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L’ère de la Réforme

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Luther brûlant publiquement les œuvres de Jan Eck, un livre de droit canon et la bulle condamnant ses propositions (Life of Martin Luther and the heroes of the Reformation, 1874).

Luther (1483 - 1546) et les principes du luthéranisme[edit | edit source]

On ne peut comprendre le concept d’État si on se contente de l’apport de Machiavel, il faut aussi s’intéresser à l’apport de la Reforme. Cette pensée émerge en Allemagne dans les années 1520 et un homme va jouer un rôle crucial qui est Luther.

Luther est la deuxième « pièce » de l’exposé. Nous aborderons d’abord sa théorie et ensuite les implications politiques de sa théorie.

Biographie[edit | edit source]

Martin Luther.

Figure emblématique de la Reforme protestante, Martin Luther nait à Eisleben en Thuringe le 10 novembre 1483 d'une famille d'origine paysanne.

Fils d'un mineur parvenu à une certaine aisance matérielle, il fréquente très tôt l'école latine municipale, puis l'école cathédrale de Mansfeld, où il reçoit une éducation humaniste (1491-1497). Poursuivant ses études à Eisenach, où il apprend à maitriser le latin et l'allemand, il entre à 17 ans à l'Université d'Erfurt, où il reçoit une formation ès arts (humanités), qui lui vaudra en 1505 le titre de maitre ès arts.

Alors que son père le destine à des études de droit, qu'il entreprend dès mai 1505, il décide à la suite d'une grave crise personnelle d'entrer à mi-juillet 1505 au couvent des Augustins d'Erfurt.

Ordonné prêtre, il commence des études de théologie à l’été 1507 à Erfurt; il les poursuit à l'Université de Wittenberg, où il est promu docteur en théologie en octobre 1512 et se voit attribuer une chaire d'Écritures Saintes; c'est à ce titre qu'il enseignera et commentera pendant des années les différentes parties de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont il donnera à partir de 1521 la première traduction en allemand.

Le Pape signant et vendant des indulgences vu comme l'Antéchrist par Lucas Cranach l'Ancien d'après le Passional Christi und Antichristi de Martin Luther (1521).

Après un voyage, pour les affaires de son ordre, à Rome en 1510, où le spectacle de la Cour pontificale de la Renaissance ne manque pas de l'édifier, il est touché de plein fouet par la campagne en faveur des indulgences que lance le Pape Léon X en 1515, alors qu'il commence son cours sur l'Epître aux Romains, se familiarise avec certains courants mystiques et prend conscience de ce qui sera sa révélation fondamentale : la justification par la foi.

Son évolution intérieure le conduit alors à prendre publiquement position conte les indulgences par l'affichage aux portes de l'église du château et de l'Université de Wittenberg de 95 thèses sur la vertu des indulgences le 31 octobre 1517.

Invité à se rétracter, il refuse, participe à quelques disputes publiques en 1518-1519 et finit par entre condamné par le Pape par la Bulle Expurge Domine du 15 juin 1520, qu'il brulera publiquement à Wittenberg en décembre.

C'est la même année qu'il publie ses grands écrits réformateurs exposant sa conception de la foi et de l'Église: l’’’Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande sur l'amendement de l'état chrétien’’, le ‘’Prélude à la captivité babylonienne de l'Église’’ et le ‘’De la liberté du chrétien’’.

Bible en allemand de Luther.

Cité à comparaitre devant la Diète impériale par l'Empereur Charles-Quint, il se rend à Worms à mi-avril 1521, où il rend témoignage de sa foi; bientôt mis au ban de l'Empire, il ne doit la vie sauve qu'à l'Électeur de Saxe, qui le fait enlever et cacher au château de la Wartburg (1521-1522). S'il entame alors sa traduction allemande la Bible, ses thèses ne tardent pas à susciter des interprétations radicales, aussi bien chez les anabaptistes que chez les paysans qui en attendent des réformes sociales.

Revenu à la vie publique, Luther, qui quitte en 1524 l'habit monastique et se marie en 1525 avec une ancienne cistercienne Katarina Von Bora, est contraint de préciser ses thèses dans un sens autoritaire à l'égard des uns et des autres, soulignant la nécessité du pouvoir temporel et le devoir de soumission à son égard : ‘’Sincère Admonestation à tous les chrétiens de se garder de toute émeute et de toute révolte’’ (1522); ‘’Traité de l'Autorité temporelle’’ (1523); ‘’Exhortation à la paix en réponse aux Douze Articles des paysans de Souabe’’ (1525); ‘’Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans’’ (1525), ‘’Missive sur le dur opuscule contre les paysans’’ (1525) et ‘’Si les Gens de Guerre peuvent être aussi en état de béatitude’’ (1526). Toujours plus conservateur sur le plan politique et social, Luther entre par ailleurs en conflit sur la question du libre-arbitre avec Erasme (‘’Du libre arbitre’’ (1524)), auquel il répond par son traité ‘’Du serf-arbitre’’ (1525) ; il ne s'en oriente pas moins vers une réforme relativement plus modérée sur le plan religieux, s'en remettant aux Princes temporels pour l'organisation extérieure de l'Église.

Poursuivant son activité de traducteur de la Bible en allemand comme de professeur à la Faculté de théologie de Wittenberg et publiant encore son traité ‘’Des Conciles et de l'Église’’ et son Commentaire sur la Genèse, Luther voit cependant les dernières années de sa vie assombries par des polémiques toujours plus virulentes avec ses adversaires.

Il meurt le 18 février 1546 dans sa ville natale, laissant une œuvre immense de théologien, d'exégète, de liturgiste et de polémiste, mais aussi de juriste et de politique, qui comprend près de cent volumes in-octavo.

En publiant quelques années après le prince ses Les Quatre-Vingt-Quinze-Thèses en 1517 Luther va défier l’ordre catholique médiéval et lancer une attaque radicale contre l’église.

Cette attaque radicale aura dans l’ordre politique des conséquences immenses. On ne peut comprendre la vision politique de Luther sans comprendre ses prémisses théologiques.

Il faut attirer l’attention sur deux points ; la théologie luthérienne au fond repose sur une vision très noire, désespérante et pessimiste de la nature humaine. Cette vision désespérante se traduit par deux ruptures dans la théologie de l’époque, c’est-à-dire dans l’ordre du savoir religieux.

La première rupture est celle de Saint Thomas d’Aquin qui est considérée comme l’un de père de l’église catholique qui a surtout affirmé et réaffirmé que l’homme est capable d’appréhender le monde par sa raison. Quelque part l’homme est doué naturellement de raison et peut comprendre le monde dans lequel il vit au contraire de Luther.

La deuxième rupture est qu’il va très clairement rompre tout comme Machiavel quelques années avant lui avec l’idéal humaniste de l’autonomie de la volonté ; les humanistes avaient affirmé que les individus étaient autonomes dans leur volonté de diriger notre vie, nous sommes maitres de notre destin.

Pour Luther jusqu’en 1517 – 1518, si l’homme est libre dans les affaires courantes, il est en revanche totalement incapable d’assurer son salut et de choisir son destin d’une quelconque manière.

Luther affirme qu’il est prétentieux de vouloir connaitre les dessins de dieu, « deus absconditus », il y a un dieu mystérieux qui quelque part sait et que nous ne savons pas ; le deuxième adage sur lequel Luther repose sa théologie est si l’homme ne peut rien faire, si l’homme ne peut connaitre son destin, n’est pas autonome dans la gestion et la maitrise de son destin c’est parce que dieu à un dessein impénétrable, mais surtout il peut tout, « omni potestas a deo », tout pouvoir vient de dieu.

Quelque part, tout pouvoir provient de dieu, nous sommes dans l’incapacité absolue de maitriser notre destin et notre salut.

Il est vrai que Luther est obligé de défendre une idée qui va l’obséder, si on ne peut contrôler son destin parce que les desseins de dieu sont impénétrables, si tout pouvoir vient de dieu et qu’on ne peut en aucune manière décider de son sort et de sont futur alors comment l’homme peut être sauvé, comment expliquer que certains hommes sont sauvés alors que d’autres ne le sont pas ?

Luther, jusqu’en 1517 – 1518, va faire reposer sa théorie sur le dogme de prédestination.

Quelque part, l’homme, pour Luther, est prédestiné, dieu a décidé qui peut avoir sa grâce et qui ne peut l’avoir.

Cette vision est assez manichéenne et désespérante, donc la conclusion logique d’une telle vision des rapports entre lui et les hommes amène Luther à adopter la doctrine de la prédestination.

Luther, face à cette vision assez déprimante du monde, s’est rendu compte qu’il allait un peu contre le mur avec cette vision prédéterminée.

À partir de 1517 – 1518 il a évolué, l’homme pragmatique a évolué, voulant critiquer l’Église catholique, reformer la religion en fondant sa propre doctrine sur la prédestination n’est pas très encourageant.

De vouloir convaincre qu’on défend une nouvelle approche du religieux tout en prônant le dogme de la prédestination n’est pas convaincant. Le pragmatisme de Luther reprend l’homme lui faisant prendre compte de sa vision.

À partir de 1520, il propose une doctrine tout à fait nouvelle qui est la doctrine de la justification par la foi.

Cette doctrine de la justification par la foi qui émerge dans les écrits de Luther à partir de 1518 peut se résumer d’une certaine manière en deux points.

Au fond, si l’homme ne peut recevoir son salut par ses propres actions, si dieu décide de tout parce qu’omni potestas a deo, si l’homme ne peut recevoir son salut par ses propres actions, en revanche il peut recevoir la grâce de dieu c’est-à-dire sa foi en dieu quelque part sauve l’homme.

En d’autres termes, le fait d’exprimer sa foi, de prier et de croire va attirer l’attention de dieu sur nous et d’une certaine manière va attirer la grâce de dieu et nous libérer de nos péchés.

La foi est un choix humain, mais aussi un don de dieu.

La deuxième remarque pour expliquer ce qu’il entend par la justification par la foi est que l’homme est toujours un pécheur.

L’homme reste profondément pécheur pour Luther, la seule chance qu’il a pour être sauvé est de croire et d’exprimer sa foi haut et fort afin d’attirer l’attention de dieu.

Cette doctrine très importante dans l’ordre théologique et va s’accompagner et aura deux conséquences essentielles.

  • c’est une nouvelle vision de l’église qui émerge, si l’homme doit attire le regard de dieu, si la foi de l’homme doit lui assurer le regard de dieu il n’a plus besoin d’un intermédiaire pour parler à dieu et agir entre lui et dieu, il s’adresse directement à dieu, la première conséquence théologique et un peu politique est qu’il y a dieu et les fidèles et non plus d’intermédiaires, c’est une attaque frontale de la tradition de l‘église en vigueur à l’époque.
  • c’est une vision non plus verticale de l’église avec dieu, le prêtre et l’homme et, mais une version horizontale qui se dessine ou il y a des hommes et des serviteurs de dieu a égalité

Ces deux conséquences sont importantes, car elles permettent de comprendre la théorie politique qui va peu à peu émerger chez Luther à partir de 1518 – 1519. Si l’église n’a plus de raisons d’être alors les rapports de pouvoir vont changer.

La philosophie luthérienne : théologie[edit | edit source]

La question est de savoir ce qu’ont apporté les reformés à la pensée et à la philosophie politique ; il y a une réflexion sur le droit de résistance. Comment de la théologie de Luther est-on arrivé à une réflexion sur le droit de résistance ?

La philosophie luthérienne repose sur les principes de la justification de la doctrine par la foi, la vision pessimiste du monde et des hommes, cette vision qui repose sur la volonté de l‘autonomie individuelle omni potestas a deo, cette affirmation de Luther lui permet d’avoir une vision pessimiste presque déprimante de la nature humaine.

La théologie luthérienne à cette vision assez pessimiste de la nature humaine qui amène Luther à proposer également une nouvelle vision de l’église ; dans l’ordre théologique, pour Luther, puisque par la prière et la foi nous pouvons attirer l’attention de dieu et sa grâce alors nous n’avons plus besoin d’intermédiaire, une telle affirmation implique une redéfinition de la structure de l’église qui servait jusqu’en 1517 d’intermédiaire entre les hommes et dieu.

L’église qui émerge peu à peu a donc une utilité différente, mais également une structure différente, Luther est parfaitement conscient que les fidèles ont besoin d’une institution pour se retrouver, mais si elle ne joue plus le rôle d’intermédiaire entre Dieu et les hommes elles jouent un rôle beaucoup plus organisationnel, elle existe et doit exister pour assurer le baptême, le mariage ainsi que les services mortuaires, mais la dimension sacrée de l’église avec Luther est fortement atténuée.

Ces trois grandes propositions théologiques, ces postures théologiques ont des implications politiques. Quelles sont les implications politiques de la théologie luthérienne ?

On voit ces implications dans deux textes dont on peut dégager quatre conséquences politiques de la théologie luthérienne :

La première implication est un rejet massif et marqué d’un rôle quelconque juridictionnel, d’un pouvoir quelconque de l’église dans les affaires temporaires, en d’autres termes le monde de l’église doit se contenter d’organiser et de s’occuper du monde spirituel, mais ne doit en aucune manière avoir la prétention de se mêler du pouvoir des activés du pouvoir temporaire. C’est une stricte séparation des deux pouvoirs spirituels et temporels, mais surtout l’affirmation de l’impossibilité pour le pouvoir spirituel d’empiéter sur le pouvoir temporel.

La deuxième conséquence est le refus de la critique de l’ordre juridique de l’église, ce qu’on appelle le droit canon qui est le droit de l’église qui régit les rapports au sein même de l’église, dans certaines facultés de droit il y a encore des chaires de droit canon. La conséquence politique est le rejet de ce droit canon, le droit des romains doit être écarté parce qu’il est faux et il ne repose sur aucun fondement juridique et religieux cohérent.

La troisième conséquence politique de cette nouvelle vision du monde est la contrepartie de la première conséquence, si les deux pouvoirs sont séparés, si le pouvoir spirituel ne doit pas empiéter sur le pouvoir temporel, le pouvoir temporel ne doit pas tenter d’influencer les affaires de l’église ; l’autorité politique et indépendante et doit le rester de l’autorité religieuse.

La quatrième conséquence découle un peu de la première et troisième conséquence est l’affirmation du pouvoir temporel comme devant jouer un rôle politique supérieur prééminent au pouvoir spirituel ; quelque part, il sépare les deux pouvoirs allant jusqu’au bout de sa logique : si les deux pouvoirs sont différents, le pouvoir politique doit toutefois dominer.

Se dessine la figure du prince chrétien, c’est cette notion qui met ensemble une idée politique et une idée religieuse, le Prince chrétien doit, sans empiéter sur l’ordre spirituel, absolument appuyer la foi et l’évangile et suivre les commandements de dieu, être lui-même extrêmement pieu et respectueux de la religion chrétienne. Cette idée du principe chrétien est assez nouvelle, elle met ensemble l’idée que l’autorité politique doit exercer son pouvoir politique sans interférences avec le pouvoir religieux, mais en même temps doit défendre un certain nombre de valeurs ; l’idée d’un homme politique machiavélique dont la morale est très souple et très étrangère à Luther.

Le prince chrétien doit être un homme fort, mais doit défendre en même temps un certain nombre de valeurs, ce ne sont pas les valeurs humanistes, mais les valeurs chrétiennes. Fort logiquement et d’une certaine manière, c’est l’antimachiavel, oui au principe qui défend des valeurs, mais pas de valeurs humanistes, mais des valeurs chrétiennes.

Du serf-arbitre.

Il ne faut pas faire de confusion, Luther a une conception tout à fait séparée du pouvoir religieux et du pouvoir politique, l’idée du prince chrétien ne revient pas à la mettre ensemble ; il est en faveur de l’autonomie politique, mais il défend l’idée que le pouvoir politique doit faire la promotion de valeurs chrétiennes.

En d’autres termes, il n’y a pas dans l’idée du prince chrétien l’idée de mélanger le pouvoir politique et religieux, mais il y a la volonté d’un pouvoir politique qui défend les valeurs religieuses pour peut-être soutenir une certaine cohérence au sein de la société.

Pour Luther, le prince est avant tout prince, mais chrétien dans le sens ou il doit défendre les valeurs chrétiennes. En 1525, il rédige un ouvrage qui critique Érasme en dénonçant les idéaux humanistes d’Érasme, mais également le libre arbitre qui pour lui est une aberration puisque nous somme prédéterminés par la volonté de Dieu, c’est le Traité Du serf-arbitre.

Pouvoir spirituel et Pouvoir temporel[edit | edit source]

Luther n’a pas une pensée politique au sens ou Aristote, Machiavel et Rousseau en ont une, mais Luther est important parce qu’il développe une vision qui donne au pouvoir politique et au Prince chrétien un rôle de plus en plus important ; peut-on résister à ce prince chrétien ? Est-ce que le citoyen à une marge de main œuvre face à cette figure du prince chrétien qui émerge avec un pouvoir remarqué et important ? Quelle est la position de Luther du point de vue de l’opposition politique ?

Luther a séparé le pouvoir et renforcé le pouvoir politique et la question est de savoir si on doit obéir à ce pouvoir politique ? Y a-t-il des cas de figure où les chrétiens sont en droit de désobéir au prince chrétien ?

Luther a une réponse particulière de plus en plus ambigüe ; lorsqu’on lit ses sermons et écrits religieux, on voit que la réponse qui émerge est clairement non.

Il est au fond quasiment impossible pour Luther à l’exception que le prince ordonne de blasphémer ou de renier sa foi, à moins d’un cas extrême Luther n’est pas un adepte des théories de la résistance ; en d’autres termes résister au souverain relève de l’erreur.

Il a une position ambigüe qui a évolué, on voit un Luther pragmatique. Il y a une raison à ce qu’on appelait aujourd’hui le durcissement politique de Luther, la raison est liée au contexte.

Fac-similé des 95 thèses

Luther lance en 1517 ses Quatre-Vingt-Quinze-Thèses révolutionnaires qui visent très clairement à renverser le pouvoir politique en place à Rome. Ces thèses ont un effet important en Europe et en Allemagne notamment, Luther est convoqué par l’empereur Charles V et est soumis à la question, l’église intervient, Luther est passé en jugement.

Il quitte la Cour de l’empereur entre 1519 et 1520, il y a un complot pour l’assassiner voyant le danger qu’il pourrait représenter. Ce qui choque beaucoup Luther à l’époque est le principe de l’indulgence, l’église avait mis en place le système d’indulgence qui est la possibilité d’acheter son salut moyennant espèces permettant au fidèle de sentir bien et à l’église de renflouer ses caisses ; ce principe d’indulgence a heurté Luther.

L’église a très bien vu en Luther le danger, les premiers écrits contre le luthéranisme les comparent à la peste noire, l’église a perçu la puissance de la parole de Luther, c’est pourquoi elle a tenté d’intervenir auprès de l’empereur.

Il est sauvé parce qu’un prince électeur allemand le prend sous sa protection, il put vivre protégé pendant une dizaine d’années. L‘empereur du Saint Empire germanique est élu par sept grands électeurs, un des sept princes électeurs prend Luther sous sa protection. Luther et pris en charge par un prince puissant, Luther s’étaient fait protégé par un grand nombre de princes allemands qui s’étaient convertis aussi pour des raisons politiques parce que cela créait un contre-pouvoir, d’où un reversement de la théorie. Luther a très vite vu l’intérêt politique qu’il pouvait tirer.

Rebellious peasants surrounding a knight.

Entre 1524 et 1525 en Allemagne il y a en Souabe la révolte des paysans de Souabe qui ont trouvés dans le luthéranisme un certain nombre d’arguments pour se révolter, l’église ne doit plus avoir d’influence dans certains cas, on peut résister au prince. Il y a des révoltes paysannes très importantes et Luther a pris peur, il s’est rendu compte de la lecture radicale qu’on pouvait faire de ses écrits théologiques.

À partir de ce moment, il a commencé à formuler l’idée qu’il est erroné de s’opposer au pouvoir politique sauf dans de rares exceptions parce que le pouvoir vient de dieu et les politiques instaurées tiennent le pouvoir de dieu.

Luther se rend compte que sa théologie est révolutionnaire, mais qu’une lecture radicale de sa théologie peut mener à des interprétations et des révoltes très puissantes. L’état des choses est la volonté de Dieu et on ne touche pas à la volonté de Dieu.

Luther écrit en 1525 un ouvrage intitulé ‘’Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans’’ ; en bon pragmatique, Luther a choisi son camp.

Luther nous laisse avec une théologie révolutionnaire et une vision du politique extrêmement figée qui n’autorise pas et ne laisse pas de place à la résistance de l’individu face au pouvoir politique.

Les successeurs de Luther, les reformés vont reprendre la théologie luthérienne, mais vont eux défendre le droit de résistance.

À la noblesse chrétienne de la nation allemande[edit | edit source]

À la noblesse chrétienne de la nation allemande.

Le discours est un discours éminemment religieux, on ne recourt pas comme Machiavel aux écrits humanistes, les sources doctrinales de Luther sont les saintes Écritures.

Les exemples auxquels Luther recourt dans les deux textes sont des exemples bibliques, enfin le vocabulaire et les expressions sont certes religieux, mais méthodiquement choisis ; Luther sait très bien, invoque Dieu lorsqu’il faut l’invoquer et ne l’invoque pas quand il ne faut pas l’invoquer, il est politique quand il faut l’être.

Au début du texte la critique institutionnelle de l’église est déjà très clairement là.

« J’ai rassemblé quelques articles qui touchent l’amendement de l’État chrétien, afin de les soumettre à la Noblesse chrétienne de la Nation allemande, au cas ou il plairait à dieu de se servir de l’état laïc pour porter secours à son Église, puisque l’état ecclésiastique, à qui cette tâche devrait plutôt incomber, s’est montré tout à fait négligent de ses devoirs. »

L’église ne remplit plus son rôle, Luther s’adresse à la noblesse allemande afin de jouer son rôle politique.

Dans cette première page, on voit une critique à peine voilée de la position autonomiste et humaniste qui prône l’autonomie de la volonté.

« […] dieu ne peut ni ne veut supporter qu’on entreprenne une bonne œuvre, en se fiant à sa seule raison et puissance. »

Nous ne pouvons sur la seule base de notre raison prendre des décisions importantes.

« Plus grande est la puissance, plus grandes et la détresse si on n’agit pas humblement et dans la crainte de dieu. Si les Papes et les Romains ont réussi jusqu’à présent avec l’aide du diable à semer la discorde parmi les rois, ils sont capables de le faire maintenant encore, si nous agissons sans l’aide de Dieu, avec notre puissance et notre habilité propres. »

Dieu nous aide dans notre action.

« […] les Romanistes se sont entourés de trois murailles grâce à quoi ils sont jusqu’ici protégés et ils ont empêché que quiconque puisse les réformer, si bien que la Chrétienté tout entière, a, de ce fait, atteint un état d’effroyable décadence.

Premièrement, quand on leur a fait craindre le pouvoir temporel, ils ont posé pour principe de déclaré que le pouvoir temporel n’avait pas de droits sur eux, mais que par contre le pouvoir spirituel était supérieur au pouvoir temporel. »

Luther veut rééquilibre les choses, il est vrai que la division entre pouvoir spirituel et temporel est très ancienne, mais avec le temps l’église avait prétendue que le pouvoir temporel ne pouvait exister que par lui, entre l’an 800 et l’an 1400 l’église affirmait son pouvoir sur le pouvoir politique, les deux pouvoirs selon Luther doivent être limités à leur rôle.

« Deuxièmement, quand on leur fait des remontrances avec la Sainte Écriture, ils établissent au contraire que nul n’a le droit d’interpréter la Sainte Écriture, si ce n’est le pape. »

On est dans une critique d’un dogme très important, c’est le dogme de l’infaillibilité, c’est l’idée que l’interprétation des saintes Écritures ne peut être faite que par l’église et ses serviteurs, Luther critique la prétention à l’exclusivité de la vérité.

« Troisièmement, qu’on les menace d’un Concile et ils inventent que nul ne peut convoquer un Concile si ce n’est le Pape. »

Ils ont une vision extrêmement étroite du pouvoir et c’est une erreur.

Attaquons-nous d‘abord au premier mur, c’est l’idée que l’église doit avoir une influence sur le pouvoir temporel.

« Aussi en consacrant, l’Évêque ne fait-il rien d’autre que si, aux lieu et place de toute l’assemblée, il choisissait quelqu’un dans la foule de ceux qui possèdent tous un égal pouvoir et lui ordonnait d’exercer ce même pouvoir à la place des autres, tout comme si dix frères, enfants royaux, également héritiers, choisissaient l’un d’entre eux pour régner à leur place sur l’héritage, ils seraient toujours rois et égaux en pouvoir, alors que la charge de gouverner serait confiée à un seul. »

Ce que Luther veut dire est qu’une église authentique devrait idéalement reposer sur une égalité des fidèles au point que l’évêque pourrait choisir un tel ou un tel pour qu’il exerce le rôle de prêtre, pour Luther nous sommes tous des prêtres potentiels.

« Car du fait que nous sommes tous également prêtre, nul ne doit se mettre lui-même en évidence ni entreprendre, sans avoir été autorisé ni choisi par nous, de faire ce dont tous nous possédons également le pouvoir. »

Fondamentalement, il y a une idée très belle que l’église est une église qui doit quelque part procéder par élection. Ce qui se dessine est une vision horizontale de l’église ou les rapports sont beaucoup moins hiérarchisés.

« De ceci, il résulte qu’entre laïcs, prêtres, Princes, Évêques et, comme ils disent, entre le clergé et le siècle, il n’existe au fond vraiment aucune autre différence su ce n’est celle qui provient de la fonction ou de la tâche et non pas de l’état. »

C’est une vision fonctionnaliste des individus, on est prêtre parce que c’est une fonction ; cette idée est très importante et encore aujourd’hui. C’est une vision fonctionnelle du pouvoir.

« Le second mur est encore moins solide et il tient encore moins : à savoir qu’ils prétendent être seuls maîtres de l’Écriture, encore que, leur vie durant, ils ne l’étudient jamais, ils s’arrogent l’autorité exclusive et nous font accroitre par des paroles impudentes que le Pape ne peut se tromper dans le domaine de la foi, qu’il soit méchant ou bon, mais ils ne peuvent pas apporter à ceci le moindre commencement de preuve. »

La critique que fait Luther est la prétention au monopole de l’interprétation revendiqué par l’église. L’enjeu à l’époque où le monde de l’édition est à peine apparu, l’enjeu est la connaissance du texte biblique, ce qui agace Luther est la prétention de l’église à interpréter la bible, il n’est pas d’accord avec cette méthode.

L’une des premières choses que Luther va entreprendre est la traduction en langue vernaculaire de la bible qui était en araméen pour certaines parties, en grec ancien pour d’autres et en latin pour une troisième ; l’enjeu pour Luther n’est pas seulement de dire et de dénoncer l’interprétation imposée par l’église, mais de joindre la théorie à la pratique en proposant une traduction de la Bible.

Les grands reformés et Luther ont en fait compris que derrière la traduction il y avait l’enjeu de la diffusion et l’enjeu de l’accès au texte, l’église ne peut plus affirmer certains préceptes, les individus auraient une compréhension différente.

Ce second mur est la critique du monopole de l’interprétation, Luther a été un très grand traducteur faisant de la traduction un enjeu politique majeur.

« Le troisième mur tombe de lui-même, si les deux premiers tombent, car, si le Pape agit contre l’Écriture, nous avons le devoir de porter assistance à l’Écriture de le réprimander et de l’obliger à obéir, selon la parole du Christs. »

La traduction de la Bible nous permettra une compréhension et un accès direct au texte qui permettra de contredire les interprétations de l’église et de critiquer le pape.

Ce qui est intéressant chez Luther est qu’il utilise les saintes Écritures pour assoir son appui.

« Ils n’ont aucun argument tiré de l’Écriture pour prouver qu’il appartient seulement au Pape de convoquer ou de confirmer un Concile, si ce n’est leurs propres lois qui n’ont de valeur quand dans la mesure où elles ne portent pas tort aux lois de Dieu, et de la Chrétienté. »

Il n’existe aucun texte qui conteste le pouvoir que le pape s’est arrogé, pour cela il traduit et diffuse, en lisant les gens peuvent prendre connaissance du texte sacré par eux-mêmes.

De l’autorité temporelle et dans quelle mesure on lui doit obéissance[edit | edit source]

Luther réaffirme la séparation entre l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle, mais c’est surtout dans ce texte important qu’il prend position contre le droit de résistance sauf exception.

« […] c’est pourquoi il me faut tourner mes efforts dans une autre direction et dire maintenant ce qu’ils ne doivent pas faire. J’espère qu’ils s’y conformeront aussi peu qu’ils ont suivi l’écrit susnommé, afin de rester des princes et de ne pas devenir des chrétiens ! Car Dieu Tout-Puissant a rendu fous nos princes, au point qu’ils s’imaginent pouvoir faire et commander ce qu’ils veulent à leurs sujets (et les sujets aussi se trompent s’ils croient qu’ils ont le devoir d’obéir à tout sans réserve), à tel point qu’ils se sont mus à commander aux gens de remettre les livres, et de croire et pratiquer selon leurs directives. »

Luther ici attaque la noblesse allemande parce qu’elle n’a pas usé de son pouvoir ou en a mal usé, les princes allemands n’ont pas su être des princes chrétiens, c’est un pouvoir mal mis en place qui crée un malaise entre la population et les princes allemands.

C’est une autre manière de corriger la lecture radicale de ses écrits, avant d’écrire son ouvrage ‘’Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans’’, il va s’adresser à la noblesse ; il met en garde la noblesse et les incite à se ressaisir afin d’anticiper les révolutions.

C’est le premier ouvrage politique où il avertit des princes chrétiens de se comporter dignement et d’être politiquement responsable.

« En premier lieu, nous devons donner un fondement solide à la loi et au glaive temporels, afin que personne ne doute que c’est par la volonté et l’ordonnance de Dieu qu’ils existent dans le monde. »

Si tout pouvoir vient de dieu, de contester le pouvoir implique contester Dieu, c’est une justification théologique au pouvoir politique.

Il continue en affirmant que Dieu nous est relevé par la doctrine du christ. Il y a au fond au début de ce texte un dessin des fondements théologiques de la politique de Luther.

C’est la justification théologique de la vision politique de Luther, cette justification théologique repose sur la division du monde et de l’ordre social en deux mondes : le royaume de Dieu et le royaume du monde.

Le royaume de Dieu regroupe les chrétiens, mais Luther est conscient que le monde n’est pas composé que de chrétiens, les non-chrétiens appartiennent à un autre monde qui n’est pas condamnable, mais c’est une réalité sociale qui est le royaume du monde ; le royaume de Dieu et le royaume du monde cohabitent.

La question se pose pour Luther, le raisonnement consiste à dire qu’il divise les hommes en deux mondes, celles et ceux qui appartiennent au royaume de Dieu et celles et ceux qui appartiennent au royaume du monde.

Pour Luther, un bon chrétien n’aurait pas besoin de règles pour l’encadrer, très prosaïquement Luther dit que si on vivait tous sous le royaume de Dieu, nous n’aurions pas besoin d’un cadre légal pour limiter nos actions.

Le fait est, constate Luther, que nous ne sommes pas parfaits, il y a des bons-chrétiens, des mauvais chrétiens et que pour ceux qui appartiennent au royaume du monde, il faut de lois humaines : le prince est là afin d’être le « chef du royaume du monde », il est là pour véritablement diriger, appliquer la loi, la changer le cas échéant parce que le monde n’est pas idéal.

Le fait est que nous appartenons tous au royaume du monde puisque l’homme est pécheur, la définition de ceux qui appartiennent au royaume du monde.

« Car, étant donné que fort peu croient et que seule la minorité se comporte de manière chrétienne, en ne résistant pas au mal, voire en ne faisant pas eux-mêmes le mal, Dieu a créé pour les autres, à côté de l’état chrétien et du royaume de Dieu, un autre règne, et il les a soumis au glaive, afin que, quelque désir qu’ils en aient, ils ne puissent agir selon leur mauvaise nature, et afin que, s’ils le faisaient, ils ne puissent le faire sans crainte, ni en tout quiétude et avec succès. »

Les deux mots importants sont « la mauvaise nature», nous sommes d’invétérés pécheurs et donc le royaume de Dieu est un royaume idéal dirigé par un Prince chrétien.

Face à ce royaume du monde a-t-on le droit à certaines conditions de résister ?

Pour Luther, tout pouvoir vient de dieu, s’opposer au pouvoir est s’opposer à dieu donc on ne s’oppose pas au pouvoir.

« Le Christ ne dit pas : Vous ne devez pas servir le pouvoir ni lui être soumis, mais « Vous ne devez pas résister au mal ». C’est comme s’il disait : Comportez-vous de telle manière que vous supportiez tout ; car vous ne devez pas avoir besoin du pouvoir de façon qu’il vous aide et serve, qu’il vous soit utile ou nécessaire ; mais à l’inverse, c’est vous qui devez l’aider et le servir, lui être utile et nécessaire. »

{{#ev:youtube|PEC1C4p0k3E|375|right|Discours inaugural de John Fitzgerald Kennedy.}}

On voit très bien se mettre en place le principe de non-résistance. Kennedy prononça « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

Fondamentalement, on le voit très clairement, le principe de non-résistance en s’appuyant sur la parole du Christ émerge.

« […] vous demandez si, dans ces conditions, le chrétien peut, lui aussi, manier le glaive temporel et châtier les méchants, étant donné que les paroles du Christ […] le glaive ne peut exister parmi les chrétiens : c’est pourquoi vous ne pouvez le manier contre et parmi les chrétiens, puisqu’ils n’en ont pas besoin. »

Il pose la question de savoir si le chrétien peut porter le glaive, résister au pouvoir ; le chrétien est là pour servir dieu, servant dieu il ne peut pas et ne doit pas résister au pouvoir politique.

« Ne soyez pas, je vous prie, assez sacrilège pour prétendre qu’un chrétien ne peut exercer ce qui est l’œuvre même de Dieu, son institution et sa création. Sinon, il vous faudrait dire aussi qu’un chrétien ne peut manger ni boire ni se marier, choses qui sont aussi des œuvres et des institutions de Dieu. Mais si cela est l’œuvre de la création de Dieu, cela est bon, et bon de telle sorte que chacun peut en faire usage de manière chrétienne et qui plaise à Dieu. »

Cela implique que les princes doivent être de bons chrétiens.

« Et de même il serait bon et nécessaire que tous les princes fussent de bons et vrais chrétiens. Car le glaive et le pouvoir, en tant que service particulier de Dieu, incombent aux chrétiens plus qu’à tous les autres hommes sur terre. C’est pourquoi vous devez tenir le glaive et le pouvoir en aussi haute estime que l’état de mariage ou le travail des chams ou l’artisanat, qui ont, eux aussi, été institués par Dieu. »

« Car ceux qui exercent le pouvoir sont les serviteurs et les ouvriers de Dieu, qui châtient le mal et protègent le bien. Cependant, il faut laisser à chacun la liberté de s’en abstenir quand cela n’est pas indispensable, de même que l’on est libre de se marier ou non, de travailler la terre ou non, quand ce n’est pas nécessaire. »

Le principe qui est que ceux qui exercent le pouvoir sont des serviteurs et des ouvriers de dieu a deux conséquences, c’est la réaffirmation de l’idée de Prince Chrétien, le titulaire du pouvoir politique doit défendre les valeurs chrétiennes.

Premièrement, les princes doivent servir les préceptes religieux, mais les fidèles doivent obéissance au prince parce qu’ils ne sont que les serviteurs de dieu et ont été mis en place par dieu, ensuite Luther réaffirme l’impossibilité de résister au prince ; la seule chose qu’il tolère est la non-obéissance, dans un seul cas si le prince ordonne de blasphémer ou de renier la religion chrétienne, c’est le seul cas ou la non-obéissance est tolérée pour Luther.

Fondamentalement, il faut retenir que Luther est très hostile à la lecture radicale de ses idées et aux théories prônant la résistance politique.

Que devient la théorie de la résistance ? Qu’est-ce que le luthéranisme devient ?

Les ennemies de Luther vont comparer la reforme à la peste noire parce que le luthéranisme s’est étendu de manière importante dans toute l’Europe.

L'expansion du luthéranisme[edit | edit source]

Situation religieuse de l'Europe centrale en 1618, à la veille de la guerre de Trente Ans.

Luther va donner lieu à un certain nombre de disciples, le luthéranisme va se propager dans toute l’Europe ; cette expansion à deux conséquences importantes dans l’ordre politique :

La première conséquence importante et inversée de la seconde est que les princes, les rois et les monarchies d’Europe vont faire une lecture conservatrice de la théorie luthérienne, en d’autres termes beaucoup de princes et de rois convertis au luthéranisme et au protestantisme vont justifier leur pouvoir par les écrits de Luther. C’est une lecture monarchique et absolutiste de Luther, c’est une justification théologique dans la doctrine de la résistance de Luther.

La deuxième conséquence politique de l’expansion du luthéranisme est l’inverse, on peut également faire une lecture radicale du luthéranisme, la lecture radicale n’était pas de défendre la théorie du droit de résistance, mais dit qu’il est du devoir des rois et des princes d’être de bons chrétiens, mais s’ils ne sont pas de bons chrétiens donc il faut les renverses.

La théologie de Luther peut donner lieu à deux lectures différentes une lecture absolutiste et une lecture radicale.

Laquelle a gagné ? Quelle lecture l’a emportée sur l’autre ?

C’est essentiellement la lecture radicale qui va l’emporter parce que le contexte de l’Europe va évoluer de telle manière que les protestants vont se sentir en perte de pouvoir, vont se sentir persécutés parfois et vont proposer à partir de 1530 jusqu’au 1560 une lecture radicale de la réforme et du luthéranisme.

Un homme va jouer un rôle important dans la promotion de cette lecture radicale permettant de défendre la foi reformée est Jean Calvin.

Calvin (1509-1564) et les théories de la résistance[edit | edit source]

Calvin va suivre Luther jusqu’à un certain point, mais va s’en distancer.

Biographie[edit | edit source]

Portrait de Jean Calvin (date inconnue).

« Second Patriarche de la Réforme protestante » selon Bossuet, Jean Calvin naît à Noyon en Picardie (France) le 10 juillet 1509 au sein d'une famille aisée.

Son père, juriste issu d'une famille d'artisans, est un notable qui exerce, à côté de la charge de greffier communal, nombre de fonctions au service de l'évêque et du chapitre cathédral. Aussi, Jean Calvin reçoit-il une solide instruction ainsi qu’une éducation religieuse complète, son père le destinant soit à une carrière juridique, soit à une carrière ecclésiastique.

Dans cette perspective, après avoir reçu des rudiments de grammaire et de rhétorique dans sa ville natale, il est envoyé en 1523 à Paris, d'abord au Collège de la Marche (1523-1524), où il suit les leçons de Mathurin Cordier (1479-1564), puis au Collège Montaigu (1524-1528), obtenant bientôt le grade de maitre ès arts, parallèlement à un nouveau bénéfice ecclésiastique à Noyon.

Il ne tarde pas à compléter sa prime formation philologique par une solide formation juridique aux Universités d'Orléans (1528-1529) et de Bourges (1529-1530) auprès des maîtres de l'humanisme juridique que sont Pierre de l'Estoile (1480-1537) et André Alciat (1492-1550), obtenant sa licence, puis son doctorat en droit.

S'il entre alors en contact avec l'humaniste allemand Melchior Wolmar (1497-1561), qui cherche à le gagner au luthéranisme, il n'en poursuit pas moins sa formation philologique à Paris où il suit les cours au Collège de France des hellénistes Guillaume Budé (1467-1540) et Pierre Danès (1497-1579); et il publie lui-même un savant commentaire du De Clementia de Sénèque en 1532.

C'est l'année suivante que se situe son ralliement aux milieux évangéliques humanistes et réformistes parisiens, qui prendra forme dans sa collaboration au Sermon de la Toussaint du Recteur de l'Université Nicolas Cop, favorable aux thèses luthériennes (1533), puis surtout dans sa conversion à la nouvelle foi. En mai 1534, il entame une nouvelle existence itinérante au service de sa foi.

Cette existence l'amènera, après de nombreuses pérégrinations liées aux premières persécutions en France, à Bâle, où il publiera en 1536 la première édition de son Institution de la Religion chrétienne, puis à Genève où le retient Guillaume Farel (1489-1565) (juillet 1536).

C'est dans cette ville, ralliée depuis peu (mai 1536) à la nouvelle foi, qu'il réalisera désormais son œuvre réformatrice. S'il se heurtera en un premier temps à une forte opposition, qui lui vaudra l'exil avec Farel (avril 1538) et le conduira à Strasbourg, où il se liera avec Martin Bucer (1491-1551), il ne tardera pas à être rappelé par les autorités genevoises (automne 1540), regagnant définitivement en septembre 1541 la Cité à laquelle il associera son nom.

C'est depuis lors qu'il réorganisera définitivement son Église (Ordonnances ecclésiastiques (1541)) et reformera son ordre juridique (Édit du Lieutenant (1542) et Édit civils (1568)) et politique (Édits politiques (1543)) comme son ordre moral (Ordonnances somptuaires (1558, 1564)), et son organisation scolaire (Ordre du Collège et de l'Académie (1559)).

Si Calvin aura sans doute encore à combattre les adversaires de ses reformes à Genève même, dans l'ordre moral comme dans l'ordre doctrinal (Affaires Sébastien Castellion (1543), Jérôme Bolsec (1551) et Michel Servet (1553)), son triomphe sera total à partir de 1555, tournant à partir duquel les Conseils lui seront entièrement acquis et les magistrats, dévoues aux ministres (pasteurs), œuvreront à transformer Genève, de paillarde Cité des foires, en République fondamentaliste régie par la seule Parole de Dieu, et en véritable "Rome protestante".

C'est aussi que Calvin, en relation épistolaire avec ses coreligionnaires de toute l'Europe, n'en poursuivra pas moins son œuvre de pasteur et de docteur, travaillant aux rééditions successives de son Institution chrétienne comme à ses Commentaires de l'Ancien et du Nouveau Testament; ce faisant il ne tardera pas à faire de Genève le "Séminaire des Églises réformées de France" et la métropole du protestantisme.

Laissant une œuvre considérable de plus d'une cinquantaine de volumes, Calvin meurt le 27 mai 1564, non sans avoir pourvu à sa succession à la tête de la Vénérable Compagnie des Pasteurs, en la personne du Recteur de l'Académie, le Bourguignon Théodore de Bèze (1519-1605).

Calvin va reprendre la théorie de Luther et plus précisément la question de savoir de quelle manière nous offre-t-il cette lecture radicale et comment défend-il le droit de résistance ?

Théologie de Calvin[edit | edit source]

Jean Calvin à l'âge de 53 ans. Gravure de René Boyvin.

Les premiers écrits de Calvin soulignent la nécessité d’obéir à l’autorité politique. Il soutient une claire séparation entre l’État et l’église, mais surtout il souligne la nécessité potestas a deo soit de respecter le pouvoir voulu par dieu.

Une lecture attentive de Calvin montre qu’il devient de plus en plus ambigu : si sur le fond il rejoint Luther dans sa méfiance face à la résistance en politique, il introduit dans son ouvrage toute une série d’exceptions. Pour Luther, la seule exception est si le prince oblige à blasphémer ou renier sa foi.

Calvin élargit ces exceptions vidant de sa substance le prince de non-résistance et en en faisant un principe de résistance. Il va peu à peu présenter des cas ou des magistrats peuvent eux agir, intervenir au nom du corps politique.

Calvin est hostile à une intervention directe du corps politique ; toutefois, bien que le corps politique ne puisse pas au fond diriger par lui-même, il peut mandater des magistrats qui peuvent intervenir auprès du pouvoir politique, il y a très clairement une vision et un élargissement des exceptions, le peuple ne peut résister, mais mandater des gens pour le faire ou élargir le spectre des possibilités.

C’est le début très clair d’une justification de la résistance politique si cette résistance est faite par des magistrats légitimes et légitimités.

Calvin va véritablement soutenir une thèse qui à des conséquences dans la résistance : la question qui occupe les philosophes du politique est la question suivante : Calvin a lu ses classiques de la philosophie politique et les ouvrages qui réfléchissent à la question cruciale de savoir qui détient l’imperium ? On traduit communément l’imperium par le terme de souveraineté. Qui détient la souveraineté ?

À l’époque de Calvin ce débat sur le détenteur de l’imperium, sur la capacité à détenir le pouvoir à faire et défaire la loi, à exécuter la loi, qui détient ce pouvoir souverain ? Calvin s’y intéresse et est âprement débattu ; la réponse va quelque part l’obliger d’une certaine manière à tailler en brèche ou en tout cas à ouvrir encore plus la brèche du droit de résistance.

À la question de qui détient l’imperium, Calvin va répondre que c’est le corps politique qui détient l’imperium et il le délègue à des magistrats, à un prince. Qui dit délégation dit également rupture de cette délégation, en d’autres termes on peut décider de ne plus déléguer ce pouvoir ; si nous déléguons le pouvoir à certaines conditions et qu’elles ne sont pas respectées, on peut reprendre le pouvoir.

Calvin au nom d’un imperium détenu par un corps politique délégué va non seulement défendre un droit de résistance et dans certains cas une obligation de résistance notamment lorsque le prince et les magistrats trahissent et violent injustement les conditions contractuelles qui leur ont été données. En affirmant que le corps politique et les magistrats détiennent l’imperium va très clairement nourrir la possibilité de résister au prince.

Il faut faire attention parce que lorsqu’on lit attentivement Calvin, on ne voit jamais chez Calvin une affirmation très claire des cas dans lesquels il faut résister, c’est une époque ou la censure existe, une certaine terminologie doit être utilisée. Calvin dans un langage souvent métaphorique défend dans certains cas le droit de résistance.

Calvin donne au pouvoir politique, au corps politique et aux magistrats un pouvoir non négligeable ; il n’est pas un thuriféraire, il ne défend pas le droit de résistance dans tous les cas, mais dans des cas beaucoup plus nombreux que défendus par Luther.

Nous avions vu que Jean Calvin avait repris d’une certaine manière la réticence de Luther sur le droit de résistance et qu’il avait peu à peu modifié son point de vue et ouvert des brèches, des exceptions qui permettaient et justifiaient une forme de résistance par l’intermédiaire des magistrats. Si dans le discours de Calvin omni potestas a deo et la résistance doit être condamné, en fait il ouvre la possibilité à la résistance qui ne doit pas être fait directement par le corps politique, mais par l’intermédiaire de magistrats supérieurs.

Il y a chez Calvin l’idée que dans l’idéal la résistance et la désobéissance ne sont pas une chose utile et un processus poursuivi, tout de même, on voit très bien une évolution dans son discours, il ouvre cette possibilité. Calvin s’affirme comme, a priori, opposé au droit de résistance au début de ses écrits et très vite il va ouvrir la possibilité à la résistance suggérant une série d’exceptions rendant la résistance et la désobéissance civile possible notamment dans le cas de la tyrannie. On voit très bien ce glissement et cette tension qui est aussi une contradiction, il ne souhaite pas ouvrir dans la lignée de Luther la porte à la révolte, mais d’autre part Calvin est conscient qu’on ne peut tout subir.

Institution de la religion chrétienne[edit | edit source]

Couverture de la dernière édition de l'Institution de la religion chrétienne qui résume sa théologie.

Il s’en explique dans un texte de 1536 qui s’intitule Institution de la religion chrétienne ; il s’interroge au chapitre XX sur ce qu’est le gouvernement civil. Qu’entend-il par un gouvernement civil ? Quelle est l’étendue des compétences du gouvernement ? Peut-on lui résister et désobéir ?

« Il convient maintenant de nous préoccuper du second à qui il revient d’établir seulement une justice civile et réformer la moralité sociale. Si ce sujet semble éloigné de la théologie et de la foi que je traite, la suite des développements montrera, pourtant, que c'est à juste titre que je l'aborde ensemble avec cette doctrine. Surtout, parce qu'aujourd'hui, il y a des anarchistes violents qui voudraient renverser l'ordre dans la cité, bien qu'il soit établi par Dieu. D'autre part, ceux qui flattent les gouvernants, en faisant une apologie démesurée du pouvoir, les font quasiment jouer à être des dieu. »

Le titre les différences entre le gouvernement civil et le gouvernement spirituel montrent que Calvin est dans la lignée de Luther où il divise le monde entre le monde civil et le monde spirituel.

Il y a une adhésion à la philosophie de Luther, mais bien qu’il soit le descendant de Luther, il prend ses distances sur un point précis.

« Il convient maintenant de nous préoccuper du second à qui il revient d’établir seulement une justice civile et réformer la moralité sociale. Si ce sujet semble éloigné de la théologie et de la foi que je traite, la suite des développements montrera, pourtant, que c'est à juste titre que je l'aborde ensemble avec cette doctrine, Surtout, parce qu'aujourd'hui, il y a des anarchistes violents qui voudraient renverser l'ordre dans la cité, bien qu'il soit établi par Dieu. »

C’est une critique vis-à-vis des radicaux protestants qui ont fait une lecture radicale des thèses de Luther en utilisant la théologie politique de Luther afin de renverser les souverains d’Europe. Calvin est une pensée de l’ordre dans le bon sens du terme, omni potestas a deo.

« D'autre part, ceux qui flattent les gouvernants, en faisant une apologie démesurée du pouvoir, les font quasiment jouer à être des dieu. »

D’un côté, il dénonce les anarchistes violents et de l’autre tous ceux qui flattent les princes et les rois, Luther avait une certaine tolérance vis-à-vis de pouvoir politique ; Calvin tente de trouver une voie médiane entre celui qui détient le pouvoir et ceux qui veulent tout renverser. Il y a une voie du juste milieu qui est possible.

Augustin en controverse avec des hérétiques.

Il reprend les arguments de Luther et de Saint Augustin, les deux mondes doivent travailler en convergence.

« Le règne spirituel nous procure, déjà sur la terre, un avant-goût du bonheur ineffable et éternel. Le but du régime temporel du gouvernement est, tant que nous vivons dans la société des humains, de veiller sur le série extérieur de Dieu et de subvenir à ses besoins, de veiller sur la pure doctrine et la religion, de protéger le bien-être de l’Église, de nous aider à observer l’équité nécessaire, de promouvoir une justice civile dans le domaine des mœurs, en vue de la paix commune et de maintenir la loi et l’ordre pour le bien de tous. »

Il y a une définition des « buts de l’État », mais il y a une définition de Calvin et des reformés sur les buts de l’État.

À partir du paragraphe trois, la responsabilité du gouvernement civil on a le sentiment que Calvin n’est pas du tout favorable à une quelconque forme de résistance, il ne faut pas modifier l’ordre établi, omni potestas a deo.

« Pour le moment, nous voulons seulement indiquer que vouloir le rejeter, c'est faire preuve d'une barbarie inhumaine, puisqu’il est aussi nécessaire à l’être humain que le pain, l'eau, le soleil cl l'air; et sa fonction est encore bien plus grande (…) En résumé, il veille sur l'exercice public de la religion parmi les chrétiens le sur le maintien de bonnes relations entre tous. »

Ce chapitre III est une définition de l’existence même du gouvernement et d’une réticence marquée pour toute forme de résistance.

Le sous chapitre V, VI les gouvernements sont le serviteur de la justice civile, VII et VIII affirme l’importance du gouvernement pour le vivre ensemble, mais la quasi-impossibilité pour les individus de résister en tout cas de manière exagérée au gouvernement.

Il ouvre une parenthèse à partir du Chapitre VIII où il peint une vision qui n’est pas monarchique du pouvoir : Calvin va presque comme Machiavel privilégier la forme aristocratique - selon Platon l’aristocrate est l’aristocratie du savoir -, Calvin emploie le terme de gouvernement aristocratique.

Calvin ne croit pas au système monarchique en tant que tel, mais croit au gouvernement de plusieurs qui pour le bien de tous dirigeraient la cité. On voit très bien qu’il y a des relents de mécanismes qui appellent Machiavel et la vision florentine, voire vénitienne, de l’exécutif.

« Si l’on compare ces trois catégories de gouvernement que j’ai présentées, lea seconde, à savoir le gouvernement par un petit nombre de personnes qui assure la liberté du peuple, me semble préférable, non pas en elle-même, mais parce qu’il n’arrive pas souvent – cela tient même du miracle – que les rois se conduisent si bien que leur volonté ne s’écarte jamais de l’équité et de la droiture. »

C’est une critique claire et ferme envers la monarchie, le régime des rois n’est pas un régime où cela relève du miracle permettant à la droiture et la justice de régner, il vise le pouvoir du roi de France ; il se réfugie à Genève en faisant le bastion du protestantisme de langue française. Machiavel n’aurait pas dit autre chose avec l’idée de gouvernement d’un petit nombre.

« En fait, le meilleur gouvernement est celui où règne une liberté bien tempérée et destinée à durer longtemps (…) ce sera de leur part une pensée non seulement folle et inutile, mais mauvaise et infructueuse. »

La résistance est une pensée folle et infructueuse par contre le gouvernement de quelques-uns est une bonne chose.

Dans le sous paragraphe 22, ‘’Le respect des autorités’’, il y a la question du devoir de résistance.

« Le premier devoir des sujets vis-à-vis de leurs supérieurs est d'avoir en grande estime leurs fonctions, les reconnaissant comme données par Dieu, et pour cette raison, manifestant. aux autorités l'honneur et le respect que l’on doit à ceux qui sont lieutenants er représentant de Dieu. »

L’autorité politique représente dieu, il y est donc extrêmement difficile de résister, cette réticence à la résistance est continuée d’être affirmée au chapitre XXIII.

Il ne faut pas faire de Calvin un penseur du droit divin, il sépare le pouvoir politique du pouvoir de dieu, toutefois le pouvoir politique détient une partie de son pouvoir du pouvoir de dieu.

Quand le Roi Soleil (Louis XIV) dira qu’il détient son pouvoir de dieu et qu’il fonde politiquement son pouvoir dans l’existence même de dieu, c’est une démarche différente. Calvin ne dit pas que l’élite qui est chargée de gouverner détient son pouvoir politique de dieu. Le roi de France justifie son pouvoir plique par un pseudo pouvoir de droit divin or pour Calvin le gouvernant ne tient pas à son pouvoir par un droit divin, mais par les hommes qui lui ont confié, il est d’une certaine manière adoubé et imprégné de l’esprit de dieu qui a voulu qu’il soit à la tête de l’État.

Pour Calvin tout pouvoir vient de dieu, par là même tout pouvoir politique tient quelque par une partie de sa légitimité de la volonté divine. Les rois de France qui eux diront plus tard qu’ils détiennent leur autorité de droit divin est une démarche un peu différente, toute leur légitimité selon eux et dans n’importe quelle circonstance reposant sur la volonté de Dieu.

Calvin ne veut pas qu’un homme politique puisse faire tout et n’importe quoi au nom de Dieu. Les monarchies de droit divin au début XVIIème siècle et XVIIIème siècle justifient leur autorité politique au nom du droit divin au nom de l’idée qu’ils détiennent le pouvoir de dieu.

Calvin est conscient des dangers du précepte omni potestas a deo. Pour Calvin, tout pouvoir vient de dieu, mais tout homme politique ne peut tout faire au nom de Dieu, il ne peut justifier son action politique ou n’importe qu’elle action politique au nom de Dieu. Pour les monarchies de droit divin, tout pouvoir vient de dieu et ils peuvent tout faire parce que tout pouvoir vient de dieu.

C’est la grande différence avec Calvin qui ne justifie pas toute action au nom de Dieu, le curseur n’est pas au même endroit, c’est l’utilisation de ce principe qui est différent, l’instrumentalisation de ce principe diffère par Calvin et ceux qui se revendiquent de droit divin

En d’autres termes, Calvin fait de dieu le fondement théologique du pouvoir politique alors que le roi de France fait du fondement politique le pouvoir théologique ; Calvin ne veut pas que le pouvoir et l’autorité politique justifie son pouvoir par l’existence de Dieu alors que les monarchies français justifiaient leur action politique par le fait qu’elles détiennent leur pouvoir par dieu.

Il y a quelque chose de la volonté de Dieu dans toute autorité politique, mais cela ne justifie pas qu’elle puisse tout faire.

« Il s’ensuit autre chose : honorant et respectant ainsi les autorités, nous devons leur obéir en observant leurs ordonnances, soit en payant les impôts, soit en prenant en charge une tâche qui relève de la défense commune, soit en obéissant à tout autre ordre (…) Que personne ne se trompe à ce sujet. Puisqu’on ne peut pas résister aux gouvernants sans résister à Dieu, s'il semble possible de résister à un gouvernement faible et dépourvu d’autorité, prenons garde parce que Dieu est fort et assez armé pour punir le mépris que l’on a de ses ordonnances. De plus, dans cette obéissance, j'inclus la mesure que doivent avoir, dans les affaires publiques, les citoyens privés (…) Je veux dire que les particuliers n’ont pas à se mettre en action sans intermédiaire. »

Nous devons obéissance à l’autorité politique et aux gouvernants, nous ne devons pas lui résister sans intermédiaire. Quelque part, il montre que de la non-résistance est passée à la non-résistance sans recourir à un intermédiaire ce qui retourne le problème. Cela va lui permettre de clairement reconnaître la possibilité de résister, il retourne l’argument de la non-résistance, mais pas à n’importe quelle condition.

Calvin affirme que tout pouvoir vient de dieu, c’est une folie de résister aux autorités politiques, il ajoute que c’est une folie de résister sans intermédiaires : il ouvre la porte à la possibilité de résister, mais pas à n’importe quelles conditions.

Dans le sous-chapitre XXXI – titre ; Calvin est confronté à la question de savoir s’il n’y a pas de situations dans lesquelles on doit résister, il ne peut conclure qu’on ne peut jamais résister.

Comme c’est une pensée de l’ordre il veut encadrer la résistance, il est hostile à la résistance, mais on s’aperçoit qu’il n’y est pas hostile mas il veut encadrer la résistance en recourant à des intermédiaires.

« En effet, s'il existait, il notre époque des magistrats établis pour let défense du peuple afin de réfréner la trop grande ambition ou la liberté des rois - comme il en existait autrefois chez les Spartes, avec les éphores, chez les Romains avec leurs défenseurs populaires et chez les Athéniens avec leurs démarques et, comme aujourd’hui dans chaque royaume lorsque les trois états sont assemblés - je ne leur défendrais pas du tout de s'opposer et de résister à l’intempérance ou à la cruauté des rois dans l'exercice de leur fonction. J’estime même que, s’ils voyaient combien les rois maltraitaient abusivement le pauvre peuple et faisaient comme si cela n'était pas, cette attitude devrait être accusée de parjure et de trahison vis-à-vis de la liberté du peuple, alors qu'ils devaient se reconnaître en avoir été ordonnés les protecteurs par la volonté de Dieu. »

Calvin ouvre la porte à certaines conditions de manière encadrée notamment à la résistance au roi et particulièrement à certains rois qui abusent de leur pouvoir et de leur autorité. La résistance est possible, mais à certaines conditions, les rois qui n’ont pas été institués par Dieu, mais dont une partie du pouvoir repose sur des fondements théologiques ont trahi la volonté de Dieu en se comportant de manière abusive ; à ce titre l’adage omni potestas a deo ne joue plus.

Au sous-chapitre XXXIII Les limites de notre obéissance aux hommes il faut retenir :

« S’ils viennent à nous commander des choses contre le Seigneur, nous ne devons pas le supporter. Il ne faut, en ce domaine, n’avoir aucun égard à la dignité des supérieurs, que l’on respecte, lorsqu’elle est soumise à la puissance de Dieu, qui est la seule véritable au-dessus de toutes les autres. »

Cet argument est une réponse de l’argument de Luther, c’est la résistance en cas de blasphème ou en cas de décision politique qui nous invite à renoncer et à renier notre foi. Dans ce texte Calvin essaie de tenir une position médiane entre la nécessité d’obéissance à l’autorité politique et l’impossibilité d’obéir en toutes circonstances, il essaie de se situer « à la gauche de Luther ».

Il pense que le dogme de non-résistance prôné par Luther est sans avenir et erroné pais il ne veut pas allé jusqu’où vont les anarchistes radicaux.

« Oui » au principe de la résistance dans la mesure où elle est cadrée passant par des intermédiaires qui sont des magistrats, « non » à la révolte à tout prix et à la résistance en toutes circonstances.

Calvin est entre Luther et le dernier groupe de protestants qui diront « oui » à la résistance en toute circonstance, ce sont les monarchomaques. Depuis Luther, il y a un glissement vers le droit de résistance qui n’est pas encore affirmé comme un droit, mais chez Calvin comme une possibilité, la résistance politique deviendra un droit avec la troisième vague de reformés qui feront de la résistance un vrai droit, ce sont les monarchomaques.

Les monarchomaques[edit | edit source]

Si on traduit le terme monarchomaque cela est littéralement « qui est contre les magistrats ». Les monarchomaques vont jouer un rôle important dans la définition du droit de résistance tant important dans le concept d’État. Si Luther et Calvin ont été plus « tièdes », si Calvin a ouvert la possibilité à la résistance et à la désobéissance civile, il appartient aux monarchomaques d’apposer une véritable théorie politique de la résistance.

Pourquoi ? Comment se fait-il que dans les années 1570 les théories de la résistance émergent ?

Il y a des raisons liées au contexte : Luther écrit en 1520 – 1523, Calvin entre 1520 – 1536, il se passe un certain nombre d’évènements dans le contexte qui explique le virage et la radicalisation des protestants ; c’est le contexte des guerres de religions.

À partir de 1540 en Europe, dans le Saint Empire Romain Germanique, en France et un peu en Angleterre, il y a des authentiques guerres de religions entre catholiques et protestants.

Representatives of the German estates at the Augsburg conference discuss the possibilities of a religious peace.

Les reformés doivent défendre leur foi donc ils se radicalisent politiquement ; les guerres de religions en Allemagne sont très importantes et closes en 1555 presque 20 ans après la publication de l’ouvrage de Calvin, le Saint Empire romain germanique qui vit ces guerres de religions de façon importante voit la paix arriver à Augsbourg qui scelle le destin du Saint Empire Romain Germanique entre État protestant et État catholique selon le principe « Cujus regio, ejus religio » qui veut dire « à chaque règne sa religion », cela revenait à dénoncer le principe suivant : on adopte la religion du prince de l’État dans lequel on vit.

C’est une division confessionnelle à la paix d’Augsbourg de 1555.

L’Angleterre connaît aussi comme le Saint Empire Romain Germanique des affrontements à partir de 1535 entre protestants, anglicans et catholiques ; les choses s’apaisent à partir de 1547 et surtout à partir de l’avènement d’Élisabeth I d’Angleterre qui à partir des années 1560 apaise et protège les protestants et leur donne des droits.

À partir de 1555 et 1560, l’Allemagne et l’Angleterre sont plus ou moins apaisées en ce qui concerne les guerres de religions ; un arrangement a été trouvé afin de vivre ensemble et vivre sa foi.

Le pays qui n’a pas conclu d’accord est la France qui entre en guerre de religion à partir de 1540, les guerres de religions font rage en France pendant 30 – 40 ans, des régions passent sous la domination politique des protestants, d’autres qui restent fidèles au catholicisme.

Le massacre de la Saint-Barthélemy joua un rôle essentiel dans l'émergence des thèses monarchomaques.

Il faut retenir la date de 1572 qui est la date du massacre de la Saint Barthélémy où des dignitaires protestants sont assassinés par des dignitaires catholiques, ce massacre va véritablement affoler le monde protestant, ce n’est pas pour rien que les ouvrages monarchomaque nous allons voir furent publier.

Il faut résister à la monarchie française qui ne veut pas laisser de droits aux protestants, il faut résister, à partir d’une résistance religieuse les monarchomaques vont proposer une résistance politique. Les monarchomaques en France à partir de 1560 après le massacre de la Saint Barthélémy - les reformés français - vont se réveiller et lutter pour leur survie.

Les monarchomaques qui sont théoriciens du droit de résistante sont François Hotman qui publie en 1573 une année après la Saint Barthélémy Franco-Gallia, Theodore de Bèze qui publie en 1574 Du droit des magistrats sur leurs sujets, en 1579 on suppose qu’il est un texte signé Junius Brutus est Hubert Languet qui publie un pamphlet qui s’intitule Défense de la liberté contre les tyrans. Que ce soit la Franco-Gallia, Du droit des magistrats sur leurs sujets et Défense de la liberté contre les tyrans, ont marqué la pensée des monarchomaques et fait avancer la théorie du droit de résistance.

Les monarchomaques sont des protestants reformés radicaux qui veulent défendre le droit.

La première remarque est que ces traités n’ont pas de finalité démocratique, il ne faut pas faire des monarchomaques les premiers démocrates des temps modernes, il ne s’agit pas de défendre la souveraineté du peuple, il s’agit avant tout de défendre le droit à l’existence de la foi reformée et du protestantisme, c’est une question de survie religieuse, ils n‘ont pas d’ambitions politiques autres que défendre la religion réformée.

C’est un conflit spirituel qui motive les monarchomaques, pas un conflit politique ; leurs intentions ne sont pas a priori politiques.

Au moment où ils obtiennent gain de cause avec l’Édit de Nantes de 1548, leurs revendications s’estompent parce qu’ils ont eu des garanties religieuses importantes ; leur motivation est essentiellement religieuse et non pas politique ce qui ne veut pas dire qu’on va instrumentaliser leur théorie en politique.

La deuxième remarque est qu’on trouve chez les monarchomaques un certain nombre d’idées :

  • ils sont tous partisans de l’idée que le gouvernement qu’il soit roi ou plusieurs personnes ne peut tout faire, le gouvernement a passé un contrat avec les gouvernés ; pour les monarchomaques ils ont une vision du pouvoir politique contractualise, le prince ne peut pas tout faire religieusement et politiquement, il est tenu par un contrat qu’il a passé avec ses gouvernés.
  • un souverain, prince, roi indigne qui ne respecte pas les termes du contrat c’est-à-dire le respect, la justice et l’équité, peut être déposé soit renversé ; cette idée est la résistance possible, certains iront même comme Junius Brutus jusqu’à défendre l’idée qu’on peut tuer un roi qui ne respecte pas un certain nombre de règles fondamentales et qui devient un tyran, ils sont partisans de tyrannicide.
  • Fondamentalement, ils appuient leurs arguments sur la tradition scholastique. On trouve beaucoup d’arguments scholastique, c’est-à-dire qui mettent en avant l’importance des institutions et des constitutions de l’équilibre des pouvoirs beaucoup plus que sur les vertus et les qualités des gouvernants. Les monarchomaques ne sont pas tant intéressés de savoir qu’un gouvernement a des peurs ou n’en a pas, mais ils sont intéressés à créer un système qui garantisse des droits. Beaucoup de leurs arguments vont être pris à partir de 1648 pour toute la problématique du droit des minorités, on va y puiser des arguments qui visent à garantir des droits constitutionnels aux minorités.

La troisième remarque est qu’au fond ils ont une vision du mot « peuple » très traditionnelle. En d’autres termes, le peuple, pour un monarchomaque, est pris dans son ensemble en tant que corps politique, comme une personne morale. C’est une sorte de communauté. En aucun cas lorsqu’un monarchomaque parle de peuple, il pense individu autonome qui se pensent comme peuple.

François Hotman - Franco-Gallia, 1573[edit | edit source]

François Hotman.

On trouve quatre arguments qui sont révélateurs de la position constitutionnelle des monarchomaques.

Lorsque Hotman publie Franco-Gallia, ouvrage qui eut un fort succès, il se replonge dans l’histoire de France pour aller contre l’idée que le roi détient tous les pouvoirs, lorsqu’on lit la constitution française on se rend compte que la monarchie franque était élective, élue par des corps de l’État, la dimension de l’élection s’est perdue avec le temps ; la monarchie française doit être fondée sur le principe électif.

Le deuxième argument est que le pouvoir royal a toujours été en France limité par un Conseil Public qui représente les différents éléments de la population du royaume, ce sont les États généraux. Hotman dit que le roi prétend avoir tous les pouvoirs, mais d’abord la constitution ne l’indique pas et autrefois des institutions limitaient le pouvoir du roi.

Le troisième argument est lorsqu’on lit attentivement la constitution française, qui était à l‘époque les lois fondamentales du royaume, on se rend compte que le Conseil Public détenait l’imperium, le vrai pouvoir souverain, la souveraineté n’était en fait pas détenue par le roi seul : le pouvoir du roi était limité.

Le quatrième argument est qu’au fond, le roi ne pouvait pas prendre de décisions importantes concernant les impôts, la politique étrangère, etc. sans l’accord de ce Conseil Public ; le tableau que nous dépeint Hotman est un tableau qui provoque à l’époque beaucoup de critiques des partisans du droit et d’un pouvoir centralisé et monarchique.

Il propose une lecture radicalement différente des lois que les juristes royaux faisaient. Son ouvrage ferra beaucoup de bruit, il va contester l’autorité du roi.

Fondamentalement, Hotman va développer une théorie de la suprématie du corps intermédiaire qui est d’une certaine manière l’ancêtre de la théorie de la souveraineté populaire.

De dire que le roi n’a pas la souveraineté seule, mais qu’elle est au sein d’un conseil, d’une « assemblée » qui délègue certaines de ses compétences au roi et une idée nouvelle et novatrice, surtout c’est une idée radicale qui va à l’encontre de l’idéologie dominante de la monarchie française.

Le roi n’a pas tous les pouvoirs et le roi ne peut pas tout faire parce que la monarchie au départ était une monarchie limitée dans son pouvoir.

Théodore de Bèze - Du droit des magistrats sur leurs sujets, 1574[edit | edit source]

Portrait de Théodore de Bèze en 1596.

Ce texte est un développement de l’ébauche que Calvin avait fait sur le droit de résistance; il publie en 1574 du droit des magistrats qui est le premier traité qui définit les conditions d’exercice du droit de résistance.

Son ouvrage est un authentique traité de résistance, Théodore de Bèze est marqué par Hotman.

Le point de départ de Théodore de Bèze est tout d’abord l’affirmation qu’on doit obéir à dieu et que tout pouvoir vient de dieu, il retourne cet adage.

Si tout pouvoir vient de Dieu, cela signifie qu’il existe des circonstances où l’homme doit désobéir à la loi humaine au nom même de sa fidélité à dieu ; si tout pouvoir vient de dieu, il y a des cas ou des situations où l’homme doit désobéir non point à la loi divine, mais à la loi humaine. C’est parce que dieu détient le pouvoir qu’on peut désobéir à un pouvoir humain, simplement on ne peut pas lui désobéir et lui résister de n’importe qu’elle manière.

Son traité de résistance est extrêmement marqué, il défend deux idées reprenant notamment la théorie du contrat : il y a tout d’abord une première idée que le tyran par usurpation doit être déposé, il distingue deux formes de tyrannies, il peut être déposé et il faut résister au tyran légitime c’est-à-dire celui qui a légitimement hérité du trône, mais devient un tyran dans l’exercice même du pouvoir.

En France, le fils du roi succède au roi, le tyran légitime c’est un tyran qui est légitime en ce sens qu’il a le droit de régner, mais devient un tyran dans l’exercice même du pouvoir.

Jusqu’à lui un tyran par usurpation pouvait être déposé, en revanche ce qui est nouveau avec De Bèze est qu’un roi légitimement couronné peut également être déposé et on peut lui résister.

La deuxième idée est qu’on ne peut lui résister de n’importe quelle manière, chez Théodore de Bèze les intermédiaires sont les magistrats inférieurs.

Théodore de Bèze est favorable à la résistance politique par l’intermédiaire des magistrats inférieurs.

« Telle est donc l’origine des républiques et Potentats rapportée pour bonne raison à Dieu aucteur de tout bien. Ce qu’Homere mesmes a bien congeu et voulu delcarer, appelant les Rois nourrissons de Jupiter et pasteurs des peuples. »

De ce point de vue De Bèze est tout à fait classique, tout pouvoir vient de dieu. Il a tout de même commencé son chapitre par une phrase importante.

« par conséquent que les peuples ne sont pas créés pour les magistrats, mais au contraire les magistrats pour les peuples. »

Il ne faut pas inverser les rôles, les rois sont là pour servir le corps politique et non l’inverse, les magistrats ont des devoirs vis-à-vis du corps politique.

« Chacun doncq confesse, quand il est question de parler du devoir des magistrats, qu’il es loisible de les admonnester, voire mesmes en un besoin les reprendre franchement quand ils se fourvoient de leur office. Mais s’ils es question de reprimer ou mesmes chastier selon leurs demerites les tyrans tous manifestes, alors il y en a qui recommandent tellement la patience et les prieres à Dieu, qu’ils appellent seditieux, et condamnent comme faux chrestiens, tous ceux qui presentent leur col. »

C’est une critique de Luther à peine voilée, il critique tous ceux veulent résister ou se plaindre, certains recommandent la patiente et la prière au point que de dire que ceux qui veulent résister se trompent.

« Ce passage st fort glissant, et pourtant je prie derechef les lecteurs se souvenir de ce que j’ai dit un peu auparavant, à la fin de ne tirer mauvaise consequence de ce que j’ai à dire sur ce point. Je louë doncques la patience chrestienne comme tres recommaendable entre toutes autres vertus, et recognoi qu’il y faut songneusement encourager les hommes, comme estant celle qui emporte le pris de la félicité eternelle. Je deteste les seditions et toute confusion, comme monstres horribles (…) je nie que pour tout cela il ne soit licite aux peuples oppressez d’une tyrannie toute manifeste d’user de justes remedes conjoints avec la repentance et les pieres ; et voici les raisons sur lesquelles je me fonde. »

Cela n’est pas vrai qu’on ne peut résister, il y a des cas où l’on peut résister et où l’on doit résister.

En revanche, le cas et le roi qui est devenu un tyran dans l’exercice même de son pouvoir, il y a clairement des cas où il faut et c’est un devoir de résister ; on ne peut tout simplement descendre dans la rue, De Bèze est une pensée de l’ordre c’est pourquoi il faut recourir aux magistrats intermédiaires qui sont la courroie de transmission entre le pouvoir politique et le corps politique.

Quel est le devoir des subjets envers le souverain legitime estant devenu tyran manifeste, il faut recourir aux magistrats subalternes et inférieurs. Ce sont les magistrats qui sont véritablement le réceptacle de la résistance des populations.

« Je vien maintenant aux Magistrats inférieurs et qui sont comme en degré subalterne, entre le souverain de la maison d’un Roi, et plustot affectez à un Roi qu’à un Roiaume, mais ceux-là qui ont les charges publiques et de l’Estat, soit touchant l’administration de Justice, soit du fait de la guerre, appelez pour ceste cause en une monarchie Officiers de la couronne, et plustot du ROiaume que du Roi, estant cces deux choses bien differentes. »

Le magistrat inférieur est l’officier de la Couronne, c’est le magistrat qui représente le roi, c’est le représentant du roi, ce n’est pas le prince ni la haute noblesse, mais c’est une petite noblesse et surtout des gens qui occupent une fonction politique importante et représentant de la couronne.

De Bèze va plus loin, il affirme une idée essentielle : si les magistrats inférieurs sont le canal par lequel le corps politique peut se plaindre et résister aux décisions du roi, ils le sont parce qu’ils sont dépositaires d’une partie de la souveraineté, ils sont détenteur d’une partie de la souveraineté.

« ils demeurent en leurs estats tels qu’ils estoient, comme aussi la souveraineté demeure en son entier (…) Mais d’une costé, puis que ces officiers inférieurs du roiaume on receu, de par la souveraineté, l’observation et maintenance des loix entre ceux qui leur sont commus, à quoi-mesmes ils sont astreints par sement (duquel ne les peut absoudre la coulpe de celui, qui de Roi est devenu Tyran, et transgresse manifestement les conditions sous lesquelles il avoit esté receu Roi et lesquelles il avoit jurees) n’est-il pas raisonnable, par tout droit divin et humain, que quelque chose soit permise à tels inférieurs Magistrats pour le devoir de leur serment et conversation des loix, plus qu’à ceux qui sont du tout personnes privees et sans charge ? »

Comme ils ont une parcelle de souveraineté n’ont-ils pas un rôle à jouer ?

« je di donc que, s’ils sont reduits à telle necessité, ils sont tenus (mesmes par armes si fait se peut) de pourvoir contre une Tyrannie toute manifeste, à la salvation de ceux qu’ils ont en charge. »

Dans certaines circonstances mêmes par l’utilisation des armes, les magistrats inférieurs ou subalternes ont le devoir, de résister même par les armes de résister voir de déposer le tyran légitime, certes au départ, mais qui à peu à peu dérive et dont le pouvoir et peu à peu devenu arbitraire et abusif.

Le droit de résistance est reconnu et devient même un devoir de résistance pour ces magistrats inférieurs.

Un auteur ira jusqu’à dire que le droit de résistance est un droit sacré même si cela coûte la vie au tyran, un autre dira qu’on peut tuer le tyran qui se prévaut des règles par l’arbitraire, c’est le dernier des monarchomaques.

Théodore de Bèze avait basculé et ouvert la voie au droit de résistance en en faisant un devoir où les individus passent par des magistrats inférieurs pour résister.

Luther dit clairement non à la résistance en politique, pour Calvin dans certains cas seulement en ouvrant la porte à une série d’exceptions, de Bèze dit qu’il faut résister à des conditions de mise en œuvre précise.

L’ouvrage Défense de la liberté contre les tyrans de Junius Brutus de 1579 permet de comprendre la rupture radicale du droit de résistance ; cet ouvrage est très important.

Junius Brutus - Défense de la liberté contre les tyrans, Vindiciae contra tyrannos, 1579[edit | edit source]

Cet ouvrage est l’ouvrage le plus populaire, celui qui a eu un écho aussi si ce n’est pas plus grand que l’ouvrage de 1574 de théorie de de Bèze intitulé ‘’Du droit des magistrats sur leurs sujets’’. Cet ouvrage est édité et réédité 23 fois, traduit dans sept langues, mais surtout il sera réédité dans des langues vernaculaires comme l’anglais sept fois, le français six fois, et l’allemand trois fois.

C’est un pamphlet anonyme intitulé Vindiciae contra tyrannos signé Junius Brutus qui est dans sa forme un ouvrage classique qualifié de scholastique, il pose des questions et donne des réponses très méthodiques ; le monarchomaque qui en est l’auteur soit Hubert Languet soit Du Plessis-Mornay, le protestant à l’origine de cet ouvrage adopte une formule très scholastique dans la construction même de son pamphlet.

Ces questions sont au nombre de quatre :

  • les sujets doivent-il obéir a un prince qui ordonne quelque chose qui va à l’encontre des lois de dieu ? Luther s’était déjà posé la question en tranchant par la négative, mais c’est une question que les monarchomaques se posent également, tous les partisans de la réforme vont se poser cette question.
  • est-il légitime de résister à un prince qui s’écarte de la loi de dieu ?
  • est-il légitime de résister à un prince qui opprime le corps politique soit qui fait montre d’autorité et d’autoritarisme ?
  • les monarques voisins peuvent-ils venir à la rescousse de sujets et d’individus tyrannisés dans leur propre pays ?

Les réponses sont : « non », « oui », « oui », « oui ».

« Non » à la première question, Junius Brutus est dans la tradition luthérienne et calviniste, « oui » il est légitime de résister à un principe qui s’écarte de la loi de Dieu, « oui » pour Junius Brutus très clairement, et pour la dernière question la réponse est « oui ».

La partie la plus intéressante de ces questions est les deux dernières plus précisément ; de poser la question et de dire qu’il est légitime de résister à un prince qui opprime l’État et sans mentionner un prince qui viole les lois de Dieu, montre que la théorie de la résistance et le principe de résistance en politique est une vision séculière.

C’est la première fois dans l’histoire de la philosophie et notamment de la philosophie politique qu’une théorie séculière ne justifie pas la résistance du point de vue de la violation des lois divines, mais dit que si on ne me respect pas en tant qu’être il et possible de résister au pouvoir.

Pour affirmer cette vision séculière, il faut souligner le mot consentement ; le monarchomaque qui écrit ce texte défend une vision séculière de la résistance et une vision de l’autorité politique qui repose sur le consentement du corps politique.

Autrement dit, il est très clairement affirmé qu’un monarque est au service du corps politique dont il détient le pouvoir, d’une certaine manière le corps politique, le monarque n’est que le représentant du corps politique qui lui a délégué le pouvoir.

Cette vision est importante parce que pour la première fois dans l’histoire de la pensée jusque il y a véritablement des théoriciens de la politique et du droit qui affirme que l’autorité politique suprême ne détient pas son pouvoir d’une quelconque hérédité, mais détient avant tout son pouvoir du consentement du corps politique qui lui a délégué ce pouvoir.

L’imperium soit la souveraineté n’est pas détenu par la monarchie, mais par le corps politique qui véritablement délègue l’exercice de cette souveraineté au monarque.

Fort logiquement, la conclusion est sans appel, si on délègue le pouvoir est qu’on abuse de la délégation de ce pouvoir, alors celui qui en a hérité peut être tué ; ce texte fait l’apologie du tyrannicide de l’autorité politique devenue tyran qui peut être éliminé en vertu du principe fondateur du consentement.

Junius Brutus passe d’un droit de résistance à un devoir de résistance, c’est un ouvrage novateur.

La quatrième question ouvre la porte à l’internationalisation du conflit entre protestants et catholiques, d’internationaliser le combat des calvinistes qui doivent faire appel à des monarques protestants qui pourraient les aider.

Les deux grandes puissances en 1579 en Europe sont l’Angleterre et les Provinces unies libérées du joug espagnol devenues indépendantes ; l’argument vise très clairement à dire que si les protestants français sont sujets à de l’arbitraire, il est de leur devoir de faire appel à un prince protestant afin de leur venir en aide.

« Nous auons montré ci deant, que c’est Dieu qui inflitue les Rois, qui les eflit, qui leur donne les Royaumes. Maintenant nous difons, que c’eft le peuple qui eftablit les Rois, qui leur met les fceptres és mains, & qui par fes fuffrages aprouve leur election. »

Si tout pouvoir vient de dieu, les rois ne tiennent leur pouvoir que du corps politique et par le consentement du peuple.

« Alors du confentement de tout le pleuple, Saul, dit l’hiftoire, fut nommé Roy. »

Saint Paul doit sa nomination au consentement du corps politique.

« en fomme, puis qu’il n’y eut iamais homme, qui nafquift avec la couronne fur la tefte, & le fsceptre en la main, que nul ne peut eftre Roy de par foy ni regner fans peuple : & qu’au contraire le peuple puiffe eftre peuple fans Roy, & ait efté long temps auant qu’auoir des Rois, c’eft chofe trefaffeure, que tout Rois ont efté premierement eftablis par le peueple. »

C’est un discours « pseudo-révolutionnaire », c’est chose assurée que tout roi a été établi par le peuple.

« Or ,ce que nous difons de tout le peuple vniuerfellement, doit eftre auffi entendu, comme dit a efté en la feconde Queftion, de ceux qui en tout royaume ou ville reprefentent legitimement le corps du peuple, & qui ordinairement font appelez les Officiers du roaume (…) les Officiers du royaume, reçoyuét leur autorité du peuple, en l’enffemblee generale des Eftats. »

II y a l’idée de la représentation en politique qui est affirmée ici ; les représentants légitimes du corps du peuple sont les officiers du peuple.

Il y a l’ébauche de l’idée de représentation politique :

« Si le prince pourfuit , & ne fe foucie point des diuerfes remonftrances qu’on luy aura faites, ains vife feulemét à ce but de pouvoir comettre impunément tout le mal qui luy plaira : alors il eft coupable de tyranie, & peut-on pratiquer cotre luy tout ce que le droit & une iufte violéce permettent cotre un tyran. »

Il y a l’affirmation du droit et du devoir de résistance.

« Davantage, nous auons prouvé que que tous Rois reçoiuent leur dignité Royale de la main du peuple : que tout peuple confideré en un corps eft par deffus & plus grand que le Roy : qu’iceluy Roy eft tant feulement premier fouuerain fouuerneur & feruiteur du Royaume, qui n’a pour maiftre & vray Seigneur que le peuple. »

Le souverain est le peuple et parce qu’il est souverain il peut déposer et tuer le roi usurpateur ; toute cette vision est explicitée aux pages 210, 211 et 212 où Junius Brutus va justifier la nécessité de tuer le roi tyran. La souveraineté du peuple est déléguée dans la personne du monarque qui détient son pouvoir que par le consentement et que Rousseau appelle la volonté populaire.

Ce dernier pamphlet monarchomaque eut un retentissement colossal, avec lui s’achève la vaste réflexion depuis Luther sur les conditions de résistance en politique.

Avec Junius Brutus s’achève la vision la plus radicale du droit de résistance qui est devenue un devoir de résistance. Les monarchomaques ouvrent la voie à un déplacement de l’idée même de souveraineté ; pour Junius Brutus de dire que les rois détiennent le pouvoir de la volonté du peuple est un renversement capital et fondamental du pouvoir politique. C’est une vision plus radicale et ascendante du pouvoir qui se dessine et qui avec les monarchomaque et plus précisément Theodore de Bèze et Junius Brutus s’imposent.

Ces ouvrages vont marquer les esprits provoquant une secousse dans l’ordre conceptuel ; il appartiendra à un homme de reprendre la main et de clarifier cette notion de souveraineté qui avait complètement quitté le pouvoir royal afin de se retrouver dans le corps politique, c’est Jean Bodin.

Annexes[edit | edit source]

  • Teisseyre Charles. Le prince chrétien aux XVe et XVIe siècle, à travers les représentations de Charlemagne et de Saint Louis. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public. 8e congrès, Tours, 1977. L'historiographie en Occident du Ve au XVe siècle. pp. 409-414.
  • Vindiciae contra tyrannos. (2016, mars 3). Wikipédia, l'encyclopédie libre. Page consultée le 09:11, avril 4, 2016 à partir de http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Vindiciae_contra_tyrannos&oldid=123930726.
  • Paul-Alexis Mellet. Les Traités Monarchomaques. Confusion des temps, résistance armée et monarchie parfaite (vers 1560-vers 1600).. Genève, Droz, pp.568, 2007, Travaux d'Humanisme et Renaissance, 434, 978-2-600-01139-6.
  • Belmessous, S. (2014). THE PARADOX OF AN EMPIRE BY TREATY. Empire by Treaty: Negotiating European Expansion, 1600-1900, 1.
  • Murray, A. H. (1956). Franco-Gallia of Francois Hotoman, The. Butterworths S. Afr. L. Rev., 100.
  • Johnston, R. P. (2005). Jean Jacques Burlamaqui and the theory of social contract. Historia Constitucional, (6), 331-374.
  • “How Do People Rebel? Mechanisms of Insurgent Alliance Formation.” The Graduate Institute of International and Development Studies, http://www.graduateinstitute.ch/home/research/research-news.html/_/news/research/2018/how-do-people-rebel-mechanisms-o
  • BBC. (2018). The Thirty Years War, Germany, The Invention of... - BBC Radio 4. [online] Available at: https://www.bbc.co.uk/programmes/b015c342 [Accessed 7 Aug. 2018].

Références[edit | edit source]