Analyse Historique des Phases Conjoncturelles de la Première Mondialisation

De Baripedia


Les trois temps de la conjoncture

La mondialisation est un processus complexe d'intégration économique à l'échelle mondiale, qui s'est déployé de manière inégale à travers le globe. Bien que les marchés aient tissé des liens de plus en plus étroits entre eux, certains acteurs, comme l'Europe, ont vu leur influence et leur puissance économique s'accroître considérablement. Cette intégration progressive, bien que non uniforme, a mené à une dilution des frontières économiques traditionnelles et peut être divisée en trois phases historiques majeures.

La première phase, s'étendant de 1850 à 1872, marque une rupture fondamentale avec le passé. C'est une époque de transformation radicale qui a vu le monde basculer d'une organisation traditionnelle à un système moderne axé sur le progrès. L'explosion de la croissance économique et les avancées sociales de cette période témoignent de révolutions industrielles qui ont profondément modifié les modes de production et les rapports sociaux, jetant les bases d'un ordre mondial intégré.

La deuxième phase, qui court de 1873 à 1890, se caractérise par un ralentissement notable de l'expansion économique précédente. Cette période a été assombrie par une crise généralisée, affectant aussi bien l'industrie que l'agriculture, particulièrement en Europe. Les répercussions de cette dépression ont entraîné une stagnation économique, imposant des ajustements structurels significatifs et reflétant la vulnérabilité des économies face aux fluctuations du marché mondial.

La troisième phase, qui s'amorce entre 1890-95 et se prolonge jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale en 1914, est une période ambiguë marquée par un retour de la croissance économique mais également par une montée des tensions internationales. L'accroissement des disparités entre nations et la concurrence accrue pour les ressources et les marchés ont préparé le terrain à un climat de discorde qui finirait par aboutir à un conflit d'envergure mondiale. Cette période met en lumière le caractère précaire et conflictuel de l'interdépendance économique globale.

Ainsi, en examinant ces trois phases, il est possible de saisir l'évolution et les dynamiques de la mondialisation, avec ses hauts et ses bas, ses périodes de progrès fulgurants et ses moments de crise et de tension. Cela illustre la nécessité de considérer la mondialisation comme un phénomène multidimensionnel, qui touche bien au-delà des seules sphères économiques, influençant profondément l'organisation et la cohésion des sociétés à travers le monde.

Introduction : une première mondialisation

L'époque qui marque les prémices de la première mondialisation est souvent envisagée comme une période où les frontières économiques commencent à s'effacer progressivement, donnant lieu à une intégration transnationale des marchés et des échanges. Toutefois, cette caractérisation doit être nuancée. Si d'un côté la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle voient une expansion sans précédent des réseaux commerciaux et financiers à une échelle mondiale, cette ère est également celle où les nations et les empires intensifient le processus de consolidation de leurs identités nationales et impériales. Cette dualité se manifeste clairement à travers les diverses dynamiques de l'époque. D'une part, les avancées technologiques, notamment dans les transports et les communications, rétrécissent les distances et connectent les marchés, permettant aux biens, aux capitaux et aux personnes de circuler avec une aisance inédite. L'introduction du télégraphe, l'ouverture de canaux stratégiques comme celui de Suez et la généralisation de la vapeur sont des catalyseurs de cette interconnexion économique. D'autre part, l'ère est marquée par un élan de nationalisme et la formalisation de structures étatiques. Les grandes puissances coloniales se lancent dans une compétition pour l'acquisition de territoires outre-mer, consacrant ainsi le partage du monde entre empires. Ce phénomène est aussi accompagné par des politiques protectionnistes et la naissance de doctrines économiques favorisant l'industrialisation nationale et la sauvegarde des intérêts propres à chaque nation. C'est donc dans ce contexte complexe et parfois contradictoire que la première mondialisation prend forme, oscillant entre l'ouverture et la fermeture, la coopération internationale et la compétition impériale. Ce premier acte de la mondialisation s'établira comme un moment clé de l'histoire économique mondiale, posant les fondations des échanges internationaux modernes tout en soulignant les limites et les contradictions inhérentes à ce processus.

Causes

La première mondialisation a été fortement influencée par le déclin du protectionnisme, un mouvement qui s'est déroulé pour diverses raisons entrelacées et complexes. À l'origine, le protectionnisme servait de bouclier pour les économies nationales, les sauvegardant grâce à des tarifs douaniers qui renchérissaient les importations et protégeaient ainsi les producteurs locaux de la concurrence étrangère. Cependant, cette dynamique commence à s'inverser à mesure que le XIXe siècle avance, sous l'effet de plusieurs forces conjuguées. Des pressions politiques et économiques internes, souvent poussées par des producteurs désireux d'élargir leur marché et par des consommateurs en quête de diversité et de prix avantageux, ont commencé à ébranler les fondations du protectionnisme. Les industries matures, à la recherche de débouchés pour leurs excédents de production, soutenaient l'ouverture des frontières pour accéder à de nouveaux clients. En parallèle, les avancées technologiques révolutionnaient le transport et la communication, facilitant et rendant moins coûteux le commerce transfrontalier. Ce contexte favorisait naturellement un discours en faveur du libre-échange, porté par l'essor des idéologies économiques libérales qui prônaient les vertus du commerce sans entraves pour la croissance économique globale. De surcroît, l'époque fut marquée par la signature de nombreux accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux, où les nations convenaient de réduire mutuellement leurs barrières douanières. Ces traités ont ouvert la voie à une augmentation considérable des échanges internationaux. L'expansion de la production industrielle au-delà des capacités de consommation intérieure a également joué un rôle crucial, poussant les entreprises à chercher des marchés extérieurs pour écouler leur surplus. Cette recherche de nouveaux marchés a été d'autant plus facilitée par des périodes de paix relative entre les grandes puissances, permettant une stabilité nécessaire à la croissance du commerce international. Ainsi, le recul du protectionnisme ne s'est pas opéré en vase clos ; il est le produit d'une convergence de transformations économiques, technologiques, idéologiques et politiques. Ces changements ont non seulement allégé les contraintes commerciales mais ont également posé les jalons pour une ère de globalisation économique qui allait redéfinir les rapports internationaux.

L'essor de la première mondialisation a été fortement stimulé par le développement sans précédent des moyens de transport. Au XIXe siècle, l'avènement de la vapeur et l'amélioration continue des infrastructures de transport ont bouleversé les échanges commerciaux internationaux. La révolution dans les transports maritimes s'est traduite par la construction de navires à vapeur plus rapides et plus fiables, qui ont remplacé les voiliers dépendants des aléas du vent. Cela a permis une augmentation significative et constante des flux commerciaux, car les marchandises pouvaient désormais être déplacées plus rapidement et sur des distances plus longues. De plus, l'ouverture de voies navigables telles que le canal de Suez en 1869 a considérablement réduit les distances maritimes entre l'Europe et l'Asie, accélérant ainsi le commerce et réduisant les coûts de transport. Sur terre, la construction de réseaux ferroviaires a révolutionné le transport de marchandises et de personnes. Les trains offraient une capacité de chargement supérieure et une rapidité bien plus grande que les modes de transport terrestre traditionnels comme les chariots ou la navigation fluviale. Cette transformation a été particulièrement notable aux États-Unis, où le transcontinental Railroad, achevé en 1869, a relié la côte est à la côte ouest, ouvrant ainsi de vastes régions au commerce et à l'investissement. Cette intensification des échanges a entraîné une baisse significative des coûts de transport. L'économie d'échelle réalisée grâce aux bateaux de plus grande capacité et à l'efficacité accrue du transport ferroviaire a diminué les frais de livraison des marchandises. En conséquence, les produits pouvaient être vendus à des prix plus compétitifs sur des marchés éloignés, rendant les biens internationaux plus accessibles et augmentant la demande. En outre, la baisse des coûts de transport a également rendu les matières premières moins chères pour les producteurs et a permis l'intégration de régions éloignées dans l'économie mondiale, facilitant l'exportation de ressources jusqu'alors inaccessibles. L'impact sur les économies locales a été profond, avec l'ouverture de nouveaux marchés et la spécialisation régionale basée sur les avantages comparatifs. Le développement des transports a donc joué un rôle clé dans la dynamique de la première mondialisation, en rendant les échanges internationaux non seulement possibles mais aussi rentables. Ce processus a contribué à tisser un réseau économique mondial de plus en plus interdépendant, définissant ainsi la trajectoire des échanges internationaux pour les décennies à venir.

L'essor de la première mondialisation a été fortement stimulé par le développement sans précédent des moyens de transport. Au XIXe siècle, l'avènement de la vapeur et l'amélioration continue des infrastructures de transport ont bouleversé les échanges commerciaux internationaux. La révolution dans les transports maritimes s'est traduite par la construction de navires à vapeur plus rapides et plus fiables, qui ont remplacé les voiliers dépendants des aléas du vent. Cela a permis une augmentation significative et constante des flux commerciaux, car les marchandises pouvaient désormais être déplacées plus rapidement et sur des distances plus longues. De plus, l'ouverture de voies navigables telles que le canal de Suez en 1869 a considérablement réduit les distances maritimes entre l'Europe et l'Asie, accélérant ainsi le commerce et réduisant les coûts de transport. Sur terre, la construction de réseaux ferroviaires a révolutionné le transport de marchandises et de personnes. Les trains offraient une capacité de chargement supérieure et une rapidité bien plus grande que les modes de transport terrestre traditionnels comme les chariots ou la navigation fluviale. Cette transformation a été particulièrement notable aux États-Unis, où le transcontinental Railroad, achevé en 1869, a relié la côte est à la côte ouest, ouvrant ainsi de vastes régions au commerce et à l'investissement. Cette intensification des échanges a entraîné une baisse significative des coûts de transport. L'économie d'échelle réalisée grâce aux bateaux de plus grande capacité et à l'efficacité accrue du transport ferroviaire a diminué les frais de livraison des marchandises. En conséquence, les produits pouvaient être vendus à des prix plus compétitifs sur des marchés éloignés, rendant les biens internationaux plus accessibles et augmentant la demande. En outre, la baisse des coûts de transport a également rendu les matières premières moins chères pour les producteurs et a permis l'intégration de régions éloignées dans l'économie mondiale, facilitant l'exportation de ressources jusqu'alors inaccessibles. L'impact sur les économies locales a été profond, avec l'ouverture de nouveaux marchés et la spécialisation régionale basée sur les avantages comparatifs. Le développement des transports a donc joué un rôle clé dans la dynamique de la première mondialisation, en rendant les échanges internationaux non seulement possibles mais aussi rentables. Ce processus a contribué à tisser un réseau économique mondial de plus en plus interdépendant, définissant ainsi la trajectoire des échanges internationaux pour les décennies à venir.

La première mondialisation a également été marquée par la mondialisation des flux migratoires, une dynamique humaine d'ampleur qui a accompagné et renforcé les transformations économiques et sociales de l'époque. Les migrations internationales ont pris une tournure massive avec des millions de personnes quittant leurs pays d'origine pour s'installer dans de nouvelles régions du monde, souvent poussés par la recherche d'une vie meilleure, la fuite de conditions difficiles, ou l'attrait de l'opportunité économique due à la révolution industrielle et à l'expansion des empires coloniaux. Ces flux humains ont été facilités par les mêmes avancées technologiques qui ont permis l'intensification des échanges de biens et de services. La baisse des coûts de transport maritime a rendu le voyage transocéanique accessible à un plus grand nombre de personnes. De vastes mouvements de population ont eu lieu, notamment de l'Europe vers l'Amérique du Nord, l'Amérique Latine, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces migrations étaient souvent encouragées par les gouvernements coloniaux et nationaux qui cherchaient à peupler les territoires, à développer l'agriculture et à répondre aux besoins en main-d'œuvre des économies en croissance. Les immigrants ont non seulement contribué au développement économique des pays d'accueil par leur travail, mais ont aussi joué un rôle important dans le transfert de compétences, de connaissances et de cultures. Les diasporas créées par ces mouvements de population ont servi de ponts entre les nations, facilitant d'autres formes d'échanges comme le commerce, les investissements et même les relations diplomatiques. En même temps, ces migrations massives ont eu des conséquences profondes sur les sociétés, tant pour les pays d'accueil que pour les pays d'origine. Les pays d'origine pouvaient souffrir de la perte de population, mais bénéficiaient souvent des envois de fonds des émigrés. Les pays d'accueil, quant à eux, ont vu leur démographie, leur culture et leur économie transformées par l'arrivée de ces nouveaux arrivants. La mondialisation des flux migratoires pendant la première mondialisation a donc été un phénomène majeur qui a contribué à façonner le monde moderne, ses économies et ses sociétés. Elle a été un facteur essentiel de l'intégration économique mondiale, en rapprochant les peuples et en tissant des liens transnationaux qui continuent d'influencer les dynamiques globales aujourd'hui.

La première mondialisation a été caractérisée non seulement par une expansion des échanges commerciaux et des mouvements de populations mais aussi par une mondialisation financière significative. Les flux financiers internationaux, sous forme d'investissements directs à l'étranger, de prêts, d'obligations et d'actions, ont commencé à s'intensifier au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle. L'augmentation des flux financiers transfrontaliers était étroitement liée à la croissance économique et à l'industrialisation. Les pays en développement ou en phase d'industrialisation rapide avaient un besoin considérable de capitaux pour financer leur expansion. Parallèlement, les pays européens, en particulier le Royaume-Uni, avaient des excédents de capitaux qu'ils cherchaient à investir à l'étranger en quête de rendements plus élevés. Cela a conduit à un afflux important de capitaux, notamment dans les infrastructures telles que les chemins de fer, les ports, et les mines, mais aussi dans les services publics et dans le secteur financier lui-même. Les innovations dans le secteur financier, telles que la création de marchés boursiers organisés et l'expansion du système bancaire international, ont facilité ces mouvements de capitaux. Les banques européennes ont établi des succursales à l'étranger et ont commencé à jouer un rôle majeur dans le financement du commerce international et des investissements internationaux. La stabilité relative fournie par l'étalon-or, un système monétaire où les devises étaient convertibles en or à un taux fixe, a également encouragé les investissements transfrontaliers en réduisant le risque de change. Cette convertibilité a renforcé la confiance dans les transactions financières internationales et a facilité le commerce et les investissements à une échelle globale. Cependant, cette intégration financière n'était pas sans risques. Elle a rendu les économies nationales plus interdépendantes et donc plus vulnérables aux crises financières. La panique financière de 1873 et la crise bancaire de 1907 sont des exemples où les chocs financiers se sont propagés rapidement d'un pays à l'autre, démontrant les inconvénients d'un système financier interconnecté. La mondialisation financière a ainsi été un pilier essentiel de la première mondialisation, contribuant à l'augmentation de la richesse globale mais aussi à l'émergence d'une économie mondiale plus complexe et interdépendante. Elle a posé les fondations du système financier mondial contemporain, tout en mettant en lumière les défis associés à la gestion des flux de capitaux internationaux.

L’Europe est dominante en termes politique, économique, culturel

L’Europe est au centre de toutes les dynamiques, elle est clairement l’élément dominant de toute cette mondialisation. C’est à ce moment-là que l’Europe atteint son point historique le plus élevé. Cependant, l’Europe n’est pas unie, et les États-nations qui la composent finiront par s’entretuer durant la Première guerre mondiale, c’est une terre de confrontation et de tensions. D’autre part, les États-Unis prennent de plus en plus d’assurance et commencent leur ascension.

La révolution des transports

Elle a déjà débuté au XVIIIème siècle, car on a lancé dans plusieurs régions d’Europe la construction de grands canaux navigables afin de relier les bassins fluviaux.

Les chemins de fer : 1850 en Grande-Bretagne et Belgique, 1860 en France, 1870 des transports ferroviaires européens et continentaux sont mis en place. Les trains ont l'avantage d'être rapides, fiables (il y a très peu d’accidents), et puissants (on peut transporter de grandes quantités de charbon, des centaines d’humains, etc.). En 1914, apparition des trams dans les grandes villes. Le réseau ferroviaire européen est à son apogée.

L’ouverture de l’espace : l’isochrone d’une heure = le bassin de population que l’on peut atteindre en utilisant les transports à disposition. Si on est un commerçant c’est ce que l’on l’appelle un bassin de chalandise. Si on veut quitter notre entreprise, car l’on estime que notre salaire est très bas on peut faire jouer la concurrence sur toutes les entreprises du bassin de 400 000 habitants. Les gens prennent massivement le train pour aller travailler ce qui est une grande première dès les années 1850/1870 -> véritable de révolution des rapports humains.

Les bateaux à vapeur :

  • La traversée de l’Atlantique en 15 plutôt que 30 jours
  • Des roues à eau à l’hélice

Ce qui va changer c’est une sécurisation des voyages, qui seront plus rapides (traversée atlantique plus régulière et plus rapide). À l’époque de la marine à voile, s’il y avait une tempête il fallait une à deux semaines de plus pour arriver à destination. Avec la navigation à vapeur, il n’y a pas cette marge d’erreur due à la météo. Ceci aura des implications sur les immigrations ainsi que sur le commerce et grâce aux navires à vapeur on assiste à une mondialisation très concrète. Tout d’un coup, des produits très banals (comme le riz) vont se retrouver sur les terres européennes à des prix tout à fait raisonnables.

L’impact se fera donc aussi sur les coûts des transports qui vont s’effondrer.

En 1859, de très grands bateaux vont poser des câbles télégraphiques au fur et à mesure de leur avancée dans le fond de l’Atlantique. Cela va bouleverser la vie financière. À partir du moment où on a ces câbles entre Paris, Londres et New York, on peut vendre des actions dans la bourse de Wall Street et dans les secondes qui suivent on sera au courant en Europe -> des paniques boursières ont donc lieu.

Annexes

Références