Analyse Historique des Phases Conjoncturelles de la Première Mondialisation
| Faculté | Global Studies Institute |
|---|---|
| Professeur(s) | Michel Oris |
| Cours | Histoire économique et sociale de la globalisation, 16e-21e siècles |
Lectures
- Une gigantesque paysannerie
- Le régime démographique ancien : l'homéostasie
- Structures et changements de structures : le XVIIIe siècle
- Origines et causes de la révolution industrielle anglaise
- Mécanismes structurels de la révolution industrielle
- La diffusion de la révolution industrielle en Europe continentale
- Au-delà de l'Europe
- Les coûts sociaux de la révolution industrielle
- Introduction : les trois temps de la conjoncture
- Marchés nationaux et marchés mondiaux de produits
- La formation de systèmes migratoires mondiaux
- La mondialisation des marchés de l'argent
- La transformation des structures et des relations sociales durant la révolution industrielle
- Aux origines du tiers-monde
- Echecs et blocages dans les Tiers-Mondes
- L’organisation des rapports de production : un raccourci pour aller de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle
- Les Trente Glorieuses
- Une nouvelle économie : 1973 - 2007
- Les défis de l’État-Providence
- Autour de la colonisation : peurs et espérances du développement
- Le temps des ruptures
- Globalisation et modes de développement dans les « tiers-mondes »
Les trois temps de la conjoncture
La mondialisation est un processus complexe d'intégration économique à l'échelle mondiale, qui s'est déployé de manière inégale à travers le globe. Bien que les marchés aient tissé des liens de plus en plus étroits entre eux, certains acteurs, comme l'Europe, ont vu leur influence et leur puissance économique s'accroître considérablement. Cette intégration progressive, bien que non uniforme, a mené à une dilution des frontières économiques traditionnelles et peut être divisée en trois phases historiques majeures.
La première phase, s'étendant de 1850 à 1872, marque une rupture fondamentale avec le passé. C'est une époque de transformation radicale qui a vu le monde basculer d'une organisation traditionnelle à un système moderne axé sur le progrès. L'explosion de la croissance économique et les avancées sociales de cette période témoignent de révolutions industrielles qui ont profondément modifié les modes de production et les rapports sociaux, jetant les bases d'un ordre mondial intégré.
La deuxième phase, qui court de 1873 à 1890, se caractérise par un ralentissement notable de l'expansion économique précédente. Cette période a été assombrie par une crise généralisée, affectant aussi bien l'industrie que l'agriculture, particulièrement en Europe. Les répercussions de cette dépression ont entraîné une stagnation économique, imposant des ajustements structurels significatifs et reflétant la vulnérabilité des économies face aux fluctuations du marché mondial.
La troisième phase, qui s'amorce entre 1890-95 et se prolonge jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale en 1914, est une période ambiguë marquée par un retour de la croissance économique mais également par une montée des tensions internationales. L'accroissement des disparités entre nations et la concurrence accrue pour les ressources et les marchés ont préparé le terrain à un climat de discorde qui finirait par aboutir à un conflit d'envergure mondiale. Cette période met en lumière le caractère précaire et conflictuel de l'interdépendance économique globale.
Ainsi, en examinant ces trois phases, il est possible de saisir l'évolution et les dynamiques de la mondialisation, avec ses hauts et ses bas, ses périodes de progrès fulgurants et ses moments de crise et de tension. Cela illustre la nécessité de considérer la mondialisation comme un phénomène multidimensionnel, qui touche bien au-delà des seules sphères économiques, influençant profondément l'organisation et la cohésion des sociétés à travers le monde.
Introduction : une première mondialisation
L'époque qui marque les prémices de la première mondialisation est souvent envisagée comme une période où les frontières économiques commencent à s'effacer progressivement, donnant lieu à une intégration transnationale des marchés et des échanges. Toutefois, cette caractérisation doit être nuancée. Si d'un côté la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle voient une expansion sans précédent des réseaux commerciaux et financiers à une échelle mondiale, cette ère est également celle où les nations et les empires intensifient le processus de consolidation de leurs identités nationales et impériales. Cette dualité se manifeste clairement à travers les diverses dynamiques de l'époque. D'une part, les avancées technologiques, notamment dans les transports et les communications, rétrécissent les distances et connectent les marchés, permettant aux biens, aux capitaux et aux personnes de circuler avec une aisance inédite. L'introduction du télégraphe, l'ouverture de canaux stratégiques comme celui de Suez et la généralisation de la vapeur sont des catalyseurs de cette interconnexion économique. D'autre part, l'ère est marquée par un élan de nationalisme et la formalisation de structures étatiques. Les grandes puissances coloniales se lancent dans une compétition pour l'acquisition de territoires outre-mer, consacrant ainsi le partage du monde entre empires. Ce phénomène est aussi accompagné par des politiques protectionnistes et la naissance de doctrines économiques favorisant l'industrialisation nationale et la sauvegarde des intérêts propres à chaque nation. C'est donc dans ce contexte complexe et parfois contradictoire que la première mondialisation prend forme, oscillant entre l'ouverture et la fermeture, la coopération internationale et la compétition impériale. Ce premier acte de la mondialisation s'établira comme un moment clé de l'histoire économique mondiale, posant les fondations des échanges internationaux modernes tout en soulignant les limites et les contradictions inhérentes à ce processus.
Causes
- //recul du protectionnisme : le protectionnisme protégeait les producteurs nationaux par les taxes douanières ;
- développement des transports : amélioration des moyens de transport et intensification des échanges qui vont faire chuter les coûts de transport ;
- complexification et complémentarités : on assiste à la mise en place d’une économie mondiale complexe avec des jeux de complémentarité entre différents pays, et à une complexification par multiplication des applications de la loi de Ricardo (loi des avantages comparatifs), réussie au Danemark et ratée au Portugal. Cela va créer une économie interreliée ;
- flux humains : mondialisation des flux migratoires ;
- flux financiers : mondialisation financière et des grands capitaux.
L’Europe est dominante en termes politique, économique, culturel
L’Europe est au centre de toutes les dynamiques, elle est clairement l’élément dominant de toute cette mondialisation. C’est à ce moment-là que l’Europe atteint son point historique le plus élevé. Cependant, l’Europe n’est pas unie, et les États-nations qui la composent finiront par s’entretuer durant la Première guerre mondiale, c’est une terre de confrontation et de tensions. D’autre part, les États-Unis prennent de plus en plus d’assurance et commencent leur ascension.
La révolution des transports
Elle a déjà débuté au XVIIIème siècle, car on a lancé dans plusieurs régions d’Europe la construction de grands canaux navigables afin de relier les bassins fluviaux.
Les chemins de fer : 1850 en Grande-Bretagne et Belgique, 1860 en France, 1870 des transports ferroviaires européens et continentaux sont mis en place. Les trains ont l'avantage d'être rapides, fiables (il y a très peu d’accidents), et puissants (on peut transporter de grandes quantités de charbon, des centaines d’humains, etc.). En 1914, apparition des trams dans les grandes villes. Le réseau ferroviaire européen est à son apogée.
L’ouverture de l’espace : l’isochrone d’une heure = le bassin de population que l’on peut atteindre en utilisant les transports à disposition. Si on est un commerçant c’est ce que l’on l’appelle un bassin de chalandise. Si on veut quitter notre entreprise, car l’on estime que notre salaire est très bas on peut faire jouer la concurrence sur toutes les entreprises du bassin de 400 000 habitants. Les gens prennent massivement le train pour aller travailler ce qui est une grande première dès les années 1850/1870 -> véritable de révolution des rapports humains.
Les bateaux à vapeur :
- La traversée de l’Atlantique en 15 plutôt que 30 jours
- Des roues à eau à l’hélice
Ce qui va changer c’est une sécurisation des voyages, qui seront plus rapides (traversée atlantique plus régulière et plus rapide). À l’époque de la marine à voile, s’il y avait une tempête il fallait une à deux semaines de plus pour arriver à destination. Avec la navigation à vapeur, il n’y a pas cette marge d’erreur due à la météo. Ceci aura des implications sur les immigrations ainsi que sur le commerce et grâce aux navires à vapeur on assiste à une mondialisation très concrète. Tout d’un coup, des produits très banals (comme le riz) vont se retrouver sur les terres européennes à des prix tout à fait raisonnables.
L’impact se fera donc aussi sur les coûts des transports qui vont s’effondrer.
En 1859, de très grands bateaux vont poser des câbles télégraphiques au fur et à mesure de leur avancée dans le fond de l’Atlantique. Cela va bouleverser la vie financière. À partir du moment où on a ces câbles entre Paris, Londres et New York, on peut vendre des actions dans la bourse de Wall Street et dans les secondes qui suivent on sera au courant en Europe -> des paniques boursières ont donc lieu.