« Les défis de l’État-Providence » : différence entre les versions
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Version du 18 novembre 2023 à 00:48
| Faculté | Global Studies Institute |
|---|---|
| Professeur(s) | Michel Oris |
| Cours | Histoire économique et sociale de la globalisation, 16e-21e siècles |
Lectures
- Une gigantesque paysannerie
- Le régime démographique ancien : l'homéostasie
- Structures et changements de structures : le XVIIIe siècle
- Origines et causes de la révolution industrielle anglaise
- Mécanismes structurels de la révolution industrielle
- La diffusion de la révolution industrielle en Europe continentale
- Au-delà de l'Europe
- Les coûts sociaux de la révolution industrielle
- Introduction : les trois temps de la conjoncture
- Marchés nationaux et marchés mondiaux de produits
- La formation de systèmes migratoires mondiaux
- La mondialisation des marchés de l'argent
- La transformation des structures et des relations sociales durant la révolution industrielle
- Aux origines du tiers-monde
- Echecs et blocages dans les Tiers-Mondes
- L’organisation des rapports de production : un raccourci pour aller de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle
- Les Trente Glorieuses
- Une nouvelle économie : 1973 - 2007
- Les défis de l’État-Providence
- Autour de la colonisation : peurs et espérances du développement
- Le temps des ruptures
- Globalisation et modes de développement dans les « tiers-mondes »
Le XXe siècle a marqué un tournant crucial pour les pays du Nord, inaugurant une ère de transformations profondes sur les plans social, économique et politique. Cette période a été particulièrement marquée par la montée de l'industrialisation et les changements dans la structure de la main-d'œuvre, conduisant ces nations à adopter progressivement le modèle de l'État-providence. Ce modèle promettait d'élargir les opportunités et de renforcer les protections pour les citoyens, offrant ainsi la perspective d'une prospérité sans précédent. Cependant, ce système a aussi engendré des défis complexes, allant de l'instabilité financière à l'escalade de la dette publique, et de la montée du populisme aux disparités croissantes de revenus. Le XXe siècle s'est ainsi révélé être une époque de progrès mêlée de contradictions.
Bien que l'État-providence ait joué le rôle de filet de sécurité pour de nombreux citoyens, il a aussi soulevé plusieurs problématiques. Parmi celles-ci figurent l'augmentation des coûts de gestion, le risque d'engendrer une dépendance systémique et les défis liés à la fourniture de services à une population hétérogène. Cet article se propose d'examiner ces enjeux et de discuter des stratégies mises en œuvre pour y faire face au cours du siècle passé. Aujourd'hui, on observe un affaiblissement perceptible de l'État-providence, reflétant le recul de sa capacité à protéger ses citoyens dans un monde globalisé. Cette situation traduit à la fois une désillusion vis-à-vis de l'État-providence et une augmentation des tensions xénophobes et nationalistes, marquant une rupture significative entre différentes périodes historiques.
Qu'est-ce que l’État-providence ?
Les fondations historiques de l'État-providence remontent effectivement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une époque charnière marquée par d'importantes transformations sociales et économiques. À cette période, les gouvernements ont commencé à reconnaître la nécessité de protéger les travailleurs contre les risques liés à leur profession et aux aléas de la vie quotidienne. Cette prise de conscience a été en grande partie motivée par la montée de l'industrialisation, qui avait entraîné des conditions de travail difficiles et des risques accrus d'accidents et de maladies professionnelles. En réponse à ces défis, plusieurs pays ont initié des politiques sociales pionnières visant à offrir une protection aux travailleurs. Parmi ces mesures, on trouve la mise en place d'assurances contre les accidents du travail, les maladies, et les périodes de chômage. Ces politiques ont jeté les bases des systèmes modernes de sécurité sociale, qui incluent également des prestations telles que les pensions de retraite et les assurances maladie. Le financement de ces systèmes de protection sociale a été assuré par des cotisations sociales, généralement prélevées sur les salaires des travailleurs. Ce modèle de financement reflète le principe de solidarité, où chacun contribue selon ses moyens pour soutenir les membres les plus vulnérables de la société. Ces premières initiatives ont marqué un tournant décisif dans la manière dont les gouvernements abordaient la question du bien-être social, et ont posé les fondements de l'État-providence tel que nous le connaissons aujourd'hui.
L'État-providence est un concept politique essentiel qui fait référence à un système dans lequel l'État assume une responsabilité majeure dans la garantie du bien-être social de ses citoyens. Ce modèle implique la fourniture de services publics vitaux tels que la santé et l'éducation, assurant ainsi que ces services essentiels soient accessibles à tous, indépendamment de leur revenu ou statut social. En complément, l'État-providence offre une gamme de prestations sociales, incluant les allocations chômage, les aides familiales et les pensions de retraite, visant à soutenir les individus et les familles durant les périodes de vulnérabilité ou de changement de situation de vie. Un des objectifs fondamentaux de l'État-providence est la réduction des inégalités sociales. Ceci est souvent réalisé par des politiques de redistribution des revenus, où les plus aisés contribuent davantage au financement des services et prestations sociales. En parallèle, l'État-providence joue un rôle crucial dans la prévention de la pauvreté, en garantissant un niveau de vie minimum pour tous les citoyens, ce qui peut inclure des mesures de soutien au logement ou des allocations pour les plus démunis. Le concept de l'État-providence a pris racine en Europe dans les années 1930 et 1940, en réponse aux crises économiques et aux troubles sociaux de cette époque. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays ont élaboré des modèles d'État-providence plus développés, reconnaissant la nécessité d'un rôle plus actif de l'État dans le soutien au bien-être social. Depuis, ce modèle est devenu un standard dans de nombreux pays développés, bien que son étendue et ses modalités varient considérablement d'un pays à l'autre. Aujourd'hui, l'État-providence continue d'évoluer en réponse aux défis démographiques, économiques et sociaux actuels. Il demeure un sujet central dans les débats politiques et économiques contemporains, soulignant son importance continue dans la structuration des sociétés modernes.
La crise de l’emploi à la base de la crise de l’État-providence
La crise de l'État-providence est en effet un sujet de débat intense et prolongé, reflétant les défis auxquels sont confrontés de nombreux systèmes sociaux à travers le monde. L'un des aspects cruciaux de cette crise est sa relation étroite avec la crise de l'emploi, qui exerce une pression considérable sur les mécanismes et ressources de l'État-providence. La crise de l'emploi, caractérisée par des niveaux de chômage élevés et une précarité croissante du travail, a entraîné une augmentation du nombre de personnes dépendant des services et des prestations de l'État-providence. Cette situation a mis en lumière certaines des limites et insuffisances des systèmes existants, notamment en termes de capacité à répondre à une demande croissante. La hausse du chômage et de l'insécurité de l'emploi a non seulement accru le nombre de bénéficiaires potentiels des programmes sociaux, mais a également réduit la base de cotisations, puisque moins de personnes travaillent et contribuent au financement des prestations sociales. Dans ce contexte, les gouvernements et les décideurs politiques sont confrontés à des dilemmes complexes. D'une part, il y a une nécessité impérieuse de fournir un soutien suffisant à ceux qui sont touchés par la crise de l'emploi. D'autre part, ils doivent gérer les contraintes budgétaires et économiques, tout en cherchant des solutions durables pour réformer et renforcer les systèmes de l'État-providence. Cela requiert une réflexion approfondie sur la manière dont les politiques sociales et économiques peuvent être mieux intégrées pour répondre efficacement aux besoins changeants de la population. Les solutions possibles pourraient inclure des réformes visant à améliorer l'efficacité et la durabilité des systèmes de protection sociale, des initiatives pour stimuler la création d'emplois et la formation des travailleurs, ainsi que des mesures pour atténuer les inégalités et soutenir les transitions de carrière. La crise de l'État-providence, ainsi intrinsèquement liée à la crise de l'emploi, pose des défis majeurs qui exigent des réponses innovantes et adaptées à l'évolution du paysage socio-économique mondial.
Historiquement, l'innovation a souvent été un moteur de création d'emplois, ouvrant la voie à de nouvelles industries et activités économiques. Cette dynamique a permis de compenser, voire de surpasser, les emplois perdus en raison de l'automatisation ou de l'obsolescence de certaines pratiques. Cependant, dans le contexte actuel, il semble que l'impact de l'innovation sur l'emploi soit devenu plus complexe. L'une des préoccupations majeures est que les innovations récentes, en particulier dans le domaine de la technologie et de l'automatisation, pourraient entraîner une destruction nette d'emplois. Ces technologies avancées peuvent remplacer non seulement les tâches manuelles et répétitives, mais aussi certaines fonctions qui requièrent un niveau de compétence plus élevé. Cette tendance est particulièrement visible dans les emplois de basse catégorie, où l'automatisation peut remplacer des tâches simples à un coût inférieur et avec une efficacité supérieure. Cela soulève des questions sur la fonction de l'individu dans le processus économique et sur la manière dont la société peut s'adapter à ces changements. Les travailleurs dont les emplois sont menacés par l'automatisation peuvent se retrouver sans alternatives immédiates, ce qui exacerbe les problèmes sociaux et économiques tels que le chômage et les inégalités.
L'État-providence joue en effet un rôle crucial dans la vie moderne, offrant un filet de sécurité essentiel pour ceux qui sont dans l'incapacité de subvenir à leurs besoins. Cette fonction est d'autant plus importante dans un contexte où les niveaux de pauvreté et de chômage tendent à augmenter, plaçant ainsi le système sous une pression considérable. La crise de l'État-providence dans de nombreux pays est exacerbée par une demande croissante de services sociaux, qui dépasse souvent les ressources disponibles. Cette situation est en partie alimentée par les défis socio-économiques tels que l'augmentation du coût de la vie, les salaires stagnants, et les changements démographiques comme le vieillissement de la population. De plus, les récentes avancées technologiques et la globalisation ont conduit à une transformation rapide du marché du travail, créant de nouvelles formes de précarité et d'insécurité de l'emploi. Face à ces défis, les gouvernements doivent repenser et réformer leurs systèmes de l'État-providence pour les rendre plus durables, efficaces et adaptés aux besoins actuels. Cela pourrait impliquer des ajustements dans la manière dont les services sont financés et administrés, une meilleure intégration des politiques économiques et sociales pour stimuler la création d'emplois, et des investissements dans l'éducation et la formation pour répondre aux exigences d'un marché du travail en évolution. En outre, il est également crucial de prendre en compte la dimension de l'équité et de la justice sociale dans la réforme de l'État-providence. Cela implique de veiller à ce que les services et les prestations soient distribués de manière équitable et accessible à tous, en particulier aux groupes les plus vulnérables de la société. La crise de l'État-providence est donc un enjeu complexe qui requiert des solutions multidimensionnelles, tenant compte des réalités économiques, sociales, et démographiques actuelles. La capacité des gouvernements à innover et à s'adapter dans ce domaine sera essentielle pour garantir le bien-être et la sécurité de leurs citoyens à l'avenir.
L'analyse de l'impact de la crise de 1973 sur l'État-providence révèle en effet un double défi que ce système a dû affronter. Cette période marque un tournant crucial dans la gestion et la perception de l'État-providence. Historiquement, l'État-providence a été conçu et développé en réponse à des besoins sociaux urgents, notamment dans le contexte des crises économiques et des guerres. Cependant, la crise économique de 1973 a introduit des défis sans précédent, mettant à l'épreuve la robustesse et la durabilité de ces systèmes. Le premier impact majeur de la crise sur l'État-providence a été au niveau des revenus. La crise de l'emploi, caractérisée par une hausse significative du chômage, a directement affecté les rentrées de cotisations sociales. Étant donné que le financement de l'État-providence repose en grande partie sur les cotisations des travailleurs et des employeurs, une augmentation du chômage signifie une réduction des ressources financières disponibles. Cette situation a créé un problème de financement pour les programmes sociaux, les rendant de plus en plus dépendants des subventions de l'État et de la dette publique. Le deuxième défi concerne les charges de l'État-providence. Avec la montée du chômage, il y a eu une augmentation du nombre de personnes dépendant des prestations sociales, notamment des allocations chômage et des aides au revenu. Cette augmentation de la demande pour les prestations sociales a mis une pression supplémentaire sur les ressources déjà limitées, aggravant ainsi le déséquilibre entre les recettes et les dépenses de l'État-providence. En résultat, la crise de 1973 a non seulement réduit les revenus de l'État-providence, mais a également augmenté ses dépenses, conduisant à un déficit dans la gestion de ces systèmes. Cette période a souligné la vulnérabilité de l'État-providence aux fluctuations économiques et a mis en évidence la nécessité d'une gestion plus flexible et résiliente des politiques sociales. Elle a également stimulé des débats sur la réforme de l'État-providence, en cherchant des moyens pour le rendre plus durable face aux défis économiques et démographiques.
L’État-providence à son apogée
Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l'État-providence s'est développé et a prospéré sous l'influence de la politique keynésienne. Cette approche, basée sur les théories de l'économiste John Maynard Keynes, soutenait que l'intervention de l'État dans l'économie était nécessaire pour réguler les cycles économiques, stimuler la demande en période de récession, et réduire le chômage. Sous cette politique, l'État-providence a été considéré comme un moyen essentiel de promouvoir le bien-être social et l'équité. Cependant, à partir des années 1970 et surtout après la crise économique de 1973, une remise en question de ce modèle a commencé à émerger. La droite politique, et plus tard certaines factions de la gauche, ont progressivement adopté une nouvelle orthodoxie en matière de politique économique. Cette nouvelle approche a mis l'accent sur la discipline budgétaire, la réduction des déficits, et le retrait progressif de l'État dans de nombreux domaines de l'économie. Le passage à cette orthodoxie budgétaire a marqué un tournant pour l'État-providence. Les politiques d'austérité et les coupes budgétaires dans les services sociaux sont devenues courantes, motivées par la volonté de réduire les dépenses publiques et de contrôler l'inflation. Ces changements ont entraîné une réduction des prestations et des services offerts par l'État-providence, ainsi qu'une augmentation des inégalités et des tensions sociales dans de nombreux pays. Ainsi, l'apogée de l'État-providence a coïncidé avec le début d'une période de remise en question et de restructuration, où les principes keynésiens ont cédé la place à une approche plus conservatrice et orientée vers l'équilibre budgétaire. Cette transition a profondément influencé la manière dont les systèmes de bien-être social ont été perçus et gérés dans les décennies suivantes.
Un changement idéologique significatif dans la politique économique européenne a eu lieu marqué par le passage de la politique keynésienne à l'ordo-libéralisme allemand. L'ordo-libéralisme, qui met l'accent sur une régulation stricte et une discipline budgétaire rigoureuse, est devenu une force dominante, influençant profondément la politique économique en Europe. Selon les principes de l'ordo-libéralisme, la stabilité économique est atteinte grâce à la mise en œuvre de règles claires et d'une régulation forte, particulièrement dans le domaine monétaire. L'idée d'une orthodoxie budgétaire, couplée à une orthodoxie monétaire, est au cœur de cette approche. L'objectif est de maintenir des finances publiques saines, avec un accent particulier sur l'évitement des déficits budgétaires excessifs. Cette discipline budgétaire est vue comme essentielle pour assurer la stabilité de la monnaie, avec l'idée sous-jacente qu'une absence de déficit de l'État contribue à une monnaie forte. L'influence de l'ordo-libéralisme se manifeste notamment dans la gestion économique de l'Union européenne. Les critères de Maastricht, par exemple, qui imposent des limites strictes aux déficits budgétaires et à la dette publique des États membres, reflètent cette philosophie économique. Cela contraste avec la politique keynésienne qui préconisait une intervention plus active de l'État dans l'économie, notamment par le biais de la dépense publique pour stimuler la demande en période de récession. L'ordo-libéralisme a donc eu une influence majeure sur la façon dont les politiques économiques sont élaborées et mises en œuvre en Europe, jouant un rôle clé dans la formation de la politique économique actuelle du continent, et conditionnant dans une large mesure les réponses aux crises économiques et les approches en matière de régulation financière. Cette prédominance de l'ordo-libéralisme a également des répercussions sur la conception et la gestion de l'État-providence, en favorisant la prudence budgétaire et la stabilisation monétaire au détriment, parfois, de la dépense sociale.
La période postérieure à l'apogée de l'État-providence a effectivement vu une série de réformes, souvent motivées par des préoccupations croissantes concernant la dette publique. Cette évolution marque un changement significatif dans la façon dont la dette publique est perçue et gérée sur le plan politique. Dans les années 1980, plusieurs pays européens ont adopté des politiques inspirées du keynésianisme, caractérisées par une intervention accrue de l'État dans l'économie. Ces politiques visaient généralement à stimuler la croissance économique et à réduire le chômage par des dépenses publiques ciblées et une régulation économique. Cependant, cette approche a souvent conduit à une augmentation de la dette publique, en partie due à des déficits budgétaires plus importants. Face à l'accumulation de la dette, les gouvernements ont commencé à remettre en question la viabilité à long terme de cette stratégie. La dette publique est ainsi devenue un enjeu politique majeur, entraînant un changement progressif vers des politiques plus axées sur la réduction des déficits et le contrôle de la dette. Cette transition a été en partie influencée par l'émergence de l'ordo-libéralisme et du néolibéralisme, qui prônaient une plus grande discipline budgétaire et une réduction du rôle de l'État dans l'économie. Les réformes entreprises dans le cadre de cette politique de la dette ont souvent impliqué des coupes dans les dépenses publiques, y compris dans les programmes de l'État-providence. Ces mesures d'austérité ont été justifiées par la nécessité de réduire la dette publique et d'assurer la stabilité économique à long terme. Cependant, elles ont également soulevé des inquiétudes quant à leurs impacts sur le bien-être social et la répartition des ressources au sein de la société. Ainsi, la gestion de la dette publique est devenue un aspect central de la politique économique, influençant profondément la conception et la mise en œuvre des politiques sociales et économiques en Europe. Cette période a marqué une réorientation significative des priorités politiques, avec un accent croissant sur la stabilité financière et la viabilité budgétaire.
Les remises en cause
L'évolution de la situation budgétaire de la France après la crise de 1973 illustre bien comment le déficit budgétaire et la dette publique sont devenus des problèmes centraux, à la fois en termes économiques et politiques. Initialement, le déficit budgétaire et l'accumulation de la dette publique étaient principalement considérés comme des conséquences inévitables des politiques économiques mises en place pour répondre aux crises. En France, après la crise pétrolière de 1973, le gouvernement a poursuivi une politique économique contra-cyclique, dans la lignée des principes keynésiens. L'idée était de stimuler la demande et l'emploi par des dépenses publiques accrues, malgré le fait que cela entraînerait un déficit budgétaire. Cependant, malgré ces efforts, la croissance économique attendue ne s'est pas matérialisée comme prévu. Au lieu de cela, la France, comme beaucoup d'autres pays, a été confrontée à une stagnation économique, avec des taux de chômage élevés et une croissance faible. Cette situation a entraîné une augmentation continue de la dette publique, car les revenus de l'État n'ont pas suffi à couvrir les dépenses accrues. Au fil du temps, la dette publique est devenue un enjeu politique et un sujet de débat majeur. Les critiques ont souligné que l'accumulation continue de la dette limitait la capacité du gouvernement à mener des politiques efficaces et menaçait la stabilité économique à long terme. D'un autre côté, les défenseurs des dépenses publiques soutenaient que ces investissements étaient nécessaires pour soutenir l'économie et le bien-être social. Cette situation a conduit à une remise en question des politiques économiques keynésiennes et a favorisé l'adoption de mesures plus strictes en matière de discipline budgétaire. La spirale de la dette en France, ainsi que dans d'autres pays, a été un facteur clé dans le virage vers des politiques économiques axées sur la réduction des déficits, la stabilisation de la dette et, dans certains cas, l'adoption de mesures d'austérité. L'expérience de la France post-1973 reflète un changement de paradigme dans la gestion économique, où la réduction du déficit et le contrôle de la dette sont devenus des priorités centrales, influençant fortement les politiques économiques et sociales des décennies suivantes.
Les années 1980 ont marqué un tournant significatif dans la perception et la gestion de l'État-providence, avec l'émergence de critiques puissantes qui ont conduit à des réformes majeures. Ces critiques, souvent ancrées dans une perspective néolibérale, ont remis en question les principes fondateurs et l'efficacité de l'État-providence. La première critique majeure, formulée principalement par les néolibéraux, était que l'État-providence consommait une part excessive des fonds publics sans générer de richesse correspondante. Cette critique soutenait que les dépenses sociales élevées étaient non seulement économiquement inefficaces, mais qu'elles pouvaient également avoir des effets pervers, comme décourager l'investissement privé et freiner la croissance économique. Selon cette vision, les gouvernements devaient réduire leur implication dans l'économie et minimiser les dépenses publiques pour favoriser un environnement plus propice à l'initiative privée et à l'efficacité économique. La deuxième critique concernait l'efficacité sociale de l'État-providence. Les néolibéraux et d'autres critiques ont avancé que les systèmes de bien-être social étaient inefficaces et qu'ils décourageaient le travail et l'auto-suffisance. Selon eux, les prestations généreuses de l'État-providence pouvaient créer une dépendance et réduire l'incitation à travailler, menant ainsi à une « trappe à pauvreté » où les individus se retrouvaient enfermés dans un cycle de dépendance aux aides sociales. Ces critiques ont donné lieu à des réformes substantielles dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis. Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher, élue en 1979, a initié un ensemble de réformes visant à réduire le rôle de l'État dans l'économie, à privatiser de nombreuses entreprises publiques, et à réduire les dépenses sociales. De manière similaire, aux États-Unis, le président Ronald Reagan, élu en 1981, a également mis en œuvre des politiques néolibérales, en diminuant les dépenses de l'État-providence et en favorisant une plus grande libéralisation de l'économie. Ces changements ont symbolisé l'apogée du libéralisme économique et ont marqué un recul significatif du modèle de l'État-providence tel qu'il avait été conçu et développé dans l'après-guerre. Ces réformes ont eu un impact profond et durable sur la structure et le fonctionnement des systèmes de protection sociale dans le monde occidental.
Malgré l'adoption de politiques économiques orientées vers le libéralisme dans des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni, les dépenses sociales dans ces pays n'ont pas nécessairement diminué comme on aurait pu s'y attendre. En revanche, les pays scandinaves, souvent cités comme des exemples de modèles robustes d'État-providence, ont connu une réduction de leurs dépenses sociales. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, malgré les efforts pour réduire le rôle de l'État et les dépenses publiques, les besoins sociaux croissants et les défis structurels, tels que le vieillissement de la population et la persistance de la pauvreté, ont continué à exiger des niveaux élevés de dépenses sociales. Ces dépenses ont été motivées par la nécessité de répondre à des problèmes sociaux persistants, ainsi que par la pression politique et publique pour maintenir un certain niveau de protection sociale. En Scandinavie, la réduction des dépenses sociales peut s'expliquer par une combinaison de facteurs, dont une gestion efficace des finances publiques, des réformes structurelles visant à améliorer l'efficacité des services sociaux, et un engagement envers les principes d'une économie de marché ouverte, tout en maintenant un filet de sécurité sociale solide. Cependant, le démantèlement ou la réduction des systèmes de l'État-providence dans certains pays a eu des conséquences sociales significatives. L'un des effets les plus notables a été une augmentation du taux de pauvreté et une aggravation des inégalités de revenus. La diminution des prestations sociales et la réduction des investissements dans des domaines tels que la santé et l'éducation ont souvent accru les disparités économiques et sociales. Ces évolutions ont mis en évidence les défis inhérents à la recherche d'un équilibre entre efficacité économique, discipline budgétaire et responsabilité sociale. Ainsi, l'histoire de l'État-providence dans cette période reflète la complexité des politiques sociales et économiques et les tensions entre les objectifs de réduction des dépenses et de préservation du bien-être social.
La pauvreté
//Le concept de pauvreté en sciences sociales se réfère à l'absence ou à la privation de ressources économiques, sociales et culturelles de base, qui entravent la capacité d'une personne ou d'un groupe à mener une vie considérée comme normale dans la société dans laquelle ils vivent. La pauvreté est donc une condition sociale, qui dépend de la société dans laquelle on vit, et qui peut varier d'un lieu à l'autre et d'une époque à l'autre. Le concept de pauvreté est souvent utilisé pour mesurer et comparer le bien-être des populations dans différentes sociétés, et pour évaluer les politiques publiques visant à lutter contre la pauvreté.
Le seuil de pauvreté est un concept socioéconomique qui est évident pour certains individus, mais qui est difficile à mesurer. Le seuil de pauvreté reste une notion complexe et relative qui est discutable et mesure ambiguë.
Aux États-Unis, à la fin des années 1950, 22% de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Au milieu des années 1970, ce taux a diminué de 11 points, atteignant 11%. En 1994, les statistiques ont montré une augmentation de trois points, indiquant une dégradation avec un taux de 15% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Si on prend un seuil stable corrigé par l'inflation, on constate un taux de 22% dans les années 1950, qui avait diminué de 50% au milieu des années 1970. Aujourd'hui, on constate un retour vers le niveau de 1950. On observe également une tendance à la hausse dans l'Union européenne depuis 25 ans.
Les inégalités
La remontée de la pauvreté est en partie liée à la remontée des inégalités.
Depuis la révolution industrielle
Entre les années 1850 et les années 1930, les conditions de vie ont tendance à s'améliorer. De 1930 à 1970, on constate une baisse de la pauvreté grâce à la montée de la société de consommation et à l'application du modèle fordiste, ainsi qu'au soutien de l'État-providence par les revenus de transferts. Cependant, de 1970 à aujourd'hui, les inégalités ont tendance à augmenter. Le financement de l'État-providence est une question d'économie politique, caractérisée par une croissance économique incertaine.
Évolution récente
Entre 1979 et 2001, les 5% les plus aisés des ménages américains ont vu leurs revenus progresser de 81% (après inflation), contre 3% pour les 20% des plus pauvres. Au bas de l'échelle, un américain sur 10 a un revenu inférieur aujourd’hui à celui qui était le sien en 1977. Les classes moyennes, soit 6 Américains sur 10, ont vu leur revenu augmenter de 8% par rapport à 1977. En haut de l'échelle, 20% des américains ont un revenu supérieur de 43% par rapport à cette date et au sommet, un américain sur 10 a vu ses revenus exploser de 115% sur la même période.
Les causes de la montée des inégalités
La réalité d’une montée des inégalités est claire à l’exception de quelques rares cas. Le recul de l’État providence est l’une des causes de la montée des inégalités et de la pauvreté. D’autre part, la mondialisation, notamment celle du marché du travail, a créé une nouvelle intensité concurrentielle ainsi que des délocalisations tandis que les moyens de transport actuels permettent d’acheminer rapidement et à des coûts bas les productions. Ainsi, il y a une véritable désindustrialisation.
La société est dominée par les emplois du tertiaire qui pose le problème des emplois détruits et créés. Cependant, il y a un problème d’adéquation des compétences entre les emplois du secteur industriel et du secteur tertiaire. Cette dynamique s’accompagne d’une dualisation du marché du travail, c’est-à-dire que l’on crée de moins en moins d’emploi au milieu, mais les emplois se crient de plus en plus aux extrêmes. Les migrants sont soit en bas de l’échelle soit au haut de l’échelle. Il y a une propension. Le passage à une société postindustrielle est aussi l'une des causes de ce bouleversement des sociétés.