

La réflexion politique de John Locke s’inscrit dans la continuité mais aussi dans la rupture avec celle de Thomas Hobbes. Depuis Hobbes, la définition de l’État comme personne morale souveraine, dotée de pouvoirs étendus et s’imposant comme le garant de la paix civile, n’est plus véritablement remise en question. En cela, Hobbes reprend et actualise la conception formulée par Jean Bodin, donnant naissance au Léviathan, figure d’un État absolu et indivisible. Ce que Locke remet en cause n’est donc pas tant l’existence de l’État en tant qu’entité souveraine que le rapport que celui-ci entretient avec les individus. Après Hobbes, le questionnement change de nature : il ne s’agit plus de savoir si l’État doit exister, mais de déterminer jusqu’où son pouvoir peut s’étendre et dans quelle mesure il doit garantir la liberté, l’égalité et la propriété des citoyens.

Locke apparaît ainsi comme le premier à proposer un modèle d’État qui ne soit pas absolutiste, rompant avec l’idée d’un pouvoir autoritaire et sans limites. Le contexte dans lequel il écrit explique largement cette orientation. Si Hobbes avait conçu son système au cœur de la guerre civile et de la première révolution anglaise, Locke, lui, publie ses Two Treatises of Government dans un moment tout différent : celui d’une monarchie restaurée mais profondément contestée. Après l’exécution de Charles Ier et l’expérience républicaine dirigée par Cromwell, la monarchie est rétablie en 1660 avec l’avènement de Charles II, dont le précepteur avait été Hobbes lui-même. On peut ainsi dire que l’élève de Hobbes monte sur le trône d’Angleterre.

Cette restauration ne fait cependant pas disparaître les tensions. Dès les années 1660, une opposition latente persiste entre les partisans de la concentration des pouvoirs royaux et ceux qui défendent les prérogatives du Parlement. Cette rivalité devient de plus en plus vive lorsque Charles II meurt en 1685 et que son successeur, Jacques II, revendique ouvertement son catholicisme. S’il ne cherche pas à imposer la foi catholique, Jacques II exprime la volonté de rapprocher l’Église anglicane des pratiques romaines. Dans une Angleterre largement acquise à la Réforme depuis le règne d’Élisabeth Iʳᵉ, cette orientation provoque de profondes inquiétudes.

Guillaume III par Godfrey Kneller.

Les événements continentaux viennent encore aggraver la situation. En France, la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 prive les protestants de droits garantis depuis 1598, entraînant un vaste exode de huguenots vers la Suisse, les Provinces-Unies et l’Angleterre. Au moment où la cause protestante se radicalise à travers l’Europe, l’affirmation catholique de Jacques II est perçue comme une menace directe. Les tensions qui avaient pu être contenues sous Charles II éclatent désormais au grand jour.

En 1688, le Parlement agit : Jacques II est destitué et remplacé par Guillaume d’Orange, stathouder des Provinces-Unies et époux de Marie, héritière protestante de la couronne anglaise. C’est la « Glorieuse Révolution », qui établit un nouvel équilibre entre le roi et le Parlement. Guillaume III accepte le trône mais sous des conditions précises : il signe le Bill of Rights de 1689, qui garantit certains droits fondamentaux et reconnaît au Parlement des compétences décisives, notamment en matière fiscale et de contrôle du gouvernement. Il accepte également l’Acte de Tolérance de 1689, qui institue une liberté de culte pour les protestants non anglicans et marque un pas important vers la reconnaissance de la pluralité religieuse.

Ce nouveau cadre politique ouvre la voie à une conception du pouvoir fondée sur le partage et la limitation des prérogatives royales. C’est dans ce contexte que Locke publie en 1690 ses Deux Traités du gouvernement civil, un ouvrage destiné à justifier la destitution de Jacques II et à asseoir le nouvel ordre politique issu de la Glorieuse Révolution. Locke y développe l’idée d’un gouvernement fondé sur le consentement, garant des droits naturels et limité dans ses fonctions, en opposition à la vision absolutiste héritée de Hobbes et de Filmer.

Biographie

John Locke.

John Locke naît le 26 août 1632 à Wrington, dans le Somerset, dans une famille de petite gentry. Son père, avocat et greffier de justice de paix, s’engage comme capitaine dans les troupes parlementaires durant la guerre civile anglaise, ce qui marque très tôt Locke du sceau de l’opposition à l’absolutisme royal. Son enfance et son éducation s’inscrivent donc dans une Angleterre profondément divisée entre royalistes et parlementaires, contexte qui influencera durablement sa réflexion sur les rapports entre pouvoir et liberté.

Il poursuit ses études au Christ Church College d’Oxford, où domine encore l’enseignement de la philosophie aristotélicienne et des disputes scolastiques. Locke, peu sensible à cette tradition, se détourne rapidement de ce formalisme académique pour s’intéresser aux penseurs modernes. Il découvre avec enthousiasme les œuvres de Descartes, dont il retient la méthode critique et l’importance accordée à la raison. Il s’intéresse également à la science de son temps : la géométrie de John Wallis, les observations astronomiques et même l’astrologie de l’époque, témoignant d’une curiosité intellectuelle éclectique. Ce contact avec la science naissante contribue à son orientation empiriste et à son rejet des spéculations abstraites.

Initialement destiné à une carrière ecclésiastique, Locke prend ses distances avec les querelles confessionnelles qui déchirent l’Angleterre et l’Europe, et se rapproche d’une position de tolérance religieuse. Il se tourne vers l’étude de la médecine, qu’il pratique à Oxford aux côtés de Thomas Sydenham, considéré comme l’un des pères de la médecine clinique moderne. Cette formation lui apporte une sensibilité empirique et expérimentale qui marquera toute son épistémologie.

En 1666, Locke rencontre Lord Ashley Cooper, futur comte de Shaftesbury, personnalité politique de premier plan et figure de l’opposition parlementaire. Il devient son médecin personnel, mais aussi son conseiller et homme de confiance. Leur relation, à la fois amicale et intellectuelle, s’avère décisive : Locke est impliqué dans les cercles politiques whigs et participe activement aux débats sur la tolérance, la liberté politique et la limitation du pouvoir royal. En 1669, Shaftesbury lui confie la rédaction des Constitutions fondamentales de la Caroline, texte destiné à organiser la colonie britannique d’Amérique du Nord, qui reflète déjà les préoccupations lockéennes autour des droits et de la liberté.

Locke voyage ensuite en France, d’abord en 1675, séjournant à Montpellier où il approfondit sa pratique médicale et observe le système politique monarchique français. Ce séjour nourrit sa comparaison entre absolutisme continental et aspirations anglaises à un équilibre entre roi et Parlement. De retour en Angleterre, il accompagne Shaftesbury, devenu président du Conseil privé, mais lorsque ce dernier tombe en disgrâce et est accusé de complot, Locke est lui-même soupçonné et contraint à l’exil. En 1683, il se réfugie aux Provinces-Unies, à Amsterdam puis à Rotterdam, au cœur d’un milieu intellectuel cosmopolite, où circulent librement les idées réformées, scientifiques et politiques. Il fréquente des cercles de réfugiés huguenots, de philosophes et de théologiens protestants, consolidant sa conviction que la tolérance et la limitation du pouvoir sont les conditions de la stabilité politique.

Son exil prend fin après la Glorieuse Révolution de 1688. Locke regagne l’Angleterre en 1689, sur le même navire que la princesse Marie, épouse de Guillaume d’Orange, appelé au trône d’Angleterre. Il reçoit une charge officielle comme Commissaire aux appels et devient l’un des intellectuels de référence du nouveau régime. La même année, il publie sa Lettre sur la tolérance (Epistola de tolerantia), qui connaît un retentissement considérable en Europe. En 1690, il publie deux ouvrages majeurs : l’Essai sur l’entendement humain (An Essay Concerning Human Understanding), qui fonde l’empirisme moderne en rejetant les idées innées et en affirmant que toute connaissance dérive de l’expérience sensible ; et les Deux Traités du gouvernement civil (Two Treatises of Government), dont le premier réfute l’absolutisme patriarcal défendu par Robert Filmer, tandis que le second élabore sa théorie du contrat social, de la propriété et du rôle limité mais nécessaire du gouvernement.

Locke poursuit son œuvre dans les années 1690 avec le Reasonableness of Christianity (1695), qui propose une lecture rationaliste et modérée de la religion, et avec ses réflexions économiques et monétaires au sein du Conseil de commerce, où il siège dès 1696. Sa santé fragile l’oblige toutefois à se retirer en 1700 dans la demeure d’amis à Oates, dans l’Essex. Il y consacre ses dernières années à des écrits religieux, notamment des paraphrases des Épîtres de saint Paul. John Locke meurt le 28 octobre 1704, laissant derrière lui une œuvre qui allait influencer profondément la philosophie politique, la théorie de la connaissance et la pensée religieuse.

Locke est ainsi une figure fondatrice du libéralisme moderne, ayant articulé de manière décisive la défense des droits naturels – vie, liberté et propriété – avec la légitimité du gouvernement civil. Ses écrits traverseront la Manche et l’Atlantique, inspirant les Lumières françaises et la Déclaration d’indépendance américaine, faisant de lui l’un des penseurs les plus influents de la modernité politique.

Philosophie politique

La pensée politique de John Locke s’inscrit dans une double filiation : d’une part, la continuité avec la problématique hobbesienne de l’État comme rempart contre le chaos, et d’autre part, la rupture avec le modèle absolutiste que Hobbes proposait comme unique solution. Locke cherche à construire une alternative, un modèle de gouvernement qui ne débouche ni sur la guerre civile, ni sur l’oppression, mais qui assure la stabilité tout en préservant la liberté et la propriété des individus. Contrairement à Hobbes, sa philosophie est traversée par une forte dimension religieuse : le droit naturel n’est pas une simple construction rationnelle, mais l’expression d’un ordre voulu par Dieu, garant de l’égalité originelle des hommes.

Locke articule sa réflexion autour de quatre grands questionnements.

La première interrogation, au cœur de ses Two Treatises of Government (1690), consiste à déterminer comment concevoir un gouvernement qui évite à la fois le retour à l’état de guerre civile et la dérive vers un pouvoir absolu. Hobbes avait trouvé la solution dans la souveraineté indivisible du Léviathan. Locke, au contraire, cherche à limiter le pouvoir afin d’empêcher l’oppression : l’autorité n’est légitime que si elle repose sur le consentement des gouvernés et si elle respecte les droits naturels des individus. Ainsi, l’État n’est pas une fin en soi, mais un instrument au service de la préservation de la vie, de la liberté et de la propriété.

Dans les Lettres sur la tolérance (1689), Locke s’attache à définir les conditions d’une coexistence pacifique entre les différentes confessions religieuses. Constatant les guerres de religion qui ont ravagé l’Europe et les tensions persistantes en Angleterre, il distingue nettement la sphère civile, qui concerne la protection des biens et des personnes, et la sphère religieuse, qui relève de la liberté de conscience. Le magistrat ne doit pas imposer une religion, pas plus que les Églises ne doivent intervenir dans les affaires civiles. Par cette séparation, Locke pose les bases du principe moderne de tolérance religieuse et annonce les futures conceptions de la liberté de culte.

La réflexion de Locke ne se limite pas à l’organisation du pouvoir : elle s’inscrit dans l’émergence d’une société marchande en Angleterre à la fin du XVIIᵉ siècle. L’économie devient un élément central de la stabilité politique. Pour Locke, la propriété privée, fruit du travail individuel, constitue un droit naturel, et l’État doit avant tout garantir la sécurité des transactions et des échanges. Cette approche confère à son libéralisme une dimension économique décisive : le gouvernement n’est pas seulement un arbitre des conflits politiques et religieux, il est aussi le protecteur du dynamisme marchand qui structure la société moderne.

Enfin, Locke inscrit sa philosophie politique dans une réflexion plus large sur la connaissance. Dans l’Essai sur l’entendement humain (1690), il s’interroge sur l’origine et le statut des idées. Contre Descartes, il rejette l’existence d’idées innées et défend l’idée que toute connaissance vient de l’expérience sensible. Cette épistémologie empiriste fonde également sa politique : de même que l’esprit humain se construit progressivement à partir de l’expérience, l’ordre politique doit être pensé de manière pragmatique, à partir des besoins concrets des individus et des conditions réelles de la vie sociale.

La philosophie de Locke se présente comme une réponse à Hobbes mais aussi comme une refondation du libéralisme moderne : elle articule le problème du gouvernement légitime, la séparation du civil et du religieux, la reconnaissance du rôle central de l’économie, et une théorie empiriste de la connaissance. Chacun de ces volets participe à construire une vision cohérente de la société où la liberté individuelle et le consentement sont les clés de l’ordre politique.

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C’est dans le Second Treatise of Government, publié en 1690, que John Locke formule sa réponse à Hobbes et à la première grande interrogation de sa philosophie : comment penser un gouvernement qui ne sombre ni dans la guerre civile ni dans l’oppression ? Comme Hobbes, Locke est profondément marqué par l’essor des sciences modernes et par l’ambition de fonder la politique sur des bases rationnelles et expérimentales. À ses yeux, il ne suffit pas de spéculer sur les meilleures formes de gouvernement : encore faut-il comprendre la nature humaine et les conditions dans lesquelles les hommes vivent avant toute organisation politique. La réflexion sur le gouvernement doit donc partir d’une anthropologie philosophique et d’une hypothèse sur l’« état de nature ».

Là où Hobbes décrivait l’état de nature comme une situation de guerre permanente, « la guerre de tous contre tous », Locke propose une vision sensiblement différente. Pour lui, l’état de nature est bien un état de liberté et d’égalité, où chaque individu dispose de droits naturels inaliénables – la vie, la liberté et la propriété. Mais contrairement à Hobbes, cet état ne se réduit pas à la violence : il existe un ordre naturel voulu par Dieu, inscrit dans la loi de nature, qui commande aux hommes de respecter les droits des autres. Autrement dit, l’état de nature est un état de relative paix et de justice, même s’il demeure précaire car chacun est juge de ses propres droits et de leurs violations.

C’est précisément cette fragilité qui justifie l’entrée en société civile. Dans l’état de nature, il n’y a ni autorité impartiale, ni pouvoir coercitif pour arbitrer les conflits : le risque d’abus et de désordres demeure constant. Le contrat social lockéen se comprend alors comme un pacte par lequel les individus décident de déléguer à une autorité commune le pouvoir de protéger leurs droits naturels et d’assurer une justice impartiale. Mais à la différence du Léviathan hobbesien, ce pouvoir n’est ni absolu ni illimité : il reste conditionné par le respect des finalités pour lesquelles il a été institué.

Pour Locke, le gouvernement civil n’est pas un maître souverain auquel on s’abandonne pour échapper à la violence, mais un instrument créé par les hommes pour garantir la jouissance paisible de leurs droits. L’État trouve sa légitimité non pas dans la peur ni dans la contrainte, mais dans le consentement des gouvernés. C’est en partant de la même démarche que Hobbes – revenir à l’état de nature pour comprendre la société – que Locke arrive à des conclusions diamétralement opposées : l’autorité politique doit être limitée, conditionnée et révocable si elle trahit la mission qui lui a été confiée.

Dans les Two Treatises of Government publiés en 1690, John Locke construit sa théorie politique et juridique en repartant, comme Hobbes, d’une réflexion sur la condition de l’homme dans l’état de nature. Mais là où Hobbes en avait tiré une vision sombre et conflictuelle, Locke élabore une représentation plus équilibrée et optimiste, qui lui permet de fonder un modèle politique non absolutiste. Il définit l’état de nature à travers quatre principes essentiels.

Locke affirme que tous les hommes naissent naturellement égaux. Il n’existe aucune hiérarchie innée qui imposerait à certains de servir les autres. Cette idée s’oppose directement à la conception patriarcale de Robert Filmer, qui justifiait l’absolutisme par l’autorité originelle du père sur ses descendants. Pour Locke, aucune domination n’est inscrite dans la nature : la subordination doit toujours résulter d’un consentement libre et réciproque. L’égalité est le point de départ de toute société civile légitime.

À la différence de Hobbes, Locke ne considère pas que l’homme est par essence conflictuel ou craintif. L’homme est un être libre qui dispose de ses actions et de sa volonté. Cette liberté originelle n’est pas anarchique : elle est encadrée par la loi naturelle qui impose à chacun de respecter les droits des autres. Ainsi, la liberté n’est pas licence, mais faculté d’agir selon la raison et sans dépendance arbitraire. L’homme n’est pas condamné à la guerre, il est capable de relations pacifiques et coopératives.

Locke reprend la conception aristotélicienne de l’homme comme « animal politique ». L’homme est animé par la raison, faculté qui le pousse à rechercher la compagnie de ses semblables, à échanger et à organiser des formes de vie commune. Cette rationalité fonde la capacité des hommes à reconnaître leurs droits mutuels et à établir des règles de coexistence. Elle est également à la base de l’émergence d’une société d’échanges, matériels et immatériels, qui annonce le développement de la société marchande moderne.

L’état de nature n’est pas un état de guerre permanent, mais une condition où règnent déjà la liberté et l’égalité. Les hommes y disposent également d’un droit naturel à la propriété, fondé sur le travail et la possession de soi. À l’époque, la théologie affirme que Dieu est le véritable propriétaire du corps humain ; mais Locke radicalise cette idée en avançant que chaque homme est le propriétaire exclusif de son corps et de son esprit. Cette affirmation ouvre la voie à une conception moderne de la propriété comme droit fondamental, qui aura des conséquences politiques considérables, en particulier dans la justification du droit de résistance.

Cependant, malgré ces caractéristiques positives, l’état de nature demeure instable. Si les hommes sont égaux, libres et rationnels, il n’existe dans cet état aucune autorité commune impartiale pour arbitrer les différends. Chacun étant juge de ses propres droits, le risque d’abus et de conflits subsiste. Les échanges, bien qu’envisagés par la raison, ne peuvent s’épanouir pleinement sans règles communes et sans institutions pour les garantir.

C’est pourquoi, selon Locke, la raison conduit naturellement les hommes à quitter l’état de nature pour former une société civile. Ce passage ne se fait pas par contrainte ou par peur, mais par consentement : les individus acceptent de se lier par un pacte afin de mettre en place un gouvernement chargé de protéger leurs droits naturels. L’État n’est donc pas un maître absolu, mais une institution créée volontairement pour garantir un ordre politique légitime et stable.

Pour Locke, la sortie de l’état de nature et la constitution d’un ordre politique stable passent par l’instauration de lois communes. Ces lois ne sont pas imposées de l’extérieur : elles sont le fruit d’un accord volontaire des individus, qui choisissent de se donner des règles pour garantir la protection de leurs droits. Le gouvernement légitime repose ainsi sur quatre principes fondamentaux.

La première condition de légitimité est le consentement. Locke se distingue ici radicalement de Hobbes. Là où Hobbes conçoit le pouvoir comme descendant, c’est-à-dire concentré dans la figure souveraine à laquelle les hommes se soumettent par crainte du chaos, Locke propose une conception ascendante du pouvoir. L’autorité politique émane du peuple et n’existe que par l’acte de consentement initial qui institue la société civile. Ce consentement fonde l’État comme une création volontaire, et non comme une imposition autoritaire. Le gouvernement n’est donc légitime que s’il est accepté, et ce consentement peut toujours être retiré si l’autorité trahit sa mission.

Le second principe est celui de la séparation des pouvoirs. Locke écrit dans le contexte de la Restauration puis de la Glorieuse Révolution, où la rivalité entre la monarchie et le Parlement structure la vie politique anglaise. Pour éviter l’oppression, il est nécessaire de distinguer les fonctions législatives et exécutives, afin que le roi ne concentre pas entre ses mains la totalité des prérogatives. Cette idée, encore embryonnaire chez Locke, ouvre la voie au principe moderne de la limitation du pouvoir par sa répartition institutionnelle.

Pour Locke, le cœur de l’autorité légitime réside dans le pouvoir de légiférer. Faire et défaire les lois constitue la fonction suprême, car c’est par la loi que la liberté et la propriété des individus sont garanties. Le pouvoir exécutif ne doit être qu’un instrument au service du législatif, chargé d’appliquer les décisions prises par les représentants du peuple. La souveraineté, au sens lockéen, est donc parlementaire et non monarchique : elle s’exprime dans la capacité de poser des règles générales qui expriment la volonté commune.

Enfin, Locke introduit une notion essentielle : celle de trust. Le pouvoir politique est un dépôt confié aux gouvernants par les gouvernés. Les représentants n’exercent pas l’autorité en vertu d’un droit propre, mais parce qu’ils bénéficient de la confiance de la société. Cette délégation est conditionnelle : elle repose sur la fidélité des gouvernants à leur mission de protection des droits naturels. Si cette confiance est trahie, les individus retrouvent le droit de résister et de révoquer l’autorité en place.

Un gouvernement légitime est donc, pour Locke, un gouvernement qui consacre la suprématie du Parlement, la séparation des pouvoirs, la confiance des citoyens, et le respect de la liberté religieuse et du culte. À travers ce modèle, Locke se situe à l’opposé de Hobbes : là où Hobbes défendait la concentration absolue du pouvoir, Locke fonde un libéralisme politique qui érige l’égalité, la liberté et surtout la propriété en piliers de l’ordre civil. Son projet s’inscrit ainsi dans l’émergence d’un État moderne fondé sur le consentement, la tolérance et la limitation du pouvoir, qui préfigure les régimes constitutionnels à venir.

John Locke, Traité du Gouvernement Civil, 1690

Avec le Second Treatise of Government, publié en 1690, Locke apporte une réponse directe à la première grande question qui traverse toute son œuvre : quel est le gouvernement légitime et quelles sont les conditions de son existence ? Pour lui, la légitimité politique ne se définit pas par la force, ni par la tradition, ni par une autorité transcendante, mais par la capacité de l’État à garantir et à protéger les droits naturels des individus. Ces droits – l’égalité, la liberté et la propriété – sont inaliénables et précèdent l’instauration de tout pouvoir civil.

À l’époque de Locke, le terme « gouvernement » doit être entendu dans un sens large, qui équivaut à ce que nous appelons aujourd’hui l’« État ». Le gouvernement civil n’est donc pas seulement l’exécutif, mais l’ensemble des institutions qui organisent la vie politique et juridique d’une communauté. Un gouvernement est dit légitime lorsqu’il respecte sa fonction première : assurer à chacun la jouissance de ses droits fondamentaux. Il ne s’agit pas d’un idéal abstrait, mais d’un critère concret permettant de distinguer l’autorité juste de l’autorité tyrannique.

Dans cette perspective, le Traité du gouvernement civil établit une rupture décisive avec l’absolutisme de Hobbes et de Filmer. L’État ne doit pas se définir par sa puissance coercitive, mais par la mission qui lui est confiée : préserver la liberté, maintenir l’égalité entre les hommes et garantir la propriété, comprise à la fois comme possession de soi et comme fruit du travail. Si un pouvoir ne respecte pas ces conditions, il perd sa légitimité et peut être remis en cause. La légitimité n’est donc jamais acquise une fois pour toutes : elle est conditionnée par la fidélité du gouvernement à l’acte de confiance qui l’a institué.

L’œuvre de Locke propose une conception moderne et dynamique de l’État. Le gouvernement n’est pas seulement un appareil de domination, mais une construction politique reposant sur le consentement, destinée à protéger les droits qui appartiennent à l’homme par nature. Cette définition constitue l’une des pierres angulaires du libéralisme politique et annonce l’avènement de l’État constitutionnel, soumis au respect des droits et à la limitation de ses prérogatives.

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Le souci de Hobbes était un souci de sécurité et d’autorité, le souci de Locke est de garantir les principes de liberté, d’égalité et de propriété ; il va proposer un État de séparation des pouvoirs qui garantit ces droits fondamentaux.

« Cependant, quoique l'état de nature soit un état de liberté, ce n'est nullement un état de licence. Certainement, un homme, en cet état, a une liberté incontestable, par laquelle il peut disposer comme il veut, de sa personne ou de ce qu'il possède: mais il n'a pas la liberté et le droit de se détruire lui-même, non plus que de faire tort à aucune autre personne, ou de la troubler dans ce dont elle jouit, il doit faire de sa liberté le meilleur et le plus noble usage, que sa propre conservation demande de lui. L'état de nature a la loi de la nature, qui doit le régler, et à laquelle chacun est obligé de se soumettre et d'obéir : la raison, qui est cette loi, enseigne à tous les hommes, s'ils veulent bien la consulter, qu'étant tous égaux et indépendants, nul ne doit nuire à un autre, par rapport à sa vie, à sa santé, à sa liberté, à son bien : car, les hommes étant tous l'ouvrage d'un ouvrier tout-puissant et infiniment sage, les serviteurs d'un souverain maître, placés dans le monde par lui et pour ses intérêts, ils lui appartiennent en propre, et son ouvrage doit durer autant qu'il lui plait, non autant qu'il plait à un autre. Et étant doués des mêmes facultés dans la communauté de nature, on ne peut supposer aucune subordination entre nous, qui puisse nous autoriser à nous détruire les uns les autres, comme si nous étions faits pour les usages les uns des autres, de la même manière que les créatures d'un rang inférieur au nôtre, sont faites pour notre usage. Chacun donc est obligé de se conserver lui-même, et de ne quitter point volontairement son poste pour parler ainsi. »

L’homme est propriétaire de son corps et de son esprit, toutefois l’ultime propriétaire est quand même Dieu nous interdisant de disposer de notre existence. Nous sommes propriétaires de notre corps et de notre esprit, mais Dieu en est copropriétaire. Dieu est dans nos vies selon Locke.

C’est l’ambiguïté de Locke qui affirme la propriété de notre corps et de notre esprit, mais nous ne pouvons pas tout faire.

On voit très bien aux paragraphes 7, 8, 9 et 10 l’origine du principe de séparation des pouvoirs chez Locke qui divise le pouvoir en deux :

  • pouvoir d’exécuter
  • pouvoir de juger

La réflexion de Locke repose sur l’idée qu’à l’état de nature nous avons deux pouvoirs essentiels :

  • pouvoir de se conserver
  • pouvoir de punir

C’est l’idée de la séparation des pouvoirs que Locke transpose à l’état de nature.

« J'assure donc encore, que tous les hommes sont naturellement dans cet état, que j'appelle état de nature, et qu'ils y demeurent jusqu'à ce que, de leur propre consentement, ils se soient faits membres de quelque société politique : et je ne doute point que dans la suite de ce Traité cela ne paraisse très évident. »

On ne peut imposer aux uns de vivre avec les autres, il faut consentir à cette possibilité ; il n’y a pas d’État légitime s’il ne repose pas sur une volonté, un consentement assumé. Pour Hobbes, il fallait signer le contrat de soumission, l’acte par lequel nous donnions nos pouvoirs au Léviathan était un acte unique. La logique de Locke est différente.

Le titre du Chapitre III est De l’état de Guerre répondant à Hobbes.

« L'état de guerre, est un état d'inimitié et de destruction. Celui qui déclare à un autre, soit par paroles, soit par actions, qu'il en veut à sa vie, doit faire cette déclaration, non avec passion et précipitamment, mais avec un esprit tranquille : et alors cette déclaration met celui qui l'a fait, dans l'état de guerre avec celui à qui il l'a faite. »

Au chapitre VIII est la naissance de l’État, une fois l’État mis en place, il n’est plus nécessaire d’avoir le consentement de tous, mais le consentement de la majorité.

« Les hommes étant nés tous également, ainsi qu'il a été prouvé, dans une liberté parfaite, et avec le droit de jouir paisiblement et sans contradiction, de tous les droits et de tous les privilèges des lois de la nature; chacun a, par la nature, le pouvoir, non seulement de conserver ses biens propres, c'est-à-dire, sa vie, sa liberté et ses riches¬ses, contre toutes les entreprises, toutes les injures et tous les attentats des autres; mais encore de juger et de punir ceux qui violent les lois de la nature, selon qu'il croit que l'offense le mérite, de punir même de mort, lorsqu'il s'agit de quelque crime énorme, qu'il pense mériter la mort. Or, parce qu'il ne peut y avoir de société politique, et qu'une telle société ne peut subsister, si elle n'a en soi le pouvoir de conserver ce qui lui appartient en propre, et, pour cela, de punir les fautes de ses membres; là seule¬ment se trouve une société politique, où chacun des membres s'est dépouillé de son pouvoir naturel, et l'a remis entre les mains de la société, afin qu'elle en dispose dans toutes sortes de causes, qui n'empêchent point d'appeler toujours aux lois établies par elle. Par ce moyen, tout jugement des particuliers étant exclu, la société acquiert le droit de souveraineté; et certaines lois étant établies, et certains hommes autorisés par la communauté pour les faire exécuter, ils terminent tous les différends qui peuvent arriver entre les membres de cette société-là, touchant quelque matière de droit, et punissent les fautes que quelque membre aura commises contre la société en général, ou contre quelqu'un de son corps, conformément aux peines marquées par les lois. Et par là, il est aisé de discerner ceux qui sont ou qui ne sont pas ensemble en société politique. Ceux qui composent un seul et même corps, qui ont des lois communes établies et des juges auxquels ils peuvent appeler, et qui ont l'autorité de terminer les disputes et les procès, qui peuvent être parmi eux et de punir ceux qui font tort aux autres et commettent quelque crime : ceux-là sont en société - mais ceux qui ne peuvent civile les uns avec les autres ; appeler de même à aucun tribunal sur la terre, ni à aucunes lois positives, sont toujours dans l'état de nature; chacun, où il n'y a point d'autre juge, étant juge et exécuteur pour soi-même, ce qui est, comme je l'ai montré auparavant, le véritable et parfait état de nature. »

Cet ouvrage est au fond l’Histoire de l’Humanité et du gouvernement des hommes.

À partir du paragraphe 105, Locke nous montre comment l’histoire des sociétés humaines a évolué, il décrit le processus répondant à la question de lorsqu’on regarde l’histoire de l’humanité, ce processus a existé, l’état de nature a existé, il y a des sociétés qui sont encore à l’état de nature.

Des communautés quittent l’état de nature pour vivre ensemble, mais certaines n’ont pas évolué, les conséquences sont importantes, Locke introduit l’argument que tous les inventeurs de la sociologie moderne reprendront par la suite est que les sociétés humaines évoluent par étapes : les sociétés humaines ont un début et parfois une fin.

La question est de savoir qu’est-ce que le début et qu’est-ce que la fin ? Une société qui n’a pas quitté l’état de nature est une société qui n’a pas évolué parce que les conséquences d’une telle affirmation sont que les sociétés évoluées peuvent faire évoluer celles qui n’ont pas évolué.

L’Amérique était dans un État de nature, si l’Amérique est à l’état de nature alors il faut l’amener à l’état de société c’est pourquoi il faut occuper les terres, il faut coloniser, répandre la vie sociale moderne, il faut convaincre, imposer, attirer vers les sociétés évoluées que sont la Grande-Bretagne, la France et l’Europe.

Derrière cette vision évolutionniste de l’histoire se cache une vision avec des conséquences dramatiques pour une partie de la terre à savoir l’idée que nos sociétés sont divisées entre sociétés civilisées et des sociétés qui ne le sont pas. Cette vision binaire de l’ordre international repose sur une vision de l‘histoire par étape, faisant des sociétés européennes les sociétés les plus évoluées ; l’implication d’un tel argument sont dans l’ordre intellectuel dramatique et important.

Aux paragraphes 123 et 124 apparaissent les buts de l’État, la société politique a un certain nombre d’objectifs.

« […] ce n'est pas sans raison qu'ils recherchent la société, et qu'ils souhaitent de se joindre avec d'autres qui sont déjà unis ou qui ont dessein de s'unir et de composer un corps, pour la conservation mutuelle de leurs vies, de leurs libertés et de leurs biens; choses que j'appelle, d'un nom général, propriétés.

C'est pourquoi, la plus grande et la principale fin que se proposent les hommes, lorsqu'ils s'unissent en communauté et se soumettent à un gouvernement, c'est de conserver leurs propriétés, pour la conservation desquelles bien des choses manquent dans l'état de nature. »

Nous quittons l’état de nature parce que nous voulons conserver nos droits dont le droit de propriété, va être mis en place un État légitime qui va protéger nos droits parmi lesquels le droit de propriété.

Les conséquences pour l’ordre international sont immenses, si l’État veut garantir la propriété privée, il doit le faire aussi hors de l’État.

Locke affirme l’importance du pouvoir législatif puisqu’il est partisan affirmé du pouvoir législatif.

Il ne faut pas faire de Locke le représentant du colonialisme moderne, en revanche la philosophie de Locke, la philosophe du droit de propriété a donné des arguments à ceux qui ont souhaité étendre les territoires des grands pays européens. Locke n’avait pas d’ambitions particulières, mais il a fourni par la rigueur de son raisonnement des arguments pour ceux qui avaient des ambitions.

L’État que dessine Locke est plus proche de nous que celui de Hobbes. Locke pose la question du rapport entre le religieux et le politique ; le second problème est de comment articulé la vie, comment aménager les rapports entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux ?

John Locke, Lettre sur la Tolérance, 1689

Title page of the first edition of A Letter Concerning Toleration.

La tolérante est une nécessité et un devoir chrétien, d’autre part, la liberté religieuse doit être constitutive de ce gouvernement légitime, l’État moderne consacre la liberté religieuse et la liberté de culte, enfin si la liberté religieuse doit être consacrée, alors c’est peut être avant tout parce que la certitude ou la vérité absolue et unique n’existe pas.

En d’autres termes, il est impossible de connaître avec certitude la vérité dans l’ordre de la connaissance : au nom de cette idée que la vérité absolue est difficilement, compréhensible, atteignable, on ne peut imposer une religion et une croyance dans une époque où les églises avaient tendance à prétendre détenir la vérité.

Locke ne souhaite pas qu’un État impose une doctrine, une religion et une vérité.

« J'avoue qu'il me paraît fort étrange (et je ne crois pas être le seul de mon avis), qu'un homme qui souhaite avec ardeur le salut de son semblable, le fasse expirer au milieu des tourments, lors même qu'il n'est pas converti. »

Pour Locke, afin de sauver l’âme de quelqu’un il y a quelque chose de contradictoire dans la volonté de convertir et de tuer quelqu’un pour sa croyance.

« La tolérance, en faveur de ceux qui diffèrent des autres en matière de religion, est si conforme à l'évangile de Jésus-Christ, et au sens commun de tous les hommes, qu'on peut regarder comme une chose monstrueuse, qu'il y ait des gens assez aveugles, pour n'en voir pas la nécessité et l'avantage, au milieu de tant de lumière qui les environne. »

Un bon chrétien est par définition un chrétien tolérant.

Ensuite, Locke fait une division entre l’État et ses compétences, Il y a une stricte séparation entre le temporel et le spirituel. L’État moderne pour Locke repose sur une division stricte entre l’État et le religieux. Ce qui frappe le lecteur est la dimension et la vision très protestante de l’église calviniste qu’a Locke.

« Examinons à présent ce qu'on doit entendre par le mot d'Église. Par ce terme, j'en¬tends une société d'hommes, qui se joignent volontairement ensemble pour servir Dieu en public, et lui rendre le culte qu'ils jugent lui être agréable, et propre à leur faire obtenir le salut. »

Locke parle d’une société libre, volontaire afin de décrire l’église ; c’est une vision que Luther et Calvin avaient défendue : l’État et l’Église relèvent du consentement individuel.

L’État que nous dessine Locke est un État décrivant une monarchie parlementaire ouverte, opposée à la vision descendante du pouvoir proposée par Hobbes, mais surtout Locke propose un État soucieux de garantir les droits individuels : liberté, égalité et propriété privée.

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen - 1789 - article 1 et article 2.

Locke pense que l’État moderne doit garantir la sécurité et dans certains cas permettre de résister à l’oppression ; dans un certain sens, Locke est partisan à un droit de résistance face à un État autoritaire et à tendance despotique et absolutiste.

La résistance à un État monarchique et tout puissant va être récusée par Montesquieu.

Annexes

Références