Origines et causes de la révolution industrielle anglaise
Basé sur un cours de Michel Oris[1][2][3]
Structures Agraires et Société Rurale: Analyse de la Paysannerie Européenne Préindustrielle ● Le régime démographique d'ancien régime : l'homéostasie ● Évolution des Structures Socioéconomiques au XVIIIe Siècle : De l’Ancien Régime à la Modernité ● Origines et causes de la révolution industrielle anglaise ● Mécanismes structurels de la révolution industrielle ● La diffusion de la révolution industrielle en Europe continentale ● Au-delà de l'Europe ● Les coûts sociaux de la révolution industrielle ● Introduction : les trois temps de la conjoncture ● Marchés nationaux et marchés mondiaux de produits ● La formation de systèmes migratoires mondiaux ● La mondialisation des marchés de l'argent ● La transformation des structures et des relations sociales durant la révolution industrielle ● Aux origines du tiers-monde ● Echecs et blocages dans les Tiers-Mondes ● L’organisation des rapports de production : un raccourci pour aller de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle ● Les Trente Glorieuses ● Une nouvelle économie : 1973 - 2007 ● Les défis de l’État-Providence ● Autour de la colonisation : peurs et espérances du développement ● Le temps des ruptures ● Globalisation et modes de développement dans les « tiers-mondes »
La Révolution industrielle marque un tournant décisif dans l'histoire humaine. En moins d'un siècle, ce bouleversement a profondément modifié les structures économiques et sociales, initiant une ère de changements dont l'ampleur et la rapidité sont sans équivalent dans les annales du passé.
Cette transformation a débuté sur le sol de l'Angleterre, distinctement avant de s'étendre à l'ensemble de la Grande-Bretagne ou au Royaume-Uni. À l'aube du XVIIIe siècle, l'Angleterre, forte de ses 6 millions d'habitants, représentait les deux tiers de la population britannique. Il est notable que la Révolution industrielle a pris racine et s'est épanouie principalement en Angleterre pendant presque cinquante ans avant que ses innovations et ses réformes ne franchissent les frontières et ne se propagent à travers les nations avec des modalités et un rythme propres à chaque contexte national.
Au seuil de cette période de métamorphose, vers 1780-1790, l'Angleterre se hissait à un niveau technique inégalé. Malgré le fait qu'elle ne représentait qu'environ 1 % de la population mondiale, sa contribution à la production de fer s'élevait à un dixième de la production globale, reflétant son avance industrielle. Le secteur de la filature, particulièrement gourmand en main-d'œuvre, fut l'un des premiers à connaître une mécanisation accélérée, posant les jalons d'une évolution industrielle qui allait redessiner le visage du travail et de la société.
Qu'est-ce que la révolution industrielle ?
Le terme de "Révolution industrielle" incarne la transition technologique et économique qui a métamorphosé les fondements des sociétés durant le XVIIIe siècle. Il marque le commencement d'une ère où l'ingéniosité humaine, couplée à des avancées industrielles sans précédent, a commencé à remodeler le monde naturel avec une vigueur et une échelle jamais vues auparavant. Cette période de révolution, au sens le plus large, implique une modification profonde des structures sociales par une altération des valeurs et des coutumes préexistantes. Elle se caractérise par l'introduction de nouvelles techniques de production massives, l'émergence de l'usine comme principal lieu de travail, ainsi que par l'adoption de la machine à vapeur et d'autres innovations qui ont bouleversé les méthodes traditionnelles de fabrication et de commerce. La révolution industrielle n'est pas seulement une période de changement technologique; elle symbolise également une époque où les rapports sociaux, économiques et culturels ont été redéfinis, posant les fondations de l'économie capitaliste moderne et influençant de manière durable l'histoire humaine.
La Révolution industrielle a été un moteur puissant d'accroissement démographique et de développement économique, contribuant à une expansion sans précédent de la population et de la prospérité. Cette période de transformation intensive a atteint son apogée au XIXe siècle avec l'expansion de la révolution industrielle à travers l'Europe, répandant ses innovations technologiques et ses modèles de production sur le continent. Le terme "Révolution industrielle" a ainsi été consacré par la sociologie pour désigner cette ère de bouleversements majeurs, non seulement dans le secteur industriel, mais aussi dans la structure même de la société. Les implications de ce phénomène dépassent largement le cadre des avancées techniques : elles impliquent une refonte radicale des relations sociales, une nouvelle hiérarchisation des classes, une redéfinition du travail et un changement dans les mentalités, avec l'émergence de valeurs telles que l'efficacité, le progrès et l'innovation. Cette révolution a engendré des effets d'entraînement dans toutes les sphères de la vie quotidienne, modifiant profondément les interactions humaines et les perspectives d'avenir. L'industrialisation a non seulement façonné le paysage économique, mais elle a également réorganisé la géographie humaine, avec un déplacement massif des populations des campagnes vers les villes, donnant naissance à l'urbanisation moderne.
La tentative de cerner avec précision le début de la Révolution industrielle est effectivement un exercice complexe, étant donné le caractère progressif et parfois inégal de ce processus, ainsi que l'absence de données statistiques fiables et systématiques pour cette période. Les historiens placent communément le début de la Révolution industrielle autour de 1750, moment où l'on commence à percevoir des changements notables dans les méthodes de production et de travail en Angleterre. Paul Bairoch a souligné l'importance de la Révolution agricole comme précurseur essentiel de la Révolution industrielle. Celle-ci, ayant permis une amélioration des rendements agricoles et une croissance démographique, a créé les conditions nécessaires pour le développement de l'industrie. Toutefois, cette perspective est le sujet d'un débat continu parmi les chercheurs, certains suggérant que d'autres facteurs, tels que l'accumulation du capital, l'innovation technologique, ou les institutions politiques et économiques, ont joué des rôles tout aussi cruciaux. Le terme « révolution industrielle » lui-même n'a été consacré qu'au XIXe siècle, notamment à partir de 1884, longtemps après les événements qu'il décrit. Le mot « révolution » a été utilisé pour la première fois dans un contexte moderne avec la Révolution française en 1789, et bien qu'il évoque une transformation rapide et radicale, la Révolution industrielle, en réalité, s'est déroulée sur plusieurs décennies, voire sur un siècle ou plus. Cette conception de changement abrupt a été particulièrement popularisée dans les années 1960 par l'historien économique Walt Whitman Rostow avec son modèle du « take-off » ou « décollage », qui comparait la croissance économique à la montée en puissance d'un avion. Selon Rostow, la Révolution industrielle représentait le point de « décollage » où une société passait d'une stagnation économique à une croissance auto-entretenue. La Révolution industrielle n'est pas un événement soudain mais plutôt une évolution caractérisée par des changements graduels et des ajustements continus, transformant fondamentalement les structures économiques et sociales sur une longue période.
Les trois secteurs fondamentaux de la révolution : le textile, la sidérurgie/charbonnage et l’énergie mécanique
La révolution du secteur textile est emblématique de la transformation industrielle qui s’est déroulée en Angleterre au XVIIIe siècle, illustrant parfaitement l’évolution technologique et ses répercussions économiques. La "navette volante", inventée en 1733 par John Kay, fut une amélioration significative dans l'industrie du tissage. Elle a permis de doubler la vitesse de tissage en permettant à la navette de traverser le métier à tisser à grande vitesse et sans intervention manuelle directe. Cette innovation a entraîné une augmentation de la demande en fil, car les métiers à tisser pouvaient désormais produire du tissu beaucoup plus rapidement qu’auparavant. Face à cette augmentation de la demande de fil, James Hargreaves a inventé en 1764 la "Spinning Jenny", un métier à filer révolutionnaire capable de filer plusieurs fils en même temps, surpassant largement la production des fileuses traditionnelles. Cependant, cette invention a créé un déséquilibre entre la capacité de production de fil et celle de tissage, la production de fil dépassant ce que les tisserands pouvaient transformer en tissu. Pour répondre à ce surplus de fil et au besoin d’accroître la productivité du tissage, le métier à tisser mécanique fut développé. En 1785, Edmund Cartwright brevète le premier métier à tisser mécanique qui, bien qu'imparfait au départ, posa les fondations pour les améliorations futures. Il a été suivi par l'adoption de la puissance à vapeur pour les métiers à tisser dans les années 1780, ce qui a permis une utilisation encore plus efficace de la production de fil des "Spinning Jenny" et a mené à un tissage mécanisé à grande échelle. Ces innovations ont non seulement accru la productivité, mais ont également transformé la structure de l’industrie textile, favorisant le passage d'une production artisanale à une production industrielle. Elles ont également eu des conséquences sociales significatives, telles que la concentration des travailleurs dans les usines et une réduction de la main-d'œuvre nécessaire, préfigurant les changements sociaux et économiques profonds apportés par la Révolution industrielle.
La combinaison sidérurgie-charbonnage a été l’un des piliers de la Révolution industrielle, avec le secteur textile, en forgeant littéralement les outils et les matériaux nécessaires à la construction de l'ère industrielle. L'innovation apportée par Abraham Darby en 1709 est effectivement un tournant décisif. En utilisant le coke, issu de la houille (charbon minéral), au lieu du charbon de bois pour la fusion du minerai de fer, Darby a non seulement répondu à la crise énergétique provoquée par la déforestation, mais a aussi posé les bases d'une production sidérurgique beaucoup plus importante. Le charbon de bois était limité non seulement par la quantité de bois disponible, mais aussi par son efficacité énergétique. Le procédé de Darby a permis de produire du fer en plus grande quantité et à moindre coût, car le coke pouvait atteindre des températures plus élevées et plus constantes, nécessaires à la production de fer. De plus, les gisements de houille étaient abondants en Angleterre, ce qui garantissait un approvisionnement stable et économique. Cette avancée a eu des répercussions immenses, car le fer était essentiel à de nombreuses industries de l'époque, y compris la construction de machines, de navires, de bâtiments, et plus tard, de chemins de fer. De plus, le coke devenant le combustible privilégié pour la production de fer, cela a stimulé l'exploitation des mines de charbon, renforçant ainsi la synergie entre la sidérurgie et le charbonnage. Cette dynamique a créé un cercle vertueux d'innovation et de production qui a alimenté l'expansion industrielle de la Grande-Bretagne et a contribué à asseoir sa domination économique mondiale pendant le XIXe siècle.
L’utilisation de l’énergie mécanique via la machine à vapeur est un autre aspect fondamental de la Révolution industrielle. L'adaptation de cette technologie dans divers secteurs industriels a permis un bond en avant dans la production et l'efficacité. La machine à vapeur, dans sa forme primitive, a été développée au début du XVIIIe siècle, avec des inventeurs comme Thomas Newcomen qui, en 1712, a créé une machine à vapeur destinée à pomper l'eau hors des mines de charbon. Bien que cette machine ait été un progrès significatif, elle était encore inefficace et coûteuse à exploiter. Le réel progrès est venu avec James Watt, qui, dans les années 1760 et 1770, a apporté des améliorations décisives à la machine à vapeur de Newcomen. Il a notamment inventé un condenseur séparé qui réduisait considérablement la consommation de charbon et augmentait l'efficacité. Watt a ensuite développé une machine qui convertissait le mouvement de va-et-vient en rotation, ce qui la rendait applicable à de nombreux processus industriels, bien au-delà du simple pompage de l'eau. À partir de 1780, avec les améliorations continues de Watt et d’autres, la machine à vapeur est devenue le moteur de l'industrie. Elle a permis de cadencer le travail des machines, d'où une meilleure prévisibilité et régularité de la production. L’ouvrier pouvait désormais ajuster la machine pour optimiser son temps de travail, et les machines pouvaient fonctionner jour et nuit, indépendamment des conditions météorologiques ou de la force musculaire humaine ou animale. L’impact de la machine à vapeur sur la société industrielle a été colossal, non seulement en améliorant l'efficacité et en réduisant les coûts, mais aussi en transformant radicalement la manière de travailler et l’organisation du travail. Avec le développement du chemin de fer à vapeur et des bateaux à vapeur, la machine à vapeur a aussi révolutionné le transport, accélérant ainsi le commerce et la communication à une échelle jusqu'alors inimaginable.
Le rôle de l’innovation
Le concept d’innovation
Une invention est la création d'un produit ou l'introduction d'un processus pour la première fois. L'innovation, cependant, se produit lorsque cette invention est adoptée et utilisée pour améliorer des processus existants ou pour créer des produits ou des processus entièrement nouveaux, et qu'elle a donc un impact économique ou social.
a "pile de Bagdad", un objet découvert qui ressemble à une cellule électrochimique et qui date probablement d'il y a plus de 2000 ans est un exemple. Si c'était vraiment une pile électrique, cette découverte serait considérée comme une invention remarquable. Néanmoins, puisque nous n'avons aucune preuve que cet objet a été utilisé pour des applications pratiques dans la société qui l'a produit, il n'est pas considéré comme une innovation dans le sens moderne du terme.
Dans le contexte de la Révolution industrielle, l'innovation est un concept clé. Beaucoup d'inventions, telles que la machine à vapeur améliorée par James Watt ou la "Spinning Jenny" de James Hargreaves, ont répondu à des besoins précis (comme la nécessité de pomper l'eau des mines plus efficacement ou de produire des textiles plus rapidement) et ont été adoptées à grande échelle. Ces inventions sont devenues des innovations parce qu'elles ont été largement utilisées, intégrées dans les processus de production, et qu'elles ont eu un impact significatif sur l'économie et la société dans son ensemble.
La relation entre invention et industrialisation
Avant la Révolution industrielle, l'augmentation de la demande pour des produits manufacturés a mené à une pénurie de main-d'œuvre dans les industries naissantes. Cela a eu pour effet d'augmenter le coût du travail, puisque les ouvriers, plus en demande, avaient un pouvoir de négociation plus élevé pour leurs salaires. La conséquence directe était l'augmentation des coûts de production et, par conséquent, des prix pour les consommateurs. Face à cette situation, les entrepreneurs et les industriels avaient un intérêt économique important à trouver des moyens de produire plus efficacement. Cela a stimulé l'innovation et la recherche de nouvelles technologies qui pourraient réduire la dépendance à la main-d'œuvre, diminuer les coûts et augmenter la production pour répondre à la demande croissante. Les inventions comme le métier à tisser mécanique et la machine à vapeur sont devenues des innovations majeures en ce sens qu'elles ont été adoptées à large échelle, ce qui a permis une production en série et à moindre coût. La mécanisation des processus de production a également permis de produire des biens en plus grande quantité et à des prix plus bas, ce qui a rendu ces biens accessibles à un plus large segment de la population, alimentant ainsi un cercle vertueux de croissance économique. Cette période a vu un changement de paradigme dans lequel la main-d'œuvre humaine n'était plus le principal moteur de la production. Au lieu de cela, l'efficacité a été obtenue grâce à l'utilisation de machines, ce qui a mené à un changement significatif dans les structures sociales et économiques de l'époque
L'équation du prix de vente, PV (prix de vente) = Sa (salaire) + MP (matières premières) + E (Espérance de revenu), prend une signification particulière lorsqu'elle est appliquée à la Révolution industrielle anglaise. Durant cette période, chaque composant de cette équation a subi des transformations profondes en raison des avancées technologiques et des évolutions sociales. En ce qui concerne les salaires (Sa), la Révolution industrielle a eu un impact ambigu. La demande accrue de main-d'œuvre dans les usines a pu conduire à une augmentation des salaires pour certains, tandis que la mécanisation a diminué la nécessité de compétences artisanales spécialisées, ce qui a exercé une pression à la baisse sur les salaires de ces métiers. Toutefois, de nouvelles compétences sont devenues nécessaires pour gérer et entretenir les machines, ce qui a créé un marché du travail en mutation. Les matières premières (MP), quant à elles, ont vu leur coût réduit grâce à des méthodes de production et de transport plus efficaces. Le développement des chemins de fer et la mécanisation des mines ont permis de réduire les prix du fer et du charbon, des composants clés de l'industrie naissante. L'espérance de revenu (E) reflète les bénéfices escomptés sur les ventes. Avec l'augmentation de la production de masse, les entreprises pouvaient espérer des marges bénéficiaires importantes malgré la réduction des prix unitaires, permettant ainsi une diffusion plus large des produits industriels. Au-delà de ces facteurs, la Révolution industrielle a introduit l'importance des investissements en capital dans des technologies innovantes et les économies d'échelle réalisées grâce à la production en volume. Ces éléments ont fondamentalement modifié la manière dont les coûts de production étaient calculés et gérés. Ainsi, dans le climat effervescent de l'industrialisation, la formule s'est complexifiée. Les salaires ont été influencés par la migration des travailleurs ruraux vers les villes industrielles, les coûts des matières premières ont été abaissés grâce à de nouveaux procédés d'extraction et de traitement, et l'espérance de revenu a été modulée par une concurrence accrue et une demande croissante résultant de la baisse des prix de vente. De plus, l'augmentation des coûts de capital due à l'investissement dans des machines coûteuses a été compensée par des rendements plus rapides dus à l'augmentation de la productivité. En fin de compte, les économies d'échelle ont permis de réduire les coûts par unité, renforçant la compétitivité et augmentant les profits, redéfinissant ainsi l'économie et la société de l'époque.
Dans le contexte de la Révolution industrielle anglaise, si le coût des salaires (Sa) et des matières premières (MP) est élevé, les entreprises doivent soit augmenter le prix de vente (PV) pour maintenir leur espérance de revenu (E), soit réduire leur marge bénéficiaire (E) pour garder leurs prix compétitifs. Étant donné que des prix de vente élevés peuvent réduire la demande pour les produits, les entreprises avaient une forte incitation à innover pour réduire les coûts. Dans le cadre de la Révolution industrielle anglaise, la gestion des coûts était cruciale pour les entreprises cherchant à prospérer. Les salaires élevés et le coût des matières premières posaient un dilemme : augmenter le prix de vente pour préserver les marges de profit, ou réduire ces marges pour offrir des prix compétitifs. La hausse des prix aurait pu entraîner une diminution de la demande, tandis que des marges bénéficiaires plus faibles pourraient compromettre la viabilité des entreprises. Face à cette équation économique, l'innovation est devenue la clé pour briser l'impasse. Les avancées technologiques ont apporté des solutions permettant d'optimiser la production. Par exemple, l'introduction de nouvelles machines dans l'industrie textile a considérablement augmenté l'efficacité de la production, réduisant ainsi la dépendance à une main-d'œuvre onéreuse et favorisant la fabrication en série, ce qui abaissait le coût unitaire de chaque produit. L'automatisation a également joué un rôle prépondérant en diminuant le besoin de main-d'œuvre qualifiée, ce qui a contribué à contenir les coûts salariaux. Parallèlement, des améliorations dans la gestion et le traitement des matières premières, comme le remplacement du charbon de bois par le coke dans la production de fer, ont non seulement réduit les coûts mais ont aussi permis une augmentation de la production. Ces innovations ont permis aux entreprises de maintenir ou de baisser leurs prix de vente tout en sauvegardant une marge bénéficiaire acceptable. En effet, dans un marché de plus en plus concurrentiel avec des consommateurs à la recherche de produits à bas prix, l'innovation était non seulement une question de maximisation des profits mais également une nécessité pour la survie économique.
Le phénomène d’accélération du rythme de création technologique
L'évolution de la technologie pendant la Révolution industrielle illustre parfaitement l'interaction dynamique entre l'innovation et le besoin de surmonter les obstacles pratiques. Chaque nouvelle invention pouvait introduire des changements significatifs dans les processus de production, mais souvent, ces mêmes changements créaient des défis inattendus qui nécessitaient à leur tour des solutions innovantes. Cette cascade d'innovations successives menait à des gains progressifs en efficacité et en productivité.
Par exemple, les améliorations des machines à tisser ont augmenté la demande de fil, ce qui a conduit à l'invention de la "spinning Jenny", une machine capable de filer de grandes quantités de laine rapidement. Cette innovation a elle-même créé un excès de fil qui a dépassé la capacité de tissage, conduisant au développement de métiers à tisser mécaniques plus efficaces. Chaque étape de ce processus a non seulement résolu le problème immédiat mais a également ouvert la voie à des augmentations de la capacité de production et à des réductions de coûts.
La diffusion latérale des innovations est un autre phénomène caractéristique de cette période. Les innovations ne sont pas restées confinées à leur domaine d'origine mais ont traversé les secteurs industriels, catalysant des avancées dans d'autres domaines. Le développement de la machine à vapeur en est un exemple remarquable. Initialement conçue pour pomper l'eau hors des mines, la machine à vapeur a été adaptée pour produire un mouvement rotatif, ouvrant ainsi la voie à la conception et à la production de locomotives. Cette adaptabilité trans-sectorielle des innovations a permis une transformation généralisée de l'industrie et des transports, changeant non seulement la façon dont les produits étaient fabriqués et distribués, mais également la structure même de l'économie et de la société.
Ces innovations cumulatives et leur propagation transversale ont été essentielles à la modernisation de l'industrie et à la création de nouvelles structures économiques qui ont caractérisé la Révolution industrielle. Elles ont non seulement rendu les processus plus efficaces mais ont également posé les bases d'une société industrielle et technologique qui continuerait à évoluer bien après la fin de la période industrielle classique.
Le factory system
Le système des manufactures, souvent désigné sous le terme de "factory system", représente effectivement l'un des changements fondamentaux apportés par la révolution industrielle. Ce système a marqué un tournant décisif dans les modes de production en concentrant la main-d'œuvre, les matières premières et les machines dans des établissements uniques et vastes : les usines. Dans ces usines, contrairement à l'artisanat et à la production domestique (le "putting-out system" ou système de production à domicile), le travail était hautement spécialisé et chaque ouvrier s'occupait d'une tâche précise dans le processus de production. Cette organisation du travail, connue sous le nom de division du travail, a permis une augmentation exponentielle de la productivité. Les ouvriers n'avaient plus besoin d'être des artisans qualifiés capables de fabriquer un produit de A à Z ; au lieu de cela, ils pouvaient être formés rapidement à exécuter une opération spécifique.
Le système des manufactures a également changé le visage économique de la société. Pour la première fois, la production était détachée des contraintes de la force musculaire humaine ou animale. La machine à vapeur, ainsi que d'autres formes de technologie, ont fourni une source d'énergie fiable qui a permis une production ininterrompue et à grande échelle. De plus, avec la centralisation de la production, les propriétaires d'usines pouvaient exercer un contrôle plus rigide sur le processus de production et sur les travailleurs. Cette centralisation a mené à une gestion plus systématique et à une standardisation des produits et des pratiques de travail. Toutefois, le système des manufactures n'était pas sans problèmes. Il a été associé à des conditions de travail difficiles, à des journées de travail longues et épuisantes et à une discipline de travail stricte. Il a aussi été critiqué pour avoir déshumanisé le travailleur et pour avoir entraîné des conséquences sociales délétères, comme la dégradation de la santé des travailleurs et l'exploitation des enfants.
L’usine
La révolution industrielle a marqué une transformation radicale de la manière dont les biens étaient produits et du cadre de vie des travailleurs. Autrefois, les gens vivaient et travaillaient principalement dans des zones rurales, produisant des articles à domicile ou dans de petits ateliers. Ce modèle de production décentralisé, connu sous le nom de système domestique ou de système de mise en œuvre, a été bouleversé par l'introduction et l'amélioration de la machine à vapeur. Les premières machines à vapeur ont été utilisées pour évacuer l'eau des mines, mais elles ont vite été adaptées pour fournir de l'énergie à d'autres machines dans les usines. Cette innovation a eu pour conséquence de centraliser la production dans de grandes usines, où les machines pouvaient fonctionner efficacement en utilisant une source d'énergie commune. En effet, l'installation et l'entretien des machines à vapeur coûteuses exigeaient que la production soit regroupée en un seul endroit.
Ce regroupement a engendré une transformation significative dans l'organisation du travail. Les ouvriers quittaient leurs domiciles et les petits ateliers pour travailler dans les usines, où ils pouvaient être plus facilement supervisés et où le travail était organisé de manière beaucoup plus structurée. Cette centralisation du travail dans les usines a conduit à une urbanisation rapide, les ouvriers se déplaçant vers les villes qui se développaient autour de ces centres de production, souvent situés près des sources d'énergie ou des réseaux de transport naissants. L'impact sur les travailleurs était profond. Ils ont dû s'adapter à une vie régie non plus par les cycles naturels, mais par les horaires stricts imposés par le fonctionnement des usines. La productivité s'est accrue de façon spectaculaire grâce à l'utilisation de machines alimentées par la vapeur, réduisant le temps nécessaire à la production des biens.
Ces changements n'ont pas été sans difficulté. Les travailleurs faisaient face à des conditions difficiles, la santé publique dans les zones urbaines surpeuplées se détériorait et les villes étaient souvent insalubres. Néanmoins, cette concentration de la production et de la main-d'œuvre a permis des économies d'échelle et des innovations qui ont transformé l'économie mondiale, jetant les bases de la croissance et de la prospérité économique contemporaine.
La discipline
La révolution industrielle a imposé un changement majeur dans la manière dont le travail était organisé. Dans le système précédent, les ouvriers avaient une grande marge de manœuvre concernant leurs horaires de travail, avec une structure moins contraignante qui leur permettait d'adapter leur travail à leur vie personnelle et aux saisons. Cependant, cette souplesse n'était plus possible avec l'introduction des usines.
Avec la naissance de ces grandes installations industrielles, les ouvriers ont dû s'adapter à un cadre de travail bien plus rigide. La discipline est devenue un aspect central de la production pour plusieurs raisons essentielles. Premièrement, les machines à vapeur et autres outils coûteux nécessitaient d'être utilisés de façon continue pour être rentabilisés, impliquant ainsi la nécessité d'une main-d'œuvre constamment présente et opérationnelle. Deuxièmement, le processus de travail en usine requérait une coordination minutieuse des tâches, chaque travailleur étant un maillon d'une chaîne de production en série. L'absence ou le retard d'un seul pouvait entraîner un déséquilibre de l'ensemble du système. Troisièmement, la production de masse dépendait de l'uniformité et de la prévisibilité, ce qui exigeait que les ouvriers suivent des procédures standardisées afin d'assurer l'homogénéité des produits finaux.
Pour assurer cette discipline, les usines ont mis en place des horaires de travail stricts et des règles précises pour les pauses, avec des systèmes de surveillance pour contrôler les heures de présence des employés. Les retards et les absences étaient souvent sanctionnés par des amendes, et tout le cadre de travail était conçu pour maximiser l'efficacité et le rendement.
Cette transition vers une discipline stricte dans le travail a été une épreuve pour beaucoup d'ouvriers habitués à une plus grande liberté. Les frictions entre les employés et les patrons étaient monnaie courante, et l'adaptation à la vie industrielle s'est accompagnée de tensions et de luttes pour les droits ouvriers. L'ajustement à ces nouveaux rythmes imposés par l'industrialisation et les exigences des usines a pris du temps et a profondément transformé la société.
Pourquoi la révolution industrielle débute en Angleterre?
La révolution industrielle, qui a débuté en Angleterre vers la fin du XVIIIe siècle, a effectivement constitué un tournant majeur dans l'histoire humaine. Cette période a vu l'émergence de nouvelles technologies qui ont bouleversé les méthodes traditionnelles de production, en particulier dans des secteurs comme le textile, la métallurgie et plus tard la chimie et le transport. Les innovations technologiques ont été le moteur de ce changement. Le développement de la machine à vapeur par James Watt, la création de la spinning jenny par James Hargreaves, et l'introduction du procédé de puddlage pour la production de fer plus pur par Henry Cort sont quelques exemples de l'avancée technologique qui a favorisé cette transformation. Ces inventions ont permis une production plus rapide et à plus grande échelle, réduisant ainsi le coût des biens et modifiant les méthodes de travail. Sur le plan économique, la révolution industrielle a conduit à la création de nouveaux types d'entreprises et d'industries, ainsi qu'à la concentration de la production dans des usines de plus en plus grandes, connues sous le nom de "factory system". Cette concentration de la production a permis des économies d'échelle et une augmentation spectaculaire de l'efficacité productive. Socialement, elle a entraîné un déplacement massif de la population. Les ouvriers agricoles et les artisans, dont les métiers étaient rendus obsolètes par les nouvelles machines, ont migré vers les villes pour travailler dans les usines, ce qui a engendré une urbanisation rapide et souvent non planifiée. Cela a aussi donné lieu à une nouvelle classe sociale : la classe ouvrière, qui vivait dans des conditions souvent précaires et travaillait de longues heures. La révolution industrielle a aussi eu d'importantes conséquences sur l'environnement, avec l'augmentation de la pollution et l'exploitation accrue des ressources naturelles. Elle a posé les bases de la croissance économique moderne, mais a également soulevé des questions sur le développement durable et l'équité sociale, qui sont encore d'actualité aujourd'hui. La révolution industrielle ne fut pas simplement une période de changement technique, mais une transformation profonde de l'ensemble de la société qui a redéfini les structures économiques, sociales, et même politiques, à une échelle jusqu'alors inédite.
La révolution industrielle a trouvé un terreau particulièrement favorable en Angleterre grâce à une combinaison de facteurs qui se sont harmonieusement imbriqués pour catalyser ce changement radical. Elle disposait d'abondantes réserves de charbon et de fer, essentielles pour alimenter les nouvelles machines et la production industrielle. Parallèlement, une population en expansion rapide a fourni une main-d'œuvre abondante pour les usines et un marché croissant pour les produits fabriqués. Les avancées technologiques étaient également en plein essor, avec une série d'inventions qui ont transformé les industries, notamment le textile et la production d'énergie. Cet esprit d'innovation était soutenu par un accès relativement aisé au capital et par un esprit d'entreprise dynamique, permettant ainsi aux innovations de se transformer rapidement en entreprises prospères. S'ajoute à cela une stabilité politique et un système juridique bien établi qui ont offert un environnement sûr pour les investissements et une protection des innovations grâce à des systèmes de brevets. La portée de l'empire britannique, quant à elle, a ouvert des marchés lointains pour les produits fabriqués tout en assurant un flux régulier de matières premières. De plus, une culture favorable à la progression scientifique et à l'application pratique des connaissances a promu encore davantage les innovations techniques. Une structure sociale qui permettait une certaine mobilité a donné naissance à une nouvelle classe de travailleurs qualifiés et de gestionnaires, essentiels à la conduite des entreprises industrielles. Enfin, les investissements dans l'infrastructure tels que les réseaux de canaux et les chemins de fer ont grandement amélioré la logistique, rendant le transport des matières premières et des produits finis plus efficace. Tous ces éléments ont convergé pour établir l'Angleterre comme le berceau de cette révolution, qui a par la suite rayonné bien au-delà de ses frontières.
Une révolution des consommateurs dès 18e siècle : 1700 - 1760
Une attitude nouvelle : le désir de consommer
L'émergence d'un désir croissant de consommer des biens est en effet un phénomène qui a accompagné et stimulé la révolution industrielle. Au XVIIIe siècle, avec l'augmentation de la population et l'amélioration graduelle des revenus, la demande pour des produits manufacturés a commencé à s'élever.
Avant que la mécanisation ne transforme la production, cette demande accrue a été satisfaite par des méthodes traditionnelles de travail, telles que le système de manufacture à domicile ou "putting-out system", où les artisans travaillaient à leur domicile ou dans de petits ateliers, une production qui n'était pas encore rationalisée par les machines. Cette croissance économique sans gain de productivité signifiait que plus de personnes étaient nécessaires pour produire la même quantité de biens, puisque la production par travailleur restait relativement stable sans l'aide de la mécanisation. Cela a créé une pression sur les ressources disponibles, notamment le travail et les matières premières. Le déséquilibre entre la demande croissante et la capacité de production stagnante a encouragé les investisseurs et les entrepreneurs à chercher des moyens d'augmenter la productivité. Cela a conduit à l'adoption de nouvelles technologies, telles que les machines à filer et à tisser, qui pouvaient produire beaucoup plus efficacement que les méthodes manuelles. En conséquence, les premières innovations de la révolution industrielle ont été principalement orientées vers la satisfaction de ce désir croissant de consommation. La mécanisation et la centralisation de la production dans les usines ont permis de produire des biens en plus grande quantité et à moindre coût, répondant ainsi à la demande du marché tout en augmentant la productivité et stimulant la croissance économique.
La croissance de la consommation au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne peut être considérée comme le résultat de l'expansion du commerce maritime. La puissance navale britannique a permis un accès régulier et sécurisé à une gamme étendue de produits exotiques. Ces marchandises, qui étaient auparavant réservées à une élite, ont commencé à circuler plus largement et à stimuler la curiosité et le désir parmi la population générale. De plus, la consommation a commencé à se démocratiser, s'étendant au-delà des classes supérieures pour toucher un public plus vaste. Les gens avaient désormais les moyens d'acheter des objets qui symbolisaient le statut et l'appartenance à une certaine classe sociale. Les documents tels que les inventaires après décès révèlent que les individus possédaient plus d'objets personnels qu'auparavant, y compris des biens de mode et des vêtements récents, ce qui témoigne d'une augmentation générale de la consommation et de l'intérêt pour les biens matériels. Parallèlement, la révolution industrielle a apporté avec elle des avancées technologiques qui ont révolutionné la production de biens. Des produits tels que les vêtements sont devenus moins chers et plus accessibles, favorisant ainsi un renouvellement plus fréquent et une augmentation de la consommation. Ces innovations ont non seulement rendu la consommation plus accessible, mais ont aussi encouragé la poursuite de l'innovation pour répondre à une demande croissante. L'époque était également caractérisée par un changement dans les valeurs sociales et les aspirations individuelles. Le succès personnel et la capacité à consommer devenaient des marqueurs de position sociale, incitant une grande variété d'individus à rechercher une amélioration de leur qualité de vie à travers l'achat de biens. Ainsi, la révolution industrielle et la culture de consommation se sont mutuellement renforcées, créant un cycle vertueux de demande et d'innovation qui a contribué à la croissance économique soutenue de la Grande-Bretagne pendant cette période.
Les premiers pas d’une économie de consommation
L'évolution des pratiques commerciales et la naissance de la consommation de masse au XVIIIe siècle en Angleterre constituent une autre facette intéressante de la révolution industrielle. Le commerce traditionnel, basé sur le colportage, qui impliquait des vendeurs itinérants transportant leurs marchandises de village en village, a commencé à se transformer. L'émergence de la boutique fixe et de l'espace commercial sédentaire a marqué un tournant significatif dans la manière de vendre et de consommer. Les boutiques avec de grandes vitrines, qui étaient une nouveauté à l'époque, offraient un spectacle attrayant qui captivait le regard des passants. Ces vitrines étaient méticuleusement organisées pour présenter les marchandises de manière esthétique et attirante, en jouant sur les désirs et les aspirations des clients potentiels. C'était une rupture par rapport à l'approche directe et fonctionnelle du colportage, introduisant un élément de spectacle et de désir dans l'acte d'achat. La publicité, sous ses diverses formes naissantes, a joué un rôle crucial dans cette nouvelle culture de consommation. Elle a commencé à influencer les choix des consommateurs en leur faisant croire qu'ils avaient besoin de produits qu'ils n'avaient pas considérés auparavant. Les annonces imprimées, les affichages et même les démonstrations de produits étaient autant de moyens utilisés pour inciter à l'achat. Parallèlement, l'apparition de nouveaux loisirs et la structuration du temps autour de moments de détente ont également joué un rôle dans l'évolution des comportements de consommation. La promenade dominicale après la messe, par exemple, offrait une occasion de socialisation et de flânerie, transformant la visite des boutiques en un passe-temps en soi. Cela a permis de normaliser et d'intégrer davantage la consommation dans la vie quotidienne des gens. Ces développements ont contribué à la naissance d'une société de consommation en Angleterre, où l'acquisition de biens est devenue une partie intégrante de la culture et du mode de vie, allant bien au-delà de la satisfaction des besoins fondamentaux pour englober une dimension de plaisir, de statut social et d'identité personnelle.
Il y a deux changements majeurs dans la société britannique dans la première moitié du 18e siècle
L'évolution des valeurs en Angleterre pendant la révolution industrielle reflète un changement profond dans les priorités sociales et les attitudes culturelles. À mesure que la société se transformait grâce aux progrès de la technologie et de l'industrie, la notion de progrès elle-même a commencé à être repensée en termes matériels. L'importance accordée aux valeurs religieuses et morales traditionnelles a commencé à diminuer au profit de l'appréciation des avantages tangibles et du bien-être matériel. La réussite économique et l'accumulation de richesses sont devenues des indicateurs de progrès et de statut social. Dans ce nouveau cadre de valeurs, le succès individuel et collectif était souvent mesuré par la capacité à consommer, à posséder et à améliorer le confort matériel de la vie. Cette association entre le progrès et le bien-être matériel a eu des implications significatives pour la société. Par exemple, s'habiller avec des vêtements à la mode ou améliorer l'isolation et le confort des maisons n'étaient plus seulement des moyens de répondre aux besoins pratiques, mais aussi des symboles de statut et de réussite personnelle. Cela a encouragé l'adoption de technologies innovantes et la recherche constante d'améliorations dans la production de biens de consommation. La mentalité de consommation qui s'est développée pendant cette période a été alimentée par la croyance que le progrès matériel était non seulement désirable mais également un droit. Cela a conduit à une culture où la poursuite du progrès était intrinsèquement liée à l'acquisition de biens matériels, influençant les motivations derrière l'innovation technologique et façonnant la trajectoire de la société industrielle. En fin de compte, ce changement de système de valeurs a joué un rôle clé dans la dynamique de la révolution industrielle, motivant l'expansion économique et influençant profondément l'évolution des structures sociales et économiques dans l'Angleterre moderne et, par extension, dans le monde entier.
Le XVIIIe siècle a marqué une période de transformation sociale significative, particulièrement en Angleterre où les rigidités des structures féodales ont commencé à s'assouplir. La montée de la bourgeoisie, une classe sociale composée d'individus qui tiraient leur statut de leur richesse et de leur rôle dans le commerce et l'industrie, a changé la manière dont le statut social était perçu et acquis. Dans la société préindustrielle, la noblesse était le sommet de la hiérarchie sociale, et le statut était principalement hérité. Cependant, avec les bouleversements économiques de la révolution industrielle, la richesse générée par le commerce et les nouvelles industries a commencé à offrir des voies d'ascension sociale qui n'étaient pas possibles auparavant. Les entrepreneurs prospères, les commerçants et les industriels ont commencé à acquérir des biens et un style de vie qui étaient autrefois l'apanage de la noblesse. En Angleterre, la noblesse a également réagi à ces changements, comme le montre leur intérêt pour l'amélioration agricole et l'agronomie, investissant ainsi dans des domaines qui contribuaient au développement économique. La fluidité sociale accrue a permis à ceux qui réussissaient dans les affaires d'imiter les apparences extérieures de la noblesse, en adoptant leur mode de vie, leurs vêtements et même leurs passe-temps. Le statut social a donc commencé à être influencé par le succès économique et la capacité à consommer et à afficher des signes extérieurs de richesse. Cette tendance a été encore plus marquée dans les colonies américaines, où les distinctions de classe étaient moins ancrées et où l'opportunité économique était souvent vue comme un moyen d'établir un nouveau statut social. En effet, aux États-Unis, la promesse de la démocratie et de l'égalité des chances a pris racine dans un contexte où le statut social pouvait être acquis grâce à la réussite individuelle plutôt que par la naissance. Les frontières entre les classes sociales étaient plus perméables, permettant une mobilité sociale plus grande. Cela a conduit à des cas où certains individus issus de la noblesse étaient prêts à renoncer à leur titre héréditaire pour participer à ce nouveau monde de possibilités basées sur le mérite personnel et le succès économique. La fluidification de la société a ainsi été un élément moteur de l'évolution sociale et économique, contribuant à l'émergence d'une dynamique capitaliste où la richesse et l'innovation industrielle ont redéfini les structures de pouvoir et les hiérarchies.
Augmentation de la production de 60% entre 1700 et 1760
La période de 1700 à 1760 marque les prémices de la révolution industrielle en Angleterre et est caractérisée par des avancées significatives qui ont préparé le terrain pour les changements majeurs à venir. L'augmentation de 60% de la production durant cette période illustre l'accélération de l'activité industrielle et l'efficacité croissante des processus de fabrication. L'adoption de la machine à vapeur, développée par Thomas Newcomen aux alentours de 1712 et améliorée par James Watt plus tard dans le siècle, a joué un rôle crucial. Bien que les premières machines à vapeur fussent principalement utilisées pour pomper l'eau des mines, elles posaient les bases pour leur utilisation future comme source d'énergie dans la production industrielle. En effet, la machine à vapeur est devenue un symbole emblématique de la révolution industrielle, permettant une automatisation accrue et la mécanisation de nombreux processus de fabrication. Le système d'usine a également contribué à cette augmentation de la production. En centralisant les travailleurs et les machines dans de grands complexes, on a pu spécialiser et rationaliser la production, ce qui a permis d'augmenter la quantité et la régularité des biens produits. Cette spécialisation a permis d'exploiter les économies d'échelle et de réduire les coûts de production, rendant les produits plus accessibles à une population en croissance. En outre, les améliorations dans les infrastructures de transport, comme la construction de canaux et le développement des routes, ont facilité le mouvement des matières premières vers les usines et la distribution des biens finis vers les marchés locaux et internationaux. Ces innovations dans le transport ont réduit les délais et les coûts associés à la distribution, permettant ainsi aux produits fabriqués en Angleterre de devenir compétitifs sur le marché mondial. Ces transformations technologiques et organisationnelles ont contribué à une croissance économique soutenue en Angleterre, établissant ainsi les bases de l'expansion industrielle qui caractériserait la seconde moitié du XVIIIe siècle. Cette période a donc été un moment charnière où les bases d'une économie industrielle moderne ont été établies, marquant le début d'une ère de progrès et d'innovation qui allait transformer le monde.
Des salaires élevés
L'augmentation de la production durant la révolution industrielle anglaise s'est effectivement accompagnée d'une croissance de la main-d'œuvre employée dans les nouveaux secteurs industriels. Cette demande accrue pour des travailleurs a exercé une pression ascendante sur les salaires en raison des principes de l'offre et de la demande : une forte demande pour des travailleurs dans un contexte où l'offre est limitée tend naturellement à faire monter les salaires. À mesure que les salaires augmentaient, les ouvriers et leurs familles disposaient de plus de moyens pour consommer, contribuant ainsi à l'enrichissement progressif des "petites gens" ou des classes ouvrières. Cette consommation accrue a à son tour alimenté la demande pour des produits manufacturés, stimulant la production et l'innovation industrielle. Cependant, cette hausse des salaires a eu un effet secondaire : elle a encouragé les propriétaires d'usines et les entrepreneurs à chercher des moyens de réduire les coûts de production pour maintenir ou augmenter leur marge bénéficiaire. La mécanisation est apparue comme la solution évidente pour atteindre cet objectif. En remplaçant le travail manuel, qui devenait de plus en plus coûteux, par des machines, les entreprises pouvaient produire des biens plus rapidement, en plus grande quantité et à un coût moindre. Cette substitution du capital (machines) au travail a mené à ce que l'on appelle souvent la "deuxième phase" de la révolution industrielle, qui a été marquée par un essor encore plus grand de la mécanisation et de l'automatisation dans la production. Cela a eu des conséquences à long terme sur la structure de l'emploi et les compétences requises de la force de travail. Les travailleurs devaient s'adapter à de nouvelles méthodes de travail, souvent plus rigoureuses et répétitives, dans un environnement industriel. Ces changements ont aussi engendré des tensions sociales, car si certains secteurs de la société s'enrichissaient grâce à l'industrialisation, d'autres voyaient leur mode de vie traditionnel bouleversé, avec une concurrence accrue et une pression vers le bas sur les salaires dans certains métiers manuels à cause de l'automatisation.
Pourquoi la révolution industrielle débute en Europe?
La révolution industrielle a commencé en Europe pour diverses raisons. L'un des principaux facteurs était la disponibilité de ressources, telles que le charbon et le fer, qui étaient nécessaires au développement de nouvelles technologies. L'Europe avait également une population importante et en pleine croissance, ce qui fournissait une réserve de travailleurs pour les nouvelles usines et industries qui voyaient le jour. En outre, l'Europe avait une longue histoire d'innovation et d'esprit d'entreprise, ce qui encourageait le développement de nouvelles idées et technologies. Enfin, l'Europe disposait d'un environnement politique et économique stable, qui offrait un cadre propice à la croissance de l'industrie.
Un sentiment de supériorité et l’esprit d’ouverture
Une première explication est le sentiment de supériorité des européens sur les autres civilisations, mais en même temps un certain esprit d’ouverture. Marx explique quand dans les grands empires asiatiques, on trouve plusieurs religions dans un seul empire (Ottoman=juifs, musulmans (sunnites et chiites), bouddhistes…) alors qu’en Europe, on a un bloc catholique. On le voit par le fait qu’à la fin du Moyen-Âge, on expulse les juifs. C'est l’Europe de la chrétienté, il n’y a aucune concurrence. C’est cette unité chrétienne qui serait à la base de ce sentiment de supériorité.
L’Europe a toutefois absorbé une grande quantité d’inventions d’autres cultures : l’algèbre provient de l'arabe, la patate est importée des Amériques. David Landes pense que la certaine supériorité de l’Europe est due à l’alphabet : en Chine ou au Japon, il faut savoir lire des milliers de caractères, ce qui rend l’alphabétisation extrêmement difficile. Seule une élite intellectuelle est capable de lire. En Europe, c’est beaucoup plus facile, car il n’y a que vingt-six caractères à apprendre. De plus, le protestantisme demande aux fidèles de lire la Bible, ce qui contribue à l’alphabétisation[4][5][6][7]. Mais comment les japonais ont-ils fait pour s’industrialiser s’ils ont tant de caractères à apprendre, les enfants japonais apprennent bien tous ces caractères…
La disponibilité d’énergie
La disponibilité de l'énergie a été un facteur clé de la révolution industrielle en Europe. Au début de la révolution industrielle, la plupart de l'énergie utilisée pour alimenter les usines et les moulins provenait de l'eau et de la vapeur. La présence de rivières et d'autres sources d'eau a permis de construire des roues hydrauliques et des moteurs à vapeur, qui fournissaient l'énergie nécessaire au fonctionnement des premières usines et des premiers moulins. À mesure que la révolution industrielle progressait, de nouvelles sources d'énergie, telles que le charbon et le pétrole, sont devenues disponibles, ce qui a permis de poursuivre l'expansion de l'industrie. La capacité d'accéder à ces sources d'énergie et de les exploiter a été cruciale pour la croissance de l'industrie en Europe, et a joué un rôle majeur dans le développement de la révolution industrielle.
Les facteurs climatiques et géographiques
Le climat et la géographie ont joué un rôle important dans la révolution industrielle en Europe. L'Europe bénéficie d'un climat tempéré et d'une grande diversité de paysages, ce qui la rendait propice à toute une série d'industries. Par exemple, les ressources naturelles abondantes, telles que le charbon et le fer, qui étaient disponibles dans de nombreuses régions d'Europe, ont été essentielles pour le développement de nouvelles technologies et de nouveaux procédés de fabrication. La disponibilité de l'eau, nécessaire à l'alimentation des premières usines et moulins, a également été un facteur clé de la croissance de l'industrie. En outre, la situation géographique de l'Europe, avec son accès aux routes commerciales internationales, a permis l'échange facile de biens et d'idées, ce qui a encore facilité la croissance de l'industrie.
Le morcellement politique
Au sortir du Moyen-Âge, on a un très grand morcellement politique, et les États-nations sont constamment en compétition les uns avec les autres. Karl Marx théorise le fait qu’un empire comme la Chine ne pouvait se développer, car le pouvoir était trop centralisé, et ne permettant donc pas la progression. Il établit donc toute une théorie où les dictatures sont vouées à s’effondrer sur elles-mêmes. En Europe, les découvertes sont dues au fait qu’il y a une compétition entre les États. Par exemple, Christophe Colomb a été financé par l’Espagne, car Isabelle la Catholique désirait impressionner ses rivaux.
L’expansion coloniale
Ces grandes découvertes sont la base du commerce triangulaire, et ont permis le développement de l’Europe.
Il faut noter que personne n’est d’accord sur ces éléments. Par exemple, la Suisse a été un des premiers pays à s’industrialiser, mais la Suisse n’a pas eu d’empire colonial ni d’ouverture sur la mer par exemple.
La révolution industrielle : un événement inéluctable ?
On en vient à se demander si la révolution industrielle n’était pas quelque chose d’inéluctable. Pourquoi est-ce que c’est l’Angleterre, et pas l’Espagne, qui réunissait tous les éléments ci-dessus, qui a été le berceau de la révolution.
Ce qui est certain, c’est qu’à partir de 1760, l’Angleterre change son économie très rapidement, de telle sorte que la révolution est totalement installée en 1800. Cet évènement s’est répandu au reste de l’Europe, mais pas au-delà causant cette fracture entre l’Europe et le reste du monde.
Une hypothèse controversée : une révolution agricole ?
Dans une certaine mesure, la révolution industrielle peut être considérée comme une révolution agricole. La révolution industrielle a été marquée par le passage du travail manuel à la fabrication par des machines, ce qui a eu un impact majeur sur l'agriculture également. Le développement de nouvelles technologies, telles que les charrues et les batteuses mécanisées, a permis d'accroître la productivité et l'efficacité de l'agriculture. La croissance du réseau de transport, notamment la construction de routes, de canaux et de chemins de fer, a également facilité le transport des produits agricoles vers les marchés, ce qui a contribué à stimuler le commerce agricole. En outre, la croissance démographique qui a accompagné la révolution industrielle a créé une plus grande demande de nourriture, ce qui a encore stimulé le développement de l'agriculture. Dans l'ensemble, la révolution industrielle a eu un impact significatif sur l'agriculture, et on peut la considérer comme une révolution agricole en ce sens.
La fin progressive de la jachère
Toute la communauté d’historiens se met d’accord pour dire qu’il n’y a pas eu de révolution agricole en Europe, dans le sens où on n’a pas connu l’invention des tracteurs et des engrais au 18e siècle. À cette époque, c’est la naissance de l’agronomie, de la culture du riz et de la pomme de terre en Europe. En Angleterre, au 18e siècle, on supprime progressivement la jachère. Jusqu’alors, l’agriculture fonctionne sur un système triennal, avec un tiers des terres en jachère permanente. Or on découvre que certaines plantes comme le trèfle permettent une régénération des sols. Et avec ces plantes comme le trèfle, qu’on fait pousser sur les terres qui auparavant étaient en jachère, on peut nourrir du bétail. Le fumier de ces animaux sert comme engrais pour les champs. Ainsi, on peut ramener les troupeaux dans les plaines, et on profite d’une production continue. C’est la fin de la tyrannie du blé.
Le développement de l’agronomie et des techniques agricoles
Encore une fois, les nobles s’intéressent à l’agronomie. Ils tentent des expérimentations notamment en croisant des races de vache pour avoir des races laitières ou encore des moutons qui produisent plus de laine.
Les élites anglaises et l’évolution du paysannat
Les gentlemen-farmers
Les gentlemen farmers étaient un groupe de riches propriétaires terriens qui pratiquaient l'agriculture comme un hobby ou une activité de loisir plutôt que comme un moyen de gagner leur vie. Les gentlemen farmers étaient généralement des membres des classes supérieures et possédaient de grands domaines où ils cultivaient et élevaient du bétail pour leur propre consommation ou pour la vente. Le gentleman farming était un passe-temps populaire en Grande-Bretagne au début de la révolution industrielle, et de nombreuses personnes fortunées y voyaient un moyen de profiter de la campagne et de s'engager dans une activité productive et enrichissante. Cependant, le gentleman farming était également critiqué par certains comme étant inefficace et improductif, et il a finalement été éclipsé par l'essor de l'agriculture industrielle et la croissance de l'agriculture commerciale à grande échelle.
Les artisans proto-industriels possèdent de petites terres qu’ils compensent avec leur revenu dans leur petite production textile.
Mais en 1760 avec l’arrivée de la spinning Jenny, ils ne peuvent pas concurrencer et font faillite.
Les enclosures
Les nobles rachètent les terres des paysans qui ont fait faillite. Si le prince de Galles est le plus grand propriétaire terrien d’Angleterre, cela date de cette époque. Les paysans se regroupaient en communautés pour cultiver leur terre, mais les grands propriétaires, en rachetant les terres, mettent en place des clôtures. Les paysans en faillite demandent donc du travail aux usines, car ils n’ont plus de terre et plus de revenu. Cet exode rural provoque l'inversion des rapports de force entre travailleurs et patrons dans les villes: l'abondance de travailleurs fait que le rapport entre offre et demande de main d'oeuvre va s’inverser, et cette fois-ci, les patrons vont pouvoir payer de bas salaires aux paysans venus chercher du travail.
En d'autres termes et en paraphrasant Will Kymlicka dans son ouvrage Les théories de la justice : une introduction publié en 1999[8], « Dans l'Angleterre du XVIIème siècle, on assistait à un mouvement pour l'enclosure (l'appropriation privée) de terres jadis détenues par la communauté et accessible à tous. Sur ces terres (les "communs"), tout à chacun pouvait exercer un droit de pâture, de collecte du bois, etc. L'appropriation privée des communs entraîna la fortune de certains et la perte de ressource des autres, désormais privés de moyens de subsistance ».
Annexes
Références
- ↑ Page personnelle de Michel Oris sur le site de l'Université de Genève
- ↑ Page du Vice-recteur Michel Oris sur le site l'Université de Genève
- ↑ CV de Michel Oris en français
- ↑ "Protestant Ethic". Believe: Religious Information Source
- ↑ Becker, Sascha O.; Wößmann, Ludger (2007), Was Weber Wrong? A Human Capital Theory of Protestant Economic History - Munich Discussion Paper No. 2007-7 (PDF), Munich: Department of Economics University of Munich,
- ↑ History.com Editors. “American Women in World War II.” History.com, A&E Television Networks, 5 Mar. 2010, www.history.com/topics/world-war-ii/american-women-in-world-war-ii-1.
- ↑ « Les prospérités du vice », Le Monde diplomatique, 1er décembre 2017
- ↑ Les théories de la justice: Une introduction, La Découverte, Paris.